Episode 21 : Special attack
Par Myfanwi
Blaze Fielding faisait partie de ces chanceuses qui parvenaient toujours à se tirer des situations les plus critiques. Cette horde de zombies à laquelle elle venait d'échapper dans la horde la plus proche, par exemple. Isolée dans un abri de fortune encerclé de barricades tranchantes, elle avait rapidement repéré les voix et les coups de feu qui retentissaient non loin de là. Curieuse, mais aussi soucieuse d'assurer ses arrières, elle décida de mettre le nez dehors pour évaluer la situation.
Autour de son habitation provisoire, les morts s'agitaient anormalement. Tous avaient la tête levée vers l'énorme pont qui la surplombait. Blaze y repéra d'autres zombies, là encore bien excités, ainsi que quelques ombres qui bougeaient différemment et qu'elle identifia comme d'autres personnes. Ils faisaient face à d'autres humains en combinaison jaune. Ceux-là, elle en avait entendu parler : les Maraudeurs. Et le peu qu'elle avait entendu avait suffi à la décourager de s'en approcher.
Elle effectua une roulade gracieuse sur le sol pour aller se cacher derrière un gros rocher et avoir un meilleur point de vue de la situation. Elle ne savait pas si elle avait le courage d'intervenir, mais tout ce grabuge avait quelque chose d'excitant et elle voulait être aux premières loges pour le spectacle.
Acculés, les survivants commençaient à douter de leurs chances de réussite. L'étau se refermait sur eux. Dominique continuait d'avancer vers l'ennemi et venait de toute évidence de les trahir, les Maraudeurs les braquaient toujours de leurs armes et pour ajouter au chaos ambiant, les morts commençaient à se regrouper et à s'approcher d'un peu trop près. Les frères Rivière, désarmés, tentaient misérablement de se camoufler derrière un camion, apeurés.
Léonard se rapprocha de Scarrein, Gloria et John derrière une voiture à moitié carbonisée, légèrement paniqué.
« Écoutez, il y a un abri de survivaliste quelque part en contrebas. Il est faiblement équipé, mais ça pourrait nous sauver la vie. Une fois qu'on y sera, il suffira de se diriger vers le point de retraite. »
Il pointa un point derrière lui. John réussit à l'apercevoir : un bâtiment partiellement en ruines, barricadé de poutres en métal et de barres de fer. Mais ce n'était pas la seule chose qui s'y trouvait. Un mouvement rouge fluo attira son attention au-dessus des rochers. Il garda l'information dans un coin de sa tête. Ce n'était pas le plus urgent.
Face à la menace des morts qui progressaient, il n'y avait qu'une solution. Il souleva le cadavre du garde qui s'était pris une balle dans la tête et le jeta le plus loin possible, aux pieds de l'amas de zombies qui se jeta sur la viande fraîche avec avidité.
De l'autre côté du camion, Antonio et Nathanaëlle virent arriver eux-aussi un mort isolé. Il n'avait de toute évidence pas reçu l'invitation pour le festin que se produisait pourtant à seulement quelques mètres de lui. À cause de la menace des coups de feu, il décida de privilégier la fuite plutôt que de dévoiler sa position. Il fit signe à la jeune femme de reculer et ils longèrent le camion en rebroussant chemin dans l'optique de rejoindre les autres de l'autre côté.
« Rejoignez-nous ! cria une nouvelle fois un des Maraudeurs. Rejoignez-nous, n'allez pas dans l'Arche ! Vous croyez vraiment qu'ils sont la solution ? Nous avons la solution.
— C'est très intéressant ce que vous nous dites, mais si vous pouviez arrêter de nous tirer dessus cinq secondes ou développer votre propos, c'est bien aussi, répondit John Cena, excédé.
— Qu'est-ce qu'il a dit ? demanda Gloria. J'ai pas compris. Il parle de l'Arche de Noé ? Mais on n'est pas des animaux ? On n'est pas des animaux ! cria-t-elle à leurs assaillants en secouant le point rageusement. Il ne faut pas nous traiter comme des bestioles ! »
John soupira lourdement, mais préféra ne pas la reprendre. Il avait bien compris que ça ne servait pas à grand-chose depuis le temps.
« L'Arche fait des expériences ! répliqua le Maraudeur. Vous croyez que vous allez être sauvés ? Oh non ! C'est nous, l'espèce humaine ! Leur solution, c'est du vent. Ce ne sont que des scientifiques, c'est ça votre nouveau monde ? Finir comme cobayes, comme outils ? Nous, nous l'avons compris. »
Il retira un de ses gants. Dessous, sa peau avait une teinte verdâtre, malade, comme une forme de zombification.
