-... et donc, c'est une belle maison. À la campagne. Avec beaucoup d'espace.
Sélène me fixa sans mot dire, de ses grands yeux marrons bien plus foncés que les miens. Sélène était un beau bébé brun et potelé, qui ressemblait un peu à Jack. Pas comme moi, pâle et maigre. Finalement, elle porta son petit poing à sa bouche et se mit à baver. Je souris. Comme elle était adorable.
-Ce sera bien, poursuivis-je. J'ai une grande famille et mes mères seront ravies de me revoir. Pour toi aussi. Tu es une jolie jeune fille… D'ici un an ou deux, tu aura des tas d'amies qui admireront la texture de tes cheveux et la couleur de ta peau. Et si tu le choisis, elles seront peut-être tes sœurs à toi aussi.
Mais qu'est-ce que je racontais, bordel… Sélène ne me jugea pourtant pas. Je me remis à faire les cent pas dans la pièce exiguë qu'était encore ma chambre pour le moment. Sur cet aspect, je ne me mentais pas. La maison de mon enfance datait d'il y avait longtemps et n'était encore dans la famille que par héritage, et il y avait amplement la place pour chacun de nous.
Je passai la tête par la porte. Jack étant toujours dans le salon, je déposai Sélène sur la table basse et quittai l'appartement.
…
-Je ne comprends pas en quoi c'est une mauvaise chose, m'exprima Ben, une heure plus tard, lorsque j'en eu marre de la solitude.
Leur appartement, à son frère et lui, était encore plus bordélique que le mien. Des verres vides et des cendriers improvisés traînaient un peu partout, et dans l'air s'attardait une odeur indéfinissable dont je ne voulais même pas savoir la provenance. Il m'a invité à m'asseoir tout en débarrassant la table d'un vieux carton de pizza qui ne contenait plus de pizza depuis belle lurette, avant de me servir d'autorité un verre de liquide orangé.
-Qu'est-ce que c'est?
-Du jus de mangue. Tu crois que j'essayerais de te saouler?
J'ai pris une gorgée, prudemment, ai été rassurée de ne sentir aucun gout d'alcool.
-Tu gardais ça dans ton réfrigérateur?
Il a agité le contenant vers moi.
-Ça plait aux fées de passage.
J'ai porté le verre à mes lèvres pour ne pas avoir à rétorquer.
-Pourquoi dis-tu que je suis une fée? ai-je questionné, essuyant mes lèvres du revers de la main.
-Tu dois bien avoir été nommée ainsi pour une raison.
Ce n'était pas la première fois qu'on me le disait. Mes sœurs et moi avions des prénoms étranges, semblait-il, une fée, une princesse et une déesse.
-Tu fais dans les clichés, dis-je.
Je ne me plaignais pas de ce surnom, néanmoins. C'était toujours plus original que Vivi.
-Peut-être. Mais tu n'as pas répondu à ma question, Fée.
-Ce n'était pas une question.
-Si, c'en était une.
Je baissai les yeux.
-Ce n'est pas une mauvaise chose, repris-je lentement.
-Alors quoi? Tu préfères continuer ta vie ici, enfermée dans cette tour?
Il ne sembla même pas remarquer la tournure poétique de sa phrase.
-Non, bien sûr que non.
C'était la réponse logique. Mais au moins, ici, je me sentais à ma place avec Jack et Mélina et mes sœurs, Rania et Sélène. Ma première famille humaine- les parents de Jack- avait été un échec. Et voilà que je devrais retourner avec eux. Ben dut voir dans mes yeux ce que j'aurais répondu, et visiblement ça ne lui plut pas.
-Je t'ai vue une fois, me confia-t-il. Sur scène. Tu étais douée.
J'étais convaincue qu'il n'y connaissait rien mais le compliment me fit plaisir pour un instant. Même si je savais que la danse ne me serait plus utile. Une fois là-bas, je redeviendrai probablement aide-soignante pour Sophia. Je n'aurais sans doute pas du me plaindre. La santé était un des domaines où la Terre avait encore besoin d'une main d'oeuvre non automatisée… mais les arts aussi, cela dit.
