« J'suis Renji ! Renji Abarai ! Je suis le vice-capitaine le plus fort de tous ! Rien ne peut m'arrêter ! Oui, rien ! Enfin … pas grand-chose ! Je veux dire … je veux dire … voilà quoi, je suis fort ! Et je sais nager, ok ?! Je sais nager hein ! Je vais te le prouver ! Lis bien ! »

Durant toute son existence, Renji Abarai avait été un homme de défis. Les challenges, comme tout homme qui se respectait, il ne pouvait certainement pas reculer devant. Jamais. Oui jamais.

… Mais pourtant, là … il y avait comme un problème.

« — Renji ! Qu'est-ce que tu fais planté là ? Allez, viens ! »

Rukia. Sa belle camarade, aux grands yeux améthyste et à la chevelure ébène, trempée. Il la trouvait splendide, à n'en pas douter. Un jour, il lui révélerait tout ce que son cœur conservait depuis des années à son égard.

Mais ce jour n'était pas encore arrivé. Et loin s'en faut ! Parce que la noble se trouvait trop loin de lui. Au sens propre du terme. La petite Kuchiki pataugeait joyeusement dans l'eau chaude de la piscine, pour rejoindre son amie Inoue Orihime, avec laquelle elle riait aux éclats pour une raison que Renji ignorait complètement. De toute façon, son esprit se concentrait sur une seule et unique chose : comment Rukia faisait-elle pour nager là où elle n'avait plus pied ?!

À la Soul Society, il pouvait encore masquer cette petite faiblesse. Mais depuis la victoire face à Ginjô Kugo et les Fullbringers, le Capitaine-Commandant avait autorisé ses troupes à des petites vacances. Pas trop longues, selon ses propres mots. Autant dire qu'au moindre problème de Hollow, les Shinigamis reviendraient instantanément au Seireitei. Mais pour l'heure, retrouver Ichigo et toute sa bande revêtait d'une importance particulière, notamment pour Rukia et Renji.

Adossé contre le rebord, là où il sentait le fond sous ses pieds, le jeune homme lança un œil distrait autour de lui. Dans cette grande piscine de Karakura, il y avait beaucoup de monde. S'il se lançait et se ratait dans sa nage, son honneur de guerrier s'évaporerait pour toujours. Mais de toute façon, comment lui en vouloir ?! Jamais il n'y avait eu de cours de natation dans l'Académie des Shinigamis ! Et aucun homme ne naissait avec la faculté de nager, alors il ne pouvait pas être considéré comme un fautif !

D'ici, il voyait Ichigo. Avec son air renfrogné, comme si on le forçait à être présent. Adossé contre la paroi, lui aussi, à lancer des regards furtifs et ennuyés à Rukia et Inoue. Le problème ? Non, il ne s'agissait pas du fait que le rouquin pose les yeux sur la vice-capitaine, mais surtout qu'il se trouvait dans une zone où il ne touchait pas le fond !

Conclusion ? Ichigo savait nager. Et forcément, s'il était au courant de sa légère faiblesse, il ne s'en priverait pas pour se moquer de lui. Sûrement devant Rukia d'ailleurs. Et à ce moment-là, les choses deviendraient compliquées pour le fier lieutenant qu'il était. Surtout si le capitaine Kuchiki l'apprenait. En réalité, mieux valait ne pas imaginer un tel scénario.

« — Abarai-kun ? Pourquoi tu ne les rejoins pas ? »

Ishida Uryû. Cette saleté de Quincy risquait de détruire sa couverture ! Alors qu'il sentait la tension monter en lui, le Shinigami écarquilla les yeux en voyant son camarade. Ou plutôt, en voyant ce qui entourait la taille fine de ce dernier. Quelque chose de blanc, d'un petit peu étrange d'ailleurs.

« — Hé, Ishida ! C'est quoi que tu portes autour de toi ?

— Ça ? C'est une bouée. Pour flotter. Répondit l'intéressé, en haussant les épaules.

— Pourquoi tu prends ça ?

— Pour flotter. Soupira le Quincy, devant la faible vivacité d'esprit du rouge.

— Ah … et … tu … tu sais pas nager ?

