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Acte 2 - Troisième partie : Luth Golheim

Chapitre 9 : Tyraël

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Nous arrivons dans un long couloir en L et débouchons dans une grande pièce éclairée par des centaines de torches arcaniques. Un immense gouffre est en son centre et une pierre gravé d'inscriptions arcaniques flotte dans le vide au-dessus. Si Cain est émerveillé, moi, je suis sur le qui vive. Je reconnais cette salle. C'est là que le rôdeur se trouvait dans la vision que j'ai partagé avec Akara. Le pont de cordes est détruit et la créature qui était enchaînée à la pierre n'y est plus.

Cependant, je sens la présence de quelque chose de très fort. Bien plus fort que la créature que nous avons affronté précédemment. J'ignore pourquoi je ne sentais pas sa présence avant. Venons nous de réveiller quelque chose? J'avertis mes compagnons le plus discrètement possible. Astrid se met en position et Rolf se place derrière Cain. Il faut protéger le vieil homme à tout prix.

- "C'est une prison Horadrique." Gémit ce dernier effrayé. "Qui avait-il d'enfermé ici?"
- "Tal Rasha."

Le nom est prononcé directement dans mon esprit. La voix résonne en moi brutalement. Lorsque je vois l'expression de mes compagnons, je réalise qu'ils ont entendu la même chose. C'est alors que de derrière la pierre flottante, sur le petit monticule sur lequel elle repose, émergent des dizaines de tentacules de lumière. Ils s'agrippent aux murs et la créature à qui ils appartiennent est propulsée dans les airs pour atterrir lourdement à quelques mètres devant nous. Elle déploie son aura autour et j'en ai le souffle coupé. Elle est si forte qu'elle est visible à l'œil nu, même pour ceux qui ne possèdent pas la vision des sœurs. Je le reconnais. C'est l'ange de la vision d'Akara. Toutefois, son aspect a changé. Il semble avoir souffert au cours d'un combat. Son armure est brisée en de nombreux endroits, dévoilant une surface plus sombre que la nuit. La lumière semble couler de lui comme du sang, à l'endroit de certaines fractures dans le métal.

Cain tombe à genoux.

- "Tyraël!" S'exclame-t-il, les larmes aux yeux.
- "Lui-même. Qui êtes-vous et que faites-vous dans l'antichambre de Tal Rasha? Comment avez-vous réussi à entrer ici?" Les ailes tentaculaires de l'ange flottent gracieusement dans l'air, comme agitée par un vent paisible qui n'existe pas.
- "Cain est un Horadrim. Le dernier descendant de vos soldats." Dis-je d'une voix forte, étrangement assurée. "Nous sommes venus pour arrêter Diablo!"

L'Ange s'approche un peu plus de nous. Son aura est écrasante malgré son état de faiblesse apparente. Je commence à haleter. Il se penche sur nous. Il fait pas loin du double de ma taille. Je plonge dans le néant absolu encapuchonné qui lui sert de visage. Je cherche un regard que je ne trouve pas, pourtant je sais qu'il me observe. Il me juge. Je commence à suer abondamment. Je sers mon arc, même si je sais que je n'arriverai jamais à tirer.

- "Pourquoi as-tu peur de moi, mortelle?" Me demande-t-il.
- "Vous… vous... n'existez pas." Je balbutie dans un souffle.
- "Pour vos sens, les Anges ne sont qu'énergie. Nos corps appartiennent à une réalité différente que vos yeux ne peuvent voir. Ne me craignez pas." Dit-il en reculant d'un pas. Sans doute pour se montrer moins menaçant. "Vos cœurs disent la vérité. Je ne vous ferai aucun mal."

Cain se met presque à pleurer.

- "Seigneur, je ne pensais jamais avoir l'honneur de vous rencontrer."
- "Relève-toi, mortel. Et raconte moi l'histoire de tes frères. Qu'est-il advenu des Horadrims et pourquoi es-tu le dernier?"

