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Acte 2 - Troisième partie : Luth Golheim
Chapitre 6 : Le vizir
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Le plan est simple sur le papier, mais dans les faits, il est difficile à mettre en œuvre. Astrid et moi allons nous présenter au harem. La couverture fournie par Kalinda devrait être suffisante. Si nous avons correctement interprété les intentions de la première concubine, nous devrions être en mesure de rencontrer le vizir.
Rolf et Cain resteront à l'hôtel en attendant d'être convoqués. Nous leur avons confié nos armes. Il semblerait mal venu que nous venions armées pour devenir les épouses du vizir. Si tout se passe bien, dans la journée, nous aurons pu arranger l'entrevue.
Astrid et moi nous présentons aux gardes à l'endroit où nous étions entrées la veille.
- "Veuillez dire à la femme du vizir que nous avons accepté sa proposition." Déclare l'amazone.
En quelques minutes, nous sommes conduites dans la grande cour et rejoignons la garde féminine. Nous sommes amenées par un tout autre chemin vers la première concubine, dans un boudoir richement décoré. La chambre est immense et ombragée. Un large lit circulaire chargé en coussins mange une grande partie de l'espace. Quelques-unes des filles y sont couchées. Elles semblent détendues. Elles portent des vêtements à base de voiles laissant beaucoup de chair visiblement mais que je ne trouve pas particulièrement vulgaire.
Kalinda est assise à une coiffeuse et s'occupe d'arranger ses longs cheveux noirs. Elle nous observe approcher dans le miroir avant de se lever. Elle ne porte qu'un voile agencé de telle manière qu'il forme une robe ajustée à son corps. Elle est à peine maquillée et ne porte en guise de bijoux que quelques bracelets d'or, mais ses traits sont mis en valeur à la perfection. Elle nous rejoint. Sa démarche dégage une sensualité troublante.
- "Je suis heureuse que vous aillez accepté mon offre." Dit-elle.
Puis, elle me montre le plafond. Je déploie alors ma vision intérieure. Les ombres sont là. Elles glissent le long des parois, se confondant parfois avec les ombres naturelles de la pièce. Je lui fais signe de la tête que nous sommes menacées. Elle acquiesce.
- "J'aimerai vous présenter à mon époux le plus rapidement possible. Normalement, il aura un peu de temps à nous consacrer en fin de matinée. Cela me laisse le temps de vous rendre présentables. Vous ne pouvez pas venir à lui dans ces vêtements de voyages."
Les autres filles approchent et nous entourent. Elles sourient. Elles semblent ravie d'avoir de nouveaux corps avec lesquels jouer. Oui c'est cela, c'est bien un jeu pour elles. Je les entends chuchoter à propos de notre genre de beauté et de la meilleure manière de nous mettre en valeur. L'une d'entre elles part en courant vers la garde robe et ramène plusieurs vêtements. C'est étrange que bien qu'aillant conscience de la menace, elles soient capables d'autant de désinvolture.
- "Nous avons pensé, puisque notre exotisme est ce qui vous a attiré, garder nos vêtements traditionnels." Dit Astrid en retirant sa tunique. Je fais de même.
Kalinda nous sourit.
- "Voilà des habits forts intéressants." Dit-elle en contemplant nos armures de cuir que nous avions caché sous nos vêtements du désert.
Si la mienne est relativement ajustée et plutôt couvrante, pour ce qui est du plastron du moins, celle d'Astrid met ses formes généreuses en valeur, même si le but premier n'est pas de le faire. Les concubines semblent ravies. Je suis plutôt contente de moi. C'était mon idée de proposer que nous restions en vêtement de combat malgré le rôle que nous devons jouer.
- "Je pense que mon époux sera intrigué par ces vêtements de cuirs. Je dois avouer qu'ils me plaisent beaucoup." Dit Kalinda en souriant. "Nous évitons habituellement ce genre de matière ici, à cause de la chaleur, mais il fait doux dans le palais. Vous ne craindrez pas la brûlure du soleil. Nous allons juste vous maquiller un peu et vous coiffer. Rien d'extravagant je vous rassure. J'aimerai que Jerhyn puisse apprécier votre beauté naturelle."