— Bien sûr que si, se défendit Uryû. Mais je ne suis pas là pour ça. Je veux me reposer au milieu de l'eau.

— Ah ok. Ricana nerveusement Renji. J'ai cru que tu savais pas nager, tu me rassures !

— Oui, oui …

— Nan sérieux, imagine la honte quoi. Ne pas savoir nager quoi !

— J'ai compris, j'ai compris … je vais rejoindre les autres.

— HA ! Attends, tu m'as donné une idée, Ishida ! S'enquit soudainement le vice-capitaine. T'as trouvé où ta bouée ?

— Là-bas. »

Du doigt, le fils de Ryûken désigna tout un amas d'objets plus ou moins utiles pour la nage, entassés négligemment de droite à gauche. Les enfants peu concernés par la bonne tenue des locaux y déposaient ce qui ne les intéressait plus. Alors que Renji s'y dirigea tranquillement, prenant le soin de paraître naturel, Ishida poussa un léger soupir d'ennui, avant de pénétrer dans l'eau.

Quelques minutes plus tard, Renji revint —toujours aussi naturellement— en direction de ses camarades, en prenant toutefois le soin d'enfiler sa bouée avant de rentrer dans l'eau, histoire de ne pas avoir de mauvaises surprises. Le jeune homme n'oublia également pas de le faire là où il avait encore pied. Ensuite, le plus naturellement et discrètement possible, il souleva ses jambes sous l'eau, pour ne plus toucher le fond, tout en resserrant nerveusement sa prise sur sa bouée. Et miracle ! Il flottait !

« — Renji ? »

L'interpellé sursauta, avant de se retourner en direction de celle qui l'appelait, à savoir une Rukia perplexe.

« — Ah ! Rukia ! C'est toi ! Je flotte haha ! Regarde !

— Euh … oui, d'accord … Répondit-elle doucement, en arquant un sourcil. Qu'est-ce que tu fais avec cette bouée ?

— Alors tu connaissais ? Moi j'en avais jamais vu avant ! Et … euh … voilà. Ça marche.

— Bah … ok. Tu viens nager un petit peu, sinon ? C'est bon pour la santé, tu sais ? »

Vite. Trouver la réponse adéquate. Jamais, ou rarement, dans son existence, l'encéphale de Renji ne fonctionna si vite.

« — Franchement j'ai un peu la flemme. J'suis pas là pour ça, je vais me reposer un peu au milieu de l'eau. Comme Ishida, tu sais.

— Ah … ok bah amuse-toi alors … Lâcha son amie, en haussant les épaules. »

Et la voilà de nouveau partie, envolée, pour rejoindre ses amis. Dont Ichigo, qui lui, savait nager visiblement. Renji le trouvait bien orgueilleux d'ailleurs, depuis que ses pouvoirs furent restaurés. Cet écervelé ne devrait pas oublier à qui il devait ses pouvoirs non plus !

Même si pour le coup, Ichigo ne semblait pas particulièrement ravi. Mais Rukia l'emporta avec elle en lui prenant la main. En lui prenant la main.

Renji fronça les sourcils. Non mais sérieusement, pour qui il se prenait ? Quelque peu renfrogné après une vision aussi apocalyptique, le lieutenant fit machine arrière, en embarquant avec lui sa bouée. Le Shinigami marchait dans l'eau, en bousculant quelques personnes au passage. Mais trop préoccupé par regarder Ichigo se pavaner —même s'il ne faisait en réalité que suivre platement Rukia et Inoue dans leurs escapades aquatiques—, le vice-capitaine ignora leurs réprimandes.

Tout du moins jusqu'à ce qu'il n'heurte un véritable mur humain. Se préparant à pester et injurier cet inconnu qui osait lui barrer la route, Renji changea bien vite d'idée lorsqu'il remarqua avec stupeur qui se tenait face à lui.

« — C-Capitaine Zaraki ?! S'étrangla-t-il littéralement.

— Yo. Lâcha l'intéressé, dans son short de bain noir. Tu fous quoi, hein ?

— J'apprends à nager. Répondit-il sans réfléchir et avec précipitation.

