Septième leçon.
Newt soupira parce qu'il se sentait comme une grenade qu'on ne tarderait pas à dégoupiller ..., et il allait bien finir par faire exploser son environnement d'une façon ou d'une autre. Et le garçon n'arrivait pas à savoir si le fait de le pousser à bout allait être une bonne chose finalement ou s'il n'allait faire qu'aggraver les choses et son cas auprès de Thomas. C'est bien pour cette unique raison d'ailleurs, qu'il se contenait autant qu'il le pouvait parce qu'il ne voulait pas faire plus de mal, parce qu'il voulait croire qu'il avait encore le moyen d'arranger les choses d'une manière ou d'une autre. Surtout que Minho semblait avoir un plan et si son pétage de plomb n'en faisait pas partie il risquait de tout ruiner.
— Dépêche-toi un peu !
La douce voix de sa maudite cousine ...
— Que je traine ou pas, tu vas finir par nous mettre en retard, alors lâche-moi un peu !
Une dernière fois Rachel donna un coup dans la porte et fini par tourner les talons, sûrement pour aller ruminer dans sa chambre à quel point elle ne le supportait plus. Assez drôle, parce lui aussi pensait exactement la même chose : il ne pouvait plus rester sereinement dans la même pièce qu'elle. Cette semaine, il avait même fait un test qui s'était soldé par un échec ..., moins de cinq minutes en sa présence alors que la jeune fille ne lui parlait même pas et son cerveau réfléchissait déjà à toutes les opportunités pour se débarrasser de cette sale petite, qui s'étaient offertes à lui, qui s'offraient à lui et qui allaient s'offrir à lui. Autant d'occasion qu'il allait malheureusement ignorer, sûrement parce qu'il était trop gentil.
Un dernier jet en direction de son visage et il coupa l'arrivée d'eau de sa poire de douche. Un instant, il pensa à glisser malencontreusement contre le carrelage de sa salle de bain, tout en croisant les doigts pour se faire une petite entorse du poignet ou n'importe quoi d'autre qui pourrait lui éviter cette désagréable soirée qui s'amenait. Mais bon, il fallait croire que Newt était trop adroit, parce qu'il sorti de la douche et s'emmitoufla dans sa serviette sans rencontrer le moindre problème ou du moins, aucun problème qui portait le prénom de Rachel.
Une main sur sa brosse à dent, l'autre trifouillant ses cheveux pour essayer d'en faire quelque chose d'agréable à regarder, il repensa à l'époque où tout avait capoté entre eux deux. Ce jour-là, Newt ne pensait pas à mal, ne pensait pas que l'histoire prendrait une telle ampleur ou que Rachel serait à ce point jalouse. Comme elle avait souvent été présente pour lui, il s'était dit que cette fois-ci aussi il pourrait compter sur elle ... Mais non. Si seulement le garçon n'avait pas partagé avec elle le secret de son couple, ses sentiments pour Tommy et à quel point il était heureux que les choses fonctionnent si bien entre eux, alors il n'en serait pas là à souffrir stupidement. S'il avait ouvert rien qu'un peu les yeux, accordé plus de temps à l'observation ..., alors il aurait rapidement compris que Rachel aussi était éprise de Thomas – de toute façon, on ne pouvait qu'aimer ce type – et que toutes ses crises de jalousie ne lui étaient finalement pas dédiés comme ils le pensaient.
Mais être épris de quelqu'un ne signifiait-il pas vouloir son bonheur sans pour autant être à ses côtés ? Un peu comme lui maintenant ... Pour que Thomas reste heureux, il ne lui avait suffit que d'une dizaine de minutes pour lui dire « Au revoir », pour foutre en l'air tout ce qu'ils s'étaient évertuer à construire. Mais le brun était heureux maintenant, et Newt le vivait un peu mieux que les premiers jours parce que mine de rien, il protégeait son ancien copain même si c'était de loin et même s'ils auraient – peut-être – pu se protéger mutuellement si le blondinet s'était ouvert et confié à lui sur ce qu'il vivait, sur ce qu'il ressentait. La peur de le perdre, qu'il lui arrive quelque chose lui rongeait douloureusement l'estomac et il l'aimait tellement qu'il avait cru bien faire, prendre les bonnes décisions. Perdre Tommy lui avait fait réaliser son erreur, mais il était déjà trop tard pour revenir en arrière, pour espérer pouvoir changer l'histoire en sa faveur.
