Chapitre Deuxième

Les vies retrouvées


« Dans cette famille, je naquis.

Ma mission donnée, je devais retranscrire

Les paroles de ma Mère Divine.

Ma sœur pêcheresse tomberas dans les bras du châtiment

La paria rejoindra son amant

Quand la fin arrivera.

Mais avant cela

Racontons l'histoire. » – Carnet Divin, page 14


Vingt-et-une année auparavant, Duscae

« Mater, Pater.

A ces cauchemars dont on ne parle pas, je rends hommage.

Mater, Pater. »

Les dîners étaient un mélange de tant de sentiments. Chaque famille donnait une impression différente à chaque repas du soir. Les enfants mangeaient quelque fois dans leurs chambres, tandis que les parents préféraient le jeu du cannibalisme charnel a d'autre. On sautait régulièrement le déjeuner, à profit des réunions. Les enfants pouvaient montrer plusieurs émotions lors de ces moments : le blasement à l'idée de devoir discuter, l'enthousiasme de se remplir la pense, la colère d'avoir été couper dans une activité, par laquelle ils se rendaient infidèles à la nourriture, et la tristesse. Les familles dysfonctionnelles, quant à elles, finissaient par faire pleurer les progénitures, trop accablées par les problèmes.

– Tu es incompétente Narya. Une incapable.

La Malheureuse fit partie des accablés.

Quant à certaines de ces familles, elles avaient décidément plus d'une émotion. Aussi violente et imprévisible que les tornades. Mais tous les êtres vivants sont des tornades.

Tous.

– Père… Je…

– Sérieusement, ton entre-jambe a été trop ruiner pour être en mesure de garder un enfant ? Le trou ne se referme pas ?

L'Orgueilleuse s'étouffa.

Narya baissa la tête en posant ses deux mains sur son ventre, encore souffrante des douleurs qu'elle avait ressentie en perdant ce qui aurait pu être son troisième enfant. La douleur de parler de lui au passé, aussi forte que la douleur physique de la poche de liquide amniotique en train de se briser. Le sol de sa chambre qui avait encore été nettoyer, alors que les nouveaux tapis décoratifs venaient d'être posés.

Les larmes menaçaient de faire leur apparition, mais elle les retenait de toutes ses forces grâce au peu d'égo qui lui restait. Christopher bu son vin d'une traite, sa pomme d'Adam ressortant au rythme que le liquide bordeaux coulait en travers de sa trachée, le père fit tomber de sa boisson sur la nappe bleutée de la table, créant une couleur violette profonde grâce aux mélanges des teintes.

– Pyra ! hurla-t-il.

Cette bonne femme n'avait pourtant rien fait. Son ton de voix laissait imaginer que c'était elle, qui avait fait tomber la boisson sur le meuble. La domestique s'avança timidement en faisant attention de ne même pas frôler ou jeter un regard au « maître de maison ». Tout simplement parce que Christopher se considérait comme plus haut que ce qu'il était, depuis qu'il était revenu. Toutefois, nul n'avait besoin de préciser que c'était grâce à la matriarche qu'il était présent.

Madame, pourquoi nous avoir infligé ceci ! se mit à penser la jeune femme. Elle qui avait toujours été sensible – même de trop –, des larmes se mirent à jaillir de ses belles pupilles de vert qui contrastaient avec la pièce. Pièce où le lustre n'était même pas allumé. N'y avait-il que les bougies pour bénir l'endroit d'une couleur chaude que l'on appelle « orange ». Une vague tromperie chromatique entre le jaune et rouge. Le jaune avait trompé le bleu avec le rouge, ayant donné naissance à l'orange, rendu beaucoup plus populaire que le pauvre vert.

Courant, mais souvent délaissé. Pyra pris doucement dans ses mains le torchon gorgé de la boisson semblable à l'hémoglobine, et essora ce dernier dans une bassine posée au sol. Ses genoux fébriles et tremblotants contre le sol du tapis trop rêche pour sa peau sensible. Elle sentait le regard d'Ella sur elle, qui ne le pouvait pas ? Elle était bien connue pour être l'Orgueilleuse et pour savoir plus de chose qu'elle ne laissait en paraître.

Et elle avait entendu ses cris.

Ses cris qui hurlaient le prénom du patriarche. Quand seule, Ella n'était pas conviée aux réunions du roi Régis. Quand seule, Ella se plaignait des traces de cyprine et de sperme au sol de cette table. Quand elle trouvait le corps de cette pauvre Pyra, encore tremblotante d'avoir presque vue Eos, la jupe qui remontait légèrement sur ses cuisses fines, pas très rondes, preuve qu'elle ne mangeait pas autant qu'elle le souhaiterait. Quand Ella avait demandé si ce qu'elle faisait avec le patriarche était volontaire, elle répondait que non. La rousse se doutait pourtant bien que ce fût la seule raison pour laquelle elle n'était pas dehors.

