Chapitre 35 : La cible.

L'atmosphère était morose. Le ciel gris ne laissait qu'une faible luminosité occuper cette salle du château, en ce début de soirée. L'humeur générale des personnes présentes alourdissait davantage l'air ambiant. Tout le monde était plongé dans une angoisse qui les mettait à cran, et chacun la manifestait à sa manière. La raison à cela était plus que légitime ; dehors, la vue était assez déroutante. La citadelle avait été plongée dans un silence absolu et soudain depuis le début de l'après-midi, et le royaume entier semblait figé. Ils étaient venus des quatre coins d'Hyrule en vitesse. Les cinq prodiges ainsi que la princesse s'entretenaient pour savoir quelle était la meilleure chose à faire face à un amphithéâtre assiégé ainsi qu'à des dizaines de traînées rouges qui s'éparpillaient dans toutes les directions, en venant toutes du bâtiment ovale recouvert d'une barrière de corruption menaçante.

Le prodige piaf se trouvait près d'une des fenêtres de la pièce qui donnait sur la citadelle et l'entièreté de la plaine d'Hyrule, il y observait avec stupeur la situation préoccupante. La petite armée envoyée pour combattre cette nouvelle menace disparaissait peu à peu dans la brume de malice de l'amphithéâtre. Nul doute que tous ces vaillants soldats n'allaient pas faire long feu avant de se faire corrompre à leur tour. Les autres prodiges accompagnés de Zelda étaient assis autour d'une longue table rectangulaire au centre de la salle, tous silencieux. Seul le prodige le plus orgueilleux d'entre eux osait regarder cette catastrophe en face.

- Nom d'un cryorok, grogna Revali. Je n'avais encore jamais vu une chose pareille.

- Que peut-on faire ? le questionna ensuite le Goron, peu rassuré.

L'archer haussa les sourcils, se retourna vers l'originaire d'Ordinn, et lui lança un regard condescendant, comme si la réponse à sa question était évidente. Voir ses camarades attablés, la tête baissée, l'agaçait. Il avait l'impression que tous baissaient les bras au moment même où Ganon commençait d'ores et déjà à frapper, alors qu'en réalité, personne ne s'attendait juste à une attaque aussi soudaine. Il leur fallait le temps de réfléchir.

- Le royaume est sous leur contrôle, Daruk, rappela Revali, la seule chose que nous pouvons faire pour l'instant, c'est rester au château et attendre. Alors cessez de réfléchir à comment agir, il n'y a rien à faire pour l'instant. J'ai déjà failli perdre une aile rien qu'en venant ici.

Le pessimisme du prodige déplaisait à la princesse, en bout de table, qui ne se voyait pas rester ici, les bras croisés. Cela ne servirait qu'à mettre en danger encore plus d'habitants, toutes races confondues. Mipha, assise en face de Daruk, restait silencieuse comme à son habitude, elle préférait écouter ce qu'il se disait sans intervenir. Urbosa quant à elle, hésitait à contredire Revali, elle ne voulait pas aggraver la situation en créant une quelconque querelle qui n'était absolument pas nécessaire. Tandis que Link, lui, avait la solution. Il pouvait mettre fin à ce désordre, il était le seul à pouvoir le faire. Seulement, le héros ne préféra pas partager son idée avec le reste du groupe dans l'immédiat.

Zelda décida donc de parler de ce qu'elle savait avec les autres. Pour elle, il n'y avait qu'une seule et unique personne qui était responsable de ce semblant d'anarchie dehors. Après avoir croisé le regard de Link qui lui disait sans aucun doute qu'il était d'accord avec elle, la princesse se lança.

- C'est Brad, dit-elle. C'est lui qui est derrière tout ça.

Urbosa, sa grande amie, se tourna vers elle. La Gerudo fut surprise de voir qu'elle détenait des informations plutôt précises. Les autres prodiges firent de même, Zelda obtint alors l'attention de tout le monde qui attendait qu'elle en dise plus. Qui était ce Brad ? Et pourquoi la blonde était-elle aussi sûre d'elle en parlant de cet individu ? Ils la regardèrent tous attentivement, mis à part Link qui connaissait déjà tout ce qu'il fallait savoir. Rien que d'entendre ce nom, le héros sentait la colère monter en lui, et ce n'était pas dû la corruption, cette fois-ci.

- Qui donc, Madame ? demanda Urbosa.

- Un chevalier, animé par l'esprit du Fléau. C'est à travers lui que Ganon se manifeste. Lui, et tous les autres, à présent. D'après nos dernières informations, la ville de l'Étape d'Hyrule a été attaquée. Et... peu seraient les survivants... La quasi-totalité de la population qui était présente là-bas hier soir se voit maintenant être sous le contrôle du Fléau.

Cette nouvelle laissa le groupe bouche bée. Eux qui venaient tout juste de débarquer au château d'Hyrule en catastrophe, aucun n'avait été prévenu de cet attentat la veille de leur arrivée. D'ailleurs, Link et Zelda eux-mêmes n'en prirent connaissance qu'il y avait quelques heures, lorsque l'alarme générale avait sonné dans l'intégralité de la citadelle. Cela n'arrangeait pas les choses, et la princesse zora souleva une interrogation que tous avait en tête.

- Comment ce chevalier a-t-il été en contact avec la Calamité alors qu'elle n'est pas encore ressuscitée ? s'interrogea Mipha.

- Nous ne le savons pas, répondit Zelda en refermant son expression de visage.

Revali s'agaça. Il se dirigea vers une chaise vide qu'il fit glisser contre le tapis au sol avant de s'y asseoir pour rejoindre ses compagnons autour de la table de réunion, en tapant du poing sur celle-ci.

- C'est à ne plus rien y comprendre... soupira-t-il.

- Ce qui est sûr, intervint Urbosa, c'est que nous allons devoir agir si nous ne voulons pas que Hyrule soit dévastée avant même que Ganon ne soit réapparu.

Le Piaf alla contre cette affirmation, il était véritablement décidé à ne pas mettre un pied dehors. Cela venait du fait qu'il avait croisé la route de plusieurs corrompus dans les airs, en arrivant jusqu'ici. Lorsqu'il s'était aperçu que ses flèches n'avaient aucun effet sur eux, qu'elles ne faisaient que les traverser sans aucune perte de vitesse dans leur trajectoire, il s'était senti vite désarmé, et comprit que ces ennemis s'avéraient être de taille du fait de leur quasi-invincibilité.

- Ce serait du suicide, répliqua-t-il à la suzeraine gerudo.

Urbosa se redressa et s'appuya contre le dossier de sa chaise en croisant les bras. Tout le monde semblait être d'accord avec elle sur ce point, mais le guerrier, lui, n'était jamais satisfait de leurs suggestions. À l'entendre, on pouvait penser que toute motivation d'effectuer prouesses et accomplissements honorables ne lui plaisait plus. Cela avait pourtant l'habitude d'attirer son attention.

- Ce n'est pas ton genre de vouloir rester en retrait, Revali. Je te signale que nous ne portons pas ce vêtement bleu pour rien. Nous sommes les prodiges du royaume.

- Je mise sur la prudence, expliqua le Piaf. Ces créatures dehors, ces corrompus, comme vous les appelez... Ils sont comme une maladie qui se propage à une vitesse ahurissante.

