- A family ? Maybe one day ... -

Quand je me réveille ce matin, je jette un œil à nos positions. Je suis allongé sur le dos et Veronica est sur le côté. Sa tête repose sur mon épaule et ses petites mains tiennent fermement mon bras, comme si elle avait peur que je m'enfuie. Le drap remonté sur nos corps couvre à peine notre nudité et nos cheveux en bataille ainsi que nos corps luisants indiquent clairement que nous n'avons pas seulement dormi cette nuit. Cependant, ce qui me heurte sur le coup c'est cette impression de sérénité qui émane de Veronica : tandis qu'elle dort, son souffle se fait léger et un délicat sourire est dessiné sur ses lèvres. Elle parait si paisible et je prends plaisir à l'observer ainsi tant nos journées sont habituellement rythmées par le stress. Nos examens de fin d'année approchent à grands pas et les investissements de Veronica dans La Bonne Nuit et chez Pop's n'ont pas les résultats escomptés, si bien qu'elle a du mal à joindre les deux bouts et qu'elle devra prendre une décision radicale si on ne trouve pas une solution très rapidement.

Veronica bouge légèrement à mes côtés, ce qui me ramène au moment présent. Je relève la tête pour aller embrasser le haut de son front puis j'essaie de me lever sans la réveiller. Par miracle, j'arrive à m'extraire du lit sans qu'elle ne s'en rende compte. J'enfile rapidement un caleçon et un short avant de descendre les escaliers en direction de la cuisine. Papa ne doit pas être encore levé et le silence règne dans le salon. Silence de courte durée puisque Vegas, notre chien, m'aperçoit et vient aussitôt me faire des fêtes. Je lui fais quelques caresses puis le laisse sortir par la porte de derrière, celle qui donne sur le jardin, avant qu'il ne réveille Veronica et papa.

De retour dans la cuisine, je prépare du café pour tout le monde et dispose sur un plateau le nécessaire pour un petit-déjeuner pour deux, je mets quelques pancakes faits maison dans une assiette, sans oublier la bouteille de sirop d'érable. Lorsque le café finit de couler, j'en verse deux tasses que je pose avec le reste sur le plateau. Dans l'une d'elle je rajoute du lait et un peu de sucre pour Veronica. Alors que je m'apprête à rejoindre les escaliers, je croise mon père qui vient de se réveiller.

- Bonjour fils ! me dit-il le sourire aux lèvres.

- Salut 'pa ! lui répond-je avec le même grand sourire.

- Courte nuit, j'imagine !

- Pardon ?! Comment ...

- Je t'en prie fiston, tu sembles oublier que j'ai été jeune ... Et puis je vous ai ... entendu. Mais ça ne fait rien, du moment que vous vous protégez ! Vous faites bien attention hein ? me demande-t-il, l'air soucieux. Je suis beaucoup trop jeune pour être grand-père ! rajoute-t-il avec une pointe d'humour.

- Cette discussion est beaucoup trop bizarre ! Je monte avant que le café ne refroidisse ...

Je mets fin à cette conversation trop intime et bizarre entre un père et son fils. Nous échangeons un dernier sourire puis je grimpe les marches de l'escalier deux à deux. J'ai le meilleur père au monde, même si je n'ai pas toujours été le meilleur fils pour lui rendre la pareille. Mais tout a changé quand j'ai rencontré Veronica, elle m'a recadré, remis sur le droit chemin : plus de mensonges, plus de cachoteries.

Lorsque je passe la porte de ma chambre, Veronica est en train de se rhabiller, assise sur le bord du lit, elle relève la tête avec un grand sourire en m'entendant arriver.

- Je t'ai réveillé ? lui demandé-je, soucieux, tout en m'approchant du lit.

- Ton absence plutôt ... me répond-elle avec un clin d'œil en se levant.

Je pose le plateau sur la table de chevet à côté de nous et embrasse rapidement Veronica en guise de bonjour. Je lui tends ensuite sa tasse et nous nous asseyons tranquillement sur mon lit.

- Je te l'ai préparé comme tu l'aimes : « moitié café bien chaud, moitié lait bien froid et une cuillère de sucre » ! lui dit-je en citant expressément ses mots, ce qui la fait sourire.

- Tu es LE meilleur petit-ami du monde Archie Andrews ! me répond-elle en insistant sur le « le ». Je t'aime encore plus chaque jour Archickins ! Enfin, si c'est possible ... ajoute-t-elle avant de m'embrasser tendrement.

- Je t'aime aussi Ronnie ! lui dis-je après qu'on se soit séparé.