Pourtant, il s'agissait là du plus grand mensonge qu'elle avait pu inventer. Pyra était une menteuse. Une grande et bonne menteuse. C'était pour ça qu'elle avait survécu dans ce monde de chien, de toute façon. N'importe qui la connaissant véritablement aurait pu le confirmer. Si elle s'était faite acceptée dans ce domaine, c'était bien grâce à un mensonge.

– Je m'appelle « Pyra Ovidus », j'ai toujours vécu dans la pauvreté, j'ai été séquestrée par mes frères et violée par un de mes cousins. Je suis tombée enceinte et j'ai perdu mon bébé. On m'a dit de venir à cet endroit, j'ai fait beaucoup de marche pour venir ici, pas de véhicule, juste par ma volonté. Je serais honorée de travailler ici, au sein d'une famille unie.

Mensonge. Elle s'appelait Verania Eonus. Elle avait été riche, une famille de la concurrence. Mais ça, personne ne le savait. Hormis elle. Tout simplement parce qu'elle était l'enfant du milieu, personne ne parlait d'elle, personne ne s'occupait d'elle et c'était sûrement pour ces raisons qu'elle était ce qu'elle était. Quand elle senti les yeux lourds de son patron, elle réprima le pêché que se mettait à commettre son entrejambe.

Pour sûr que sous peu, elle mettrait la couronne invisible de Reah pour une trentaine de minutes seulement, si ce n'est une heure grand maximum. Il la priverait de nourriture, s'il l'entendait penser qu'il était « incompétent » à tenir ce qui devait être pour lui, peu de temps. Avec de la pitié – et toute l'affection qu'il avait pour ce trou. – il l'arroserait d'eau de temps en temps, juste pour pouvoir profiter encore un peu de quelque chose qu'il n'avait plus aussi souvent qu'il le souhaiterait. Sous simple prétexte que, Reah ne voulait plus d'enfant.

Dire que dans les murs de ce manoir, l'on disait qu'elle était amoureuse du Roi.

Une honte pour le géniteur. Mais ça, personne ne devait le savoir. Si cela se savait, cela coulerait la famille, la lignée, l'héritage ainsi que toute la prestance entre ces murs fermés au public. Peut-être qu'après leur mort, cela deviendrait un lieu touristique que l'on prétendrait « hanté » à cause de son histoire, et de feu ses habitantes. A vrai dire ici, la présence masculine était à un pourcentage si petit que l'on ne parlait… Que de femme. Ce fut par la suite le regard de la Messagère qui s'abattit sur elle. Les domestiques du Domaine n'avaient même pas le droit de lever les yeux sur elle et de la regarder, ordre du patriarche.

Parce qu'elle était Divine, parfaite, impossible de la souillée et les yeux communs des mortels n'étaient pas digne de son image dorée par son rôle et sa réputation. Quand elle se releva, elle fit attention de baisser sa jupe et de garder son sceau et le plateau en main, incapable de jeter un coup d'œil au buffet succulent et onéreux qu'il y avait sur la table.

« Mater Pater

Mater Pater

Mater Pater

Mater Pater…

Est non solum pulchra omnia ? » –


Le matin du départ

Elle sentie une main dans ses longs cheveux noirs, la main de l'homme. Ses doigts effilés passaient sans cesse à la verticale et à l'horizontale sur le couteau aiguisé qu'elle tenait entre ses fines mains. Un silence de mort était tout aussi présent que l'odeur de cadavre présent dans le tombeau. Des traces de sang séché en traînées sur le sol décoraient le carrelage, le sien. Elle le sentait. C'était horrible, c'était insoutenable. L'odeur ne partait pas, comme si elle était toujours là, allongée sur ce « lit » entouré de roses rouges et noires dont les pétales tombaient encore. Le « couffin » possédait un contour creux où l'on pouvait y déposer des fleurs, mais à croire que les teintes des pétales carmin avaient déteints sur le blanc du matelas de plume et de coton. Quelques cheveux de jais qui avaient abandonnés son crâne s'étaient égarés sur l'oreiller qui portait encore la trace de sa tête allongée pendant des années dans la pénombre.

– Partons, dit-elle sûre d'elle-même.

Tandis que l'ombre du Chaos emboîtait le pas en replaçant son chapeau correctement sur sa tête, prenant soin de, calmement mais avec force et dureté, de faire acte de présence avec ses chaussures. Cela sonnait comme une note d'orgue encore plus grave qu'à l'accoutumé. Il en fit de même pour fermer les portes du tombeau, où, écris en ancien Lucisien, l'on pouvait lire « La Première ». Lui seul pouvait le lire, vieux comme il était. Elle, elle ne s'était jamais vraiment exercée à le retenir, pour ce que ça servait. Il passa devant elle pour rejoindre la voiture rouge qui lui servait de véhicule pour passer incognito dans le pays sans que l'on se dise « Niflheim nous envahie, une attaque est lancée. ». Un silence régnait, un silence pesant réchauffé sous les rayons du soleil qui brûlait, sans blesser, la peau des montagnes hivernales de la Pêcheresse. L'insultant presque d'être aussi blanche.