Daruk rejoignait Urbosa. Chaque seconde de plus passée ici à discuter pouvait être celle de trop. Chaque seconde, quelqu'un pouvait rejoindre les rangs de Brad. L'armée envoyée il y avait quelques heures à l'amphithéâtre sous ordres du roi avait été rappelée bien trop tard. Le père de Zelda avait fait une grave erreur, il avait littéralement fait un cadeau aux corrompus en augmentant l'effectif adverse de plusieurs dizaines d'hommes. De ce fait, le prodige goron ne se voyait pas attendre plus longtemps. Il fallait « foncer dans l'tas », comme il disait.

- Justement, plus nous attendrons, et plus ils seront nombreux, signala-t-il.

- Et si l'un d'entre nous venait à se faire avoir ? reprit Revali. Vous y avez pensé ?

- Le feu de Vah'Rudania est une arme redoutable !

L'archer leva les yeux au ciel. Il reprochait à son égal de ne pas réfléchir aux conséquences d'une telle offensive avec une machine qui était normalement destinée au véritable Fléau Ganon, pas à quelques humains parmi les autres. De plus, une créature divine était beaucoup trop repérable et massive pour être utilisée contre des êtres lucides et intelligents qui verraient la chose venir de loin. Non, il fallait être rapide, efficace, et puissant à la fois. Lorsque Daruk vit la réaction du Piaf à sa proposition, il décida de ne plus rien dire et d'attendre que quelqu'un d'autre intervienne, car son comportement commençait à déranger tout le groupe. Il n'était pas le seul à être mis sous pression, ils l'étaient tous, il semblait l'avoir oublié... Mais personne, ni même la princesse ne souhaitait rétorquer face à lui dans une situation de crise pareille.

- Tu tuerais des civils sans même t'en rendre compte ! s'exclama Revali. Ces ennemis se cachent parmi la population. Nous ne les reconnaîtrons pas aussi facilement !

Après un silence plus que pesant, Link releva la tête vers son amie à sa gauche et avec détermination, il prit la parole d'une voix calme et posée. Lui qui était plongé dans ses pensées depuis le début de leur entretien, il s'exprima vite et simplement sans donner d'explications, ce qui laissait sa volonté à désirer aux yeux de tous.

- Je vais y aller.

Zelda le regarda avec de grands yeux ronds tandis qu'Urbosa se racla la gorge en entendant ces mots. Mipha et Daruk ne réagirent guère, ils faisaient confiance à l'Hylien et savaient qu'il ne disait pas cela sur un simple coup de tête. Il avait les idées claires. Revali, lui, fut animé d'un rire grossier qu'il clama haut et fort sans retenue.

- Oh ! Bien sûr, où avais-je la tête... gloussa le Piaf entre deux éclats de rire faux. Tu arrangeras les choses à coup sûr ! Comme d'habitude, n'est-ce pas ? Tu n'as même pas besoin d'aide ; après tout, tu es le héros d'Hyrule, toutes mes excuses !

Le blond ne répondit pas à la remarque ironique du prodige, il entama juste des justifications plus précises qui pousseraient ce dernier à comprendre pourquoi Link souhaitait agir lui-même et seul. Après tout, il possédait des arguments justes et plausibles qu'il s'empressa de partager avec Revali pour mettre fin à ses provocations inutiles.

- J'ai combattu Brad et son pouvoir maléfique. Il m'a infligé une partie de sa corruption que Dame Impa a su retirer en partie de mon corps. De ce fait, il m'en reste encore un peu, donc si quelqu'un est capable de traverser cette barrière de malice, c'est bien moi. Et la lame purificatrice est la seule arme qui redoute les corrompus. Je pense donc que je devrais me rendre à l'amphithéâtre. Pour l'éliminer.

Dans un premier temps, ce fut beaucoup d'informations pour les quatre autres prodiges qui n'étaient point au courant de toute cette folle histoire qu'était la corruption de Link, son combat contre Brad, et tout ce qui s'en était suivi... Les deux élus n'avaient eu l'occasion de recroiser leurs amis que très rarement depuis et n'avaient, de ce fait, pas eu le temps de leur relater ces événements. Puis, les prodiges se regardèrent tous dans les yeux, pour savoir si d'autres avaient déjà été informés. Ils furent plus ou moins rassurés en constatant qu'aucun d'entre eux n'avait été prévenu. Il s'en était passé des choses durant ces dernières semaines...

- Link, tu n'es même pas sûr de le trouver là-bas, fit remarquer Urbosa.

- Il y est bel et bien, répondit directement le héros. Je le sais.

- Tout ce que Brad attend, c'est que tu viennes à lui ! déclara la princesse.

Elle avait raison, Brad ne voulait que l'arrivée du chevalier pour enfin mettre un terme à son existence. Link était sa cible principale depuis le début de leur rivalité. De plus, les deux élus des déesses s'étaient déjà jetés dans la gueule du loup une fois, Zelda ne souhaitait pas que Link recommence bien qu'il avait l'air sûr de son coup. Si le corrompu souhaitait qu'il vienne, alors soit, il viendrait. Et il se battrait jusqu'au bout, pour Hyrule toute entière. S'il avait été capable de retirer cette épée dans la forêt Korogu, c'était bien pour quelque chose, non ?

- Si je tue leur chef, j'affaiblirais tous les autres et libérerais l'amphithéâtre, expliqua Link à Zelda qui n'était pas sereine. C'est un bon point de départ pour récupérer le contrôle du royaume.

Sa raison était légitime, il arrangerait beaucoup les choses, mais le cœur de Zelda se serra en apprenant ce qu'il souhaitait faire. Elle n'appréciait jamais qu'il mette sa vie en jeu volontairement ainsi. Qui savait ce qui pourrait arriver ? Au vu de ce qu'était capable de faire le brun, l'idée qu'il reparte au combat contre cet homme aux pouvoirs démoniaques ne la réjouissait pas vraiment, et elle lui fit part de son inquiétude.

- Tu veux à nouveau te confronter à Brad ? Alors qu'il a failli te corrompre la première fois ? Link, je ne voudrais qu'il réussisse pleinement son coup cette fois-ci...

- Princesse Zelda, c'est la seule solution durable que nous pourrons trouver. Faîtes-moi confiance.

Oh, non, elle ne doutait pas de ses capacités à réussir. Link avait les moyens d'éliminer Brad, pour sûr que l'éclat de son épée aurait raison de lui ! Mais elle ne pouvait s'empêcher de penser au pire, à la possibilité qu'elle puisse perde son ami, ou que son esprit bascule du côté du mal. Dans un soupir, elle répondit par un silence témoignant du fait que Zelda n'adhérait pas vraiment à ce plan. Mais il était trop tard, la détermination du héros ne lui ferait plus changer d'avis.

- Il me manque simplement un moyen rapide pour me rendre au Sud de la plaine d'Hyrule, ajouta le blond.

Link songea à un moyen de transport qui correspondait d'une manière parfaite à ce dont il avait besoin. Il tourna lentement la tête vers Revali et cela fit hoqueter un rire à Daruk qui avait compris. L'instant d'après, ce fut au tour de Mipha et Zelda de dissimuler du mieux qu'elles le pouvaient leur amusement. Le Piaf prit un air méprisant en ne comprenant pas ce que le héros lui voulait. Puis, soudain, il vit enfin où il souhaitait en venir, et l'idée ne lui plut guère. Il se demanda même comment Link avait pu penser à une chose pareille, avec lui, le grand Revali...

