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Acte 2 - Troisième partie : Luth Golheim
Chapitre 5 : Les femmes de l'ombre
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J'ai beaucoup apprécié l'expérience des bains avec Astrid. Si bien que les jours qui suivent, cela devient une sorte de routine de fin de journée pour nous.
Cela fait une semaine que nous menons l'enquête. Cain se rend chaque jour dans la grande bibliothèque à la recherche d'indices du passé. Rolf parcourt la ville à la recherche d'informations sur la présence des siens. Le fait que la créature que nous ayons combattu sous le palais soit un druide semble l'avoir perturbé. Et Astrid et moi faisons le tour des clans de mages.
La tâche est fastidieuse et ingrate. Les clans de mages Khéjistanis sont nombreux et peu enclins à la discussion. Dans le tas, les sororités sont les pires. Le fait qu'Astrid et moi venions d'autres clans de femmes déclenche presque systématiquement une méfiance disproportionnée. Je me souviens des tensions que l'arrivée des sorcières du clan Esu, mercenaires de Warriv, avait provoqué dans le monastère. Aziza ne reconnaissait pas l'autorité d'Akara, jusqu'à ce qu'elle prenne conscience de la gravité de la situation. Après cela, elle devint moins rigide, voire même amicale et nous nous sommes quittées bonnes camarades. Ici, je retrouve ce genre de résistance mais je ne suis pas en position d'imposer quoique ce soit comme Akara l'était. Ce sont elles qui mènent les négociations et très peu d'entre elles écoutent ce que nous avons à dire.
Pour les fraternités, c'est différent. Certaines nous écoutent poliment, mais globalement la majorité nous ignore. Au bout de ces sept jours fastidieux, nous avons eu la promesse d'intervention de deux sonorités et cinq fraternités, dont le clan Vizjerei. Pour ce dernier, Drogan nous a grandement aidé, lorsque nous nous sommes présentés à eux. Cela m'a étonné, étant donné la manière dont nous nous étions rencontrés et quittés. Mais j'ai apprécié le geste.
Au huitième jour cependant les choses se gâtent. Nos interventions ont été remarquées et bien que nous n'ayons pas enfreint la loi, Astrid et moi sommes cueillies à la sortie d'une entrevue par un peloton de piquiers.
- "Mesdames, veuillez me suivre." Nous ordonne le chef du groupe.
Nous ne cherchons pas à faire de vagues, alors nous les suivons. Je dois avouer être extrêmement nerveuse. L'amazone me fait un signe discret de la tête pour me dire que tout ira bien.
Nous sommes conduites sur la grand place, puis à ma grande surprise au palais, ou plutôt aux abords du palais. J'en profite pour enfin admirer la bâtisse dont les briques rouges forment des motifs complexes sur les murs blanchis à la chaux. Le toit arrondi brille au soleil. Je devine qu'il est recouvert de feuilles d'or.
Nous passons un portail sur le côté du bâtiment. Les gardes nous conduisent à travers une large cour pavée de briques sable à l'intérieur de laquelle de très nombreux piquiers suivent un entraînement. C'est une véritable armée. Je suis étonnée. Nous sommes amenées jusqu'à un bâtiment richement décoré et sculpté gardé par des femmes.
- "Nous prenons le relais." Dit la lancière aux gardes qui nous ouvrent la voie.
- "Tu sais que si le seigneur Jerhyn apprend ça, tu risques gros."
- "La mort de la main du vizir n'est pas pire que la mort qui rôde." Lâche-t-elle sèchement mais à voix basse. "Toi, garde mieux ta langue si tu veux vivre."
Le garde grimace mais il ne la contredit pas. Il nous salue avant de se retirer avec ses hommes. La lancière nous observe puis nous dit.
- "La première concubine du vizir désire vous rencontrer." Je fronce légèrement les sourcils mais je ne dis rien. "Je vais vous demander de vous séparer de vos armes avant d'entrer. Vous allez être conduites aux bains pour l'entrevue d'évaluation."
- "Je vous demande pardon?" Je demande cette fois-ci interloquée.
- "La première combine choisit les femmes pour son époux." La lancière me jette un regard appuyé. Je comprends alors que c'est une couverture.
- "Pardonnez mon étonnement." Dis-je avec un sourire crispé. "C'est un honneur."
Un peu à contrecœur, je me sépare de mon arc et de mon carquois. Astrid confie sa lance et son bouclier. Puis les gardes femmes nous conduisent au vestiaires. Les bains de notre hôtel sont rustiques et délabrés en comparaison de ceux là. Tout ici est fait pour flatter la rétine. Toutefois, l'ambiance est pesante. Nous quittons nos vêtements sous la vigie des gardes, puis la lancière en chef s'adresse à nous une dernière fois.