-Tu as de bonnes chances, conclut-il. Tu es encore pure et tu es douée. C'est pour ça que je dis que tu es une fée.
Il glissa un paquet de cigarettes dans sa poche. Je ne savais pas de quel produit il s'agissait, mais ce n'était certainement pas du tabac. Peut-être de la mari. Ou un autre produit encore plus fort, mais de toute façon, il ne se permettait jamais de fumer devant moi. Un instant, j'eus pitié de ses addictions dont il n'arrivait pas à se débarrasser… et je me demandai ce que serait ma vie si je ressemblais aux filles- et aux garçons- que je voyais parfois. Partager les problèmes de Ben, galérer à s'en sortir avec les enfants qui arriveraient inévitablement, cette chance évoquée perdue à jamais.
-Pourquoi maintenant? m'interrogea alors Ben.
-Ma grand-mère perd la tête.
C'était plus simple de désigner Sophia comme ma grand-mère même s'il y avait son nom sur mes papiers.
-Et encore? me demanda-t-il. Ce n'était pas déjà le cas?
Il m'avait assez entendue parler de ma famille et du "différend familial" qui nous avait menés ici au cours des trois dernières années. Il me resservit un verre tout en me fixant. Ben était loin d'être laid mais je ne savais rien d'une éventuelle petite amie. Je savais juste que ce ne serait jamais moi pour la même raison qu'il m'appelait Fée. Ce n'était pas ce genre d'affection qu'il éprouvait pour moi. Je lui étais trop précieuse, moi, la dame du lac si loin de son domaine, égarée dans un royaume humain.
-Je suis enceinte, ai-je lâché au bout d'interminables secondes.
Ça ne faisait que quelques semaines et je ne l'avais encore dit à personne… mais je savais que mes mères l'avaient déjà compris. Ben garda un court moment de silence avant d'hocher la tête.
-Connais-tu le père?
-Non, mentis-je, pour l'importance que ça avait.
-Comptes-tu le garder?
-Oui.
-Il sera sans doute heureux là-bas, me dit-il en écartant le cendrier devant moi.
-Sans doute, reconnus-je.
Si j'avais pu le dire à Ben. Je bus le reste de mon verre en silence avant de me lever. À la porte, je remerciai Ben.
-Sais-tu si ce sera un garçon ou une fille? me demanda-t-il en retour.
-Une fille.
-Comment peux-tu le savoir?
-Une intuition.
Il me serra dans ses bras. C'était un au-revoir, peut-être, à moi et à ma fille.
…
J'avais neuf mères. C'était drôle à dire, soumis à un jugement humain. Isaia était celle qui m'avait eue, et sa compagne Virese. Ensuite, il y avait Saona et Vari, qui adoraient Rania par dessus tout. Eva, la plus volubile à propos de notre monde d'origine. Enési, la plus solitaire, celle qui ne s'approchait jamais des humains. Elle, Lant et Nauma étaient différentes des autres, issues d'une autre famille. Loura était l'ainée, la matriarche de notre cellule familiale. C'était une petite famille, en réalité, qui n'avait réussi à donner naissance qu'à une dizaine de filles, mais cela arrivait souvent lorsque nous nous mêlions aux humains. Quatre d'entre elles étaient comme moi, adoptées par des familles du coin et portant d'autres noms. Rania et moi les avons retrouvées avec plaisir.
-Cela faisait longtemps, a souligné Aurora.
Elle avait les cheveux du même rouge que les miens et les yeux de ce marron si rare. Nous pensions que nos mères nous avaient eues avec le même homme, sans pouvoir en avoir confirmation, mais pour une raison ou une autre elles ne nous avaient pas laissées dans la même famille.
-C'est vrai, approuvai-je.
