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Acte 2 - Sixième partie : Liés
Chapitre 3 : De mal en pis
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Je prends la tête de l'expédition et je laisse une bonne distance entre moi et mes deux autres compagnons. Astrid va vouloir me parler, mais si je prononce ne serait-ce qu'une parole, je ne pourrai me retenir. J'ai envie de crier, de pleurer.
Nous marchons ainsi plusieurs heures avant d'atteindre un col escarpé qui nécessite que nous fassions une pause pour Cain. Le vieil homme, même avec ses deux bâtons, peine grandement à franchir tous les terrains accidentés que nous traversons. Je me poste à l'écart sur une pierre plate, un peu surélevée. Je me retiens de me retourner pour regarder vers l'Est. J'utilise ma vision intérieure et scrute l'horizon Nord Ouest. Je finis par distinguer une légère fumée dans le repli d'une montagne au loin. Sans doute le fort assiégé qu'avait deviné Rolf. Je pince les lèvres. Deux jours de marche avec Cain, c'est certain. Je devine de bien trop nombreuses pentes escarpées sur le chemin.
Nous allons d'ailleurs devoir très bientôt monter le bivouac. Je me résigne à rejoindre mes compagnons et à leur adresser la parole.
- "Vous pensez pouvoir marcher jusque là?" Je demande à Cain en lui montrant une forêt sur le flanc de la montagne en contrebas.
- "Oui. Je suis navré de vous ralentir ainsi." Je hausse les épaules.
- "Ce n'est pas très grave, vraiment. Je ne vous en veux pas."
Astrid m'attrape par le poignet alors que je passe devant elle. A son regard, je vois qu'elle est inquiète pour moi.
- "Je ne sais pas comment le départ de Rolf vous affecte, mais je vois bien que ça ne va pas. Vous voulez en parler?"
- "Pas maintenant." J'insiste en me libérant.
Nous parcourons les derniers kilomètres en un peu plus d'une heure. Astrid et moi fabriquons un feu de camp et un abri de fortune avec des branchages. Il ne pourra accueillir que deux personnes à la fois, mais avec les rondes cela ne posera pas de problème. Je prends le premier quart. Je m'assieds devant le foyer et écoute les bruits de la nuit. J'essaie de rester attentive aux bruits alentour. La région doit regorger de démons maintenant. Nous sommes une cible facile. Malheureusement, je n'arrive pas à rester concentrée. Alors que je regarde les flammes qui dansent devant moi, mon esprit dérive très loin à l'Est.
Cette fois-ci je ne peux retenir mes larmes. Je sers les dents pour que mes pleurs ne s'entendent pas, mais je me laisse aller.
Le temps passe sans que je m'en rende compte. C'est le réveil d'Astrid qui me tire de mon état. Je sèche mes larmes d'un geste rageur, mais mon visage est déjà bien marqué. Je ne pourrai pas tromper l'amazone. Elle me rejoint et s'assied à côté de moi.
- "Parlez, Annor." Me dit-elle doucement sans me regarder. J'hésite longtemps mais je finis par m'exprimer.
- "Je n'ai pas les mots pour expliquer ce qui se passe." Je dis d'une toute petite voix.
- "C'est ce que vous appelez la fusion, n'est-ce pas?" Je hoche la tête.
- "Il y a un lien qui s'est créé, entre Rolf et moi, depuis le premier jour où l'on s'est rencontré. Il s'est renforcé au-delà de l'explicable ces dernières semaines. Depuis sa résurrection surtout… Je ne supporte pas la séparation. Le vide est terrible. Je ne sais pas combien de temps je… J'ai si peur qu'il lui arrive quelque chose. Que ce soit permanent… Le vide..." Les mots se précipitent.
- "C'est à cause de sa condition druidique?" Je secoue la tête vigoureusement.
- "Nous sommes liés par quelque chose de plus complexe qu'Auriel m'a révélé." Je sers les poings. "Nos vies ne nous appartiennent qu'à moitié."
- "Que voulez-vous dire?" Astrid se tourne vers moi et me dévisage. Mais je l'ignore.
- "J'ai envie de courir pour le rejoindre. Ma raison me tient encore lucide, mais l'appel est si fort..."
- "Vous parlez de cela comme une drogue dont il faudrait vous sevrer…"
Je lui lance un regard en biais. Je crois qu'elle vient de mettre le doigt sur quelque chose. Même si j'ai conscience que ce n'est pas cela, l'effet est finalement un peu le même.
- "Et comment fait-on pour se sevrer?" Elle grimace.
