Disclaimer : L'univers de Diablo appartient à Blizzard


De la bagarre, mais aussi du lore et un poil de mystère dans ce chapitre


Acte 2 - Septième partie : La montagne sacrée

Chapitre 4 : L'épreuve des Anciens

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Le jarl me laisse une journée de repos supplémentaire pour que les différents sorts et potions qui m'ont été donnés finissent de me remettre d'aplomb. Je n'ai pas beaucoup plus de temps devant moi de toute façon. Le plan est d'obtenir l'accès au temple avant que Baal ne passe et de le suivre ensuite une fois qu'il est isolé. Le combattre alors qu'il est entouré de ses armées ne servirait à rien.

Les barbares qui forment le dernier rempart ont reçu pour consigne de ne pas attaquer directement le seigneur de la destruction, s'ils le peuvent. Le jarl a bien compris que ce dernier anéantirait ses hommes en répliquant. Ils doivent ralentir son cortège, tout en profitant de l'arrivée des amazones qui devraient nettoyer les flancs de la montagne de la flange des enfers.

Je passe donc le reste de la journée avec Rolf et Astrid dans la maison du jarl qui nous offre un lieu de repos privilégié, à l'abri de l'agitation des camps de guerriers. J'aurai envie de passer tout mon temps avec le druide à simplement vivre, mais je résiste à ce besoin. Je vois dans ses yeux qu'il ferait de même dans l'absolu, mais lui aussi se fait violence. Notre séparation a été très éprouvante pour tous les deux.

Au lieu de cela, nous invitons Cain à nous rejoindre et parlons chacun de ce que nous avons vécu loin des autres.

Rolf nous raconte sa folle course pour rejoindre ses frères et les combats qu'il a mené sur le front Est. Je comprends alors pourquoi il a tant maigri. Il nous explique également que bien que son apparence humaine soit physiquement affaiblie, sa forme animale n'a jamais été aussi puissante. Depuis que la forêt de Kurast a partagé son énergie vitale avec lui, il a acquis une force nouvelle et cela n'a fait que s'amplifier avec les derniers combats qu'il a mené. Il a l'impression que la Pierre Monde, elle-même, lui octroie cette énergie supplémentaire. J'avais déjà remarqué un peu cela quand nous étions en Pandémonium, mais je suis curieuse de voir à quel point ses pouvoirs ont été décuplés.

Cain nous raconte comment il en est arrivé à être le conseiller du jarl et tout ce qu'il a appris sur l'ancien temps à ses côtés. Les barbares ne sont pas seulement les gardiens du Mont Arréat et de la Pierre Monde. Ils sont aussi les gardiens de l'histoire. Il tente de nous résumer ce qu'il a appris sur les Néphalems et l'origine de l'humanité actuelle, mais cela devient rapidement trop compliqué et il finit par abandonner, en nous disant qu'il retranscrit tout dans son livre.

Je suis la suivante. J'évite d'évoquer mon état émotionnel et ma relation amoureuse avec Illiam. Rolf sait déjà tout ou presque, puisque nous avons partagé, même à distance, beaucoup de choses, et je n'ai pas envie de parler de cela avec Cain. Le vieil homme a certes tardivement compris mes sentiments mais je n'ai pas la même proximité avec lui qu'avec le druide et l'amazone. Je me concentre donc sur les faits et mes semaines passées sur le front. Je vois du coin de l'œil Astrid qui attend, frustrée, un peu plus de ma part. Je sais bien avant d'avoir fini mon récit que nous allons passer quelques heures de plus ensemble à parler chiffon, ce qui me fait sourire.

D'ailleurs, cette dernière adopte la même stratégie que moi. Elle évoque à demi-mots qu'elle a été torturée par ses sœurs avant de trouver le moyen de les convaincre. Mais son parcours est sans doute le plus inattendu de nous quatre, puisqu'elle est littéralement devenue la matriarche de son peuple.

- "Lorsque mes sœurs ont compris leur faute, elles se sont retournées contre notre ancienne matriarche, à la recherche de réponses, quant à son entêtement à refuser d'intervenir dans la guerre. Nous avons découvert que cette dernière avait basculé de camp. Ce n'était pas juste une rancœur ancienne envers Akara qui obscurcissait son jugement. Elle avait été corrompue par Méphisto, il y a longtemps lors d'un voyage au Khéjistan. Elle a été exécutée et les sœurs m'ont nommée à la tête du peuple Askari. J'ai délégué mes fonctions jusqu'à la fin du conflit. Dès que tout sera fini, je retournai sur les Îles Skovos, et prendrai définitivement mes fonctions."

Je suis un peu triste d'apprendre cela, mais en même temps, je suis honorée qu'elle ait choisi de combattre avec nous. Cela me fait tellement bizarre de me dire que je suis maintenant amie avec l'équivalent d'une reine.

