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Chapitre 12 – Let it be
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Hitler est mort. Il s'est tué d'une balle dans la tête.
La phrase qu'avait prononcer Nix résonnait dans ma tête. Notre ennemi s'était donner la mort alors que les troupes Alliées et russes avançaient inexorablement vers Berlin. Il avait préféré mourir plutôt que d'être fait prisonnier. Et d'un côté je le comprenais. Il aurait sans doute été torturé. Mais de l'autre cela me mettait en colère. J'aurais tant voulu qu'il paye, que ces millions de victimes obtiennent justice.
Mais si le chef était mort, son armée elle n'avait pas rendue les armes. Certains de ses généraux étaient bien décider à se battre jusqu'à leur dernier souffle s'il le fallait.
La Easy avançait en territoire allemand, et lentement on se dirigeait vers la ville de Berchtesgaden, haut lieu du parti Nazi. Chaque dignitaire y avait sa maison. Comme une ville rien qu'à eux. Un entre soin d'hommes cruels.
Le soir on dormait chez l'habitant qui nous offrait l'hospitalité de force. Nous criant parfois qu'ils n'étaient pas Nazis, qu'ils n'avaient rien à voir là-dedans. On n'en rencontrait jamais des Nazis. A croire qu'Hitler et les siens étaient les seuls du pays. Je n'en croyais pas un mot. Fusillant les gens du regard, les poussant parfois vers la porte.
Certains jours je faisais la route à bord des camions, et parfois dans la Jeep. On discutait, on passait le temps. L'atmosphère c'était détendue. Tous pensaient rentrer sain et sauf aux Etats-Unis, et un certain soulagement se lisait sur leurs traits. Même si la guerre n'était pas encore terminée, le plus dur était derrière nous, et ce n'était plus qu'une question de semaines avant que cela prenne fin.
On attendait sur cette route de montagne depuis un moment. On se dirigeait vers la ville de Berchtesgaden, ville habitée uniquement par des membres du parti Nazis. Et ils avaient décidé de ne pas nous faciliter la route vers elle.
Lieutenant Andrews, me salua le colonel Sink à bord de sa Jeep. J'ai quelque chose pour vous. Félicitations. C'est mérité.
Surprise je pris le papier qu'il me tendait et après l'avoir ouvert je compris mieux le sens des félicitations.
Major, soufflais-je. Je vais être faite major !
Major Andrews, fit Speirs avec un sourire. Le deuxième major de ta famille.
Mon dieu tu vas être intenable ! s'exclama Nix.
Tu as deux amis major Lew il va falloir t'y faire, lança Dick en souriant. Félicitations Emma. Tu le mérite plus que personne.
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Berchtesgaden, Eagle's Nest, Allemagne – 8 mai 1945.
Le nid d'aigles ressemblait davantage à une forteresse froide qu'à un endroit chaleureux.
La guerre est finie !
Cette phrase résonna dans le nid d'aigle durant plusieurs heures. De même que les cris et les rires de victoire.
Je vidais bouteille après bouteille sans m'en rendre compte. A un moment je vis Grant et sans même réfléchir à mes actes et à leurs conséquences, je l'embrassais. Puis je le trainais vers un recoin plus sombre et discret de l'édifice. Il avait bu lui aussi, moins que moi, mais il n'était pas frais non plus.
J'ai envie de toi, lui murmurais-je à l'oreille.
Maladroitement j'enlevais ma veste, puis mon haut avant de me retrouver en t-shirt. Grant se fit un plaisir de passer ses mains sous le tissu, puis sous mon soutien-gorge qu'il dégrafa sans problème.
Je passais mes mains partout sur son corps, mon esprit désinhibé par la quantité d'alcool que j'avais ingérée. Sa peau était douce et agréable. J'en frissonnais de plaisir.
Je dégrafais son pantalon, satisfaite de l'effet que je lui faisais en sentant son érection sous mes doigts. Un grognement s'échappa de sa gorge. Je ris. Il dégrafa mon propre pantalon et après l'avoir envoyé un peu plus loin, il fit de même avec son caleçon. La vue de son membre dressé fit tomber les dernières barrières encore debout. D'un geste lascif je fis descendre ma culotte le long de mes jambes, avant de lui montrer que j'étais prête.
