Bonjour tout le monde, aujourd'hui je viens avec une petite fic un peu spéciale.

J'ai toujours beaucoup aimé Colin, ce genre de personnage qui en fait trop, qui ressent trop, en réalité. Je le trouvais hautement touchant dans le canon, mais dans la vraie vie, on sait bien comment ce genre de personnes sont traitées...

Le sujet peut être un peu dur mais je crois que j'avais besoin de l'aborder.

Cette histoire fait quatre chapitres corrigés par LuckyDevil (que j'embrasse au passage) qui seront publiés chaque semaine, samedi.

Bonne lecture !


Faire de son mieux

Chapitre 1 :

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Colin avait toujours fait de son mieux pour sourire.

Il avait eu quelques coups durs dans sa vie, comme tout le monde bien sûr. Il avait parfois pleuré, mais jamais en public. C'était sa fierté : il ne pleurait que lorsque personne ne pouvait le savoir, enfermé dans la salle de bain, avec la musique pour couvrir ses sanglots. Puis il séchait ses joues, retrouvait le sourire face au miroir, et ressortait affronter la vie.

Quand il s'était rendu compte qu'il n'était pas un enfant comme les autres et qu'il ne pourrait pas aller dans le même collège que ses amis, il avait cherché les points positifs, les avantages à être un sorcier, les qualités de ce nouveau monde. Il avait ainsi découvert un héros, un château magnifique et les possibilités illimitées de la magie.

Puis les harcèlements avaient commencé.

Les premières personnes qui avaient commencé, il ne les connaissait même pas personnellement. C'étaient des Poufsouffle de deuxième année qui en avaient eu marre de le voir tourner autour de Harry Potter pour prendre des photos.

- T'es vraiment comme une mouche autour d'une merde, Crivey ! Tu te prends pour qui à tourner autour de Potter comme s'il t'appartenait ?

C'étaient eux qui avaient inventé cette expression, une mouche autour d'une merde. Quand il les croisait dans les couloirs, il pouvait les entendre dire « mouche à merde », le murmurer d'un ton moqueur, méprisant, en secouant la main devant leur nez comme si c'était lui qui sentait la déjection. Harry Potter était le héros de toute l'Angleterre, surtout des sorciers de pure souche. Ils n'acceptaient pas que Colin, qui n'avait découvert l'existence de ce monde et de Harry que quelques mois plus tôt, puisse se croire permis d'essayer d'être proche de lui à ce point.

Les premiers mois, ça n'avait été que ça, les moqueries sur son passage. Il se sentait humilié, mais il n'en avait parlé à personne. Il se disait que tant qu'il pouvait sourire à ses camarades de classe et à Harry, alors tout irait pour le mieux.

Il avait rapidement été pétrifié par le monstre de la Chambre des Secrets, et quand il s'était réveillé, la fin d'année était presque là, et les Poufsouffle avaient bien d'autres choses à penser que de se préoccuper de lui. Il finit donc son année tranquillement et n'eut même pas besoin de passer les examens car Dumbledore les avait exceptionnellement annulés.

Mais durant sa deuxième année, le harcèlement reprit, cette fois soutenu par un peu plus de gens. Les Poufsouffle de désormais troisième année n'étaient plus les seuls à le bousculer dans les couloirs, d'autres le faisaient à présent et, surtout, le groupe de Draco Malfoy aussi s'y était mis.

Comme Malfoy détestait Harry et que Colin était ouvertement fan de lui, sa présence était devenue une insulte à ses yeux, et il ne se passait pas un jour sans qu'un Serpentard aux ordres de Malfoy ne lui prenne son sac ou ne le pousse violemment dans les couloirs. « La mouche », l'appelaient-ils encore, et cela les faisait beaucoup rire de le voir trébucher dans les grandes robes de sorcier informes qu'il n'était toujours pas habitué à porter.

Pour les Serpentard, d'ailleurs, il n'était pas question de s'arrêter à son admiration pour Harry, il avait tant d'autres défauts à relever ! À commencer par son origine, bien entendu, son « sang » moldu.