Trois coups furent frappés contre la porte de la salle d'eau – si seulement elle pouvait utiliser cette force pour s'annoncer avant de rentrer dans sa chambre – et le firent sortir de sa torpeur. Le jeune homme s'empressa d'accrocher ensemble les derniers boutons de sa chemise blanche et de la cintré avec son pantalon. Rien pour l'emmerder, il ne prit pas la peine de remonter ses manches. Rachel allait le faire elle-même et puis, cela lui permettrait de gagner un peu de temps avant de croiser le regard noir de Thomas et moqueur de Minho.
Un regard en direction du miroir lui offrit une vue incroyable sur son état lamentable et son look minable ..., qu'est-ce qu'il pouvait détester lorsqu'elle le forçait à porter des vêtements de ce genre. Mais en même temps, il était un peu gagnant dans cette histoire, parce que Tommy lui adorait – ou du moins à l'époque. Et d'ailleurs, cette petite chemise blanche est la même que celle qu'il avait la dernière fois que le brun et lui ont dépassés les limites, la même qu'Edison à lentement mais sûrement déboutonné pour avoir accès à son corps. Ce même tissu qui a fini sa course sur le sol de la chambre d'ami de Minho, pendant que Thomas lui arrachait des gémissements et que Newt, lui tirait des grognements. Thomas et ses coups de reins, Thomas et ses gémissements, Thomas et son corps, Thomas et tout l'amour qu'il avait pour lui, lui manquait horriblement et il n'avait pas pu se résoudre à le laisser filer après le premier round. Newt l'avait cherché, pousser dans ses retranchements pour en avoir encore, pour en avoir plus. Depuis qu'il connaissait Edison, il n'en avait jamais été vraiment rassasier.
— Newt, tu vas sortir de là, merde !
Rachel n'avait jamais été très patiente, surtout lorsqu'il était question de croiser le chemin de Thomas. Mais l'intervention eu le mérite de calmer sa respiration, l'emballement de son cœur et l'afflux de sang en direction du sud de son corps. Ouvrant la porte après avoir secoué la tête, il attrapa la paire de chaussure que la jeune fille lui tendait tout en souriant à la vue de son regard noir. Certes, il avait dit qu'il se plierait à ses volontés mais il n'avait jamais promis qu'il le ferait de bon cœur.
Une fois sa paire de chaussure enfilée, elle le regarda de haut en bas. Ses yeux d'habitudes si inexpressif, se teintèrent de fierté : visiblement elle aimait ce qu'elle avait de lui, elle appréciait la transformation. Évidemment, elle prit un moment pour retrousser ses manches, en lui grognant dessus que c'était un incapable dépourvu de style vestimentaire. Et elle aurait pu se faire le plaisir de continuer à le descendre verbalement pendant des heures, si seulement ils n'étaient pas déjà bien en retard. La nuit était déjà tombée sur la ville, alors la fierté se mua vite en impatience, les critiques en grognements et Rachel se jeta sur son bras sans lui faire le moindre compliment. Le gémissement de dégout se coinça rapidement au fond de sa gorge, mais il ne retint pas sa grimace face au toucher. Sans plus de cérémonie, la jeune fille le tira à sa suite dans les rues du quartier jusqu'à atteindre la maison de Minho d'où s'échappait déjà pas mal de bruit alors qu'ils n'étaient même pas encore arrivés.