- "Mesurez l'honneur que vous avez à vous adresser à la première concubine. Prenez garde à vos paroles. Une insulte à la première concubine est une insulte au vizir. C'est la mort qui vous attend si vous ne tenez pas votre langue." Elle regarde autour de nous, sur les murs et au plafond, avant de me lancer un regard appuyé.
Je ne vois rien d'anormal dans la pièce, mais je comprends. Les murs ont des oreilles, mais probablement pas d'yeux. Je hoche la tête. Astrid me fait signe qu'elle a compris. Je montre à la lancière mes yeux et j'essaie de mimer que ma vision est supérieure. Elle me sourit avant de s'incliner.
- "L'accès aux bains est sur votre droite. J'attendrai votre retour."
Nous passons la dite porte et pénétrons dans les douches qui sont déjà surchauffées. Je fais signe à Astrid que je détecte dans la vapeur de la brume arcanique. Elle acquiesce. Elle ne la voit sans doute pas, mais elle me fait confiance.
Nous nous lavons avant d'entrer dans les bains. La concentration arcanique y est plus élevée. Pas de quoi me rendre malade cependant.
Je suis tout d'abord surprise d'y trouver plus d'une femme. Elles sont cinq en tout. Toutes plus splendides les unes que les autres. La première concubine sort toutefois du lot. Elle est la plus âgée de toutes, mais elle dégage un charme particulier qui fait ombrage aux autres.
Elle a sans doute plus de cinquante ans. Sa poitrine et son ventre portent les traces de l'âge et de certainement plusieurs grossesses, mais elle est magnifique. Il est évident qu'elle a pris soin de son corps depuis toujours.
C'est une grande femme à la peau sombre. Ses longs cheveux noirs retombent en une tresse épaisse sur son épaule. Elle nous suit du regard tel un faucon suivant sa proie. Si les autres filles ont l'air un peu effrayées, elle est assurée et même dans son plus simple appareil, elle domine.
- "Je suis Kalinda, première femme du vizir. Approchez que je vous vois mieux." Dit-elle. Sa voix est chaude et suave. A l'image du reste de sa personne. "Là, c'est mieux."
Elle se lève et s'approche d'abord de moi. Je n'avais jamais ressenti autant de gêne à être détaillée ainsi par une femme auparavant.
- "Corps ferme. Plus ferme qu'il ne laisse supposé." Dit-elle après son premier tour. "Vous êtes bien entraînée et vous avez la vigueur de la jeunesse." Elle me caresse la joue et me sourit. "Fraîche comme la rosée, mais ces yeux là ont vu déjà beaucoup de choses." Elle baisse les yeux et touche du bout des doigts la cicatrice qui me barre l'abdomen avant de me regarder à nouveau dans les yeux. Je déglutis. "Beaucoup de choses…" murmure-t-elle. Elle passe ensuite à Astrid. Elle la toise plusieurs fois. "Vous avez les formes qui plaisent à un homme mais votre corps est fait pour la guerre pas pour l'amour. Vous avez de la force et une grande vigueur. Le vizir apprécie ces qualités." Je ne peux m'empêcher de grimacer. La concubine continue sur sa lancée. "Vous êtes ferme et martiale, pourtant, je sens en vous une grande douceur. Vous pourriez combler le cœur d'un homme, si vous le vouliez."
L'amazone sourit de manière étrange, mais ne dit rien. La concubine recule de quelques pas, disparaissant légèrement dans la vapeur. Les volutes arcaniques s'accrochent à elle avant de glisser dans l'air.
- "Le vizir est un homme difficile à contenter. Il a toute confiance en moi pour trouver les meilleures filles, et je ne lui ai jamais fait défaut jusque-là. Mais il ne parle pas beaucoup de ce qu'il recherche et cela rend les choses assez difficiles. Voyez-vous, je vieillis et j'essaie de trouver ce qu'il y a de mieux pour lui." Elle marque une courte pause avant de s'approcher à nouveau. Elle nous toise. "Vous n'êtes pas exactement le genre de beauté que l'on a l'habitude de voir par ici. Si vos hommes font souvent le déplacement, les femmes des terres vertes viennent rarement jusqu'à Luth Golheim. Votre exotisme est une qualité en soi. Vous avez quelque chose que nous n'avons pas et cela peut faire la différence." Je vois dans son regard qu'elle essaie de parler sans être suspectée. Les autres filles se montrent soudainement plus nerveuses. Elles savent. Elles ont peur. "Avant d'avoir l'honneur de devenir la femme du seigneur Jerhyn, je faisais partie du clan Esu."
Elle déploie très légèrement son aura. Les volutes arcaniques se mettent à tourbillonner autour d'elle. Il faut un long moment pour que la magie se repose après qu'elle a caché son aura à nouveau. D'un geste de la main, elle nous invite à faire la démonstration de nos propres pouvoirs.