Il ne comptait plus les Sang-de-Bourbe qu'il avait essuyés sans rien dire, alors que c'était vraiment une insulte très grave dans le monde sorcier. Hermione Granger aussi avait reçu ce surnom, une fois. Harry et Ron Weasley l'avaient défendue avec tant d'ardeur, racontait-on, que quelqu'un avait reçu un sort de crache-limaces ! Après ça, jamais plus la meilleure amie de Harry Potter n'avait été insultée de la sorte.

Colin n'avait pas cette chance, et les agressions quotidiennes qu'il subissait devenaient si visibles que les autres Gryffondor avaient commencé à le remarquer...

Mais personne ne réagissait.

On le regardait avec pitié, l'air de dire « pauvre Colin », désapprouvant le comportement des autres, mais ne faisant rien pour lui venir en aide.

Et Colin ne faisait rien non plus, d'ailleurs. Il aurait pu en parler, même s'il n'avait pas vraiment d'ami. S'il l'avait dit à ses camarades de classe, peut-être qu'ils auraient essayé de l'aider, et s'il s'était adressé à ses professeurs, peut-être qu'il aurait été défendu. Mais il ne l'avait pas fait.

La réalité c'est qu'il ne voulait pas voir le regard des autres changer. Il avait honte de se comporter comme ça, passif, et de n'avoir rien à répondre. Parce que c'est vrai qu'il aimait prendre Harry en photo, qu'il aimait le regarder, lui dire salut le matin et l'encourager en personne pour le Quidditch. C'était vrai aussi qu'il était né-Moldu, qu'il n'arrivait pas toujours à comprendre les mœurs sorcières et que ses uniformes semblaient toujours avoir été taillés pour quelqu'un de plus grand et de plus costaud que lui.

Alors quand on se moquait de lui, il ne répondait rien. Parfois il allait même jusqu'à sourire face à eux. Il le faisait pour s'empêcher de pleurer, parce que s'il ne souriait pas, il s'effondrerait. Mais son attitude était prise comme une provocation, et les autres n'en devenaient que plus cruels en réponse.

Durant les grandes vacances qui suivirent, son petit frère Dennis lui annonça que lui aussi avait reçu sa lettre pour Poudlard et qu'il le rejoindrait à la rentrée. Colin lui avait souri, l'avait félicité, et était parti s'enfermer dans la salle de bain. Pendant que l'eau remplissait la baignoire et que la musique résonnait, Colin avait pleuré, priant pour que son frère ne vive pas la même chose que lui et que ceux qui l'ennuyaient soient punis et ne puissent plus continuer à faire ça.

Il n'en pouvait plus d'être insulté chaque jour, d'être regardé avec moquerie ou pitié par les élèves, d'avoir peur à chaque fois qu'il sortait de cours d'être bousculé dans les couloirs.

- Tu ferais mieux de crever, Sang-de-Bourbe ! lui avait dit un Serpentard.

Quand il avait dit ça, Colin avait fait semblant de ne rien entendre et avait passé son chemin en accélérant le pas. Mais maintenant, cette solution lui semblait envisageable. Il lui suffirait d'un sort, en deux ans Colin en avait appris plein qui suffiraient à lui ôter la vie, ne serait-ce que le sortilège de découpe pour s'ouvrir les veines, ou le sortilège de lévitation pour faire tomber un meuble sur sa tête. Ce serait rapide, et après ça il serait libéré à jamais des gars qui le harcelaient.

Harcèlement, le mot était dit. Il était harcelé.

Ce fut la première réelle prise de conscience de Colin. Il était harcelé, c'étaient donc ses harceleurs les coupables.

Lui n'était pas responsable de quoi que ce soit. Ni de sa passion pour les photos de Harry, ni de ses origines, il n'avait rien fait de mal. Le suicide, ce serait leur donner la victoire sur lui, et ça, aucun Gryffondor digne de ce nom ne pouvait l'accepter.

Colin pensait à Harry, à toute l'horreur qu'il avait subie depuis qu'il était bébé, et qui malgré tout tenait le coup encore aujourd'hui.

Colin voulait être comme lui, être un héros... Il voulait tout faire pour tenter de le devenir.