Rania, encore jeune et de sang "pur", se réinstalla sous la tutelle de nos mères. Cela peinait Jack et Mélina, mais elle ne leur était pas enlevée, pas tout à fait, et puis, ils avaient toujours Sélène et j'étais encore là, auprès d'Aurora et de mes sœurs quasiment humaines. Et comme promis, une vingtaine d'heures par semaine, je m'occupais de Sophia. C'était plus facile quand elle me prenait pour sa fille ainée, Virginie, et plus difficile quand elle délirait vraiment, mais au fur et à mesure que ma grossesse avançait je mettais ce que je pouvais de côté pour pouvoir m'occuper de ma fille- et ainsi, peut-être, lui offrir une meilleure vie que la maigre pension du gouvernement ne le permettait. J'avais dû l'avouer à Jack et Mélina lorsque je n'avais pu la cacher plus longtemps, et pour mes mères et mes sœurs c'était un secret de Polichinelle depuis déjà bien longtemps.
Mon fils est né en automne, qui pour une raison mystérieuse avait toujours été ma saison préférée. Rania voulait l'appeler Jaylis, "vie", mais j'ai refusé. Rania était beaucoup trop jeune pour être une de ses mères, et je préférais lui attribuer d'office un prénom humain, de préférence utilisé par les deux espèces.
-Quelquefois, les garçons portent des noms de pierres, m'a informée Isaia tout en regardant dans mes bras mon petit "hybride mâle" dormir. Ou d'étoiles.
C'était une possibilité, même si j'en avais déjà une vague idée. J'ai fini par l'appeler Lancelot, le nom qui avait été donné à Galaad par Vivianne, et il fut décidé qu'il porterait comme nom de famille celui de Jack plutôt que celui de Sophia. Il faillait bien un père à cet enfant.
-N'est-ce pas bizarre? me demanda Aurora en me prenant Lancelot des bras.
Il avait comme elle et moi des yeux marrons, mais il semblait peu à peu devenir blond comme son père. J'aurais parié que dans quelques années, il ressemblerait trait pour trait à un humain. Un très bel humain, sans doute, mais on ne verrait peut-être même pas la différence.
-Bizarre? Pourquoi?
-Imagine que nous soyons les filles de Jack, s'expliqua-t-elle en tortillant entre ses doigts une mèche de cheveux de mon- notre- fils.
Prise au dépourvu, je n'ai pas su quoi dire. Il était marié à Mélina depuis des années, depuis, euh… enfin, ils étaient ensemble depuis peut-être dix-neuf ou vingt ans. C'était toujours possible qu'au début, il n'ait pas été très fidèle et n'ait pas résisté aux charmes de Lant et d'Isaia sans que cela n'ait affecté leur relation, mais pourquoi ne m'en aurait-il jamais rien dit? Et puis j'avais toujours imaginé que nous ressemblions à notre père. Aucune de nos mères n'avait les cheveux roux et très peu de nos tantes, et il nous paraissait invraisemblable que nous soyons nées toutes les deux ainsi au sein de la même famille- encore mieux, au sein d'une famille reconstituée- sur le simple fait du hasard. Jack n'était pas roux, déjà. Et nous ne nous ressemblions en rien.
Aurora n'a même pas du y penser plus longtemps, mais en moi, le doute est resté.
…
Je suis retournée voir Ben et son frère, bien sûr, peu après mes vingt ans. Mon fils avait déjà six mois et il se portait tout à fait. Je voulais que Ben puisse le voir au moins une fois. Mis à part le père de Lancelot qui avait disparu dans la nature, Ben était le seul ami que j'avais pu trouver dans cette ville. Son frère m'a accueillie avec un drôle d'air mais s'est tu quand j'ai déposé le repas sur la table en guise de cadeau.
-Combien de temps va-t-elle rester? a-t-il demandé en se léchant les doigts.
-Pour la journée seulement.
Ben me souriait.
-À quelle heure repars-tu, Fée?
-Dix-neuf heures.
Ce serait déjà bien assez tard pour Lancelot.
-Fée? a répété son frère. C'est ton nom?
-Vivianne, répliquai-je aussitôt. Mais Fée va très bien.
Il n'était peut-être pas tout à fait sobre, mais je ne connaissais pas davantage son nom. Ben a demandé à prendre Lancelot. Il avait l'air hésitant, mais il le tenait bien.
