« Je veux dire… Je vois bien que vous êtes inquiet…

Elle se tut et soutient le regard de l'Empereur qui la dévisageait toujours. Il la jaugea et ne discerna sur ses traits préoccupés qu'une candide volonté de comprendre. Il soupira.

- Oui, je suis inquiet, et je m'en veux de ne pas avoir retenu Ace.»

Elle fut surprise de l'entendre le dire et en resta muette quelques instants. Curieuse de cette avancée elle hésita à lui demander depuis quand et pourquoi il intériorisait tout de cette manière, mais elle se ravisa ; sa voix crispée avait témoigné de l'effort qu'il lui avait coûté pour parler. Elle s'accommoda de cette simple réponse et n'insista pas, au risque de le voir se fermer à nouveau. Elle abaissa doucement les épaules en s'enfonçant dans son dossier de fauteuil, les mains entremêles autours de sa tasse.

« Vous pouvez m'en parler, c'est comme vous voulez.

L'Empereur ne répondit que par un bref soubresaut des lèvres qui se voulait être un sourire et replongea le nez dans sa bouteille. La jeune femme ne s'en étonna pas et savoura sa propre boisson.

- Alors, maintenant que l'équipage est concerné, il faut mettre certaines choses au clair, reprit-il.

- Oui ?

- D'abord, il y aura un vote pendant le conseil pour décider des directives à suivre. Est-ce que tu veux participer ?

- Ai-je vraiment le choix ? soupira-t-elle en repensant à la scène au phare un peu plus tôt.

Il ignora la remarque comme si il n'avait pas entendu.

- C'est pour ce genre de situations que je te parlais d'implication. D'une part tes idées et tes 'connaissances' pourraient apporter beaucoup, mais veux-tu t'embarquer dans tout ça ? Si on agit on aura peut-être affaire au gouvernement, sûrement à d'autres pirates, et il y aura nécessairement des risques. Tu es encore anonyme dans ce monde, il n'est pas trop tard pour faire marche arrière.

Elle répéta mentalement ces mots, sa tasse en suspend devant sa bouche, le regard absent, évaluant les suggestions.

- Ça me va, commença-t-elle. Voyager est sûrement ma meilleure option pour trouver comment rentrer chez moi... Et pour ce qui est des conflits je ne suis pas sûr que faire profil bas m'avance beaucoup, par exemple si je reste sur une île et qu'il y a un pillage, ou alors un contrôle de la Marine sans que je ne puisse prouver mon identité…

La brune s'interrompit en se rendant compte que dans chaque situation qu'elle imaginait elle pouvait se retrouver dans de beaux-draps. Elle émit une petite expiration résignée.

- De toute façon je suis déjà dans la merde, alors un peu plus ou un peu moins… Et… J'ai de la chance d'avoir atterrit ici. Contribuer à la vie de l'équipage ne me pose aucun problème.»

L'Empereur l'observa par dessus sa bouteille. Elle s'était installée de façon désinhibée dans son fauteuil et soufflait sur son thé. Bien qu'imprimée d'un timbre qui témoignait d'une certaine tristesse sa voix ne s'enrayait plus lorsqu'elle faisait référence à son monde. Elle était différente de la jeune femme qui avait débarqué en larmes dans sa cabine, quelques semaines plus tôt.

« Comment te sens-tu sur le bateau ? demanda-t-il. Je te vois souvent en compagnie d'Artie.

- J'ai pu faire connaissance avec quelques personnes, oui, fit-elle doucement.

Il nota qu'elle avait éludé sa première question. Bien qu'elle soit parvenu à atténuer ses réactions, son ressentiment sur le sujet devait toujours être aussi vif. A présent le regard de la brune s'était réfugié dans sa tasse et fixait le petit sachet de feuilles qui flottait à la surface comme une barque sur un étang. Il se contenta de hocher la tête.

- Il reste un dernier point à aborder.

- Hum ?

- Le livre dont tu m'as parlé et surtout tes connaissances sur le futur, je pense que c'est préférable de passer ça sous silence.

- Même auprès de l'équipage? Parce que Marco sait déjà, peut-être que les autres aussi...

- Je lui ai dit de ne pas en parler jusqu'à nouvel ordre. D'autres sont au courant ?

- Officiellement non, mais je pense que Vista et Artie se doutent de quelque chose.

- Hm… Tu aurais voulu le leur dire ?