- "Il n'y a pas trente six moyens. L'abstention. Résister. Être forte, jusqu'à ce que ça passe. Ça peut durer toute la vie." Je me prends la tête à deux mains.
- "Ma vie va devenir un enfer. Quelle perspective réjouissante…" Je siffle avec sarcasme. Astrid pose une main sur mon épaule.
- "Je suis là."
Je me laisse glisser légèrement vers elle. Elle m'accueille et je me résigne. Je pleure une nouvelle fois dans ses bras.
Mon corps finit par abandonner la lutte et c'est d'épuisement nerveux que je trouve le sommeil.
Je me réveille au petit matin, les yeux croûtés et la peau tirée. Je me sens bizarre. Je sens encore la déchirure en moi et la douleur est vive mais je me sens aussi plus détachée d'elle. Quelque part au fond de moi, je sens le lien, bien plus clairement que la veille. Rolf est en vie. J'en suis certaine et rien que d'avoir pris conscience de cela est un plus non négligeable.
En tout cas, il n'avait pas menti. Pourquoi ai-je douté un seul instant de sa bonne foi? Soudainement je réalise que si j'ai conscience de son existence, il a dû ressentir ma détresse. Je n'apprendrai donc jamais? Je m'étais jurée d'apprendre à me contrôler pour ne plus le faire souffrir. Son départ a dû être terrible pour lui aussi. Je m'en veux.
Je me redresse en posant une main sur ma poitrine. Il faut que je trouve comment être plus sensible au lien. Comment gérer cette chose en moi qui est si nouvelle. Je veux le sentir comme il me sent aussi loin que je sois de lui. Je ne veux pas me retrouver dans le même état déplorable que la veille et je ne veux plus qu'il supporte ma détresse.
Je jette un coup d'œil rapide à Astrid qui s'occupe de faire disparaître le feu de camp. Elle me sourit lorsqu'elle remarque que je suis réveillée.
- "J'ai laissé Cain dormir. La marche l'épuise vraiment. Et il nous reste encore pas mal de chemin." Je hoche la tête et me lève à mon tour.
Je l'aide à disperser les cendres, puis une fois que le vieil homme est debout, nous détruisons notre abri et jetons le bois un peu partout. A part si un pisteur passe par là. Personne ne saura que nous avons passé la nuit à trois ici.
Nous reprenons la route après un frugal repas. La matinée est plutôt tranquille. Il fait plutôt beau et le relief un peu plus clément. Pendant que nous marchons, je me concentre sur le lien. Chaque bribe de sensation me rassure et m'apaise un peu.
Et c'est hélas à cause de cela que nous nous faisons piéger, au sommet d'une crête enneigée. Il n'aura fallu que quelques secondes pour être encerclés par une vingtaine de femmes en armures de cuir. Elles n'ont pas toutes des lances et des boucliers mais je comprends très vite qu'il s'agit d'amazones. La grande majorité d'entre elles sont blondes aux yeux bleus et leurs armures sont similaires à celle d'Astrid avant que les anges lui en offrent une nouvelle.
Ma première pensée est positive. Voir des amazones ici signifie qu'elles ont probablement rejoint les forces barbares. Astrid avait parlé d'une armée de quatre mille femmes. Mais lorsque celle qui semble mener le groupe qui nous encercle prend la parole, je réalise que je suis bien loin de la vérité.
- "Cassia, tu es en état d'arrestation pour désertion et trahison. Tu vas devoir répondre de tes actes devant la Matriarche." Cela me fait bizarre d'entendre le vrai nom d'Astrid.
- "Comment m'avez vous trouvé?" Demande-t-elle sèchement.
- "Le fruit du hasard, vraiment. Nous avons pisté votre feu cette nuit en pensant tomber sur des déchus." La femme me toise. "Cette enfant qui t'accompagne ne surveillait pas le camp. Il a été facile de vous débusquer et de vous piéger."
Je pince les lèvres mais je m'abstiens de tout commentaire. Les lances pointées dans notre direction sont suffisamment dissuasives. Astrid ne se démonte pas pour autant.
- "Cette enfant, comme vous dites, a accompli bien plus que vous toutes réunies." Pique-t-elle. "C'est la Matriarche qui vous envoie?"