Perchée sur un meuble de bois, j'écartais les jambes. Il avança vers moi et nous basculâmes dans l'extase. Quelques minutes d'un plaisir partagé que je n'avais plus connu depuis des lustres. Mon corps semblait se régaler. Réagissant à la moindre caresse de mon partenaire, se cabrant, s'adaptant à la présence de son sexe en moi. Exquise parenthèse.
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Le lendemain je me retrouvais, avec Nix, Harry et Dick, face à un colonel Nazi. L'armée allemande s'était rendue la vieille, mettant ainsi fin à une longue guerre en Europe. Et j'avais encore honte de ce que j'avais fait pour fêter ça. Je n'avais pas encore revu Grant mais il fallait que j'aie une conversation avec lui. Et vite.
Je me demande ce qu'il adviendra des personnes comme nous quand il n'y aura finalement plus de guerre pour nous occuper ? questionna le colonel.
Que vos hommes récoltent les armes et qu'ils les déposent à l'église, à l'école et à l'aérodrome, commanda Dick sans répondre à la question du général.
Très bien, fit le général. Prenez ça comme l'acte officiel de ma reddition, major, ajouta celui-ci en lui tendant son arme personnelle. C'est mieux que de la laisser à un gratte papier.
Lieutenant Andrews, fit Dick.
Je me saisis alors de l'arme. La fin de la guerre en Europe. Définitivement.
Peu après je me dépêchais de retrouver les gars à leur camp. Je cherchais Grant du regard et je le trouvais vite. Le sourire qu'il me fit faillit me faire chavirer. Mais j'étais résolue.
Grant je peux te parler ? demandais-je.
Bien sûr Emma, me répondit celui-ci sans cesser de sourire. C'est à propos d'hier soir ?
Oui. Il faut qu'on en parle.
C'était magique, déclara Grant. Je ne regrette rien. Même si ce n'était pas le meilleur lieu pour cela.
Il ne faut plus que cela se produise, dis-je ferme.
Pourquoi ? J'ai fait quelque chose de mal ?
Non, non, tu n'as rien fait de mal.
Tu n'as pas aimé ? Pourtant d'après ce que j'aie entendu c'était le cas.
Grant, repris-je. C'était une erreur. L'euphorie de la victoire.
Je ne comprends pas, dit Grant en fonçant les sourcils.
Je n'aurais pas dû te donner de faux espoirs. Je vais devenir major Chuck. Toi et moi c'est impossible.
Impossible ?
Impossible, affirmais-je fermement.
Tu es cruelle Emma.
Pardon ?
Tu es cruelle, répéta Chuck. Envers toi et envers moi. C'est injuste de jouer avec mes sentiments.
Je ne fais qu'assumer mon grade.
En me rabaissant. Comme toujours. Comme tu le fais sans doute avec nous tous.
Tu ne peux pas dire ça.
Tu me permets de prendre congés lieutenant ? demanda Grant froidement.
Je n'ai pas d'ordre à te donner.
Ce que tu dis est contradictoire, lâcha Grant avant de s'éloigner.
Je tournais les talons et je me dirigeais vers ma Jeep. Brisée. Comme si je ne l'étais pas assez.
Quelques jours plus tard, un major des Red Devils se présenta à moi. Je le saluais, et il me rendit aussitôt mon salut non sans sourire. John était un ami de Mark. Je le connaissais peu, mais Mark me l'avait présenté comme intègre dans sa dernière lettre.
Du fait de vos états de service, et de votre engagement depuis 1941, c'est mon honneur, lieutenant Emma Andrews, de vous faire aujourd'hui major dans l'armée de sa majesté le roi George VI.
Son aide de camp ouvrit une boite dans laquelle reposait deux couronnes. Les couronnes de major.
Il retira mes décorations de lieutenant, avant de me mettre une couronne sur chaque épaule.
Félicitations, dit-il quand il eut fini.
Merci major, dis-je avec un sourire.
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Zell Am See, Autriche – mai 1945
Les gars s'ennuyaient. Depuis la fin de la guerre on attendait des ordres qui tardaient à venir. Et la lassitude se faisait sentir.
Alors que je m'éveillais aux premiers rayons d'une nouvelle journée, je soupirais. Encore. Seule dans ce grand lit vide, chaque jour me rappelait ma douloureuse solitude. A certains moments j'avais envie de disparaitre ou de me battre, de me mettre des coups. A moi-même. Certaines nuits je rêvais de Grant. Des rêves sulfureux qui me laissait couverte de sueur et haletante.
