Episode 20 : Difficult choices
Par Myfanwi
« Bougez plus ! Ne bougez plus ! S'il y en a un qui bouge, on lui troue la peau ! »
Derrière une barricade de chaises et de tables renversées, des militaires sur la défensive pointaient les survivants de leurs armes, nerveux. Derrière eux, la grille se refermait. Ils étaient pris au piège et n'avaient pas vraiment le choix d'obtempérer s'ils ne voulaient pas terminer avec une balle dans le crâne. Les mains levées, ils tournèrent un regard insistant vers les frères Rivière qui firent un pas en avant.
« Ne tirez pas ! s'exclama Anthony. Nous sommes les Rivière ! On… On est les Rivière. On a du matériel de première urgence, on a des prélèvements. Nous devons rejoindre l'Arche et c'est grâce à ces personnes que nous sommes ici.
— Je n'ai pas confiance, répondit le militaire qui leur faisait face. Rien ne me dit que l'un de vous n'est pas infecté. Vous allez passer un par un et nous allons vérifier la moindre partie de votre peau pour voir si l'un d'entre vous n'a pas été mordu. Mais avant ça, faites-nous passer vos armes ! »
John Cena haussa les épaules et jeta sa batte à terre de manière nonchalante. Malheureusement, tout le monde n'était pas disposé à en faire de même.
« Non ! cria Gloria. Hors de question ! Je garde mon fusil ! Il est très rare et j'y tiens !
— Vous pas faire attention, intervint Igor. La Mamie être sénile. Si vous prendre son arme, vous avoir problème.
— Vous faites ce que vous voulez, mais vous nous donnez vos armes ou vous ne passez pas, répéta le militaire d'une voix ferme et sans appel. »
Igor soupira. Il se tourna vers la vieille femme, qui le regarda de travers et recula d'un pas. Tous les deux savaient ce qui allait se produire. Sans délicatesse, le russe saisit le fusil de la vieille dame et le leva jusqu'à ce que les bras de la pauvre ne puisse plus l'atteindre. Elle eut beau l'insulter et lui frapper le torse, le russe tendit l'arme au militaire qui patientait à côté de lui.
« J'ai intérêt à le récupérer intact ! hurla-t-elle au militaire. J'ai compté les munitions, attention ! »
Les survivants passèrent les uns après les autres au poste de contrôle. Les frères Rivière d'abord, puis la femme enceinte, Nathanaëlle, Antonio, Gloria, Igor et enfin John Cena. Lorsque ce dernier se présenta, l'inspecteur fronça les sourcils. Le catcheur avait été griffé quelques heures plus tôt et malheureusement, même ses muscles saillants ne pouvaient l'immuniser contre une possible transmission du virus. L'homme hésita, mais les blessures ne ressemblaient pas vraiment à une zombification et il laissa tomber l'affaire, au grand soulagement de John.
Un à un, les survivants entrèrent dans l'espace fortifiés par petits groupes. Solveig, l'homme qu'ils avaient rencontrés sur le chemin, se trouvait à part. Les autres ne parvenaient pas à entendre ce qu'il se passait, mais les mots « criminel » et « voyou » purent clairement être lus sur les lèvres de militaires.
John se retrouva lui aussi séparé des autres, collé près des rideaux verts troués d'où s'échappaient des râles inquiétants. Un militaire le rejoignit et l'escorta de l'autre côté. Il repéra vite la source du bruit. Couché sur un matelas crasseux, un homme à qu'il manquait une jambe se tordait de douleur. D'autres râles étaient perceptibles plus loin également, ceux-là beaucoup plus significatifs et inquiétants. Les zombies ne se trouvaient pas loin.
« Vous êtes maintenant en quarantaine, récita le soldat laconiquement. Vous devez rester ici jusqu'à ce qu'on décide de ce que l'on va faire de vous. »
Le géant haussa les épaules et alla se poser dans un vieux canapé qui traînait dans un coin et qui s'affaissa lorsque sa pile de muscles s'enfonça dedans.
À l'extérieur, les militaires terminèrent de faire passer les survivants en inspectant Antonio, toujours habillé dans son costume de Ryu. Ils levèrent un sourcil interrogatif, mais il ne s'en offusqua pas. Ils ne pouvaient pas comprendre à quel point faire du cosplay coûtait cher. Quitte à porter des habits, il avait choisi de garder ceux-là, pour lesquels il avait effectivement de l'affection, plutôt que les loques que portaient ses camarades.
