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Acte 2 - Quatrième partie : Les terres corrompues
Chapitre 5 : Corruption
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Je suis perplexe. Nous sommes une dizaine tout au plus dans ce troquet. Et là où nous sommes, nous sommes plutôt isolés du reste de la clientèle. Pourquoi partir?
Aziza laisse une pièce sur la table avant de saluer le propriétaire du lieu et nous inviter à quitter les lieux séant. Elle nous conduit à travers un réseau de passerelles en bois et plateformes de pierres jusqu'à un lieu plus habité mais tout aussi peu vivant. Il y a de nombreuses cahutes de différentes tailles tout autour. Tout est construit sur pilotis et surplombe ce qui ressemble de plus en plus à un marécage. Elle nous emmène jusqu'à un ponton en retrait des habitations menant sur une étendue d'eau sombre envahie par les roseaux et les moustiques.
A peine arrivés sur place, elle effectue une série de mouvements très rapides. J'ai à peine le temps de voir les filaments arcaniques se tisser qu'une boule de glace tournoyante se forme dans ses mains. Il me faut un quart de seconde de trop pour dégainer mon arc mais Astrid a réagi à temps. La lame de sa lance touche la base du cou de la sorcière et elle n'a qu'un mouvement à faire pour la tuer.
- "Vous avez intérêt à ne faire aucun mouvement suspect ou je vous égorge. Qu'est-ce qui vous prend?"
Aziza déglutit mais reste muette. L'amazone effectue un mouvement presque imperceptible. La lance glisse très légèrement sur la peau de la sorcière. Quelques gouttes de sang perlent.
- "Comme vous le voyez le tranchant de ma lance est exceptionnel et vous venez de constater ma vitesse de réaction. Je vous tuerai avant que vous relâchiez ce sort, soyez en certaine. Alors plutôt que de mourir pour rien, parlez."
Aziza pince les lèvres mais s'entête. Toutefois, je note que son regard s'attarde plus souvent sur Rolf.
- "C'est après lui que vous en avez?" J'interviens en le désignant. La sorcière semble surprise, mais elle acquiesce à mi-mots. "Pourquoi?"
- "C'est mon état qui vous fait réagir ainsi?" Demande le druide.
- "Vous êtes corrompu." Énonce Aziza à voix basse.
La boule de glace disparaît d'entre ses mains et elle se détend, sans doute pour montrer sa bonne volonté. Mais Astrid ne bouge pas d'un pouce. Sa lance reste plaquée sur sa gorge.
- "Corrompu par quoi? Comment?" Demande-t-elle.
- "La forêt…" souligne-t-elle. "C'est assez rare que cela s'attaque à l'homme, mais vous êtes visiblement au premier stade de conversion."
- "Conversion en quoi?"
- "En monstre…" Rolf fronce les sourcils. "J'ignore comment vous avez été infecté, mais le maléfice en vous est en train de vous corrompre. À travers votre part démoniaque, il va dénaturer votre corps éthéré, jusqu'à ce que votre corps physique change. Et comme tous ceux qui ont été touchés par la corruption de la forêt avant vous, vous vous changerez en monstre. Soit animal, soit végétal. Parfois un peu des deux…" Le druide semble se détendre soudain. Il sourit.
- "Je ne vais pas me transformer si c'est réellement le processus du mal que vous décrivez. Cela me tuera tout simplement."
Je sens comme une pierre me tomber sur l'estomac. Comment peut-il dire cela avec autant de légèreté?
- "Je n'ai plus de part démoniaque à proprement parler. Je l'ai déjà transformée lorsque je suis devenu ce que je suis." Continue-t-il.
Il pose la main sur son cœur. L'espace d'un instant, l'image des druides accidentellement convertis par Jarzeth s'imprime dans mon esprit. Le petit cristal rouge que la créature avait dans la poitrine. Se pourrait-il que ce soit cela? Mais eux avaient changé... Non... Jarzeth transformait les animaux pas les hommes. Les druides changeaient à cause de cela. Mais comment font-ils pour ne plus être des hommes à part entière?
- "Vos rituels de passage à l'état druidique…" je souffle. Rolf me sourit discrètement.
- "Selon votre définition, je suis déjà un monstre ou un converti, peu importe. Mais cela ne peut pas se faire deux fois d'affilée." Dit-il en accrochant le regard de la sorcière qui l'observe les yeux ronds. "C'est vrai que vous ne m'avez jamais vu me transformer. Je n'ai pas eu à l'utiliser pendant la traversée du désert d'Aranoch. Mais mes compagnons peuvent attester. Ils ont vu ma forme animale."
