Disclaimer : L'univers de Diablo appartient à Blizzard


Je ne dirai qu'une chose, c'est maintenant que tout commence et tout fini.
Après celui-ci, il reste deux chapitres pour terminer l'arc et l'acte. Je vous reprends quelques instants après la lecture :P


Acte 2 - Septième partie : La montagne sacrée

Chapitre 5 : Le point faible de Baal

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Je passe les trois jours qui suivent avec Rolf et Cain majoritairement, car ils sont avec le jarl la plupart du temps et c'est à travers lui que je peux avoir des nouvelles du front. Je passe mes nuits avec Astrid. Lui parler me fait du bien et calme une partie de mes angoisses.

Lorsque je suis avec les hommes, je préférerais passer du temps seule à seule avec Rolf, mais c'est Cain qui m'accapare. Il veut tout savoir de la Pierre Monde et me pose des dizaines de questions sur l'épreuve et ce que j'ai vu dans le temple. Je reste un peu vague sur les Anciens car je ne souhaite pas divulguer les secrets des barbares. Je me contente de descriptions physiques. Quant à la Pierre Monde, j'essaie simplement de lui expliquer au mieux ce que j'ai vu et ressenti.

Au bout du troisième jour de quasi interrogatoire, Cain lâche enfin l'affaire. Il a compris que je ne dirai rien, qu'importe l'étendue de sa curiosité. Il est frustré, mais je suis libre. Je reste donc avec Rolf autant que je le peux. Nous investissons le jardin de méditation du jarl pour ce faire. Ce dernier nous a autorisé l'entrée. Il n'y a que là que nous avons un semblant de tranquillité et où nous sommes presque certains que personne ne nous écoute. Nous rattrapons les longues discussions que nous n'avons pu avoir tout ce temps. Je lui parle du secret d'Auriel et des implications. Il semble fasciné par cette histoire. Puis, nous parlons de la Pierre Monde et de l'énergie étrange qu'elle contient. Nous débattons sur sa nature exacte et cherchons à comprendre "le lien". Celui que nous partageons et celui que les druides ont avec elle.

- "C'est étrange que vous n'ayez pas senti la nature consciente de la Pierre Monde." Lui dis-je alors que nous approfondissons le sujet. "Vous qui ressentez tant de choses liées à la vie en Sanctuaire elle-même."
- "Je ressens les choses de manière instinctive et physique, mais il n'y a qu'en votre présence que des images claires se forment dans mon esprit. Sans vous, je suis un peu comme un aveugle qui détermine du bout des doigts les contours de ce que transmet la Pierre Monde. La plupart du temps, je n'ai conscience que des échos du vivant. J'entends respirer notre monde, je le sens vivre dans son ensemble. Depuis que nous avons été à Kurast, je ressens surtout sa souffrance. Et cela n'a fait que s'amplifier avec la guerre. Rien dans ces sensations ne suggère une forme d'intelligence. Ce serait comme regarder son reflet dans un miroir et dire que ce dernier est conscient."
- "Mais je…"
- "Je n'ai pas dit que je ne vous croyais pas. Seulement, si le reflet du miroir est intelligent, que souhaite-t-il communiquer en nous renvoyant notre image. Est-ce la vérité qu'il nous montre ou la perception qu'il a de nous. Et dans ce cas, que voyons-nous réellement?"

Je frissonne. Je n'avais pas pensé à cela. Si la Pierre Monde pense, nous ne sommes peut-être que des illusions, des mirages, des rêves ? Cette conversation me met très mal à l'aise. Rolf le sent et m'invite à le rejoindre.

Je me cale contre son épaule et nous restons là à vivre l'instant dans le magnifique jardin du jarl.

Je ne sais pas combien de temps nous restons ainsi, car comme à chaque fois que nous fusionnons, je perds toute notion de temporalité. Hélas notre moment de paix est brisé par Astrid qui nous rejoint l'air grave.

- "Annor. Nous venons d'apprendre que le dernier rempart vient de tomber." Déclare-t-elle. "Les morts se comptent en milliers. Les survivants sont en train d'être rapatriés par les mages Vizjereis encore en vie."

La nouvelle me fait comme un coup de poing dans l'estomac. Rolf ne me retient pas quand je m'arrache à son étreinte.