— Hein ?! Tu sais pas nager ?!

— N-Non je voulais dire que j'apprenais à quelqu'un à nager ! Mais c'est fini maintenant, il est parti. »

Un élan de panique dans le regard, dans sa respiration. Kenpachi esquissa un large sourire carnassier.

« — On dirait que t'es nerveux hein, Abarai ?! Tu caches quelque chose ?! Tu veux te battre c'est ça ?!

— P-Pas du tout. Rétorqua l'intéressé, en tremblotant. »

Plus loin, Ichigo écarquilla les yeux et afficha une expression de terreur en apercevant Kenpachi. Sous les yeux incrédules de Rukia et d'Inoue, il plongea sous l'eau, sans dire un mot et avec une énergie que peu lui connaissaient.

Heureusement pour lui, Zaraki ne le remarqua pas, trop occupé à « discuter » avec un Renji de plus en plus décontenancé.

« — Qu'est-ce que vous faites ici, Capitaine Zaraki ?!

— Hein ? J'accompagne Yachiru, t'es con ou quoi ? Grommela-t-il, comme s'il s'agissait d'une évidence. »

Même si en y réfléchissant bien, difficile de trouver une autre explication. D'ailleurs, la principale concernée ne tarda pas à faire son apparition en émettant son rire continu et rapidement insupportable pour ceux qui l'écoutaient régulièrement. La petite-fille sauta sur l'épaule de son « père », avant de braquer ses grands yeux joyeux sur son confrère.

« — Hihihi ! Ren-Ren, qu'est-ce que tu fais ? Pourquoi t'as une bouée, tu sais pas nager ou quoi ?

— SI ! Bien sûr que je sais nager ! Répliqua avec véhémence l

— Ken-chan, Ken-chan, Ren-Ren il sait pas nager ! »

Quelle gamine insupportable. Il n'y avait rien de plus horrible que de tomber sur ce genre de personnes dans ce genre de situation. Ses anciens supérieurs étaient les dernières personnes qu'il désirait croiser dans cet endroit. Que faire maintenant ? Kenpachi arqua un sourcil devant cette petite scène.

« — Hein ? Tu m'aurais menti, Abarai ? Intéressant !

— Mais je vous dis que je sais nager … !

— Ren-Ren il sait pas nager ! Ren-Ren il sait pas nager ! Ricana joyeusement Yachiru, en sautant dans l'eau pour nager à une vitesse impressionnante. »

S'il possédait Zabimaru tout de suite, aucun doute, sa lame se serait dégainée. Quoiqu'avec la présence du capitaine à l'ossature impressionnante, ses ardeurs se seraient peut-être calmées. Renji se racla légèrement la gorge.

« — Vas-y.

— Pardon ?

— Bah nage si tu sais nager. »

La requête difficile et embarrassante.

« — Ça vous intéresse tellement de voir comment je nage ? Puis honnêtement, j'aime pas trop nager en public, comme ça.

— Hein ?! T'es devenue une femmelette depuis que t'as quitté la division ou quoi ?! Grogna Kenpachi, un rictus déformant le visage.

— Hihihi ! Ken-chan, laisse-le ! Ren-Ren ne sait pas nager ! Ren-Ren ne sait pas nager ! »

Ça suffisait comme ça.

Assez de moqueries, de provocations. Il fallait mettre un terme à tout ça. Même si cette eau descendait à presque trois mètres de profondeur. Sa fierté en tant que Shinigami, que vice-capitaine, il ne pouvait pas permettre qu'elle soit piétinée de la sorte !

Hans Zimmer — Barbossa is Hungry

« — Regardez bien, Capitaine Zaraki, Lieutenant Kusajishi ! »

Tout autour d'eux tous, les choses devenaient étranges. Comme pour ne rien arranger, l'attention des « spectateurs », tout du moins d'une partie d'entre eux, se reporta sur cette petite scénette étrange. Et au plus grand malheur de Renji, Ishida, Inoue et surtout Rukia faisaient partie du lot.

« — Je vais vous montrer comment on nage à la sixième division. »

Mais qu'est-ce qu'il racontait ?

