Chapitre 37 : Larmes.
Le bord de mer avait toujours été un lieu paisible et riche en mythes et légendes. La question au sujet de l'autre bout de l'océan était dans toutes les têtes ; personne n'y avait jamais mis les pieds, et le mystère gardait ainsi de sa grandeur de génération en génération. Voir l'étendue de l'eau à perte de vue allant jusqu'à l'horizon procurait un sentiment d'humilité chez les Hyliens de la région qui se sentaient minuscules à côté de la taille que paraissait faire le monde en entier. Mais ils commençaient à avoir l'habitude de cette sensation en eux, les pêcheurs avaient d'autres occupations que de rêvasser au bord des vagues.
Agenouillée dans le sable humide, une femme ramassait des bigorneaux qui venaient s'échouer sur la plage. Elle les stockait dans un seau rempli à moitié d'eau de mer afin de les garder pour le repas, ou pour les vendre. Les produits marins faisaient le régal de beaucoup dans cette partie du royaume. Ils servaient à préparer de nombreuses spécialités dont raffolaient les visiteurs, en général. Penchée en avant, les mains plongées dans l'eau turquoise, ses cheveux blonds y trempaient un peu par moments, par manque d'attention. Sa chasse aux fruits de mer n'était pour le moment guère très fructueuse, ses prises se comptaient sur les doigts d'une main. Les mouettes qui volaient sur la côte en ce moment devaient y être pour quelque chose.
Le village d'Écaraille était très calme à cette heure-ci de la matinée, tous les habitants étaient encore chez eux, et quelques pêcheurs se trouvaient déjà en mer, au large. L'occasion de profiter de la plénitude qui s'installait progressivement dans l'atmosphère. Cette quiétude, qui était une des raisons pour laquelle la femme était venue s'installer à Firone, fut interrompue par le fier hennissement d'un cheval, probablement situé à l'entrée du village. Dans un premier temps, l'Hylienne ne prêta guère d'attention, il devait pour sûr s'agir d'un voyageur qui venait profiter de l'isolement unique de cette plage. En effet, plus l'été approchait, et plus ils étaient assez nombreux à venir en ces lieux. Mais assez vite, la femme trouva les événements étranges. Surtout lorsqu'elle perçut des pas dans le sable chaud s'avancer derrière elle à une vitesse lente. À moitié plongée dans l'eau, elle se tourna de quatre-vingt-dix degrés sur la droite et du coin de l'œil, la blonde reconnut la personne qui avançait sans même avoir eu besoin de la regarder en face. Par Hylia, ce n'était pas réel…
Elle garda son calme le plus possible bien que sa gorge s'asséchait. En récupérant son seau, elle mit fin à cette chasse aux bigorneaux et prit le chemin menant à sa petite maison non loin de là, afin d'éviter ce nouvel arrivant qui avait l'air de vouloir l'aborder. Sa démarche était rapide, très rapide. Elle ne souhaitait pas courir pour éviter d'attirer l'attention et ne pas montrer son intention de fuite. Une fois enfin pénétrée chez elle, l'Hylienne, apeurée, referma la porte brusquement et se dirigea vers une petite table disposée contre le mur doté de l'unique fenêtre de la pièce. Elle s'empara de la pointe d'un harpon et attendit que son cœur ne cesse de battre la chamade et que son niveau d'anxiété diminue.
Malheureusement pour elle, cela ne dura guère, car on frappa à la porte.
La blonde en sursauta sur le moment. Il ne pouvait être là, pas après tant de temps… C'était un vulgaire cauchemar, un mauvais rêve dont elle ne voulait que voir la fin… Il ne pouvait en être autrement ! De longues et silencieuses secondes passèrent, et la personne réitéra son action en frappant de nouveau, ce qui fit déglutir et frissonner la propriétaire de la petite cabane de bord de mer. D'un certain côté, elle savait qu'elle ne pourrait y échapper, si elle n'allait pas ouvrir, il ouvrirait par lui-même. Mais rester dans le déni était plus simple que d'affronter sa peur, faire face à son passé, et assumer ses actes… Dos à la porte d'entrée, la femme entendit la porte grincer, elle se mordit la lèvre inférieure et se retourna soudainement avec une griffe de lézalfos en main, - griffe qui servait donc aux harpons, dans la région - .
- Ne fais pas un pas de plus ! ordonna-t-elle sans attendre à la personne qui venait d'entrer.
- Madeline… fut soulagé cette dernière. Par toutes les déesses… Tu es là…
Entendre son prénom sortir de la bouche de son ancien conjoint ne faisait que remuer le couteau dans la plaie. Huit ans qu'ils ne s'étaient pas vus, et Madeline, désormais âgée de trente-sept ans, pensait qu'aussi éloignée de la civilisation, Gabriel ne songerait jamais à la chercher par ici. Pourtant, il était bien là, devant elle, trois jours après son installation à Cocorico. Son cœur se serra, elle devait s'éloigner de lui par-dessus tout ; la mère le menaça avec sa petite arme tranchante bien qu'elle n'allait jamais être capable de s'en servir contre l'Hylien, les larmes aux yeux, qui essayait de la calmer.
- Ne bouge pas, le prévint la blonde.
Gabriel ne remua même pas un seul doigt. Il préférait contempler le visage de sa bien-aimée. Le temps avait passé, mais elle était toujours aussi ravissante. Il ne pouvait dire le contraire. Il n'en croyait pas ses yeux, la voir devant lui, cela lui paraissait tout bonnement surréaliste. D'un délicat geste de la main, il la rassura avec bienveillance, ce qui ne lui avait pas réussi, dans cette situation…
- Je ne vais pas te faire de mal, dit-il. Écoute, je suis ici simplement en quête de réponse, et je…
- Sors d'ici ! cria Madeline. Dégage !
L'Hylienne avait l'air inquiète plus qu'en colère ou apeurée. Et pour l'inciter à quitter les lieux, elle commença à lui jeter des coquillages à la figure. L'un après l'autre après les avoir récupérés sur la table sur laquelle elle s'appuyait encore d'une main, elle les projetait violemment à l'autre bout de la pièce. Le père se protégea le visage, surpris et affligé d'une telle volonté de sa part de le faire partir. Les projectiles augmentèrent en nombre au sol, si bien que l'aîné faillit trébucher à cause de l'un d'eux.
- Madeline ! s'exclama-t-il en évitant encore quelques coquillages. Ça fait huit ans que je te cherche ! Ta fille te cherche !
- La ferme !
Sur ces mots, après avoir expulsé sa colère, elle s'arrêta, le regard dans le vide vers le bas. Gabriel n'allait certainement pas partir après un peu plus d'un jour de voyage alors qu'il venait d'arriver. Bien sûr qu'il était en colère contre elle, mais si sa femme pouvait lui donner ne serait-ce que quelques explications de la raison de son départ, cela pourrait aider à comprendre, et peut-être lui pardonner, au fil des jours. Cependant, Madeline ne semblait absolument pas désirer dialoguer. Voyant qu'elle se calmait, - en toute relativité -, le père fit mention de la lettre qu'il avait récemment découverte, celle que sa propriétaire avait dû oublier dans son ancienne chambre à l'Étape d'Hyrule.