Comme je l'avais deviné, c'est bien plus tard que nous nous retrouvons pour parler de tout ce que nous avons tu. Dès les douches, elle commence à me poser des questions sur Illiam. Je me livre à elle pendant que nous nous savonons. Au départ, je ris avec elle, de mes premiers pas dans la sexualité, puis lorsque je finis par parler de la sincérité de mes sentiments et de la peur que j'ai d'apprendre une terrible nouvelle, je me mets à pleurer. Elle vient me réconforter comme une grande sœur que je n'ai jamais eu et je m'épanche un moment dans ses bras.

Puis c'est à elle de me raconter ce qui lui est arrivé. Elle me parle de chaque cicatrice qui décore maintenant son corps. Ses sœurs ont été brutales et acharnées, mais elle a tenu bon, parce qu'elle savait la vérité.

Nous terminons la journée ensemble dans notre chambre à évoquer le passé et un futur hypothétique. J'ai l'agréable impression que l'on ne s'est jamais quittées et que nous ne faisons que reprendre l'une des interminables conversations que nous avons eu pendant notre parcours. Pendant que nous parlons, je l'admire, au sens propre comme au figuré. Si je n'étais si amoureuse d'Illiam, j'aurai pu tomber amoureuse de cette femme, ce soir.

Je la trouve aussi belle physiquement que spirituellement et nous avons tant en commun. Je sais que je pourrai passer ma vie à ses côtés. Je sais que je peux lui confier ma vie. Je l'ai déjà fait tant de fois déjà. Je souris. Dans une autre vie peut-être.

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Nous passons l'épreuve au petit matin. Le jarl nous attend dans la salle principale, l'arme au point. Il tient une longue lance qui semble faire deux fois le poids de celle d'Astrid.

Cain nous accompagne car seul lui sait former les symboles qui permettent de voyager vers un portail Horadrim. Le jarl l'aide simplement à visualiser le lieu où nous devons nous rendre. Nous nous téléportons dans une grande caverne aux parois recouvertes de glace. Des torches arcaniques rudimentaires éclairent le lieu d'une lumière bleuté qui sublime sa majesté naturelle. Je comprends que l'endroit est autant chargé de magie antique que la caverne qui nous avait permis de voyager il y a de cela plusieurs semaines maintenant.

Cain se propose d'enchanter les corps de ceux qui en ont besoin. J'en profite cette fois pour apprendre les symboles de cet enchantement qui me paraît vital dans ces contrées. Je pense qu'il me faudra un peu d'entrainement pour le maîtriser, mais au moins les mots à former sont relativement simples à retenir.

La dalle de transport Horadrim s'éteint lentement alors que nous nous éloignons. Le jarl nous indique un boyau de roche à suivre jusqu'à une cavité bien plus grande qui a été clairement aménagée par la main de l'homme. D'autres torches et des piliers de roche glacée décorent un escalier taillé directement dans la pierre. On peut voir la lumière du jour filtrer par l'ouverture rustique.

- "Dès lors que l'épreuve aura commencé, le passage sera bloqué par un bouclier d'énergie que nul ne peut franchir." Dit le jarl à l'intention de Cain. "Le bouclier disparaîtra de lui-même à la victoire de l'un des groupes."

Je grimace. Nous sommes bien préparés au combat qui s'annonce, mais il ne faut pas que nous ayons un excédent de confiance. La victoire et la mort sont les deux seules options. Près de la sortie, Rolf retire lentement ses peaux de bêtes. Je peux voir pour la première fois quels ont été les effets des semaines de chasse sur le front Est sur lui. Il est définitivement trop maigre pour sa taille mais il a l'air plein d'énergie. Il me sourit, confiant.

Notre stratégie de combat repose beaucoup sur sa capacité à immobiliser nos adversaires au moment opportun. Le jarl nous guidera. Astrid et moi serons celles qui devront porter les coups de grâce. Cain se poste dans un coin et nous regarde partir soucieux.

Nous montons l'escalier de pierre à la queue leuleue. La lumière du jour m'éblouit quelques secondes.

- "Les gardiens doivent être éveillés volontairement. Ils ne vous attaqueront pas même si vous tentez de pénétrer le temple." Nous dit le jarl en nous montrant les trois statues d'or disposées au centre d'une grande arène circulaire délimitée par une dizaine de piliers.

Les statues des Néphalems sont tournées vers un piédestal gravé. Je les contemple un instant. Les barbares n'ont pas tellement changé depuis leurs lointains ancêtres. Ceux-là sont juste un peu plus massifs.

Plus loin, l'entrée du temple est visible. Elle ressemble à une porte normale mais le jarl nous fait la démonstration de la nature magique du passage, en la traversant sans l'ouvrir.

