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Appendice
" Broken heart "
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Sergent Grant, fis-je quand il arriva
Major.
Son ton était presque froid, dénuer de tout sentiment. Je sentis mon cœur se serrer. J'avais fait une bêtise je le sentais. C'était indéniable et cela me sauta au visage.
Vous partez en patrouille ? demandais-je en prenant le même ton distant.
Contrôler le croissement oui, répondit Grant.
Très bien. Je vous accompagne.
Ok les gars en voiture !
Je m'installais à l'arrière, tandis que Grant s'installait au volant. Il ne m'adressa pas un regard.
Je l'avais bien mérité. J'avais profité de lui et de ses sentiments cette nuit de victoire où nous avions fait l'amour. Puis j'avais été rattrapée par ma culpabilité et je l'avais rejeté. Sa déception avait été à la hauteur de ses attentes et de son amour : vertigineuse. J'étais une imbécile.
Soudain Chuck arrêta la Jeep. Devant nous plusieurs Jeep étaient immobiles sur la route. Et un homme se tenait au milieu d'elles.
Attendez ici, ordonna Chuck.
Grant descendit de la voiture et sans réfléchir je fis de même. J'avais un mauvais présentiment. Une fois encore.
Tout va bien ? s'enquit Chuck.
Il ne voulait pas me donner de l'essence, lui répondit le soldat complètement saoul. Tu as de l'essence ?
Je me figeais. Sur le sol humide il y avait plusieurs corps. Dont celui d'un officier britannique. Et pas n'importe lequel : le major qui m'avait faite major à mon tour. Je frissonnais. C'était un ami de Mark.
Un peu plus loin, devant une autre Jeep un officier allemand. Cet homme les avait tués. Eux et leurs chauffeurs. De sang-froid. Pour de l'essence.
Attends une seconde, ordonna Grant en sortant son arme.
Le soldat en face de nous se retourna brièvement avant de se maintenir à la portière de la Jeep. Je m'approchais un peu plus de Grant et en une demie seconde de me jetait sur lui pour le plaquer au sol. Trop tard. Je n'entendis que vaguement le bruit de la Jeep qui partit de l'autre côté de la route.
Chuck ! Chuck ! hurlais-je. Non, non, non, réponds-moi je t'en supplie. Ne me laisse pas.
Dans un geste désespéré je posais mes lèvres sur les siennes. Mais il gardait toujours les yeux fermés. Paniquée je vérifiais sa respiration : il vivait encore. Je jetais un coup d'œil à sa tête. Ses beaux cheveux étaient crasseux de sang sombre. Il avait pris la balle en pleine tête à sa droite. Quelques centimètres plus à droite et il n'aurait rien eu. Quelques centimètres qui me priveraient de bonheur peut-être pour toujours.
Je ne pouvais pas le sauver, et j'ignorais si l'on trouverait un chirurgien compétent assez vite pour qu'il s'en sorte. Même si ses chances étaient minces.
Les gars on se dépêche ! ordonnais-je en séchant mes larmes.
Je pris le volant et je roulais le plus vite possible vers le poste de secours. Il était hors de question que je le perde. Surtout après ce que je lui avais dit.
Après l'avoir laissé aux bons soins de Roe je partie avec les gars de la Easy. La chasse à l'homme commençait.
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Au détour d'une ruelle je le vis. Debout, débrailler, les mains sur le corps d'une pauvre fille. Quand il glissa une main sous sa jupe mon sang ne fit qu'un tour.
Soldat ! criais-je glaciale.
Quoi ? cria celui-ci en se tournant vers moi.
Sur un autre ton.
Va te faire foutre.
Je me ruais sur lui et je le planquais sur le mur d'en face. La pauvre fille elle explosa en sanglots, incapable de bouger.
Qu'est-ce que tu viens de dire soldat ? Je suis un officier je mérite le respect.
Un officier femme ? ricana l'homme en face de moi.
Major, sifflais-je.
Quand il se mit à rire je le lâchais sur le sol et je commençais à le frapper. Une fois, deux fois, trois fois. Je cru devenir dingue. Je n'avais plus aucune retenue. Et j'avais été entrainer à faire mal.
Major ! cria la voix de Liebgott derrière moi. Le capitaine le veut en vie !
Je m'arrêtais enfin, regardant l'homme cracher du sang à mes pieds. Je maudissais presque Speirs d'avoir prononcé cette phrase. Vivant. Alors que Grant était probablement mort à l'heure qu'il était.
Tu as de la chance, lui dis-je glaciale. Relevez-le, on l'embarque.
Don et les autres me regardaient tristement. Je voyais leur inquiétude pour moi dans leurs regards. Leur colère aussi.
Si Grant meurt je le tue, déclarais-je en m'éloignant.
Cette nuit là je ne fus pas l'unique personne à passer mes nerfs sur ce soldat. Les gars s'en donnèrent à cœur joie. Il l'avait bien mérité.
Comment va Grant ? demandais-je à Speirs en le voyant sortir du bâtiment qu'occupait les garçons.
Il va bien Emma. Le chirurgien a dit qu'il s'en sortirait.
Merci, soupirais-je. Merci.
Tu veux aller le voir ?
S'il te plait.
Sans mot dire Speirs m'accompagna à l'hôpital. Dehors la nuit suivait son court, imperturbable.
La police militaire avait été chargée des corps qui jonchaient le sol de cette fameuse route, et le soldat avait été enfermé directement dans une cellule. Il aurait le droit à un jugement pour le meurtre de deux officiers et leurs chauffeurs, ainsi que tentative de meurtre sur le sergent Grant. Il risquait la prison à vie. Et franchement je n'avais aucune compassion pour lui. Comme rarement dans ma vie.
Je passais de longues heures à ses côtés. Il tenant la main, et lui chantonnant parfois certaines des chansons de Lucy.
Ne me laisse pas, murmurais-je au petit matin.
Il va s'en sortir, me rassura le médecin. Il ne devrait plus tarder à se réveiller.
Merci.
Il me fit un faible sourire avant de sortir de la chambre. Speirs l'avait sorti du lit au beau milieu de la nuit pour sauver Grant, et il l'avait fait sans poser de question. Il avait fait son devoir de médecin.
Je t'aime Charles, murmurais-je quand le médecin sorti de la pièce. Je t'aime tellement. Je t'épouserais sur le champ si je le pouvais. Reste avec moi Charles. Je t'en supplie.
C'est pas trop tôt, marmonna Charles en ouvrant doucement les yeux.
Enfin tu ouvres les yeux, dis-je.
Je déposais un baiser sur ses lèvres, sans faire attention à l'infirmière qui entrait. Elle ressortie directement avec un sourire aux lèvres. Je l'entendis appeler le médecin qui entra à son tour.
Après un examen, le médecin nous apprit que Chuck ne récupérerait pas toute sa mobilité du bras droit. Et il pouvait avoir du mal à trouver ses mots aussi *.
Je suis handicapé, constata Chuck.
Tu es vivant, contrais-je.
Tu veux toujours de moi ?
Charles, je t'aime. Alors je ne vais nulle part. Tu vas devoir t'y faire.
Tu ne me lâcheras pas ?
Jamais.
(*) : les vraies séquelles du vrai Chuck Grant après son accident. Il vécu jusqu'en 1984 (69 ans).
Cette fois-ci c'est vraiment la fin. Je trouvais intéressent de voir la réaction d'Emma si les événements avaient été les mêmes que dans la réalité. Même si honnêtement ça me brise le cœur. J'espère que cet appendice vous a plu.
Little-road.