- N'y pense même pas. Alors là, non ! prévint l'archer. Jamais je ne te transporterai sur mon dos jusqu'à leur point de rassemblement ! Et je te ferai remarquer que voler est la meilleure des solutions pour se faire repérer.

- Partir à cheval ne serait pas mieux et plus lent, rétorqua le chevalier. Ils sont partout, de toute manière. Et tu voles plus vite qu'eux, je me trompe ?

Il ne donna aucune réponse.

- Revali, c'est une situation urgente, rappela Urbosa. Il n'y a pas la place pour ta jalousie.

- Ma... jalousie ? Vous devriez vous entendre...

Toute la table le regarda d'un œil mauvais, Revali se retourna pour observer l'extérieur depuis la fenêtre et s'empêcha d'insulter Link qui attendait qu'on lui réponde. Avait-il vraiment le choix, au fond ? On parlait de l'avenir d'Hyrule, et bien que cela lui déplaise, il devait laisser passer ses « caprices » après cette ultime mission. En lâchant un regard noir au capitaine de la garde, il accepta sans grande motivation.

- Bon ! Très bien ! Je t'emmènerai là-bas... grogna-t-il.

- Je te remercie, Revali, répondit Link.

Le guerrier piaf, qui gardait la tête baissée et retenait sa colère alors que tout le monde lui était reconnaissant d'avoir accepté la demande du héros, allait devoir prendre sur lui. Il cessa de faire subir son mauvais caractère aux autres et resta silencieux pour le reste de la fin de réunion. Link, quant à lui, donna l'heure à laquelle il souhaitait se rendre à l'amphithéâtre.

- Je pense partir cette nuit, vers trois heures du matin. Lorsque personne ne s'y attendra.

Aucune contestation, c'était en effet la meilleure chose à faire.

- Nous devrions faire part de ce plan à mon père, déclara enfin Zelda. Nous en avons fini pour ce soir, merci à tous de vous être déplacés aussi vite jusqu'ici.

Les cinq prodiges se levèrent et quittèrent la table, seule Zelda resta à sa place. De longues heures les attendaient encore à patienter jusque trois heures du matin, car chacun comptait soutenir Link, jusqu'à son départ. Ils allaient devoir s'occuper, et la princesse termina donc sur une note un peu plus positive malgré tout.

- Bon retour parmi nous. Un repas vous attend dans la grand-salle, et vos chambres ont été nettoyées. Je suis heureuse de tous vous revoir.

- De même pour nous, Princesse ! déclara Daruk qui s'empressa de se diriger vers le dîner qui l'attendait.

Tous, hormis Revali, sourirent et se réjouirent de se retrouver de nouveau ensemble autour d'un bon repas. Les anecdotes croustillantes du Goron, les débats incessants entre Urbosa et Revali, ainsi que les rires de tous les autres formaient un tout unique. Chaque moment passé tous les six s'avérait être quelque chose de mémorable. La suzeraine gerudo fut la dernière à sortir, Zelda en profita pour l'interpeller discrètement avant qu'elle ne rejoigne ses camarades, affamés. La blonde avait tout autre chose en tête et s'en voulut quelque peu de ne pas avoir pu se concentrer davantage sur le sujet principal de ce conseil improvisé. Ses pensées étaient focalisées sur une certaine idée qui lui occupait l'esprit depuis quelques heures, et c'était le moment où jamais pour elle d'en parler en partie à son amie.

- Urbosa ?

La concernée se retourna en entendant son nom. Lorsqu'elle aperçut la princesse encore assise à la même place, les mains entremêlées, elle haussa les sourcils, comprenant que Zelda désirait discuter avec elle. Cela faisait longtemps qu'elles ne s'étaient pas retrouvées seules, juste toutes les deux, c'était en général l'occasion pour se livrer un peu à l'autre sans crainte d'être jugé, et Urbosa savait que l'Hylienne n'avait aucun mal à lui parler de sujets plus délicats et secrets. La Gerudo pensa que cela était le cas ce soir-là.

- Puis-je te parler une minute en privé ? la questionna Zelda.

- Bien sûr, que se passe-t-il ?

La suzeraine alla s'asseoir à côté d'elle, là où Mipha était il y avait encore quelques secondes. Elles attendirent que le reste du groupe s'enfonce plus loin dans le couloir avant de commencer à échanger. Zelda se sentit alors plus à l'aise, ce qu'elle allait demander à Urbosa n'était pas quelque chose de très commun, et elle préférait garder le tout secret. Il le fallait, pour ne pas perdre l'effet de surprise...

- Je... Je sais que ce n'est absolument pas le moment de te demander cela, débuta la blonde. D'autant plus que nous avons tous bien plus important à faire mais...

Elle leva les yeux pour chercher ses mots, sans les trouver dans l'immédiat. La prodige lui assura qu'il n'y avait aucun mal et qu'elle lui portait toute son attention.

- Allez-y, je vous écoute, dit-elle.

- Je voulais savoir si... tu aurais pu me donner quelques conseils.

La princesse frissonna rien qu'en y repensant, elle ne se reconnaissait pas vraiment. Disons que jusque-là, elle n'avait encore jamais souhaité en savoir plus sur ce qu'elle cherchait à faire dans les prochains jours, car il s'agissait d'un monde qui ne l'attirait pas. Cependant, son objectif allait au-delà de ce que l'on pouvait penser.

- Dans quel domaine ? s'interrogea Urbosa, demandant plus de précisions.

- Cela va te paraître étonnant... signala Zelda.

Après quelques secondes de silence, elle lui révéla le fond de sa pensée avec timidité et un peu de honte malgré tout. Elle savait que cela ne lui ressemblait pas. Voilà pourquoi Urbosa, - dont la curiosité commençait peu à peu à s'éveiller -, était la personne idéale pour discuter.

Le rythme cardiaque de la princesse s'accéléra ; à présent elle ne pouvait plus reculer, et voilà qu'elle remettait en question cette idée assez originale qu'elle avait eue... Non, après tout, elle était partie d'une bonne intention et comme lui avait conseillé sa mère, Zelda avait écouté son cœur, alors elle assuma sa volonté qui venait du plus profond de ce dernier.

- J'aimerais apprendre à danser.

Venant de la prêtresse, il était vrai que ce désir ne ressemblait en rien à ce que la suzeraine s'attendait. Elle se remémora même le jour où l'Hylienne avait refusé de danser, à la cité gerudo, en se justifiant en disant qu'elle n'appréciait pas ce genre de chose en public, et qu'elle se sentait épiée en permanence. Si Zelda souhaitait danser, ce n'était pas devant d'autres personnes, Urbosa en était persuadée, et cette réflexion lui donna quelques petites idées sur ce que manigançait vraiment la jeune femme. Mais elle s'abstint de le lui dire, elle préférait garder ses hypothèses pour elle.

- Danser, Madame ? s'étonna son amie.

- Oui. Je sais que cela est surprenant venant d'une princesse, mais j'ai toujours refusé de danser lorsque l'occasion se présentait, j'ai dû véritablement le faire une seule fois, lors de mes douze ans, alors j'ignore tout de cette pratique.

