PARTIE 1 : PRELIMINAIRE PASSIONNEE
« Il avait eu des journées sombres où l'ombre fantomatique et dévastatrice d'un passé flou planait sur ses épaules, l'empêchant de se livrer aux préoccupations futiles qu'engendrent l'amour, puis, sans s'annoncer ce sentiment qu'il jugeait jusqu'alors insignifiant s'immisça dans son existence morose et lui laissa envisager un avenir chimérique. »
CHAPITRE 1 : L'inattendue rose
[1]
Sasuke Uchiha dormait paisiblement. Le soleil, d'humeur espiègle, s'invitait par la fenêtre de sa minuscule chambre, ses rayons orangés vagabondant sur son visage blafard et presque fantomatique, l'obligeant à sortir expéditivement de ses rêveries. Ses yeux à demi-clos frémirent au contact de la lumière trop forte, ses mains s'élevèrent instinctivement au-dessus de ses iris noires et le protégèrent de cette éclatante agression. Comme chaque matin, il sortit de son lit aux draps nacrés, alluma la machine à café et se désola face au vide de son appartement. Jusqu'à ses six ans, il se délecta de réjouissances familiales, savoura chaque repas convivial et se régala jusqu'à s'en dégouter d'affection et de tendresse. Tout cela lui semblait bien lointain, si perdu au fin fond de sa mémoire qu'il en venait parfois à se demander si ce n'était pas juste son imaginaire qui lui jouait des tours.
Le lendemain de la perte de sa famille entière, il édifia autour de sa personne une muraille prenant racine dans son dégoût envers la société et son impossibilité à envisager un avenir radieux et enivrant. Les matinées ensoleillées comme celle-ci l'empêchaient de se réjouir : il ne supportait plus le soleil, l'été et tout ce qui puisse avoir rapport avec. La sonnerie stridente de sa vieille machine nespresso l'invita à récupérer sa tasse, qu'il s'empressa de porter à ses lèvres avant d'allumer une cigarette.
Le regard perdu dans le vide il réfléchit au déroulement de sa journée, qui -il le savait d'avance- se cofonderait si bien avec les autres qu'il n'en éprouverait aucune satisfaction. Le vague souvenir d'une discussion avec son meilleur ami lui frappa l'esprit comme un éclair et eut pour effet de l'exacerber, alors même que sa journée n'avait pas commencé et qu'elle s'annonça rude, son patron lui confiant ces derniers temps des tâches de plus en plus alambiquées.
La veille, dans un bar miteux et à la limite de la bienséance, il avait rejoint Naruto Uzumaki pour boire une bière artisanale, soit dit en passant la boisson préférée de ce dernier. Un barman barbu et tatoué de la tête aux pieds leur servit deux pintes et ils se délectèrent de l'exquis breuvage durant deux bonnes heures, au cours desquelles ils firent le point sur leurs nombreuses péripéties. Le brun se douta à la mine impatiente et excitée de Naruto qu'il avait une demande incongrue à lui faire et qu'elle était très certainement la raison de leur rencontre.
« Tu te souviens de mon super pote Kiba ? Tu sais le mec dont je te parle souvent.
- Pas le moindre du monde, désolé. » Menti le brun, déjà las par la tournure que prenait la discussion.
« Mais si ! » S'écria le garçon. « Celui avec qui je sors à L'intime, tu as déjà bu un verre avec nous je te signale. » Il souffla, agacé par la torpeur dont faisait preuve Sasuke.
« Si tu crois que je dresse une liste de tes fréquentations toutes plus riches qu'inintéressantes, tu te trompes. »
Un air satisfait et réjoui -que seule une personne triomphante arbore- se dessina sur le visage hâlé de son ami.
« Tu fais genre mais tu sais très bien de qui je parle en fait. »
Il n'en fallut pas plus pour l'agacer, l'entêtement de Naruto représentait une des principales causes de leurs nombreuses disputes.
« Bah quoi ! » S'exclama le blond, décontenancé face à l'agacement de l'autre.