- Je ne sais pas trop, je ne suis pas vraiment à l'aise avec le fait d'expliquer que je viens d'une autre planète, ça sonne bizarre.

Il hocha la tête, il ne pouvait pas dire le contraire, pourtant il en avait vu des choses improbables durant sa vie.

- Mais parfois je me demande si je ne ferais pas mieux de me lancer, parce que j'ai l'impression de fausser mes relations en gardant ça pour moi. Je veux dire, comme je cache une partie de mon identité c'est comme si les personnes que je fréquente connaissaient une illusion de moi, au lieu de vraiment moi. Ce n'est pas très agréable non plus.

- Je comprend… Il y a peut-être une solution entre les deux, tu pourrais parler de ton monde comme bon te semble mais pas un mot au sujet du livre ?

- Oui pourquoi pas.

Elle réfléchit quelques instants.

- Vous pensez que ça vous attirerait des ennuis si ça venait à s'apprendre alors que vous m'hébergez ? fit-elle inquiète.

- C'est peu probable que le gouvernement ou les autres pirates se risquent à attaquer un équipage de Yonko pour une rumeur, mais on ne sait jamais. En devenant sérieux ça pourrait engendrer des cohésions ennemies, et...»

Il suspendit ses propos en prétextant se servir une nouvelle goulée d'alcool. Le regard anxieux avec lequel la brune commençait à le dévisager lui fit réévaluer ce qu'il s'apprêtait à dire. En vérité les réactions extérieures n'étaient pas les seules raisons qui le poussaient à vouloir contenir l'information à un cercle le plus restreint possible. Le savoir dont disposait la jeune femme et la condition étrange de son arrivée étaient aussi saugrenus que redoutables : ses connaissances pouvaient servir d'arme. Une vive réminiscence de la nuit du meurtre de Thatch s'imposa dans l'esprit de l'Empereur, il détestait quand cela arrivait. Il l'avait observé tout au long de sa vie de pirate : la puissance et l'ambition peuvent créer de fortes discordes au sein d'un équipage, et il en avait plus que jamais payé le prix cette fois là. Il n'avait suffit que de quelques heures après la découverte du Yami Yami no Mi pour qu'un de ses fils en assassine un autre par cupidité, et il n'avait rien vu venir. Qui sait quel genre de remous pourrait provoquer l'arrivée d'une jeune fille perdue, isolée, et qui connaît le futur ? Il massa nerveusement son menton, ses doigts pianotèrent quelques instants contre sa mâchoire et il reposa son regard sur Braalaka, qui attendait la suite du discours. Non, il ne pouvait pas se résoudre à envisager la présence d'autres traîtres comme Teach sur le navire, cette conception même lui vrillait atrocement les nerfs. De plus la jeune femme semblait à peine commencer à être à l'aise ici, il jugea inutile de l'inquiéter de tout ça.

« Et je pense que dans tous les cas c'est préférable de jouer la discrétion, ça nous laissera un plus grand champ d'action par la suite.

- Oui, c'est vrai… Donc ça reste entre nous ?

Il acquiesça.

- Je pense qu'on a fais le tour, tu as des questions ?

- Ce sera où la réunion de ce soir ?

- Dans la salle au dessus de la timonerie. Il n'y a qu'un escalier dans le couloir, tu ne peux pas le rater.

- Je crois que je vois où c'est, merci.

Elle se rappela de la visite guidée que lui avait faite Artie lorsqu'elles étaient allé chercher du papier et elle se gratifia mentalement d'avoir réussit à retenir quelque chose de ce labyrinthe.

- Ah, et avant de partir...

Barbe Blanche se leva et se dirigea vers l'extrémité d'une des bibliothèques qui longeaient le mur du fond. Elle l'observa avec curiosité tandis qu'il tendait le bras pour saisir une grande boîte sur un rayonnage en hauteur. La jeune femme ne vit plus ce qu'il faisait, étant de dos, mais elle perçut le cliquetis cristallin de métaux qui s'entre-choquent. Il reposa la boîte et revint vers elle pour déposer une clé sur la table.

- Celle de la salle, précisa-t-il. C'est à la fois une pièce de réunion et d'archivage, si ça t'intéresses tu peux y trouver des cartes et des compte-rendus de voyages.

Elle prit le sésame qu'elle promena doucement entre ses doigts pour l'examiner, puis le rangea dans la poche de son treillis qui contenait déjà sa clé de cabine.

