Ils sortirent et prirent conscience de la chaleur étouffante qui régnait sur cette planète. Une moiteur sale et collante, qui les attaqua à la gorge. Le sable rouge les recouvrait à chaque pas, et ils eurent bientôt une allure étrange, éthérée.
Ils marchèrent plusieurs heures, Maître Ue, toujours endormie. Qui Gon s'était attendu à ce qu'elle ne pèse pas bien lourd, mais elle était vraiment légère. Il soupçonna un instant qu'elle fut dénutrie, mais se souvint qu'elle vivait au Temple, où les Jedis avaient accès à de la nourriture de bonne qualité, dans les quantités qu'ils désiraient. Non, cette légèreté venait d'autre chose. Peut-être était-ce tout simplement une caractéristique de son peuple. Mais quelque chose le gênait.
Malgré le poids plume de la blessée, les bras du Jedi fatiguaient et il demanda à Obi Wan de prendre le relai. Le jeune eût l'air un peu impressionné, mais il s'empara précautionneusement d'Asa, et ils continuèrent leur marche. Obi Wan avait le souvenir d'une cité, en direction plein nord, à peu près à une demi-journée de marche. Alors ils avançaient en silence.
Et, en haut d'une colline, ils purent voir avec soulagement qu'ils ne s'étaient pas trompés. A leurs pieds s'étendait une cité, toute construite de terre rougeâtre, faite de petits dômes aux minuscules ouvertures, qui protégeaient leurs habitants de la chaleur. Les deux Jedis s'assirent pour étudier leurs options. Ils avaient besoin d'aide, mais ne pouvaient pas oublier que leur vaisseau avait été abattu. La ville ne montrait aucun arsenal de défense aérienne, mais ce genre de chose pouvait être bien caché.
"Avons-nous le choix ? résuma Qui Gon dans un soupir.
Avec une blessée dans leurs bras et dans leur état de fatigue, ils ne pouvaient guère que tenter leur chance.
Ils avancèrent donc, et parvinrent bientôt à la périphérie des bâtiments. Les autochtones insectoïdes les regardaient passer avec curiosité, mais sans animosité. Qui Gon s'avança vers l'un d'eux, et demanda en basic :
- Bonjour. Nous recherchons le responsable de cette cité."
L'insecte les inspecta, les yeux mornes, avant de produire toute une série de cliquetits désagréables et impossibles à interpréter. Le jedi se sentit un peu découragé. Pourtant, le neftien commença à marcher, et se retourna pour vérifier que les jedis suivaient. Ce qu'ils firent.
Ils arrivèrent à un dôme un peu plus imposant que les autres. Ils franchirent une ouverture voûtée pour arriver dans un hall plutôt frais, à leur grand soulagement. Rien que la pénombre après le soleil aveuglant les apaisa aussitôt. Un insecte, un peu différent de ceux qu'ils avaient vus jusque-là, vint les accueillir, d'une série de clics rapides et enthousiastes, devant lesquels Qui Gon et Obi Wan se trouvèrent bien penauds. Mais l'insecte enclencha un petit appareil accroché à un bracelet et une voix robotique traduisit :
"Salutations. Nous vous attendions, Jedis. Bienvenue à Nefti prime, la capitale de cette planète.
Ils étaient dans la bonne ville. C'était inespéré.
- Salutations, s'inclina Qui Gon en retour. Je suis Maître Jinn et voici mon padawan Kenobi.
Il laissa le temps à la machine de traduire, puis au légat de répondre avant d'entendre la traduction.
- Nous attendions Maître Ue, dont on nous a vanté les talents de négociation.
C'était la partie délicate, mais aussi le moment idéal pour réclamer une chambre, une douche et des guérisseurs.
- Notre vaisseau s'est écrasé après une attaque, et Maître Ue a été blessée. Elle est pour le moment inconsciente, mais ira bien après un peu de repos.
Le nefti les observa sans répondre. Puis après une longue minute, produisit quelques clics désolés.
- Nous ne sommes pas responsables de l'attaque de votre vaisseau.
Qui Gon comprit le sous-texte. Ils avaient pour la première fois de l'histoire de leur civilisation fait appel à des interlocuteurs extérieurs pour régler un problème. Et ils avaient obtenu l'aide de ceux qu'on leur avait présentés comme les plus respectables et impartiaux de la République. Ils étaient là, ce qui était en soi un pas énorme pour les neftiens, mais ils avaient été agressés, et si jamais on reportait la faute sur eux, cela pouvait briser toute relation, diplomatique ou commerciale, avec l'extérieur.
- Nous le savons, le rassura Maître Jinn.
Il fallut encore un peu de temps à l'insecte pour accepter la réponse, puis se retourna et partit dans un couloir sombre.
- Je crois que détaler ainsi et considérer qu'on va les suivre est une spécificité culturelle", nota Obi Wan à mi-voix.
Alors ils suivirent. Ils notèrent qu'aucune pièce n'avait de porte, tout était ouvert à tous. Aucun secret, aucune intimité. Et la chambre dans laquelle le légat les précéda était construite sur le même plan que les autres.
Quelques clics résonnèrent, avant que la traduction ne suive.
"Nous dormons dans des nids dans les murs, mais nos informations nous ont indiqué que vous préférez des lits, faits de rembourrage et de tissu fin. Nous en avons donc construit quelques-uns, pour vous et nos visiteurs futurs.
La pièce était en fait un genre de dortoir, où une dizaine de lits sommaires occupaient l'espace.