Durant les différents bals auxquels Zelda avait dû assister au cours de sa vie, on l'avait déjà surnommée en secret, « la princesse qui ne danse qu'avec elle-même », car la fille du roi ne dansait tout simplement jamais et rejetait toute personne l'invitant à se joindre à elle. Son père lui avait déjà fait une fois la remarque, mais comme Éléonore, sa défunte femme, ne dansait que très rarement aussi en tant que princesse puis reine, il n'insista point. Il n'allait pas l'obliger, après tout... Danser lors de bals était véritablement source de honte pour sa fille, il ne servait à rien de la mettre mal à l'aise toute la soirée pour si peu.

- C'est-à-dire que la danse gerudo que je connais très bien est loin d'être similaire à celle que l'on effectue en général lors de bals, expliqua Urbosa. Je ne suis pas plus expérimentée qu'un autre.

- Comme je t'ai déjà vue danser lors de la cérémonie des prodiges, je me suis demandée si tu pouvais m'expliquer un peu comment cela se présentait.

En effet, elle avait effectué quelques pas de danse avec Daruk, mais rien de bien précis. Le but était surtout de s'amuser plus que de faire bonne figure. La prodige ne savait pas vraiment comment aider son amie mis à part lui expliquer les pas de danses principaux. Elle comprenait bien que cela lui tenait à cœur, alors la Gerudo réfléchit à ce qu'elle pouvait lui dire de plus pour l'aider un minimum.

- Vous savez, il n'y a pas de protocole strict à respecter pour ce genre de choses. La meilleure des solutions est de se fier à son instinct. Et surtout, ne vous sentez jamais honteuse vis-à-vis des autres.

- Il n'y aura personne d'autre, ajouta Zelda, je ne m'inquiète pas vraiment pour cela.

Cela voulait dire qu'elle comptait danser avec quelqu'un, seul à seul et en privé. Cette idée lui fit esquisser un léger rictus, car elle savait déjà de qui il pouvait s'agir. À vrai dire, Urbosa l'avait remarqué dès son arrivée, dans les yeux de la princesse, et la façon dont elle regardait le héros. Quelque chose avait changé, elle s'en était de suite doutée. Zelda était-elle donc... tombée amoureuse ? Fortes étaient les chances, bien que la blonde elle-même n'en savait rien pour le moment, elle qui se contentait de d'abord comprendre où ses sentiments la menaient, pour peut-être placer un mot concret sur ce qu'elle ressentait plus tard.

Mais pourtant, même si Zelda n'était pas certaine de cet amour nouveau, il y avait des signes qui ne trompaient pas, et la suzeraine fut heureuse de les remarquer, eux et cette évolution remarquable depuis le début de la relation entre les deux élus des déesses, elle ne pensait pas qu'ils allaient se réconcilier autant, et ne souhaitait que leur bonheur.

- Une main sur l'épaule ou dans le dos de votre partenaire, l'autre main dans la sienne, et vous laissez ensuite vos pas vous guider, mima Urbosa. Il n'y a pas plus simple.

La Gerudo vit qu'elle avait laissé la princesse perplexe. C'était très abstrait, dans sa tête. Observer les gens danser et danser soi-même, c'était différent, et Zelda avait plutôt cette habitude d'observation. Ce qui paraissait évident aux yeux de la cheffe ne l'était visiblement pas à ceux de l'Hylienne.

- Vous voulez que je vous montre ? finit-elle par demander en riant.

- Si cela ne t'ennuie pas...

- Au contraire, si une démonstration peut vous rassurer.

Les deux amies se relevèrent de leur chaise et se placèrent face à face. Zelda, peu à l'aise car elle n'avait pas la moindre d'idée de par où commencer, se sentit un peu déboussolée et laissa Urbosa lui expliquer la position et les gestes à adopter. Rien de bien méchant, mais la princesse tenait à assister à cet exemple, pour être plus sereine lorsque le moment serait venu.

- Très bien, allons-y. Tenez-vous droite, la tête légèrement inclinée vers le haut, et prenez ma main.

La Gerudo lui présenta sa paume gauche. Zelda exécuta ses instructions à la lettre, peu habituée à prendre une telle position pour danser. Une fois ceci fait, la prodige continua.

- Ensuite, fléchissez votre bras gauche afin de positionner votre autre main sur mon épaule. Je placerai la mienne dans votre dos. En général, il s'agit de la personne la plus grande qui se place dans cette position, mais c'est uniquement pour être plus à l'aise, il n'y a pas de règles à proprement parler.

- D'accord.

Elle plaça donc sa deuxième main sur l'épaule de sa partenaire. Durant un instant, elle ne vit plus Urbosa devant elle... mais s'imagina avec Link. Car c'était avec lui qu'elle comptait vraiment danser pour la première fois de sa vie. Cette visualisation lui créa un stress si conséquent qu'elle dut inspirer plus profondément pour garder son calme. Son état ne passa pas inaperçu, la suzeraine lui demanda si tout allait bien et elle répondit de manière positive.

Effectuer le moindre pas de danse me met dans tous mes états... c'était ce que Link lui avait avoué lorsqu'ils furent retenus prisonniers chez les Yigas. Bien évident, la blonde ne faisait pas tout cela pour lui faire du mal et lui rappeler ce sombre passé ; non, au contraire, elle pensait que cela l'aiderait à aller de l'avant, à passer un cap, car la danse de bal était quelque chose qui pouvait encore lui plaire, comme le héros l'avait déjà dit. Peut-être que si Zelda dansait avec lui, il parviendrait à délier la danse de la mort de sa mère et se remémorerait donc plutôt un souvenir plus heureux en compagnie de son amie ? Après tout, Link n'avait encore jamais essayé de danser à nouveau depuis ce terrible jour. Urbosa était loin d'avoir compris tout l'objectif derrière cette demande que Zelda lui avait faite...

- Il s'agit de la position de base, déclara la Gerudo. Il vous suffit ensuite de vous mettre d'accord sur qui mènera la danse. S'il s'agit de votre partenaire, vous vous laissez valser. Si c'est vous, dans ce cas...

Tout à coup, sans qu'elle ne s'y attende, la princesse sentit sa partenaire démarrer un premier pas et elle fut contrainte de reculer en poussant une discrète exclamation de surprise.

- Un pas en avant, une rotation, un pas en arrière, répéta Urbosa en réitérant le même schéma.

Malgré le fait qu'elle arrivait à suivre, la blonde ne se sentit pas très confortée sur les premiers mouvements. Puis, suite à quelques répétitions de mêmes pas, elle s'adapta, se laissa entraîner, et comprit quel rythme, vitesse, et déplacements elle devait avoir pour être coordonnée avec la suzeraine qui menait la danse.

- Vous voyez, il n'y a rien de très compliqué, sourit cette dernière.

- En effet, confirma Zelda.

Les deux amies prolongèrent leur danse, en silence, car l'Hylienne était concentrée sur ses gestes qu'elle voulait justes et parfaits, tandis qu'Urbosa se trouvait étrangement tourmentée. Ses yeux commencèrent à s'humidifier, ce qui perturba la blonde qui venait justement de se prêter au jeu. Elles s'arrêtèrent et lâchèrent leur main.

- Qu'y a-t-il ? s'interrogea la princesse. Quelque chose ne va pas ?

Lorsqu'elle papillonna des yeux pour éviter qu'une larme ne vienne couler le long de sa joue, elle donna une explication à Zelda qui ne savait pas si cette tristesse soudaine était de sa faute ou non. Urbosa respira un grand coup et ses émotions qui venaient de remonter se dissipèrent peu à peu.