J'observe un instant le lieu où nous nous trouvons. L'arène est sur un plateau à plusieurs kilomètres au-dessus de la plus proche vallée. Nous dominons des glaciers immenses qui se jettent dans des gorges profondes. De là où nous sommes, nous pouvons voir très loin. De la fumée noire se mêlent aux nuages qui s'accrochent sur les flancs des montagnes environnantes. Je sais que chacun de ses brasiers que je devine sont des lieux où la guerre fait rage. J'étais là bas moi aussi… Illiam y est encore…

- "Annor, n'y pense pas pour le moment." Me dit calmement Rolf en me rejoignant.
- "Il est là bas, quelque part." Dis-je les mâchoires serrées.
- "Je sais." Souffle-t-il avant de se métamorphoser en loup.

Sa forme animale est splendide. Il semble bien plus fort qu'avant. Il n'avait pas menti. Quoique la forêt lui ait offert, Rolf est revenu plus fort que jamais. Je jette un dernier coup d'œil aux montagnes avant de me concentrer sur la tâche qui nous attend.

Lorsque nous lui faisons signe que nous sommes prêts, le jarl pose la main sur le piédestal central. Les statues d'or s'animent lentement alors que la voix des Néphalems résonne.

Nous sommes les esprits des Néphalems, les Anciens. Nous avons été choisis pour garder le Mont Arréat où est conservée la Pierre-Monde. Peu sont dignes de l'approcher, moins encore comprennent son véritable pouvoir. Avant d'entrer, vous devrez nous vaincre.

A la seconde où meurt le dernier écho, trois êtres de chair et de sang ont remplacé le métal et la pierre. Et en un clin d'œil, ils fondent sur nous avec la célérité du serpent. Tout ce qui se passe ensuite n'est que pur réflexe pour moi. Je ne ressens aucune peur. Mon esprit vagabonde vers Illiam alors que j'affronte les créatures les plus sacrées de son peuple. Nous appliquons la stratégie du jarl à la lettre. Rolf nous prouve sa force colossale en arrêtant dans son élan le barbare que nous avons réussi à isoler.

Le jarl et Astrid le transperce de leurs lances, l'immobilisant davantage. Il ne semble cependant pas ressentir la moindre douleur. Je dois faire un effort mental pour me souvenir que les anciens ne sont pas en vie.

Finalement, ce n'est pas plus mal qu'il en soit ainsi. Je n'ai pas l'impression de tuer des hommes. Je prends une grande respiration. J'ai un espace de moins de dix centimètres pour caler une flèche mortelle. Je n'hésite pas une seconde, utilisant la télékinésie pour assurer la trajectoire de mon trait. Ce dernier passe sous la gueule de Rolf et se plante dans l'œil droit du barbare qui ne réagit pas plus.

- "Annor, recommence!" Me crie le jarl. "Il en faut plus pour tuer un Néphalem!"

Je suis surprise mais j'obéis sans réfléchir. La deuxième flèche est la bonne. Je la plante au même endroit. Le barbare n'a pas plus de réaction mais son corps perd sa réalité physique pour se reformer sur son socle de pierre devant le piédestal. Les trois combattants au corps à corps manquent de tomber, emportés par la force qu'ils ont dépensé pour l'immobiliser.

Sans attendre, nous passons au suivant. Les deux autres colosses sont à la fois une épreuve plus difficile et une simple formalité. Cela nous demande de l'endurance, car il nous faut maintenir constamment une distance suffisante pour tromper l'ennemie et rester hors de portée de leurs attaques le temps qu'on les isole. Mais une fois engagé, la balance des forces penche largement en notre faveur. Je conçois cependant qu'à un contre trois, ce doit être une autre histoire.

Je n'éprouve aucune satisfaction à passer l'épreuve. Je suis même plutôt écoeurée. Le combat est sale et j'ai beau savoir que ces créatures ne sont pas vivantes, je manque de vomir lorsque Astrid éventre le deuxième barbare.

Je me ferme au monde extérieur pour supporter la vision atroce. Mais la seule chose qui pénètre ma réalité est Rolf. Nous achevons ensemble le troisième Néphalem par un enchaînement humainement impossible à réaliser si le loup et moi n'étions pas liés comme nous le sommes. Nous savons de l'autre ce qu'il va faire. Nous partageons presque la même pensée, comme lorsqu'Auriel nous reliait dans le combat contre Diablo. La séparation a rendu notre lien plus pur et plus absolu. Comme il l'a dit en se présentant au jarl, nous ne vivons qu'une vie. L'espace d'une seconde, je me demande si Illiam supporterait de savoir Rolf dans mon esprit et partager les sentiments que j'ai pour lui. Peut-être sa jalousie quand il a découvert que j'étais liée au druide venait de là… Sans doute ne souhaitait-il pas que quelqu'un d'autre vive notre relation. Gênée, je reporte mon attention vers le centre de l'arène.