Astrid commence. Tout doucement, elle se revêt de cette seconde peau dorée. Kalinda ne la voit pas rayonner comme moi, mais elle ressent la force qui émane d'elle et semble extatique. La magie présente dans le lieu ne réagit pas à son aura particulière. J'essaie à mon tour. Je commence par ma part démoniaque qui est la plus facile à atteindre pour moi. Aussitôt, les volutes d'arcanes s'agitent. J'arrête sur le champ pour me concentrer sur ma part angélique. Il me faut un peu plus de temps pour me sentir enveloppée par la douceur d'Auriel mais j'y parviens. Cette fois-ci les volutes m'ignorent.
Je crois que je commence à comprendre. La magie concentrée dans le palais et ses environs réagit à toute manifestation démoniaque. Les Khéjistanis sont un peuple descendant de Néphalems accoutumé à la manipulation du chaos, un talent issu majoritairement des démons. C'est pourquoi la magie de Kalinda semble exciter ce qui se cache ici. L'aura d'or d'Astrid qui est certainement un pouvoir angélique a l'effet contraire.
Je reporte mon attention sur la concubine et ses suivantes. Les filles derrière elle sont terrifiées. Elles ne le cachent même plus. Elles tremblent littéralement. Kalinda, elle, garde un semblant de maintien mais elle transpire la peur aussi. Son regard s'accroche au mien. Il est presque implorant. Je dois rater quelque chose d'important. Je déploie doucement ma Vision Intérieure. Je retiens une exclamation horrifiée lorsque je vois ce qui m'avait échappé. La pièce est emplie d'ombres vaguement humanoïdes. Elles glissent lentement sur les murs, entre les interstices des pierres. Plusieurs sont accrochées aux concubines. Kalinda est la plus ciblée. Une dizaine de formes courent sur son corps. Je constate avec horreur que des doigts fins sombres issus de plusieurs mains fantomatiques glissent autour de son cou comme s'ils s'apprêtaient à l'étrangler. Je regarde mon propre corps et celui d'Astrid. Nous ne sommes pas touchées. L'amazone semble même être évitée.
- "Puis-je vous demander quelque chose, madame?" Je demande avec autant de précipitation qu'il raisonnable de le montrer.
- "S'il est en mon pouvoir de répondre. Posez votre question."
- "Est-il malvenu de toucher la première concubine du vizir?"
- "Tant que cela reste pour l'amour. Le contact est autorisé."
- "Puisque nous avons été choisies pour notre exotisme, permettez que nous vous montrions ce que nous pouvons vous offrir? Mon amie si présente est réputée dans ma sororité pour ses doigts d'or."
Astrid comprend tout de suite l'allusion. Elle intensifie légèrement son aura. Les ombres s'écartent davantage d'elle, tandis que la prise se resserre sur le cou de la première concubine. Cette dernière ferme les yeux. Elle reste maîtresse d'elle-même, mais visiblement la pression sur sa gorge est réelle. Je montre à ma sœur où elle doit intervenir en premier.
Astrid pose ses mains sur les épaules de la concubine. Les ombres se décrochent de son buste. Elle remonte lentement sur la gorge. Les doigts se desserrent progressivement jusqu'à lâcher prise totalement. Puis l'amazone déploie son aura au maximum. Je suis obligée de fermer les yeux tant elle est éblouissante. Lorsque je peux enfin rouvrir les yeux, toutes les ombres sont en train de quitter la pièce, par le moindre interstice dans les murs.
- "Elles sont parties." Dis-je.
- "Sortez! Vite!" Ordonne la première concubine à ses suivantes.
Les filles ne sont font pas prier. Elles sortent presque en courant du bain. Nous suivons le mouvement. Nous nous retrouvons toutes dans les vestiaires. La garde nous attend lance en main, alertée par le mouvement de panique.
- "Tout va bien. Elles ne m'ont pas fait de mal. Bien au contraire." Assure-t-elle aussitôt pour la calmer.
Je regarde autour de nous. Les ombres sont là. Elles glissent lentement au plafond. J'essaie de leur faire comprendre en quelques gestes. Kalinda hoche la tête.
- "Je pense que vous avez ce qu'il faut pour contenter le vizir." Dit-elle en se massant la gorge. On peut voir sur sa peau les marques où les doigts l'ont serrée.
- "Mais nous ne cherchons pas à…"
- "Je sais ce que vous cherchez." Me coupe-t-elle. "Je vous assure que les besoins du vizir sont les vôtres." Son regard est pénétrant. "Il saura vous récompenser gracieusement pour vos services."
- "Nous allons y réfléchir." Je dis en souriant nerveusement.
Kalinda s'empare d'une serviette qui repose sur un étendoir et commence à s'éponger le corps. Puis elle rejoint les autres filles qui sont prostrées dans le coin de la pièce. Elle les aide à se remettre sur pieds.
- "Je vous prie de hâter votre décision. Le vizir n'aime pas attendre." Elle se tourne vers la garde. "Ramenez les à leur hôtel. La fleur du désert."