Nous aidons le vieil homme à se redresser. Il tremble d'émotion. Moi je ne sais pas trop quoi penser. J'observe l'ange et essaie de trouver un sens à son existence.

- "Le temps a eu raison de nous, Seigneur. Près de quatre cents ans se sont écoulés sans un signe de votre part ni de signes que les démons allaient se réveiller. Les Horadrims se sont dispersés et leur savoir s'est éteint avec eux. Ma mère descendait de ces guerriers mages et ses ancêtres avaient continué de transmettre les anciens savoirs. Elle a fait de même avec moi. Je sais tout ce qu'elle m'a appris, même si c'est une connaissance parcellaire. J'ai longtemps cherché à trouver d'autres enfants d'Horadrims comme moi, mais n'en ai trouvé la trace d'aucun. J'en ai conclu que j'étais le dernier. J'ai passé le reste de mon existence à rassembler le savoir de mes ancêtres. Mais hélas, tous mes livres ont brûlé. Ce savoir n'existe maintenant que dans ma tête et je ne sais pas combien de temps il me reste à vivre pour le transmettre à mon tour."
- "Je te crois Cain. Et j'admire ta détermination. Tu es un Horadrim dans le cœur. Ta lignée a tenu parole et s'est acquittée du serment qu'elle m'a fait. Les autres en revanche sont une déception absolue..."
- "Pardonnez-nous, Seigneur. Nous sommes mortels et friables. Le temps nous a érodés."
- "Faux!" Le mot claque comme un fouet. J'ai l'impression que mes os claquent. "Les hommes sont capables de mieux. Les barbares tiennent leur promesse depuis plusieurs dizaines de siècles! J'espérai la même chose des tiens." Cain blanchit et se met à trembler.

De mon côté, un frisson me parcourt l'échine. Cela fait donc si longtemps que les barbares protègent le bien le plus précieux de Sanctuaire. Sans jamais faillir...

- "Quelle promesse?" Demande soudainement Astrid.

Je réalise qu'elle est ici la seule à ignorer ce qui se cache dans les montagnes du Nord. Si elle n'a pas de sceau, sans doute que ses sœurs ne lui ont jamais révélés des secrets tel que celui-à.

- "Protéger la Pierre Monde." Répond l'Ange sans détour. J'ignore pourquoi il dévoile un tel secret aussi facilement. Je vois les yeux d'Astrid s'écarquiller. Elle sait visiblement ce que c'est. Elle ignorait probablement qu'elle était en Sanctuaire.
- "Pourquoi me le révéler ainsi?" Demande-t-elle. Je vois qu'elle a eu le même raisonnement que moi.
- "Parce que tu vas devoir te battre pour elle dans un futur proche." L'ange recule encore d'un pas, comme pour nous observer dans l'ensemble. "Vous qui avez fait le choix de combattre Diablo et ses frères pour protéger le Sanctuaire vous êtes de facto devenu des gardiens de la pierre. Il faut que vous sachiez pour quoi vous vous battez. Et toi, mortelle à l'aura d'or, je vois dans ton cœur briller une force dans laquelle je me reconnais. J'ai confiance en toi."
- "Et les autres?" Elle nous regarde.
- "En tant qu'Horadrim, Cain savait déjà. Celui-là est un barbare dans un corps dégénéré." Dit-il en pointant Rolf. "Il connaît donc ce secret également. Quant à elle..." Il se tourne vers moi… "elle a une âme de démon mais son cœur suit la bonne voie. Elle est sincère." Je tremble légèrement.
- "C'est donc pour cela que les armées démoniaques frapperont Arréat." Déclare Astrid songeuse, alors qu'elle recolle progressivement les morceaux.
- "Comment savez-vous cela?" Demande Tyraël.
- "La Grande Prêtresse de ma sororité a le don de voyance." Dis-je. "Elle a fait une prédiction et a vu le siège d'Arréat. Les barbares ont été alertés et se préparent déjà à affronter les armées des enfers. Elle a vu la fuite de Diablo vers l'Est. C'est elle qui nous a envoyés à sa poursuite."
- "Votre Grande Prêtresse a vu juste mais hélas trop tard." Je sers les dents. "Diablo a obtenu ce qu'il voulait ici. Je n'ai pas réussi à l'arrêter."
- "Il avait pourtant forme humaine, il aurait dû être facile à vaincre pour vous." Je rétorque. Je suis peut-être un brin entrepreneuse mais j'ai besoin de comprendre comment une créature aussi puissante que lui a pu échouer. Si lui n'y est pas arrivé, alors comment pouvons nous réussir. L'ange ne semble pas s'offusquer de mon parler un peu trop direct.
- "Hélas. Les choses ne se sont pas déroulées comme prévues." Dit-il.