– J'eût l'ouïe dire que le prince chétif avait entamé son voyage.

Oh, des mots.

– Pourquoi est-il chétif, ce prince ?

Il lâcha un petit rire en coin, celui que l'on tentait de cacher en classe quand un camarade avait fait, ou dit une bêtise qui lui entacherait sa réputation pour quelques secondes. Quelques minutes tout au plus. Nyra se refrogna dans son siège en lâchant un petit soupir d'exaspération en réprimant un sourire en coin. Sourire que la vision d'angle d'Ardyn n'avait pourtant pas louper le moins du monde. C'était jouissif.

– Il est chétif, car il n'est en rien un prince, et il doit encore apprendre à être Roi.

– S'il n'est en rien un prince, alors, comment peut-il apprendre à être Roi.

Une bonne question. Toutefois, elle était rhétorique. Il le savait, car la voix de Nyra partait plus aigüe quand elle en posait une.

– L'Empereur Aldercapt a demandé que nous arrangions un contrat d'entente entre l'Empire et le Lucis, afin d'épargner des glaives. Des braves soldats si l'on ne compte pas qu'ils ne soient pas capables de se battre sans la magie du Roi. Nous y allons aujourd'hui. Le temps de te ramener à Niflheim et de leur expliquer qui est-tu, dit-en mimant ses gestes.

Mais elle le connaissait.

– N'essaie pas de me mentir, pas à moi.

Oh, il savait qu'il ne pouvait pas, pas avec elle. Il démarra le moteur, et le fit grogner à plusieurs reprises, faisant rire l'Impavidus d'une façon bien trop sombre. Bien trop sombre pour le ciel si bleu qui régnait sur Duscae en ce moment même. Elle entra dans le véhicule sans demander son reste. Elle ouvrit la boîte à gang où se trouvait diverses affaires : faux papiers d'identités, un badge de l'empire, quelques gils, des stylos, un carnet de note, un désinfectant pour les mains, un paquet de mouchoir, une eau de Cologne, une chemise noire pas repassée et froisser par le temps, bien que pliée.

Une photo d'une enfant aux longs cheveux violets-rouge, et aux yeux bleus iridescent qui brillait encore plus que le soleil qu'il y avait derrière elle. La petite ne semblait pas avoir vu qu'on la prenait en photo. Ce visage, elle le connaissait, elle le connaissait même que trop bien. Ses petites mains fines d'enfant de huit ans tenaient un petit sac qu'elle jugeait contenir des livres d'études, son manteau noir était attaché autour de son corps pour l'emmitoufler, alors que des restes de neige trainaient par ci par là sur la route. Nyra souriait, elle l'avait toujours sus, en vie, même quand elle était dans l'Au-Delà.

Parce qu'il le lui avait promis quand elle était mourante, qu'elle sentait le sang s'échapper de son corps à un rythme beaucoup moins paisible que la respiration de leur douce enfant assoupie. Si paradoxal.

– Quel âge as-t-elle maintenant… ? demanda-t-elle à voix basse.

Il se mit à prendre une expression distordue, mélange de dégoût et à la fois, de paternité. Sûrement.

– Dix-sept ans, et elle en aura dix-huit dans peu de temps, prononça Ardyn en une poussée vocale qui contenait plus d'émotion qu'il ne l'avait voulu. Si l'on ne comptait pas la petite touche de désespoir qui animait sa voix.

Nyra ne souligna rien cependant. Se contentant de sourire. Elle ne pouvait pas nier que cela lui faisait bizarre. Une étrange sensation de chaleur brûlante au milieu du cœur, et en même temps, le froid glacial de ne pas s'être trouver assez convaincante en tant que mère. C'était sûrement ce qu'il ressentait aussi, mais bon, ça… Il ne le dirait jamais. C'était Ardyn. Ardyn ne disait rien, Ardyn montrait, Ardyn sous-entendais, Ardyn blaguait, Ardyn ironisait, mais Ardyn ne disait rien. Même avec elle, la jeune femme avait juste appris à le décrypter au fur et à mesure des années.

S'il ne l'avait pas voulu, il l'aurait tout simplement quitté ou rejeté jusqu'à ce qu'elle abandonne. Elle reposa la photo qu'elle avait continué de scruter, essayer de remarquer chaque détail qui pouvait possiblement l'aider à connaître un peu mieux sa fille unique. La voiture était assez voyante quand on y prenait attention, excentrique, colorée, remarquable, propre comme un sou, et avec une classe assez grande.

La vieille odeur du sent bon en forme de chocobo, laissait échapper une légère senteur acidulée. Le citron. Pas de doute, c'était celle d'Ardyn.

– Quand est-ce que je la reverrai ?

Il lâcha un petit sourire, typique de sa part.

– Sous-peu. Pour tout dire, je lui ai promis qu'elle aurait une jolie surprise. Elle n'a pas demandé plus, mais il y a eu cette petite étincelle qui indiquait qu'elle semblait… Plutôt contente.