Les filles nous amènent jusqu'au lit. Nous nous essayons au bord. Ce qui suit est pour moi à la fois inédit et absurde. Je les écoute hébétée parler de l'angle de mon nez, de l'épaisseur de mes lèvres ou encore de la couleur de mon teint. Elles détachent les sangles de mon armure afin d'atteindre, de leurs mains, des zones inaccessibles. Sur le coup, je m'apprête à protester, mais je jette un rapide coup d'œil à Astrid qui me fait comprendre qu'il n'y a aucun danger. Elle même laisse les concubines faire. Finalement, j'ose me détendre pendant qu'elles appliquent sur ma peau une crème un peu grasse qui la rend légèrement luisante, comme si je sortais de la douche, sans pour autant donner l'impression que je suis humide. Il me faut quelques minutes d'adaptation, mais finalement je commence à apprécier. Cela ressemble à un massage. Après cela, les femmes m'invitent à réajuster ma tunique et dès que j'ai fini elles s'agglutinent à nouveau autour de moi avec une quantité d'ustensiles et d'onguents que je ne connais pas.
Je suis coiffée et maquillée. J'ai la sensation qu'on étale beaucoup trop de matière sur mon visage. Je ne suis pas à l'aise. J'ai envie de me frotter avec un gant de crin pour faire partir tout cela. Mais lorsque je suis amenée devant la glace pour contempler le résultat, je suis étonnée. Je souris à mon reflet. Je me trouve plutôt jolie. Kalinda avait raison, elles ne m'ont pas transformées à proprement parler, mais je semble plus mature, plus femme.
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Kalinda nous emmène ensuite visiter une aile du palais que nous avons la possibilité de parcourir sans danger. Nous nous arrêtons dans une serre où poussent de nombreuses essences de plantes. Je vérifie les lieux, les ombres ne semblent pas avoir investi l'endroit.
- "J'avais le sentiment qu'ici j'étais en sécurité." Dit la première concubine.
- "Vous sentez leur présence, n'est-ce pas ?"
- "Oui, mais c'est une impression générale. Le seul moyen que j'ai de vraiment les détecter, c'est d'initier un sort, mais cela me met en danger. Maintenant, je ne fais plus vraiment confiance à mon instinct. L'angoisse fausse mon jugement."
- "Le vizir est en sécurité?"
- "Oui, il reste dans une aile du palais très peu touchée. Des Vizjereis restent avec lui en permanence. Leur protection est relativement efficace. Depuis le début de la crise, ils essaient de trouver une solution, mais aucun d'entre eux n'a pu approcher le portail. Les ombres attaquent tout ce qu'elles considèrent comme une menace et transforment les bêtes en monstres. Elles réagissent aux intentions formulées, c'est pourquoi nous devons faire attention à ce que l'on dit."
- "Le portail?"
- "Nous ne savons pas comment il a été ouvert ni où il mène, mais les ombres proviennent de là. D'autres créatures en sont également sorties. Des démons. Mais ils semblent victimes des ombres tout comme nous. C'est très étrange."
- "Écoutez, nous avons nos compagnons dehors. L'un d'entre eux est un Horadrim." Dit Astrid. Kalinda ouvre des yeux ronds. "Nous souhaiterions qu'il puisse s'exprimer devant le vizir. Sa théorie est intéressante sur ce qui se passe ici."
- "Pourquoi ne m'en parlez-vous pas?"
- "Nous n'interviendrons pas sans eux." Je réponds. La concubine grimace. Astrid me jette une œillade signifiant clairement que j'aurai mieux fait de me taire.
- "Jerhyn n'aimera pas cela. Il ne sera probablement pas très heureux de découvrir ce que j'ai fait dans son dos. Mais ce genre de chantage le braquera certainement."
- "J'ai toute confiance en vous pour lui faire changer d'avis." Flatte Astrid. Kalinda n'est pas dupe. Elle sourit.
- "Vous ne manquez pas d'aplomb. Vous savez qu'en d'autres circonstances, je vous aurai déjà fait décapiter."Son ton est sec et sans appel.
Je déglutis. Astrid avait raison. Kalinda vient de se dévoiler, en quelque sorte. Elle est bien un scorpion. Elle semble avenante mais elle est dangereuse. Elle ne le semble pas, mais elle est en position de force. Nous sommes chez elle et quelque soit le degré réel de soumission qu'elle ait vis à vis de son époux, elle reste une souveraine. Je ne dois pas l'oublier.
- "Oh, ça je n'en doute pas." S'amuse l'amazone. "Mais, je vous assure que nous souhaitons simplement aider."
Elle prend la main de la concubine et la serre avec douceur. Kalinda sourit légèrement. Elle semble apprécier le geste. Elle reste cependant sur la défensive.