Gestes et pensées ne communièrent plus. Durant un instant, cette harmonie originelle s'effrita. Sans trop comprendre pourquoi ni comment, Renji laissa libre court à son instinct. Sa bouée fut envoyée au loin, le laissant en proie à ces abysses profonds. Pourtant, lorsqu'il effectua ses premiers pas vers la zone où il comptait plonger, il ressentait de nouveau des picotements de peur, qui parcouraient son être tout entier.

Mais foi de Renji Abarai, comment pourrait-il s'avouer vaincu sans même avoir brandi son épée ?! Sous l'œil dubitatif de Zaraki Kenpachi, le jeune homme leva haut ses bras, avant de sauter sous l'eau.

Quelques millièmes de secondes plus tard, il commençait à souffrir. Déjà. Ses sens papillonnaient dans une eau trouble, son esprit se perdait, sa peur augmentait. Déjà, il ne voyait plus la lumière du soleil. Il fallait utiliser son énergie. Ses bras, ses jambes. Pour l'aider à remonter à la surface ! L'aider !

Il secoua ses membres, dans tous les sens. Une véritable cacophonie visuelle en découla. Tel un animal en détresse, il finit néanmoins par émerger de l'eau, la tête la première et le cœur qui battait encore la chamade. La première chose qu'il vit fut le dos de Rukia, au loin. Cette dernière s'était déjà retournée, en même temps qu'Inoue vraisemblablement.

Parce qu'Ichigo avait aussi refait surface. Bah oui. Évidemment. Encore Ichigo.

Mais pour cette fois, il lui pardonnait, puisqu'il lui avait probablement sauvé la mise en détournant l'attention de son amie du Rukongai.

Essoufflé, le jeune homme commença à se retourner. Il remarqua d'ailleurs qu'en réalité, ses pieds touchaient le fond de la piscine …

« — Hein ?! C'est ça que t'appelle nager ? Même Ikkaku quand je jette son corps dans le fleuve se débrouille mieux.

— Hihihi ! Ren-Ren ne sait pas nager ! Ken-chan, apprenons-lui à nager !

— Quoi ? J'ai pas que ça à faire. Grommela Zaraki.

— Allez Ken-chan s'il te plaît ! Ren-Ren il veut se marier avec Ruki-Ruki mais il n'y arrivera jamais comme ça !

— C'est quoi ces conneries ?! S'étouffa le principal concerné.

— S'il te plaît Ken-chan ! Sinon je vais bouder !

— Pff, allez c'est bon. J'ai pas grand-chose à faire de toute façon. »

Renji croyait rêver. Ils pensaient réellement lui rendre service, là ? Une semaine de paperasse supplémentaire dans le bureau du Capitaine Kuchiki deviendrait des vacances de rêve à côté de cet horizon horrifique.

Doucement, Kenpachi finit par tourner sa tête en direction du lieutenant essoufflé.

« — Alors Abarai, on va t'apprendre à nager, hein ?! »

Mon nom est Abarai Renji. Vous pensiez que cette introduction était difficile pour moi, hein ? Non, vraiment pas. Il ne s'agissait-là que des prémices d'une agonie sans limite. Être entrainé par le Capitaine Zaraki à la nage.


Soul Society — Quartiers de la Quatrième Division.

« — C'est une bien étrange requête que vous me formulez, Capitaine Zaraki.

— Pff, commence pas à t'imaginer n'importe quoi. Je fais pas ça pour moi, c'est juste que Yachiru insiste trop. »

Contrairement à ses habitudes, le Capitaine Unohana Retsu avait détaché ses longs et soyeux cheveux ébène aujourd'hui, qui cascadaient gracieusement le long de son haori immaculé. Assise à une table pour prendre le thé, elle leva son œil en direction de son invité surprise. Celui-ci désigna à l'entrée une Yachiru à la limite de l'hystérie et un Renji Abarai pâle comme un linge.

« — Donc le vice-capitaine Abarai voudrait apprendre à nager. Se répéta doucement Unohana, en lui jetant un vif regard.

— Bref, j'te demande pas d'accompagner hein, juste de me filer ces trucs au cas où il se noierait.