Il tend la main et nous invite à le toucher. Nous le faisons à tour de rôle. Je suis d'abord réticente mais je finis par rejoindre les autres. Étrangement, la main de néant à une réalité bien physique. Il émane de ce corps une douce chaleur.

Dès que nous sommes tous réunis, Tyraël partage ses souvenirs.

Le combat fait rage entre le prince Aidan méconnaissable et lui. J'entends la plainte de Cain dans mon esprit lorsqu'il comprend qu'il voit le prince. Ce dernier, armé de son épée, résiste sans peine aux assauts de l'ange. Je me souviens alors qu'il avait la force de résister à Diablo lui-même, cela ne m'étonne donc pas. Je glisse cette pensée dans cet étrange souvenir que nous partageons.

- "Il avait du sang de Néphalem très puissant."
- "Je comprends mieux sa force démesurée." Répond Tyraël.

Nous voyons ensuite l'Ange tenter de précipiter Diablo par dessus bord, dans le gouffre qui entoure la pierre flottante où je vois se débattre à nouveau la créature immonde qui y était enchaînée. Son corps est cadavérique et noirci. Des tentacules sombres s'agitent tout autour d'elle mais semblent englués à la pierre qui le retient. Je l'entends supplier qu'on le libère et crier de douleur.

- "C'est Tal Rasha." Explique l'ange. "Un Horadrim du temps jadis qui s'est sacrifié pour contenir Baal à tout jamais. Ce que vous voyez c'est ce que la corruption a fait de son corps. Mais ce que vous entendez ce n'est pas sa voix. Son esprit est mort depuis longtemps. Il a sacrifié son corps éthéré pour qu'il devienne une prison magique. C'est Baal qui parle à travers lui."

Au moment même où il dit cela, je vois le corps éthéré du démon se superposer à celui du mage.

Sur la terre ferme, le combat fait toujours rage. Tyraël a l'ascendant. Il a fait tomber Aidan qui s'accroche à la paroi rocheuse, les pieds au dessus du vide. Mais c'est plus loin que tout se joue. Un homme frêle est en train de traverser lentement le pont de cordes, sans que personne le remarque. Je le reconnais. C'est l'inconnu de l'auberge. Le drogué. L'homme attrape la pierre qui saillit du corps difforme et tire de toutes ses forces.

- "Oui, libère moi. Je t'en supplie! Abrège mes souffrances…"

L'homme a été dupé. Il croit qu'il met fin à la torture d'un homme, alors qu'il libère juste de ses chaînes le démon à l'intérieur.

Au moment où Tyraël allait réussir à faire lâcher prise à Aidan, l'homme arrache la pierre du corps de Tal Rasha. Aussitôt, le piège Horadique se désactive et les chaînes magiques qui le retenaient à l'obélisque disparaissent. Le corps monstrueux glisse le long de la pierre et s'écroule en tas sur le sol sur la petite plateforme.

La pierre d'âme jaune se met à luire dans les mains du drogué. Réalisant ce qui vient de se passer, Tyraël bondit à l'aide de ses ailes tentaculaires jusqu'au malheureux qui vient de commettre l'irréparable. Il l'attrape par le col et le soulève de terre.