-Il te ressemble, a-t-il souligné.
J'ai souri.
-Merci, ai-je murmuré.
C'était normal, aurait dit Eva, qui affirmait que la fille avait toujours le visage de la mère biologique. Je ne savais pas exactement si c'était parce que, pour une raison que je n'aurais pas su expliquer, les gènes de son espèce se transmettaient aux hybrides à une plus forte proportion ou s'il s'agissait simplement du fait qu'au cœur d'une nation humaine, des traits sylvidres se voyaient d'autant plus pour qui savait regarder, mais je savais que c'était véridique, même pour les "pures". Lancelot a commencé à chouiner et Ben me l'a rendu, désolé. J'ai réclamé de l'eau, pour le lait en poudre que j'avais apporté avec moi. Ça me semblait bien plus simple que d'essayer de le nourrir par moi-même.
Au bout d'un quart d'heure, j'ai réclamé de sortir. Nous n'allions pas passer toute la journée dans cette boite sombre, sans fenêtres. Aucun des deux n'a protesté, et nous avons passé la journée dans des lieux publics. Au soir, j'ai sacrifié ce qui me restait de mes économies pour cette journée pour nous offrir le repas dans un petit restaurant rapide.
-Reviendras-tu bientôt? m'a demandé Ben.
-Je ne sais pas.
J'eus envie de lui proposer de me suivre. Il ferait un bon père pour mon fils, j'en étais certaine, et peut-être aurions-nous d'autres enfants- ou alors il se lierait à une de mes sœurs, ce qui ne serait pas plus mal. En tout cas, lui et son frère seraient à l'abri dans notre petit village. En réalité, je ne savais même pas si ça avait le moindre sens. Je n'étais pas naïve au point d'imaginer pouvoir sauver un homme qui n'y croyait pas lui-même. Et peut-être ne supporterait-il même pas la vérité- peu d'entre eux en étaient capables. Je n'en savais rien. J'ai fini par repartir à l'heure convenue.
…
-Quel âge as-tu, Virginie?
-Dix-neuf ans, maman, répondis-je machinalement.
Sophia me demandait souvent mon âge. Au début, je répondais toujours un chiffe invraisemblable, mais la blague avait rapidement perdu tout son sens. Elle n'écoutait quasiment jamais. Elle était malade depuis que j'étais petite. Il y aurait eu des solutions, bien sûr, mais à part la prévention elles étaient trop coûteuses. Ne restait qu'à limiter les dégâts. Parfois, elle savait encore qui j'étais, mais la plupart du temps elle croyait que j'étais sa fille ainée, morte quand j'avais deux ans dans un accident de voiture, soit deux ans avant mon arrivée. Nous ne nous ressemblions pas, elle et moi, mais Sophia nous avait attribuées le même prénom, ce qui devait expliquer sa confusion.
Il n'y avait pas d'agressivité dans son attitude. Elle devait la voir, elle. Encore.
Quand je relevai les yeux, je fus contente de voir Isaia, dans le cadre de porte. Elle avait bricolé une robe avec un drap pour se couvrir, et je me suis à grand-peine retenue de rire en la voyant affublée ainsi. Pourtant, ce n'était pas comme si être nue la gênait, habituellement, ou comme si elle avait un espoir de se faire passer pour humaine, toute en teintes de vert. Elle m'a jeté un regard presque courroucé avant de se remettre à sourire.
-Es-tu occupée, Alianne?
-Si, dis-je en désignant les repas à peine entamés sur la table basse.
Elle esquissa un geste de la main, comme si cela n'avait pas d'importance.
-J'aimerais te parler.
Et comme, de toute évidence, cela ne pouvait attendre, je la suivis dehors, sur la terrasse. Les nuages couvraient le ciel mais la lumière filtrait encore. Il faisait frais, à cette période de l'année- nous aurions du être en hiver- mais il ne neigeait jamais. Il grêlait, parfois, mais les rares chutes de neige fondaient toujours bien avant d'atteindre le sol. Je m'attendais à ce qu'elle me ramène sous le couvert des arbres mais nous sommes restées sur les dalles de pierre.