- Pardonnez-moi, Madame. Vous me rappelez votre mère. Vous apprendrez qu'elle m'avait demandé exactement la même chose que vous, à l'époque.

La suzeraine restait la plus grande amie de la feue reine d'Hyrule. Elles étaient la confidente de l'autre et cette petite démonstration de danse lui remémorait beaucoup de moments passés avec elle. Zelda, compréhensive, plaça une main destinée à la consoler sur son avant-bras. Puis, elle la remercia de son aide bienveillante.

- Merci, Urbosa.

- Je vous en prie, Madame. En espérant vous avoir aidée.

La prêtresse lui proposa de rejoindre les autres prodiges dans la grand-salle avant que ceux-ci ne se doutent de quelque chose. N'étant pas très loin du dîner, l'odeur du repas venait arpenter les couloirs jusqu'aux nez de Zelda et de la Gerudo. Cette dernière prononça une dernière chose qui, après coup, fit rire la princesse en voyant qu'au final, elle avait tout compris, depuis le début de leur discussion.

- Il a de la chance de vous avoir, avait-elle dit. J'espère qu'il en est conscient.

Le brun ouvrit la porte d'un coup brutal sur la poignée, sans une once de retenue. Derrière, ses parents attendaient sa venue avec curiosité dans une petite pièce fermée et vide dans laquelle seul un individu ensanglanté croupissait sur le sol et souffrait presque en silence en plein centre, dans une flaque pourpre. Il devait sans doute s'agir d'un pauvre chevalier, tué par les soins de Maëlle, les mains toujours tachées de sang, qui n'avait encore une fois pas su contenir sa rage.

Leur plan s'était pour le moment déroulé à merveille, l'Armée avait été déployée parmi les habitants du royaume, et à présent, chacun devait se méfier de n'importe qui croiserait sa route. Mais le plus gros restait encore à faire, et Brad le savait. Il attendait ce moment de pied ferme, il attendait patiemment que le héros se présente à lui. La nuit tombée depuis deux heures, l'amphithéâtre était sombre, lugubre même. Lorsque le chef de l'Armée pénétra à pas précipité dans cette petite pièce, il y sentit une odeur macabre qui ne semblait pas déranger ses parents. À vrai dire, lui non plus n'en avait rien à faire, l'un des leurs était devenu une menace importante et il était primordial de l'éliminer coûte que coûte.

Brad fixa son père, parfaitement calme et serein, et sa mère, qui ne pouvait tenir en place, comportement qui la caractérisait tant maintenant que l'esprit de Ganon l'habitait. Elle n'avait jamais su diminuer son taux d'adrénaline depuis le jour de sa corruption.

- Papa, maman, j'ai une mission de la plus haute importance à vous confier, annonça l'ancien chevalier.

Il n'y avait même pas une petite torche pour éclairer, le brun ferma la porte à moitié, pour ne pas plonger l'endroit dans le noir complet, ce qui permit à l'homme qui se cachait contre le mur du couloir juste derrière d'entendre la conversation en secret sans problèmes.

- Si nous ne voulons prendre aucun risque avec Alan, nous devons agir par étape, continua Brad.

- Pourquoi ne pas le tuer tout de suite ? s'enquit de comprendre Daniel. Un traître comme lui ne mérite pas de vivre plus longtemps.

Le tuer sans réfléchir était pour le rival de Link la pire des choses à faire lorsque l'on savait qu'Alan alternait entre moments de lucidité, offerts par la déesse Hylia qui essayait de le raisonner, et corruption pure.

- À la seconde même où tu t'approcheras de lui, il n'hésitera pas à te faire perdre la tête.

Bien que Brad jouait avec les mots, si Alan était immunisé, alors il ne fallait surtout pas l'approcher, car l'immunité d'Hylia pouvait être transmise par le biais des personnes atteintes, exactement comme la corruption. S'il ne l'était pas, alors il fallait tout faire pour que rien ne le fasse retrouver sa lucidité, et c'était pour cette éventualité que le fils souhaitait prendre des précautions plus qu'urgentes. Ses propos surprirent Maëlle qui fut étonnée de comprendre que leur ancien allié pouvait devenir en vérité un grand danger pour eux.

- Quoi ? Comment une chose pareille pourrait arriver ? se questionna-t-elle.

- Alan va être immunisé, expliqua Brad. Mais nous ne savons pas quand il le sera, c'est pour cette raison qu'il ne faut prendre aucun risque en l'approchant. S'il l'est déjà et que vous l'approchez, c'en est fini de vous.

Les deux parents regardèrent leur fils dans le blanc des yeux, sans oser lui avouer qu'ils n'y comprenaient absolument rien. Le chevalier corrompu émit un soupir de fatigue et râla, il en avait assez de répéter maintes et maintes fois la même chose, d'autant plus que tout ceci ne devait pas arriver...

- Ça veut dire que cette foutue déesse va le faire basculer de son côté, mais qu'il pourra garder tous les pouvoirs que Ganon lui a offert ! maugréa-t-il. Et en plus de ça, il sera capable de vous faire perdre votre dévouement à notre Seigneur si vous l'approchez de trop près.

Maëlle attrapa vivement le poignet de son mari, à sa droite avec une force non proportionnelle à son corps. Pour la première fois depuis sa corruption, la mère ressentit de la peur, une angoisse frissonnante lui couler dans ses veines. Elle se sentait plus faible qu'à l'accoutumée, plus impuissante. Daniel ne se laissa pas terrifier par les dires du brun qui tentait de leur faire comprendre la gravité de la situation, il prit un ton clair et sérieux qui manifestait son désir d'éradiquer toute menace potentielle de son champ de vision. Pour sûr que s'il recroisait Alan, il allait avoir de grandes difficultés à se retenir de se ruer sur lui, même si cela pouvait être dangereux.

- On ne peut pas le laisser traîner ici, dit-il. Il faut en finir, ne perdons pas de temps.

- C'est pourquoi vous allez devoir vous charger de quelque chose, répondit son fils. Tous les deux.

Ils étaient prêts à faire n'importe quoi pour s'assurer qu'ils garderaient leur fidélité envers le Fléau Ganon. Brad avait beau les appeler « papa » et « maman », ils n'entretenaient plus aucune relation père-fils ou mère-fils. L'Hylien donnait des directives à ses parents sans problèmes ni contestations. Car devant eux, les originaires d'Hébra ne voyaient que le chef de l'Armée des Fidèles, leur « fils » était plus une appellation habituelle, dorénavant. Les liens du sang qui les unissaient avaient été comme mis de côté, dans leur esprit. Laissant toute la place à la Calamité.

- Vous allez partir à la recherche de Lambda, son frère, ordonna Brad.

Une grande incompréhension se lut sur leur visage. Ils n'en voyaient pas l'utilité ni même un quelconque rapport avec Alan en lui-même mis à part que Lambda et lui étaient frères. Maëlle et Daniel froncèrent les sourcils, ils s'attendaient à quelque chose de plus direct, de plus sanglant...

- Pour quoi faire ? s'étonna la mère.