- "Toi qui vient de réduire le sacrifice d'un homme exceptionnel à néant. Emporte la pierre loin d'ici. Va à l'Est chercher les anciens Horadrims, ils seront quoi faire. Personne d'autre ne doit voir cette pierre tu m'entends. Personne! Maintenant, cours!"

Il le rejette au loin vers la sortie. L'homme tombe lourdement au sol non loin de la sortie. Il se relève difficilement et s'enfuit du tombeau. L'ange referme les lourdes portes de la chambre de Tal Rasha grâce à ses ailes. Au même moment, je vois une main jaillir du gouffre. Aidan remonte la pente à la force de ses bras. Tyraël s'apprête à s'élancer à nouveau pour l'abattre mais il est retenu par l'horreur cadavérique que l'on croyait morte. Les tentacules noires s'accrochent à l'ange et retiennent ses ailes avec une force qui jure avec son aspect. Aidan ramasse sa lourde épée qui git un peu plus loin et s'approche de l'ange.

Ce dernier se débat, mais le combat qui suit n'est pas à armes égales. Entravé, il ne peut plus parer les assauts de prince possédé qui le frappe de toutes ses forces. Il faut de nombreux coups avant que la cuirasse angélique commence à se fracturer. Mais il finit par réussir à transpercer à plusieurs reprises le corps de l'ange à l'aide de son épée nimbée de lumière froide, puis il arrache férocement les morceaux d'armure qui se détachent. Mais il n'arrive pas à ses fins. La fatigue se lit dans chacun de ses gestes et il s'épuise totalement avant de pouvoir l'achever. Tal Rasha relâche alors Tyraël qui, gravement blessé, s'écroule au sol. Le monstre charbonneux relève le rôdeur. La vision devient de plus en plus floue à mesure que l'ange perd connaissance, je devine. Les deux hommes démons s'éloignent lentement dans l'ombre grandissante et l'ange brisé est abandonné gisant au milieu de la prison.

- "Leurs corps mortels est la seule chose qui les a empêchés de me tuer ce jour là. Ils sont arrivés à bout de forces avant de me porter le coup fatal." Déclare Tyraël en mettant définitivement fin à la vision. "Cette créature sombre, autrefois Tal Rasha est Baal. Une partie du moins. Il s'est infiltré en lui. Le reste de son essence est toujours prisonnière de la pierre d'âme. A l'heure actuelle, il est diminué, mais si les deux frères ne sont pas partis à la suite de cet inconnu par qui tout a basculé, c'est que Baal n'a pas besoin de toutes ces forces pour ce qu'ils prévoient de faire ensuite. Pendant que je dérivais entre conscience et inconscience, je les ai entendus parler d'aller au Khéjistan pour retrouver Méphisto. Baal a hélas soutiré l'information de l'emplacement de la dernière pierre d'âme à l'esprit de l'Horadrim qu'il combattait. Ils ont creusé leur voie de sortie dans la pierre. J'ignore combien de temps cela leur aura pris. Mais lorsque j'ai repris connaissance, j'étais seul ici et Duriel gardait la sortie. Dans mon état je ne pouvais le combattre. Et lui, aussi fort soit-il est idiot. J'ai pu le duper en masquant mon aura angélique." Je réalise que c'est la raison pour laquelle je n'ai pas senti sa présence avant. Il ne s'est dévoilé à nous que parce qu'il a senti que Duriel était mort. "Alors je suis resté ici en attendant que je sois assez fort pour le vaincre. J'ai commencé à guérir lentement de mes blessures, mais comme vous le voyez, je suis encore en mauvaise condition."