- Merci, c'est très attentionné, s'inclina Qui Gon.
Obi Wan s'avança et déposa Asa sur une couchette. Il s'étira. Il était passablement engourdi.
- Avez-vous besoin d'autre chose ?
- De la nourriture, à boire, et de quoi se laver, si c'est possible, demanda franchement Qui Gon. Aussi différents d'eux qu'ils puissent paraître, leurs hôtes étaient accueillants et de bonne volonté. Ils n'avaient simplement jamais hébergé d'humains, encore moins de Jedis, et ignoraient tout des besoins physiologiques et des codes sociaux de ceux-ci. Mieux valait tabler sur la franchise.
- Se laver ? interrogea le boîtier.
- De l'eau, du savon et des serviettes, explicita Qui Gon.
Le neftien les regarda, perplexe.
- Le savon est un produit légèrement détergent qui permet d'ôter la saleté des corps. Les serviettes sont des tissus de petite taille qui servent à éponger l'eau du corps.
Un silence.
Puis une série de clics assourdis non traduits. Puis une autre, clairement plus à destination du maître jedi, puisque la machine anona :
- Nous ne possédons ni savon ni serviettes, mais ceux-ci sont en cours de fabrication. Ils vous seront apportés dès que possible. Nous avions anticipé votre besoin d'eau, et un accès à celle-ci est prévu dans la salle mitoyenne. Je déduis que vous n'aimez pas avoir du sable sur vous. Nous allons vous fournir de nouveaux tissus à mettre sur vos corps.
Toujours aux côtés d'Asa, Obi Wan se retenait de rire. Jusque là, il avait toujours négocié avec des peuples qui avaient un minimum de connaissance du décorum. Les Neftiens avaient tout à apprendre, et l'apprenti songea qu'il pourrait être vraiment très amusant de leur transmettre quelques sottises, qui mettraient les prochains arrivants bien mal à l'aise. Ce serait tout à fait déplacé, mais très amusant. Il se souviendrait de faire part de son idée à Asa, à son réveil. Il était certain qu'elle approuverait.
- Vous faut-il autre chose, Maître Jinn ?
Le ton tout à fait neutre de la machine ne permettait pas de deviner si la question était sarcastique ou honnête. Qui Gon décida que c'était juste une grande naïveté, dûe à une totale inexpérience.
- Avez-vous des guérisseurs ? Maître Ue a besoin de soins.
Clics clics clics.
- Je ne comprends pas votre besoin.
Qui Gon commençait à être fatigué de devoir tout expliquer. Il était bien content que ce fut Asa qui doive se charger des négociations.
- Le corps de Maître Ue est abîmé, et nous avons besoin d'aide pour le réparer.
- Nous ne guérissons pas les nôtres, Maître Jinn. Quand le corps est abîmé, l'ouvrier est remplacé.
Oh, songea le maître. J'aurais dû y penser plus tôt. Ils fonctionnent en ruche. Il n'y a pas d'individualité.
- Les humains ne peuvent se permettre ce fonctionnement, et nous guérissons, expliqua-t-il patiemment. N'ayez pas d'inquiétude, nous allons nous occuper de Maître Ue nous-même."
Il fallait juste espérer qu'ils pourraient.
Le neftien se retira et ils se retrouvèrent enfin seuls. Qui Gon alla inspecter la pièce attenante, celle qui devait les approvisionner en eau. En effet, en son centre, un petite fontaine sans ornement laissait échapper un fin filet continu d'eau. Adieu à la douche. Néanmoins, ça suffirait pour boire et laver le plus gros.
"Comment va Asa ?
L'appeler par son prénom lui paraissait toujours irrévérencieux.
- Elle ne s'est pas réveillée.
Qui Gon se rapprocha et l'examina. Pupilles réactives, pouls bien pulsé.
- Laissons-la dormir encore."
Il s'assirent sur des lits voisins. Le matelas était constitué de fibres végétales finement tressées et rembourré d'un genre de coton mou. C'était tout sauf confortable. Mais l'attention des neftiens était touchante.
L'un après l'autre, maître et padawans allèrent se débarbouiller, en attendant leurs nouveaux "tissus pour le corps".
Quand Qui Gon revint dans le dortoir, Asa s'était réveillée et discutait avec Obi Wan qui lui racontait à quel point les neftiens étaient… surprenants.
"Une intelligence collective. C'est passionnant.
Qui Gon n'était pas certain d'être aussi enthousiaste.
- Comment vous sentez-vous ?
- Cassée. Mais mieux dans l'ensemble.
- Suffisamment pour vous tenir debout ?
Asa rejeta le drap, et s'assit très lentement au bord du lit. Obi Wan lui offrit son bras comme support, et elle se mit sur ses jambes.
- C'est terrible, mais je tiens. Je ne pourrai pas marcher longtemps par contre.
Qui Gon réfléchit.
- Les neftiens ont l'air assez accommodants. Nous pourrions leur demander une canne ? Cela vous aiderait, Maître Ue ?
Elle acquiesça, soulagée de trouver une solution, fût-elle provisoire, à si bon compte.
- Doit-on leur préciser qu'il faut qu'elle soit en bois de gimer ? demanda Obi-Wan, narquois.
Asa éclata de rire, avant que Qui Gon, d'abord un peu ennuyé par le trait d'humour irrévérencieux, ne laisse glisser un sourire puis un petit rire de ses lèvres.
Et il était bon d'être ensemble, en vie, et de rire pour des bêtises.
