Refermant le bouquin qu'il tentait de lire depuis cinq minutes, sans résultats probants, Eren soupira et s'allongea sur son lit. Il l'avait déjà lu auparavant. Une romance idiote sans queue ni tête qui finissait en 'happy ending' par un baiser qui scellait une nouvelle union.

Il avait beau chercher désespérément dans sa mémoire après un événement pareil dans sa vie, il n'en trouva aucun.

- Toujours du bullshit les histoires d'amour de toute façon, grommela-t-il en enfonçant son visage dans un des oreillers de son lit. Jamais après un putain de baiser c'est le happy ending, merde quoi.

Il ruminait toujours ceci après chaque nouvelle déception amoureuse.

Il fronça les sourcils, son nez se retroussant au passage et balança la taie d'oreiller au sol. Elle avait encore l'odeur de son ex et il était inconcevable de la garder.

Il n'allait tout de même pas renifler le parfum qui lui avait tant retourné l'esprit...

qui lui faisait promesse de douces caresses...

Il stoppa sa main, la traîtresse, qui était sur le point de ramasser le bout de tissu.

Décidément, les ruptures et lui, ça ne collait pas. Il aurait beau tenter de passer pour un malheureux encore transit d'amour pour son ex, il ne garderait pas le personnage bien longtemps. Il n'y arrivait tout simplement pas. C'était trop en demander à son système émotif.

Alors il soupira, un rictus nerveux peignant ses traits. Qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez lui au juste? Était-ce trop demander à son cœur de tomber amoureux, pas d'éprouver juste un vague désir sexuel ou de la simple tendresse envers ses partenaires?

Il ferma les yeux, s'étalant en étoile de mer sur son lit et réfléchit à toutes ces personnes qu'il avait rencontré et avec qui il avait échangé un baiser ou plus.

Il repensa à la discussion qu'il avait eu avec sa mère, Carla, bien des années auparavant. Il devait avoir six ans et était à peine entré dans les études primaires. Ils étaient en train de regarder un film et le personnage principal était en train de rouler une sacrée pelle à une actrice pulpeuse.

- Maman... pourquoi ils font ça? demanda-t-il avec une mine plus que perplexe.

Carla Jaeger, douce et aimante, rit un instant avant de lui annoncer le plus naturellement du monde : " Parce qu'ils sont amoureux mon chéri. Comme papa et maman, tu saisis?"

La mine confuse qu'il fit dû lui mettre la puce à l'oreille alors elle lui expliqua de façon un peu plus concrète que quand on embrassait quelqu'un, sur la bouche avait-elle pensé à rajouter en un sourire face à la moue dégoûtée de son fils, c'était qu'on était amoureux de la personne. Que les plus grandes histoires d'amour naissaient avec un baiser. Alors Eren, tenté comme le gamin qu'il était, avait décidé qu'il était amoureux de Mikasa Ackermann, la petite voisine discrète du deuxième.

Un jour à l'école, après qu'ils aient joué au papa et à la maman, il lui avait laissé un petit bécot sur les lèvres, tout content et attendant patiemment de tomber amoureux. Elle lui en avait refait un en retour, toute contente et l'avait proclamé comme étant son mari.

Tout ce dont il avait écopé était d'une sacrée gastro par la suite, Mikasa étant malade. Ca avait fini de convaincre Eren qu'il n'était finalement pas amoureux de la petite noiraude. Il l'avait donc quitté avec classe et distinction... ou peut-être pas en fait. Il avait vu la veille deux garçons se faire des bisous alors il voulait voir si finalement il n'était pas amoureux d'Armin. Donc il lui avait plaqué un bisous sur les lèvres, sans résultats probants. Armin avait pleuré et lui avait dit qu'il était fâché contre lui.

Bon au final Mikasa lui avait filé une gastro, qu'il avait lui même filée à Armin et qu'Armin avait passé à la petite Annie, une copine de Mikasa.