Je rapproche la table de chevet en la faisant traîner sur le sol, ce qui fait un bruit insoutenable qui ne semble cependant pas déranger Veronica puisqu'elle me sourit lorsque je m'excuse. Nous prenons notre petit-déjeuner dans le calme et pour ma part, je repense à la soirée de la veille. Le fait que Veronica ait débarqué sans prévenir après une énième dispute avec ses parents m'a d'abord surpris mais j'étais tellement heureux qu'elle se réfugie auprès de moi dans ces moments-là que je n'ai pas posé plus de questions. Il y a eu ensuite ce moment où, dans la précipitation et sous consentement mutuel, nous avons fait l'amour sans nous protéger. J'espère au fond de moi, que ce que nous avons fait hier soir n'aura aucune conséquence. Je ne sais pas comment aborder le sujet, je ne sais même pas si elle a envie d'en parler. Elle me regarde en prenant une bouchée de son pancake et je lui souris, essayant de lui cacher à quel point mon cerveau est en ébullition. Il est bien évident que nous sommes trop jeunes pour ne serait-ce que penser à avoir des enfants, mais je dois avouer que, plus notre relation avance, plus j'aime l'idée de fonder un jour une famille avec Veronica ... NOTRE famille. La douce voix de ma petite-amie me tire de mes pensées. Lorsque je tourne la tête vers elle, je vois son sourire puis son regard fuit vers un point se trouvant derrière moi.

- Archickins ... On t'a appelé au moins quinze fois mais tu ne semblais pas nous entendre ... m'informe-t-elle en alternant les regards entre moi et le point derrière moi.

- On ? Nous ? De qui tu parles ? lui demandé-je, surpris.

Un raclement de gorge se fait entendre dans mon dos et je me retourne en sursautant. Je découvre alors mon père, adossé contre le chambranle de la porte de ma chambre. Il se tient droit, les bras croisés contre son torse. Je ne dirais pas qu'il est énervé parce qu'il nous sourit, je pense qu'il s'impatiente.

- Pardon papa, je ne savais pas que tu étais là ... m'excusé-je.

- Ce n'est pas grave fils ! Tu avais l'air bien loin dans tes pensées ... Quelque chose te tracasse ? me demande-t-il avec un sourire sincère.

- Je pensais juste aux examens qui approchent ... lui mens-je en fuyant son regard, tant j'ai l'impression que mes yeux me trahiraient.

- Je voulais seulement te prévenir que j'allais faire une course ... m'informe-t-il. Ne m'attends pas, je vais m'arrêter au chantier sur le chemin du retour ! ajoute-t-il avant de passer la porte en souriant.

Je me retrouve de nouveau seul avec Veronica, elle n'a pas cessé de me regarder depuis que j'ai menti à mon père. Il est évident qu'elle sait le sujet de mes pensées puisqu'elle le partage sûrement. Elle pose sa petite main sur mon genou et me sourit tendrement.

- Tu veux en parler Arch' ? me demande-t-elle doucement.

- Parler de quoi Ronnie ? lui réponds-je, feignant de ne pas savoir où elle veut en venir.

- Arrête Archie ... Je sais ce qui se passe dans ta jolie petite tête en ce moment ! me dit-elle en accompagnant ses paroles de gestes désignant le haut de mon crâne. Tu cogites par rapport à hier soir ...

- Ecoute Ronnie, je suis ...

- Archie ! Je suis autant responsable que toi de ce qui est arrivé hier soir ... me coupe-t-elle. J'espère juste qu'il n'y aura pas de conséquences ...

- Et s'il y a des conséquences ? Je pense surtout à celles qui arrivent en général neuf mois après ... lui demandé-je en me grattant le derrière de l'oreille, trahissant ainsi ma nervosité.

- Si tu parles d'un bébé, ne t'en fais pas ! Je vais aller en pharmacie demander une pilule du lendemain ... A moins que ... elle s'arrête en plein milieu de sa phrase et me regarde en souriant timidement.

- A moins que quoi Ronnie ? lui demandé-je.

- Ecoute, ça fait maintenant trois ans qu'on est ensemble ! Et, c'est peut-être niais dit ainsi, mais je sais que tu es l'homme de ma vie ! Tu es mon âme-sœur et j'espère qu'un jour j'aurais l'honneur de fonder une famille avec toi ! Et si ce jour devait arriver dans neuf mois, alors qu'il en soit ainsi, je ferais plus d'heure chez Pop's et tu travailleras pour ton père ! Tu pourras même continuer à composer tes textes ... Tout ce que je veux dire, c'est que si tu es d'accord, on peut tenter l'expérience et voir où le destin veut nous mener ! déblatère-t-elle pendant que je la regarde, positivement surpris par sa déclaration.

Je ne peux qu'être choqué lorsque j'entends que je suis l'homme de sa vie et son âme-sœur car je ressens la même chose pour elle. Depuis le premier jour, depuis la première fois où j'ai posé mes yeux sur elle, chez Pop's la veille de la rentrée de seconde. En fait, ce qui me surprend le plus, c'est qu'elle a réussi à poser des mots sur mes pensées de ce matin. J'attrape sa main pour la serrer dans la mienne et la regarde longuement, peut-être trop car soudainement, son regard devient triste et elle baisse la tête. Je crois même apercevoir une larme rouler le long de sa joue. Lorsqu'elle relève le regard vers moi, ses yeux sont en effet plein de larmes qui n'attendent que de dévaler ses joues. Je me contente d'essuyer l'une d'elles délicatement et je plonge mon regard dans celui de Ronnie.