« Rejoignez-nous ! Nous sommes la prochaine évolution ! Eux, ils veulent contrôler l'espèce humaine. Que croyez-vous qu'ils faisaient sur l'Île ? Que croyez-vous qu'ils faisaient avec tous ces survivants ? Vous imaginez vraiment qu'ils vont vous laisser faire ce que vous voulez une fois là-bas ? Nous sommes libres. Et si vous venez avec nous, vous aurez les réponses à toutes les questions que vous vous posez. Nous recherchons tous un remède, mais la vérité, c'est que l'Arche n'a aucune solution à vous proposer. Ils ne font que propager des variantes de cette épidémie, c'est à cause d'eux si tout ça a évolué. C'est en expérimentant encore et encore. Est-ce qu'ils vous ont parlé des containers ? Est-ce qu'ils vous ont parlé de tous ces morts qu'ils ont trimballé dans ces navires en direction de l'Île ? Est-ce qu'ils vous ont dit pourquoi est-ce qu'ils faisaient tout ça ? »
John et Gloria tournèrent la tête vers Léonard. Le militaire avait la tête levée au ciel et semblait compter les nuages, une goutte de sueur au coin du front. Néanmoins, les graines du doute venaient d'être semées parmi les survivants. Antonio, notamment, passa de nouveau en revue la confiance qu'il accordait à l'Arche. Étrangement, après ces révélations, elle n'avait plus exactement le même attrait. John était lui aussi suspicieux, mais il n'avait pas non plus confiance envers les paroles du Maraudeur. Même si leurs intentions semblaient bonnes, cette idée de zombification volontaire et contrôlée le dérangeait.
« C'est bien sympa tout ça, lança Antonio. Mais si vous voulez négocier, les zombies et tout ça, c'est pas top.
— Nous n'allons pas passer quatre ans à négocier.
— Oui, mais les zombies ?
— Livrez-nous Léonard et les sbires de l'Arche, les frères Rivière ! »
John leva les yeux au ciel. Et ils étaient revenus au point de départ ! Il passa la tête en dehors de la voiture. Dominique continuait de progresser.
« Eh ! Tu pourrais au moins nous dire pourquoi tu leur donne la mallette, Dominique ! cria-t-il. Si tu veux nous trahir, c'est la moindre des choses !
— J'ai vu ce qu'ils étaient capables de faire, répondit-elle d'une voix tremblante. Dans l'Arche. J'ai vu les navires qui transportaient les morts-vivants, j'ai vu ce qu'ils ont tenté d'enterrer au bord de la plage. J'ai vu tout ça. Ils ne veulent que contrôler l'épidémie pour faire pire encore, j'en suis sûre. Les Maraudeurs, eux au moins, ils essaient de garantir notre liberté en tant qu'êtres humains. Même si ça doit coûter cher. Je veux un monde libre pour mon enfant, je ne veux pas d'un monde contrôlé par des scientifiques complètement tarés ! »
Le catcheur, fatigué par tous ces bavardages inutiles, sauta sur le capot de la voiture qui s'affaissa sous son poids dans une plainte métallique.
« Écoute-moi ! J'ai rejoint les Marines pour une bonne raison : défendre l'esprit libre des États-Unis et de tous Américains à bord, certes ! Mais vous tous ? Vous sonnez comme des méchants d'Inspecteur Gadget en train de caresser des chats zombies, et j'en ai rien à carrer de vos conneries de zombifications ! S'il y a une chose que j'ai à dire, c'est que John Cena n'abandonnera pas une femme enceinte ! »
Et sans prévenir, sous le regard totalement ahuri de ses camarades, il chargea en direction de la femme enceinte et des Maraudeurs. Ils mirent du temps à comprendre qu'il ne chargeait pas pour les attaquer, mais pour les rejoindre.
« Euh… Tu es sûr de toi, John ? appela Antonio.
— Tu as de l'honneur ou tu es un homme ? Il y a une femme enceinte ! »
John s'arrêta à mi-parcours, et réalisa qu'il avait oublié Léonard. Il se retourna et chargea dans l'autre sens. Le militaire, sentant le vent tourner, dégaina son arme et la braqua dans sa direction. Au même moment, Antonio surgit de sous le camion et lui saisit les pieds. Dans la panique, Léonard tira et le toucha à l'épaule.
Un zombie arriva derrière Gloria mais, considérant qu'elle était à moitié-morte et donc peu nutritive l'escalada pour se jeter dans l'étrange mêlée en cours derrière elle. Il se jeta dans le dos de John, avec la ferme attention d'en découdre. Mais Gloria, dans la panique, tira à son tour. La boîte crânienne du mort explosa et il retomba aussi sec au sol, alors qu'elle agitait les jambes au sol pour essayer de se redresser. Le bruit fit relever la tête de tous les zombies, jusque-là concentrés sur leur repas.
À quelques mètres de là, Blaze regardait la scène avec un mélange d'amusement et d'inquiétude. À n'en point douter, le spectacle était très divertissant. Il y avait ce géant qui venait de tenter de faire une prise de catch à cet autre homme qui lui avait tiré dessus, pendant qu'une dame âgée explosait un zombie en plein vol. Ces personnes avaient l'air véritablement incroyables.