- Merci, sourit-elle en se levant à son tour.

Elle pensa qu'à ce rythme il serait bon de trouver un trousseau afin de minimiser ses chances d'en égarer une. Autant tout perdre d'un coup, c'est presque moins frustrant. Elle se dirigea vers la porte.

- A tout à l'heure.»

Le capitaine la salua d'un hochement de tête et elle s'éclipsa. Pensive, ses pas la transportèrent machinalement à sa cabine tandis qu'elle se perdait dans ses réflexions.

...

Le palais de Dressrosa était vide d'animation, ou plutôt plein de silence. En l'absence de Doflamingo et ses sautes d'humeur imprévisibles, l'ambiance au château et plus généralement sur l'île était relativement calme. C'était comme si tout était à l'arrêt : pas de fêtes dans les rues, de déambulations comiques de jouets, les évènements du Colisée étaient suspendus et ses murs ne tremblaient pas sous les acclamations de la foule. Lorsque son Roi-fou n'occupait pas son trône, le 'Pays de l'Amour, de la Passion et des Jouets' connaissait une sorte d'apathie, l'euphorie d'apparat se muait en une dérangeante sobriété. Les tournesols étiraient leurs grands cœurs fleuris sous le soleil, l'air marin tiède et salé balayait les côtes, faisant frémir les oyats sur les dunes. En ville aussi on pouvait entendre le vent souffler doucement entre les bâtisses. Délaissé négligemment au coin d'une rue, un pantin immobile et accablé délivrait un grincement plaintif à chaque oscillation de son articulation rouillée, ballante. Les citoyens ne manifestaient que de timides signes de vie, comme par peur d'interrompre cette pesante cessation, leur souffle suspendu dans leur poitrine jusqu'à la reprise du rythme infernal.

La Don Quichotte Family s'attelait usuellement à maintenir les activités de l'île, à savoir le trafique de Smiles et le commerce clandestin d'armes. Dans le grand salon Diamante venait de terminer le livre de comptes du mois, qu'il referma mollement et poussa sur le bord de la table afin d'étendre ses longues jambes sur le meuble. Il soupira tourna la tête vers la grande baie vitrée à sa gauche, le soleil commençait à décliner. Pica et Gladius disputaient une partie de carte dans un silence tendu, concentrés.

Les vitraux étiraient leurs nuances colorées à mesure que l'astre s'inclinait et la grande salle était baignée de reflets orangers. Les lourdes portes du hall grincèrent sur leurs gonds. La temporalité particulière qui régnait s'évapora immédiatement ; chassée par un son cadencé de talonnettes frappant le marbre. Tous les officiers tournèrent la tête. Doflamingo était entré, son habituel sourire collé au visage, les mains dans les poches et la démarche arquée.

« Doffyyyy ! s'écria Trebol qui dévalait l'escalier de manière étonnement fluide et rebondissante, comme s'il était constitué de gelée.

Le reste de l'équipe surgit presque aussi rapidement des multiples ouvertures donnant sur le salon et ils acclamèrent chaleureusement le retour de leur capitaine.

- Quoi de neuf ? s'impatienta Sugar en attrapant la manche ballante du gilet de plumes roses de Doflamingo.

Le souverain ricana doucement pour s'éclaircir la voix.

- Rien de très intéressant, à part une intervention surprise.

Ils attendirent la suite, intrigués.

- On était seulement 3, et pas des marrants: Mihawk et Kuma, j'ai cru que j'allais m'écrouler d'ennuis. Puis en plein de milieu de la réunion Laffitte est entré par une fenêtre comme un pigeon dans un clocher, et il a fait des claquettes ! C'était hilarant, la tête de Sengoku…

- Laffitte ? Un des nouveaux de Barbe Noire ?

- Exactement ! La rumeur comme quoi Crocodile est sur siège éjectable a déjà fait le tour du globe, il est venu recommander Teach pour le remplacer.

- ...C'est tout ?

- Oui, je pensais tuer le temps en allant là-bas mais les congrès de la Marine son très barbants.

- Au moins tu as quelques informations sur les pirates qui font parler d'eux en ce moment, souligna Diamante.

- Pourquoi Barbe Noire vise aussi soudainement le poste alors qu'il a fait profil bas jusqu'ici ? demanda Sugar.