- "Illiam?" Je demande d'une voix tremblante.
- "Nous ne savons pas encore. La cité est en train de s'organiser pour accueillir les blessés. C'est assez compliqué. Le jarl a convoqué les chefs de clans et les divers commandements qui ont survécu à la percée."

Sans attendre, nous suivons l'amazone et rejoignons la maison du jarl qui est pleine à craquer de monde. Je reconnais quelques commandants sous les ordres de qui j'ai pu combattre mais il y a beaucoup de têtes nouvelles. De nombreux mages, des amazones et chefs d'armée de l'Ouestmarche sont présents également. Nous nous approchons suffisamment pour entendre ce qui est dit au jarl mais nous restons discrets. Ce dernier nous fait signe qu'il nous a vu mais il ne nous prête guère plus d'attention.

Nous assistons à une multitude de rapports sur l'attaque fulgurante qui vient d'avoir lieu. Tous se ressemblent et parlent du côté expéditif de la chose. Comme pour l'attaque du bastion dans lequel j'étais quand j'ai eu le malheur d'être sur sa route, c'est la magie destructrice de Baal qui a provoqué leur perte. Des explosions arcaniques imbriquées les unes dans les autres ont balayé le terrain sur plusieurs kilomètres.

Puis, un commandant de l'Ouestmarche prend la parole.

- "Nous étions suffisamment loin pour ne pas être emportés par le souffle des explosions. Après cette attaque, seul le démon était debout. Il a annihilé les armées qui le protégeaient en même temps que la nôtre. Il a alors continué sa route seul. Son corps est imposant mais il a beaucoup de mal à se déplacer. Nous avons tenté une charge pour profiter de sa lenteur. Mais nous avons fait une grossière erreur. Nous n'avons pas réussi à l'approcher à moins de dix mètres. Les tentacules qui sont dans sont dos sont capables de s'allonger de manière contre nature. Il les enfonce dans le sol et elles ressurgissent où il le souhaite. Elles sont capables de traverser les chaires aussi sûrement que l'acier. J'ai perdu plus de la moitié de mes hommes durant cette charge. On ne peut pas l'arrêter..." Je déglutis.
- "Je ne suis pas d'accord." Intervient un Vizjerei. Sa robe est déchirée et son visage est ensanglanté. "Il a un point faible. Et ce n'est pas sa lenteur de déplacement. C'est la pierre jaune qu'il porte autour du cou." J'écoute attentivement ce qu'il a à dire. J'avais fait moi aussi une supposition sur sa pierre d'âme. "Baal est un mage, il ne sait probablement pas ou peu se battre au corps à corps, voire même son corps est plus fragile qu'on ne le pense, c'est pourquoi il nous tient à distance. Et malgré les apparences, aussi dangereuses soient ses tentacules, ils ne sont que de la magie arcanique. Il modifie la structure de son corps pour traverser la matière et s'étendre ainsi. Nous autres, mages, avons réussi à esquiver ses attaques sans trop de soucis. Il suffit de sentir la concentration arcanique dans l'air. Nous n'avons pas pu l'atteindre plus que vous, car notre magie n'a aucun effet sur lui. Il est capable d'absorber nos sorts. Mais nous avons combattu le plus de temps possible pour l'analyser. Ce qui me permet d'en venir au fait. Son corps n'est qu'une coquille artificielle. Pendant que nous l'attaquions, il ne protégeait qu'une seule chose : la pierre. Si on réussit à le séparer d'elle, il perdra tous ses pouvoirs." Je lève la main. Le jarl me fait signe de parler.
- "Je pense que vous avez raison." Dis-je. "Cette pierre est sa pierre d'âme, la prison dans laquelle il a été enfermé par les Horadrims il y a plusieurs siècles. Les autres démons avaient fusionné avec elle. Elle se trouvait en eux. Pour une raison que j'ignore, Baal n'a pas voulu ou pu le faire. Mais dans tous les cas, c'est cette pierre qui contient l'essence du démon." Le mage s'incline légèrement.
- "Nous avons pu déterminer également qu'il a besoin de former les symboles arcaniques comme tout mage. Il ne peut générer ses explosions dévastatrices à une main et elles nécessitent du temps. Temps que l'on peut garder ses mains occupées, il ne faut s'inquiéter que de ses tentacules et de ses magies mineures."

