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Acte 2 - Quatrième partie : Les terres corrompues

Chapitre 4 : Kurast

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Comme lors de notre traversée du désert, l'émerveillement de la découverte s'estompe rapidement. Je trouve toujours la mer aussi incroyable, particulièrement de nuit, mais mes angoisses ruinent mon ressenti. L'impression générale de ne pas avancer sur cette étendue liquide y participe grandement. J'ai l'impression qu'on ne rattrapera jamais Aidan.

Cela dit, si je mets de côté mon anxiété et l'absence de confort qui participent conjointement à une insomnie grandissante, le voyage est agréable. Le capitaine et l'équipage se moquent que nous soyons là ou non, du moment qu'on ne les gène pas. Globalement, ils nous ignorent et cela me convient parfaitement.

Je profite de ce temps mort dans notre voyage pour apprendre le plus de choses que je peux. Je ne doute pas un seul instant qu'il sera bien plus difficile de le faire lorsque nous serons arrivés. Les premiers jours, je passe des heures avec Cain à lui poser mille et une questions sur les Khejistanis. Il est un puits de science sans fond, et je suis rapidement happée par ce qu'il a à m'apprendre sur la diversité des cultures présentes de ce continent. Son don pour rendre chaque histoire palpitante rend chaque leçon incroyable.

Je passe beaucoup de temps avec Astrid aussi. Elle reprend en main mon entraînement. Elle me propose des séances de renforcement et d'entraînement physique pour m'occuper l'esprit. Elle m'enseigne les exercices de discipline des Askaris. Elle avait raison. Je m'étais un peu laissée aller. Les premiers jours sont assez douloureux, mais il ne me faut pas longtemps pour me remettre en selle. J'apprends de nouveaux enchaînements de coups pour le combat au corps à corps. Elle m'aide à prendre conscience de mon corps, bien plus que ce que j'avais l'habitude de la faire avec mes anciennes maîtresses d'armes.

- "Pourquoi n'ai-je pas appris cela bien avant?" Je demande à voix haute après avoir presque pulvérisé une planche à mains nues.
- "Vous aviez les bases. Vos sœurs avaient préparé le terrain." Me répond Astrid. "Je ne fais qu'étendre vos connaissances."

Si les exercices physiques sont incroyables, elle n'a pas grand chose à me proposer pour le tir à l'arc, alors je reprends seule mes exercices d'antan, sans tirer une seule flèche cependant. La peur d'abîmer quelque chose ou de perdre mes traits est trop forte.

Mais ce que je préfère faire avec elle, ce sont les exercices de méditation. Après la conscience de mon corps physique, elle m'apprend lentement à atteindre la perception mon corps éthéré et de mon aura. L'approche est assez similaire à celle d'Akara pour la découverte de mon étincelle mais je suis bien plus prédisposée maintenant à effectuer les gymnastiques mentales qu'elle me demande.

Je découvre cette énergie sombre et agitée qui vit en moi. Elle m'effraie et me fascine à la fois.

- "Vous avez un fort penchant démoniaque." Me dit Astrid un matin, alors que nous terminons une séance. "Mais vous avez trouvé une forme d'équilibre à vous. Je suis impressionnée. Surtout que les derniers jours dans le désert auraient pu vous ébranler plus que cela, mais vous avez tenu bon."
- "Vous parlez de la mort de Jarzeth?"
- "Pas seulement… le massacre de Duriel aussi." Je fronce les sourcils. "A mesure que nous nous approchons de notre but, les horreurs se renforcent. Il n'y a qu'à voir les monstres que nous avons croisés récemment. Et nous même faisons des choses peu reluisantes. Rolf et moi avons tué de sang froid ces créatures devant vous, parfois de manière ignoble. Cela aurait pu provoquer un déséquilibre en vous, considérant la force de votre part démoniaque."
- "Je ne comprends pas."
- "Le mal appelle le mal. Ce que nous avons fait à Duriel par exemple était sans doute nécessaire mais ce n'était pas bien. Cela aurait pu trouver un écho en vous. Il faut que vous soyez prudente." Je réfléchis un instant.
- "Il ne faut pas alimenter ma haine, c'est bien cela?" Elle hoche la tête.
- "Malgré les terribles choses que vous avez vues ou entendues, vous gardez un cœur pur, Annor. C'est cela que Tyraël a vu en vous. Faites en sorte qu'il reste ainsi. Faites en sorte de ne pas devenir insensible. Mais protégez vous aussi. Cherchez toujours la lumière dans les ténèbres."
- "Qu'arriverait-il si j'échouais?"
- "Je ne peux pas le prédire avec certitude. Mais, j'ai vu ce que cela donnait lorsque vous laissiez votre part démoniaque vous dominer. Vous entrez dans une folie meurtrière. J'imagine que cela ferait de vous cela. Une machine de guerre aveugle."