- Je ne savais pas que tu voulais que l'on emménage ici… Et je savais encore moins que tu avais un grand-père qui y vivait…
Madeline lui lança ensuite un regard sévère et pénétrant qui démontrait bel et bien qu'elle était consciente de ses mensonges. Loin d'être couramment malhonnête avec toutes ses interactions sociales, elle assumait néanmoins ses fautes. Effectivement, elle avait menti sur le fait qu'elle avait parlé de son grand-père à Gabriel, l'Hylienne ne pouvait le nier… Se remémorer ce qu'il était arrivé à Hubert, son grand-père et également pêcheur d'Écaraille, lui donnait encore la chair de poule.
- Il est mort ! lâcha Madeline sans retenue pour alourdir la discussion.
L'homme en était navré, mais étant donné qu'il ne connaissait l'existence d'Hubert que depuis quelques jours, il ne pouvait pas se trouver désemparé de sa disparition, comme l'était toujours la mère. Gabriel profita du silence et de la tension qui était un peu descendue pour tenter d'obtenir de nouveau des réponses, toujours sans agacement de sa part.
- Pourquoi tous ces mensonges et ces cachotteries ? demanda-t-il. Tout ce que je demande, c'est de savoir pourquoi. Si c'est à cause de moi que tu es partie, pourquoi tu ne l'as pas prise avec toi, par exemple, pour me protéger du dangereux criminel que je suis à tes yeux ? Pourquoi me cacher autant de choses sur ta vie ? Pourquoi m'avoir laissé la somptueuse maison de ta grand-mère au lieu de me jeter dehors ? On aurait pu discuter, mais au lieu de ça…
Elle ne savait où poser son regard, mais ce qui était sûr et certain, c'était qu'elle n'allait rien lui révéler. Bien que troublée émotionnellement par la venue de son ancien conjoint, elle ne lui céda aucune opportunité d'en savoir plus. Aucune. Son comportement désolait beaucoup le père, c'était comme si ces huit ans n'avaient rien changé entre eux, Madeline n'avait pas l'air d'avoir modifié son point de vue sur l'Hylien depuis tout ce temps passé, et perdu. Mais ce n'était que ce qu'elle souhaitait montrer.
- Je t'ai demandé de t'en aller, rappela sèchement la femme d'Écaraille.
Aucune empathie, aucune compassion de la part de la blonde. Gabriel avait essayé de garder au mieux son sang-froid, mais entendre une réponse aussi froide et sans cœur était de trop. Il donnerait tout pour toucher ne serait-ce que sa peau, scruter de plus près ses yeux, et s'imprégner de son parfum... Car oui, malgré tous les événements, l'Hylien restait amoureux et cela commençait à le ronger tant il se disait qu'il ne pouvait pas aimer une personne qui lui avait fait autant de mal, à lui et sa fille. Mais ces choses-là n'étaient pas entre ses mains, il n'était pas maître de la situation.
- Et tu crois peut-être que je suis venu jusqu'ici pour que tu me rejettes comme ça ? s'exclama alors Gabriel.
- Personne ne t'a demandé de venir ! rétorqua Madeline.
Ces paroles l'attristaient, il ne s'attendait pas à une conversation paisible mais un rejet aussi prononcé venant de l'Hylienne était quelque chose qu'il n'avait encore jamais vu auparavant chez elle.
- Je sais très bien pourquoi tu es partie, ce n'est pas ça que je suis venu savoir…
- Non, tu ne sais pas, répondit la blonde en ancrant ses iris grisâtres dans ceux de l'homme.
Il ignora sa réponse prononcée à mi-voix. Oui, il savait pourquoi aujourd'hui, elle se trouvait là, à Écaraille. Nombreuses étaient les fois où il avait essayé de comprendre ce qu'elle avait pu ressentir en apprenant sa véritable identité... ce choc brutal, ce traumatisme même, était légitime. Mais rien ne tournait rond pour lui, rien. Car lorsqu'il avait pensé que Madeline commençait à accepter petit à petit cette révélation, elle disparaissait sans laisser de traces.
- Ce que je ne comprends pas, c'est la raison pour laquelle tu as abandonné Lysia du jour au lendemain, continua Gabriel.
- Non, Gabriel, tu ne sais rien !
La mention de sa fille l'énervait d'autant plus car elle savait pertinemment ce qu'elle avait fait. La mère n'avait rien oublié, elle s'imagina dans son esprit à quoi pouvait ressembler Lysia, et… ce qu'elle pensait d'elle et de ses agissements. Une peur naquit chez elle, celle de revoir l'enfant ici-même, si jamais son père l'avait emmenée jusqu'à elle. Mais Madeline ne put manifester cette appréhension car Gabriel, lui, ne cessa de contenir son calme plus longtemps, il allait lui dire ce qu'il avait sur le cœur, même si cela allait s'avérer rude et difficile à entendre.
- Quelle mère pourrait laisser son enfant sans prendre de ses nouvelles pendant huit années comme tu l'as fait ?
La femme ne lui donna qu'un regard humidifié comme réponse. Dit comme cela, elle passait pour la cruauté incarnée ! Or, ce n'était pas du tout sa vision des choses. Madeline abaissait peu à peu sa griffe de lézalfos qu'elle tenait jusqu'alors en évidence devant elle, prise de plus en plus par les émotions que le père ne comprenait pas. On aurait dit… qu'elle s'en voulait. Eh bien, soit ! Il y avait de quoi, se disait-il. Les regrets étaient de mise, c'était certain. Personne n'avait la capacité de réparer ses erreurs du passé, dorénavant, et tous les deux en avaient bien conscience.
- Je te l'ai montré, souffla Gabriel. Je t'ai montré que j'avais changé, de nombreuses fois ! Tu ne me crois toujours pas ?
Ses yeux se posèrent sur la cicatrice de l'homme, dans son cou, à la forme du symbole de Lambda. Cette marque du passé sur sa peau qu'il ne pourrait jamais retirer... À la vue de son expression, si, elle le croyait bel et bien à présent. Mais dans ce cas, pourquoi avoir déserté si elle regagnait confiance ? Le frère d'Alan posa une question en faisant un pas en avant qui fit un bruit significatif sur le plancher. Une question qui la déstabilisa tant elle l'incitait à parler de ce qu'elle gardait encore et toujours pour sa personne. Il déglutit une ultime fois et formula ses mots, dans un silence pesant.
- Est-ce qu'il y a des choses dont je ne suis pas au courant, Madeline ?
Elle mit un temps avant de répondre.
- Non. Il n'y a rien, dit-elle.
- La vérité, s'il te plaît.
Les mensonges ne marchaient plus. Le prendre pour un idiot ainsi ne ferait que l'agacer davantage. Évidemment qu'il y avait des choses dont il n'était point au courant, seulement, cela ne voulait guère dire qu'il était en mesure d'en prendre connaissance. Si la blonde en parlait, elle allait s'aventurer sur un terrain miné, et les choses vireraient au cauchemar, selon elle.
- Moins de personnes seront embarquées là-dedans, et mieux ce sera, énonça Madeline.
Cette mystérieuse phrase ne fit qu'attiser la curiosité de Gabriel qui ne désirait qu'en savoir plus. Il s'avança jusqu'au centre de la maison en évitant les nombreux coquillages qui craquelaient lorsque l'on posait un pied dessus. Et ce, sous le regard inquiet de sa bien-aimée qui aurait voulu reculer pour fuir, mais celle-ci était déjà plaquée contre un mur et la sortie se trouvait à l'autre bout de la pièce. La distance entre eux s'était donc rétrécie et une angoisse vit le jour chez Madeline qui gardait toujours son arme, même si elle ne servait qu'à intimider son interlocuteur.