Je suis certaine que pour arriver à ces conclusions beaucoup de personnes sont mortes, mais c'est la première personne à donner des conclusions qui laissent une part d'espoir. C'est le paradoxe des Vizjereis. Leurs méthodes sont parfois dépourvues de tout sens moral, mais ils sont capables de choses qui rendent l'humanité plus forte. Je ne sais pas si je dois féliciter cet homme pour ses résultats ou non.

J'écoute d'une oreille distraite le reste des informations. Nous apprenons simplement que Baal a commencé à grimper sur le glacier du Mont Arréat. Comme dans ma vision. Les estimations sont qu'il atteindra le sommet cette nuit. Il est seul à gravir la montagne, mais ses armées continuent de ravager les positions les plus basses et finiront par rejoindre leur maître si rien n'est fait.

Rolf me propose alors d'essayer de retrouver Illiam, lorsqu'il voit que je n'arrive plus à me concentrer. Astrid me pose une main compatissante sur l'épaule et me dit qu'elle viendra nous chercher s'il y a quelque chose d'important. Le druide et moi quittons la pièce discrètement, comme il sait si bien le faire. Et nous entamons les recherches.

Tous les camps de repos sont en train d'être transformés en hôpital. L'agitation est folle. Je vois des dizaines de blessés mutilés être amenés dans les tentes. Ça court dans tous les sens. Je ne sais pas pourquoi, mais bien que j'avance au radar, je me dirige vers un endroit précis, comme si j'étais appelée. C'est l'endroit où j'ai passé ma première nuit avec Illiam. Il y a eu des dizaines d'autres tentes, dont j'ai certainement oublié l'emplacement, mais pas celle-là... Hazard ou non, je ne me trompe pas...

Je m'approche du pend et glisse la tête à l'intérieur. Je reconnais aussitôt le corps de celui qui est allongé sur le lit de gauche. J'ai l'impression que mon cœur s'arrête. Illiam est grièvement blessé, si bien qu'il me faut un moment pour réaliser qu'il est vivant. Je m'approche de la couche, dépose mes armes au pied du lit et m'agenouille à ses côtés. Il a perdu un bras et les bandages de fortune ne couvrent qu'à peine les profondes entailles qui sillonnent son torse. Son visage est tuméfié mais il n'est pas défiguré.

Je pleure en silence en prenant le matériel de soin qui a été laissé à même le sol. Illiam a été mis dans cette tente et abandonné à son propre sort avec l'autre blessé qui se trouve sur l'autre lit et dont, égoïstement le sort m'importe peu. J'imagine que les soigneurs sont partis s'occuper d'autres victimes plus graves. Je m'occupe alors patiemment de nettoyer les plaies de mon amant et de faire des bandages plus propres et efficaces. Rolf me laisse faire et s'occupe de l'autre homme à qui je tourne le dos.

Dans un premier temps, Illiam ne réagit pas à mes soins. Ce qui me terrifie, sachant que même sans le vouloir je suis en train de lui faire mal. C'est lorsque je nettoie l'entaille la plus profonde qu'il se réveille enfin. Il ouvre les yeux en grognant, mais son expression s'adoucit aussitôt en me voyant. Je lui souris tristement.

- "Au moins tu es en vie." Je déclare. Il soupire avant de me répondre d'une voix éraillée.
- "Je ne serai plus jamais un guerrier."
- "Je m'en moque… Tu es là..."
- "Tu avais raison, Annor. C'était de la folie. J'aurai dû rester avec toi. La fin du monde approche et je ne peux même plus te serrer dans mes bras..."
- "Il reste encore un espoir." Je souffle tout en continuant de lui prodiguer mes soins. Il fronce les sourcils puis il comprend soudainement.
- "Non… tu n'as pas…"
- "Tu ne m'as pas laissé le choix. Tu as choisi de sauver le monde plutôt que moi. Je vais simplement faire la même chose. Et s'il y existe un lendemain pour nous deux alors je le créerai."
- "Je t'en supplie Annor. Ne sois pas aussi bête que moi... Ne va pas affronter ce monstre... Reste avec moi." Il pleure maintenant.
- "Garde à l'esprit que je ne me venge pas de toi en faisant cela. Baal doit payer. C'est tout."
- "Il va te tuer!" Croasse-t-il aussi fort que son corps épuisé le lui permet.
- "Diablo et Méphisto aussi devaient me tuer et je suis toujours là. Lorsque je combats avec mes compagnons tout est différent."