- J'ai compris Archie ... ce n'est pas réciproque ou alors c'est bien trop tôt ... Moi qui pensais être prête, je me suis plantée ... dit-elle, si doucement que je dois tendre l'oreille pour comprendre.

- Non, tu n'as pas compris Ronnie ... Qu'est-ce que je peux être con parfois ! Te faire douter, toi, sur ta capacité à devenir une excellente mère alors que tu es, de loin, la fille la plus forte, la plus attentionnée et la plus généreuse qui m'est été donné de rencontrer ... à croire que c'est moi qui ne suis pas prêt et qui ne le serait jamais ! lui réponds-je, je scrute ses réactions et le sourire qui se dessine sur ses lèvres me donne aussi envie de sourire. Ce que tu as pris pour un refus n'était en fait que de la surprise ... Ta déclaration m'a surpris : tu as su transformer en mots toutes mes pensées depuis hier soir ! Je t'aime Ronnie et je veux, moi aussi, fonder une famille avec toi ! Que ce soit dans neuf mois ou dans quatre ans, peu importe ... Je ne vois pas ma vie sans ta présence à mes côtés et j'imagine parfaitement nos enfants jouer avec Vegas qui sera beaucoup trop vieux pour courir ! finis-je en rigolant.

Elle éclate de rire et je crois qu'elle s'est imaginé la scène pendant que je la décrivais. Nous reprenons notre sérieux rapidement et nous restons un instant à nous regarder dans les yeux. Le silence qui envahit ma chambre à ce moment n'est pas gênant, loin de là, il est plutôt apaisant. Après un regard entendu, nous nous rapprochons lentement l'un de l'autre puis nous nous embrassons, tendrement. Je l'aime, je n'ai aucun doute là-dessus, mais j'ai été maladroit et je l'ai fait douter alors qu'il n'y avait aucune raison : je souhaite moi aussi me laisser porter par le destin, à ses côtés. Je mets fin à notre baiser et reprend ma respiration avant de chercher les bons mots, pour ne pas commettre de maladresse une nouvelle fois.

- Tu as dit que tu voulais « tenter l'expérience » et « voir où le destin veut nous mener » ? lui demandé-je en reprenant ses propres mots, elle acquiesce en souriant et je poursuis. J'en ai très envie moi aussi, surtout à tes côtés. Ronnie, tu es de loin LA meilleure petite-amie du MONDE et tu es aussi la femme de ma vie ! Certains diront que nous sommes trop jeunes et ils auront sûrement raison ... mais je t'aime et je sais que nous pourrons être de bons parents, ça me suffit personnellement.

Juste après la fin de ma phrase, Veronica se jette sur moi, me faisant basculer sur le lit et m'embrasse passionnément. Je réponds rapidement et amplifie le baiser en pressant son corps contre le mien. Je retourne nos positions et me retrouve au-dessus d'elle, sans rompre une seconde le contact entre nos lèvres. Rapidement, nos vêtements finissent éparpillés sur le sol de ma chambre et, comme la veille, nous faisons l'amour sans préservatifs. Quitte à « tenter l'expérience » autant augmenter nos chances que ça marche.

Trois semaines après cet évènement, je reçois un SMS de Veronica qui me demande si elle peut passer me voir chez moi, sans me donner davantage de détails. J'accepte bien évidemment même si l'appréhension me gagne de plus en plus : je ne sais même pas si elle a déjà fait un test ou alors elle va m'annoncer le résultat. Et si c'est positif mais qu'elle a changé d'avis ? Non, je ne dois pas penser ainsi. La sonnette de la porte d'entrée retentit et je me précipite dans les escaliers.

- C'est bon 'pa, je m'en occupe ! lui crié-je en descendant les marches en courant.

Je n'entends aucune réponse de sa part tant je suis focalisé sur ce qui va, ou non, se passer. Lorsque j'ouvre la porte, je comprends immédiatement que ça n'a pas marché. J'essaie de lui sourire même si le cœur n'y est pas, mais ça a plus pour effet qu'une larme solitaire roule le long de sa joue. Les seuls mots qu'elle parvient à prononcer sont presque inaudibles mais je les comprends.

- Je suis désolée ... me dit-elle.

Je prends sa main et la tire vers moi pour la serrer dans mes bras. Sa tête repose sur mon torse et aux spasmes qui parcourent son corps, je suis capable de dire qu'elle laisse enfin aller son chagrin. Quant à moi, je ne peux également retenir mes larmes qui viennent dévaler mes joues. Je lui caresse les cheveux en lui murmurant que ça va aller mais au fond je n'y crois moi-même pas vraiment. Ce résultat : « NEGATIF » coupe court à tous nos rêves et à toutes nos envies d'enfant à Ronnie et à moi. Mais ce n'est que partie remise car une famille avec elle, je suis maintenant sûr d'en vouloir une un jour.