Disclaimer : L'univers de Diablo appartient à Blizzard
Je précise que je posterai la suite de ce chapitre lundi (car il est très court) et qu'il faudra attendre dimanche prochain pour la suite pour laisser le temps de digérer.
Et je suis également en train de me rattraper niveau écriture, donc il y aura peut être un ralentissement du rythme de publication à partir de l'acte 3.
Petite note rapide : c'est le 100ième chapitre :)
Bonne lecture.
Acte 2 - Septième partie : La montagne sacrée
Chapitre 6 : L'alpha et l'oméga
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La caverne a perdu toute sa magie antique. Sans le voir encore, je sens le mal qui a corrompu le lieu. Baal a laissé sur son passage comme une poix malfaisante sur toutes les surfaces. Ma vision intérieure ne fait que le confirmer. Son influence démoniaque est partout. Elle rampe sur les parois rocheuses comme des centaines de mains et elle grandit de manière inquiétante.
- "Vous pensez qu'il a déjà atteint la Pierre Monde?"
- "Je ne pense pas, pourquoi?" Demande le jarl.
- "Son influence grandit trop vite."
Cain reste près de la stèle de téléportation tandis que nous partons en courant vers le temple. Nous grimpons les escaliers quatre à quatre et débouchons dans l'arène. Les trois statues d'or des gardiens sont toujours là mais je remarque de larges fissures. Le combat contre Baal a laissé des marques.
Nous traversons la porte du temple en catastrophe et remontons l'immense couloir qui mène à l'antichambre de la Pierre Monde. La première chose qui me choque est la présence de créatures rampantes difformes. Elles ressemblent à s'y méprendre aux créatures larvaires que nous avions vues en Pandémonium.
- "C'est impossible!" S'exclame le jarl. "Des créatures aussi faibles ne peuvent entrer dans le temple." Ajoute-t-il en en écrasant une avec sa botte.
- "Je crois qu'elles ne viennent pas de l'extérieur." Dis-je en reprenant mon souffle.
Je jette un regard à Rolf qui est stoïque. Je ne ressens presque rien venant de lui. J'imagine aisément qu'il contrôle le lien qu'il a avec la Pierre Monde pour ne pas subir de plein fouet la douleur de l'appel. Mais pourquoi se ferme-t-il à moi aussi?
Sans dire un mot, il abandonne ses vêtements et se métamorphose en loup. Il est prêt à combattre. J'empoigne mon arc et les deux autres leurs lances. Nous parcourons les derniers mètres qui nous séparent de la Pierre Monde, ignorant les créatures qui reptent sur sol. Nous traversons le dernier portail et déboulons dans le lieu le plus sacré de Sanctuaire.
La Pierre Monde pulse d'un éclat sanguin et au bout de la plateforme, dissimulé dans le halo de sa lumière, se tient Baal. Il a déjoué nos pronostics. Il est arrivé plus vite que prévu et a eu tout le temps d'agir. Nous pensions avoir encore plusieurs heures devant nous et le cueillir dans le vestibule. Comment est-il arrivé si vite?
Le démon semble s'abreuver de la puissance de la pierre, sans remarquer notre présence. Tout de la vision était vrai. De la brèche du dernier rempart à ce moment précis. Pourquoi cette chose ne peut-elle pas exprimer de temporalité ? Nous aurions pu éviter certains événements. Nous aurions pu être dans le temple avant que Baal atteigne la pierre, avant qu'il l'a corrompe…
Je déploie ma Vision Intérieure. La lumière ne m'éblouit plus. Je peux enfin voir le démon qui se gave d'énergie. Son corps n'a pas changé. Il est toujours ce mélange d'insecte et d'homme. Ses tentacules s'agitent dans son dos presque frénétiquement. Est-ce de l'excitation ? Puis je distingue mon objectif. Sa pierre d'âme, qui pend au bout de sa chaîne, luit d'un éclat jaunâtre, si pâle en comparaison du cœur d'Anu. Elle repose sur la poitrine du monstre, contre sa peau grisâtre veinée de noir.