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Le reste de la matinée consiste en des recommandations en tout genre pour l'entrevue à venir. Il y a tellement d'interdits que cela en devient ridicule. La rhétorique de Cain sur le véritable pouvoir des femmes comme Kalinda s'en trouve assez diminué. J'ai presque pitié pour elle. Même dans la sororité où les règles sont strictes, je n'avais jamais eu ce sentiment de perte de liberté. Ici, tout est fait pour ne pas froisser la susceptibilité du vizir. Pour moi cela ressemble plus à essayer de faire plaisir à un gamin capricieux. Je sens que je ne vais pas apprécier de devoir avoir à faire à cet homme. Et j'ai ma petite idée sur comment le convaincre de faire entrer nos compagnons si Kalinda n'arrive pas à le faire à sa manière. Je doute que cela lui plaise mais tant pis.
Le moment venu, les filles vérifient une nième fois notre tenue et ajustent ce qu'elles pensent devoir ajuster sur notre armure. C'est relativement inconfortable, mais je les laisse faire. Je remettrai les pièces déplacées en place dès que j'en aurai l'occasion.
Puis, Kalinda nous amène dans l'aile réservée au vizir. Si l'intérieur du palais me paraissait déjà riche, là je suis subjuguée par les ornements et prouesses architecturales d'intérieur. Il n'y a pas à dire. Les constructions sont magnifiques dans la région. Alors que nous avançons, j'ai une drôle de sensation. Je sens une présence magique à la fois forte et diffuse. Je reste vigilante. Nous arrivons devant une grande double porte gardée par des lanciers et des mages.
- "Annoncez à mon époux que je lui ai trouvé deux nouvelles femmes." déclare solennellement la première concubine.
- "Je suis navré, mais votre époux est occupé, madame. Il discute de choses importantes avec mes frères." Répond l'un des mages sur un ton étrangement craintif. Il a clairement peur d'elle.
- "Et bien, j'ai décidé que c'était l'heure de la pause." Rétorque Kalinda.
- "Oui madame." Le Vizjerei pince les lèvres et fait signe au garde d'aller annoncer la nouvelle.
La porte reste entrouverte. J'aperçois l'intérieur de la pièce. Le vizir est tout au bout d'une longue table sur laquelle sont disposées de nombreuses corbeilles de fruits. Des Vizjereis sont assis à bonne distance de lui. La conversation semble animée. A la tête qu'il fait, il n'a pas l'air ravi de l'interruption. Nous sommes cependant invitées à entrer. Je déglutis. Nous croisons les Vizjereis qui sortent. Ils ne semblent pas contents non plus.
- "Kalinda, ma chérie. Je sais que je te délaisse quelque peu mais ces réunions sont importantes. Fais vite."
Le vizir est un homme d'une cinquantaine d'années au regard aquilin et au corps, qui malgré les vêtements amples qu'il porte, montre un maintien solide. Je ne sais pas pourquoi, mais j'avais dans l'idée que je trouverai un homme vautré dans sa richesse plutôt que quelqu'un de son allure.
Il nous toise alors que Kalinda nous fait signe d'approcher. Nous faisons la courbette qu'elle nous a appris. Je me sens ridicule.
- "J'ai sélectionné ces deux jeunes femmes pour…"
- "Qui sont ses femmes des terres vertes?" La coupe-t-il. "Elles ne sont pas là pour devenir mes femmes. Penses-tu que je sois devenu stupide?"
Il a l'air à la fois contrarié et déçu. Je déglutis. Kalinda me fait signe.
- "La salle est sans danger, ainsi que le couloir par lequel nous sommes venus. Je ne ressens rien alentours non plus. Je pense que nous pouvons parler librement." Dis-je pour répondre à sa question muette.
Le vizir me dévisage. Je souris discrètement de mon effet. Normalement, je n'aurai dû ouvrir la bouche sous aucun prétexte avant que l'on m'ait donné la parole. Mais j'ai profité de l'occasion. Quelque part, sa femme vient de m'inviter à m'exprimer.
- "Ces femmes ont des pouvoirs spécifiques qui te seraient utiles pour le problème que nous avons."
- "Kalinda! Mais…"
- "Écoute mon amour, les Vizjereis ne peuvent rien sinon jouer un peu plus avec le feu."
- "Les pouvoirs des Khéjistanis attirent ces choses. Les nôtres peuvent les repousser." Dis-je.