- Justement c'est ce qui m'a intrigué, je ne sais pas quel genre de petites affaires il peut entretenir… Je vais attendre qu'il soit admit pour aller l'approcher en bonne forme, on pourra peut-être en tirer quelque chose.»

Le corsaire fit disparaître ses mains dans ses poches touffues et s'approcha des baies vitrées, son visage redevant sérieux. Il avait cela de profondément déstabilisant qu'on ne savait jamais interpréter ses humeurs. Sa nature lunatique doublée de sa capacité à changer d'expression en un temps record rendait la lecture de ses traits impossible, et il aimait en jouer. Tandis que son équipage continuait le débat sur les motivations et les projets des scélérats notoires il contemplait la ville en contre-bas, pensant à l'organisation des prochaines rixes au Colisée. Déjà les rues se remplissaient de monde, les marchand tendaient avec précipitation les toiles de leurs échoppes, un groupe de musiciens ambulants accompagnés d'une parade de jouet entamait spectacle au carrefour de deux avenues.

...

Lorsque Braalaka sortit de sa cabine le pont fraîchement vernit reflétait doucement les blancheurs de l'astre lunaire, l'immensité opaque de la nuit avait poussé les dernières lueurs violacées du ciel loin à l'horizon. Elle avait programmé son alarme de réveil dix minutes avant l'heure de la réunion, au cas où elle se perdait en cherchant la salle, bien qu'elle fut assez sûr d'elle sur ce coup-ci. Elle s'avança jusqu'à la rambarde et posa les mains sur le bois humide. Il n'y avait que le gargouillis de l'écume qui s'étalait sur la coque au passage des vagues, et les roulis éternels de celles-ci contre les berges du quai. La jeune femme scruta les pontons d'amarrage. Le navire du Roux, silhouette estompée sur la toile de la nuit, était distinguable grâce aux quelques lumières timides qui miroitaient derrière les carreaux des cabines. Leur arrivée avait provoqué un climat d'expectation, sorte d'accord de bonne entente tacite entre les deux équipage qui attendaient silencieusement le dénouement. Son imagination lui avait soufflé tout le contraire, elle ne s'était pas attendue à un tel calme et au bout du compte elle ne sut pas si cette atmosphère était plus rassurante qu'une confrontation directe. Même les habitants de l'île étaient spectateurs discrets, l'écho des rues n'apportait que des murmures de fin de soirée. Braalaka prit quelques inspirations visant à dénouer le nœud qui lui tiraillait l'estomac, cela ne fonctionna pas vraiment mais elle fit comme si c'était le cas et lâcha la rambarde. Le bateau était désert, tous les pirates préféraient rester en ville cette la nuit pour éviter le port et la tension qui y régnait encore, imprimée dans l'air. Les va-et-viens ne se résumaient guère plus qu'à la poignée d'hommes chargés de la surveillance, qui effectuaient de rapides montées à la vigie toutes les heures. La brune aussi était restée à bord, son après-midi employée en grande partie à cogiter, elle n'avait bougé de sa chambre que pour aller s'entraîner.

Les petites torches parfumées de résine qui pavaient les murs du couloir arrêtaient leur ligne lumineuse à l'intersection de l'escalier, puis leur procession continuait en oblique graduel le long de celui-ci, où elles étaient moins nombreuses. Ce recoin du bâtiment ne devait pas souvent être visité à en juger par les protestations des marches en bois qui grinçaient comme si on les sortait de leur sommeil.

Braalaka arriva devant un petit palier présentant une porte de même allure que celles du couloir, à la différence que les planches de celle-ci paraissaient plus rembrunies par le temps et qu'il n'y avait pas d'écriteau cloué dessus. Elle retint son souffle pour tendre l'oreille : pas de bruit de l'autre côté. Il n'y avait pas non plus de de lumière sous le perron. Elle avait pensé qu'ils seraient tous en avance et débattraient assez vivement pour ne pas la remarquer se faufiler dans leur assemblée, ce qui l'aurait considérablement arrangée. Elle soupira d'appréhension en pensant au moment où elle allait devoir prendre la parole pour une affaire aussi importante, alors que presque personne ne la connaissait et qu'elle ne faisait même pas partie de l'équipage. Un peu plus tôt dans sa cabine elle en riait : 'Bonjour, je viens d'un autre monde et j'apporte mes conseils éclairés dans vos affaires !', mais elle savait que ce serait difficile de garder contenance, surtout qu'elle n'avait pas trouvé de phrase d'amorce pour se présenter sans embarras, et qu'elle craignait qu'on lui pose trop de questions sur elle.