Les nouveaux venus furent ensuite guidés vers un petit salon composé de deux fauteuils. Gloria put enfin soulager ses jambes fatiguées, de même que Scarrein, plus jeune mais tout de même assez âgé. Les autres restèrent debout. Un homme s'approcha et leur offrit un sourire plutôt chaleureux qui discordait avec l'air fermé des autres hommes présents.
« Bonjour. Je m'appelle Léonard et je suis ici dans la même merde que vous, sauf que vous, vous détenez apparemment des choses importantes de ce que j'ai compris. Messieurs Rivière, vous auriez des prélèvements sanguins, c'est bien ça ? Et il faudrait que nous vous emmenions donc à la Nouvelle Arche. »
Les deux scientifiques hochèrent la tête. L'homme sourit, satisfait.
« Bien, j'ai quelques questions à vous poser pour commencer. Même si vous ne semblez pas infecté, ce qui est plutôt une bonne chose si vous voulez rester en vie, nous préférons savoir à qui nous avons affaire. Notre travail, c'est de conduire des gens vers la Nouvelle Arche. Vous vous trouvez pour l'instant dans le Purgatoire, un endroit où l'on décide si vous pouvez y aller… Ou non. Je vous conseille de ce fait de répondre sincèrement à mes questions. Bien, première question. Comment avez-vous fait pour venir ici ?
— À pieds, répondit Igor dans un haussement d'épaules.
— Moi, j'ai été accompagnée de ces jeunes hommes derrière, intervint Gloria, en montrant les frère Rivière de la tête. Très sympathiques garçons. Après, toute l'histoire des prélèvements, des valises et tout ça, je n'ai pas très bien compris. Moi je les ai escortés à l'Arche parce que j'avais besoin d'un bon repas chaud. J'avais besoin d'une bonne soupe. D'ailleurs, est-ce que vous avez à manger ici ?
— On a tout ce qu'il…
— Parce que vous comprenez, s'énerva-t-elle brutalement. Moi, j'ai faim, et ça fait longtemps qu'on marche !
— Madame…
— Et il y a des zombies partout !
— Madame, s'il vous plaît…
— Et on a pris une voiture qui n'était pas confortable, et en plus c'était une de ces marques… C'était une Fiat, je crois, elle m'a donné mal au dos. J'étais derrière, j'étais bloquée. On m'a pris mon fusil en plus qui appartenait à mon mari. »
L'homme resta un moment à la regarder, les mains sous le menton. La vieille femme continua son monologue pendant encore plusieurs minutes avant de se taire lorsqu'Igor lui lança un regard menaçant.
« Est-ce que vous avez fini ? demanda Léonard. J'ai tout noté, je vous l'assure.
— Oui ? Oui, qu'est-ce que je disais… Mon fusil, où est-il ?
— Il est en lieu sûr, vous le récupérerez lorsque nous serons certains que vous êtes des personnes de confiance.
— Il y a une gravure dessus. C'est le nom de mon mari sous la crosse. C'est comme Andy dans Toy Story, vous savez ? C'est un vieux film.
— Ça ira au niveau des informations, madame, répliqua-t-il de plus en plus agacé. J'aimerais maintenant que vos contributions cessent d'interférer avec la tension ambiante, merci ! »
Gloria croisa les bras sur sa poitrine, vexée, et bougonna dans sa barbe, hostile. L'homme souffla, rassuré de voir qu'elle ne relançait pas le débat, puis reprit son sérieux.
« Bien. Est-ce que vous avez des ennemis ? Une famille ? C'est pour les registres, on ne sait jamais. Le russe par exemple ?
— Moi toutes vos histoires d'Arche et tout ça je m'en fiche. Moi vous me donnez voiture et je veux rentrer en Russie. Moi ça ne m'intéresse pas d'aller dans Arche, vaccins, tout ça. M'en fiche.
— Nous pouvons vous fournir cela si vous voulez, une voiture pour repartir. Mais ça ne se fera pas sans quelque chose en retour, vous comprendrez bien. Vous pourriez en trouver à l'Arche également. C'est bon ? Maintenant, est-ce que quelqu'un a des ennemis à noter, s'il vous plaît ? Madame ? À votre âge, vous n'avez pas d'ennemi, pas vrai ?
— Boarf, un peu tout le monde, répondit Gloria, qui avait déjà oublié la dispute précédente. Tout le monde me veut du mal à chaque fois. Il y a juste moi et le fusil de mon mari. J'ai besoin de personne d'autre.
— Très bien, abrégea Léonard. Qu'est-ce qui vous motive donc ? Vous avez un objectif, si j'ai bien compris ? Pour le russe, c'est retourner dans son pays à ce que je vois. Vous avez de la famille qui vous y attend ?