- De quoi parles-tu ? demanda l'homme.
Elle savait que les choses avaient été difficiles… Tant de temps à vivre dans l'ignorance totale. Tout ce qu'elle leur avait laissé, c'était un "désolée" avant de partir sans un mot en pleine nuit… Néanmoins, elle ne pouvait rien faire, elle ne contrôlait pas la situation et même si Madeline souhaitait tout lui révéler, elle ne le pouvait pas. Pour des raisons de sécurité. À contrecœur, la blonde dut se montrer plus froide envers Gabriel.
- Je suis partie pour une bonne raison, c'est tout ce que tu dois savoir. À présent recule, j'aimerais que tu t'en ailles avant que je n'appelle à l'aide car un inconnu s'est introduit chez moi et a l'intention de m'agresser.
Ces mots affligèrent le père, complètement dévasté de constater ce rejet si brutal de la femme. Elle continuait à agir avec ruse et perfidie, chose qui ne lui ressemblait pas selon Gabriel avant qu'il n'apprenne l'existence de ses mensonges. Les yeux de ce dernier s'humidifièrent mais il ne se fit pas submerger par les larmes. Non, à cet instant précis, c'était plutôt de la colère qui venait l'animer. Une colère intense, mais justifiée, personne n'avait le pouvoir de venir insinuer le contraire. Ce sentiment était plus que légitime dans sa situation.
- Je ne te reconnais plus, Madeline.
- Et moi, je ne t'ai jamais connu tout court. Va-t'en, maintenant.
Sa mâchoire oscilla, Gabriel tentait toujours de garder son calme mais il savait que ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'il ne laisse tout exploser. Madeline n'osait même plus le regarder dans les yeux, car elle y voyait de plus en plus de détresse, celle de son ancien conjoint, mais aussi celle de sa fille… Et cela lui fendait le cœur sans que l'homme ne le sache, bien évidemment. Et quand bien même elle lui faisait part de sa forte désolation les concernant, l'Hylien ne la croirait plus, à présent.
- C'est odieux, ce que tu fais, lâcha Gabriel en abandonnant toute douceur, et c'était peut-être même la première fois qu'il lui adressait la parole aussi froidement. L'amour est un véritable cadeau empoisonné, j'en ai la preuve devant moi.
Madeline prit un air étonné. Elle-même ne s'aimait plus suite à toute cette histoire, elle allait jusqu'à ressentir une haine envers sa personne, bien que choisir n'avait pas été une option, cette nuit-là. Mais comment Gabriel pouvait-il donc encore parler d'amour ?
- Parce que tu m'aimes encore ?! s'enquit-elle de savoir. Après tout ça ?
Ne souhaitant guère répondre par l'affirmative, il préféra rester silencieux tout en conservant un regard de plus en plus noir. En fait, il s'en voulait de l'aimer ; qu'importe ce qu'il faisait, il n'arrivait pas à la sortir de sa tête, à oublier l'amour qu'ils avaient ressenti l'un envers l'autre autrefois. Car il s'agissait de choses tout simplement inoubliables. Une véritable torture quotidienne… Gabriel comprenait bien que Madeline avait une grande raison de s'être enfuie, et qu'elle n'était pas partie sur un coup de tête sous prétexte qu'elle ne connaissait pas la véritable identité du père. D'un certain côté, cela était rassurant, la blonde n'était pas si mauvaise qu'elle en avait l'air… Mais d'un autre point de vue, ça ne faisait que laisser l'homme plongé dans l'ignorance, lui qui voulait apporter des réponses à Lysia à l'avenir. Car la petite fille n'y était pour rien et avait le droit de savoir. Tout comme lui.
- Je vais te poser une question, déclara Gabriel plus calmement. Je pense que tu lui dois bien ça, au moins.
Une tension palpable se propagea dans l'air. Sa question allait être simple, mais il voulait entendre la réponse de sa propre voix, pour en avoir le cœur net.
- Est-ce que tu l'aimes ? demanda-t-il en parlant de sa fille.
Gabriel tenait à lui partager son incertitude à ce sujet car il ne pouvait jamais oublier cette vision, le jour même de la naissance de Lysia. Lorsque Madeline avait eu pour la première fois son bébé dans les bras, contre sa poitrine, le père, - qui n'avait pu retenir ses larmes -, n'avait discerné aucune émotion positive sur le visage de sa bien-aimée. Non, il y avait plutôt vu de la peur, du déni… Une chose qui lui était incompréhensible étant donné la joie dans laquelle attendre un enfant l'avait mise lors de ses mois de grossesse. Cependant, l'homme n'avait jamais remis le sujet sur la table depuis.
- Gabriel, je vais vraiment appeler au secours si tu ne…
Il insista.
- Réponds-moi. Elle veut savoir, et moi aussi. Est-ce que tu l'aimes ?
Ses cordes vocales se mirent à trembler sans qu'elle ne puisse rien y faire. Chaque instant où il la mentionnait, elle, lui faisait du mal. Au bord des pleurs, Madeline refusait de parler de Lysia sous peine de ne plus pouvoir se contrôler, et fondre en larmes.
- Tu n'aurais jamais dû débarquer ic…
- Est-ce que tu l'aimes ?! la coupa Gabriel.
- Oui, je l'aime ! Je l'aime plus que tout !
L'Hylienne vociféra ces mots en plantant la griffe de lézalfos qu'elle tenait toujours en main dans le bois de la table, ce qui y créa une fêlure. Madeline avait craqué, les sanglots ne tardèrent à couler à flot le long de ses joues, dans une respiration saccadée. Accroupie, le front posé sur le meuble fissuré par le tranchant de l'arme, elle évitait de croiser le regard de Gabriel qui restait silencieux face à la réaction si brutale de l'habitante d'Écaraille. Plus aucun bruit ne lui parvenait mis à part les pleurs de la blonde, tout le poids qu'elle avait enfouie au plus profond de son être, tout ce qu'elle avait essayé d'oublier depuis tant de temps, tout cela venait de ressurgir. Son ancienne vie la hantait tous les jours, ces pensées créaient une lourde culpabilisation chez la femme qui s'en voulait terriblement.
Mais malgré cette démonstration d'affection pour sa fille, Gabriel gardait son indifférence face à cela. Il ne pouvait plus être sûr de rien et ne désirait certainement pas aller la consoler. À ses yeux, tout était de sa faute, et que cela était dur à accepter ou non, elle devait assumer ses actes quoi qu'il arrive.
- Je t'en supplie, ne l'amène pas jusqu'à moi, sanglotait Madeline qui leva des yeux noyés d'eau sur Gabriel, ne lui dis pas où je me trouve. Par pitié… Je sais qu'elle a grandi, qu'elle se pose des questions… Mais je ne veux pas la mêler à…
- À quoi, Madeline ?! s'énerva malgré tout le père alors qu'elle n'avait guère terminé sa phrase. Je ne demande que des explications ! Des foutues explications qui me permettraient juste de comprendre pourquoi tu nous as infligé ça, à tous les deux ! Tu peux comprendre ça, non ?! Alors dis-moi, merde !