Dégoûté, Eren était rentré chez lui et avait annoncé que décidément, c'était pas cool les bisous, sous le regard amusé de son père, Grisha. Celui-ci lui demanda de lui raconter le pourquoi et ensuite le comment. Il avait ri en entendant son fils lui dire qu'il ne s'était pas senti comme la fille du film. Il faut dire qu'elle avait les joues rouges...et qu'elle faisait de drôles de bruits mais ça Eren ne savait pas pourquoi, Carla lui avait caché la vue d'une main. Et le petit garçon était persuadé de ne pas avoir fait de drôle de bruit ou d'avoir eu les joues rouges comme quand il devait avouer à sa maman qu'il avait encore fait une bêtise. Il connaissait trop bien la sensation et il en rougissait de la pointe des pieds à la pointe de ses oreilles.

Grisha lui avait alors expliqué qu'il était trop jeune pour tomber amoureux comme un grand et faire des bisous, qu'il lui faudrait attendre d'être adolescent et il avait acquiescé, lui demandant avec impatience quand il rentrerait dans ce qu'il appelait l'adolescence. Chose à laquelle il lui avait avoué qu'il espérait le garder comme maintenant, un tout petit lui. Un Grisha miniature.

Puis le temps avait passé et à l'âge de douze ans, il avait rencontré Krista. C'était une petite blonde, elle était vraiment minuscule, mais qui était belle, douce et appréciée de tous. Il l'avait trouvée géniale alors qu'elle défendait Ymir, une fille d'une autre classe, qu'elle avait proclamée comme étant la plus jolie fille qu'elle connaissait malgré le fait qu'elle était un peu garçon manqué. Et Eren avait tenté d'être son petit copain, comprenant qu'elle lui plaisait bien : elle était gentille, mignonne comme tout, intelligente et drôle. Il n'était évidemment pas le seul à vouloir être son copain. Mais il semblerait que la petite Krista le trouvait plutôt pas mal vu qu'elle accepta d'être sa copine.

Après s'être pris une baffe monumentale de sa part quand il l'avait embrassée, Eren comprit que par "copine" elle entendait bien "amie" et non pas "amoureuse". Il avait alors baissé les bras et l'avait laissée filer au lui de tenter de se la mettre en poche.

"Après tout, il en existe plein des chouettes filles..."

A quatorze ans, après s'être fait surprendre avec une sacrée érection au réveil par sa mère, Eren avait été contraint de réaliser que si ça ne marchait pas avec les filles, c'était tout simplement parce qu'il semblait préférer les hommes. Son rêve érotique et la trique monumentale bien douloureuse étaient là pour le lui démontrer. Il s'était résigné à en parler avec ses parents dans le plus grand des calme, il ne savait pas vraiment comment ils allaient réagir mais il espérait qu'ils allaient tenter de le comprendre et l'épauler. Ce n'était pas si évident de se rendre compte de son penchant pour la gente masculine en pleine crise d'adolescence.

Après avoir compris que ses parents étaient géniaux en plus d'être tolérants, il ne tarda pas à l'annoncer à ses plus proches amis : Armin et Mikasa. Comme quoi, la gastro ça rapproche.

Eren soupira, jusque là, ses petites aventures pour tenter de comprendre les méandres de sa sexualité ou de son attirance n'était pas très probante...

Il lui restait comme sujet Jean.

Avec Jean, il avait eu une relation électrique digne de leur jeunesse. Il ne savait trop dire s'il l'avait aimé mais en tout cas, il savait qu'il l'avait désiré. Oh ça ! Malgré le fait qu'ils semblaient se vouer une haine sans borne, ils se comprenaient mieux que quiconque et ça avait un certain impact sur leur entente. Ils s'exaspéraient mais ne pouvaient se résoudre à arrêter de se fréquenter.

Ils avaient les même goûts pour la musique, pour les films, pour la nourriture et ils exerçaient dans le même club de basket. S'éviter s'avérait être plus compliqué que prévu.