— Ya.
— Les autres ? »
Les survivants se regardèrent les uns les autres. Antonio haussa les épaules et prit la parole.
« Survivre ? Faire du mieux qu'on peut le temps qu'il le faudra et avec ce qui nous reste.
— Ne vous inquiétez pas, nous allons prendre soin de vous. Eh bien, sachez qu'il y a actuellement des choses qui se passent dans la région, jusqu'à la côte. Il y a des communautés survivantes qui préparent quelque chose, on ne sait pas trop quoi, donc je vous conseille de rester à l'abri et de rester groupés. Nous allons vous mettre à l'abri le temps de votre transfert. Nous vous conseillons d'éviter de vous montrer violent, gardez vos mains dans vos poches, car les militaires ici sont plutôt tendus et sur la défensive. La confiance est un luxe ces jours-ci.
— Oui, d'ailleurs, en parlant de confiance, reprit Gloria. Il y a notre ami Erton Cena que vous avez embarqué derrière.
— John, corrigea Antonio.
— Oui, peu importe. Qu'est-ce que vous êtes en train de lui faire ? On veut des réponses ! »
La voix fort du catcheur résonna à l'autre bout de l'entrepôt.
« Je vais bien ! Je lis un catalogue ! répondit-il.
— Ah d'accord ! cria Gloria en réponse. Tu me le mettras de côté si ça parle de meubles ! »
La tension retomba légèrement après cela. On apporta de la nourriture et des vêtements chauds aux survivants, et ils purent enfin reprendre quelques forces. Pendant ce temps, John se fit examiner une nouvelle fois et les médecins décidèrent qu'il ne représentait pas une menace et put rejoindre les autres. Dominique leur dit qu'ils allaient pouvoir reprendre la route l'après-midi même, sauf s'ils désiraient profiter de quelques jours de repos.
Igor, lui, discuta à voix basse avec Léonard. Sa décision était déjà prise. Le gérant du Purgatoire lui proposa de travailler quelques semaines ici, en échange d'une voiture, d'une arme et de munitions pour qu'il puisse retourner en Russie de manière confortable. Les deux hommes se serrèrent la main, et le Russe repartit en direction du groupe. Il restait une épreuve importante : celle des adieux.
« Alors tu nous quittes ? dit John. Bon vent, ami Russe.
— Au revoir, mon petit Igor, l'interrompit Gloria qui vint lui pincer affectueusement les joues. Tu vas me manquer. Tu es la personne la plus censée du groupe parce que tu es le seul à avoir compris que tu dois rentrer dans ton pays. Pour ça, félicitations. »
Igor ne s'en offusqua pas, d'une manière ou d'une autre. Il la laissa même lui embrasser la joue.
« Reste forte, Babouchka, répondit-il d'une voix fière. »
Les survivants se dirigèrent après ces adieux particuliers dans les sous-sols du hangar où les attendait leur nouveau véhicule, censé les amener vers la Nouvelle Arche. L'endroit était barricadé, mais des morts frappaient rageusement derrière les barrières, essayant de les atteindre avec l'énergie du désespoir. De temps à autre, l'un d'eux réussissait à passer, avant d'être immédiatement abattu par un militaire qui semblait garder les lieux.
Léonard les fit monter dans un petit bus rouge à la peinture rouillée. Il leur expliqua qu'habituellement, ils attendaient d'être plus nombreux pour faire des voyages, mais étant donné les informations que transportaient les frères Rivière et Dominique, il avait accepté pour cette fois de faire une exception. Une fois installés, la porte grillagée devant eux s'ouvrit lentement et, après un dernier signe de main à Igor, venu les saluer une dernière fois, ils s'engagèrent vers la sortie et vers la Nouvelle Arche.
Après des heures de voyage qui leur permirent de dormir quelques heures, le bus ralentit à l'approche d'une gigantesque barricade d'acier. Composée de restes de voitures et de matériel ménager, elle se trouvait là pour limiter l'afflux de morts-vivants de l'autre côté.
Le véhicule s'arrêta là. Pour poursuivre leur chemin, les aventuriers allaient devoir escalader le tas de détritus, haut de trois mètres de haut, pour pouvoir rejoindre le pont qui menait à la Nouvelle Arche, juste derrière. Mais pour ça, il allait également falloir éviter les morts, nombreux à s'acharner sur le tas de ferrailles, comme en témoignait les nombreux corps animés et inanimés qui s'entassaient aux alentours. Les militaires dératisaient la zone de temps en temps, mais comme il s'agissait d'un point de passage, les morts revenaient toujours plus nombreux à chaque fois.