L'agacement n'aidait pas à calmer de la femme qui restait crispée contre la table.
- Non ! refusa-t-elle. Je ne… peux pas te le dire…
- Mais pourquoi, par toutes les saintes déesses de ce monde ?!
- Parce que ça ne va faire qu'empirer les choses !
Entre lui et son frère, dans leur jeunesse, Gabriel avait toujours été le plus impulsif d'entre eux. Et à cause du fait que la blonde gardait encore et toujours une part de secret dans ses réponses, il sentait ce trait de caractère se manifester de nouveau lorsqu'il frappa d'un lourd coup de poing la porte d'entrée juste derrière lui. Il garda cette nouvelle position quelques instants tandis que le bruit assourdissant fit sursauter Madeline qui pleurait toujours. Fébrile, elle prit appui contre le par terre qui comportait un certain nombre de grains de sable et se releva, les pommettes rougies.
- Gabriel… tu n'as absolument pas idée de la situation dans laquelle tu t'embarquerais si je te le disais. Vous devez rester hors de tout ça… toi… et Lysia.
Sa colère exprimée grâce à son geste brusque, il se retourna vers son ex-compagne en lui adressant un ton ironique pour lui faire prendre conscience de la situation dans laquelle elle le mettait envers leur enfant.
- Et donc je suis censé lui dire quoi, hein ? « Ne t'inquiète pas ma chérie, ta mère va bien, mais par contre elle ne veut pas te voir parce qu'elle ne veut pas te mêler à quelque chose dont je n'ai même pas la certitude de l'existence ! Oh, et par ailleurs, je ne vais même pas te dire où elle est ! »
- Non !
- Alors dis-moi ! Qu'est-ce que je dis à ta fille, Madeline ?
L'Hylienne frotta ses yeux pour essuyer ses larmes et lui donna un exemple de ce qu'elle souhaitait que Lysia sache d'elle.
- Que sa mère l'aime… et… ne l'a pas oubliée… dit-elle d'une voix faible et triste.
- Et tu crois peut-être qu'elle le croira ?! Elle qui ne connait même pas ton visage ?!
La femme ne répondit pas à cette question rhétorique, elle se contenta de baisser la tête, rongée par la honte. Il ne pouvait y avoir pire comme retrouvailles conjugales… Car elle comprenait la détresse de l'homme, mais malheureusement, à son échelle, elle ne pouvait plus rien faire. Elle était impuissante. Revenir parmi eux, c'était mettre en danger sa fille. Et ça, il en était hors de question.
- Je ne sais pas ce qu'il se passe, reprit Gabriel, mais ça fait huit putains d'années que je cherche une réponse, alors je peux t'assurer que je saurais tout. Un jour ou l'autre.
- Gabriel, je t'en supplie, ça ne m'a pas fait plaisir à moi non plus de vous laisser… J'ai fait ça pour vous protéger.
Il eut un mouvement de la tête sur le côté en soufflant d'une manière presque hautaine, comme pour lui faire comprendre qu'il trouvait son discours absurde.
- Je ne peux plus rien croire à ce qui sort de ta bouche quand je sais que tu n'as fait que me mentir.
- Non ! C'est faux ! répliqua Madeline, affligée par ce qu'il disait.
- C'en est trop. Tu as dépassé les bornes.
Il était sur le point d'abandonner et de s'en aller, car il remarquait bien qu'il n'allait jamais réussir à lui tirer les vers du nez. Gabriel se demandait de plus en plus si cela avait été une bonne idée de suivre la piste que lui avait offerte la lettre qu'il avait trouvée. Dans tous les cas, ce qui était fait était fait. Dorénavant, il pouvait être certain d'au moins une chose : c'était que son voyage n'avait servi à rien. Le père attrapa avec vigueur la poignée de la porte pour sortir de chez Madeline.
- Une chose est sûre, formula-t-il, si ce n'est pas toi qui viens à elle, alors ce sera elle qui viendra à toi. Je t'ai toujours dit la vérité, alors tu peux me croire.
Madeline frissonna de terreur ; elle n'était guère effrayée par le fait de revoir sa fille, mais plutôt par les conséquences horribles que cela pouvait avoir. Un avenir qu'elle voulait éviter pour garantir une sécurité assurée à Lysia. L'homme souffla puis ouvrit grand la porte, la lumière du soleil illumina le visage de la femme muette. Cependant, une dernière interrogation dont il n'avait pas encore fait part à la blonde était restée en suspens dans son esprit. En y songeant une nouvelle fois, c'était plus fort que lui, il se devait de lui demander.
- Et moi ? lâcha-t-il, plus calmement.
Madeline replongea ses iris dans les siens, bien qu'elle ne sût pas où il voulait en venir.
- Est-ce que tu m'aimes ?
Elle rebaissa immédiatement le regard, comme pour l'ignorer. La vérité était qu'elle s'avérait trop bouleversée par sa soudaine arrivée et n'était point capable de répondre à une telle chose lorsque l'on parlait d'un ancien criminel. Elle avait déjà essayé de faire un effort, et de se forcer à voir un homme bon et différent de Lambda, mais cette vision d'un voleur malicieux et sans pitié lui revenait toujours en tête, sans qu'elle ne puisse rien y faire. Le mutisme de Madeline mit un ultime coup à l'homme, le cœur détruit. Il fut à présent sûr de ce qu'il avait à faire.
- C'est bon, j'ai compris, soupira-t-il sans une once d'énervement. J'ai bien fait de ne pas l'emmener avec moi. En huit ans, rien n'a changé. Tu me vois toujours de la même manière.
Rien à faire, la blonde ne réagissait plus. Pétrifiée par l'indignation, elle ne savait plus quoi faire.
- Je n'aurais jamais dû te laisser t'inviter à ma table, ce soir-là. De toute manière, je devais simplement être ton coup d'un soir et rien de plus, pas vrai ? En tout cas, je veux que tu saches que, moi, je t'aimerais pour l'éternité. Et j'aurais beau vouloir changer ça, ça m'est impossible.
Ces mots… ils étaient sur le point de la refaire sombrer dans le chagrin. D'autant plus car une part de vérité se dégageait de ce qu'il disait. À l'époque, la blonde ne se doutait encore de rien et ne pensait pas que tomber amoureuse allait la faire autant souffrir dans le futur. Car c'était de là que tout son mal-être tenait son origine. Quant à l'Hylien, il mit fin à cette discussion inutile selon lui.
- Adieu, Madeline.
Pas même un dernier regard. Rien. Elle restait immobile.
- Putain de coup de foudre.
Gabriel claqua la porte derrière lui, ce qui fit de nouveau sursauter la femme qui n'avait pas bougé et ne l'avait pas regardé partir. Une dernière larme vint dévaler son visage, témoignant du malheur que Madeline ressentait depuis le début de cette histoire. Pourquoi elle ? se disait-elle. Cette dure réalité avait détruit sa vie au plus haut point, c'était celle qu'elle était vraiment qui avait causé ce désordre. Des tas et des tas de personnes auraient souhaité être à sa place, et pourtant non, ce devait être elle… Effondrée, de sombres idées lui envahirent alors la tête.
Le regard dans le vide et rêveur, elle ne vit pas que depuis le début de sa conversation avec le père de sa fille, ils étaient épiés par la fenêtre de la maisonnette.