- "Animale?" Aziza semble perdue.
- "Expliquez-nous ce qui se passe à Kurast et j'aurai peut-être des explications à vous offrir."
Astrid ne bouge toujours pas. Même si le langage corporel de la sorcière montre qu'elle n'est plus une menace, l'amazone reste prudente. Et je dois bien avouer que je préfère qu'il en soit ainsi. L'attaque d'Aziza m'a mise sur les nerfs.
- "Nous avons découvert ce mal que très récemment. J'entends par là quelques années. Mais nous pensons que le phénomène est plus ancien. Notre forêt est si grande qu'il nous est difficile de savoir ce qui s'y passe à tout moment. Les tensions entre clans ne facilitent pas les échanges et souvent les rares cas qui se produisent sont cachés aux autres. Mais le fait est qu'il y en a de plus en plus ces dernières semaines. Cela ne touche pas les humains en particulier. C'est la forêt entière qui en est la victime. Sans explications, les énergies chaotiques se déchaînent à l'extrême dans certaines régions et c'est à ce moment que nous découvrons des mutations. La conversion la plus commune s'attaque aux arbres. Ils prennent vie."
- "Les arbres sont vivants." Corrige Rolf.
- "Je veux dire qu'il se déplacent comme des hommes. Ils s'arrachent du sol et marchent. Ils sont lents et patauds mais extrêmement dangereux. Ils nous chassent à l'affût, en restant immobiles jusqu'à ce que nous passions à proximité. Nous avons également trouvé des animaux fusionnés à la végétation, et comme je le disais parfois même des hommes. Tout ce qui vit est susceptible de succomber. Nous essayons de purger les zones lorsque nous les trouvons mais cela ne semble pas ralentir la progression du mal. Quand je vous ai vu, j'ai su qu'il vous arrivait la même chose. Si nous ne comprenons pas le mécanisme de transformation chez les plantes et les animaux, chez l'homme l'implication de la part démoniaque est évidente."
Rolf se tourne vers moi.
- "Annor, de nous tous, c'est vous qui avez la meilleure perception. J'aimerai que vous cherchiez autour de nous s'il y a des traces d'influences démoniaques. Elles sont sans doute extrêmement diffuses."
Je déploie sans attendre ma vision intérieure et me concentre. Il me faut presque une minute entière avant de détecter quoique ce soit. Comme celle d'Andariel, la présence maléfique est subtilement cachée. J'irai même plus à dire, elle est presque imperceptible. Elle court dans la végétation en suivant le réseau de racines et en épousant les veines de sève naturelles. Tout, autour de nous, est infecté. Étrangement, je ne vois pas vraiment de lien plus fort qu'un autre entre chaque zone touchée. Je ne distingue aucune direction particulière. C'est comme si tout avait été touché de manière égale.
- "C'est partout. Dans les plantes." Je souffle finalement.
Puis je pose mon regard sur Rolf. Je le vois maintenant. A l'endroit de son cœur, je distingue une petite bille noire. De fines tentacules s'en échappent et glissent dans ses artères tout autour. Cela semble très localisé pour le moment mais cela s'étend. Je ne dis rien mais je le regarde alarmé. Il me sourit. Puis il se tourne vers Aziza.
- "Normalement, je ne parle pas de cela. Les secrets de mon peuple sont presque tabous. Mais je dois dissiper le malentendu. Corrompu ou non, comprenez que je ne suis pas une menace pour vous. Je le répète, je ne me transformerai pas comme les autres." Aziza le dévisage mais ne dit rien. Rolf prend une grande inspiration. "Nous autres druides, dans nos rituels sacrés, approchons la mort plusieurs fois jusqu'à séparer le corps physique du corps spirituel. Puis lorsque le point d'équilibre est atteint, nous sacrifions notre part démoniaque. Nous opérons alors une transformation complexe qui vise à nous harmoniser avec la vie telle qu'elle existe dans Sanctuaire. Comme elle a été créée à l'origine. Cette passerelle nous lie directement à la nature. C'est une sorte de cordon ombilical. Elle nous permet de sentir et manipuler les énergies du vivant à la source sans passer par l'artifice des arcanes. Mais ici votre nature est empoisonnée et le poison est entré en moi, sans doute à travers ce lien qui me relie à toute vie de Sanctuaire. J'ai commencé à être malade sur le bateau, il y a deux jours. La corruption s'étend bien au-delà de votre forêt. Depuis que je suis ici, le mal s'amplifie." Il marque une courte pause. Il n'a pas l'air bien du tout. "Ce qui arrive aux hommes infectés est le pendant de ce qui nous arrive à nous autres druides lorsque nous échouons à passer le rituel. Il n'y a pas d'autre issue possible pour une conversion ratée que de mourir ou de devenir une créature infernale. Je comprends très bien votre réaction. J'aurai sans doute eu la même. Comme vous le faites avec les convertis, si les monstruosités résultant d'un échec ne meurent pas toutes seules sous l'effet de la mutation, nous les tuons."