Ils se rencontrèrent à l'orphelinat de Konoha et ce fut le seul lien que le brun taciturne s'autorisa à tisser, malgré lui. Tant de choses les opposaient, les cheveux blond couleur paille narguaient les bruns lugubres alors que le bleu azur des yeux déplaisait aux onyx de Sasuke. Jusqu'à leur manière de vivre et façon de penser, les deux amis ne s'accordaient que très rarement. Naruto se complaisait dans une vie de bohème, sans point fixe, sans responsabilité, un éternel vagabond sans le sou qui se satisfaisait de la moindre chose, même la plus banale. Tandis que Sasuke pourchassait un idéal de vie, une quête de justice qui l'obnubilait.
« Putain Sasuke, est ce que tu m'écoutes un peu ? » S'impatienta le blond.
Sans s'en rendre compte, il ne lui avait pas adressé un regard ou une parole depuis dix minutes, le laissant dans le flou total. Ces derniers temps, le garçon tourmenté se perdait plus que d'habitude dans ses pensées.
« Excuse-moi, pourquoi tu me parlais de ce gars ? » Finit-il par demander, intrigué.
« Il organise une fête géante demain, je me disais que ça te ferait du bien de voir du monde, et puis open bar toute la soirée, c'est un argument suprême ça, nan ? »
Le blond émis des jérémiades, qui en plus de leur valoir des regards oppressant de la part des autres clients du bar, irritèrent son ami. Sasuke voyait déjà le plan : Naruto profiterait de la soirée pour vendre de la drogue à des adolescents tout juste majeurs et lui resterait dans le décor à discuter avec des enfants de bourgeois, ne connaissant rien de ses troubles ou de la réalité de la vie, très peu pour lui.
« Sans façon, merci quand même pour la proposition. »
Cette manière dédaigneuse avec laquelle il répondit par la négative tarauda Naruto. Repousser les autres, plus particulièrement les liens affectifs et les nouvelles rencontres constituaient l'unique raison pour laquelle Sasuke ne possédait qu'un ami. Le blond, toujours souriant et à l'affut de la moindre occasion pour rire ne comprenait pas l'amertume de son ami envers les autres et cela le contrariait beaucoup, alors que lui s'évertuait à se constituer un semblant de famille, l'autre s'enfonçait toujours plus dans sa spirale nébuleuse.
« Mais quand est-ce que tu vas arrêter d'être aussi con Sasuke ? Il se leva. Je n'attends pas de réponse de ta part, juste ta présence demain soir. »
Il n'aimait pas la manière voire la facilité avec laquelle son ami le forçait toujours à lui faire faire des choses qui le répugnaient. Maintenant que le jour s'était levé, Sasuke affalé dans son canapé en cuir se devait de prendre une décision pour ce soir ou de trouver une excuse valable pour ne pas subir les foudres de l'autre. Bien évidemment, il décida de se rendre à cette fameuse fête, simplement pour éviter une ixième querelle. Il termina sa journée de dur labeur vers dix-neuf heure et ne prit pas la peine de repasser chez lui pour bien s'apprêter, d'avance il savait qu'il s'ennuierait là-bas.
A peine arrivé dans le grand parc, surnommé "l'espace vert de l'électro", qu'il fut écœuré par la dégaine des invités. Tous ces étudiants représentaient l'archétype de ce qu'il détestait : des filles et fils à papa ayant grandis dans une bulle dorée, préservés de la violence du monde extérieur et de ses méandres. Comme par hasard, l'hôte avait réservé le parc servant régulièrement d'aire pour des festivals de musique électronique. Cette étendue d'herbe réputée pour ce genre d'évènements où garçons et filles s'entremêlent les pupilles dilatées et la mâchoire serrée contribuait à l'enrichissement de son meilleur ami, ce dernier vendant régulièrement de la drogue dans le coin, soi-disant pour « mettre du beurre dans les épinards ».
Sasuke toisait leur hôte, un brun avec quelques centimètres de moins que lui, des traits semblables à ceux des chiens et des piercings à outrance. Il se maudissait pour avoir cédé aux caprices du blond, plus jamais on ne l'y prendrait. L'analyse du reste des convives l'alarma, leurs tenues toutes propres, identiques accordées à leurs mines béates le conforta dans son repli stratégique près du bar. Décidément, Sasuke haïssait cette période de l'année, plus propice que les autres aux débordements, aux touristes et aux soirées remplies de menteurs et de fourbes. L'air perdu, un verre dans la main droite, une cigarette dans l'autre, sa veste en cuir sur le dos et ses cheveux ébouriffés faisaient tâche dans le décor. Pourtant toutes les filles le regardaient, il se dit qu'elles n'avaient pas l'habitude de voir un garçon des bas quartiers. En réalité, peu importe la tenue qu'il aurait pu porter, Sasuke Uchiha était un beau garçon, un très beau garçon qui attirait tous les regards.