La veille de l'arrivée de Gabriel à Écaraille, au château d'Hyrule, les quatre prodiges venus de leur région respective étaient toujours présents sur place. Deux jours s'étaient écoulés depuis la victoire de Link à l'amphithéâtre, et le héros était revenu l'air fermé. Il avait, certes, ôté une belle épine du pied au royaume entier, mais il n'y avait pas de quoi être fier d'avoir tué un innocent, en fin de compte. Lorsqu'il avait passé les portes de la forteresse, sa première volonté avait été de mettre au courant la princesse, afin de la rassurer sur la tournure des événements, et lui montrer qu'il allait bien. En effet, Link avait bien remarqué l'inquiétude qui avait grandement animé le visage de Zelda lors de son départ, en pleine nuit. Et cela l'avait beaucoup touché.
Toutefois, au petit matin, lorsqu'il était rentré, Link n'avait pu revoir que les prodiges. La princesse n'avait pas été présente et depuis, le blond ne l'avait pas vue. Son rôle de capitaine de la garde l'avait pris pour une journée entière tandis que le jour suivant, Link avait été sollicité à la Citadelle d'Hyrule pour un soupçon d'attentat de l'Armée des Fidèles. Tous voyaient le monde s'agiter davantage au château, car tous savaient le Fléau extrêmement imminent. Et cela créait une certaine mauvaise humeur chez quelques personnes qui ne se privèrent guère de la montrer aux autres… À cause de tout ce remue-ménage, Link ne croisa pas la princesse pendant ces deux jours. Il la pensait en train de méditer et ne souhaitait donc guère aller la déranger. Cependant, bien que Zelda eût effectivement prié durant ces quarante-huit dernières heures, son occupation du soir était tout autre et le héros était loin de se douter de quoi il s'agissait.
Link déambulait dans les couloirs du château dans le but de se rendre à la salle de bal. Ce soir-là, la princesse lui avait donné rendez-vous là-bas à vingt-et-une heures pour une raison qui lui était encore obscure. D'autant plus que cette pièce était en général occupée à cette heure-ci de la soirée. Cette soirée s'avérait être la veille du dix-septième anniversaire de Zelda, lorsque le prodige s'en souvint, il regretta de ne pas avoir eu le temps de réfléchir à un petit cadeau, ou quelque chose qui lui aurait fait plaisir, afin de la voir sourire. C'était la moindre des choses après toute la bienveillance dont elle avait fait preuve envers lui et tous les moments passés ensemble qu'il n'oublierait probablement jamais. Le blond ne s'était encore jamais autant confié à quelqu'un, pas même à Daruk, son fidèle ami. Cela n'était pas anodin.
Habillé de son uniforme de capitaine de la garde, le héros arriva aux portes de la salle de bal. Il s'arrêta devant et eut un léger sourire ; enfin il allait pouvoir revoir Zelda depuis son combat contre Brad… Link ferma les yeux quelques instants avant de pousser avec vivacité les portes de la grande salle de bal du château d'Hyrule. Il s'agissait d'un endroit somptueux, des lustres en opale resplendissants ainsi que de magnifiques rideaux rouges embellissaient cet endroit destiné aux événements les plus importants. À environ quatre mètres des murs blancs ornés d'or sur la longueur du lieu, des piliers circulaires et massifs étaient présents, entre chaque fenêtre. Et à leur base, les mêmes ornements dorés qu'autour des vitres murales les entouraient. Il y en avait quatre à droite, et quatre à gauche. Enfin, sur le sol au centre, un imposant cercle noir de se démarquait du carrelage en marbre blanc. Lorsque l'on entrait, la salle était propre, symétrique, et lumineuse. Un endroit sublime où la mère de Link aurait rêvé de venir danser. Cette pensée le fit grimacer…
Au fond à gauche, installé sur le côté d'une grande estrade prenant toute la largeur de la pièce, Link aperçut un musicien derrière son clavecin, instrument peu répandu à Hyrule mais dont le son savait faire voyager n'importe qui l'entendait. À ses côtés, cachés derrière le pupitre, il reconnut la princesse qui parlait avec l'Hylien fort bien vêtu. De sa position, il ne voyait que vaguement son visage mais avait déjà perçu sa voix. Lorsqu'elle aperçut Link entrer, son sang ne fit qu'un tour. Elle murmura une dernière information à l'oreille du musicien et focalisa son attention sur le nouvel arrivant. La princesse lui sourit de loin avant de se diriger vers les quelques marches qui lui permettraient de descendre la petite surélévation et rejoindre son ami. Ce fut à ce moment précis que le héros put admirer la tenue de la jeune femme qui s'était dévoilée à lui.
Zelda était habillée de sa fameuse robe bleue marine princière habituelle, mais ce soir-là, quelque chose se voyait être bien différente des précédentes occasions où Link avait pu voir la princesse dans sa tenue respective. En effet, il remarqua bien vite qu'il n'avait jamais vu son visage aussi enjoué en ces lieux, et donc, dans cette robe. Voilà pourquoi son arrivée lui avait paru si spéciale. La joie de la blonde se transmit très rapidement à son ami qui se mentirait à lui-même s'il affirmait qu'il n'était pas sous le charme de la jeune femme… Cette dernière marchait précipitamment un pas après l'autre vers le capitaine de la garde en faisant en sorte de ne pas laisser traîner son vêtement sur le carrelage luxueux, et Link lui écourta son déplacement en faisant de même. Une fois l'un face à l'autre, les deux élus des déesses s'échangèrent un large sourire, heureux de se retrouver et prendre de leurs nouvelles après cette nuit assez morbide pour le héros. La fille du roi posa une main sur l'épaule du prodige.
- Link… Par Hylia, tu vas bien… fut-elle rassurée.
- Princesse Zelda, répondit l'Hylien, vous voilà enfin… Pardonnez-moi, j'aurais voulu vous informer de ma victoire et du danger que j'ai éliminé mais j'ai été très occupé et…
Elle l'arrêta aussitôt en ne le laissant pas s'en vouloir plus longtemps. Zelda non plus n'avait guère pu le rejoindre plus tôt, il ne devait pas se rejeter la faute. L'important était qu'ils étaient là, tous les deux.
- Ne te fais plus de soucis pour cela, l'apaisa la princesse. Je suis heureuse que tu sois venu et que tu ailles bien.
En parlant d'être venu, Link jeta un œil autour de lui. Des choses l'intriguaient et son amie le savait bien… Par exemple, il n'y avait personne d'autre qu'eux dans cette immense salle excepté un seul musicien. Il pensa à une célébration privée, mais dans ce cas, en quel honneur ? Il était rare que la salle de bal soit complètement vide à cette heure-ci, ce genre de choses étaient particulièrement troublantes aux yeux de l'élu. Sans vouloir l'offenser, il partagea directement à Zelda son incompréhension au sujet de leur présence ici-même.
- J'avoue ne pas vraiment comprendre la raison pour laquelle vous m'avez demandé…
- C'est très particulier, expliqua l'Hylienne, mais mon but n'est pas de te mettre mal à l'aise, sache-le.