Tu vas devenir folle, me murmurais-je à moi-même. Imbécile.
Je passais la journée dans la tente de secours du camp sur l'aérodrome qu'occupait la Easy. Certains des hommes étaient là, d'autres en ville. Et il y avait aussi un poste là-bas.
J'aidais Roe à compter boite et médicaments. La guerre était finie mais ironiquement nous avions de quoi tenir un siège.
Après quelques heures je sortis de la tente de secours. J'avais besoin d'air. Même si un jour il me faudrait plus que d'aller simplement dehors. Je soupirais. Encore.
Je vis Liebgott non loin de là qui se dirigeait vers une Jeep. Quand il me vit venir vers lui il s'arrêta, bientôt suivit par Webster et Skinny.
On part faire un tour ?
Oui major, me répondit Liebgott.
Tu vas t'occuper du chef du camp ? demandais-je à Joe à voix basse.
Joe hocha la tête à la positive.
Il y a quelques semaines en arrière, un prisonnier du camp de Landsberg an Lech en Allemagne, nous avait donner le nom du chef du camp et l'endroit où il vivait. Et il nous avait demander, si l'on pouvait, de lui faire justice, à lui et à tous les autres prisonniers.
Je ne peux pas te l'ordonner, mais tu sais ce qu'il te reste à faire.
Je sais Emma. L'ordre vient de cet homme, et je compte bien lui obéir.
Webster derrière lui n'avait pas l'air très content de tout ça. Néanmoins il suivit Joe et monta à son tour dans la Jeep.
Quant à moi je rentrais à nouveau à la tente de secours, où le reste d'un inventaire m'attendait.
Je rentre dans mes quartiers, fis-je en me levant de ma chaise. Je crois qu'on a fait tout l'inventaire du régiment.
Tu sais un major n'est pas obligé, fit remarquer Roe.
Je n'allais pas te laisser seul Roe, répliquais-je.
Je quittais la tente, et je vis la Jeep de Liebgott et des autres venir vers moi.
C'est fait Liebgott ? demandais-je quand la Jeep s'arrêta.
Oui, major.
Tu as fait ce qu'il fallait, dis-je. Je l'aurais bien fait personnellement. Et pas un mot à qui que ce soit.
Ça reste entre nous Emma.
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Zell Am See, Autriche – 6 juin 1945
J'ai réfléchi Nix, déclara Harry.
Réfléchi à quoi ? demandais-je en arrivant.
J'ai les points, nous expliqua Harry. Je rentre retrouver Kitty.
Cette histoire de points. Cela durait depuis quelques jours. Chaque soldat qui avait 85 points avait le droit de rentrer au pays. Mais pour les avoirs c'était une autre paire de manche, et ils étaient très peu à les avoirs en vérité.
Harry, tu penses vraiment que Kitty ne s'est pas enfoui avec un réserviste depuis le temps ? demanda Nix taquin.
Enfoiré. C'est même pas drôle.
Ne l'écoute pas, fit Dick en arrivant.
Tu oublies la robe de mariée Nix, elle a déjà dit oui, fis-je remarqué.
Merci Emma ! s'exclama Harry. Je ne peux pas lui dire que j'aie eu une chance de rentrer et que finalement je suis resté pour faire le grand saut sur Tokyo.
Très bien ne lui dit pas alors, proposa Nix. Et puis elle attend depuis trois ans, non ? Le temps que l'on aille à Tokyo et que l'on revienne, il se sera écoulé deux ou trois ans peut-être.
Ce sera probablement terminé avant que vous soyez là-bas, affirma Harry. Dans la réalité vous allez rester ici six mois, pendant que moi je serais occupé à faire des bébés.
Tu ne lui as pas dit ? demanda Dick à Nix.
Non, il ne la ferme pas et je ne peux pas en placer une.
Quoi ? Me dire quoi ?
Notre major préféré à demander son transfert, expliqua Nix.
Quoi ?
La 13ème division part vers le pacifique, répondit Dick. Quitte à y aller autant que ce soit tout de suite.
Tu y vas aussi ?
Je ne peux pas le laisser y aller seul il ne sait pas où c'est, répondit Nix en souriant.
Tu laisses les hommes ? s'étonna Harry
Ils n'ont plus besoin de moi.