Le regard du vizir est assassin alors que je m'exprime une nouvelle fois sans y être invitée proprement. Je commence à transpirer. Cette fois-ci Kalinda aussi semble agacée.
- "Elle dit la vérité." Ajoute-t-elle cependant. "Elles nous ont sauvé lors de notre entrevue dans les bains."
- "Entrevue? Kalinda explique toi." Il se pince l'arrête du nez.
- "J'ai toujours des contacts avec les clans de mages en ville. Ces deux-là se sont faites remarquer en allant voir chacun d'entre eux et répandant une nouvelle terrifiante. Le monde des barbares serait menacé par une terrible armée démoniaque. Une prophétie de la Grande Prêtresse de la sororité de l'Oeil Aveugle." Le vizir semble soudain plus attentif. "J'ai demandé à ce qu'elles soient surveillées. Ce qui a vraiment piqué ma curiosité c'est qu'elles voyagent avec deux hommes qui enquêtent de leur côté. Le plus jeune est sans aucun doute druide." L'homme se tend. "Et l'autre est parti étudier à la grande bibliothèque. Des ouvrages sur le tombeau de Tal Rasha." Cette fois-ci, le vizir l'interrompt d'un geste de la main.
- "Que savez-vous de Tal Rasha et de son tombeau?" Nous demande-t-il nerveusement. Je ne peux répondre complètement à cause du sceau. Je fais signe à Astrid de prendre le relai.
- "Il était un ancien Horadrim. Sa tombe cache un secret convoité par un ennemi puissant. Nous pensons que ce qui vous arrive est le résultat d'une tentative pour arrêter cet ennemi."
- "Le vagabond…" soupire le vizir. Mon cœur manque un battement. Voilà le lien qui nous manquait. "Sortez tous!" S'exclame-t-il soudainement à l'intention des gardes restés près de la porte.
Les hommes hésitent un instant mais le seigneur Jerhyn n'a pas besoin de se répéter. Ils quittent la salle et referment les portes derrière eux. Le vizir se lève et dépose rapidement un baiser sur les lèvres de sa femmes.
- "Que ferai-je sans toi?" Murmure-t-il en lui caressant la joue.
- "Des bêtises." Elle sourit.
- "Je vais leur parler. Vous deux, approchez." Dit-il en s'asseyant à nouveau. Il nous invite à prendre place à la table. "Habituellement j'ai une confiance modérée dans les sœurs des terres vertes. Elles font de bonnes mercenaires pour protéger les caravanes mais, à mon goût, elles fouinent un peu trop dans les affaires qui ne les concernent pas. Vous en êtes la preuve." Je déglutis mais son sourire me rassure aussitôt. "Cependant, je sais que vous œuvrez à la lutte contre les forces du mal et que vous avez certains dons… Si votre Grande Prêtresse vous a envoyé, c'est pour une raison qu'il ne faut pas ignorer. Vous poursuivez le vagabond?"
- "Peut-être." Dis-je. "Pouvez-vous nous en parler?" Le vizir se recale dans son siège.
- "Il a été repéré par des éclaireurs dans le désert, il y a plusieurs semaines. Il voyage avec un homme ou plutôt cet homme le suit comme son ombre. A chaque fois qu'il a été vu, des insectes monstrueux sont apparus dans les jours qui suivaient. En quantité..."
- "Ils se dirigent vers le tombeau de Tal Rasha ?" Je demande inquiète. Il hoche la tête. Il a toujours l'air un peu gêné que je prenne la parole ainsi mais heureusement, il ne s'en formalise pas trop.
- "L'emplacement du tombeau n'est connu que d'une poignée d'hommes dans Sanctuaire. Il est dans un lieu extrêmement difficile d'accès mais pas impossible à trouver. Y accéder par la voie terrestre est possible mais il faut des connaissances dans les arcanes anciennes pour trouver la véritable entrée. On dit que la chambre mortuaire est scellée mais qu'avec une magie suffisante, le sceau est brisable. A cause de cela et des signes que le vagabond pourrait réussir, j'ai demandé conseil aux Vizjereis que j'avais embauchés pour... d'autres affaires. L'un d'entre eux a décidé d'agir sans mon consentement. Il a créé cette armée de bêtes humanoïdes dans l'intention de protéger le tombeau. Elles ont échappé à son contrôle, comme beaucoup d'autres choses. Depuis, nous essayons de contenir sa magie, mais toutes nos tentatives ont échoué."