- "Combien ont-ils d'avance?" Je demande nerveusement.
- "Un mois voire plus, mais ils ont certainement dû se rendre sur le continent par leur propres moyens. Leur aspect est trop monstrueux pour passer inaperçu. Le seul passage assez étroit pour passer à la nage se trouve tout au sud dans le détroit formé par les deux mers. Le tombeau est loin de tout. Ils doivent traverser tout le désert d'Aranoch en puis longer la côte. Et, sur l'autre continent, il leur faut traverser une épaisse jungle pour rejoindre le temple Horadrim. Si vous prenez un bateau et rejoignez Kurast par la mer, vous pouvez réduire l'écart de manière significative."
- "Nous sommes encore arrivés trop tard." Je sers les poings. "Nous faisons que leur courir après."
- "Mais il faut que vous continuiez la chasse. Si vous les attrapez, l'invasion d'Arréat n'aura pas lieue et le Sanctuaire sera sauvé."
- "Retournons en ville." Suggère Astrid. "Le vizir nous doit bien quelque chose maintenant que vous avons stoppé l'invasion de son palais et sauvé sa ville. Nous pourrions demander un passage gratuit pour le Khéjistan, en guise de paiement." J'acquiesce.
- "Mortels, vous êtes la lumière dans les ténèbres que j'attendais. Je bénis votre grandeur d'âme. Sortons de ce tombeau voulez-vous ?"

Je vis ce moment étrange où nous suivons en silence cette créature qui échappe toujours à ma compréhension. Pendant que nous refaisons tout le chemin à l'envers dans les longs couloirs sombres du tombeau, l'ange a replié ses ailes, ou plutôt devrais-je dire, il les a fait disparaître.

Lorsque nous atteignons enfin l'air libre, le soleil est en train de se coucher. Il a disparu derrière les grandes murailles de pierres que forme le canyon et au milieu du dégradé de couleurs qui peignent le ciel, je vois apparaître les premières étoiles. Tyraël se tourne vers nous.

- "Je vais me rendre chez les barbares voir où les préparatifs en sont menés."
- "Vous ne venez pas avec nous?" Je demande étonnée et légèrement déçue.
- "Je vous semble peut-être fort, mais actuellement, je ne le suis pas. Je suis encore capable de beaucoup de choses, mais pas de combattre des seigneurs démons. Diablo et Baal m'ont menés aux portes de la mort et mon corps se régénère toujours, même après tout ce temps. Vous êtes bien plus à même de vaincre nos ennemis que moi, pour le moment. Vous avez bien réussi à terrasser Duriel."
- "Il s'était automutilé. Il n'opposait plus vraiment de résistance." Fait remarquer Astrid.
- "Quand bien même. Dans mon état, il aurait très bien pu me porter le coup de grâce. Alors que pensez-vous que je puisse faire contre les trois frères réunis. J'ai toujours pensé que l'espoir de Sanctuaire résidait dans l'humanité. C'est la raison pour laquelle j'ai formé les Horadrims, il y a plusieurs siècles."
- "Ni a-t-il aucun autre Ange pour venir nous aider?" Je demande nerveusement.
- "Il nous est formellement interdit d'intervenir dans les affaires de Sanctuaire. Du grand conseil Angiris, je suis le seul à avoir brisé l'ancien serment, quand bien même les seigneurs démons l'ont clairement violé avant moi. Nous avons des alliés dans les cieux, des anges convaincus comme moi que l'humanité a le droit d'exister et qu'elle est notre meilleure chance pour repousser la menace des enfers, mais ils ne viendront pas se battre à vos côtés. Ils craignent le courroux du plus puissant des archanges, Imperius, qui refuse catégoriquement toute intervention."
- "Vous ne le craignez pas?"
- "Je suis la Justice." Répond-il de sa voix tonitruante. Un frisson me parcourt l'échine au moment où il prononce ces mots. "Je fais ce qui est juste et rien de ce qu'il pourra dire ou faire ne me fera plier. Il devra me tuer pour cela. Mais s'il le fait, alors lorsque je renaîtrais, et dans plus de cent ans, il devra affronter mon jugement et il devra payer le prix de sa couardise." Je déglutis.

Tyraël déploie ses ailes. Elles s'étirent si loin que j'ai peine à voir jusqu'où elles vont.

- "Maintenant mortels, avant que je rejoigne les terres australes, laissez moi vous aider."