Je blanchis. Comment sait-elle? Sans un mot, elle quitte les vestiaires par une autre porte que celle par laquelle nous étions arrivées, toujours en aidant ses suivantes à avancer.
Nous nous rhabillons et récupérons nos équipements. La lancière nous ramène à l'entrée avant de nous conduire jusqu'aux gardes masculins.
- "Escortez-les jusqu'à La fleur du désert. Prenez garde à ce qu'il ne leur arrive rien. Ces deux femmes ont piqué l'intérêt de la première concubine. Elle serait très désappointée si jamais le moindre incident se produisait. Ai-je été claire?" Le garde, le même qu'à l'aller, hoche la tête.
Lui et ses hommes nous escortent en ville, jusqu'à l'hôtel comme convenu. Sur le pas de la porte. Le garde ne peut s'empêcher de lâcher avant de partir.
- "Faites bien attention à vous. Tout se sait ici. Dites à vos amis d'être plus discret aussi. Le druide notamment. Les ombres aiment les créatures comme lui. On a assez de problèmes comme ça pour que vous nous en créiez d'autres."
Nous retournons dans notre chambre. Je déploie ma vision, pour être certaines qu'aucune ombre n'est présente avant de parler.
- "A quoi rime tout ceci?" Je demande à Astrid.
- "Je crains que Warriv et Drogan avaient raison d'avoir peur. Le message de la concubine est clair cependant. Ce qui se passe au palais est liée de près où de loin à notre chasse." Je hoche la tête. "Dès que Cain et Rolf reviennent il faut les mettre au courant."
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Les deux hommes rentrent en toute fin d'après-midi, à la tombée du jour. Nous demandons à être servi à manger dans le petit salon que nous avons maintenant l'habitude d'occuper. Après les vérifications de bases, je leur raconte notre étrange entrevue avec Kalinda.
- "La première concubine a beaucoup de pouvoir." Dit Cain. Je hausse un sourcil. "Vous êtes jeune Annor, vous ne voyez que le côté déplaisant de sa position, parce que vous considérez cela comme dégradant. Ce qu'elle a fait aujourd'hui prouve au contraire qu'elle a plus d'influence que vous ne le pensez. Elle va visiblement à l'encontre de la volonté de son époux pour apporter une solution à la crise que connaît Luth Golheim."
- "Et que risque-t-elle de la part du vizir si il découvre ce qu'elle fait?" Dis-je peu convaincue.
- "Je suis navrée que Warriv et Drogan aient été vos premiers contacts masculins dans cette région Khanduras." Il secoue la tête tristement. "Je comprends que venant d'une sororité, vous n'êtes pas coutumière de ce genre de choses, mais il y a plus à voir que la surface glauque. Partout ailleurs dans Sanctuaire, la grande majorité des pays sont dirigés par des hommes. Seuls les barbares ont une société égalitaire entre les sexes." Rolf acquiesce. "Mais ces femmes dans l'ombre de leur époux ont parfois plus d'influence qu'eux. Je devine aisément que la première concubine fait partie de ces femmes-là. Son rôle public est certes de donner des héritiers au vizir et de subvenir à ses... désirs, mais je suis certain qu'elle fait bien plus que cela quand personne ne regarde."
- "Cain a raison." Dit Astrid qui n'était pas intervenue jusque là. "J'ai déjà côtoyé quelques femmes de l'ombre comme vous dites. Elles sont très puissantes et influentes. Ce sont elles parfois qui dirigent sans que leur époux ne se rendent compte de rien." Elle a le regard perdu dans le vide. "C'est un jeu dangereux et subtile." Je fais la moue.
- "Quoi qu'il en soit, de mon côté, j'ai fait des progrès. Enfin si on veut." Dit le vieil Horadrim voyant que le débat n'avance pas. "J'ai retrouvé un ancien journal d'un Vizjerei qui parle de tombeaux dans le désert d'Aranoch. Ce qui m'a piqué mon intérêt, c'est que l'écrivain évoque un frère du nom de Tal Rasha qui a été choisi par l'archange Tyraël pour devenir un de ses guerriers." Mon sang ne fait qu'un tour. "Dans son récit, il est fou de rage envers l'ange qu'il accuse d'avoir piéger son frère. Il se serait sacrifié pour enfermer le mal dans un de ces tombeaux cachés dans le désert."
- "Cela correspond à la vision d'Akara." Je murmure. "Il y avait un tombeau et ce nom a été prononcé. Tal Rasha." J'ai des frissons rien que de me rappeler la voix de Méphisto. "Je pense que c'est Baal qui y est enfermé."
- "Pouvez-vous nous en dire plus?" Demande Cain très intéressé.
Je secoue la tête. Le sceau ne me laisse pas le choix. Dans ce cas précis, c'est plus un handicap qu'autre chose. A la vérité, je pourrai parler presque librement avec le vieil homme mais la présence d'Astrid et Rolf m'en empêche.