Pendant qu'il parle, j'entends plus que ce qu'il dit. Des images insoutenables se forment dans mon esprit. Comme si je partageais des souvenirs. Je ne comprends pas vraiment comment, mais je crois qu'ils appartiennent à Rolf. J'entends des cris. Je vois du sang. S'il s'agit des rituels dont il parle alors ce ne sont que d'affreuses tortures. Je comprends soudainement la répugnance qu'éprouvait Garak vis à vis des druides et de leurs pratiques. Rolf semble voir mon malaise et cela l'inquiète étrangement plus que sa propre condition. Je suis surprise de sa réaction.
Laissant Aziza sous la surveillance d'Astrid et de Cain, il me demande de le suivre. Il m'emmène assez loin à l'écart. Il ne semble vraiment pas vouloir que les autres entendent notre discussion.
- "Dîtes ce que vous avez sur le cœur." Me dit-il. Je déglutis.
- "Pourquoi vous infligez-vous cela?" Je demande les mâchoires serrées. "C'est horrible."
- "Nous restons des Barbares, Annor. Nous sommes investis de la même mission sacrée que nos frères. Celle de protéger la Pierre Monde. Notre voie a été de le faire en s'harmonisant avec sa création, c'est tout. Nous fusionnons avec la vie de Sanctuaire. Le sacrifice individuel est certes énorme, mais le bénéfice l'est aussi. Vous l'avez vu. Ne vous laissez pas aller vers les mêmes considérations que mes frères barbares. Je vous en prie."
- "C'est pourtant bien naturel de penser comme eux." Dis-je. "Vous vous torturez et vous mutilez votre corps éthéré. Et sans doute que vous êtes nombreux à mourir… pour rien..."
- "Ce n'est pas pour rien. Sans ce sacrifice, je n'aurai jamais pu créer cette armée animale qui a sauvé votre monastère." L'image de cette nuée de corbeaux engloutissant nos ennemis me revient. Ainsi que la meute de loups et les ours qui sont venus gonfler nos rangs. "Lorsque le moment de se battre pour défendre le cœur d'Anu aura lieu, s'il a lieu, la nature se dressera à nos côtés pour repousser les enfers. Plantes, animaux et humains ensemble, comme ultime rempart. Je sais que nos coutumes peuvent vous sembler ignobles, mais c'est le prix que nous avons décidé de payer pour obtenir cette force et sauver notre monde..."
Il est toujours aussi calme que d'habitude, mais j'entends la passion dans sa voix. Son discours balaie en quelque sorte mes sentiments contradictoires. Sa conviction est inébranlable. Comme Jarzeth a tout sacrifié pour tenter de sauver Luth Golheim, les druides sacrifient leur être pour Sanctuaire. Et même si cela me fait mal au cœur de l'admettre, il a raison sur le résultat. Au moins n'y a-t-il qu'eux même comme victime de leurs terribles pratiques. Je soupire.
- "Est-ce que vous souffrez?"
- "Lors du passage ?" Je hoche la tête. "Oui, enfin avant et si nous échouons bien entendu. Les années de préparations physiques et mentales sont extrêmement éprouvantes mais le rituel en lui-même est indolore une fois le corps habitué. Puis lorsque le lien est créé nous sommes en paix."
Je le regarde tristement. Il a subi tout ce que j'ai entrevu et sans doute pire. De cette masse de souffrances que je devine a émergé un homme extrêmement doux, empli de sérénité. Je l'observe un moment en silence. Je vois dans son regard qu'il veut me convaincre. Cela semble important pour lui que j'accepte ce qu'il est. Il attend que je pose mes questions. C'est pour cela que nous sommes à l'écart de tous. Il m'offre à moi seule de lever un peu le voile sur son peuple. Dans un sens, je me sens honorée qu'il m'accorde sa confiance mais, en même temps, j'ai un peu peur.