Elle s'entremêla les doigts et Link sentit que la princesse n'était pas totalement à son aise. Loin d'être en panique étant donné qu'elle préparait ce moment depuis un certain temps, Zelda se montra néanmoins assez tendue de par la manie qu'elle avait de détourner le regard dès qu'elle croisait celui du héros et son rythme de respiration qui s'était accéléré et qui, de ce fait, s'entendait lorsqu'elle parlait. Derrière elle, Link entraperçut l'homme derrière le clavecin préparer quelques parchemins sans se soucier de la conversation des deux amis et du monde extérieur en général, ordres de la princesse auxquels il se plia sans contestation. Zelda se racla furtivement la gorge et reprit en croisant ses bras derrière son dos. Les conseils si précieux d'Urbosa fusaient dans son esprit et la jeune femme faisait tout pour les respecter, cela se distinguait dans son comportement peu habituel.
- Link, me fais-tu confiance ? demanda-t-elle, même si elle se doutait pertinemment de la réponse qu'il allait lui donner.
Cela sonnait comme une évidence chez lui ; après tout ce qu'ils avaient vécu, il était formel que Link n'avait jamais autant fait confiance à quelqu'un… Il lui répondit comme elle l'attendait.
- Bien sûr, dit-il.
- Alors donne-moi ta main, prononça immédiatement la princesse en lui présentant sa paume gauche.
Son cœur bondit inlassablement à l'intérieur de sa poitrine. Cette proposition de la part de Zelda était un grand honneur pour lui. Établir un contact qui témoignait de leur affection et ressentir la douceur de sa peau lui avaient donné des frissons, la dernière fois. Cependant, ce fut également ce qui fit comprendre à Link les intentions de la blonde. Pour sûr, aussi étonnant que cela pouvait paraître, elle souhaitait danser.
Le héros hésita et ne savait comment agir, il se devait d'accepter une telle proposition, tout simplement car refuser d'échanger quelques pas de danse avec la princesse d'Hyrule était le rêve de beaucoup de personnes. Mais cela n'était pas la raison pour laquelle il se sentait obligé, c'était surtout car il voyait qu'il s'agissait de quelque chose qui semblait tenir à cœur à son amie. Mais s'il acceptait… allait-il tenir bon jusqu'au bout sans penser à tout ce que cette pratique lui faisait se remémorer comme terribles souvenirs ?
- Vous voulez que je…
- Ne t'inquiète pas, assura Zelda, laisse-moi t'expliquer et m'occuper de tout.
Lui ayant déjà parlé de toute cette histoire qui le rongeait encore aujourd'hui, le prodige savait que la princesse n'avait guère oublié tout ce que danser lui procurait comme mal être. Mais il lui faisait confiance… Alors, encore hésitant, il finit par lui donner sa main presque tremblante rien qu'à l'idée qu'il allait danser. Au moment où leur paume se toucha, Link dut fermer un instant les yeux pour se reprendre et éviter de se faire submerger par ses émotions qui menaçaient de se manifester davantage. Il n'arriverait pas à profiter de ce moment en compagnie de l'Hylienne dans cet état… Link en était navré.
- Regarde-moi, ordonna Zelda avant même qu'il ne puisse le lui dire.
Il rouvrit ses yeux humidifiés lorsqu'elle lui adressa ces mots et, doucement, les ancra dans ceux de la princesse, touchée par son état et l'effort déjà impressionnant qu'il avait fourni en se mettant presque totalement en position de danse, rien que par confiance envers elle. Zelda prit par la suite un air beaucoup plus sérieux et entama des explications que le héros attendait tant. Sa voix fut calme et son timbre chaud, elle devait le rassurer le plus possible en faisant baisser son angoisse.
- Je t'ai écouté attentivement lors des différentes fois où tu t'es ouvert à moi, débuta-t-elle, et j'ai compris tes peurs, ainsi que les différents poids que tu conserves sur le cœur. Tu as souffert, alors aujourd'hui, je veux t'aider à mettre fin à cette souffrance permanente dans laquelle tu vis depuis ces quatre dernières années. Ce sera certainement dur pour toi de faire cette danse, t'affirmer le contraire serait te mentir, mais je suis là pour t'accompagner. Tu es courageux, tu as su de nombreuses fois le prouver. Ce soir, il est temps d'affronter la peur qui est en toi depuis ce jour malheureux. Il est temps de faire complètement ton deuil, Link. Comprends-tu ?
La princesse était là, devant lui, pour l'aider à sauter le pas, chose qu'il n'avait encore jamais eu le courage de réaliser par lui-même. Tout s'était éclairci dans la tête du blond, toute cette préparation… était, en fait, pour lui. Zelda avait raison, et bien qu'il fût pris au dépourvu, elle avait réussi à le canaliser et le calmer. Sa présence avait, en réalité, déjà bien suffi…
Il déglutit pour éviter de lui montrer les tremblements de sa mâchoire. Puis, il acquiesça d'un hochement de la tête pour lui dire qu'il comprenait. Il comprenait que cela faisait des années qu'il n'agissait pas pour aller mieux, qu'il s'enfermait dans une situation faussement réconfortante pour lui. Il comprenait que se priver de sa passion à cause des souvenirs néfastes ainsi que de garder ce précieux collier de gemmes nox lui permettant de garder contact avec ses parents ne faisaient que lui faire du mal et l'empêchaient d'avancer.
- J'aimerais toutefois obtenir ton autorisation avant d'effectuer le premier pas, avoua Zelda pour ne pas trop brusquer le prodige en démarrant soudainement.
Avec le soutien de son amie, le héros se sentit prêt à aller de l'avant. En vérité, Link se rendit compte que c'était ce dont il avait besoin : de l'aide. Rien qu'une aide extérieure pour le pousser à oser faire face à ses craintes les plus profondes. Ce soir-là, il le reconnut enfin, c'était une preuve d'une grande sagesse de sa part. Évidemment que cela le sortirait de sa zone de confort, il en sortirait même complètement ! Mais fort heureusement, il profiterait d'une certaine sécurité car Zelda se tenait à ses côtés, c'était en tout cas son ressenti. Juste parce qu'elle était à ses côtés… Des sensations qu'il ne savait expliquer précisément, mais qui étaient bel et bien présentes. L'Hylien prit une grande inspiration et donna l'autorisation que la princesse attendait et elle en fut satisfaite.
- Je n'ai que très rarement dansé, alors j'espère que je serai à la hauteur… révéla-t-elle.
- Je n'en ai aucun doute, répondit Link qui la voyait s'inquiéter de ses talents à la danse.
Les deux élus se mirent en position, Zelda posa sa seconde main encore libre sur l'épaule du chevalier comme l'avait expliqué Urbosa, tandis que Link, fort habitué à cette activité autrefois, connaissait déjà le positionnement à adopter. Il plaça sa main gauche dans le dos de son amie, ce qui eut pour conséquence de les rapprocher encore plus l'un de l'autre. À vrai dire, la princesse en rougit. Elle sentait cette flamme en elle s'allumer de nouveau, par ce simple rapprochement. Occupé à lutter contre ses démons, Link ne laissa pas transparaître cette même sensation que cela lui avait aussi procuré, leur cœur battait la chamade pour la même raison.
Zelda porta son attention vers le musicien qui patientait en silence en arrière. Puis, elle lui fit un discret hochement de tête, ce qui avait pour signification de lui faire démarrer son morceau que la princesse avait, par ailleurs, soigneusement choisi. En plein centre de la salle, les deux jeunes gens furent parés à danser, ensemble. En percevant l'homme au clavecin se préparer à jouer, leur corps fut envahi de palpitations. Le stress était monté d'un cran.
