Episode 22 : Stuck in the middle

Par Juliabakura

Ils firent face à une jeune inconnue qui semblait sûre d'elle. Elle répéta de sa petite voix fluette sa question.

« Vous êtes le vrai John Cena ? »

L'appelé continuait de pisser le sang, à cause d'une balle reçue plus tôt. Il posa ses mains des deux côtés de la plaie et essaya de maintenir son allure charismatique malgré les grimaces. Derrière la jeune fille, une autre femme les dévisageait avec suspicion. Elle tenait dans sa main une sorte d'arme blanche, semblable à une épée, tout en restant sur ses gardes, bien qu'elle ait légèrement baissé l'arme. Derrière le catcheur, Blaze portait toujours sa batte de baseball, Gloria maintenait toujours un peu tout le monde en joue avec son fusil, ce qui la rendait nerveuse. Antonio attendait la réaction de John Cena, car il venait tout juste arriver, bien qu'il trouvât que la nouvelle survivante avait grave la classe, malgré ses cheveux raccourcis. La femme devait s'être adaptée à son train de vie sur les routes. Peut-être qu'en discutant un peu plus, il comprendrait la raison de cette drôle d'impression.

John Cena s'approcha de la petite fille en clamant :

« Évidemment, je suis le vrai John Cena. J'ai survécu ! Ha, ha, ha ! Et félicitations à toi aussi… »

Il eut un petit moment de pause avant de tourner son regard vers les autres.

« Euh… Est-ce que quelqu'un peut leur expliquer ce qu'il vient de se passer ? Parce que je suis légèrement en train de me vider de mon sang, brave gens, et j'ai besoin d'un pansement. »

Tout en disant ces mots, il vacilla, non loin de s'écrouler sur le sol. Blaze se tourna vers la femme, mais avant qu'elle ne puisse parler, Antonio lui coupa la parole.

« Qu'est-ce que l'on fait ici ? Où est-ce qu'on est ? Et vous êtes qui ?

— Je m'appelle Janet. »

Ce qui ne surprit pas Blaze qui avait sûrement le super-pouvoir de deviner le nom des gens, de faire apparaître des missiles, des bazookas, pensa Antonio. Avant de se rappeler que Blaze venait sûrement de ce groupe, puisqu'elle sortait de cette pièce. Comme pour lui confirmer son intuition, Blaze prit la parole pour rassurer la femme en face d'elle.

« Je viens de sortir d'ici, il y a quelques minutes. J'ai trouvé des gens à l'extérieur. Ils étaient en train de se faire attaquer par les membres de…

— Tu es sortie tout à l'heure. J'ai entendu du grabuge et des explosions. Qu'est-ce que c'était ? C'était toi ça ? »

Blaze leva les yeux au ciel un petit instant. Après un moment de silence, elle reprit.

« Techniquement, non… Mais…J'ai un ange gardien et il a apparemment un bazooka. »

Janet soupira, Blaze allait sûrement raconter sa fameuse histoire, mais elle n'en eut pas le temps. L'américaine l'interrompit, visiblement en colère.

« MAIS T'ES DINGUE ! râla Janet. Et qu'est-ce qu'il est devenu ?

— Qui ? demanda Blaze, perdue.

— Bah, ton pote qui a fait ça ! Il est complètement taré !

— Je ne sais pas. Il apparaît et disparaît.

— Je ne sais même pas ce que je fais avec toi. »

Blaze ne relâcha pas son sourire, alors que Janet continuait de pester.

« Vivement que je… Je… Est-ce qu'ils sont sûrs, eux ?

— Je ne sais pas s'ils sont sûrs, mais ils étaient en train de se faire attaquer par des membres en tenue qui venait probablement de… ce groupe dont j'ai oublié le nom. — — Des maraudeurs, appuya Antonio.

— Voilà ! Eux !

— Ok. C'est vraiment le bordel, grogna Janet. »

Gloria sentit qu'il y avait beaucoup de perte de mémoire dans le bâtiment. Peut-être à cause de l'amiante ? John Cena répliqua du mieux qu'il le pouvait.

« On faisait partie des survivants… »

Mais il ne put pas entièrement finir sa phrase qu'il sentit le sang couler de plus belle, malgré les garrots qu'il essayait de maintenir.

« Un pansement ! Quelqu'un ! Peut-être ? s'étrangla-t-il subitement, coupant court le début de son histoire.

— Il faut que l'on soigne notre ami. On pourra discuter autant que vous voulez après. Mais là, c'est la priorité s'il vous plaît, proposa Antonio.

— Je peux vous aider, répondit une voix sombre. »

Blaze tourna son regard vers Janet en pensant que c'était elle qui modulait sa voix, avant de voir dans les décombres d'un mur un homme mystérieux, tout habillé de cuir noir qui ressemblait vaguement à un costume de chauve-souris. À côté de lui, un autre voyageur se tenait immobile.

« C'est Batman ? souffla John surpris.