– Comment est-elle ?

Oh, tu es bien curieuse, Nyra.

– Que veux-tu que je dise ? C'est une bonne gamine, il n'y a aucune raison de se plaindre.

– C'est tout ? Rien de plus ?

– Je n'ai jamais été bon pour décrire les choses, tu le sais bien.

Mais personne ne peut te blâmer.

– Oh, et par moment elle a ses petites cri-… Aie ! dit-il faussement en recevant un coup bien placé à l'épaule.

Il fit une mine légèrement vexée et indignée de s'être fait frapper, mimant comme s'il allait pleurer. Un rire franc s'échappa d'entre ses lèvres. Tout n'était qu'affaire de déchiffrement. Il leva une main hors du volant et attrapa son chapeau – alors encore sur sa tête – et le déposa sur la tête de la noiraude qui soupira.

– Les deux mains sur le volant. Izunia.

– J'ai deux-mille ans, je sais conduire.

Elle lâcha un rire beaucoup plus dégagé avec un soupçon de moquerie. Juste une pincette.

– Deux-mille ans. Que tu es vieux.

– Parle pour toi ! Je m'efforce de le prendre pour un compliment, dit-il en prenant une mine ironiquement boudeuse.

Cette fois-ci, Nyra ne ria pas. Touchant les rebords du chapeau qu'elle avait sur sa tête quelques secondes auparavant. Il était doux, de cuir d'hundun teint de noir, et la plume d'un pénnépée. Pauvres bêtes. Tout ça pour un chapeau. Cependant, c'était le chapeau d'Ardyn. Le chapeau du Chancelier. Quand on voyait la plume de son chapeau, on entendait les éclats des talons de ses bottes, les plis de son manteau ou quand bien juste son odeur. Celle de l'amande amère de son parfum, avec un soupçon d'eau de Cologne qui cachait un chouilla une autre senteur de léger renfermé. Sûrement du fait d'avoir été séquestré. Personne ne pouvait le blâmer, deux-mille ans, c'était long. Depuis que Verstael l'avait retrouvé dans sa prison, et que l'on l'avait forcé à faire des choses qu'il ne désirait pas, Ardyn n'était pas un monstre. Même s'il se décrivait comme tel intérieurement. Et même dans le cas où il le serait, Nyra savait bien qu'elle ne pouvait pas le haïr. Adagium ne lui allait pas, cela ne lui ressemblait pas.

Elle soupira.

Ardyn, c'était mieux, bien mieux.

Ardyn, c'était lui.

Adagium, ce n'était pas ce qu'il était, juste ce que les autres voulaient qu'ils soient.

– Si j'avais su, j'aurai nettoyé ce vieux chapeau.

– Je te défends de faire ça.

Patrem et Matrem.


Leide

Il haïssait Ignis…

Et Cid.

Noctis regarda ses mains, ses gants lasseraient ses mains. La chasse avait été fructueuse, et les gils qu'ils avaient recolletés… Avaient été fructueux. La Regalia était actuellement entre les mains de Cindy, et rien ne semblait vraiment perturbé le travail acharné de la mécanicienne. Il s'était, alors, posé par terre. Ça le fatiguait déjà, et il n'y avait que lui que cela ennuyait. Ignis s'était gentiment posé dans le restaurant de la station balnéaire, Gladio se reposait à lire, assis sur la chaise près de la table de la caravane, et Prompto… Prompto admirait Cindy. Rien de plus. Comme un bien heureux. Cela faisait déjà plusieurs heures que la jeune femme travaillait sur la voiture royale, et le prince essayait de ne pas se plaindre.

Il n'avait pas plus envie de se faire frapper par Gladio que ça. Il en avait assez d'avoir des bleus et des courbatures au dos, à force de sentir sa main s'abattre dans le creux de ce dernier. Noctis voulait repartir, mais il ne pouvait pas. Cela le frustrait beaucoup. Il devait rejoindre Galdina au plus vite, et sans la Regalia, le trajet durerait des heures. Il ne s'imaginait pas marcher des heures sous le soleil tapant de Leide.

Ça, non.

– Je crois que j'ai terminé ! Vous venez ? cria la mécanicienne.

Par Eos, c'était un miracle !

Accourant vers le véhicule, Noctis se pencha vers la voiture pour regarder. La jeune femme avait repassé un coup de peinture, en plus des réparations. Elle semblait flambant-neuve, et le royal adorait cela. Son père ne lui hurlerait pas dessus quand il reviendrait… Enfin, avec Lunafreya, pensa-t-il. Marié à Lunafreya… Il secoua la tête mentalement. Non. Il ne devait pas se mettre une quelconque pression. Cela ne servirait à rien. Préférant le silence à quelconque son évoquant la joie, Noctis se dirigea vers Cindy en lui faisant une poignée de main beaucoup trop formelle par rapport à leur amitié. La peau de la jeune femme était douce, et une légère odeur d'herbe fraiche se distinguait de celle du cambouis dont elle était souvent enduite. Cela avait pris une bonne partie de la journée, et le Prince ressentait une certaine fatigue. Il fallait avouer que depuis ses préparatifs, il n'avait pas, vraiment relâché son stress, d'une quelconque façon.