Les survivants n'apprécièrent pas vraiment cette petite surprise imprévue, mais ils n'avaient pas vraiment le choix s'ils voulaient poursuivre leur objectif.
« Nous allons emprunter un passage plus ou moins sécurisé, expliqua Léonard. Restez près de moi, et s'il vous plaît, sans offense, surveillez-la, dit-il aux membres du groupe en pointant Gloria de la tête.
— Oui, c'est vrai, approuva Gloria qui n'avait rien compris. Ces femmes enceintes là, elles sont toujours à se plaindre. »
Pendant que le groupe se mettait en route, John repéra sur un bâtiment à l'écart des haut-parleurs, reliés à une installation électrique indépendante. Avec Anthony Rivière, ils décidèrent d'aller y faire un tour pour voir s'ils ne pouvaient pas déloger les quelques morts qui bloquaient leur chemin en les attirant pas là. Après une série de manipulations complexes, le scientifique parvint à produire un vrombissement fort qui attira l'attention de tous les morts aux alentours. John et Anthony ne restèrent pas dans les parages et cavalèrent en direction des autres, qui avaient déjà pris de l'avance, pour les rejoindre au plus vite. De nouveau réuni, le groupe escalada rapidement une grosse citerne et poursuivit son chemin sans un regard en arrière.
Le groupe passa sans dégâts, à l'exception de Gloria qui, divertit par une odeur de compote, glissa brutalement. Par chance, Antonio et John se trouvaient juste à côté d'elle et la réceptionnèrent par réflexe.
Une fois revenus sur la terre ferme, le groupe reprit la route vers la Nouvelle Arche, située à une dizaine de kilomètres. Comme à leur habitude, Antonio et John Cena prirent la tête du groupe. Léonard resta lui à l'arrière pour pousser gentiment Gloria et l'encourager à avancer plus rapidement.
Ils ne tardèrent pas à arriver sur le pont décrit par Léonard quelques temps plus tôt. Il leur expliqua qu'à mi-chemin, il leur faudrait emprunter un chemin pour descendre et poursuive vers leur objectif. En contrebas, des paquets de morts erraient et se battaient sans se soucier d'eux. Pour le moment. Ils se glissèrent entre les nombreux véhicules qui jonchaient la voie sans bruit.
Alors qu'ils arrivaient à mi-chemin, une détonation retentit devant eux, les faisant tous sursauter. Un des militaires qui les accompagnaient s'écroula soudainement. Au même moment, deux silhouettes en tenue jaune, les mêmes que ceux rencontrés précédemment, devinrent visibles au-dessus de deux voitures, plus loin. Antonio fit signe à ceux qui le suivaient de se mettre à couvert. Paniqués, les autres membres du groupe obéirent et se collèrent contre le gros camion qu'ils longeaient.
« C'est fini pour toi, Léonard ! hurla un des hommes. Tu n'atteindras jamais la Nouvelle Arche. Par contre, nous, on propose des alternatives pour les survivants qui t'accompagne. Rejoignez-nous ! On vous proposera sans doute mieux !
— On a besoin de rien ! cria Gloria. J'ai déjà une mutuelle ! »
Anthony la força à s'abaisser de nouveau derrière le camion. Antonio se retourna pour voir où en étaient les autres. Nathanaëlle se trouvait juste derrière lui avec John, les autres se trouvaient plus loin. En revanche, il n'y avait aucune trace de Dominique. La femme enceinte semblait s'être volatilisée. Il regarda sous le camion, juste à temps pour l'apercevoir foncer vers une autre voiture, plus loin, la valise toujours dans les mains.
« Comment est-ce que vous saviez pour le passage ? demanda Léonard aux assaillants, légèrement paniqué.
— On a juste eu à suivre les traces laissées, répondit-il en regardant en direction de la femme enceinte.
— Il va falloir tenir la position et se défendre, dit-il aux autres. »
Alors que Dominique poursuivait sa route, les survivants sortirent leurs armes.
« Rejoignez-nous ! menaça l'homme une nouvelle fois. Nous sommes votre alternative. Laissez-nous Léonard. Ou plutôt donnez-le nous. On ne lui fera rien, on a encore quelques questions à lui poser au sujet de l'Arche.
— Sinon, on fait semblant qu'on vous donne à eux, proposa John en chuchotant.
— Mais vous êtes militaires, prenez-les à revers ! s'exclama Léonard.
— On est sur un pont ! »
Après une brève discussion, les survivants décidèrent qu'il était plus prudent de se retirer. Mais comment y arriver sans risquer une balle perdue ? Leur vie était plus que jamais en danger.