- Tout a commencé à Hébra, lorsqu'il n'a pas pu rattraper ce gamin. Vous n'avez pas vu comment il a réagi ? Et lors de l'attaque à l'Étape, vous croyez que cette maison a explosé toute seule ? Non, tout ceci est la manifestation même de l'esprit du Seigneur Ganon en lui face à l'adversité, aux pensées qui se rapportent à la déesse. Si ça recommence, Alan ne résistera pas, cette fois-ci. La déesse va lui faire reprendre ses esprits, mais au niveau du corps, rien ne changera, les pouvoirs de Ganon seront toujours là. Seulement, ils ne pourront plus atteindre l'esprit d'Alan qui pourrait donc les utiliser comme il le veut, en étant dans le camp ennemi !Donc, la seule personne encore capable de le faire basculer de l'autre côté est son frère.

Un silence s'installa.

- Tu veux qu'on aille le faire se joindre à notre cause ?

Brad dégaina tout à coup l'épée sanglée à sa ceinture et fit tremper sa pointe délicatement dans le sang de la victime toujours allongée au sol, qui avait enfin terminé d'agoniser. Non, il voulait beaucoup plus que ça... Lorsqu'il présenta son arme tachée de rouge sur son bout à ses parents, cela en donna un sourire terrifiant sur leur visage. Ils avaient parfaitement compris le travail qu'ils avaient à accomplir.

- Je vois... murmura Daniel en observant une goutte de sang tomber de l'épée de l'ancien chevalier.

Les yeux de Maëlle se gorgèrent de rouge de manière soudaine ; puis, elle se rapprocha de Brad et en le regardant dans les yeux, elle essuya son épée avec ses doigts sur le plat de la lame.

- Nous nous en occuperons comme il se doit, mon fils, chuchota-t-elle à son oreille. Dis-nous à quoi ressemble notre cible, je mettrai personnellement la main sur lui, je te le promets.

Ce dernier s'apprêta à lui donner des indications sur l'apparence de Lambda lorsqu'il alla fermer complètement la porte, s'enfermant dans le noir complet. Tous ses mots étaient donc parvenus à Alan, qui écoutait jusque-là la conversation depuis le couloir. Brad avait donc tout compris... Après réflexion, comment aurait-il fait pour ne pas le voir ? Un petit garçon de dix ans qui l'affaiblit avec son propre jouet, ses propos qui prêtaient parfois à confusion, et les paroles de Gabriel qui l'avait fait exploser de rage. Bon sang, de simples mots... C'était une véritable guerre qui se déroulait à l'intérieur de lui-même. Son corps en tremblait, comme si la corruption tentait de résister encore et encore à cette immunité qui se profilait en lui. Cette bénédiction divine qu'il s'apprêtait à recevoir. D'une seconde à l'autre, il pouvait littéralement changer sa façon de penser, c'était un désordre sans nom... Alan grogna, affligé par l'absence totale de confiance que lui prêtaient ses camarades.

- Alan ?

Dans l'angle du couloir, une voix féminine presque inaudible venait de retentir jusqu'à ses oreilles. Alan tourna la tête dans sa direction, mais comme ce coin de l'allée était plongé dans l'obscurité, il ne vit personne. Cependant, cette voix lui disait quelque chose, mais son esprit n'arrivait plus à redonner un visage à sa propriétaire.

En colère à cause de ce qu'il venait d'entendre, le cadet s'empressa de se diriger vers la personne qui venait murmurer son nom. Alan prit une démarche déterminée et ses iris changèrent de couleur. Ce n'était absolument pas le moment de venir le provoquer. Au moment où il fut au bout du chemin, il tourna à quatre-vingt-dix degrés à gauche et attrapa par la gorge la femme qui se cachait juste dans l'angle et qui ne l'avait pas entendu arriver. La pression, beaucoup plus forte par rapport à la résistance que portait sa victime sur son poignet, fit reculer la femme avant même qu'elle ne puisse dire un seul mot. Ce ne fut qu'à l'instant où ils arrivèrent au bout du couloir, presque à l'extérieur, qu'elle put réagir.

- Non ! Attendez ! Écoutez-moi, s'il vous plaît...

La lumière, qui était avant inexistante, révéla le visage de l'Hylienne qu'il étranglait. Cheveux noirs coiffés en chignon, grands yeux bleus... Alan ne pouvait que la reconnaître. Déboussolé de voir un visage de non-corrompu qu'il connaissait, la malice quitta ses yeux et il la lâcha. Cette dernière se palpa la gorge et put respirer à nouveau convenablement après quelques toussotements.

- Nell ?

Elle releva les yeux vers Alan, surprise. Suite à cette retrouvaille brutale et dangereuse, elle pensait à présent avoir affaire à un monstre, mais lorsqu'elle entendit son nom sortir de sa bouche, Nell se dit qu'il pouvait toujours y avoir une chance d'arranger les choses. L'Hylienne n'était pas venue ici pour rien, après tout...

- Oui ! Oui voilà, c'est moi ! s'exclama-t-elle. Celle qui ne fait que parler, vous vous souvenez de moi ?! C'est génial.

- Mon propre camp doute de mes capacités, répondit sans attendre l'homme. Ils pensent que je ne suis qu'un pion de la déesse. Tu tombes parfaitement bien, grâce à toi, je vais leur montrer qu'ils ont tort...

La voyageuse fit quelques premiers pas en arrière lorsqu'elle vit Alan s'approcher de nouveau d'elle avec la ferme intention de la corrompre. N'ayant pas d'autres choix, Nell dégaina une dague gerudo de sa ceinture, - une petite lame légèrement courbée qu'elle avait achetée lors d'un de ses voyages -, pour avoir ne serait-ce qu'un tout petit moyen de défense. Mais cela ne semblait pas effrayer le cadet qui continuait à avancer lentement dans sa direction.

- Reculez, ordonna Nell d'un ton ferme, sa petite arme en évidence devant elle. Arrêtez-vous !

Il ne suffit que d'un geste de la main pour Alan afin d'attirer la dague vers lui et s'en emparer aussi vite que la conjointe de Faras ne l'avait sortie. Le manche de l'arme lui avait glissé des doigts, Nell se retrouva donc désarmée et continua à reculer de plus en plus vite.

- Si je te partage ce don que nous possédons, dit-il, ils me feront de nouveau confiance.

Le corrompu jeta la dague au sol dans le but de l'éloigner de sa propriétaire. Il n'avait de toute façon pas besoin d'une vulgaire arme blanche alors qu'il possédait déjà des pouvoirs beaucoup plus puissants. Le vendeur de potions s'empara du col de la tenue de voyage bordeaux de Nell et un amas de corruption les entoura tous les deux et fit disparaître le décor autour tout en se resserrant sur Nell, de plus en plus. Elle poussa un cri d'effroi en scrutant le visage terrifiant qu'elle avait dans le même temps face à elle. Puis soudain, prise de panique, elle gifla Alan si fort qu'il fut obligé de la lâcher en se touchant la joue atteinte de ses deux mains, celle-ci rougissait suite au contact violent qu'avait eu la paume de la femme sur son visage de corrompu.

- Lâchez-moi ! Alan ! cria-t-elle dans la foulée, les larmes aux yeux.

Le danger s'évapora autour de Nell, libérée de toute oppression. Elle profita de cet instant de faiblesse chez l'homme pour tenter de lui faire reprendre ses esprits. La voyageuse gardait toujours en tête cette image d'un homme bon et généreux d'Alan. À ses yeux, il était celui qui lui avait sauvé la vie lors de son adolescence. Mais aujourd'hui, elle ne le reconnaissait plus, et pourtant, il s'agissait de la même personne. Cela l'affligeait grandement.