- "Je suis navré. Il faut que les informations viennent de vous."
- "Je comprends. Ce n'est pas grave. Le texte n'est pas très clair et est parcellaire. Mais voilà ce que j'ai retenu." Cain se racle la gorge avant de reprendre. "Ce Tal Rasha était a priori est un très puissant mage Vizjerei. Il a créé un piège arcanique pour dissimuler l'emplacement du tombeau dans lequel il est caché. Il est évoqué plusieurs tombes d'aspect similaire mais emplies de pièges. Des leurres en somme. Et le véritable cœur de tombeau est protéger par une énigme." Il se gratte machinalement la barbe. "L'emplacement serait quelque part dans le désert d'Aranoch et a priori parfaitement accessible à pieds pour quelqu'un de bien équipé. Le trajet est très périlleux et l'accès difficile. Mais, l'entrée serait aisément révélée pour celui qui emprunterait la bonne porte magique pour s'y rendre. Une note revenait souvent dans le journal. Celui qui sait lire les symboles ouvrira le portail qui mène à son tombeau mais la vérité se cache dans ce qui n'est pas montré."
Encore une fois, il y a cette référence implicite à la poésie que j'avais lue.
- "Écoutez. Je ne peux pas vous dire pourquoi ni comment, mais je peux voir ce qui est caché." J'avoue finalement au groupe. "Vous avez déjà remarqué que je suis capable de voir clairement les auras et la présence d'arcanes." Ils acquiescent. "C'est un don qui est plus ou moins développé chez les sœurs de l'Oeil Aveugle. Ce n'est pas un secret. Cependant, il semblerait que ma vision soit différente des autres." Le sceau s'agite faiblement. Je peux être plus précise sans risque. "Lorsque, dans le désert, je vous ai parlé des ombres que j'avais vu s'échapper des corps des serpents ou encore celles qui étaient proches de l'homme bête qu'Astrid a tué dans les égouts, je pense que je suis la seule parmi nous à être capable de les voir réellement. Je pense que peut-être Drogan le peut aussi. En tout cas, il me l'a suggéré.
Ce qui est inquiétant c'est que j'ai l'impression que personne n'a conscience de leur présence avant qu'il ne soit trop tard. Avant qu'elles s'accrochent à vous. La mort est une issue plus que probable lorsqu'elles vous ont pour cible. Les filles dans les bains étaient terrifiées lorsque l'attaque a eu lieu. Elles ont déjà vécu cela. Je pense que Warriv a eu vent de cela par ses contacts privilégiés. Il a peut-être même été touché par les ombres lui-même. Je ne sais pas. Mais cela expliquerait son comportement. Après tout, qu'y a-t-il de plus terrifiant qu'une menace intangible capable de vous tuer n'importe où sans que jamais vous ne soupçonniez sa présence à vos côtés. Cette menace ne fait aucune distinction, dans le rang social ou vos intentions réelles."
- "Elles ne tuent pas forcément…" Corrige Rolf. "Je crois qu'elles convertissent ce qui peut l'être. Les humains ne sont pas leur cible principale. J'ai interrogé des gens en ville pour savoir s'ils avaient vu des membres de mon clan récemment. On m'a bien fait comprendre qu'il y avait régulièrement des druides en visite ici et qu'ils avaient fui la cité il y a plusieurs mois. C'est un comportement anormal pour un druide. Nous ne craignons pas la mort. C'est pour nous qu'un passage vers l'après. S'ils ont fui, c'est que la menace qui pesaient sur eux était plus néfaste que la mort elle-même. Avec vos récits et vos recherches, je commence à y voir plus clair.
Drogan a suggéré que les ombres, appelons les comme ça, étaient un équivalent humain de l'influence angélique ou démoniaque. Nous savons ce qui se passe lorsque quelqu'un est corrompu par un démon par exemple. La mort peut subvenir mais la plupart du temps, une conversion s'opère. Les succubes par exemple. Imaginez maintenant que cette chose cherche à manipuler les animaux en lieu et place des humains. La conversion ne peut s'effectuer que s'il y a de l'animal dans sa cible. Les serpents en sont la preuve. Le druide que vous avez tué dans les égouts en est une autre.
- "Je ne comprends pas." Dis-je. "Nous sommes des animaux. Une sorte? Non?"
- "Les animaux sont des engeances créés par la Pierre Monde au moment de la genèse du Sanctuaire. Tout comme ce qui vit autour de nous. Nous, nous sommes des enfants d'anges et de démons. Nous avons été apportés dans ce monde. Cela fait de nous des êtres différents, même si physiologiquement nous sommes semblables et que nous sommes constitués des mêmes énergies.
Nous autres druides avons cette part animale en nous. Une part qui ne vient pas de notre ascendance et qui nous relie directement à la vie de Sanctuaire. Nous l'obtenons par nos rituels sacrés.