Et toi Emma ?
J'attends les ordres, répondis-je. Mais j'ai fait savoir que du fait de mes faits d'armes, et de mon attachement à la Easy, ma mission pourrait être poursuivie.
En terme clairs ?
Wild Emma nous suit, expliqua Nix.
Comment tu as au courant de mon surnom ?
Les choses se savent vites.
Mais tu n'es pas américaine, s'étonna à nouveau Harry.
Peut-être, répondis-je. Mais si je n'y vais pas ils vont se faire descendre. Et comme je suis major on me laisse le choix de ma prochaine mission. A condition que je fasse une visite au palais avant de partir.
Je ne comprends pas. Tu laisserais Grant ?
Je me figeais, essayant le mieux possible de dissimuler ma surprise.
Qu'est-ce que tu dis ? m'écriais-je
Emma on est au courant, dit simplement Harry.
Au courant de quoi ?
Grant est ton Kitty. Tu es amoureuse.
Je ne vois pas de quoi tu parles, répliquais-je. Il n'y a rien entre moi et chacun des gars de la Easy. Je suis major et mon devoir passe avant le reste.
Si tu le dis.
Harry Welsh ! m'exclamais-je.
D'accord, d'accord, je n'ai rien dit, fit Harry en levant les mains.
Je descendis quelques marches pour me pencher à la balustrade en fer forgé de l'escalier. Du pallier j'avais une vue extraordinaire sur le lac en contre bas. Ses eaux étaient paisibles. Tout le contraire de mon esprit.
Dick vint vers moi, et sans mot dire il se posta à ma gauche.
Tu sais Emma, il n'y a pas de mal.
De mal à quoi Dick ?
Toi et le sergent Grant, chuchota-t-il.
Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi, fis-je à voix basse.
Je veux juste te dire que je ne m'y opposerais pas.
Je levais la tête vers lui sans comprendre.
Tu as souffert bien plus que nous tous réunit. Et je n'ai pas besoin de te rappeler que tu n'es pas sous mes ordres, et que donc tu n'es pas la supérieure de Grant, bien que tu sois major. Et comme on part avec la 14ème division, techniquement tu n'es plus rattachée à la Easy.
Dick je…
Je te demanderais juste d'être discrète. Et de ne pas perturber son entrainement. Mais sinon tu es libre de faire ce qu'il te chante.
Je levais les yeux au ciel et Dick n'insista pas. Il me laissa seule, et reprit sa conversation avec Harry et Nix.
Je passais mes journées entre le poste de secours et l'hôtel qu'occupait les gradés du 2ème Régiment. Mes rêves ne c'était pas calmés, et chaque fois que j'apercevais Grant mon cœur battait plus fort dans ma poitrine. Mais comme j'étais bornée, en plus d'être major désormais, je n'allais pas lui parler. Je suis avais brisé le cœur. Que dire après ça ?
Aujourd'hui cela faisait un an que la Easy avait débarqué dans ma vie. Un an. J'avais l'impression que cela faisait des siècles. Un an que j'avais quitté ma garnison allemande, un an que j'avais tué Frederik pour sauver ma propre vie. Un an de doute et de douleur.
Et un an que j'avais croisé le regard d'un certain sergent. Grant m'avait confier m'aimer depuis le premier jour tout début mai. Aujourd'hui il devait s'en mordre les doigts. Amèrement. Tristement.
Que Lucy pouvait me manquer ! Elle, elle m'aurait dit de ne pas m'en faire, qu'être major n'était pas incompatible avec le fait d'être dans ses bras. Que je devais aimer. Juste aimer. Je secouais la tête. J'aurais sans aucun doute pu être heureuse. Mais j'avais choisi le contraire. Imbécile. Ridicule. J'étais ridicule.
Lucy, que dois-je faire ? soufflais-je sur mon lit.
Soudain je me levais. Je ne pouvais décemment pas restée comme ça. J'enfilais rapidement mes bottes, et je descendis les marches qui menait au rez-de-chaussée. Nix discutait encore avec Dick, et Harry somnolait sur un fauteuil. Lui, il avait compris. Grant était bien ma kitty. Il avait mieux compris que moi-même. J'étais vraiment ridicule.
Je pris une des Jeep devant et je me dirigeais vers le bâtiment où certains des gars, dont Grant, résidait.