Je me tourne légèrement vers Rolf qui s'occupe toujours de l'autre blessé. Illiam comprend très vite de qui il s'agit. Je vois une brève lueur de jalousie briller dans ses yeux.

- "La vengeance n'apporte rien. Regarde ce qu'elle m'a fait... Je n'ai pas choisi le monde, Annor. Je me suis détourné de toi parce que j'ai simplement succombé à ma peine et à l'appel ancestral de mon peuple pour la Pierre Monde. J'ai voulu venger la mort de mon clan et j'ai cru que me battre là-bas me permettrai de te sauver. Tu fais la même chose à présent..."

Je vois dans son regard que c'est lui qui cherche à me convaincre de ne pas partir maintenant. Je souris tristement. Je sais qu'il a raison au fond, mais ce dont je suis certaine c'est qu'être soldat pour le jarl et combattre auprès de Rolf et Astrid n'ont rien en commun. J'ai quitté notre monde avec eux et affronté le plus puissant des trois frères démons dans son royaume. Aussi fort soit Baal, lorsqu'il sera seul, il sera comme les autres et si nous sommes prudents, nous vaincrons.

- "La rage ne donne de la force qu'un temps. Elle ne peut pas te nourrir indéfiniment et lorsqu'elle se tarit, elle te laisse vulnérable, en ayant tout perdu… Annor, tu es la seule personne qui me reste..."

Mon cœur se sert mais je reste résolue. Rolf se lève et pose une main sur mon épaule. Les yeux plein de larmes, Illiam le suit du regard.

- "Je retourne voir Astrid. Je saurai où vous êtes." Déclare le druide. J'acquiesce en silence.

Alors qu'il s'apprête à quitter la tente. Illiam l'interpelle.

- "Spectre, est-ce vrai que vous êtes imbattables ensemble?"

Rolf me lance un regard indéchiffrable avant de reporter son attention sur mon amant. Il garde pour lui ses émotions et ses pensées.

- "Nous le sommes." Répond-il simplement.
- "Elle est tout pour moi…" Rolf sourit.
- "Je sais."

Sur ces deux derniers mots, lourd d'un sens qui échappe probablement à Illiam, il quitte la tente. Sans rien dire, je termine les derniers bandages et je me glisse dans la couche avec lui, en prenant soin de ne pas lui faire de mal. Je cale ma joue sur son épaule et place mon bras autour de sa taille, aussi délicatement que possible. Illiam est épuisé et bien qu'il lutte un moment pour rester éveillé, il finit par s'endormir. Je fais de même peu de temps après lui.

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C'est la main d'Astrid sur ma joue qui me tire de mon sommeil. Il fait nuit noire dehors.

- "C'est le moment d'y aller, Annor." Me chuchote-t-elle. "Mais vous pouvez rester si vous…"
- "Je viens." Je souffle.

Je quitte la couche. Illiam ne réagit pas. Il a le teint pâle et la transpiration perle sur sa peau. Il a de la fièvre. J'écarte une mèche de cheveux qui colle à son visage et l'embrasse doucement. Pendant que je m'occuperai de Baal, il devra se battre contre l'infection. Il est solide. Je sais qu'il peut le faire. Je souris.

- "A plus tard." Je murmure à son oreille. "Je t'aime."

Je reprends mes armes que j'avais laissées au pied du lit et suit Astrid dehors. Le jarl et Cain sont là. Rolf est un peu plus loin et regarde le ciel. Cette nuit est particulièrement dégagée et la lune éclaire d'une lumière crue le campement. Les yeux verts du druide semblent luire légèrement lorsqu'il se tourne enfin vers moi. Il rejoint le groupe sans rien dire et Cain forme les symboles qui permettent de voyager jusque dans la caverne sacrée du Mont Arreat.


Bon, vous savez ce qui arrive ensuite. Quelle confrontation va avoir lieue...
Maintenant, même si les ingrédients sont différents et que la haine d'Annor est canalisée, vous savez qu'elle répète certaines erreurs du passé.
Cependant, le chemin qu'elle emprunte est-il évitable? Il y avait-il une forme de destinée dans son parcours? La Pierre Monde qui "conditionne" le peuple barbare depuis des millénaires pour sa protection a-t-elle une conscience? Et que sait vraiment Rolf?

Voilà, je vous laisse toutes ces interrogations à méditer, en attendant la suite :P