-Que me voulais-tu? lui ai-je demandé.
-J'ai discuté avec une de tes sœurs, me répondit-elle un peu trop sèchement. Qu'est-ce que c'est que cette histoire de partage de gènes?
Honnêtement, j'ai mis quelques secondes à comprendre de quoi elle parlait.
-J'ai fait un test ADN, corrigeai-je d'une voix basse.
Elle semblait soudain plus qu'en colère.
-Je n'ai pris qu'une goutte de sang. Et je me suis adressée à une des nôtres, terminai-je, osant à peine parler.
-Tu en es sûre? riposta-t-elle, sa voix perdant petit à petit ses intonations glacées.
-C'est la fille de Nauma qui m'a parlée d'elle.
J'aimais à m'imaginer tout un réseau clandestin dont les membres veillaient les unes sur les autres. Nous étions déjà une communauté en soi, bien cachée… même si ce n'excusait pas forcément mon inconscience. Le regard d'Isaia se fit pensif quelques secondes.
-Et que cherchais-tu? me questionna-t-elle en revenant à elle.
Elle me fixait, cherchant la réponse sans que je n'aie besoin de la formuler.
-Ton père, murmura-t-elle, puis elle rit, mais sans trace d'amusement.
-Tu ne m'as jamais parlé de lui, chuchotai-je.
-Je t'ai donné un père! riposta-t-elle, élevant la voix pour une rare fois. Cet homme que tu aimes tellement, que j'ai laissé t'élever.
Je ne voulais pas repartir un débat sur ce sujet, d'autant plus qu'elle ne pouvait avoir oublié que ce n'était pas Jack qu'elle avait choisi au départ. Je lui en étais reconnaissante- à Jack, pas à Isaia- mais je savais aujourd'hui que je ne lui étais pas apparentée. Il ne représentait pas les réponses que je cherchais.
-Pourquoi cet homme t'importe-t-il?
Peut-être parce qu'il était la moitié de moi-même?
-Mais que t'imagines-tu donc? a repris Isaia dans un rire. Tu crois que tu aimerais la réponse?
Elle parlait bien trop doucement, à présent.
-Je n'en sais rien.
Pourquoi me ne donnait-elle pas tout simplement un nom? Ne serait-ce pas infiniment plus simple?
-Tu es ma fille, Vivianne, insista-t-elle, utilisant pour la première fois ce prénom que je m'étais moi-même choisi, mais cela sonnait comme si elle voulait me manipuler. Notre fille. Et je ne veux pas que tu sois déçue. Tu as déjà amplement pour être heureuse.
Quelque chose dans ses yeux ou dans son expression semblait la faire paraitre triste. Elle se détourna finalement et jeta sa "robe" blanche sur le sol avant de partir. Je jetai un dernier coup d'oeil vers la maison, quelques mètres derrière moi. De toute manière je n'avais plus tellement faim.
…
Ce fut au printemps que la nouvelle commença à se répandre. Celle qu'elles approchaient. Et que lentement, la guerre s'amorçait. Jusque là, c'était une idée un peu floue, mais elle devenait soudainement concrète.
-Que feront-elles de nos familles? s'est demandé Olivia, la fille de Nauma, un jour, à haute voix.
-Nos familles savent, a répondu Aurora, dans le confort de sa chambre. Elles sont au courant de tout et l'ont accepté, et leur rendent même service. Pourquoi leur feraient-elles quelque chose?
Nos mères nous aimaient certes, mais nous savions qu'elles nous avaient eues avec des humains plutôt que de mettre au monde des "pures" pour une raison. Sans doute prévoyaient-elles de nous utiliser plus tard, dans cet hypothétique après. Je n'irai pas jusqu'à dire que nous serions l'humanité… mais nous en serions certainement une part importante, avec nos familles et ceux qui survivraient.
C'était mon opinion. Nous aurions pu en spéculer pendant des heures.
…
La sphère noire est tombée sur Tokyo très exactement trente-trois jours plus tard.