Je me garais devant et j'attendais qu'il se montre. Le cœur battant. Il devait prendre le relai de la surveillance d'un check-point non loin d'ici à 22h.
Sergent Grant, fis-je quand il arriva.
Major.
Son ton était presque froid, dénuer de tout sentiment. Je sentis mon cœur se serrer. J'avais fait une bêtise je le sentais. C'était indéniable et cela me sauta au visage.
Vous partez en patrouille ? demandais-je en prenant le même ton distant.
Contrôler le croissement oui, répondit Grant.
Très bien. Je vous accompagne.
Ok les gars en voiture !
Je m'installais à l'arrière, tandis que Grant s'installait au volant. Il ne m'adressa pas un regard.
Je l'avais bien mérité. J'avais profité de lui et de ses sentiments cette nuit de victoire où nous avions fait l'amour. Puis j'avais été rattrapée par ma culpabilité et je l'avais rejeté. Sa déception avait été à la hauteur de ses attentes et de son amour : vertigineuse. J'étais une imbécile.
Soudain Chuck arrêta la Jeep. Devant nous plusieurs Jeep étaient immobiles sur la route. Et un homme se tenait au milieu d'elles.
Attendez ici, ordonna Chuck.
Grant descendit de la voiture et sans réfléchir je fis de même. J'avais un mauvais présentiment. Une fois encore.
Tout va bien ? s'enquit Chuck.
Il ne voulait pas me donner de l'essence, lui répondit le soldat complètement saoul. Tu as de l'essence ?
Je me figeais. Sur le sol humide il y avait plusieurs corps. Dont celui d'un officier britannique. Et pas n'importe lequel : le major qui m'avait faite major à mon tour. Je frissonnais. C'était un ami de Mark.
Un peu plus loin, devant une autre Jeep un officier allemand.
Cet homme les avait tués. Eux et leurs chauffeurs. De sang-froid. Pour de l'essence.
Attends une seconde, ordonna Grant en sortant son arme.
Le soldat en face de nous se retourna brièvement avant de se maintenir à la portière de la Jeep. Je m'approchais un peu plus de Grant et en une demie seconde de me jetait sur lui pour le plaquer au sol. Juste à temps pour qu'il évite la balle qui ne fit que frôler le sommet de son crâne. Je me retrouvais sur lui, les jambes de chaque côté de son torse. Je n'entendis que vaguement le bruit de la Jeep qui partit de l'autre côté de la route. J'avais bien failli le perdre. J'avais failli perdre Grant. J'avais failli perdre un nouvel amour. Une nouvelle fois. Sans réfléchir je posais mes lèvres sur les siennes et Charles ne me repoussa pas.
Tu vas bien ? demandais-je en me détachant de lui alors que des larmes me montèrent aux yeux. Tu n'es pas blessé ? Tu n'as pas mal à la tête ? Tu ne t'es pas cogné ?
Non, non, Emma, tout va bien, me répondit Grant. Je n'ai rien. Grace à toi.
Tant mieux fis-je, tant mieux.
Nous nous relevâmes, et je sentis aussitôt une douleur lancinante me traverser le bras. Ma tête me tourna et mes jambes chancelèrent. Chuck me rattrapa de son bras gauche pour ne pas que je tombe sur la route devant lui. Il me regarda d'un œil inquiet.
Tout va bien ? s'enquit-il
Je crois que je suis blessée au bras, fis-je
Mais tu saignes beaucoup ! s'exclama-t-il en examinant ma blessure
Je me doute, murmurais-je.
Sans ajouter un mot il me prit dans ses bras et m'emmena à notre propre Jeep que les autres soldats avaient avancée vers nous.
Il démarra en trombe, et on se dirigea rapidement vers le poste de secours. Je vis vaguement les arbres qui défilaient autour de nous avant de fermer les yeux et de basculer dans le noir.
Je repris connaissance peu après. Le médecin major et Roe était avec moi. Le médecin était occupé à recoudre mon bras et Roe tenait une bouteille de plasma en l'air dans sa main droite. Il me fit un faible sourire.
Tu nous as fait peur, murmura-t-il.
J'en suis désolée, dis-je.
Voilà, fit le médecin en relevant la tête vers moi. Je ne vous fais pas le topo, même si la blessure n'est pas très grave, vous devrez garder le bras en écharpe une semaine. Et vous reposer surtout.