– C'est un long voyage mon garçon, alors tâche d'être digne de ton père ! cria Cid d'un air sérieux.

– Grand-père, je pense qu'il sait ce qu'il a à faire…

– J'en n'ai rien à faire ! J'suis fatigué des Nifs et de leurs bases qui envahissent nos terres ! Alors débarrasse-nous de ces saloperies, et plus vite que ça ! Aller, du nerf ! continua la personne âgée en pointant la Regalia de son index.

– Oui, oui, ça va… Mais quand même, il faudra que tu ailles voir mon père un jour Cid, ça fait longtemps. J'arrive pas à comprendre votre hache de guerre.

Le grisé se mit à ricaner.

– Mais j'en n'ai pas envie. Il n'a pas besoin de moi, que j'sache. Aller, maintenant dégage !

Noctis savait que derrière ces airs stricts, le grand-parent de Cindy se voulait juste bienveillant. Gladiolus fit un sourire depuis sa position, et les deux autres hommes restants se redirigèrent vers la voiture, tandis qu'Ignis se mit à prendre le volant. Ils firent un aurevoir au garage d'un signe de la main. Ça allait être long, et il valait mieux essayer d'arriver à Galdina avant que la nuit ne tombe. Il n'avait pas vraiment l'envie de combattre, et s'il devait avouer quelque chose, c'était bien qu'il n'avait pas envie de satisfaire Cid sur ses propos au sujet de son retard… Oh, ça, non.

Cela lui ferait bien trop plaisir. Ce fut avec un signe de main que le Quator reprit la route, ne préférant pas perdre de temps. Plus vite il passerait l'alliance à son doigt, plus vite il aurait sauvé son peuple de plus de massacre. Parce qu'il savait que l'extérieur d'Insomnia était bien plus fragile que n'importe quelle partie d'Eos… Et c'était la majorité du continent gouverné par Régis.

Les contrées désertiques de Leide changeaient drastiquement de la vie Citadine à l'Est, mais il n'était pas sans apprécier ce dépaysement qui lui laissait voir plus de paysage qu'il ne l'avait fait en vingt-et-un an. Il fallait dire que son cerveau n'avait conservé que très peu de souvenir de Tenebrae, bien que récemment, ils eurent refait surface en beauté. Ses réveils à la goutte de sueur perlant sur son front, ne le laissait jamais indifférent. Mais, malgré ça, il avait décidé de s'accorder au souhait de son père. Régis était vieux, et fatigué.

C'était un homme brave qui avait toujours tout fait pour être un bon père envers lui. Il ne pourrait jamais le nier. Bien que Clarus, son parrain, l'avait toujours surnommé « le prince fainéant » pour sa nonchalance et sa façon de prendre les choses à la légère. Il fallait dire qu'il n'était pas comme Gladiolus, élevé dans l'optique de servir. Le Roi l'avait toujours éduqué pour être serviable, être une bonne personne, mais il n'avait jamais pu renier le fait que Noctis devait être aussi le servi.

– A quoi tu penses, Noct ? demanda Prompto.

Il se retourna.

– Moi ? Oh, rien. Juste à mon… Mariage.

– C'est vrai que cela doit être étrange de savoir que l'on va se marier, ajouta Ignis.

– Ça reste à la belle Lunafreya, c'est pas rien, continua Gladiolus d'un air mélodramatique.

Le rouge monta aux joues de Noctis.

– Eh, un peu de respect pour elle !

Gladiolus se mit à rire bruyamment, Il aimait gentiment froisser Noctis.


La Base Impériale de Duscae n'était pas établie depuis si longtemps que cela.

Depuis les attaques dans Leide, c'était celle qui séparait le côté Nord-Est de la région à l'Ouest.

Hara n'avait rien dit quand était arrivée sur le lieu de rencontre. Elle s'était arrêtée à la base, et cherchait désespérément à savoir où s'orienter. Le trajet n'avait pas été très long, et elle admettait ouvertement qu'elle s'était ennuyée en achevant ce dernier. Elle n'avait pas dormi longtemps à l'arrière du véhicule qui l'avait conduite ici, elle était tombée sur quelques monstres à éliminer, mais jamais rien de bien méchant.

Le brave homme l'avait remercié, et il l'avait décrite comme « une chasseuse à très grand potentiel ». C'était vrai que la bordeaux pouvait être chasseuse, mais elle ne pouvait pas rentrer à Meldacio comme ça. On ne la connaissait pas encore très bien hors de l'Empire, mais elle ne se voyait pas donner ses coordonnées et encore moins ses antécédents familiaux. Ils étaient liés d'assez près à la famille royale, et Hara ne voulait pas confronter quelconques gardes des Glaives. Les quelques-uns qui patrouillaient à l'extérieur, ne l'attirait pas vraiment.