Lorsqu'il aperçut enfin l'immense porte d'entrée de son ami, Newt commença à se liquéfier lentement. Finalement, cette soirée était une mauvaise idée et il aurait dû forcer le destin à l'achever en sortant de sous la douche plutôt qu'en rencontrant les deux prunelles whisky de Thomas. Merde quoi ... Il n'avait même pas eu le temps d'en discuter avec Minho, de prévoir ses répliques ou ses expressions faciales. Il allait devoir réagir à chaud et dans ce genre de situation, le blondinet était minable – un vrai gros naze.
À quelques mètres seulement de la porte, il se mit à prier tous les dieux qu'il connaissait et qui lui tombait sous la main comme si cela allait changer quelque chose, modifier le destin, offrir à cette soirée un tournant inattendu. Newt allait jusqu'à supplier mentalement les dieux, pour que l'asiatique ait un sacré plan d'attaque et pas juste un truc échafaudé à la rache. Minho était son unique pilier, son dernier plan de secours : son plan Z, parce que tous les plans précédents s'étaient soldés par un échec cuisant et humiliant. Le blondinet plaçait désespérément ses espoirs en la personne de l'asiatique, en son cerveau de génie du mal ... Parce que si cette tentative aussi échouait, Newt laisserait définitivement tomber cette affaire. L'histoire n'avait que trop durer et il s'était battu trop longtemps ; le blondinet n'avait plus la force de se battre éternellement contre sa cousine.
Son corps se stoppa subitement, Rachel le tenait toujours fermement par le poignet depuis qu'ils avaient quittés sa chambre et d'un mouvement brusque, elle l'avait empêché de lui passer devant et de se manger la porte ou de lui voler la vedette en entrant avant elle dans la maison de l'asiatique. Newt soupira légèrement amusé par son comportement, vouloir être le centre de l'attention expliquait peut-être la perte de la faculté d'observation qu'elle possédait auparavant ..., sinon nul doute qu'elle aurait rapidement compris que tout le monde – et Thomas y compris – se fichait bien d'elle et de ses arrivées tardives. Les autres étaient bien trop occupés à boire, à danser et à chanter à tu tête pour s'apercevoir qu'une idiote s'emmerdait à sonner pour entrer dans une des fameuses soirées mythiques de Minho. Tout le monde savait qu'à partir d'une certaine heure, il n'était plus nécessaire de s'annoncer.
Mais le sourire qu'affichait Rachel lui prouvait que bon, elle n'était peut-être pas si bête que cela et ce n'était pas vraiment l'attention des autres qu'elle recherchait ... Ce qui expliquait son sourire de fouine fière de son coup. Si l'hôte de la soirée à savoir Minho le mec qui faisait copain-copain avec la terre entière, se trouvait en compagnie du beau-gosse mélancolique Thomas Edison, alors il y avait de forte chance pour qu'ils viennent ouvrir ensemble, tous les deux et que Newt meurt sur le coup lorsque la foudre des yeux whisky s'abattra sur lui.
Malheureusement, au moment où il amorça un mouvement pour opérer un demi-tour – s'enfuir en réalité – la clenche de la porte d'entrée de Minho s'actionna, le coupant net dans son élan. Impossible de s'échapper maintenant que les prunelles de Thomas le clouait sur place et que le sourire de Minho réclamait justice. Sans oublier l'aura triomphante de sa cousine face à son strike.
— Rachel et Newt, en voilà une bonne surprise ! s'exclama Minho sans même essayer de cacher le sarcasme dans son timbre de voix. On ne vous attendait plus.
— Voir pas du tout même, ne peut s'empêcher d'ajouter le brun, pas heureux face à la présence de Newt.
Et toc, dans tes dents sale peste ! pensa très fort – mais alors vraiment très fort – Newt, au point qu'un drôle de sourire lui mangeait désormais le visage sous les yeux étonnés du brun qui ne comprenait pas comment une remarque de ce genre pouvait arracher un sourire à quelqu'un. Mais Thomas ne l'avait pas désigné juste lui, il avait aussi englobé cette sale petite peste qui lui servait contre son gré de cousine et rien ne pourrait rendre le blondinet plus heureux en cet instant.