Mais pour ça il allait falloir être fort, très fort. Quand son frère serait à Poudlard avec lui, Colin ne se laisserait plus faire, il se défendrait.

Colin serra le poing et se glissa dans la baignoire en coupant l'eau.

À partir de maintenant, il allait faire de son mieux, non plus pour sourire, mais pour faire face.

Son principal réconfort fut que, lorsque les frères Crivey furent au château de Poudlard pour la première et troisième année, Dennis ne fut pas du tout exposé aux mêmes problèmes que lui. Il avait beau être le plus petit de tous les élèves de Poudlard et être un né-Moldu, il n'avait jamais été remarqué par les habituels agresseurs de Colin. C'était un soulagement sans nom pour lui qui avait toujours été protecteur envers son petit frère.

Ne voulant pas lui faire honte, et conformément à ce qu'il s'était promis, Colin changea de comportement. Quand on lui faisait un croche-pied, il parvenait presque toujours à l'esquiver, il ne souriait plus aux moqueries et répondait aux insultes.

- La mouche t'emmerde, laisse-moi tranquille !

- Eh bien, c'est qu'il essaie de se défendre le Sang-de-Bourbe ! se moqua un des Serpentard de cinquième année qui l'avaient coincé au détour d'un couloir. Qu'est-ce qu'il y a, on a mangé du lion aujourd'hui ?

- Foutez moi la paix !

Un de ses adversaires lui attrapa l'épaule et le poussa contre le mur où il le tint fermement. Ce n'étaient pas les bousculades habituelles, c'était la première fois qu'on le touchait si franchement, et ça mettait Colin très mal à l'aise.

- On t'a demandé si tu avais mangé du lion, la mouche !

Colin fronça les sourcils, ne comprenant pas ce qu'il voulait dire.

- Eh bien alors, tu ne réponds plus, la mouche ? Ne me dis pas qu'on a raison ?

- C'est dégoûtant !

- À force de tourner autour de lui, Potter a dû remarquer son cul, pas vrai ?

Colin rougit furieusement en comprenant finalement où ils voulaient en venir. Il était furieux qu'ils puissent sous-entendre une chose pareille.

- Harry n'est pas comme ça !

- Ça veut dire que toi tu l'es ?

Colin ouvrit la bouche mais ne trouva rien à répondre à cela tant il n'était pas préparé à aborder un tel sujet. On parlait d'homosexualité, là. Jamais Colin n'avait réfléchi à ces choses, ils n'en parlaient même pas à la maison.

Il ne savait absolument pas quoi dire. Alors, pour s'échapper de cette situation, il donna un grand coup d'épaule dans le Serpentard qui le tenait et réussit à se dégager pour s'enfuir en courant.

Durant les jours qui suivirent, un nouveau type de harcèlement prit place parmi tous ses précédents harceleurs mais aussi par d'autres qui n'étaient pas là avant. Peut-être parce qu'elles le voyaient comme un nouveau rival ou quelque chose dans le genre, il y avait désormais de plus en plus de filles qui participaient au jeu de qui trouvera la meilleure insulte.

C'était devenu un jeu populaire dans les couloirs et même en cours à présent.

Mais même là, les Gryffondor de la classe faisaient semblant de ne rien voir. Même Ginny Weasley, qui protégeait pourtant Loufoca quand les autres étaient méchants avec elle, ne semblait pas le trouver important. En fait, elle avait presque l'air d'être d'accord avec les filles qui l'embêtaient.

Cela faisait presque un mois que sa troisième année avait commencé quand l'une d'entre elles avait délibérément jeté un sort à ses vêtements pour que les coutures se déchirent. Il s'était retrouvé à moitié nu dans le parc de l'école, et presque tous ceux qui l'entouraient s'étaient moqués de lui, comme si c'était hilarant de le voir s'accroupir dans la boue en retenant tant bien que mal les pans de tissus qui se détachaient.

La sonnerie avait retenti et le parc s'était vidé alors qu'il restait sur place, sans savoir comment faire pour rejoindre sa classe ou même l'intérieur du château. Si jamais il se levait, il était persuadé que tous ses vêtements tomberaient autour de lui et qu'il se retrouverait totalement nu. Même s'il n'y avait presque plus personne, il n'avait aucune envie de se ridiculiser de la sorte.