« Naruto, arrête de te dandiner comme un abruti, ce n'est pas parce que je ne te regarde pas que je ne peux pas t'écouter. » Lâcha le brun, les nerfs à vif.
Le blond s'évertuait à capter son attention depuis dix bonnes minutes en s'agitant et gesticulant dans tous les sens. Il devait pourtant savoir que son ami est imperturbable.
« Pourquoi il faut toujours que tu prennes cet air supérieur ? » S'exclama vigoureusement le garçon.
Sasuke se demandait de plus en plus comment leur relation fonctionnait, voire survivait. De toute évidence : Naruto était bien trop énergique pour lui. Avoir comme meilleur ami l'incarnation de la vivacité ne lui rendait pas tâche aisée tous les jours.
« Ce serait bien que tu essayes de faire connaissance avec mes amis. Si tu prenais un peu sur toi tu verrais qu'ils sont tous très gentils. »
Il souffla de désespérance dans un premier temps, fatigué que son ami cherche constamment à le sortir de sa torpeur.
« Pour ta gouverne, gentil n'est pas synonyme d'intéressant. »
Encore une parole cinglante qui eut pour réponse un haussement de sourcil désapprobateur. Non seulement, son air hautain agaçait son meilleur ami mais il le blessait par la même occasion. Il en avait marre de l'isolement social que Sasuke s'infligeait. Pour éviter une quelconque discorde à propos de l'éternel insociabilité du brun, le blond s'éclipsa, espérant peut-être faire une romantique rencontre ce soir.
Une fois de plus, Sasuke se retrouvait seul. Cette journée s'achèverait comme toutes les autres, avec le ressenti d'être orphelin. Il ne supportait plus ce sentiment de solitude constant et pourtant était dans l'incapacité d'améliorer son état. Perdu dans ses pensées, il ne fit pas attention au regard turquoise qu'il croisa, au contraire de son détenteur.
C'était une belle soirée d'été. Le soleil se couchant libérait une douce lumière orangée et rosée sur le gazon et les pâquerettes. Sakura portait une robe rouge assez moulante et à faire tomber. Ses cheveux roses remontés en un chignon, ses fins pieds emprisonnés dans des escarpins, elle semblait sortir d'un conte de fée.
Dansant félinement sous un Lila, s'esclaffant de bonheur, hurlant effrontément sa félicité à qui voulait l'entendre, on ne voyait qu'elle. Comment ne pas succomber au charme de cette reine suprême ? Quant à cette dernière, perchée sur ses talons aiguilles, ses yeux ne pouvaient quitter un garçon bien solitaire au teint pâle et à la chevelure indomptée. Il avait beau être froid et hostile, personne ne pouvait contester son charme à couper le souffle, déstabilisant toutes ses rencontres. Impossible de lutter contre telle merveille de la génétique. C'est certainement ce qui attira la rose le premier soir de leur rencontre.
Elle ne le connaissait que de vue et l'admirait déjà, le dévorant du regard, cherchant son attention par tous les moyens. Peut-être aurait-il mieux valu qu'on l'avertisse que son cœur s'aventurait sur une pente vertigineuse et que sa chute le briserait en de nombreux morceaux. Cependant, ce jour-là, personne ne connaissait le psychopathe sommeillant en lui et mieux ne valait pas connaître ce meurtrier.
Il commençait déjà à se faire tard. Le ciel ensoleillé laissait place à la pénombre d'une nuit étoilée. Les quelques verres alcoolisés consommés par la rose traçaient dignement leur chemin, se diluant dans son sang, la rendant électrique et audacieuse. Son esprit s'embrasait, les flammes du désir la consumant, l'incitant à partir à l'assaut, sans aucune peur du rejet, vers ce garçon ténébreux.
Sasuke s'ennuyait, depuis plus de deux heures une blonde écervelée tentait de le draguer, manifestement la trivialité de la jeune femme ne choquait que lui puisque les autres jeunes à ses côtés la regardaient avec des yeux écarquillés, buvaient ses paroles et poussaient le vice jusqu'à rire avec elle.