… La meilleure des solutions est de se fier à son instinct…
Soudain, le premier accord musical retentit comme une sonnerie à ne surtout pas manquer dans la salle de bal. Celui-ci résonna contre les parois et invita avec lui une atmosphère plutôt belle et apaisante malgré la pression que ressentaient Link et Zelda qui ne se quitteraient du regard qu'à la fin de ce doux morceau. Le prodige sentit sa partenaire commencer à se mouvoir vers sa droite, d'un pas chassé classique qui ouvrait la danse. Son premier pas de ce genre depuis quatre ans… c'était un moment très symbolique pour Link, qui n'aurait pu démarrer lui-même. Le musicien, concentré sur les deux claviers devant lui, posa la suite des accords ainsi que quelques notes. Il faisait preuve d'une rigueur incomparable et d'une maîtrise des rythmes et des temps impressionnante, ce qu'avait exigé Zelda pour faire s'approcher le plus possible cette soirée de la perfection. Lorsque le binôme s'engagea dans une rotation à quatre-vingt-dix degrés, Zelda fit un pas en avant et Link un pas en arrière. Le mouvement se répétait de nombreuses fois, et ils prirent leur marque. Les élus réussirent ainsi à profiter entièrement de ce moment unique qu'ils étaient en train de vivre, en toute intimité. Un bal privé destiné à eux deux uniquement. La princesse esquissa un tendre sourire que Link ne pouvait que remarquer. Ce dernier lui rendit. Plongés dans l'ambiance harmonieuse et envoûtante de la musique, le monde disparut tout autour d'eux. Plus rien d'autre ne comptait.
Sur un rythme plus accentué du morceau, les élus changèrent de position gracieusement et rapidement en s'emparant des deux mains de l'autre afin de tourner et arriver à la place de l'autre avant de reprendre leur posture de base et recommencer une seconde session de pas en avant, en arrière, chassés, et de rotations… Link se sentait revivre, son attention était portée sur les iris verts de son amie et le héros ne pensait plus à rien d'autre qu'elle. Il ne voyait que son visage, n'entendait que sa voix, ne sentait que son parfum… À son grand étonnement, leur danse était plus forte que tout le reste. Ce moment magique surpassait ses souvenirs qui venaient le hanter, il passait au-dessus d'absolument tout. Link ne pensait point au lendemain, ni au passé d'ailleurs, il vivait dans le présent et ne changerait cela pour rien au monde. Sa peur de ne pas pouvoir effectuer le moindre mouvement s'évapora, Link se prouvait à lui-même qu'il était encore capable de danser, une prise de conscience simple mais primordiale pour terminer le deuil de ses parents.
Zelda, quant à elle, ne réalisait toujours pas ce qu'elle était en train de faire. Qui aurait cru que l'Hylienne aurait eu la volonté de danser… L'attitude pointilleuse et distinguée qu'ils adoptaient par moments pour imiter les nobles de la citadelle lors des bals la faisait rire. La danse traditionnelle se changea très vite en improvisation totale, ce qui n'avait dérangé personne. La blonde se laissa vivre au gré des notes de musique et tenta quelque chose de différent, cette fois-ci. Elle leva leur main à hauteur de leur tête, recula d'un pas, et fit doucement tournoyer Link sur lui-même. Surpris par l'initiative de la jeune femme, amusée, le chevalier effectua exactement la même chose qu'elle afin de la faire tourner à trois cent soixante degrés, à son tour. Le duo se rapprocha et reprit quelques pas classiques avec un engouement plus prononcé suite aux rires que leurs derniers mouvements leur avaient procuré. Leur complicité se ressentait plus les secondes passaient. Si bien que plus de la moitié de la danse fut achevée et ils ne s'en étaient pas rendus compte. En réalité, la princesse ne pensait guère prendre du plaisir à danser un jour, mais pourtant, elle venait de se démontrer le contraire. Zelda fut prise d'une petite réflexion qui vint la perturber : peut-être ne prenait-elle du plaisir à danser qu'avec Link ? Avec lui, elle était libre d'être elle-même, sans peur du jugement d'autrui. Et peu importait la posture, le comportement à montrer aux autres, ils dansaient pour eux et non pour une autre raison, voilà ce qui faisait la différence. Cette nuance apportée révéla quelque chose à l'Hylienne, une chose qui était certaine dorénavant : elle s'était éprise de son ex-chevalier servant.
Tout à coup, lors d'un enchaînement de pas bien spécifique, le héros sentit les doigts de Zelda lui chatouiller l'intérieur de la paume de main. Comme si cela était une évidence, il fit de même et leurs doigts finirent par s'entremêler sans même qu'ils ne les remarquent. Le musicien, de son côté, entama une partie plus légère et aiguë du morceau. Une partie comportant des accords harmonieux qui dégageaient des émotions profondes à l'aide d'une belle mélodie prenante et nostalgique. Très sensible à ce genre de composition émotive, Zelda eut les yeux qui s'illuminèrent, pas un mot n'avait été prononcé par l'un d'entre eux depuis le début de leur danse, cette absence de paroles était beaucoup plus puissante. Il suffisait de se regarder pour comprendre ce que ressentait son partenaire. La princesse remerciait déjà les déesses pour ces minutes si spéciales en compagnie de Link.
La fin s'approchait à grands pas, les élus profitèrent de chaque note et ne bougeaient presque plus. Face à face, ils se dévisageaient avec insistance. Le chevalier avait ses deux mains recouvertes par celles de son amie, il prenait peu à peu conscience de la situation. Depuis peu, il était vrai qu'il voyait la jeune femme différemment. Pour tout dire, beaucoup de choses étaient différentes dans leur relation depuis quelques jours… la façon dont elle le regardait, par exemple, était bouleversante pour l'élu qui n'osait pas penser que la prêtresse royale d'Hyrule serait tombée amoureuse de lui… Pourtant, c'était un signe qui ne trompait jamais. Ne voulant guère qu'un tel moment de bonheur cesse, Link attrapa les poignets de la princesse dans le but de la faire se balancer de droite à gauche avec lui, en suivant le rythme lent de la musique. La réaction de son binôme ne fut qu'un énième sourire se dessinant sur ses lèvres qui fit rougir ses pommettes, Zelda fut rassurée de voir qu'il se prêtait au jeu malgré toute la symbolique que pouvait avoir cette situation compliquée pour lui. Mais bien vite, le rêve cessa, le prodige sentit d'un coup les mauvaises pensées revenir, il souffla plus fortement à cause de l'angoisse qui était remontée, mais ne souhaitant pas mettre un terme à la beauté du sourire sur le visage de son amie, il dut se contenir, chose peu recommandable de faire.