- Hé, Colin !

Il releva la tête, sur la défensive, mais ce n'était que Ron Weasley.

Depuis leur première rencontre, Ron avait toujours été gentil avec lui. Il lui avait promis un autographe de Harry en première année, l'avait aidé quand il se perdait dans les couloirs au début de sa scolarité et avait même argumenté en sa faveur auprès de MacGonagall quand un devoir qu'il devait rendre avait été déchiré, bien que Ron ne sache pas que cela avait été fait délibérément par les harceleurs de Colin.

Même si Ron ne savait rien de sa situation, Colin avait toujours été soulagé à l'idée que, si jamais il se décidait un jour à avouer la vérité, au moins lui ne lui tournerait pas le dos de mépris.

- Tu vas bien ? demanda Ron en s'agenouillant à côté de lui.

Colin essaya de répondre, de dire que oui en souriant, que c'était juste une mauvaise blague, rien de plus, mais il n'y arriva pas. À la place, il fondit en larmes, purement et simplement.

Ron le prit aussitôt dans ses bras, avec une brusquerie maladroite, et commença à bégayer des questions.

- Bah qu'est-ce qu'il y a ? Tu as mal ? Quelqu'un a été méchant avec toi ?

Colin avait hoché la tête aux deux questions, avouant pour la première fois que ça n'allait pas, pas du tout, et qu'il avait besoin d'aide. Qu'il avait désespérément besoin d'aide pour tenir.

Ron passa un moment à lui tapoter gentiment le dos, essayant de le réconforter avec quelques phrases dépourvues de sens comme « allons » et « ça va aller ». Puis il agita sa baguette pour recoudre grossièrement le pantalon et la cape, et lui donna son propre pull d'uniforme. Il était bien trop grand mais Colin était vraiment heureux de l'avoir.

- Tu as cours, là ? lui demanda Ron alors qu'ils pénétraient dans le château.

Colin ne répondit pas. Oui il avait cours, mais il n'avait aucune envie d'y aller. Ron sembla le comprendre puisqu'il les amena directement jusqu'à la salle commune. Elle était presque vide en ce moment, et Ron lui demanda de redescendre quand il se serait changé.

Une fois seul dans son dortoir, Colin sécha toutes les traces de larmes qui restait sur ses cils et ses joues, puis il prit une profonde inspiration avant de se décider à rejoindre Ron.

Il était installé devant la cheminée et invita Colin à prendre place à côté de lui. C'était la première fois qu'il pouvait s'asseoir sur ce canapé. Avant, il était réservé aux sixième et septième année et, depuis l'année dernière au « trio d'or » : Harry, Ron et Hermione. C'était une place très confortable, chaleureuse et surtout très convoitée. Colin se sentait vraiment intimidé d'être là.

Peut-être que c'était pour cela, ou bien à cause du regard doux de Ron, mais Colin finit par craquer de nouveau. Cette fois, il pleura moins et parla un peu plus, il parla de la mouche, des bousculades, des insultes et des insinuations qu'il y avait eu plus récemment.

Colin parlait à voix basse pour que personne d'autre ne l'entende, il essayait de ne pas se faire remarquer, de ne pas s'attirer les foudres d'une personne de plus. Mais il le faisait aussi, presque inconsciemment, dans l'espoir que son impuissance soit moins visible que s'il racontait d'une voix intelligible.

Elle fut visible tout de même, mais Ron ne se moqua pas et ne le prit pas en pitié. À la place, il le réconforta et lui donna de nouvelles idées pour répliquer quand on l'insultait. Souvent, les solutions proposées étaient si irréalisables que Colin ne pouvait s'empêcher d'en rire, et cela le détendit mieux que n'importe quel regard compatissant n'aurait pu le faire.

L'heure suivante, Colin retourna en cours et garda la tête haute. Il était déterminé à garder cette même attitude dans les temps à venir, quelles que soient les méchancetés qu'on lui dirait.

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