Bien docteur.
Je reste là, dit Roe quand nous fumes seul. Tu peux dormir tranquille.
Où est Grant ?
Parti à la recherche du soldat. Il était furieux.
Je m'abstins de demander s'il était furieux contre moi ou juste contre ce lâche qui avait tué de son propre fait un officier britannique et un allemand. J'avais peur de la réponse. Et de la réaction de Roe s'il apprenait toute l'histoire. Il serait déçu. Lui qui avait toujours été un ange avec moi.
La police militaire avait été chargée des corps qui jonchaient le sol de cette fameuse route, et le soldat avait été enfermé directement dans une cellule. Il aurait le droit à un jugement pour le meurtre de deux officiers et leurs chauffeurs, ainsi que tentative de meurtre sur le sergent Grant et sur ma personne. Il risquait la prison à vie. Et franchement je n'avais aucune compassion pour lui. Comme rarement dans ma vie.
Le lendemain je me levais sans faire de bruit. J'avais besoin de prendre l'air. En posant mes pieds sur le sol mon corps tanga un peu mais je retrouvais rapidement l'équilibre.
Dehors le soleil était lever, et quelques soldats marchaient déjà dehors. L'été commençait son installation.
Je fis quelques pas avant d'apercevoir Chuck non loin de moi. Il semblait avoir peu dormi. Il marcha rapidement vers moi, et je restais immobile. Je ne savais pas trop quoi lui dire. Surtout après l'avoir embrassé.
Qu'est-ce qu'il t'a pris ? cria Grant en parcourant les derniers mètres vers moi. Te jeter devant moi, mais tu es folle ?
Je ne suis pas folle ! criais-je à mon tour.
Alors pourquoi tu as fait ça Emma ? me demanda Grant en vrillant son regard dans le miens. Je croyais que je n'étais rien pour toi.
C'est faux, affirmais-je avec force.
C'est faux ? répéta Grant. Tu as une drôle de façon de le montrer.
Tu n'es pas rien pour moi.
Juste le bon coup d'une nuit de victoire, lâcha Grant amère. Tu aurais pu prendre quelqu'un d'autre.
Tu es tout, soufflais-je les larmes aux yeux.
Quoi ?
Tu es tout Charles, dis-je à nouveau. Et je suis désolée. La dernière chose que je voulais faire s'était de te faire du mal. Au lieu de ça j'ai été stupide.
Alors pourquoi ?
Le devoir, répondis-je. Le fait que je sois major. Sinon je me serais sans doute jetée dans tes bras bien avant.
Je suis désolé que tu aies eu à vivre ça, me dit Grant en s'adoucissant.
J'en suis la seule responsable j'en ait peur.
Et maintenant qu'est-ce qu'on fait ? demanda Grant doucement en s'approchant de moi. Tu es toujours major, et je ne suis que sergent. Rien à changer.
Tout a changé, contrais-je. J'aurais pu te perdre cette nuit. Et jamais je ne me serais excusée. Jamais je ne t'aurais dit que je t'aimais. Je n'aurais eu que le silence et les regrets.
Je suis là devant toi, dit Grant. Je t'écoute.
Je vous aime sergent Grant, lâchais-je. Je ne peux plus me mentir et te mentir. Je t'aime Charles. Et cela ne date pas d'hier.
Pour seul réponse Charles m'attira contre lui et il m'embrassa. C'était officiel. Et j'en étais soulagée.
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Quelques jours plus tard, sortant du poste de secours, j'aperçus les gars un peu loin en tenue de sport. L'entrainement pour une nouvelle guerre commençait sur les chapeaux de roue.
Quant à moi j'attendais encore les ordres pour savoir si oui ou non je partirais avec eux. Ou si je devrais rentrer en Angleterre.
Je m'avançais vers Chuck qui se tenait en tête du groupe. Puis sans réfléchir je fondis dans ses bras. Je le serrais contre moi de mon bras valide, et je posais ma tête contre son torse. Je pouvais sentir les battements de son cœur sous son t-shirt. Il répondit à mon étreinte en me callant un peu mieux contre lui.
Soudain, Chuck se tendis mais il ne relâcha pas son étreinte.
On part courir les gars, déclara Speirs derrière moi, et je compris aussitôt pourquoi Chuck s'était tendu.
Speirs, dix secondes s'il te plait, dis-je sans bouger.