Je le mets en joue et enchante ma première flèche. Astrid déploie son aura d'or qui dans son armure angélique resplendit davantage. Et le jarl pousse le cri de vitalité qui lance l'assaut. Ma flèche quitte mon arc au même moment, et plus rapidement que les réflexes du démon. Elle se plante dans sa poitrine juste au-dessus du cœur et à moins d'un centimètre de la pierre d'âme.
Baal pousse un rugissement terrifiant. Les lignes d'affaiblissement se dessinent déjà. Le Vizjerei avait raison. Son corps est plus faible qu'on ne pense. Il avait pu se régénérer extrêmement vite, mais rien ne dit qu'il ne peut pas être facilement détruit. Je n'aurai sans doute pas besoin de l'affaiblir autant que les autres. Je dois simplement tenir ses mains occupées. Je décide alors d'enchaîner les attaques en générant des flèches de glace, simplement pour le forcer à utiliser ses bras pour se protéger et laisser le temps à mes compagnons de le frapper.
Mes traits se plantent facilement dans ses chairs. Il les arrache au fur et à mesure. Les plaies se referment vite, mais elle l'occupe suffisamment pour l'empêcher d'agir totalement.
Pendant un temps, cela semble marcher. Rolf et Astrid sont les premiers à arriver au corps à corps. L'amazone est toujours aussi agile et esquive sans peine toutes les attaques de tentacules que Baal projette dans sa direction. Le druide arrive même à en sectionner plusieurs de coups de pattes furieux. Astrid atteint le démon à plusieurs reprises au niveau de l'abdomen. Son sang noir gicle et s'écoule des plaies béantes qu'elle lui inflige mais comme pour mes flèches les blessures ne mettent que quelques secondes à se refermer. Il a une vitalité hors du commun qui compense largement la faiblesse générale de son corps.
A notre grande surprise et alors qu'il est engagé au corps avec mes compagnons, il se met à courir dans ma direction. Le Baal pataud que tout le monde décrivait n'est plus. Il est loin d'être agile mais il est bien plus rapide que nous l'avions anticipé. Sans doute est-ce ainsi qu'il a atteint le sommet plus vite.
C'est le jarl qui arrête net sa charge, d'un coup de sa lance massive dans le torse. Mais ce n'était pas cela qu'il visait. Je le comprends lorsque je vois la chaîne de la pierre d'âme se briser. C'était d'une précision redoutable. Je me souviens alors que le jarl a lui aussi une sorte de don de Vision Intérieure. Je souris lorsque je vois la petite pierre jaune glisser le long de la chaîne ouverte.
L'espace d'un instant, je nous vois victorieux, mais tout se renverse à une vitesse folle. La première chose dont je prends conscience est d'une vive douleur au niveau de ma jambe droite. Je baisse les yeux et découvre avec horreur deux tentacules épais danser hors de ma cuisse. Les appendices sortent du sol derrière moi. Je n'ai pas senti le changement d'énergie arcanique décrit par le Vizjerei, puis je comprends qu'en se gavant de l'énergie de la Pierre Monde, Baal a sans doute changé sa propre signature magique. Mes sens ne peuvent plus le différencier du cristal qui rayonne derrière lui.
Je lâche un cri de douleur lorsque les tentacules se retirent brutalement de ma jambe, laissant deux trous béants dans ma chair. Je perds l'équilibre et tombe un peu en vrac sur le sol.
- "Tu pensais que je ne te voyais pas." ricane le démon à mon intention en extrayant d'une main la lance du jarl de sa poitrine.
Le flot de sang noir qui dégueule hors de lui est répugnant mais le trou se referme très vite. C'est alors que je vois pourquoi il a pu retirer si facilement l'arme qui l'a transpercé. Le jarl n'a pas bougé. Son corps est traversé par de multiples tentacules. Comme moi, il a été pris à revers, mais il n'a aucune chance de survivre à ça. Le démon retire ses appendices avec la même brutalité et le barbare s'écroule d'un bloc.
- "Je sais que c'est ça que tu veux." Dit Baal en s'approchant de moi lentement, sa pierre d'âme à la main. Il l'a retenue avant qu'elle ne tombe au sol.