Mon cœur se sert. Je me rappelle ces moments terribles aussi. La mort de Maeko et la profanation de son cadavre avaient été les déclencheurs des pires crises de rage que j'avais eu. Je n'ai aucune envie de revivre cela.

- "Et si je basculais de l'autre côté ? Vers la lumière." Je demande.
- "J'ignore ce qui se passerait. Vos pouvoirs angéliques sont étranges mais je n'en ai pas vu de réelles manifestations en dehors des moments où vous utilisez votre arc. Mais la chose la plus intéressante à propos de votre aura, est que vous semblez pouvoir changer sa nature à volonté. Vous l'avez prouvé plus d'une fois à Luth Golheim."
- "C'est sans doute parce que je n'ai pas de sang Nephalem comme vous." Je réponds. "Je suis née avec deux parts distinctes qui ne sont pas compatibles." Je dis à voix basse, sans trop entrer dans le détail. Je ressens une certaine honte.
- "Ne vous en faites pas, nous allons continuer de renforcer ce que vous avez déjà bâti, et consolider votre équilibre. Il ne vous arrivera rien. J'y veillerai." Elle me sourit avec douceur.

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Les derniers jours à bord du bateau, nous passons presque tout notre temps ensemble. Astrid semble vraiment encline à se rapprocher de moi et bientôt je développe avec elle le même genre de relation que j'avais avec Maeko. Ce qui me fait bizarre au début à cause de la différence d'âge et du fait que nous nous vouvoyons toujours, mais c'est tellement agréable d'avoir une personne complice avec qui partager des moments frivoles que je fais rapidement fi de mes réserves.

J'en viens presque par moment à retomber en enfance. De manière amusante, de nous deux, c'est elle qui a les idées les plus folles et est à l'initiative de la plupart des blagues que nous faisons à nos compagnons.

- "C'est ma façon de rattraper mon adolescence manquée." Me dit-elle pour justifier ses frasques.

Rolf est la victime de la plupart de nos coups fourrés. Ce dernier fait d'ailleurs preuve d'une incroyable patience avec nous, même s'il ne comprend pas toujours notre hilarité. Cain, quant à lui, nous observe d'un œil attendri, comme le ferait un grand père surveillant ses petits enfants.

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Bien que le capitaine nous avait annoncé gros temps pour notre traversée, ce n'est que deux jours avant notre arrivée que la mer devient mauvaise. Nous passons la majorité de ces deux journées dans la cale. Rolf qui n'avait montré aucun signe de mal de mer jusque là se trouve être le plus mis à mal. Il passe son temps à dormir pour échapper à la sensation de rouli. Etrangement, cela semble persister même après que la mer s'est calmée.

Il est blanc comme un linge et nous suit légèrement tremblant sur le pont le jour de notre arrivée à Kurast. Le temps est lourd, et le ciel chargé. Je n'avais jamais vu de paysage qui semble aussi menaçant avant ce jour. La terre qui nous fait face est sombre et l'air est à la fois chaud et humide. Il nous faut plusieurs heures pour arriver près de la côte puis encore une ou deux pour remonter l'estuaire qui mène à la capitale du Khéjistan. J'observe inquiète les deux bandes de terre qui semblent se refermer sur nous à mesure que nous approchons de notre destination.

Cain s'approche de moi.

- "Je ne m'attendais pas à cela." dis-je nerveusement.
- "Le Khéjistan sud est recouvert d'une immense jungle. Le nord est un dessert de roche."
- "Lorsque vous me racontiez les peuples qui y vivent, j'imaginais quelque chose de plus coloré."
- "Les habitants le sont." dit-il amusé. "Personnellement, je ne connais pas Kurast. J'ai visité seulement Caldéum dans ma jeunesse et j'avais fait le chemin par le nord, à travers le désert. J'ai l'impression que c'est plus sauvage par là."
- "Mais c'est la capitale."
- "Ne vous laissez pas tromper par votre première impression."
- "Je crois qu'elle a raison." Souffle Rolf en nous rejoignant.

Il a le regard fiévreux et il tremble toujours.