Les clés dans sa poche teintèrent en s'entrechoquant lorsqu'elle plia le genou pour y glisser la main. Elle l'introduisit dans le verrou et hésita encore quelques secondes avant de le tourner. Un 'clic' sonore retentit et elle appuya lentement sur la poignée, craignant de briser le silence si celle-ci se mettait à crisser autant que l'escalier. Il n'y eu que le friselit des charnières pivotant sur elles-même. La porte s'ouvrit sur la pénombre d'une petite salle. La jeune femme entra timidement en laissant ouvert derrière elle pour permettre aux torches d'étendre un peu leur halo oranger. Une grande table rectangulaire traversait la pièce, occupant tout sa longueur, avec des chaises soigneusement repliées sous elle. Il n'y avait qu'un hublot donnant sur l'extérieur, placé sur le mur de gauche, à savoir du côté d'une des extrémités de la table, et la porte se trouvait dans la largeur de la salle. L'œil-de-bœuf laissait filtrer les lueurs lunaires qui planaient mystiquement dans la pièce, comme en suspend, et allaient dévoiler les contrastes des nervures dans le bois des meubles ainsi le grain des cotes des livres alignés dans les bibliothèques. Une odeur de vieux papier, de cuir et de poussière flottait sobrement dans la pièce. Il y avait également des caisses et de coffres savamment empilés les uns sur les autres, là où il restait de la place contre les parois, de sorte à ne pas s'écrouler.

Braalaka remarqua deux candélabres disposés chacun à un angle opposé de l'autre, elle s'approcha du plus proche et constata que toutes les branches présentaient un cierge. Ils étaient déjà plus ou moins entamés, des perles de cire s'étaient solidifiées sur les tiges comme des petites cascades figées. La brune saisit une bougie qu'elle retira précautionneusement de son socle puis alla l'approcher de la flamme d'une torche: la mèche noircie crépita et un deuxième feu s'anima instantanément en son sommet. Satisfaite elle y retourna et commença à transmettre la petite flammèche aux bougies restantes.

En bas l'escalier commença à grincer sous le rythme de pas qui se rapprochèrent du perron jusqu'à en être proches, puis cesser. Barbe Blanche s'était arrêté sur le seuil ; de coutume c'était lui qui venait en avance pour préparer la salle et il fut surprit de trouver la porte déjà ouverte, Braalaka concentrée à tenir une bougie de manière à éviter d'égoutter de la cire partout. La jeune femme tourna la tête et fut soulagée de le voir arriver en premier, l'idée qu'il soit là lorsque les autres les rejoindraient allégeait légèrement son stress. L'Empereur la regarda faire quelques secondes avant de s'avancer, il alla chercher une boîte sur un empilement de coffres et la posa sur la table. Elle contenait une liasse de feuilles et un encrier qu'il fit glissés devant une chaise un peu plus loin, puis il retourna devant les bibliothèque et chercha entre les rayons.

« Salut Braalaka !»

Elle termina d'illuminer la dernière bougie et répondit à Rakuyou par un sourire amical. Il fut rapidement suivit de ses comparses, elle hocha la tête pour saluer ceux qui lui lancèrent quelques regards interrogateurs en entrant dans la salle. Barbe Blanche sortit une pochette d'entre deux autres documents brunis et la déposa devant le siège en bout de table. Les derniers arrivants passèrent la porte, la jeune femme les observa affluer en bavardant, ils avaient sûrement leurs habitudes puisqu'ils se placèrent sans se concerter. Elle se demanda avec embarras où elle devait s'installer et remarqua que le capitaine avait posé sa main sur le dossier d'une chaise à l'angle la table, celle immédiatement à côté de la sienne. Il la lâcha à son adresse et elle s'empressa de se faufiler en le gratifiant d'un regard reconnaissant. En face d'elle il y avait Marco, il avait l'air préoccupé, assez pour ne pas prendre le temps de la regarder de travers comme à son habitude. Vista s'était assis à côté du phénix, suivit par trois hommes que la brune ne connaissait pas. L'un d'eux, au bout de la rangée, avait saisit les feuilles et trempait une plume dans l'encrier en évaluant le débit du biseau métallique. Son gabarit l'étonna, ses vêtements aux emmanchures bouffantes contrastaient avec la finesse de ses bras, il était sûrement plus petit qu'elle et paraissait avoir l'âge d'un collégien. Le voisin de rang de Braalaka se nommait Izo si sa mémoire était bonne. De prime abord elle le d'apparence froide et sévère mais elle sentait que c'était plus par réserve que par antipathie. Juste derrière se trouvait Rakuyou qui souriait toujours, puis un homme extrêmement massif arborant une longue natte et une barbiche grisonnante. La jeune femme entendit les bruissements du manteau du Yonko lorsqu'il s'assit et elle suspendit son examen des commandants pour fixer son attention sur lui.