Il piétine sur son passage le corps du seigneur barbare. Je serre les mâchoires pour contenir mon envie de crier.
- "Tu es intelligente, mortelle. Tu connais mon point faible. Tu..."
Le démon est coupé dans sa phrase par une attaque fulgurante d'Astrid qui le plante par derrière au niveau du flanc. J'entend crépiter son armure de foudre. Je ferme les yeux sachant ce qui va suivre.
Il y a comme une détonation lorsqu'elle décharge toute l'énergie cumulée au niveau de sa lance. Lorsque j'ouvre les yeux, la moitié du corps du démon a noirci mais il a résisté à la magie. Le Vizjerei avait hélas encore raison. Seuls les coups physiques pourront le tuer. Je profite du moment de répits que m'offre l'amazone pour trouver une position de combat. Pendant que Baal a reporté son attention sur elle et qu'il s'est engagé dans un combat acharné, je rampe vers un pilier et me cale tout contre. Je laisse derrière moi un sillon de sang impressionnant. La blessure à ma jambe saigne abondamment. L'artère a dû être touchée. Je pose mon carquois à terre et arrache la lanière de cuir qui me sert à le porter pour me faire un garrot. Il faudra que ça tienne. L'hémorragie est sous contrôle. Plus ou moins. Je prends quelques flèches et me relève sur une jambe, en prenant appui sur le pilier.
Rolf et Astrid combattent ensemble comme deux danseurs connaissant parfaitement la chorégraphie. Ils esquivent tout, mais je sais que cela ne durera qu'un temps. De mon côté, je suis une cible facile. Si Baal décide de me tuer, il n'aura qu'à m'atteindre avec ses tentacules. Je ne pourrai pas les éviter dans mon état.
J'ai trois flèches en main. Elles doivent tuer. Je n'aurai pas d'autre essai. J'en encoche une et mord les deux autres pour pouvoir les tirer en rafales. Alors que j'enchante la première, je sens Auriel qui investit mon corps. Je souris intérieurement. Elle ne nous abandonne jamais. Je sens son énergie gonfler mon coeur.
La première flèche que je tire atteint Baal dans l'épaule. J'ai visé le bras qui tient sa pierre d'âme. Le réseau d'affaiblissement se dessine plus vite que d'habitude et s'étend rapidement sur quasiment la moitié haute de son corps, rejoignant l'autre partie déjà atteinte un peu plus bas sur son torse. Il commence à se retourner vers moi, mais déjà la deuxième flèche quitte mon arc. L'enchantement d'Auriel transforme mon trait en un faisceau de lumière qui traverse le démon de part en part. Les lignes d'affaiblissement se mettent à briller et le corps de Baal se désintégre en les suivant. Son bras se détache comme du papier mouillé qui se déchire et tombe lourdement au sol, la main toujours fermement serrée sur la petite pierre jaune. C'est gagné.
Le seigneur de la destruction me lance un regard chargé d'incompréhension et de haine alors que j'encoche ma dernière flèche.
- "Tu ne me haïras jamais autant que je te hais, créature des enfers. Laisse mon monde en paix!" Je crie.
L'image d'Illiam blessé est tout ce qu'il me faut pour laisser parler mon sang démoniaque. Je laisse éclater ma rage et mon désir de vengeance. L'énergie d'Auriel ne faiblit pas en moi mais elle est amplifiée par ma haine. Pendant une seconde mon étincelle s'embrasse et je suis comme les premiers Néphalems. La flèche qui quitte mon arc est désintégrée par l'enchantement et lorsque le trait de lumière atteint Baal, l'intégralité du haut de son corps est vaporisé. Ses jambes insectoïdes s'agitent quelques secondes avant que ses pattes ploient sous le poids de la cuirasse chitineuse restante.