- "Est-ce vous qui avez choisi de devenir druide? Il y a-t-il une alternative ?" Je finis par demander.
- "Devenir druide est la seule option." répond-il sans attendre. "Dans les terres de l'effroi, la survie est impossible sans cela. Seuls les animaux et les plantes sont assez forts pour subir les froid extrêmes, la privation d'eau et de nourriture sur de longues périodes. Parfois, nous sommes réduits à manger de la terre pour survivre quelques jours de plus avant de trouver une source de nourriture. Le climat est trop rude et intense pour cultiver proprement la terre. Ce qui pousse est adapté au milieu. Les arbres ne produisent pas de fruits comestibles ou presque et il y a peu de végétation rase en dehors des sous-bois des forêts. Les bêtes qui vivent ne sont quasiment que des prédateurs qui se mangent les uns les autres pour survivre. Les corps barbares sont trop gourmands en énergie pour subsister longtemps dans de telles conditions. Nous commençons la préparation dès que les besoins du corps de l'enfant est supérieur à ce que l'environnement peut lui fournir."
- "Vous avez commencé à quel âge?" Je demande d'une voix tremblante
- "Cinq ans. Le rituel de passage s'est effectué très tôt pour moi, car mon corps de barbare était très large et demandait beaucoup de nourriture à entretenir. À douze ans j'étais un druide."
Je ne sais pas pourquoi, mais je suis partagée entre une grande peine de savoir qu'il a sans aucun doute subit des tortures sans nom si jeune et un soulagement certain de me dire que c'est loin derrière lui. Il est en paix depuis longtemps finalement... Étrangement, l'idée m'apaise à mon tour... En quelque sorte... Je me sens capable d'accepter ce qu'il est sans condition ou presque, comme si je devais faire abstraction de son passé pour me concentrer sur ce qu'il est aujourd'hui. Mais qu'est-il? Je ne le comprends toujours pas... Harmonisé avec la vie de Sanctuaire. Cela ne veut rien dire pour moi.
- "Astrid m'a appris que transformer le corps éthéré changeait l'être. C'est bien ce que vous arrive dans vos rituels?"
Il hoche la tête. Je pose mon regard sur sa poitrine où je perçois la corruption s'infiltrer en lui.
- "Vous avez une pierre dans votre cœur, comme celle que j'avais trouvé sur le druide corrompu dans les égouts de Luth Golheim, n'est-ce pas?"
- "Oui. C'est ce qui reste de notre essence démoniaque après le rituel. Une sorte de cristal condensé. Il reste en nous, jusqu'à notre mort. Il se désintègre ensuite pour retourner à la terre."
Je m'approche de lui et je pose une main sur ses peaux de bête au niveau de son cœur.
- "Le mal qui ronge ce lieu s'y trouve accroché. Il grandit en vous à partir de là."
- "Je sais. Je le sens... en quelque sorte."
- "Et vous êtes certain que cela vous tuera?" Il hoche lentement la tête.
- "Je suis désolé. Mais je ne vais probablement pas pouvoir continuer la chasse à vos côtés."
Cette simple phrase m'est comme un coup de poignard en plein cœur. Les larmes me montent aux yeux. J'ignore pourquoi mais l'idée qu'il ne soit plus là m'est intolérable.
- "Ça n'est pas juste." Je sanglote à moitié.
Comme il a l'habitude de le faire lorsque je suis triste, il ouvre les bras et m'accueille dans une embrassade réconfortante. Je colle ma tête contre son torse et apprécie simplement la douce chaleur qui émane de son corps. Je laisse les larmes couler mais je me mords les lèvres pour ne pas pleurer ouvertement.
Je me prends à ignorer la situation d'Aziza plus loin et, comme Rolf, je m'octroie ce moment. Je ferme les yeux et j'écoute les battements réguliers de son cœur et cela m'apaise. C'est étrange comme le druide a cet effet là sur moi, en toute circonstance.
Alors que je suis perdue dans mes pensées, je prends conscience de quelque chose de nouveau. Peut-être est-ce parce que j'ai gardé ma vigilance et que ma vision intérieure est toujours déployée. J'entends comme une sorte de susurrement malheureusement familier. Je ne comprends pas les mots. Mais la voix… cette voix… elle me glace le sang. Méphisto.
C'est tout autour de nous. Dans les arbres, c'est bien ça… A peine plus fort que le bruissement des feuilles… mais c'est aussi là, caché au milieu des battements de cœur de mon compagnon. Je l'entends de mieux en mieux. Je m'arrache à l'étreinte du druide. Il me regarde bizarrement.