– Mademoiselle, c'est dangereux, la base impériale.

– Ne vous en faites pas, j'en ai vaincu des plus grands que ça, et surtout des plus gros, avait-elle répondu.

Et malgré sa réticence, l'homme l'avait laissé partir de son carrosse de fortune. L'héritière d'Ardyn faisait les quatre cent pas. Où était son père ?! Il prenait trop de temps, et Hara n'aimait pas que l'on prenne trop de temps. Ce n'était pas son genre de pester, mais elle devait bien avouer que le Chancelier était tout sauf un cadeau. Il n'était pas très ponctuel, soulignant souvent « qu'il avait le temps ». Mais pas tout le monde disposait du relâcher de cet homme. Pas tout le monde se fichait des conséquences de ses actes, et pas tout le monde ne s'arrêtait pas à une seule pensée. Celles de sa fille était plus ou moins une boucle sans fin. Elle n'était pas du tout le type à rester sur une pensée, puis s'arrêter-là. Hara était la description typique du ruminement humain.

Une femme qui ne se stoppait pas dans l'écriture invisible des scénarios mélodramatiques de son cerveau. Une série Z à deux gils, pensa-t-elle. Le ciel devenait lentement jaune-orange à cause du soleil qui se couchait, le bleu se décolorait, et elle discernait même quelques vieilles teintes de rose cassé dans ses couleurs. Izunia n'avait pas vraiment envie de se battre contre des Daemons, oh non.

– Mais où tu es…, continua-t-elle de geindre.

– Derrière-toi, et si tu ne tournais pas le dos à la sortie principale, peut-être que tu m'aurais vu arriver, cingla une voix profonde derrière-elle.

L'imposante carrure, l'odeur acidulée, le chapeau, non, ce n'était pas un imposteur ni une de ses illusions. C'était bien lui. A ses côtés, il y avait une femme. Une femme habillée d'un pantalon à taille haute noir, d'un haut à manches longues et jabot haut bleu nuit, de bottines, et d'une veste mi-longues à col haut aussi. Elle lui arrivait au creux des genoux. Ses longs cheveux étaient une rivière de jais jusqu'en bas de son dos, sa peau était d'un blanc pur et ses lèvres rosées.

Ce qui était le plus impressionnant, c'était les pupilles claires qu'elle semblait arborer… Presque exactement pareille aux siennes. C'est une très belle femme, pensa-t-elle. Elle l'avait déjà vu quelque part, c'était certain. Hara savait qu'Ardyn faisait exprès de marcher aussi lentement pour ajouter du drame non-nécessaire à la scène, de rendre ça plus… Dramatique. Plus lui. Et cela énervait également Nyra qui se contentait de marcher juste, du moins elle essayait de s'en convaincre, par timidité. L'Impavidus ne savait pas vraiment comment aborder ça. Comment faisait-on des retrouvailles avec son enfant ? Surtout une que l'on n'avait pas vu pendant dix-sept ans ? Elle souffla intérieurement. Son cœur battait la chamade, et elle savait que sa démarche était fébrile comparé à celle de la personne qu'elle aimait. Il était bien plus grand qu'elle, mais elle était aussi grande qu'Hara. Sûrement la même taille d'ailleurs. Bien qu'elle ne sût pas comment l'on prenait en main ce genre de moment délicat, elle était subjuguée par l'apparence de sa fille. La dernière fois qu'elle l'avait vu, ce n'était qu'un bébé.

– Tu n'as pas l'air si surprise, je suis presque déçu, commença Ardyn.

Hara secoua la tête, se ramenant à la réalité.

– Je crois que je n'arrive juste pas vraiment à comprendre… Nous sommes proches d'Insomnia, je croyais que nous allions discuter d-…

D'un regard, son géniteur lui fit comprendre qu'elle ne devait pas poursuivre.

–… De nos intérêts par rapport au mariage du Prince Noctis, se rattrapa-t-elle.

Mais Nyra n'était pas dupe. Elle savait bien que la visite du Niflheim n'était certainement pas une de courtoisie. Les Nifs n'étaient pas très connus pour faire dans la charité.

Désormais en face d'elle, l'homme et la femme se contentèrent de la regarder. Ardyn dû baisser les yeux, tandis que la noiraude n'eût qu'à plonger son regard dans le sien. Hara ne savait pas ce qu'elle devait ressentir, et elle ne réalisait vraiment pas ce qui se passait. Qu'était ce genre de surprise ? Certainement pas celle à laquelle elle aurait pu s'attendre. Ce n'était pas comme elle se le serait imaginé : embrassades, accolades… Non. Mais ce n'était peut-être pas plus mal. Celle qui était devenue la Matriarche n'était pas de ceux qui montraient ouvertement de l'affection. Elle n'était pas surnommée « la Rose des Glaces » pour rien. Le Chancelier s'écarta des deux femmes pour les laisser face à face, il ne savait pas vraiment comment il devait agir aussi. Il avait toujours imaginé cette scène… Mais la voir arriver, c'était autre chose. Il n'avait pas pensé qu'il verrait cela de sitôt, mais pourtant, c'était le cas. Écartant ses bras pour pointer les personnes de chacune d'entre elles, Izunia fit une révérence face aux deux personnes. Comme pour les présentées l'une à l'autre dans un discours empli de silence. Cependant, il se racla tout de même la gorge, décidant d'éclaircir de lui-même la situation.