L'énergie octroyée par Auriel quitte subitement mon corps, et ma vengeance accomplie, je me sens vidée de toute émotion. J'ai la tête qui tourne. Je ne sais pas si c'est le contrecoup ou simplement la perte de sang. Rolf se précipite vers moi et je me laisse glisser entre ses pattes. Astrid approche à son tour mais elle s'arrête devant le corps du jarl. Je fais signe à Rolf de m'aider à la rejoindre. Je replace mon arc dans mon dos et avec son soutien, je claudique vers le souverain.
Le barbare, le corps percé de trous béants et les os brisés, est allongé dans une mare de sang impressionnante. Astrid lui ferme les yeux, mais même ainsi, son expression ne reflète qu'une terrible souffrance.
- "La vitalité des barbares est une bénédiction comme une malédiction." Dit l'amazone en passant la main sur les blessures. "Dans un combat, même mortellement blessés, ils survivent trop longtemps pour partir en paix."
Je repense alors à Illiam qui m'attend fiévreux. Je dois le rejoindre. Je dois le soigner. Je ne veux pas qu'il souffre comme son jarl. Rolf resserre sa prise autour de moi. Il me refuse toujours le lien mais il sait ce que je ressens. Je lève la tête vers lui et croise son regard de bête. Pourquoi ne reprend-il pas forme humaine? Pourquoi ne me laisse-t-il pas fusionner avec lui?
Il tourne la tête vers la Pierre Monde. Je suis son regard. Elle a toujours la même teinte écarlate.
- "Baal a réussi à la corrompre." Je souffle, mortifiée. Astrid regarde à son tour.
- "Qu'est-ce qu'on peut faire?" Lâche-t-elle.
Au même moment, je sens une énergie familière grandir dans notre dos. Je lâche un petit rire désabusé, reconnaissant, sans avoir à me retourner, Tyraël.
- "Vous rien… mais moi, peut-être." Sa voix résonne dans le temple.
Nous nous tournons vers lui. Il avance l'épée au clair dans notre direction. Son armure est toujours partiellement détruite mais il a l'air plus en forme que lorsque nous l'avions quitté à Pandémonium. Il vient certainement de passer l'épreuve des Anciens pour nous rejoindre.
- "Vous avez accompli l'impossible, mortels. Je suis heureux d'avoir placé ma confiance en l'humanité. Mais..."
- "Que comptez-vous faire?" Astrid fusille l'archange du regard.
- "Je veux détruire la Pierre Monde." Répond-il gravement. Rolf se met à grogner, les babines retroussées. "Elle est à l'origine de tout et maintenant elle est une porte ouverte vers des milliers de réalités démoniaques. Je ne peux pas défaire ce que Baal à fait. En corrompant la Pierre Monde, il vous corrompt aussi. Les futures générations d'humains naîtront avec une part démoniaque de plus en plus grande, jusqu'à faire de Sanctuaire un vivier de futurs grands démons. La Pierre réveillera l'étincelle Néphalem qui sommeille en vous mais elle sera sous le contrôle des enfers."
Tyraël se tourne vers moi. Je déglutis. Je réalise que c'est ce qui s'est produit, l'espace d'une seconde. Mais Auriel me galvanisait, je ne suis pas tombée du mauvais côté de la balance.
- "Comprenez-vous les enjeux?"
- "Oui, mais que se passera-t-il si vous la détruisez ?" Je demande affolée.
Tyraël s'avance vers le jarl. Ses ailes s'étirent et ramènent la lance du barbare pour la déposer délicatement à ses côtés. Cette simple marque de respect semble apaiser quelque peu Rolf, mais je le sens toujours tendu.
- "Je l'ignore." Répond l'archange. "Peut-être la fin de tout. Mais je sais que la laisser ainsi, c'est nous condamner tous. Humains comme Anges."
- "Aviez-vous la moindre idée de ce qui allait se passer?"
- "Non et croyez-moi bien que je regrette de nombreuses décisions que j'ai prises au fil des siècles. Mais pas celle de vous avoir fait confiance."
- "Nous avons échoué." Lâche Astrid les mâchoires serrées. Elle jette un regard au jarl. "Vous n'avez pas idée du nombre de morts dans ce conflit. Et ils sont morts en vain."