- "Votre mal de mer n'a pas l'air de s'arranger." Lui dit le vieil Horadrim. "Ne vous en faites pas, nous allons bientôt retrouver la terre ferme."
- "Ce n'est pas le mal de mer. Il y a quelque chose qui ne va pas du tout sur ces terres."
- "Pourquoi dites-vous cela?" Je demande inquiète.
- "La tempête et mon mal de mer passager m'ont trompé mais maintenant que nous approchons, je suis suffisamment alerte pour faire la différence. Il se peut même que mon malaise ait commencé par ça en vérité." Il renifle l'air. "Il a quelque chose de vicié dans tout ce qui nous entoure. Cette terre est plus sombre qu'elle ne devrait l'être."
- "Retrouvons Aziza au port, dès que nous arriverons et posons lui la question. Peut-être qu'elle sait des choses." Je propose.

Le druide acquiesce en silence. Je l'ai rarement vu aussi soucieux.

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Les quais à Kurast sont très loin de ce que je m'imaginais. Si le port de Luth Golheim était un endroit vivant et bruyant, ici les docks sont presque déserts. Je suis étonnée de voir que nous débarquons sur un simple ponton en bois rustique. Le reste de la jetée est taillé grossièrement dans une pierre gris foncé que la multitude de piétinement a rendu lisse. Par endroit, on peut voir des racines ramper entre les interstices jusqu'à soulever parfois le dallage. Autour, je vois quelques bâtiments de bois et de pierres perdu entre de très grands arbres au feuillage sombre et dont de nombreuses lianes retombent sur le sol. La forêt dense semble faire partie de la ville. Au-dessus d'une canopée touffue, je vois dépasser le sommet d'une structure en pierre, bien plus grande et imposante que le reste. De la lumière en émane, mais rien qui ne ressemble à un phare. Cela ressemble plus à un lieu de culte.

Nous prenons congés du capitaine après l'avoir remercié chaleureusement. Ce dernier nous salue d'un air entendu et s'en retourne à ses marchandises, comme si nous n'avions jamais été là.

Le retour sur la terre ferme me fait un drôle d'effet. J'ai l'impression que la terre bouge sous mes pieds.

- "C'est le mal de terre." m'explique Astrid en souriant. "Ça passera vite, ne nous inquiétez pas."

Sans perdre un instant, nous demandons aux rares personnes présentes où l'on pourrait trouver Aziza. Les gens nous regardent bizarrement mais nous indiquent un établissement à l'extrémité sud du port. Et lorsque je dis cela, je devrai dire "cahute''.

- "Comment est-ce possible que nous soyons dans la capitale?" Je glisse à Cain. "Cela ressemble à un village fait de brics et de brocs."
- "Je ne sais pas. J'avoue que cela me parait étrange également."

Nous nous rendons à l'endroit qu'on nous a indiqué. C'est une sorte de taverne donc les murs sont sont de bois fin, à peine joints si bien que l'on peut voir la lumière percer entre les planches. Il y a quelques tables et ce qui ressemble à un comptoir. Les clients semblent peu ravis de nous voir débarquer dans leur troquet. Évitant les regards appuyés des quelques bougres que nous semblons déranger, je cherche Aziza. C'est avec un soulagement non dissimulé que j'aperçois la sorcière au fond de la salle. Elle est en pleine discussion avec ce qui semblent être, à leur tenue, des mages. Ils n'ont pas les yeux ambrés des Vizjereis. Je me demande bien de quel clan ils viennent.

Aziza porte une tunique courte vert bouteille et de nombreux bijoux d'or qui ressortent sur sa peau noire. Je distingue également ce qui ressemble à de la peinture sur son visage. Mais j'ai du mal à voir, car elle est de profil.

Ce sont ses interlocuteurs qui nous remarquent avant elle. L'un d'entre eux nous désigne d'un mouvement de menton dédaigneux. Elle se tourne vers nous et son visage s'éclaire d'un large sourire lorsqu'elle nous reconnait. Son visage est effectivement peint de trois bandes blanches. Les deux premières descendent de son front, jusqu'à ses joues, et la troisième court jusqu'à son menton.

Elle fait signe aux mages de partir et nous invite à la rejoindre.

- "J'espère que vous avez fait bon voyage." Nous dit-elle souriante, mais je sens poindre une forme de malaise.
- "Ça peut aller." Je réponds légèrement crispée également. Je ne suis pas du tout à l'aise dans cet environnement. Elle semble le remarquer. Elle jette un coup d'œil à Rolf avant d'ajouter l'air soudainement grave.
- "Suivez-moi. Nous allons trouver un endroit moins fréquenté pour discuter."


Petit chapitre de transition, mais avec pas mal d'informations tout de même.
A très bientôt pour la suite :)