— Des bouées de sauvetage. Rectifia la belle Shinigami. Mais la piscine que le Capitaine-Commandant a ouverte l'année dernière n'est pas très profonde, le risque est minime. Pourquoi ne plongeriez-vous pas pour secourir le vice-capitaine Abarai le cas échéant ?

— Tu t'fous de moi ou quoi ? Grogna Zaraki. J'compte pas l'entraîner ici de toute façon, il va affronter le courant dans les fleuves du Rukongai. »

Unohana haussa simplement les épaules, avant de se lever d'un pas lent pour prendre lesdites bouées, offertes par le magasin Urahara « amicalement » selon les mots du propriétaire. D'aucuns diront qu'il s'agirait d'une méthode pour s'attirer les bonnes grâces de la puissante Capitaine, mais c'est une autre histoire.

« — Je suis tout de même surprise. Déclara cette dernière, en attrapant une bouée. Je ne pensais pas que vous iriez passer vos vacances dans de telles occupations, même si le vice-capitaine Kusajishi se montre insistante.

— Tss, t'occupe pas de ça. Martela le géant, en attrapant l'objet de ses convoitises, avant de tourner les talons. »

Unohana les salua poliment, avant qu'ils ne s'éclipsent, pour le plus grand malheur du vice-capitaine.

« — Capitaine Zaraki, est-ce qu'on pourrait cacher cette bouée ? Supplia presque Renji. »

Il est vrai que voir un Shinigami se promener avec un tel apparat entre les mains pourrait éveiller les soupçons. Mais Zaraki n'accordait que peu d'importance aux bruits de couloir et pour seule réponse, ordonna à son interlocuteur de porter la bouée, sans offrir la moindre alternative de secours. Au plus grand plaisir d'une Yachiru de plus en plus amusée par la situation. Lorsque celle-ci se plaça sur l'épaule de son supérieur hiérarchique, l'improbable trio se mit en marche : direction le Rukongai, pour l'une des journées les plus mémorables et horribles connues par le lieutenant de Byakuya Kuchiki. Malheureusement pour lui, il remarqua sur sa route Toshirô Hitsugaya et surtout Rangiku Matsumoto, dont l'œil s'attarda longuement sur la bouée rose tapissée de fleurs jaunes qu'il portait dans les bras. Le Seireitei tout entier aurait probablement bientôt vent de cette histoire affreuse.

La route fut plutôt longue. Probablement plus dans la tête de Renji qu'en réalité. Mais comment pouvait-il imaginer un instant passer une journée intégrale en compagnie de ce duo infernal de la Onzième Division ? Ils finirent par arriver à bon port. Voilà une forêt plutôt silencieuse et normalement peu fréquentée. Idéal pour essayer de s'exercer sans personne pour déranger. Le fleuve en revanche, n'inspirait pas confiance au jeune homme. Sa largeur, la vitesse de ses eaux, le débit de son courant … il déglutit devant ce spectacle.

« — Ken-chan ! Dis à Ren-Ren qu'il n'a pas droit d'utiliser ses pouvoirs pour sortir de l'eau ! S'écria une Yachiru visiblement impatiente.

— Hein ? Ouais, s'tu veux. T'as entendu Abarai ?

— O… Oui. Mais entre nous, si j'utilise mes pouvoirs, vous n'aurez pas à venir me secourir en cas de problème.

— Quoi ? T'as cru que j'allais t'aider ou je rêve ? J'vais juste te balancer la bouée et tu te débrouilles.

— … Ok. Compris.

— Dépêche-toi d'enlever de mettre ton slip de bain ! S'exclama une Yachiru aussi pressante qu'insupportable. »

D'ailleurs, Renji ne se souvenait pas qu'elle soit si impliquée dans une affaire qui, en somme, ne la concernait pas plus que cela. Probablement un caprice d'enfant gâté.

Visiblement las, Kenpachi s'assied simplement sur l'herbe en attendant que son « élève » ne termine ses préparatifs. Une fois son short enfilé, Renji regarda avec appréhension le fleuve. Il devait réussir. Penser à impressionner Rukia la prochaine fois qu'ils se rendraient à la piscine. Oui … se donner du courage pour ça ! Non, non. Avant même de penser à Rukia, il devait penser à lui-même. Parce qu'il s'agissait d'un guerrier d'élite du Gotei 13. Comment un tel homme pourrait-il appréhender une simple nage ?