- "Si la destruction de la Pierre Monde détruit votre monde, je pense qu'elle détruira tous les autres aussi. Chaque plan d'existence est lié de près ou de loin à elle. Si c'est la fin, il n'y aura aucun vainqueur, aucun perdant, juste le néant. Si nous survivons, alors un monde des possibles s'offre à nous. Aucun ange, aucun démon ne pourra prendre le contrôle du moteur de l'univers. Et l'humanité ne sera plus bridée. Peut-être deviendrez vous la troisième force qui changera les choses définitivement." Je regarde l'archange en biais.
- "Nous ne pouvons vous arrêter. Qu'attendez-vous pour la détruire alors?"
- "Je me pose simplement la question. Ai-je le droit de décider pour vous?"
- "Sans doute pas." Je réponds calmement.
Soudainement, la Pierre Monde émet un son étrange. Une vibration très grave. L'énergie qui en émane est purement démoniaque. Mes yeux se posent sur la pierre jaune de Baal toujours agrippée par la main de se dernier. Je ne sais pas pourquoi mais j'entends presque rire le démon dans sa prison de cristal.
- "Si je dois voter, j'opte pour la destruction." Dis-je.
- "Vous êtes certaine, Annor?" Me demande Astrid perplexe.
- "Avec un peu de chance, nous cesseront juste d'exister. Le cauchemar sera enfin terminé. Plus de réalité. Plus d'illusions. Mais surtout plus personne ne souffrira."
- "Mais alors tout ce qu'on a accompli jusque là n'aura eu aucun sens."
- "Pour moi cela n'en a déjà plus aucun, quand je vois cette pierre malade qui nous condamne irrémédiablement. Elle n'a pas su nous guider correctement. Elle nous a appelés sans cesse. Nous nous sommes battus pour elle. Nous sommes morts pour elle. Elle n'avait qu'à nous montrer quand elle avait besoin de nous et alors tous les sacrifices que nous avons fait auraient eu du sens, car nous l'aurions protégée. Peut-être voulait-elle que ça arrive. Peut-être nous a-t-elle seulement laissé entrevoir l'avenir. Nous n'avons rien pu changer. Depuis le début, ce qui devait être a été." Je marque une courte pause. "Et elle contrôle nos vies. Elle nous empêche de devenir des Néphalems. Alors qu'elle disparaisse si c'est cela qu'elle voulait nous faire comprendre. Au moins, j'aurai l'impression d'avoir choisi de me libérer de mes chaînes." L'amazone sourit.
- "Très bien. Je vote pour le saut dans le vide également. Détruisez la Pierre Monde."
Nous nous tournons vers Rolf qui garde obstinément sa forme animale. Entre nous, il est le seul que la destruction de la Pierre Monde affecte réellement. En temps que druide, il est lié à elle. Si nous survivons, que sera sa vie sans ce lien si spécial qu'il partage avec la nature. Peut-il survivre à ça? Quoi qu'il en soit, si nous la laissons telle quelle, je sais qu'il en mourra. La corruption de Méphisto dans la forêt de Kurast l'avait presque tué. Rien que d'imaginer son agonie me retourne le cœur.
Il doit sentir ma détresse car il resserre sa prise autour de moi et lentement il acquiesce.
- "Très bien mortels, qu'il en soit ainsi." Dit Tyraël solennellement en dégainant son épée. "L'Irebleu sera l'outil de l'ultime destruction." L'épée se met à flamboyer d'une flamme bleutée. "Que les cieux et les hommes nous pardonnent notre folie." Il s'avance sur l'estrade. Ses ailes s'étirent jusqu'à emplir toute la salle et forment un écran diaphane entre nous et le cristal écarlate. "Une dernière chose, mortels. La Pierre Monde est le centre d'Arréat. La montagne ne résistera pas à sa destruction. Si l'issue est que nous survivions, alors je vous conseille de fuire le plus loin possible. La cité d'Arrogath sera peut-être encore debout après cela. Trouvez refuge là-bas."
Il s'agenouille au milieu de la passerelle et plante l'épée dans le sol. J'entends sa voix grave résonner en moi. Il parle dans une langue qui m'est étrangère. Les flammes des torches arcaniques virent soudainement au bleu dans leurs braseros.