Sans vraiment nous demander notre avis, il replie ses ailes autour de nous. La sensation est incroyable. J'ai l'impression de me fondre en lui. De ne faire plus qu'un avec lui et mes compagnons. Je ne les vois plus mais je sens leur présence à mes côtés. Je baisse les yeux, ou pense le faire, mais je ne vois plus mon corps non plus.

Soudainement, nous quittons le sol à une vitesse prodigieuse. Nous nous élevons si haut dans le ciel que l'immense canyon devient une simple griffure dans la texture du désert. Je peux voir à des kilomètres à la ronde. Les sables infinis défilent alors sous moi si vite que j'ai du mal à poser mon regard sur quoique ce soit. Nous voyageons ainsi pendant plusieurs heures. Le ciel s'obscurcit et se pare d'une infinité d'étoiles. De là où nous sommes, elles sont encore plus belles. Plus brillantes que jamais. Et en contre bas, je commence a voir la côte puis Luth Golheim avec ses milliers de lumières nocturnes.

Puis, nous descendons si vite que j'ai l'impression que nous allons nous écraser. Mais c'est avec douceur que nous atterrissons sur la grand place devant le palais. Il y a un moment de flottement pendant lequel les habitants présents ne réagissent pas puis, deux réactions diamétralement opposées se produisent.

Certains s'enfuient en hurlant tandis que les autres se prosternent. A cause de notre proximité avec le palais, la garde nous entoure bientôt et nous menace de leurs lances. Les centaines de tentacules de lumière qui composent les ailes de l'ange glissent jusqu'à eux et les désarment avec une facilité déconcertante avant de déposer l'armement confisqué à leur pieds.

Quelques instants plus tard, je vois Jerhyn accompagné de Kalinda et des mages Vizjereis sortir du palais. Tous s'agenouillent devant Tyraël comme l'avait fait Cain. Je suis à la fois fascinée et terrifiée. Toutes ces personnes le vénèrent. A mes yeux, ce n'est pas différent de l'adoration malsaine que Lazare avait pour les seigneurs démons. Ne sommes nous pas plus forts que cela? Sommes-nous destinés à plier l'échine face à ces créatures?

Tyraël déploie ses ailes une nouvelle fois. Le voile éthéré reliant les tentacules de lumière qui flottent gracieusement dans l'air recouvre certainement une bonne partie de la ville.

- "Relevez-vous, habitants de Luth Golheim, cité de lumière." Sa voix puissante résonne en moi. Je suis certaine qu'elle porte aussi loin que son influence s'étend. "Ne vous soumettez pas à moi, de la même manière que vous ne devez pas vous soumettre aux démons."

Je souris. Finalement, je crois que je peux apprécier cette créature. Il est l'incarnation de la justice et sur le moment rien ne me paraît moins vrai. Je vois Jerhyn se lever, puis Kalinda. Ils s'approchent prudemment de nous.

- "Seigneur Tyraël?" Demande le vizir.
- "Je suis venu raccompagner vos braves guerriers qui viennent de me libérer." Jerhyn nous observe avec des yeux ronds. L'ange semble regarder autour de lui. "Que s'est-il passé ici? Je sens une telle concentration de chaos en ce lieu."
- "Nous avons mis fin à la menace que représentait Jar… Horazon." Je déclare, à l'intention du vizir. Tyraël se tourne vers moi. Je sens son regard inquisiteur. Il connaît ce nom. "Sa magie perdure, mais les ombres ne vous inquièteront plus. Cependant, le tombeau de Tal Rasha a été ouvert et ce qu'il contenait dérobé."
- "La mortelle dit vrai." Poursuit l'ange.

Il y a dans ces paroles une intention. L'espace d'un court instant, je me sens connectée à des milliers de personnes. Pendant cette fraction de seconde, j'entends leurs pensées en retour, leurs doutes, leurs craintes, leur émerveillement, leurs espoirs…

- "Je pars pour les terres barbares, leur apporter un soutien tactique. J'espère que nous n'aurons pas à en arriver à la guerre, mais si elle doit avoir lieue, tout Sanctuaire devra se lever pour bouter les enfers hors de votre monde. Vous avez prévalu une fois, vous pouvez le refaire."