— Oui, c'est Batman, acquiesça Blaze, comme s'il s'agissait de quelque chose de parfaitement normal. »

Gloria avait envie de partir, car finalement, le danger ne provenait-il pas de ce lieu, qui ressemblait de plus en plus à un asile de fou ? Antonio sourit. Peut-être qu'il n'était pas le dernier cosplayeur qui existait après tout ?

« Elle est bien votre batcave. Elle est pas mal, répliqua Gloria, moqueuse. Il est où Alfred ? On peut avoir à manger ? »

Un étrange décalage était perceptible. De lui s'échappait une sorte d'aura extrêmement sérieuse, mais les survivants étaient tous figés, abasourdis par cette apparition d'un autre temps qui prenait son jeu d'acteur au premier degré. Même Antonio se trouva extrêmement normal à ce moment-là. Seul John Cena ne semblait pas s'en offusquer. Il était catcheur. Il en avait vu d'autres des mecs en slip capables de faire des roulades ou des prises de catch à des vieilles ou à des nains. Et éventuellement, il se vidait de son sang. Donc tout cela, il n'en avait rien à faire.

Blaze s'approcha également en faisant les présentations, surréalistes.

« Batman. Ryu. John Cena…

— Est-ce que vous avez des bat-médicaments dans votre bat-ceinture ? réclama Gloria.

— Oui, répondit Batman sans ciller.

— Des bat-pansements aussi ? continua-t-elle, intéressée.

— C'est pour une blessure par balle, enchérit John Cena, afin de prévenir les autres que ce n'était pas une morsure.

— Je vais m'occuper de vous, ajouta Batman.

— Au point où j'en suis…»

John Cena se laissa faire, tandis que Gloria continua d'embêter le super-héros en demandant :

« Vous ne voulez pas une pastille à la menthe ? Parce que vous avez une voix un peu rocailleuse. Vous avez dû vous choper un coup de froid, c'est sûr. »

Le voyageur qui était aux côtés de Batman, un homme un peu bourru, type un peu biker, s'approcha. Antonio s'attendait presque à ce que ce dernier déclare : « Je suis Aquaman ! » avec un accent du sud. Il resta un peu à distance face au mec qui venait de se présenter sous le nom de Batman.

« Ouais, ouais. Occupez-vous de John Cena. Je suis Joseph, se présenta-t-il aux nouveaux venus. Il va falloir qu'on sorte d'ici, pas tout de suite, car il y a du grabuge en haut de ce que j'ai pu comprendre. Vous avez fermé derrière vous ? J'espère. »

Un long silence pesa. Joseph répéta sa question :

« Vous avez fermé derrière vous ?

— Non, répondit Blaze en haussant les épaules.

— Nous n'avons fait que fuir. C'est Blaze qui nous a montré le chemin, enchérit Antonio.

— Alors, j'ai dû la fermer, reprit Blaze, avant de voir Antonio partir vers cette dernière, par sécurité vérifier qu'elle était bien close. »

Une fois certains d'être en sécurité, le groupe se dirigea vers un coin isolé avec des cartons, afin de se reposer un peu et de requérir quelques explications sur la situation.

« Bon, pour résumé, entonna John Cena pendant que Batman s'occupait de lui, d'un côté, on a des scientifiques ultra-militarisés, complètement fous, qui font des expériences sur le peu de survivants qui restent, en leur implantant des fœtus zombies ou en faisant des prélèvements que je n'ai pas bien compris, dans le but de les faire vivre dans un gouvernement fasciste qui ne veut absolument rien dire et qui n'assure même pas leur survie. Et de l'autre côté, on a un groupe de maraudeurs qui sont des illuminés et qui pensent que s'injecter des cellules de zombies dans les yeux, ça fait d'eux des meilleurs hommes. Bon. Perso, j'ai une hygiène de vie depuis que je fais du catch. Et être zombie, ce n'est pas forcément la meilleure hygiène de vie qui soit. Alors est-ce que l'on a une troisième catégorie, ou une troisième possibilité où on ne termine pas fou en fait ? Ou genre, on va quelque part et on survit ? Genre, on plante des choux, on mange…

— Oui et non, reprit Janet.

— On peut ouvrir un cirque, vu qu'on a Ryu et Batman, proposa Blaze.

— Oui et non, reprit Janet plus sèchement pour la faire taire. Planter des choux, ça risque d'être compliqué dans la région. Il y a un stade à une plâtrée de kilomètres vers le nord. Derrière, il y a une gare. Un ami nous y attend, il nous a préparé…

— Vous avez confiance en ce gars ? demanda Blaze.

— Il s'appelle John, reprit Janet.

— C'est un bon nom ça ! s'exclama le Catcheur.

— C'est un très bon conducteur, s'impatienta la femme. Je l'ai déjà vu faire des choses incroyables avec un camion, une barque… Bref, des choses incroyables. Et vous pouvez avoir confiance en lui. Sans aucun problème. Moi, j'ai un truc à terminer dans la région. Blaze ! »

Janet s'avança vers cette dernière, contournant de manière gênante Batman, elle posa sa main sur l'épaule de la femme.

« Blaze. Je te confie ce qu'il y a de plus précieux pour moi.