« Commençons, intima-t-il. D'abord quelques présentations sont de mise.

Il glissa un regard à la brune pour qu'elle prenne la suite, sa formulation évasive lui laissant le choix de donner du détail sur sa situation ou non. Elle fit de son mieux garder contenance en prenant la parole.

- Bonsoir… Pour ceux qui ne me connaissent pas je m'appelle Braalaka. Je suis passagère sur le MobyDick depuis quelques semaines, ma présence ici est pour… donner un point de vue extérieur, disons.

Certains se contentèrent de hocher la tête, d'autres continuèrent de l'observer avec curiosité tandis que Vista souriait, elle ne sut si c'était pour l'encourager ou la taquiner. Le jeune garçon aux manches bouffantes et à la tunique verte commença à griffonner un papier devant lui. Elle supposa qu'il devait avoir un rôle de scribe et allait compiler toutes les informations de cette manière. L'Empereur poursuivit:

- Shanks est venu me demander de rappeler Ace.

Des hoquets surpris s'échappèrent de l'assemblée, Marco écarquilla les yeux et dévisagea son paternel.

- Pour quelle raison ? fit Joz avec méfiance.

- J'y viens : d'après lui… et d'autres, le laisser approcher Teach pourrait provoquer de gros problèmes, qu'on éviterait en le stoppant avant.

- Quels problèmes ? s'indigna Curiel.

- Ace ne sera pas d'accord, il tenait vraiment à lui mettre une déculottée, souligna Fossa en mordillant la base de son cigare.

- Peut-être qu'il est revenu là dessus depuis le temps, il entendrait raison, objecta Izo.

Les 14 commandants commencèrent à débattre de la nouvelle dans un petit brouhaha.

- Je suis d'accord il serait temps que ça cesse, imaginez si ça se passait mal, Teach est peut-être une enflure mais il ne faut pas le sous-estimer…

- Il a tué Thatch ! s'énerva Rakuyou.»

Barbe Blanche les laissa exprimer leurs opinions spontanées puis ramena le calme en tapotant du plat de la main sur la table. Il s'attendait à voir le groupe ainsi partagé entre deux avis différents, c'était déjà le cas au moment du départ d'Ace et lui-même en avait cogité à en faire des insomnies. C'était un dilemme : faire respecter une règle d'or de l'équipage ou laisser cette morale de côté pour éviter un potentiel danger. Il se souvenait parfaitement du mauvais pressentiment, de l'anxiété qui s'était figée dans ses tripes lorsque son fils avait bondit dans une barque et qu'il n'avait réussit qu'à l'avertir maladroitement sans le retenir. Il avait toujours regretté de ne pas avoir insisté.

« Nous ne serrons jamais tous d'accord sur la question de la prévalence de la règle... Commençons par voter à la majorité : qui pense qu'il faudrait rappeler Ace ?»

Le premier à lever la main fut Marco, suivit de près par Izo, Bleinheim et Haruta. Après avoir échangé des regards hésitants Kingdew et Jiru se manifestèrent, puis Fossa, qui semblait batailler intérieurement, se décida à tendre le bras. Cela fit 7 voix contre 7. Barbe Blanche ne réagit pas immédiatement, dans l'expectative d'un changement d'opinion qui ferait pencher la balance. Ce moment ne vint pas, ils finirent naturellement par abaisser leurs votes pour reprendre le débat de plus belle. Le Yonko soupira et se massa le menton. Son regard se posa sur Braalaka qui écoutait les arguments tout en observant les visages de chacun.

« Tu n'as pas prit part ? lui demanda-t-il.

- Non.

Il la fixa, ce à quoi elle répondit par un froncement de sourcils réprobateurs.

- Je ne le ferai pas. C'est à vous de trancher, souffla-t-elle.»