« Je vais me dégourdir un peu les jambes, ne m'attendait surtout pas. » Prétexta le brun pour les abandonner.
La soirée ne désemplissait pas, au grand dam de Sasuke, pire encore, ses participants de plus en plus ivres devenaient ingérables et grossiers. Jonchées au sol, des filles déversaient le contenu de leurs estomacs pendant que des garçons peu scrupuleux forçaient certaines à les raccompagner.
Près d'un grand chêne il trouva un refuge assez près pour observer ce remu ménage et assez loin pour ne pas être importuné. D'un geste mécanique il s'alluma une cigarette et à peine fut-il à la moitié qu'il sentit un regard sur lui. Qu'elle ne fut pas sa surprise de voir une jeune fille aux cheveux roses et à l'air poupin le rejoindre. Il devina très vite à ses airs angéliques à quel genre elle appartenait. A celles qui voit l'été comme un entre-temps dédié à la découverte et la libération, encore une innocente couvée et choyée par des parents modèles, qui dès la rentrée se pavanerait dans une école supérieure hors de prix.
Il l'appréhenda comme une rose délicate qui se devait d'éclore pour comprendre l'inaccessibilité de son utopie. Sasuke ne sut jamais pourquoi, bien qu'il suppose que son ennui mortel y était pour beaucoup, mais il lui accorda un regard qui se voulu bienveillant et qu'elle considéra invitation. La jeune fille s'assit à côté de lui, bouleversant ses habitudes solitaires de corbeau indomptable ainsi que sa soirée. Sans qu'ils ne s'en doutent, leurs existences jusqu'ici banales et monotones prenaient un tournant sans retour possible.
[2]
Karin Uzumaki profitait de cette belle journée pour se pavaner dans le Nord de Konoha. Son esprit corrompu se délectait de ses balades régulières dans ce quartier jonché de vitrines hors de prix et de bons partis. D'habitude vêtue légèrement et misant tout sur ses courbes agréables elle se jetait aux bras de garçons de bonne famille mais depuis peu, ce jeu ne l'intéressait plus. Seul Sasuke Uchiha la captivait. On le disait mauvais comme la peste mais la jeune femme n'avait que faire des rumeurs colportées par des jaloux et des envieux pathétiques.
Elle n'avait jamais ressenti une passion aussi dévorante pour quelqu'un que pour le brun taciturne. Elle le vit pour la première fois à une soirée privée où seuls les membres d'un club très élitiste pouvaient s'afficher. Le dirigeant de ce cercle sélectif n'était autre qu'Orochimaru, le patron de la rousse mais également celui l'ayant sauvée de la misère de la rue. Elle se souvient comme si c'était hier de l'apparition de son sauveur à cette soirée et surtout du garçon qui se tenait à sa droite.
Deux années s'étaient écoulées depuis mais les souvenirs intacts de la jeune femme lui donnaient des frissons, tout son être tressaillait face à cette excitante nuit. Elle se souvint de son ressenti au moment où elle croisa le regard fier de son employeur d'exhiber son nouveau protégé : le dernier représentant du prestigieux clan des Uchiha. Devant ce duo captivant, la rousse se sentit insignifiante et inutile comme si leur prestance aspirait toute confiance en elle. L'un la terrifiait, l'autre l'intriguait. Autour du jeune garçon, une ombre obscure et mystérieuse planait, quelque chose de troublant le rendant inaccessible au commun des mortels. C'est précisément ce jour-là qu'elle en tomba follement éprise. Son aura noire et tourmentée appelait toutes les parties du corps de la rousse, elle en bavait littéralement, son corps ne vibrant plus qu'aux respirations de sa nouvelle convoitise.
Il y a deux ans de cela, Orochimaru avait bel et bien organisée une réception outrancière où champagne et whiskey coulèrent à flot dans l'unique but d'agiter son nouveau hochet face au gratin de la ville. C'est au sein même de son bar souterrain aux murs en velours pourpre, qu'il afficha narquoisement son nouveau bras droit : Sasuke Uchiha.