— Ton canif ? sourit Blaze.

— Lily-Rose, dit en même temps Janet.

— Ah… reprit Blaze en regardant de côté.

— Et mon canif, soupira la survivante. Je te confie Lily-Rose. Allez là-bas, en lieu sûr. Enfin en lieu sûr… Prenez le wagon. Quittez cette région de malheur, ça va probablement péter. Et dernière chose ! Qu'est-ce que vous savez sur la brume ?

— C'est mouillé, c'est froid… souffla Gloria.

— C'est de la condensation de vapeur d'eau ! s'exclama Blaze

— On ne voit pas trop à travers, continua l'ancienne.

— Qui arrive quand la fraîcheur du sol entre en contraste avec la… termina Blaze avant de voir la mine déconfite de Janet. Non ?

— C'est bien ce que je pensais… soupira la survivante. Cette brume n'est pas là par hasard.

— Là où il y a de la brume, il y a des ennuis, comprit Antonio.

— Pas que. Il se trouve que sur chaque continent, chaque communauté scientifique développe des trucs… Complètement dingues. Ils disent qu'ils veulent développer des antivirus, ils veulent développer des choses pour éradiquer l'infection… Mais ils ne font que la faire muter. Ils ne font que produire des effets secondaires. Tout ce que j'ai à dire, et j'espère que ça n'a pas été le cas jusqu'à maintenant : ne respirez pas dans cette brume. »

Janet se rend dans un autre tas de carton, un peu plus loin dans la salle. Elle en sortit des sortes de masques à gaz.

« Les rares amis… Du moins si on pouvait appeler ça des amis, avec qui j'étais. Qui sont entrés dans cette brume, sans masque, quelques jours après, ils étaient condamnés.

— Ils ont attrapé froid c'est ça ? chuchota Gloria à Antonio, qui n'avait pas tout compris.

— Ça explique pas mal de choses dans la région, continua Janet. Mais je vous dis… Lily-Rose m'a dit qu'elle s'est abritée sur une île pendant quelque temps, il y avait d'immense brumes qui l'avait investie, avant qu'il y ait une sorte d'infestation. Ça peut peut-être expliquer certaines choses. Je pense que c'est lié à des expériences menées par l'Arche et les Maraudeurs. Et si c'est bel et bien le cas, moi je n'en ai rien à foutre, il vaut mieux se barrer. Dans le nord, le stade dont je vous ai parlé, autour il y a une brume. Il faudra plutôt traverser le stade. Puis vous trouvez la gare. Et vous vous cassez. On se retrouvera sûrement plus tard. Mais Blaze. Blaze… Je compte sur toi, sur ton ami imaginaire et sur ton bazooka.

— On peut se reposer avant ? geignit Blaze. »

Batman, de son vrai nom Andy, termina de bander John pour la route. Blaze avait envie de rappeler à ses coéquipiers d'arrêter d'appeler Andy par le surnom de Batman, mais aucun n'avait envie. Après tout, il y avait des gens qui se prenaient pour des zombies à l'extérieur, alors se prendre pour Batman était moins inquiétant. Lily-rose se blottit une dernière fois dans les bras de Janet, qui s'accroupit au niveau de la jeune fille.

« Tu prends bien soin de toi. On a été séparées quelque temps, mais on se retrouvera. On se retrouve toujours. »

Janet se releva et regarda les autres.

« Ecoutez. Je vous l'ai dit : faites confiance à ceux qui n'en ont rien à foutre de l'apocalypse. C'est comme ça qu'on s'en sort. Tous les anges, tous les scientifiques, si vous pouvez les utiliser pour rester en vie plus longtemps, tant mieux. Mais évitez de croire tout ce qu'ils essaient de vous mettre en tête. Ils sont partis dans des délires, et à travers le continent, à travers les régions, ils sont tous devenus tarés. Ils imaginent que la science peut sauver le monde alors qu'ils ne font que la corrompre. J'ai vu, de mes propres yeux des gens faire embarquer des morts-vivants dans des navires, sur les côtes pour les diriger vers l'île. J'ai vu des choses complètement démentes. Le monde est devenu plus qu'apocalyptique. Le monde est devenu… On va perdre plus de temps. On en a déjà perdu assez. »

Depuis quelques heures, tous entendaient que le grabuge s'intensifiait à la surface. Tous étaient soignés, parés à partir. John Cena chercha une arme, telle qu'une batte de baseball, ou un pied de biche qu'il trouva dans un carton. Gloria chercha de la nourriture et des munitions. Elle espérait trouver un plat chaud, voire une petite soupe. Blaze proposa de rester deux jours dans la cachette afin de permettre à John de se rétablir et de pouvoir mieux se mouvoir, ainsi que de préparer tout le nécessaire à leur survie. Le temps passa, le dernier repas fut pris avant la dernière course vers la sortie, l'issue d'une nouvelle vie. Ils étaient soignés - ou presque -, reposés – ou presque – sous adrénaline déjà. Et ils se préparaient à retourner de nouveau à la surface.