« — Ok ! S'écria-t-il, en se frappant les poings. Capitaine Zaraki ! Je suis prêt !

— Ah. Pas trop tôt.

— Par quel exercice on commence ?!

— Ha, j'vois que tu commences enfin à te comporter comme un mec. Marmonna le géant. Parfait.

— Euh … est-ce que votre Zanpakutô est vraiment utile dans cet … cet exercice ?

— Évidemment ! Saute dans l'eau, et survis !

— Pardon ?!

— C'est parti ! »

Célèbre dans la Soul Society, le sabre usé de Kenpachi Zaraki frappa de nouveau. Poussé par son instinct de survie, Renji sauta immédiatement dans l'eau. Problème ? Il ne touchait pas le fond. À la seconde suivante, il jaillit, paniqué, en agitant ses bras n'importe comment.

« — J'touche pas le fond ! J'touche pas le fond !

— M'en fous, survis c'est tout. Grommela son coach personnel —dont il se serait bien passé—, en plaçant son sabre derrière son épaule. »

Oui, évidemment, ça se saurait si sa sécurité importait. Pour l'heure, la peur prenait le dessus et doucement, il coulait. Rapidement, Kenpachi et Yachiru ne virent plus que des bulles à la surface.

« — Il est mort ? Demanda le plus grand.

— Ken-chan, il s'est juste noyé !

— Ah. Va le chercher.

— Non j'ai pas envie !

— Lance-lui la bouée alors.

— Mais ça sert à rien s'il est mort, Ken-chan !

— Quoi ? T'as dit qu'il s'était juste noyé !

— Bah c'est la même chose ! »

Le condamné refit pourtant surface, interpellant les deux autres Shinigamis. Sa main attrapa le rivage, avant qu'il ne remonte progressivement, une nouvelle fois essoufflé. Kenpachi arqua un sourcil devant ce triste spectacle.

« — Pourquoi tu reviens en arrière, abruti ? C'est pitoyable. »

Un coup de pied dans le visage expédia de nouveau Renji dans les flots, là où de nouveau, il s'avéra incapable de nager convenablement. Décidément, quelle plaie ! Comment peut-il être un bon combattant s'il ne parvenait pas à s'adapter aux différents milieux ? Chacun d'entre eux était un champ de bataille potentiel, et Kenpachi savait pertinemment que cette règle avait été inculquée à chaque nouveau membre de la division, quel que soit le grade !

Quelques secondes plus tard, bis repetita. Renji revint finalement sur le rivage, provoquant un profond ennui sur le visage de son ancien supérieur. Mais cette fois-ci, il devait faire vite … !

« — Attendez, Capitaine … Capitaine Zaraki !

— Non, Ken-chan il doit retourner dans l'eau ! Tout de suite ! Il ne respecte pas les règles ! Gémit une Yachiru qui prenait un malin plaisir à voir le jeune homme rater. »

Quelles règles en réalité ?

« — Dépêche-toi Abarai ou je t'te renvoie direct dans l'eau.

— Qu'est-ce que … je dois faire … ?

— T'es con ou quoi ? Je te l'ai déjà dit, tu survis c'est tout !

— Mais c'est un peu vague pour moi … il me faut un but …

— Survivre ! Grogna le Capitaine, qui commençait à s'énerver, et dont le Zanpakutô brillait déjà.

— Capitaine Zaraki. Je savais que vos méthodes n'étaient pas appropriées. »

Un ange ?

Jamais Renji Abarai n'avait été si heureux de toute son existence à la vue du Capitaine Unohana. La raison de son arrivée ? Il s'en foutait complètement du moment qu'elle puisse mettre un terme à cette torture mentale et physique qu'ils lui infligeaient. Zaraki haussa un sourcil devant cette arrivée plutôt surprenante.

« — Qu'est-ce que tu fous là ?