Un spectacle attisait la sauvagerie du beau monde. Quatre jeunes femmes se déhanchaient sur une mélodie suave, s'évertuant à paraître désirables avec leurs tenues légères et leurs danses lubriques. Les spectateurs se délectaient de ces petites prestations quotidiennes offertes par la maison. Orochimaru savait recevoir, surtout à une époque où le gouvernement en place restreignait ce genre de frivolités. La plus élancée des quatre enleva délicatement le fin tissu qui couvrait sa poitrine et le laissa glisser lentement sur le sol. Une fois assurée que le textile trônait par terre, elle leva la tête arborant une moue innocente au visage, comme prise en flagrant délit. Cet air qu'elle se donnait semblait si vulgaire aux yeux onyx de Sasuke qu'il en avait des hauts le cœur. Il préférait détourner le regard plutôt que de prendre part à une telle sauvagerie.
La tension sexuelle atteignait son paroxysme, tout comme les grammes d'alcool dans le sang des spectateurs, et la rousse jubilait. Cet endroit et ses clients la faisaient vibrer, elle adorait ce monde sombre et barbare. Il y a quelques années, la jeune fille vagabondait dans les rues, à la recherche de quelques pièces et d'un peu d'affection. Elle comprit vite que ses attributs féminins lui permettraient de gagner bien plus que les quelques centimes qu'on voulait bien lui offrir en sortant d'un commerce. Au début, elle travaillait à son compte, se faisait sa petite clientèle tranquillement sans chercher à tapiner sur des trottoirs déjà occupés. Puis, un jour, une grosse limousine noire avec vitre teintée s'arrêta sous son nez et on l'obligea à entrer, ce fut le commencement de son adhésion à l'organisation la plus criminelle de Konoha. Certainement la plus pervertie aussi, son créateur, le propriétaire du bar, ne poursuivait qu'un but : faire basculer les mœurs, que le diable renaisse de ses cendres et règne sur le pays. Lucifer étant Orochimaru, car finalement, c'est lui qui aspirait au chao plus que l'être mystique vénéré.
Pour une raison inconnue, ce richissime patron d'Otto s'installa à Konoha quelques années après l'investiture au pouvoir de Sarutobi. Certains potins s'accordèrent à dire qu'il nourrissait l'espoir de dépénaliser l'inceste, la polygamie et l'eugénisme. A l'époque, Karin n'avait que faire de ces élucubrations. Pourtant elle aurait dû prêter plus attention à ce que les villageois racontaient car les plans d'Orochimaru semblaient bien plus noirs que supposés. Il se constitua une armée au fur et à mesure que les années passèrent. Au sommet de la hiérarchie, des hauts dirigeants politique, des directeurs de banque, des gérants de grandes entreprises prenaient place, au contraire tout en bas on retrouvait des petits dealeurs de drogues ou encore de pauvres étudiants fauchés. Tous se battaient pour obtenir les faveurs du maître et monter dans son estime.
La rouquine se souvint de tous les travaux qu'elle dut accomplir depuis son adhésion jusqu'à sa montée en grade. Maintenant, elle pouvait se pavaner tous les soirs au club, verre de vin à la main. Elle fut dans les premiers mois un amuse-bouche pour les clients, puis une danseuse, ensuite une serveuse jusqu'au jour où ses talents de fines manipulatrices furent repérés et mis à contribution.
L'alcool coulait tous les soirs à flot. La rousse s'abreuvait jusqu'à atteindre l'euphorie, le liquide âpre l'exaltait, elle appréciait tout particulièrement sa longue descente jusqu'à son estomac et s'amusait souvent à faire tourner son verre entre ses fins doigts telle une amatrice avertie. L'impatience d'être ivre se faisait toujours trop vite ressentir lorsque personne ne la distrayait. Elle allait entamer un énième verre lorsque l'objet de tous ses désirs apparut et s'assit à deux tabourets d'elle.
« Bonsoir, lâcha doucement la jeune femme, belle soirée, non ? »
Il ne lui adressa même pas un regard, l'ignora délibérément et ordonna un whiskey au serveur. Peu lui importait, elle savait qu'un être merveilleux et distingué ne se laisse pas amadouer aussi aisément. Elle reviendrait à la charge coute que coute.
Une vitrine alléchante la sortit prématurément de ses souvenirs : une robe vert émeraude semblant dessinée pour ses courbes félines. Elle s'empressa d'entrer dans le magasin, déterminée à voler l'étoffe. Oui, Karin était prête à tout pour séduire Sasuke Uchiha.