Le druide que vous avez combattu dans les égouts a sans aucun doute été converti. Une créature ni morte ni vivante, ni humain ni animal ne répondant plus qu'à des instincts primaires. Il y en a peut-être d'autres. Je pense qu'au palais ils se sont servies de celle qu'il y avait dans les égouts pour faire disparaître les preuves et les personnes prêtes à propager l'information comme quoi les choses étranges qui se produisent en ville proviennent de là."
- "Les druides auraient fui par peur d'être convertis." Résume Cain. Rolf acquiesce.
- "Une existence qui n'est pas vouée à retourner à la nature et à la Pierre Monde est une aberration pour nous."
- "Et le tombeau dans tout cela?" Je demande.
- "La coulée verte." Suggère Astrid. "Le vizir a engagé des Vizjereis pour transformer le désert. Imaginez que le tracé soit passé à proximité des tombeaux et que l'un d'entre eux ait reconnu le lieu pour ce qu'il était."
- "Un homme bon." Je soupire. "Drogan suggérait que le Vizjerei qui a créé ces hommes bêtes était un homme bon. Si ses intentions ne sont pas mauvaises, alors il aura sans doute voulu défendre l'entrée du tombeau… créer sa propre armée pour bloquer l'arrivée d'Aidan? Mais... comment aurait-il su?"
- "Je crains qu'il nous reste encore beaucoup à comprendre." Dit Cain en soupirant. "Mais tout cela passe par le palais du vizir. Nous devons obtenir une entrevue avec lui." Ajoute-t-il. Astrid me lance un regard en biais. J'acquiesce. J'ai compris.
- "Nous allons accepter l'offre de Kalinda." Dis-je en pinçant les lèvres. "Passer par les femmes de l'ombre pour atteindre la plus haute autorité. Nous vous ferons entrer." Le vieil homme sourit, un peu gêné.
Nous finissons notre repas en silence puis rejoignons nos chambres. Astrid et moi nous déshabillons avant de rejoindre nos couches respectives. Il fait si chaud dans ce pays que seul le drap est suffisant. Alors que je m'installe, l'amazone tourne la tête vers moi.
- "Vous avez été scellée, n'est pas?" Je ne réponds pas. Je ne le peux pas vraiment de toute façon, pas de la façons dont elle me le demande. "Mes sœurs pratiquent toujours ce rituel." Elle grimace. "Je pensais que les vôtres s'en étaient affranchies. Il semblerait que les traditions aient la vie dure." Elle soupire.
- "Vous ne l'êtes pas?" Je demande. Elle se redresse sur un coude. Même dans la pénombre, je peux voir son regard assassin. Elle me fait presque peur.
- "N'est pas née la personne qui me mettra des chaînes. Surtout ce genre de chaînes."
- "Qui a tenté de vous en mettre?" Je demande. Elle se radoucit. Elle se laisse retomber sur sa couche et fixe le plafond.
- "Des hommes que j'ai rencontrés dans une vie dont je n'aime pas me souvenir." Elle n'a pas besoin d'en dire plus. Je comprends maintenant le sourire étrange qu'elle avait quand Kalinda a suggéré qu'elle avait ce qu'il fallait pour faire plaisir à un homme. Les larmes me montent aux yeux. Je n'aurai jamais imaginé que quelque chose comme cela ait pu lui arriver.
- "J'ai été vendue moi aussi, dans d'autres circonstances." Dis-je sachant que son cas est bien pire que le mien. "Je connais ce sentiment."
- "Alors en un sens, nous sommes encore un peu plus sœur, Annor." Elle tourne à nouveau la tête vers moi. Je lui souris. Elle regarde à nouveau le plafond. "Vous savez, même si je doute que l'intention finale de Kalinda soit de faire de nous de vraies concubines, quoi qu'il arrive dans le harem du vizir, je ne laisserai jamais rien vous arriver. Vous ne vivrez pas ce genre de servitude. Jamais. Je vous le promets sur ma vie."
Je suis bouleversée par sa sincérité et sa détermination.
- "Merci." Dis-je la gorge serrée.
Je ne pousse pas la conversation plus loin, c'est visiblement un sujet délicat. Mais je suis curieuse de comprendre Astrid maintenant que j'ai une petite idée de ce qu'il lui est arrivé plus jeune. Le fait qu'elle ait laissé Warriv profiter de nous, même si peu, me laisse perplexe. Après tout, à mes yeux ce qu'il faisait était parfaitement dégradant aussi. J'ose lui poser la question. Elle soupire.