Elle aurait bien voulu se joindre à la fête, mais malheureusement, elle ne possédait pas d'arme à distance, si ce n'était sa fidèle batte de baseball qu'elle jetait de temps à autre au visage de ses ennemis. Malheureusement, le pont était trop haut, même pour elle.
Alors elle s'agenouilla, et pria pour que quelque chose se passe et sauve ces pauvres âmes. Et c'est alors qu'un de ses amis, dans l'abri, sortit avec un bazooka chargé.
Le cri d'Anthony Rivière fit sursauter les survivants. Un Maraudeur venait de les prendre à revers et saisit le scientifique au lasso. Désespéré, le pauvre homme rua de toutes ses forces, terrifié. Cependant, le groupe n'eut pas vraiment eu le temps de réagir. Quelque chose traversa la voiture derrière eux, le groupe de zombie, et retomba de l'autre côté du pont dans une grande explosion qui ébranla la construction, laissant dans sa suite un début d'incendie qui s'embrasa en quelques secondes, avalant les morts dans ses flammes.
Le pont trembla violemment sous les pieds des survivants. Les Maraudeurs eux aussi reculèrent, comprenant que quelque chose de grave était en train de se produire. Et puis, d'un seul coup, le sol s'effondra sous les pieds du groupe et ils chutèrent dans le vide dans un concert de cris et de hurlements de panique.
Sans comprendre ce qui leurs arrivèrent, les survivants glissèrent dans les morceaux de débris avant d'atterrir dans l'herbe, heureusement sans trop de dommages. En tout cas pour John et Antonio. Gloria effectua un roulé-boulé bien moins gracieux et atterrit malgré tout en bas sans trop de problèmes, simplement un peu sonnée et blessée, mais sans gravité par un miracle quelconque.
Nathanaëlle réussit elle à glisser le long de la barre de sécurité et les rejoignit sur ses deux pieds, secouée mais en pleine forme. Et puis une voiture lui tomba sur le crâne, lui brisant la nuque sans que personne ne le remarque. Une fin de vie oubliable pour un personnage tout aussi oubliable.
Une jeune femme arriva en courant vers eux, alors que les morts tombaient du ciel avec une partie des voitures du pont.
« Bougez-vous ! cria-t-elle. Il ne faut pas rester là, vite ! Ça va arriver de tous les côtés ! »
En effet, les zombies commençaient déjà à s'agiter dans les alentours, excités par le bruit et l'éboulement toujours en cours. La jeune femme partit en avant, tirant le bras de John derrière elle pour lancer le mouvement. Antonio récupéra Gloria, tant bien que mal, et ils avancèrent en direction de l'abri de survivaliste, situé cent mètres à peine plus loin. Ils escaladèrent la barricade sous les conseils de l'inconnue, qui leur indiqua s'appeler Blaze entre temps. Antonio porta Gloria tout le long de la montée, et passa de l'autre côté sans problème, rapidement suivi par John. De manière assez surprenante, la femme qui devait les guidait glissa sur la fin. Le catcheur, dans sa grande bonté, l'attrapa au vol et la projeta en arrière derrière la barricade. Surprise, elle réussit à se réceptionner grâce à une roulade, non sans trembler un peu des bras et des jambes lorsqu'elle réalise ce qui aurait pu arriver si elle était tombée sur la tête.
Les morts se fracassèrent contre les morceaux de métal dans un concert de râles et de hurlements. Les survivants ne s'attardèrent pas. Ils contournèrent une terrasse en béton et suivirent Blaze jusqu'à l'abri. Ils descendirent les marches qui menaient à un bunker souterrain qui avait été aménagé dans ce but. Blaze ferma la porte derrière eux, étouffant les cris des morts qui s'acharnaient à essayer de rentrer dans l'espace sécurisé.
« Vous allez bien ? Tout va bien ? demanda la jeune femme, une fois certaine que tout le monde soit en sécurité. »
Pour toute réponse, John regarda tristement le trou dans son épaule qui saignait abondamment. Maintenant que la tension retombait, il réalisait peu à peu qu'il allait falloir arranger cela.
« Je ne sais pas si on doit vraiment vous dire merci, grogna Antonio. Mais après ça, je pense qu'on peut vous faire confiance. J'aime bien votre bandeau rouge.
— Vous me rappelez ma belle-fille alors que j'ai jamais eu d'enfant, commenta Gloria. C'est dire. »
Blaze sourit et prit la tête du groupe.
« Allez, venez. Ne vous inquiétez pas, je connais le groupe qui habite ici, vous êtes en sécurité. »
Alors qu'ils avançaient, une femme leur bloqua la route. La peau ébène, les cheveux noirs tressés et une arme blanche à la main, elle leur adressa un regard méfiant.
« C'est qui ? demanda-t-elle d'une voix peu amène.
— Oh mon dieu ! s'extasia une voix derrière eux, enfantine. Regarde, Janet ! C'est John Cena ! »
Une petite fille courut vers le catcheur et lui adressa un grand sourire, ravie.