- Vous vous rendez compte de ce qu'il vous arrive ? lança-t-elle au cadet. Vous vous rendez compte du camp dans lequel vous servez ?! Arrêtez-moi ces conneries tout de suite ! Ça me désole tellement de vous voir dans cet état !

L'ancien allié de Brad la dévisagea d'un regard terrifiant bien que ses iris reprenaient leur couleur d'origine, légèrement courbé vers l'avant, il gardait une main contre sa joue en attendant que les derniers picotements que lui avait procurés cette gifle ne disparaissent. Nell continua à lui parler et il l'écoutait sans broncher, pour le moment...

- Vous êtes corrompu, et la déesse pourra vous aider si vous faîtes encore un tout petit effort. Je suis là pour ça, d'accord ?

- Ferme-la, tu veux ?! répliqua-t-il brutalement. Je ne veux pas entendre parler de cette déesse, ni de toute sa lignée !

La colère de l'oncle la fit frissonner tant elle savait qu'il pouvait la corrompre voire la tuer d'une minute à l'autre. La voix tremblante, pleine d'émotions, l'Hylienne répondit en essayant de le déstabiliser et lui faire comprendre une bonne fois pour toutes.

- Alors comment expliquez-vous que vous l'ayez priée tout à l'heure ? Le Seigneur du Mal prie Hylia maintenant, peut-être ?

Alan ignora cette question rhétorique, destinée à le mener dans le sens de la voyageuse, dont une partie de lui n'acceptait pas la réponse.

- Comment es-tu arrivée jusqu'ici saine et sauve ? changea-t-il de sujet.

Nell fut étonnée d'un tel questionnement de sa part ; se souciait-il vraiment de sa vie et de son état ? Elle écarquilla les yeux, cela la flattait presque dans cette situation. Puis elle se rendit compte ensuite qu'il ne posait cette question que pour savoir où la sécurité de cette barrière de corruption avait failli... L'Hylienne resta silencieuse, ce qui agaça l'homme qui perdait patience très vite. L'état de Nell au bord des larmes ne l'affecta pas le moins du monde.

- Réponds-moi ! cracha-t-il en l'intimidant d'un lourd pas en avant.

- Je vous ai suivi ! Tout à l'heure. Avant que cet amas de brouillard ne recouvre cet endroit. Il faut dire que c'est plutôt facile de se fondre dans la masse quand une foule de personnes débarque d'un seul coup...

Depuis son départ du village de Cocorico, elle n'avait eu aucun mal à trouver où se cachait son ancien sauveur. À peine était-elle arrivée sur la plaine d'Hyrule qu'elle avait vu voler d'étranges formes dans le ciel. Puis, peu après, l'incendie à l'Étape d'Hyrule s'était déclenché. Il ne lui avait suffit que de suivre de loin les responsables pour comprendre qu'Alan en faisait partie et qu'il était accompagné de plusieurs autres personnes corrompues, ce qui lui avait donné des frissons sur le moment. Elle n'y connaissait rien aux pouvoirs et capacités qu'avaient Ganon, mais Faras lui avait déjà compté de nombreuses histoires anciennes qui relataient ce genre de procédés de corruption d'Hyrule : passer par des êtres vivants. Voir cela dans la réalité était assez troublant.

- Écoutez, si je suis ici, c'est uniquement pour vous, vous entendez ? ajouta Nell. Il faut que vous me fassiez confiance, vous êtes capable d'aller au-delà de cet esprit maléfique qui ne fait que vous manipuler.

L'homme était pris de spasmes par moments, il pouvait se ruer sur elle et la corrompre d'une seconde à l'autre. Ainsi, tout était réglé ; seulement, il ne le faisait pas et n'en connaissait guère la raison. Ne pas avoir conscience de ses propres agissements le mettait encore plus en rogne. Concernant Nell, elle savait qu'elle se devait de réussir à le convaincre si elle voulait repartir avec l'esprit lucide de cet amphithéâtre, elle eut donc l'idée de lui rappeler la bonté dont il avait fait preuve par le passé. Lui rappeler qu'il avait sauvé une famille entière de la famine, de la pauvreté. De la mort.

- Vous vous souvenez au moins de ce que vous avez fait ? De votre propre volonté, pour nous sauver ?!

Ses mots commençaient à lui remémorer différentes conversations qu'il avait eues avec la jeune femme auparavant. Il se faisait comme hypnotiser par ces paroles qui lui parlaient. Elles lui parlaient tellement mais son cerveau n'arrivait pas à tout remettre en ordre pour se rappeler ce dont elle faisait mention. Mais il put tout de même constater la balance sur laquelle il penchait tantôt d'un côté et tantôt de l'autre. Il se sentait se trahir lui-même comme pour tous les autres et Alan ne pouvait rien y faire. Ce fut à son tour de sentir les larmes monter.

... Autrefois, vous êtes venu en aide à ma famille et je vous serai éternellement reconnaissante...

- Oui, je sais que vous vous en souvenez, formula Nell. Comment la personne que vous étiez peut-elle être devenue celle que vous êtes aujourd'hui ? Avouez que ça n'a aucun sens. Vous êtes plus fort que ça, Alan. J'ai confiance en vous et je sais que vous arriverez à vous débarrasser de cette chose. Vous êtes une bonne personne. Faras m'a expliqué, Hylia peut vous aider. Elle vous l'a fait savoir avec vos réactions violentes lorsque vous voyiez une de ses représentations ou à sa simple mention. Vous aviez l'habitude de la prier quotidiennement. De ce fait, tout ce qui va ramener à votre vie « normale » de non-corrompu va ensuite vous perturber de plus en plus. La bonté dont vous avait fait preuve auparavant est très troublante pour l'esprit maléfique de Ganon en vous, n'est-ce pas ?

Dans un souffle saccadé, il planta ses ongles dans ses paumes de mains. Il ne comprenait pas comment il pouvait ressentir une telle émotion, une émotion qu'il avait presque oubliée depuis le temps qu'il n'avait repéré sa présence au plus profond de lui. C'était bien une preuve de plus qu'il n'était point un corrompu comme les autres.

Il se sentait faible, faible de ne pas pouvoir mettre un terme au discours de Nell. Quelque chose le bloquait, et une voix résonnait dans sa tête, une voix cristalline et mélodieuse qui n'était que celle de l'Hylienne. Il la revoyait, assise en train de parler presque toute seule, à la table du relais du pont de Tabanta alors qu'il n'avait pas la moindre envie de déguster l'assiette qu'on lui avait offerte. Ou autour de ce feu lorsqu'elle lui avait rappelé la première fois qu'ils s'étaient vus, avant qu'il n'aille à la rescousse de Faras... Sa mémoire qui était écrasée par les désirs de l'esprit de Ganon, revenaient peu à peu.

... Je vous dois beaucoup, vous savez...

- Ar... Arrête ! vociféra-t-il.

Nell s'approcha de lui sans même avoir peur des conséquences de cette initiative. Elle prit le poing dur et tremblant d'Alan qu'elle positionna elle-même contre le cœur de ce dernier. L'homme se laissait faire, stoïque. Il était dans l'incapacité d'agir. L'Hylienne, qui avait de plus en plus de difficultés à retenir l'eau qui voulait couler sur ses joues, commença à le tutoyer pour la première fois, comme lui le faisait depuis qu'il l'avait pris par surprise il y avait encore quelques minutes.