Zelda ne se doutait de rien, elle avait la tête ailleurs, réfléchissant à la suite. Qu'avait-elle le droit de faire, à présent qu'ils s'étaient avoués leurs sentiments éprouvés l'un pour l'autre ? La musique se termina, l'écho de l'ultime accord était toujours présent jusqu'à devenir inaudible. La danse était à présent close. Dans un silence, le musicien suivit les ordres de Zelda et prit la porte du fond afin de laisser les élus seuls. Une fois ceci fait, la princesse fixa les lèvres de Link quelques instants avant de revenir à ses yeux bleus. Il aurait cru que son cœur n'allait pas tenir le coup tant il avait un battement rapide suite à cela. Par la suite, la blonde approcha son visage du sien lorsque Link, à deux centimètres d'elle, baissa brusquement la tête. La princesse fit marche arrière en pensant avoir mal agi. Son expression se décomposa à cause de la honte qui venait l'envahir. Quelle idiote d'avoir pensé que cet amour pouvait être réciproque… pensa-t-elle en baissant également la tête. Qu'allait-il penser d'elle, dorénavant ? Ce genre d'attitude n'était pas digne d'une princesse, surtout lorsque cette dernière se soustrayait à son devoir pour de telles activités. Ne sachant guère où regarder, elle déglutit en n'osant plus rien dire.
Tout bien réfléchi, Zelda voulut retirer ses mains de celles du héros lorsqu'une goutte d'eau tomba sur son index droit. Ni une ni deux, elle observa son ami et posa un doigt sous le menton de celui-ci pour lui faire relever la tête. Il pleurait… Il pleurait toutes les larmes de son corps en silence. Ces sanglots n'étaient que la preuve qu'il se libérait enfin de ce fardeau, et qu'il acceptait enfin la dure réalité de la vie concernant sa famille. Zelda sentit son cœur se serrer ; le voir dans cet état l'attristait, mais c'était une étape inévitable par laquelle elle-même était déjà passée lors du deuil de sa mère, durant sa plus tendre enfance. Ainsi, la princesse comprenait et n'apporterait aucun jugement à l'égard du chevalier.
- Link… marmonna-t-elle, l'air éreinté.
- Je suis désolé… Je… n'y arrive pas… dit-il difficilement, ne pouvant plus cacher ses larmes.
La blonde le rassura. Link voyait dans ses sanglots un échec, mais Zelda le raisonna en lui faisant remarquer qu'il n'avait fait que surmonter les obstacles psychologiques et émotionnels tout le long de la soirée. Et que cela était un véritable exploit.
- Non, au contraire, dit-elle, tu as réussi, je suis fière de toi.
En toute délicatesse, elle posa une chaude main sur la joue de Link, puis passa l'extrémité de son pouce sous sa paupière afin d'essuyer une larme qui menaçait de glisser le long de son visage. Ce geste eut le don d'apaiser un peu le héros, - qui ne semblait plus pouvoir arrêter l'eau qui coulait de ses yeux -, en lui apportant une chaleur réconfortante. L'Hylienne fit ensuite glisser cette même main jusque dans son cou avant de la retirer. Après un long temps où ils ne firent que se dévisager, Zelda soupira et cessa de tergiverser plus longtemps. Tous les deux désiraient un contact plus fort entre eux, plus grand, quelque chose qui prouvait leur amour maintenant plus qu'évident. Un contact qui prouvait qu'ils s'aimaient.
Ils finirent alors par se lover dans les bras de l'autre. Link nicha ses pleurs dans les cheveux blonds de son amie tandis que cette dernière versa une larme, plongée dans le cou du héros. Ils fermèrent les yeux, ne profitant que de la sensation que leur procurait cette étreinte si désirée dont ils ne mettraient jamais fin s'ils le pouvaient. Leur cœur battait à l'unisson et leurs mains disposées derrière le dos de l'autre resserraient leur emprise aussi fort que possible. Zelda entendait encore les pleurs de Link qui ne s'était jamais senti aussi libéré que ce soir-là. Émue, elle fut heureuse de réaliser qu'il exprimait enfin ce qu'il avait sur le cœur avec elle.
- Je vois ces larmes dans tes yeux, murmura Zelda à son oreille, et je ressens toute cette détresse enfermée depuis si longtemps qui s'en dégage. Les larmes qui coulent servent au cœur quand celui-ci ne sait comment exprimer ce qui le ronge depuis tant de temps.
Pour sûr, il n'avait encore jamais entendu quelque chose d'aussi vrai que ces propos. Il n'y avait rien d'aussi agréable que de pouvoir se laisser aller lorsque l'on en avait besoin sans éprouver aucune crainte des regards extérieurs. Link n'avait même pas réfléchi aux conséquences si quelqu'un les surprenait dans cette posture ; à vrai dire, sur le moment, il n'en avait rien à faire tant il avait ressenti le besoin de s'approcher lorsque Zelda lui avait tendu les bras. Par Hylia, il était tombé amoureux d'elle… Cette simple pensée le faisait rougir, c'était un ressenti nouveau qui s'installait en lui.
La relation entre les deux élus des déesses, dans les écrits anciens, avait toujours été ambiguë. Lorsque le héros n'était pas un des plus grands amis de la descendante de la déesse, ces derniers étaient très proches, et même amoureux dans certains cas. Il pouvait bien évidemment arriver qu'il n'y ait rien de particulier dans leur relation, à certaines générations, que le héros ou la prêtresse ne soient liés que par leur destin et rien d'autre. Mais ces cas restaient rares. Certains manuscrits racontaient même, durant l'ère où la déesse Hylia vivait encore parmi les habitants de ce monde, que cette dernière s'était éprise de son élu nommé par ses soins pour vaincre le Mal à ses côtés. La légende disait que cet amour divin aurait traversé les âges jusqu'à revoir le jour, à chaque génération d'élus, dans la descendance de la déesse et les réincarnations du héros élu de la lame purificatrice.
- Sache que mes bras seront toujours un endroit sûr où tu pourras laisser exprimer ta peine dans les moments difficiles, sans te soucier du monde extérieur, prononça tendrement Zelda.
Il la remercia infiniment. Lorsque la princesse entrouvrit les paupières, une sensation vint lui brûler les mains, posées sur le dos du héros. Une fine brume de corruption s'en évapora et stagna dans l'air, jusqu'à disparaître par elle-même. Il s'agissait du reste de malice qui habitait le corps de Link, cette malice qui avait modifié sa personnalité ces derniers jours, celle qui était responsable de sa révolte face au roi d'Hyrule. La corruption s'en était allée d'elle-même… Le corps du blond était devenu « un endroit invivable pour le Fléau » comme l'avait bien expliqué Impa. Zelda fut subjuguée par cette scène, le savoir libre de toute noirceur lui donna un large sourire. Tout était enfin fini, à ce niveau-là.
Ils restèrent là, au beau milieu de l'immense salle de bal, et ne lâchèrent pas. Link avait séché ses pleurs, un silence reposant prit les devants. Zelda, quant à elle, n'avait jamais ressenti autant de bonheur en si peu de temps. Cet instant lui rappelait les paroles que sa mère lui avait transmises.
Laissez parler votre instinct. Et votre cœur.
Ce jour-là, j'étais heureuse. Juste heureuse.
Oui… Dorénavant, elle aurait une idée bien plus précise de la direction à prendre afin d'éveiller son pouvoir. Peut-être que Link… était la clé de sa réussite ? Zelda balaya ces pensées de son esprit, il n'était pas l'heure de songer à la méditation.
Les deux jeunes Hyliens firent durer leur étreinte de longues minutes, jusqu'à en oublier le temps qui passait. Et les mots n'étant plus de mise, ils n'avaient plus besoin de prononcer quoi que ce soit pour se comprendre et savoir que tous deux éprouvaient la même chose pour l'autre. Leurs yeux parlaient à la place de leurs lèvres, et ils disaient : « je t'aime ».