Rachel étant Rachel ... Elle ignora superbement le sarcasme de Minho et laissa glisser la pique de Thomas pour se jeter sur ce dernier un sourire aguicheur aux lèvres. Comme la vipère qu'elle était, elle ne se gêna pas pour enrouler son bras autour de celui du brun, sous l'œil mauvais du blondinet et la grimace – loin d'être discrète – de dégoût de Minho. Thomas se contenta de rester immobile tout en la fusillant du regard en espérant qu'elle le lâche rapidement.
L'hôte de la soirée poussa un soupir digne d'une pièce de théâtre. Depuis que Newt lui avait raconté les petites manigances de cette dernière, il avait dû mal à rester calme lorsqu'elle se trouvait dans les parages. Rachel n'était arrivée que depuis quelques minutes seulement et Minho sentait déjà la corde de sa patience se tendre dangereusement. Vite, il fallait que son cerveau de génie ne trouve une parade pour l'éloigner d'ici, pour se débarrasser d'elle avant que Newt ne lui saute sauvagement au cou, qu'il ne lui dévisse la tête ou qu'il l'étouffe en lui faisait ravaler son horrible sourire de sorcière satisfaite pendant qu'il se ferait un plaisir de l'immobiliser au sol. De plus, les poings de Thomas tremblaient étrangement, signe que lui aussi n'allait pas tarder à craquer et à vouloir la tuer lentement ou même rapidement, pour qu'elle lui lâche le bras et la grappe à vie.
— Rachel, commença Minho en essayant de se montrer aussi gentil qu'il le pouvait mais c'était beaucoup plus fort que lui alors la tension était clairement palpable rien qu'en prononçant son prénom, rentre donc te prendre un verre. On aimerait bien discuter entre mecs, donne-nous cinq minutes.
La mâchoire de la jeune fille se fracassa presque sur le sol tandis que sa poigne sur l'avant-bras de Thomas se relâcha. Elle planta furieusement ses iris dans celles du blondinet qui se sentait clairement pris en sandwich entre Minho qui l'encourageait à lui tenir tête et elle qui n'avait qu'une envie, lui arracher sa dite tête ... C'est le froncement de sourcils du brun ainsi que son hochement de tête qui finirent par convaincre Newt qu'il était clairement temps pour lui de s'imposer face à elle.
Enfin, elle abandonna – pour cette fois – la partie en même temps qu'elle rendait à Edison sa liberté. Mais le plus jeune n'était pas dupe ..., une fois de retour chez eux, elle allait le cuisiner comme jamais et reprendre de plus bel ses menaces. Rachel venait de saisir qu'il avait parlé, qu'il s'était confié et que Minho était désormais son allié dans cette guerre froide. Un dernier regard en direction de son cousin et elle leur tourna le dos en claquant sa langue contre son palais.
La porte d'entrée leur offrit un sursaut de surprise et ils s'autorisèrent à pousser un soupir de soulagement tout en se regardant furtivement. Newt, parce qu'il allait avoir un moment de liberté, de répit loin de sa langue de vipère et de ses coups tordus. Minho surtout parce qu'il était fier de lui et excité à l'idée de poursuivre son plan et d'aider son blondinet préféré. Quant à Thomas …, le feeling n'était jamais passé entre elle et lui, malgré toutes les tentatives qu'elle avait fait pour venir vers lui. Elle dégageait quelque chose de faux et de malsain, sans parler du fait qu'elle s'en prenait régulièrement à Newt lorsqu'ils étaient plus jeunes. Alors oui, il avouait qu'à choisir, Edison préférait largement passer du temps avec son ex plutôt que d'être avec sa cousine maléfique et cela, le cerveau de Minho l'avait plutôt bien compris …
— On s'planque dans un coin ?
