Disclaimer : L'univers de Diablo appartient à Blizzard
Ayé, on commence le dernier acte. Annor a vieilli. Elle a changé aussi.
Petit warning, valable globalement pour toute l'acte 3, donc je ne le répèterai pas : L'histoire est classée mature pour une raison.
Annor est profondément marquée par les évènements et elle traverse des phases pas ouf. Même si je reste fidèle à mon style et ma convenance vis à vis de ces sujets, il y aura plus de nudité, de sexe et violence aussi. Vous voilà avertis.
Bonne lecture.
Acte 3 - Première partie : Le monde d'après
Chapitre 1 : Le dernier souvenir vivant
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C'est la fin de l'été. Une autre journée écrasante de chaleur s'achève. Je suis restée enfermée dans le boudoir d'Akara à étudier d'anciens textes. Je n'avais pas envie de me frotter à la brûlure du soleil. Malgré l'envie de rester cloîtrer, j'effectue tout de même ma ronde de garde habituelle depuis les hauteurs du Monastère, du moins sur les coursives encore praticables. La forêt est plutôt tranquille ce soir.
J'observe un moment le soleil se coucher au milieu des nuages à l'horizon. Le ciel se peint d'un camaïeu de rouge, orange et jaune. Il y a une époque où j'aurais su apprécier ce spectacle. Aujourd'hui, je le regarde presque avec indifférence. Je mentirai si je disais que je n'éprouve rien face à cela. J'ai simplement l'impression que c'est une autre personne qui vit le moment et que je ne suis que celle qui observe sa réaction. Je n'arrive plus à me réunir avec la Annor du passé. Celle qui savait apprécier un coucher de soleil magnifique, et bien d'autres choses...
J'attends que le dernier rayon disparaisse à l'horizon et qu'apparaissent les premières étoiles. L'air reste lourd. Il a fait bien trop chaud aujourd'hui. Je ferme les yeux un instant. Dans ma tête se dessinent l'ensemble des sorts arcaniques qui protègent le Monastère. Tout va bien. Les protections sont en place. Je peux dormir tranquille.
Je descends de la tour et rejoint le réfectoire. Comme à chaque repas, les grandes tables vides me tourmentent. Avant, il y avait des dizaines de novices qui piaillaient en engloutissant leurs repas. Je faisais partie d'elles. Je me demande parfois pourquoi je m'acharne à rester ici alors que chaque pièce ravive systématiquement ma peine. Je porte ma main à ma poitrine. L'Oeil Aveugle y est disposé dans un écrin enchanté fixé à mon armure. Nul autre que moi ne peut l'enlever.
Il est un souvenir du passé. Du monde d'avant. Tout comme moi. J'appartiens à ce tableau que le temps use. Je suis le dernier souvenir encore en vie de la sororité. J'attends simplement que le temps me prenne à mon tour. En attendant, je protège ce lieu et le joyau, en revivant pour quelques heures ma vie au monastère. Une routine bien huilée qui me garde saine d'esprit, autant qu'il est possible.
Ma main quitte le bijou et se pose sur le vieux bois de la table la plus proche. Je la laisse glisser dessus pensivement, jusqu'au bord. Sans m'arrêter, je me dirige vers les cuisines. C'est là que je mangerai ma pitance, comme d'habitude. Ce sera pommes de terre et lapin pour ce soir. Il faudra que je retourne chasser prochainement. Le verger se tient mais la viande commence à manquer.
Je mange en silence puis récupère dans ma gamelle ce qui peut m'être utile. Quelques os fins pourront servir d'aiguilles après que je les aurai taillés. Je détruis le reste par le feu avant de nettoyer mes couverts. Mes pas me conduisent presque par automatisme dans les anciens quartiers d'Akara jusqu'à la chambre que je me suis attribuée. Il fait noir mais ma vision intérieure et ma mémoire font le reste.
Je dépose les os que j'ai récoltés dans une corbeille disposée sur une vieille chaise près de la porte. Elle est pleine d'ossements de formes différentes que je sculpte pour fabriquer divers outils.
Ma chambre est austère mais relativement confortable. Le lit est rustique comme tout ce qui se trouve au monastère, mais il est bien meilleur que celui que j'avais lorsque j'étais novice. Sous l'unique fenêtre de la pièce, qui donne sur la cour intérieure, se trouve une grosse malle dans laquelle j'ai rassemblé tous les vêtements de mes sœurs qui peuvent m'aller. La vérité est que je porte presque exclusivement mon armure mais de temps à autre, je me glisse dans une robe légère quand l'envie m'en prend ou dans une tenue de travail pour cultiver la terre. Près de la cheminée éteinte est posé un grand miroir abîmé.
Je me poste devant et observe mon reflet fracturé. Du moins le peu que je peux voir dans la pénombre. Lentement, je m'extrais de mon armure. L'Oeil Aveugle se détache de l'écrin du plastron et, retenu par une chaîne d'argent, il retombe entre mes seins. A la faible lumière de la lune qui s'engouffre dans la pièce par la fenêtre, je peux voir le métal luire étrangement. Les enchantements s'appliquent aussi sur cette petite chaîne. Personne ne peut me séparer de la pierre. Je la touche du bout des doigts distraitement mais c'est mon reflet qui accapare mon attention. Les cicatrices plus exactement. Je choisis toujours une heure sombre pour affronter ce miroir car je n'aime plus me voir. Cet éclat de lune est là pour me narguer à n'en point douter. Il fait suffisamment clair pour que je distingue chaque marque sur ma peau.
Après que la Pierre Monde a été détruite, j'ai tellement combattu pour oublier ma peine, et avec tant de haine, que j'ai oublié que je devais survivre à ces affrontements. J'ai laissé les démons me marquer au fer rouge, bataille après bataille.
Je croise mon regard glacé. Je me fais presque peur moi-même. Suis-je encore seulement humaine? La lune décide de m'accorder un répit, lorsque son éclat est voilé par un nuage. Je romps le contact visuel avec mon reflet et me couche telle quelle sur le lit. Il fait bien trop chaud pour porter quoique ce soit de toute façon. Je fixe un moment les poutres du plafond avant de fermer les yeux. Je me laisse emporter dans un sommeil que je sais d'avance agité. Comme chaque nuit depuis des années, je cauchemarderai.
Dernier chapitre avant Noël.
Je devrai pouvoir poster le suivant, mais je ne serai pas chez moi dimanche donc c'est pas sûr. S'il n'arrive pas dimanche, il faudra attendre mercredi prochain.
Joyeuses fêtes. Prenez soin de vous.