— Je m'inquiétais du sort que vous réserviez au vice-capitaine Abarai, alors j'ai laissé la division aux soins d'Isane et je suis venue. »

Oui, c'est bien ! Parfait ! Renji se retenait de se lever et de courir dans les bras du Capitaine de la Quatrième Division. Sa longue chevelure balancée dans le vent, la femme la plus puissante du Gotei lui lança un doux et compatissant regard.

« — Et alors ? Je gère très bien la situation. Comme tu peux le voir, Abarai est toujours vivant.

— Pour l'instant seulement. Rectifia la guérisseuse. Il faut donner lui donner un objectif plus clair. Lancez par exemple la bouée dans l'eau et dites-lui de nager jusqu'à elle. »

C'était déjà un meilleur plan. Songea le principal concerné, même si l'idée de devoir nager dans cette eau trouble et dangereuse sans aucun secours l'effrayait quelque peu. Cependant, en tant que lieutenant de la Sixième Division, il ne s'arrêterait pas pour si peu.

« — En revanche, l'utilisation de votre Zanpakutô est une excellente initiative pour stimuler l'instinct de survie du vice-capitaine Abarai. »

Hans Zimmer — The Kraken

Pardon ?! Ses oreilles lui jouaient des tours, n'est-ce pas ?

« — Je vais donc vous aider à cet égard et moi-même utiliser le tranchant de ma lame. »

Intérieurement, il se liquéfiait. Son ange salvateur devenait un démon au cœur obscurci par les ténèbres. D'ici, il parvenait même à distinguer cette aura maléfique la surplombant et ses yeux rouges lui promettant un sort pire que la mort elle-même.

Bien qu'il s'agisse d'une courte imagination, l'effet restait le même. Yachiru, elle, commença à rire tout en sautillant sur place. Des trois, il s'agissait sûrement de la pire de tous.

« — Mouais, si ça peut te faire plaisir. Marmonna Kenpachi, en saisissant la bouée. Je la balance et il doit nager jusqu'à elle, c'est ça ? Et ensuite on lui balance des coups ?

— Oui. Mais si le vice-capitaine Abarai atteint l'objectif, alors il faudra stopper tout assaut. Bien entendu, il n'a pas le droit d'utiliser ses pouvoirs.

— Oh ? Dans ce cas-là, j'vais pas me retenir. »

Sous l'air effaré de Renji, le barbare lança la bouée en poussant un hurlement, de l'autre côté du fleuve, quasiment jusqu'à l'autre rive. Autant dire que ça faisait une sacrée traversée, remplie de dangers.

« — Allez, saute ! Saute ! S'esclaffa une Yachiru impatiente d'assister aux déboires de son collègue.

— Ne vous en faites pas. Si jamais vous venez à vous noyer, je viendrai personnellement vous secourir. Ainsi, je vous soignerai immédiatement, et nous pourrons reprendre là où nous nous sommes arrêtés, et vous deviendrez bientôt un formidable nageur.

— M… Merci … enfin … je crois … »

Jamais dans sa vie, Renji n'avait connu un tel sentiment de terreur. L'ombre des deux Capitaines pesait sur lui. L'impression de voir deux démons se délecter de chacune de ses souffrances grandissait au fur et à mesure. Lorsqu'il croisa les pupilles brûlant du désir de découper appartenant au Capitaine Zaraki, l'infime doute à ce sujet s'évapora. Inspirant, le jeune homme se remémora son existence.

« — Dépêche-toi ! Ken-chan, dis-lui de se dépêcher !

— Ouais dépêche Abarai, tu veux apprendre à nager ou quoi ?! »

Il ferma les yeux. Non, des dangers, il en avait affronté de nombreux durant son existence. Et il ne pouvait pas offrir le spectacle d'un chien se noyant devant cette petite gamine insupportable aux cheveux roses. Sans même penser à son image et tout ce qui en découlait, il devait réussir. Pour lui.

Et qui plus est, si jamais il atteignait son objectif … alors cet entraînement serait terminé !