- "Ce Vizjerei. Qui est-il?" Le vizir hausse les épaules.
- "Il se fait appeler Horazon." Je fronce les sourcils. "Les autres m'ont dit que c'était impossible, mais ils ne connaissent pas son identité non plus. Il porte un masque en permanence. Il a répondu à mon offre, mais contrairement aux autres, il est venu de l'ouest, seul."
- "Cela fait beaucoup de coïncidences." Dis-je en grimaçant. "Une légende des anciens Horadrims protégeant le tombeau d'une autre légende Horadrims et répétant éventuellement ses erreurs passées… Où est-il maintenant ? Peut-être est-il à l'origine du nexus magique étrange que je sens."
Jerhyn a l'air étonné. Kalinda sourit. La démonstration de ma perception supérieur a fait mouche.
- "Il est toujours dans le palais. Il a trouvé refuge quelque part dans la cave, où nous gardions la nourriture au frais."
- "J'imagine que cela communique avec les égouts." Le vizir pince les lèvres. J'ai touché dans le mille. Je pousse un peu plus ma chance. "Nous vous proposons nos services pour vous débarrasser de cette menace. Mais nous aurions besoin de l'aide de nos compagnons."
- "Vous êtes bien entreprenantes mesdames." S'exclame Jerhyn en mettant le holà. "J'aimerai vous rappeler votre position ici et que des dizaines de Vizjereis talentueux ont déjà tout tenté et ont soit été retrouvés morts, soit ont disparu tout simplement."
- "Votre femme nous a recruté pour cela." Intervient Astrid. "Que ce soit sous la couverture de devenir vos concubines est une chose, mais les faits sont là. Nous sommes des guerrières, rien d'autre."
Elle vient d'écarter le dard du scorpion de Kalinda, mais nous ne sommes pas encore sur l'autre rive. Nos vies tiennent à la décision du vizir. Je vois que l'amazone se tend. S'il le faut, elle est prête à se battre. Je l'imite.
- "J'avais bien compris mais cela ne change rien." Il n'a pas l'air inquiété.
- "Kalinda?" Je tente. Elle déglutit. Elle hésite un moment puis répond.
- "Je peux faire venir vos compagnons, mais je dois user de magie…"
- "Nous vous protégerons." Dit Astrid.
La première concubine m'invite à m'approcher d'elle. Elle colle son front au mien. Je visualise alors le salon de la Fleur du Désert où sont sensés nous attendre Cain et Rolf. L'ancienne sorcière me repousse puis elle déploie son aura. Astrid fait de même. Kalinda forme les mots dans le vide et un portail s'ouvre. Presque au même moment, les ombres apparaissent, se faufilant par le moindre interstice, elles investissent la pièce. Presque aussitôt, les Vizjereis derrière la porte forcent le passage. Ils ont senti le danger aussi.
- "Femme! Cessez cela tout de suite!" Crie l'un d'entre eux.
- "Le premier qui tente d'intervenir sait ce qui l'attend." Répond-elle en regardant autour d'elle.
- "Ma chérie…" gémit Jerhyn en reculant vers les mages.
Le premier à sortir du portail est Rolf. Il observe la situation prudemment avant de me tendre mes armes. Il fait de même pour Astrid. Quelques secondes plus tard, Cain émerge à son tour.
- "Je ne m'attendais pas à cela." Dit-il avec le sourire. Il s'incline légèrement devant Kalinda puis le vizir.
- "Mettez-vous à l'abri et surtout n'utilisez aucune magie. Nous allons les retenir ici quelques instants le temps que vous fuyez." Dis-je en faisant appel à ma part démoniaque pour attirer les ombres sur moi.
Kalinda hoche la tête et referme le portail. Son aura disparaît et comme prévu, je deviens le nouveau centre d'intérêt de cette menace intangible. Elle rejoint son mari. Il l'attrape fermement par le coude. Je vois dans ses yeux un mélange de déception et d'espoir. Cet homme me laisse perplexe. Il semble très attaché à sa position dominante mais en même temps il est prêt à nous laisser notre chance.
Nous nous mettons en formation. Je passe devant mais reste suffisamment proche d'Astrid pour que son aura me protège. Les hommes restent à ses côtés. Les ombres virevoltent autour de nous, sans jamais nous atteindre. Je déploie ma vision intérieure au maximum et commence à suivre cette piste diffuse de magie arcanique qui flotte dans le palais.
Avez-vous compris qui est Horazon? Réponse au prochain chapitre ;P