La chef du groupe m'observe attentivement. Je fais de même. Je remarque qu'elle n'est pas armée. Si je me souviens bien ce que m'avait appris Astrid sur son peuple, c'est qu'elle est sans doute magicienne. La caste des oracles. La même qu'Akara. Il me semble soudainement bien dangereux de la provoquer. La femme s'approche de moi et me prend par surprise par le menton. Elle me relève la tête d'un coup sec. Je sursaute mais je ne bronche pas. Elle regarde mon armure sous toutes les coutures avant de grimacer.
- "C'est une sœur de l'Oeil aveugle." Crache-t-elle avec mépris. "Quelle déchéance !"
- "Attendez!" Je m'exclame. "Si vous êtes ici, c'est parce que vous avez eu le message des barbares. Ils vous ont appelé à l'aide, n'est-ce pas?" Je vois la curiosité dans le regard de la femme et je sens Astrid se tendre à mes côtés. Les choses peuvent dégénérer très vite. J'enchaine. "Akara avait raison. Vous connaissez sûrement sa prophétie. Nous ne sommes pas ennemies."
- "Ainsi donc son sang de Néphalem l'aura tenu en vie jusque là. A moins que ce soit une sorcellerie noire nécromantique de son peuple des marécages qui anime toujours ses os pourris." J'ai une soudaine envie de frapper cette femme. Mais je sais qu'elle me provoque délibérément. Je vois que j'ai touché une corde sensible. "Quoiqu'il en soit, cela ne m'étonne pas qu'elle ait converti des filles paumées comme toi. Tu ne m'intéresses pas et ce que tu as à dire encore moins. Seule Cassia est notre prise. Toi et ton grand père, mourrez dans la montagne. C'est tout ce que méritent les disciples d'Akara."
- "Vous allez donc ignorer l'appel des barbares?" Je demande en serrant les dents.
Mon sang bouillonne. J'ai une réelle envie de meurtre. Je me vois déjà la cribler de flèche et me réjouir de son agonie. C'est la main d'Astrid sur mon épaule qui me tire soudainement de mes terrifiantes pensées. Je remarque alors que la chef des amazones a reculé d'un pas et me regarde avec suspicion. Les autres sont maintenant l'arme au poing prêtes à nous empaler au moindre faux pas.
- "Calmez-vous, Annor. Maitrisez-vous." Me dit-elle.
Je comprends alors que j'ai dû instinctivement déployer mon aura démoniaque aux yeux de tous. Je déglutis. Astrid se tourne ensuite vers la chef des amazones et ce qui suit est comme un coup dans l'estomac pour moi.
- "Epargnez-les. Laissez les rejoindre les barbares. Je viens avec vous. Je ne n'opposerai aucune résistance."
- "Astrid…" Elle lève la main sans se retourner pour me faire taire.
- "Tu sais que c'est la mort qui t'attend à l'issue de ce procès." Dis la chef.
- "J'en suis parfaitement consciente. Mais votre erreur est tellement énorme que je vous assure que c'est vous qui jetez l'opprobre sur toute notre lignée. Si nous survivons à ce qui va arriver, vos enfants auront honte d'être de sang Askari. Je préfère mourir dans la droiture face à mes actes que cachée derrière une vindicte pluricenteraire."
- "Nous verrons bien si tu auras autant de verve quand nous en aurons terminé avec toi. Tu sais que nous irons chercher les réponses jusqu'au tréfonds de ton âme."
- "Je sais."
La chef de troupe fait un simple geste de la main et toutes les amazones qui nous entourent disparaissent dans des tourbillons arcaniques. Elle est la dernière à partir avec Astrid. L'espace d'une seconde je croise le regard de la sorcière. Il est empli de haine et de mépris à mon égard.
Je suis soufflée par l'enchaînement des événements. Je me tourne vers Cain et lui lance un regard désespéré.
- "Elles vont la tuer." Je gémis. "Elles ne savent pas ce qu'elles font. Et nous, on est là au milieu de la montagne. Avons-nous simplement une seule chance de survivre?"
- "Je ne sais pas quoi dire, Annor." Avoue le vieil homme qui me semble tout aussi perdu que moi sur le moment.
Et oui, il n'y a plus Astrid non plus, ou devrais-je dire Cassia ^^.
C'est son véritable nom. Pour ceux qui connaissent le Lore, vous savez ce qui lui arrive. Je n'ai pas du tout suivi le cheminement normal de l'histoire des Askaris mais je raccroche les wagons à ma manière et le résultat sera presque le même.
Sinon, je pense que vous avez compris la mécanique de narration de ce début d'arc, hmm? Que va-t-il arriver à Cain dans le prochain chapitre?
Vous le découvrirez mercredi. Et je débrieferai à cette occasion ^^
A très vite