Nous rebroussons chemin tous les trois, abandonnant le jarl dans le temple, au côté de ce qu'il a défendu au prix de sa vie. J'ai énormément de mal à avancer, même avec l'aide de Rolf. Je dois m'arrêter plus d'une fois. Bientôt, les murs du temple se mettent à trembler. Mon cœur bat la chamade. J'ai peur, mais j'ai conscience que je suis un poids mort.
- "Je n'y arriverai pas." Je murmure. "Partez sans moi. Je vous ralentis."
Rolf me lâche et se couche à mes pieds. J'ai les larmes aux yeux. Astrid m'aide à grimper sur le dos du loup.
- "Accrochez-vous bien." Me dit-elle en souriant. "On se retrouve dehors."
J'agrippe la fourrure rêche du loup et sert mes jambes contre ses flancs autant que je le peux. Il se redresse et sans attendre fuit à travers les couloirs. La vitesse est grisante. J'ai mal au cœur de devoir laisser l'amazone en arrière ainsi. J'essaie d'imaginer le meilleur. Je sais qu'elle est forte. Son aura d'or peut la protéger. Je dois m'en convaincre. Alors que nous détalons, j'entends un bruit sourd d'éboulement dans notre dos. Mon cœur se sert. Je n'ai pas besoin de me retourner pour savoir qu'Astrid a été bloquée par la chute de pierres. Je n'entends plus ses pas.
J'essaie de faire le vide dans ma tête. De ne pas penser au pire. Je nous imagine tous de retour au fort. Cain nous accueillera. Mon cœur fait un nouveau bond dans ma poitrine. J'espère qu'il aura eu la présence d'esprit de retourner à Arrogath.
Une secousse un peu trop forte fait perdre l'équilibre à Rolf et je tombe lourdement au sol dans sa chute. La douleur dans ma jambe me coupe le souffle un instant. Aussitôt remis sur ses pattes, le loup revient me chercher.
Il me soulève du sol comme si je ne pesais rien et reprend sa course effrénée vers la sortie. Ma tête repose sur son torse. J'entends son cœur qui bat fort et sa respiration haletante et grondante.
Nous débouchons sur l'esplanade de l'épreuve des Anciens. Les trois statues d'or se dressent devant nous. Rolf s'approche de l'entrée de la caverne. De la poussière tombe du plafond en rythme d'une pulsation que je n'entends pas. Rolf grogne. Je devine à travers le lien ce qu'il ne veut pas partager. C'est bien trop fort pour qu'il puisse bloquer toutes ses pensées.
L'explosion a déjà eu lieu. Ce que nous voyons ne sont que les frémissements de la terre, précurseurs de l'onde de choc qui va nous frapper. Si nous entrons dans la caverne, nous mourrons.
Mais il n'y a aucune autre issue. La plateforme se trouve à plusieurs centaines de mètres au-dessus de la plus proche surface stable. Et la vallée est à plusieurs kilomètres de nous. Je ferme les yeux un instant. Je le savais. C'était la dernière fois que je revoyais Illiam. Je lui envoie un je t'aime silencieux et fais mienne toutes les secondes que nous avons vécu ensemble, avant de rouvrir les yeux.
Je plonge dans le regard bestial de Rolf. Je n'ai plus peur. Je lui souris. Mourir avec lui, ça, je peux le faire. Je me blottis dans son épaisse fourrure.
J'entends la déflagration avant de sentir l'onde de choc. Elle vient du cœur de la montagne et la terre se déforme tout autour de nous. Les statues d'or des gardiens se fissurent et s'effritent. Soudainement nous sommes frappés par la vague d'énergie. L'air se bloque dans mes poumons et je suis presque certaine que le choc en lui-même vient de me briser des os. Je ne sens pas la douleur toutefois. Nous sommes littéralement soulevés du sol et nous sommes propulsés dans les airs, par dessus la plateforme au moment où elle éclate.
Je perds connaissance pendant que nous flottons dans le vide, durant notre interminable chute.