Yuki Kajiura — Swordland

« — C'est parti ! »

Avec une détermination rare, le vice-capitaine s'élança tel un félin, le plus loin possible. Dès lors qu'un centimètre de son corps toucha l'eau, le visage du Capitaine Unohana devint soudainement celui d'un véritable monstre assoiffé de sang. À la vitesse de l'éclair, elle dégaina son sabre, et frappa l'air avec : une lueur blanche fusa, et manqua de découper le pied gauche de Renji. L'avait-elle loupée volontairement ? Zaraki esquissa un léger sourire à cette vue. Voilà la femme qu'il avait connu jadis ! À son tour, il frappa de son épée tremblante.

La lueur jaune découpa l'eau, et manqua de peu le pauvre Renji, secoué dans tous les sens.

« — Vite ! Tuez-le ! S'époumona une Yachiru hystérique. »

Les deux capitaines multiplièrent les coups de lames. Bien vite, Renji sentit les forces l'abandonner, et l'eau commençait à se tacher d'un rouge macabre. Son sang coulait doucement.

Mais il ne pouvait pas abandonner … !

Le doux visage de Rukia lui apparut comme un songe, l'exhortant à continuer ses efforts. Et avec l'énergie du désespoir, il continua de nager, en prenant soin d'éviter la surface.

« — HA ! Tu comptes te cacher sous l'eau ou je rêve ?! Grogna Zaraki, en prenant son sabre à deux mains. Mange-ça, Abarai ! »

Une plus grande lueur fendit le torrent et le sépara littéralement en deux, faisant d'ailleurs tomber Renji au milieu de celui-ci, sur le sol. Trempé, terrifié, essoufflé, il se demandait encore ce qui lui arrivait. Zaraki esquissa un large sourire. L'eau revint s'abattre, mais il avait désormais une idée du lieu dans lequel se trouvait sa cible.

Unohana, elle, ne l'avait jamais perdu de vue.

« — Hado n°61 : Raikôho. »

La foudre transperça les flots, et les hurlements sous-marins de Renji retentirent, comme le chant d'une baleine. Décidée à ne pas s'arrêter en si bon chemin, la Shinigami frappa de nouveau avec son Zanpakutô, d'un mouvement presque harmonisé avec Zaraki Kenpachi. De nouveau, le sang recolora l'eau.

Mais pourtant, la proie continuait de survivre et avançait. Devant une telle résistance, Kenpachi lâcha un rire satisfait, avant d'enlever son bandeau et faire gonfler son reiatsu. Il se prépara à une nouvelle offensive, même chose pour son homologue de la Quatrième Division.

« — Hado n°58 : Tenrân. »

Le tourbillon secoua encore Renji, qui ne ressentait déjà plus la réalité. L'énorme quantité d'énergie lancée ensuite par Zaraki Kenpachi fit vibrer les environs. Oui, aux alentours, les animaux, les humains, tous fuyaient cette furie. Faiblement, les pupilles du vice-capitaine s'ouvrirent. Il chutait doucement. Parce qu'en fait, il ne se trouvait même plus dans l'eau mais dans les cieux. Temporairement seulement, puisque son dos dénudé heurta violemment la surface du fleuve, avant qu'il ne commence à couler.

Un hurlement vers les cieux ….

Sa main se leva en direction de la lumière qu'il entrapercevait encore.

Sans les tripes pour avancer …

Aussi lentement que sa main s'était redressée, elle s'abaissa, et ses pupilles se fermèrent.

Adieu, Rukia …

Une sensation de vide intense. Était-ce ainsi que le monde s'offrait une fois retourné au stade de particules ? Non. Il y avait encore cette effroyable sensation de froid. Faiblement, les paupières d'Abarai Renji s'ouvrirent sur un monde qu'il espérait différent.

Lorsque ses pupilles rencontrèrent la clarté céleste, lorsque sa peau ressentit le souffle frais de la brise, il se mit à rêver d'un monde meilleur.

« — Oh, vous êtes réveillé, vice-capitaine Abarai. Déclara une voix qu'il reconnut —malheureusement— rapidement. Comme je vous l'ai dit, je vous ai soigné rapidement. Êtes-vous prêt ? Nous reprenons dans deux minutes. »

« Mon nom est Abarai Renji. Le vice-capitaine le plus fort de tous … je sais nager. Vraiment. Alors pitié. Dites-leur d'arrêter ! »