Bonjour !
Voici le défi numéro 4 de l'event du forum de MHA !
Dédié à mon OT3 de toujours, Nejire/Tamaki/Mirio.
Merci à Momo pour sa bêta lecture du tonnerre!
Bonne lecture!
C'était un soir pluvieux.
Une vieille gare à l'horloge déréglée. Les panneaux lumineux clignotaient. Nejire sortait son téléphone pour regarder l'heure et le rangeait ensuite. Puis elle recommençait encore. Et encore. Et encore. Ses doigts étaient entrelacés à ceux de Tamaki qui restait immobile à côté d'elle. La tête de Nejire était pleine; pleine à craquer d'angoisses qui résonnaient au rythme de la pluie qui s'abattait sur son crâne, et plaquait ses longs cheveux à son corps. Ils attendaient depuis des heures, déjà; ils priaient depuis onze longs mois.
Onze mois, c'était long; c'était une presqu'année qu'ils avaient passée dans l'espoir d'une nouvelle, d'une preuve qu'il était en vie. Même criblé de dettes, ou amputé d'une jambe, ou peu importe les scénarios que Nejire et Tamaki s'étaient imaginés; tout ce qui comptait, c'était que Mirio revienne. Qu'il leur revienne.
Tamaki serra les doigts de sa petite amie un peu plus fort, au fur et à mesure que les secondes s'écoulaient, longues et terribles. Chaque fois que l'aiguille de l'horloge avançait, peu importe qu'elle soit à la bonne heure, c'était un coup de poignard dans leur cœur; c'était une raison de plus de laisser l'angoisse monter d'un cran. Nejire regarda de nouveau son téléphone.
Ils avaient scruté les horaires des trains avec précision, et le dernier devait arriver d'ici dix minutes. Dix minutes, c'était long; c'était affreux; c'était les dix dernières minutes d'espérance qu'il leur restait. Dix minutes avant que leur monde ne s'effondre définitivement - ou qu'au contraire, ils puissent reprendre un semblant de vie.
Nejire essaya de sourire. Parce qu'elle voulait faire bonne impression, quand Mirio sortirait du train; parce qu'elle devait y croire. Parce qu'elle devait lui faire confiance, ne serait-ce qu'en l'honneur de tout l'amour qu'elle éprouvait pour lui. Mirio reviendrait.
Neuf minutes.
C'était affreusement long. Ses doigts pâles blanchirent d'autant plus quand elle serra fort la main de Tamaki. Ce dernier regardait le sol comme il en avait l'habitude, mais en sentant la poigne de Nejire, ainsi que le début de ses tremblements, il leva la tête vers elle et tenta de sourire à son tour. Il s'approcha d'elle pour déposer un baiser sur sa joue, puis sur ses lèvres, comme pour la rassurer.
Nejire avait une envie folle de pleurer. Mais savoir qu'elle n'était pas seule, c'était une aide précieuse.
Huit minutes.
Qu'est-ce qui arriverait, s'il ne sortait pas du train ? Nejire ne pouvait pas s'empêcher d'y penser. Elle savait bien qu'elle ne devait pas douter de lui, mais c'était plus fort qu'elle. Comment entamer une reconstruction, quand l'un des êtres aimés n'est plus là ? Comment vivre, quand quelqu'un qu'on aime si profondément disparaît ? Comment vivre, quand Mirio était peut-être mort ?
Sept minutes.
Elle ne tenait plus en place. Elle balançait ses jambes, l'une après l'autre, et sautillait parfois sur place, pour faire passer l'angoisse qui rongeait ses os. Tamaki posa finalement une main sur sa tête, pour caresser son crâne et jouer avec ses mèches trempées.
"Tu boucles, avec l'humidité," dit-il, comme pour changer de sujet.
"Tu crois que ça lui plaira ?" murmura-t-elle alors, les larmes embuant désormais ses yeux.
"J'en suis sûr."
Six minutes.
Nejire était dans un état qu'elle ne pensait jamais expérimenter un jour.
Une détresse telle qu'elle n'arrivait plus à contenir les larmes qui coulaient sur ses joues. Cette peur, terrible, de ne plus jamais voir Mirio sourire; et cette envie si violente de le serrer entre ses bras, même si elle n'avait jamais réussi à faire le tour de sa taille avec ses petits membres. Cette envie de dormir entre ses deux amoureux, après cette presqu'année séparés.
Cinq minutes.
"Si je ne reviens pas d'ici onze mois, refaites votre vie, tous les deux."
Nejire se souvenait de ces mots comme s'ils avaient été prononcés la veille. Ils avaient été si douloureux à encaisser pour Tamaki et elle. Pourtant, ils avaient tenu bon, ils avaient presque eu un semblant de vie, pendant ces onze mois; à se dire sans cesse "tiens, Mirio aimerait ça" ou "C'est le plat préféré de Mirio". Parce que pour que le blond dise quelque chose d'aussi défaitiste, c'était sans doute que la mission qui l'attendait était plus que périlleuse.
Nejire savait qu'ils avaient survécu ensemble à tant de choses; mais là, ils n'étaient pas tous les trois.
Quatre minutes.
Est-ce que Mirio pouvait l'entendre, de là où il était ? Est-ce qu'il savait à quel point ils étaient en souffrance, tous les deux ? Tamaki serra à nouveau Nejire contre lui. Lui aussi tremblait.
Trois minutes.
Elle était tendue. Elle ne savait pas comment faire pour gérer l'anxiété qui la prenait et -
- Deux minutes -
qui la détruisait petit à petit et -
Une minute - ou peut-être trente secondes ou peut-être que le temps était écoulé elle n'était plus sûre, et -
et mon dieu, mon dieu - elle priait de tout son coeur toutes les déités qui pouvaient exister, elle promettait d'être la plus douce possible si jamais Mirio leur revenait et -
Deux grands bras les attrapèrent soudainement pour les serrer si fort. Si fort que Nejire eut l'impression que son corps n'était qu'une brindille. Si fort, et si réconfortant, qu'elle n'eut même pas besoin de vérifier de qui il s'agissait.
Tamaki pleurait.
Sans doute qu'elle aussi.
C'était un soir pluvieux.
Nejire les embrassa tous les deux, après une presqu'année d'attente.
Mirio était rentré.