- "Il y a une comptine chez moi qui raconte l'histoire d'un scorpion et d'un renard. Les deux se trouvent au bord d'une rivière. Le scorpion ne peut pas nager pour traverser, alors il demande de l'aide au renard. Le renard refuse dans un premier temps en lui disant qu'il ne veut pas se faire piquer par lui pendant la traversée. Le scorpion lui rétorque qu'il ne le piquera pas. Ça serait stupide de sa part, puisqu'ils mourraient tous les deux. Le renard accepte finalement. Le scorpion monte sur son dos et le renard commence à nager, mais au milieu de la traversée, il sent le dard empoisonné du scorpion pénétrer sa chair. Alors que le poison commence à le paralyser et qu'il est le point de se noyer, le renard demande au scorpion : mais pourquoi m'as-tu piqué? Nous allons mourir tous les deux... Et le scorpion lui a répondu : je sais, mais c'est plus fort que moi, c'est dans ma nature." Astrid prend une grande inspiration. "Si l'on regarde notre parcours, nous étions le scorpion et Warriv le renard. Le piquer au milieu de la traversée nous aurait conduit à la mort. Et nous sommes plus fortes que le scorpion de mon histoire. Nous savons résister à nos pulsions. D'un autre point de vue, Warriv est un scorpion et il trouve des renards à exploiter, comme nous. Mais lui résiste à peine à son instinct. Un jour, il piquera trop fort et il mourra dans ce désert... Je ne voulais pas que nous soyons le renard qui se noie avec lui..."
Je grimace.
- "Cela veut dire aussi, qu'il pourra continuer longtemps à abuser des renards..."
L'amazone se redresse sur un coude et se tourne vers moi. Son regard est chargé de beaucoup trop de choses pour me faire une idée de ce qui lui passe par la tête.
- "Vous avez raison Annor. Mais si je suis votre raisonnement, j'aurai dû punir Kalinda aussi." Je fronce les sourcils. "Son regard ne vous a pas autant gêné, pourtant elle nous a évaluées comme on évalue du bestial. C'est tout aussi dégradant que le voyeurisme de Warriv. Kalinda est sans aucun doute plus raffinée et ses intentions moins perfides, mais nous ne sommes que de la viande pour les deux. Saura-t-elle résister a son instinct de scorpion le moment venu, ou mieux saura-t-elle retenir les instincts de son époux ? Votre vision de l'humain est idéalisée, Annor... Warriv ne posait pas de réelle menace sur votre liberté une fois le désert traversé. Kalinda et le vizir en revanche..."
Mon regard se pose rapidement sur le corps de l'amazone qui ne cache presque rien de sa nudité. Elle ne semble avoir aucun complexe, malgré un passé que je devine de plus en plus trouble. Elle a clairement été exposé à de la servitude et sans doute bien pire. J'ose à peine imaginer... Elle me protégera dit-elle mais elle m'expose en même temps. La frontière de ce qu'il est tolérable d'accepter est difficile à déterminer pour moi. Mes yeux glissent sur sa poitrine et ses hanches puis je me détourne. Je ne suis pas dérangée par ses formes voluptueuses - aussi belle soit Astrid, son genre de beauté ne m'émeut pas - je suis dérangée par l'idée de ce qu'a subi son corps. A-t-elle eu des enfants de ces accouplements non consentis? Malgré sa musculature et le tonus de ses chairs, elle a la silhouette de la femme fertile qui a déjà enfanté... Je n'ai que dix-sept ans, bientôt dix-huit, mais si je n'avais pas été vendue au monastère, j'aurai déjà eu certainement un ou deux gosses avec le propriétaire terrain qui m'aurait choisi pour femme. Mon corps n'aurait pas gardé longtemps l'aspect juvénile qui me caractérise encore un peu. Si je n'avais pas vécu ce que j'ai vécu avec mes sœurs, est-ce que j'aurai le même dégoût pour l'idée d'être engrossée et d'élever une marmaille nombreuse pour nourrir ma famille et gaver les seigneurs au-dessus de nous. Aurai-je les mêmes considérations sur mon corps? Sur ce qui est bien ou mal de faire ?
La seule chose dont je suis certaine, c'est qu'aujourd'hui j'ai peur que mon corps soit un objet dans les yeux d'un autre. Je ne conçois même pas le reste. Je me sens mal. Je me tourne à nouveau vers Astrid dont le regard est maintenant plus froid.
- "Warriv avait raison sur un point." Souffle-t-elle. "La vie hors de la sororité est bien plus complexe. La violence et la perversion des démons sont une chose, celle des humains en est une autre, parfois plus terrifiante encore. Votre sororité vous protégeait plutôt bien de cela. J'admire Akara pour ce qu'elle a accompli, pour faire de ses disciples des personnes intègres. J'imagine que les sœurs confirmées ne sont jetées dans le grand bain du monde extérieur que lorsqu'elles sont prêtes à l'affronter. Pour vous, il est trop tôt, mais vous n'avez pas le choix..."
- "J'ai choisi de partir. Je le voulais." Dis-je.