Les trois statues reformées, je vois les corps éthérés des anciens rayonner à travers le métal, puis des mots de pouvoir se mettent à luire sur le piédestal. Lorsque mes yeux se posent dessus, je les comprends, sans même savoir les lire. Ils s'impriment en moi et je sens mon corps éthéré vibrer pendant quelques secondes. Les mots se ternissent et la sensation disparaît.

- "Suivez-moi." Nous dit le jarl.

Nous traversons la porte du temple comme s'il s'agissait d'une simple illusion. Nous découvrons un long corridor en pierre, gravé d'une multitude de runes. J'ai une sensation bizarre. Rolf reste dans sa forme animale, mais je sens en lui une émotion nouvelle. Je crois qu'il entre en communion avec le lieu. Le jarl nous conduit à travers une série d'antichambres jusqu'à un passage qui semble encore plus ancien que le reste. Un large portail flotte dans le vide dans une grande pièce rectangulaire chargée de magie. J'ai un peu le tournis, mais cela reste supportable.

Nous traversons ce portail et arrivons dans une nouvelle pièce qui semble en dehors de toute réalité. La pièce est immense, dans toutes les directions. Les larges piliers qui soutiennent la structure disparaissent dans le néant au-dessus de nos têtes, mais ce n'est pas cela qui retient le plus mon attention. Pour la première fois, mes yeux se posent sur la chose pour laquelle toute cette folie a lieu. La Pierre Monde est en suspension dans le vide, après une large plateforme dallée qui tient miraculeusement en l'air toute seule. Des torches arcaniques l'éclairent de chaque côté.

Le cœur d'Anu est un cristal d'une centaine de mètres de haut et d'au moins trente de large. Il luit d'un blanc laiteux. Il n'a pas de forme précise. Sa structure cristalline semble suivre des lignes tourbillonnantes divergentes tout en réussissant à garder sa cohésion. Mes yeux ont du mal à en dessiner les contours précis sans avoir le regard qui se perd dans ses méandres.

Je suis à la fois émerveillée et déçue. A voir le cœur d'Anu devant moi, mon esprit imagine quel corps gigantesque la créature originelle de l'univers avait. Cela met des limites à quelque chose qui pour moi n'en avait pas. D'un autre côté, cette roche immense en lévitation me fascine. Je sens émaner d'elle quelque chose de singulier. Je suis certaine que c'est de l'énergie primordiale, mais elle est différente de celle que je connais. Elle n'est pas dormante, inerte. Elle est vivante. Je dirais même consciente. Cette chose que nous regardons à une forme de volonté propre.

Rolf a repris forme humaine pendant que nous ne regardions pas et a les yeux fixés sur la pierre. Je me rapproche de lui et glisse ma main dans la sienne. Je veux savoir.

- "Ce n'est pas une volonté, Annor." Déclare-t-il doucement. "C'est un écho des milliers d'univers que le cœur a créés. C'est l'écho de nos vies." Je secoue la tête.
- "Non, il y a quelque chose qui pense là dedans. Ça ne pense pas comme nous, mais ça a une conscience."

Je me concentre sur la sensation et essaie de la lui partager. Mais pendant que je m'efforce de le faire, je suis comme atteinte par cette énergie. L'espace d'un bref moment, j'ai une succession de visions.

Baal est avec nous. La Pierre Monde brille d'un éclat sanguin. Il y a du sang. Puis je vois du feu et de la fumée. Un bastion peut-être. Puis ma vision glisse sur les flancs enneigés de la montagne. Des centaines de corps jonchent le sol. La neige et la glace sont teintées de rigoles carmines. La dernière image est celle de Baal qui escalade lentement la montagne, directement à fleur de glacier.

- "Je crois que nous devrions rentrer tout de suite. Je viens d'avoir une vision." Dis-je le cœur au bord des lèvres. Rolf acquiesce. Il a vu par mes yeux. "Si la vision est de même nature que celle de la relique de ma sororité." Je fais exprès de ne pas la nommer. "Le dernier rempart est en train de tomber."

Nous rebroussons chemin et retraversons le temple dans l'autre sens. Nous laissons derrière nous l'arène et les statues d'or des Anciens pour rejoindre Cain dans la caverne. Ce dernier est soulagé de nous voir. Rolf se rhabille promptement et le vieil homme nous ramène à Arrogath.

Nous arrivons dans la cité, mais rien n'a changé. Baal progresse toujours, mais rien de ce que j'ai vu ne s'est produit. Je sens mes entrailles se tordre. J'ai la conviction que c'était une prémonition et je redoute le moment où elle se concrétisera.