Alors qu'une énième fois après un match, Jean rentrait chez Eren pour la nuit, ils s'étaient embrassés. Aucun des deux n'avait réagi pendant quelques instants avant qu'ils ne se dévorent la bouche. C'était grisant comme moment et Eren se demanda s'il allait tomber amoureux. Ils avaient à peine 17 ans et tout semblait vouloir les réunir. Ils avaient passés la nuit à se regarder dans le blanc des yeux, s'embrassant aussi furtivement que possible. C'était une sorte de mini compétition, qui arracherait le plus d'expression à l'autre. C'était un match nul et le lendemain était éprouvant. Ne pas dormir, se regarder avec envie au déjeuner, Carla les avait démasqué en moins d'une heure.

Ca avait duré un bon moment, jusque maintenant à vrai dire. Eren avait mi un terme à leur relation en comprenant que les sentiments n'étaient pas présents ni chez l'un, ni chez l'autre. C'était difficile d'empêcher son corps de se tendre vers Jean alors qu'ils s'étaient mis dans une douce routine. Ils avaient dix-neuf ans, côtoyaient les mêmes amis, étaient toujours collés ensemble. Les habitudes nous mènent la vie dure.

Mais bon il en était à fermer les yeux, étalé en étoile de mer, à se demander ce qui pouvait bien ne pas fonctionner correctement dans sa tête. Il devait forcément y avoir un truc qui clochait. Il était resté deux ans avec Jean tout de même... et pourtant savoir qu'il voyait depuis un petit temps un autre homme que lui ne l'avait pas révolté. Il s'en doutait à vrai dire.

Ils s'étaient petit à petit éloignés et Eren n'était plus vraiment démonstratif. Il ne le touchait plus par envie mais plus par habitude. L'horreur de tous les couples : la routine. Tout était devenu étrangement mécanique et ça rendait tout différent.

Alors il ne lui avait dis qu'il était préférable qu'ils s'arrêtent là malgré leur routine confortable et qu'il lui souhaitait tout le bonheur du monde avec l'homme mystère. Jean avait eu une réaction bizarre. Il l'avait embrassé une dernière fois, le regard perdu. Eren y lisait un remerciement sincère pour tout ce qu'ils avaient vécus, pour ce qu'il faisait là maintenant en lui souhaitant un bonheur qu'il ne pouvait plus lui offrir et un remord non feint. Jean s'en voulait de le délaisser pour un autre mais le brun ne lui en voulait pas. C'était mieux ainsi n'est-ce pas?

Après tout, aussi horrible soit-il, Eren ne l'aimait pas et le blond cendré en était tout à fait conscient.

Eren rouvrit les yeux, fronçant les sourcils et tenta désespérément de sentir une émotion quelconque l'envahir. De la colère, de la tristesse, du soulagement... mais rien. Hormis la pointe de déception quand à leurs parties de jambes en l'air... Jean baisait vraiment bien bordel.

Il grogna de frustration en se levant et décida de débarrasser son appartement de toute sa relation avec le blond. Pour un avenir sain. Pour lui comme pour Jean, car il était sûr qu'il lui serait impossible de quitter sa vie. Ils étaient beaucoup trop complices pour ça. Il s'avouait au même moment qu'il était sorti avec son meilleur ami au final. Une relation avec certains plus.

Il changea les draps, aéra sa chambre, prépara un petit sac dans lequel il y rangea les divers vêtements qui traînaient et jeta la brosse à dent jumelle à la sienne. Jean avait le double des clés, il lui suffirait de passer reprendre ses affaires et de lui laisser le double.

Eren soupira à nouveau et se décida à sortir. Il avait besoin de voir du monde pour arrêter de repenser à son échec amoureux. Cela faisait déjà trois jours qu'il l'avait quitté.