- "J'entends quelque chose." Je dis en reculant d'un pas. "Je crois que c'est…"
Je ne finis pas ma phrase. La voix semble venir de partout mais de moi aussi. Elle est de plus en plus forte. Je commence à distinguer des mots, puis des phrases.
- "Venez à moi, mes frères. Nous y sommes presque. Je suis dans les entrailles de Travincal. Rejoignez-moi. Vite! Plus vite!"
Les arbres semblent se rapprocher de moi. Leurs branches ressemblent à des mains prêtes à m'agripper.
- "Venez! Plus vite!"
Je ressens soudainement l'urgence de devoir me joindre à eux, de trouver ce Travincal, quoique ce soit. Je reporte mon attention sur Rolf. Ses grands yeux verts fiévreux me dévisagent et j'ignore pourquoi, mais je me sens menacée par lui. Je recule d'un pas.
- "Annor? Est-ce que ça va?"
- "Ne vous approchez pas de moi." Je siffle alors qu'il fait mine de me rejoindre.
Je regarde au loin, en direction d'Astrid. Je sens son énergie physique de là. Jamais ma perception n'a été aussi fine pour ce genre de choses. Ce qui m'étonne par contre, c'est qu'elle me semble une menace tout autant que Rolf. Je comprends alors que c'est moi qui ai un problème, pas eux.
Est-ce que je suis atteinte comme le druide? Est-ce-que je vais me transformer en monstre? Je commence à paniquer. Je repense aux exercices d'Astrid et me concentre sur mon corps éthéré. L'énergie sombre en moi palpite. La discipline est la clé. Je peux la maîtriser. Je sais comment.
Sans réfléchir, je mets en pratique les exercices Askari que j'ai appris. Mais alors que je commence à façonner mon aura, j'ai une vision.
Je suis dans un endroit très sombre. Sans doute sous terre. Il y a une grande créature tapie dans l'ombre. Sa respiration lente est légèrement sifflante. Je ne distingue pas ses traits malgré une petite source de lumière verte au niveau de son torse.
- "Venez à moi, mes frères. Nous y sommes presque. Je suis dans les entrailles de Travincal. Rejoignez-moi… Qui est là?"
Mon sang ne fait qu'un tour. Il a remarqué ma présence. Ce n'est pas une simple vision. C'est une vision partagée. Comme Tyraël partage ses pensées, Méphisto appelle ses frères de la même manière. L'influence démoniaque, la corruption, cachée dans les arbres sert de relais. Et, d'une manière ou d'une autre, je suis connectée à lui. Mais c'est un lien que je ne peux pas rompre. Je suis de son sang.
- "Je sais que tu es là. Qui es-tu?"
Le monstre bouge dans le noir. Il se déplace derrière d'énormes piliers. Je suis du regard cette petite lumière verte qui disparait par moment.
- "Tu n'es pas démon. Tu n'as rien à faire là! Humain!" Crache-t-il avec un dégoût non dissimulé.
Méphisto se tourne soudainement vers moi et même si je ne distingue pas ses traits, je sais qu'il me regarde. Il glisse rapidement dans ma direction jusqu'à se trouver juste devant moi. Il n'est qu'une masse sombre informe, je n'arrive à me concentrer que sur la pierre verte qui luit en son centre. J'ai l'horrible impression qu'il m'enveloppe lentement. Et à mesure que je glisse en lui, je sens une colère sourde naître en moi.
- "Oh mais voilà qui est inattendu. Et délicieusement plaisant."
L'étreinte se ressert. La colère se renforce jusqu'à devenir haine brûlante. Je cherche à me réfugier à tout prix dans ma part angélique. Et elle répond à ma supplique avec une force que je ne me doutais pas d'avoir. Méphisto hurle alors qu'une lumière intense jaillit de mon corps.
Lorsque je reprends pied avec la réalité, Rolf me fait face. Il me tient par les épaules. Il est aussi pâle que la mort et la transpiration ruisselle sur sa peau. Nous restons une seconde les yeux dans les yeux. Il n'a pas besoin de mots. J'ai compris que c'est lui qui vient de m'arracher à la vision de Méphisto. Je sens ses mains moites privées de force glisser sur ma peau et je le vois sans pouvoir le retenir tomber en arrière. La seconde suivante, mes genoux se dérobent et je tombe à la renverse également. Je perds connaissance au moment où ma tête heurte le ponton.
** musique de suspense **
A la prochaine :)