– Hara, je te présente ta mère, Nyra Impavidus.


– On n'est bientôt arrivés ? pesta Prompto

– Non, la nuit va tomber, nous devrions nous reposer, de plus, nous allons manquer d'essence, suggéra Ignis. Noct, tu vois ça comment ?

– Ça va, y'a une station-service, non ? J'reprendrais le volant de nuit, une fois qu'on se sera reposer un peu.

Gladiolus sorti la carte, la déployant.

– Ouais, avec un hôtel même. Ce sera toujours mieux que la caravane.

Appuyant sur le champignon, Ignis fit tout ce qu'il put pour avancer au maximum jusqu'à la station. Les quelques monstres rencontrés et soldats de l'Empire qui avaient tentés de les retarder, n'avaient pas fait long feu. Cependant, ils les avaient retardés, et le soleil semblait vouloir se coucher à une vitesse affolante. Depuis quelques jours, Gladiolus avait remarqué que le jour ne durait moins de temps, et la nuit semblait bien plus longue. Les Insomniens ne le remarquaient pas à cause des buildings et de la présence de la Citadelle. Les gens de la ville moderne avaient pour habitude de travailler, rentrer chez eux, et de terminé leur journée là. Les volets se fermaient, les couettes se retrouvaient emprisonnées autour d'un corps humain, et la télé laissait diffuser les dernières informations de la Guerre contre l'Empire.

Quelque chose qui occupait tous les esprits. Des fois, le bouclier du roi se demandait s'il y avait un véritable espoir. Quand son père lui avait parlé du grand voyage prévu pour Noctis, Gladiolus s'était empressé de se préparer psychologiquement. Il devait tout laissé. Son père, sa mère, sa sœur, ses cousins, sa vie… C'était effrayant. Il n'avait que vingt-trois ans, on n'avait pas idée de partir si loin à un peu plus de vingt-ans. Mais c'était le désir du roi, et celui de son père.

Alors, il l'avait fait.

Bien qu'il eût du respect pour le Seigneur Régis, Gladiolus trouvait absurde d'avoir été légèrement laxiste sur l'éducation de Noctis. Certes, le garçon n'avait plus de mère, il avait été entouré de beaucoup de domestique, et beaucoup d'entre elles avaient exercé le rôle de mère de substitution. Ce n'était pas une raison. Personne n'était arrivé au niveau d'Aulea.

Le brun se souvenait de la seule fois où il l'avait vu. Elle était de taille moyenne, des cheveux sombres réunis en un chignon très épais, un costume tailleur ou bien une longue cape et robe à la couleur de la lune ornée d'onyx. Régis avait toujours été très fier de sa femme, et ce n'était qu'à l'école que la langue d'Ignis s'était déliée quant à leurs disputes qui s'étaient transformées en quelque chose de fréquent. Jusqu'au décès subit de cette dernière, cependant. La Citadelle était devenue fort silencieuse après.

– Gladio, tu ne viens pas ? demanda Prompto, la tête penchée sur le côté.

Le géant sorti de sa torpeur.

– Hein ? Pourquoi ?

– Ben… On n'est arrivés.

Il tourna la tête autour de lui, et vit la station-service, ainsi que l'hôtel. Sortant de la voiture, il resta quelques secondes à observer son environnement. Ignis s'était dévoué pour faire le plein, Prompto avait, a priori, décidé d'aller prendre leur chambre d'hôtel juste après l'avoir sorti de ses pensées, et Noctis s'était fixé pour objectif d'aller commander des frites de fast-food pour le repas. Ça va ravir Ignis, tient…, pensa-t-il. Levant les yeux au ciel, les quelques étoiles déjà présentes laissaient présager une nuit claire, et un lendemain tout aussi céruléen que le précédent. Tant mieux, il n'était pas spécialement amoureux des torrents de pluie, et encore moins de l'orage. C'était un homme qui avait toujours voulu faire du camping, et ce voyage allait enfin lui en donner l'occasion !

Le Prince était ressorti avec un ticket qu'il s'était empressé de montrer au cuisinier, et ce dernier s'était empressé de replacer ses lunettes comme pour se contrôler.

C'était vrai que l'Insomnien n'aimait pas spécialement ce qui était gras, et encore moins ce qui était industrielle. C'était bien pour ça que la nourriture qu'ingérait Noctis, avait toujours été du fait maison à quatre-vingt-cinq pourcents des cas. Lui non plus n'aimait pas vraiment ça, mais vu le nombre d'heures qu'il courrait à la rosée du matin, ce n'était pas bien grave.