Il allait lever ses fesses, s'habiller et voir des potes, peut-être trouver de la compagnie le temps d'une nuit et il serait reparti dans une vie banale mais sans Jean.

Alors qu'il descendait dans son répertoire, son regard accrocha un nom en particulier. Levi Ackerman.

Il sourit un instant et se posa sur son canapé.

Levi était un personnage plus qu'intéressant. Il ferma les yeux, un léger sourire peignant ses traits.

Il devait avoir seize ans la première fois où il l'avait croisé. Le brun avait buté contre quelqu'un de pas bien grand, de pas bien poli mais de foutrement beau. Il avait eu une sorte de crush sur lui pendant quelques mois avant de se caser avec Jean et depuis, il n'avait plus repensé à lui dans ce sens là. Ou du moins, il faisait comme si.

Ils prenaient des nouvelles de l'un de l'autre une à deux fois par mois et c'était tout. Plus de sorties tardives pour lui qui venait de se caser avec un véritable casse burne possessif. Jean n'avait de cesse de lui répéter que c'était vraiment étrange qu'il passe autant de temps avec quelqu'un d'aussi âgé et à chaque fois, il lui disait que c'était mignon d'être possessif mais que ça le gavait un peu quand même d'être ainsi privé de faire ce qu'il voulait. Chose à laquelle Jean restait interdit et finissait par faire la gueule.

Il avait eu une sorte de béguin étrange pour Levi : il se rendait dans le café où il l'avait rencontré la première fois pour voir s'il serait là et pour l'emmerder comme il le faisait si bien quand il y était. Et au final, à force de persévérance, il avait réussi à briser la carapace de ce 'grand' grognon et se faire une place un peu privilégiée à ses côtés. Maintenant qu'il y repensait, Levi le regardait comme une sorte de chiot avec lequel il se distrayait.

Il ricana et appuya sur la petite icône pour l'appeler. Qui sait, avec un peu de chances, il voudrait bien passer du temps avec lui?

- Allô?

La voix rauque un peu brouillée par les grésillements du téléphone lui procura un frisson. Eren sourit en se mordant la langue. Il mourrait d'envie de faire une vanne de merde. Il se contint et demanda plutôt : " Levi ! Comment tu vas depuis le temps? "

- Bien mais pourquoi tu viens me faire chier au juste? Il est pas loin de vingt-deux heures là.

- Cache ta joie de m'entendre surtout ! De toute façon je suis devenu un expert en décodage grognon de ta part. Tu as fais l'effort de faire deux phrases et je pense ne pas me tromper et disant qu'il y avait plus de attends, Eren compta sur ses doigts en se remémorant la phrase, 19 mots ! Waow ! J'espère que je ne ruine pas le stock de mots que tu peux dire en une journée Levi... Ce serait domma...

- Au lieu de continuer à me donner envie de te dresser comme ta mère aurait dû le faire, dis moi plutôt pourquoi tu décides de m'emmerder un vendredi soir alors que tu devrais comme tout jeune être en train de te mettre une mine pas possible.

- Levi fais attention sérieusement, tu vas bientôt avoir une extinction de voix si tu continues ainsi... Mais il est vrai que je t'appelle pour quelque chose de plutôt... intéressant. Ca te dit de m'accompagner au Titania ce soir? Si mes souvenirs sont bons, tu avais une descente effarante...

Le silence qui se fit de l'autre côté de la ligne intrigua le plus jeune qui vérifia qu'il était toujours en appel.

- Ok... soupira Levi, pour quelle heure?

- Si je prend le métro, je devrais être là pour 22h15 donc disons 22h30?

Le grognement qu'il reçut en échange lui confirma qu'il viendrait. Il se mit à sourire comme un demeuré, ça faisait vraiment longtemps qu'il n'avait pas vu Levi, ça allait lui faire du bien de le revoir.

xXx

Bonsoir !

J'espère que le début de cette histoire vous plaira et que j'aurai réussi de vous mettre dans l'ambiance générale...