L'instant suivant, j'ai l'impression d'être seule avec l'ange.

- "J'ai vu dans votre esprit, mortelle, que vous avez tenté de rallier les clans de mages à cette cause et je vous en remercie."
- "Et s'ils ne viennent pas…"
- "Alors nous ferons sans eux." Martèle-t-il.

J'ai envie de lui demander pourquoi il ne nous accompagne pas jusqu'au Khéjistan pour prendre à revers les trois frères. J'ai pour réponse, une myriade de sensations et de souvenirs diffus qui forment pourtant une idée claire dans ma tête. Aussi puissant soit Tyraël, les blessures qui lui ont été infligées sont bien plus graves que ce qu'elles laissent entrevoir. Il doit faire un choix sur comment dépenser son énergie et il sait d'ors et déjà qu'il ne peut pas être utile en affrontant de face les trois seigneurs démons, surtout s'ils arrivent à se réunir. Nous autres sommes discrets par notre insignifiance. Nous pouvons approcher sans être vu avant qu'il ne soit trop tard et éventuellement porter le coup fatal.

Une boule d'angoisse se forme dans ma gorge. Ce n'est plus une simple chasse. Les événements font que l'avenir de Sanctuaire est en train de se jouer à chaque pas que je fais. Le champ des possibilités de réduit à deux options. Moi et mes compagnons arrivons à temps pour arrêter les trois frères ou nous échouons et la bataille pour sauver notre monde a lieue... Je suis en train de devenir l'un des rouages centraux de notre futur à tous et cette idée me donne le tournis.

Je sens une force tranquille émaner de l'ange. Et dans ma tête, il forme ces mots très clairement.

- "Ne doutez pas de vous, jeune mortelle au sang impur, car moi je ne doute pas. Je lis en vous. Vous avez une volonté exceptionnelle et lutez contre votre nature profonde. Mais vous avez une qualité qui fait défaut à beaucoup : vous ne pliez pas devant nous. Vous nous voyez pour ce que nous sommes sans nous vénérer. Rien que pour cela je placerai toujours ma confiance dans une créature comme vous, aussi instable a-t-elle l'air, car vous serez impartiale dans vos décisions. Vos compagnons guerriers vous ressemblent. Vous vous battez pour Sanctuaire, pas pour les enfers ni pour la lumière. Ce n'est qu'ainsi que la Justice prévaudra et que votre monde sera libéré de nos influences."

Ses mots ont un écho puissant en moi. Ce Tyraël est bien l'incarnation de la Justice dans son sens le plus absolu. Il n'existe que pour cela... Je le sens au plus profond de moi alors que je baigne dans son influence... Mes pensées sont interrompues alors que je suis soudainement prise d'un vertige.

Je vois les ailes de l'ange se rétracter et son corps devenir pure lumière. Tout autour de lui se crée un nexus arcanique. Il me faut quelques secondes pour comprendre qu'il est en train d'aspirer toute la magie stagnant dans le sol de Luth Golheim, sans doute pour la purger. Mais je suis trop près et il y en a beaucoup trop.

La dernière chose que je vois avant de m'écrouler et de perdre connaissance, c'est ce tourbillon magique et de lumière qui m'entoure.


C'était Tyraël, le seul allier de l'humanité inflexible parmi les aspects d'Anu.
J'espère que cette rencontre avec l'ange vous aura plu.
La particularité d'Annor s'affirme de plus en plus et sa faiblesse principale est révélée. Je l'ai suggéré depuis longtemps, puis dévoilé à partir du passage dans les égouts de Luth Golheim. Maintenant c'est acté : Annor ne supporte pas les concentrations arcaniques trop fortes. Et cela va devenir très problématique, vous vous en doutez ^^

Bon juste pour teaser un peu : c'était le dernier chapitre de l'arc. Le suivant s'ouvre sur un chapitre spécial très volumineux.
Il me tient à cœur celui-là :)

A mercredi