- "Je n'en doute pas, mais je suis certaine aussi que de votre sororité, il ne restait plus que vous au sommet des talents guerriers. J'ai vu vos sœurs combattre et, vous êtes jeune et encore inexpérimentée pour certaines choses mais, au combat, vous êtes largement au dessus du lot. Akara a envoyé son meilleur élément à la chasse. Elle croit en vous." Je rougis légèrement. "Vous allez devenir une redoutable chasseuse de démons mais pour cela il va falloir aiguiser votre esprit et trouver comment jouer avec toutes les armes que la nature vous a données."
- "Je ne souhaite pas vendre mon corps." Dis-je en comprenant l'allusion.
- "Bien sûr et je ne parle pas d'en arriver là, mais ne vous prenez pas pour un scorpion lorsqu'il vaut mieux être un renard, ou vous mourrez bêtement et c'est tout." Je déglutis. "Le renard de la comptine est naïf et n'a pas utilisé ce que la nature lui a donné. Les renards sont curieux et malins. En étant plus attentif, il aurait vu le moment où le scorpion allait trahir. Il lui aurait suffit de plonger sous l'eau pour le noyer. Il aurait peut être avalé un peu d'eau saumâtre dans la manœuvre, mais il aurait survécu. Je vous ai fait boire un peu la tasse par mes décisions, j'en ai parfaitement conscience, mais la prochaine tasse que nous prendrons ne sera jamais une noyade. Est-ce clair dans votre esprit ?"
Je hoche simplement la tête, troublée par l'intensité que dégagent le regard et le maintient de l'amazone. Elle est aquilaine, prédatrice, mais elle ne me fait pas peur car je ne suis pas celle qui tombera entre ses serres. D'une manière différente de Rolf je me sens maintenant en sécurité à ses côtés. Akara me l'avait dit : j'apprendrai beaucoup auprès d'Astrid. Je comprends seulement maintenant que ce que j'apprendrai avec elle n'a rien à voir avec l'enseignement martial ou magique de mes mentors. Je ne vais apprendre à affronter la vie des hommes de tout Sanctuaire, pas comme la paysanne que j'étais autrefois, mais avec les armes que les sœurs ont forgées pour et avec moi.
- "Aussi compliquée sera notre tâche demain, je vous conseille d'ouvrir grand vos yeux et vos oreilles sur ce que Kalinda fera avec nous. Et gardez l'esprit ouvert. Elle est une femme subtile et raffinée, elle nous vous bousculera pas trop. Alors profitez, je m'occuperai de garder les yeux sur le dard du scorpion. Prenez également conscience que plus nous irons à l'Est moins les meurs des femmes vous seront familières et parfois acceptables. Le clan Esu est plutôt modéré, mais certaine sororité de sorcières ont une vision du monde très différente de la vôtre et leur rapport au corps répond à d'autres critères. Protégez-vous, mais ne les jugez pas selon vos a priori. Apprenez juste ce qu'il faut et vous découvrirez sans doute qu'être une femme est bien plus que ce que vous imaginez."
L'amazone se recouche sur le dos et ferme les yeux. Je ne peux décoller mon regard d'elle. Elle n'a pas la sensualité féline et enivrante de Moiraine, mais elle est belle. A ce moment précis, ce n'est pas son corps qui me la rend séduisante, si je puis dire. L'once d'excitation que je ressens disparaît immédiatement alors que je réalise que je suis simplement subjuguée par son charisme. Astrid est une femme qui doute pas d'elle-même. Elle dégage un aplomb et une confiance en elle qui m'impressionnent. J'aimerai lui ressembler plus tard.
Je l'observe un moment dans la pénombre avant de reporter mon attention au plafond. Les douces lumières de la ruelle en contrebas y projettent les motifs de nos étranges fenêtres. Des ombres tout à fait banales. Pas d'ombres tueuses... Je prends une grande inspiration et essaie de me détendre. Demain, j'aurai besoin de toute ma vigilance. Je dois me reposer.
Voilà, c'était un long chapitre, avec beaucoup d'informations.
C'est ici que l'on peu débattre du bien fondé de la décision d'Astrid pendant le voyage (son passé sera révélé plus tard). En tout cas, j'ai inclus ce sujet dans l'intrigue d'une manière que je souhaite être malaisante. Etre confronté à un choix désagréable, prendre une décision qui va à l'encontre de ce qu'il serait judicieux de faire par nécessité. La nécessité justifie-t-elle toujours les moyens? Tout ça, tout ça.
Evidemment, je parle d'un vécu, bien qu'un peu différent quand même. Mais on est parfois piégé avec une personne qui vous peut vous faire du mal, vous priez pour atteindre l'autre rive sans casse grave. Vous vous retrouvez à subir une situation très problématique avant de trouver le secours des gens.
Il y aura d'autres sujets compliqués dans cette fic (le passé d'Astrid par exemple), c'est pour cela aussi qu'elle est catégorisée "mature". J'espère en tout cas qu'aborder ce genre de thèmes de cette manière vous plait et que l'intrigue vous plait aussi :).
A bientôt