Ok major dix secondes, fit Speirs
Merci Ron.
Emma, dit Grant doucement après plus de dix secondes. Je crois que les gars attendent.
Je me détachais à contre-cœur. Il me sourit.
Aller courir sergent, fis-je en lui rendant son sourire.
Bien major, fit Chuck en déposant un baiser sur mon front.
Je ne suis pas sûr que ce soit réglementaire ça, lança Luz taquin.
Luz, on s'en fiche, dis-je.
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Zell Am See, Autriche – juillet 1945.
Les dernières semaines avaient été parfaitement idylliques.
Jamais je n'aurais cru me retrouver un jour dans un tel endroit. Je n'étais jamais venue en Autriche, et là je profitais d'un hôtel classe sur les bords d'un grand lac bordé d'arbres verts.
J'étais avec la Easy depuis plus d'un an maintenant, et je ne savais pas encore qu'à quand je serais avec eux. Mes derniers ordres avaient été de rester en observation, et depuis plus rien. Et j'avais parfois l'impression que le général avait autre chose à faire que de s'occuper d'une ancienne espionne. La victoire en Europe, et les événements qui avaient suivis occupaient encore beaucoup de gens. Le partage de l'Allemagne notamment.
Mark quant à lui était déjà rentré. Bien qu'une partie de son régiment ait été redéployer en Norvège, lui avait obtenu un repos bien mérité. Je souriais.
J'avançais lentement vers Charles et nous marchâmes le long du lac. Main dans la main comme j'avais pu en rêver.
Mon bonheur n'était pas mort, il était bel et bien vivant devant moi. Vivant et souriant. Il était le doux bonheur retrouver.
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Quelques semaines plus tard nous fûmes à nouveau déplacés vers la France.
La guerre était finie, et la Easy fut dissoute courant novembre. Jamais je n'oublierais mes frères d'armes. Aucun d'entre eux.
Je dû laisser Grant partir retrouver les Etats-Unis. Moi, j'avais encore des choses à régler en Angleterre.
Alors tu es sûre ? me demanda Mark quand je lui annonçais mon intention de partir.
Plus que jamais, fis-je avec un sourire.
Je suis content de l'avoir rencontrer, déclara Mark. Au moins j'ai pus le prévenir que s'il te faisait du mal je le retrouverais.
Ça ne m'étonne pas de toi, affirmais-je en riant.
Je ne t'avais plus vue sourire comme ça depuis des années.
Je sais. Mais aujourd'hui je laisse enfin le passé là où il est.
Mark me prit dans ses bras.
Je te souhaite de trouver le même bonheur, dis-je quand nous nous détachâmes.
Il se pourrait que ce soit déjà le cas, fit Mark avec un clin d'œil.
Raconte-moi tout ! m'exclamais-je
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Je ne pus pas quitter décemment l'Europe sans aller voir Jonathan une dernière fois. Sa tombe était déjà fleurie, et elle se serait durant de longues années. Les sœurs du couvent s'en occuperait. Les parents de Jonathan et moi y avons veiller.
Quand je le quittais pour partir, ce fut avec le cœur léger. La première fois depuis des années.
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[FIN]
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Oui je sais. Grant ne prend pas de balle dans la tête. Deux raisons à cela : premièrement je ne suis pas d'accord avec ça, ensuite ça fait mal de voir ce sergent prendre une balle gratuitement alors que la guerre est terminée depuis plus d'un mois. Et enfin, je considère ma fic comme une sorte d'univers parallèle. Donc j'ai le droit d'esquiver cette balle. Voilà.
Et ça y est. C'est la fin de cette merveilleuse fic. J'avais prévue 10 parties, il y en a finalement eu 12. Je me suis laissée porter. Et je vous annonce une petite surprise. Après l'épilogue, déjà annoncer (et que je vais mettre en ligne juste après), il y aura un appendice. Un petit plus inattendu. Vous y trouverez une autre version de la fameuse scène avec Grant, quand il est censé prendre cette balle qu'ici il ne prend pas. Je n'en dit pas plus je vous laisse la surprise. Et comme cette appendice vient à part, vous pouvez lire l'épilogue avant (sauf Lana qui aime faire les choses à l'envers x) ).
Merci d'avoir lu cette fic, et merci à Lana pour tous ses petits mots tout le long de la publication.
Little-road