– Eh les gars ! Ce soir c'est burger et frites ! hurla presque le royal d'un air plus qu'enjoué.

– Malheureusement…, grogna son homme de main.


–… Je croyais qu'elle était morte, continua-t-elle.

– Elle l'étais.

– C'est quelle illusion de ta part, Ardyn ?

Elle refusait d'y croire.

Ils avaient passés environ vingt-minutes dans le silence.

Et Ardyn, avait été pris au dépourvu. Il se serait attendu à une réaction bien plus… Symbolique. Mais non. Elle tenait ça de lui. Il avait oublié quelques minutes qu'elle n'allait quasiment jamais dans les extrêmes avec lui. Sa fille ne s'exprimait que peu d'émotion face à ce qu'il lui montrait, parce qu'elle s'était conditionnée ainsi pour ne pas souffrir plus que de raison. Et le Chancelier n'avait pas tort. Hara ne bougeait pas, elle n'avait même pas esquissé un geste de main vers sa main, pas un sourire, pas un regard bienveillant. Ses pupilles bleues étaient devenus glaces.

Déjà dans leur couleur, mais également dans la façon dont elle fixait sa génitrice. Quant à Nyra, elle s'avouait fascinée par la façon dont l'héritière des Impavidus se comportait. Elle avait repris plusieurs traits de caractère propre à eux, mais elle n'arrivait pas à trouver la réponse de pourquoi agissait-t-elle ainsi. Elle-même était froide, mais la glace savait être réchauffée par qui elle avait donné sa confiance.

La confiance.

Oui, c'était ça. Hara ne faisait pas confiance à Ardyn. Pas autant qu'elle le voudrait.

– Il n'y a aucune illusion.

– Et depuis quand tu peux ramener les morts à la vie ?

– Je pensais que ça te ferait plus plaisir, dit-il en faisant une mine faussement déprimée.

Hara leva les yeux au ciel, fixant les vies stellaires.

– Répondez, Chancelier.

Ardyn leva les yeux et tiqua, Nyra comprit alors ce qu'il avait entendu par « petite crise ». Hara n'était pas naïve. Et elle savait que son père n'avait certainement pas insuffler de son immortalité à sa mère.

– Nous allons l'emmener au Niflheim. Suivant ça, nous partirons à Insomnia. J'ai déjà signalé qu'une personne particulière se rendrait auprès de l'Empire.

– Les Impavidus étaient connus pour être du côté du roi, elle se tourna vers sa mère. Es-tu toujours du côté de Régis ?

– Je…, Nyra marqua un temps de pause. Je ne peux pas encore le savoir.

Agacé par les questions de sa fille, Ardyn se dirigea d'un geste brusque vers une des tablettes de contrôle afin d'appeler un vaisseau. Ils prendraient sa voiture en même temps. Hara continuait de fixer la Matriarche d'un air suspicieux. Non, elle ne voulait pas y croire. Ça faisait bien trop longtemps que sa mère avait disparue, pour y croire. Nyra ne savait pas non plus quoi faire, cela semblait bien trop… Éphémère. Bien trop incroyable, indescriptible. Quelque chose ne fonctionnait pas dans cette équation. Sa réalité était bien trop sombre. Pourquoi autant de lumière dans sa vie, alors qu'elle avait passée toute cette dernière entre quatre murs d'un immense manoir ?

Ce n'était pas logique. C'était trop beau, d'une teinte trop… Claire pour elle. Sa famille était maudite, sa maison était maudite, son clan entier était maudit, tous avaient goûter au malheur au moins une fois. Pourquoi serait-elle heureuse ? Cela n'avait aucun sens. Aucun. Le premier vaisseau qui passait au-dessus d'eux, s'arrêta. L'air dégagé par ce dernier fit s'envoler leurs cheveux, tandis qu'Ardyn maintenait son chapeau sur sa tête. La voiture était déjà dedans, et la démarche légèrement boîtant du supérieur était ouvertement exagérée pour lui donner une plus grande… Présence. Une plus grande immensité qui était déjà adjacente.

Il n'était pas fatigué, mais il savait qu'il était fatiguant.

Et cela faisait bien la différence, parce que toutes les personnes autour de lui étaient souvent prises d'un drainage d'énergie. Parce qu'il était épuisant, terriblement épuisant. Et ça… Nyra le savait. La noiraude faisait partie de ses rares exceptions où elle pouvait dire qu'elle avait assez apprivoiser Ardyn, pour ne plus être victime de sa négativité. Toutefois, elle ne savait toujours pas se protéger de la sienne. C'était l'un des derniers obstacles qui l'empêchait d'évoluer en tant que femme. En tant que personne, et en tant qu'être humain.

– Nous arriverons dans quelques heures, veuillez-vous asseoir, mesdames, dit le bordeaux en faisant une courbette à sa compagne et sa fille.