... Sans votre bienveillance et votre générosité, je ne serai pas là aujourd'hui...

- Tu... as le cœur bon. Je veux simplement t'éclaircir les idées. J'ai prié la déesse pour qu'elle t'accorde sa grâce...

Dites-moi, vous priez la déesse Hylia ?

Tout à coup, Brad débarqua derrière Alan. Maëlle et Daniel venaient de s'envoler pour ce qu'ils avaient à faire. Le brun put observer la peau du frère de Gabriel se noircir, comme si elle brûlait, mais à une vitesse ahurissante. De la malice se dégagea ensuite de son corps, jusqu'à ce que la totalité de son épiderme ne soit recouverte. Et le tout, sous les yeux de Nell qui s'écarta aussi loin qu'elle le put avant que l'homme s'agenouille et crée involontairement une onde de choc de corruption violente qui la projeta à quelques mètres avant de la faire s'écraser au sol. Méconnaissable, Alan leva la tête et scruta le ciel. Puis, il hurla à la mort si fort que le rugissement de Ganon s'entendait à travers sa voix.

Quelle était la prochaine étape ? Pouvait-il faire encore pire que de détruire une maison entière ? Non, cette fois-ci, c'en était trop. Brad, qui observait ce qu'il se produisait, dut fermer les yeux lorsqu'une lumière blanche et éblouissante surgit de nulle part et prit le dessus sur la corruption d'Alan. L'éclat divin aveugla toute personne à proximité et fit disparaître en une seconde la malice qui retourna instantanément en lui, dans le corps du cadet, désormais prisonnière et inoffensive pour son esprit. Puis, plus rien. Un silence brutal naquit.

Essoufflé, Alan avait les deux mains plaquées contre la terre ; sa vision était troublée et ses oreilles bouchées. Sa peau, ses yeux, tout était redevenu normal. Pas la moindre trace de corruption ne se présentait sur lui, en tout cas, en apparence. Lorsqu'il retrouva petit à petit sa vue et son ouïe, il releva les yeux et vit le corps immobile et inconscient de Nell sur le dos, un peu plus loin. Maladroitement, il se leva et accourut vers elle sans réfléchir.

- Nell ! s'exclama l'homme.

Le visage de la voyageuse, de nature très pâle, l'était encore plus qu'à l'accoutumé. Seule dernière une larme s'écoulait encore le long de sa tempe droite pour partir s'étaler sur le sol rocailleux. Alan s'agenouilla à côté d'elle et s'empressa de regarder son état. Mais malheureusement, il n'y avait plus beaucoup de choses à constater. Ses mains comportaient quelques écorchures suite à la chute. Elle gardait les yeux ouverts, et ne respirait plus.

- Merde... Merde, qu'est-ce que j'ai fait...s'affola l'homme qui cherchait à trouver un battement de cœur par le poignet de l'Hylienne.

Il n'y avait rien, peut-être que son cœur avait lâché à cause du choc du vent de corruption... dans tous les cas, il ne percevait plus son pouls et cela le mit dans tous ses états. Ne pouvant accepter une telle chose, il posa son front humide contre l'épaule de Nell en essayant de garder un calme improbable en vain. Il se redressa après quelques secondes et prit ses joues dans ses mains.

- Non... Non, non ! C'est pas possible... pleura-t-il avec une voix cassée.

- Alors voilà, c'est enfin arrivé... intervint brusquement Brad. C'est bien dommage, Alan. Je te pensais plus intelligent que...

Sans même se retourner, l'oncle prit sa forme spirituelle et fonça avec rage sur le chef de l'Armée des Fidèles dans une trainée rouge et noire avec la ferme intention de lui faire payer pour tous ses crimes horribles qu'il avait faits et lui avait forcé de faire. Brad, à présent vulnérable face à l'immunité de son ancien associé, prit la fuite dans les airs dans un ricanement. Alan ne comptait pas le poursuivre, ce dernier était beaucoup trop affecté par la mort de Nell, il reprit son corps physique et le regarda partir dans le ciel nuageux.

- Hors de ma vue espèce de salaud ! hurla-t-il à Brad, ne contenant plus sa colère.

Il retourna auprès de l'Hylienne, comme s'il pouvait encore faire quelque chose pour la faire revenir avec lui. La jeune femme, de vingt-quatre ans seulement aussi bavarde et dynamique qu'elle, était condamnée à un silence éternel. Et tout cela par sa faute ! C'était injuste ! Depuis qu'elle l'avait retrouvé échoué sur la rive du fleuve Tamiand, il ne l'avait encore jamais remerciée... Peut-être l'avait-il sauvée sept ans en arrière, elle, l'avait secouru pas plus tard qu'il y avait quelques secondes. Il regretta de s'être comporté comme il l'avait fait. Aussi grincheux et fermé à cause de la corruption qui s'installait en lui.

- Nell... Je... Je suis désolé... sanglota Alan sur le corps inerte de la femme. J'ai essayé de résister... Je n'ai jamais voulu ça...

Il passa une main dans ses cheveux. Sept ans qu'ils ne s'étaient pas revus et voilà comment il l'accueillait après autant d'années. Il aurait voulu faire davantage connaissance avec elle et tous ses proches à Adeya, devenir des amis. Mais il était trop tard. Les regrets envahirent le frère qui ne pouvait se calmer.

- Tu ne peux pas mourir... Ta famille... ton... mari... tu ne peux pas les laisser... Je t'en supplie...

Il se retrouva là, seul, au beau milieu du plus grand monument d'Hyrule, à pleurer cette pauvre femme qui ne voulait que le sauver du Mal. Et elle avait réussi, mais elle avait dû y laisser la vie... Tout ça parce qu'il n'avait pas su se contenir... Selon lui, il méritait dix fois plus de mourir à sa place... La nuit noire donnait une ambiance plus que triste, Alan sentait la température corporelle du corps de Nell qui baissait de plus en plus, il lui prit une main et le serra comme pour essayer de la réchauffer. Ses actions dépourvues de sens témoignaient du choc dans lequel l'oncle était. Par Hylia, comme il s'en voulait... Pour tout... Pour ne pas avoir su secourir sa nièce, pour avoir détruit la maison de son frère, pour ne pas avoir pu résister plus longtemps à Brad, et... pour l'avoir tuée.

À cet instant précis, son seul désir était de la rejoindre dans l'autre monde.

Soudain, la lumière divine qui l'avait sauvé tout à l'heure fit de nouveau son apparition. Alors qu'il ne s'y attendait pas, Alan, les yeux remplis de larmes, crut apercevoir une grande silhouette blanche l'épier. Une forme humanoïde qui dégageait une aura si pure et sage qu'il n'y avait aucun doute sur son identité. Le ciel nocturne semblait s'être éclaircit d'un seul coup. Son environnement tout entier s'éclairait. Les murs, la terre, l'air même. Était-il en train d'halluciner ? Il y avait de quoi se poser la question, surtout lorsqu'il reporta de nouveau son regard sur Nell.

- Qu'est-ce que...

Il en eut le souffle coupé.

Le bout des doigts de la voyageuse se murent.

Et sa poitrine se gonfla, par miracle.

À présent, ne tarde pas.