Chapitre Cinquième

Ceux qui manipulent la Mort


« C'est ainsi,

Vous avez décidé de nous torturer,

D'assombrir notre réputation déjà si ternie pour

Accomplir la volonté des Très-Haut

Mère Divine

Aurons-nous un jour une justice ? » – Carnet Divin, page 220.


Des centaines d'années auparavant, ère ancienne

Reah fixa le nourrisson dans son berceau, elle semblait dormir paisiblement. Antebellum était calme cette nuit-là. L'enfant avait été présentée, mais personne ne pouvait empêcher le destin funeste de son troisième enfant, celle qui règlerait une bonne fois pour toute la dette qu'elle avait. La femme aux cheveux sombres regrettait ses décisions. Si elle n'avait pas accepté, rien de tout cela ne serait arrivé. Mais on s'en serait pris à ses autres enfants, également. La femme baissa la tête. Elle se sentait faible, fatiguée. Nyra et Ella l'aidaient au maximum, et elle redoutait impitoyablement le moment où on lui prendrait sa fille. Elle avait essayé de ne pas trop s'attacher, essayer de ne pas l'aimer… Mais rien n'y avait fait. Reah était une mère, et elle aimait chacun de ses enfants avec un amour inconditionnel. Elle s'en voulait, atrocement. Le feu crépitait dans la cheminée, et elle sentait son périnée qui lui faisait encore légèrement mal. Dans sa position assise. Elle savait que ce n'était pas bon de rester ainsi, mais elle ne pouvait pas se permettre de perdre une seule seconde.

– Maman ? entendit-elle.

Se retournant, elle vit Nyra au pas de sa porte. Sa première fille avait un visage tiré, fatiguée, le chignon noir qu'elle portait d'habitude si serré, avait fini par se relâcher à force de bouger. Elle voyait le nœud du ruban s'être défait à force, et être mollement retombé sur ses fines et petites épaules. Reah l'avait toujours trouvé fragile. Il fallait dire qu'elle était plutôt athlétique comparé à Nyra. Du haut de son mètre soixante-quinze, la Matriarche regardait toujours ses enfants en détail. Elle n'avait pas manqué le grain de beauté sur la clavicule de Nyra, tout autant que la nouvelle largeur de son bassin quand elle avait atteint l'âge adulte. Ce n'était pas un trait très commun dans la famille, les Impavidus étaient toutes des personnes athlétiques, et la Première dérogeait un peu à cette règle. Elle était plus petite qu'elle, un mètre soixante-huit, ses hanches larges à une extrémité qui frôlait l'indécence, contrastaient avec sa poitrine de taille estimable – bien différente de la sienne, qui était faible – et ses larges cuisses. Son cou fin, tout autant que ses mains de pianiste et de peintre, effilées et délicates, trahissait la finesse de la partie supérieure de son corps. Sa mâchoire, définie comme la lame affutée d'un couteau, laissait penser qu'elle pouvait rapidement être cassée si l'on se mettait à la saisir. La Rose des Glaces était la fierté de ses deux parents, et Eos savait combien Christopher parlait de sa fille ainée comme d'une des Sept Merveilles du Monde. Oui, Nyra était incroyablement différente de tout ce qu'ils avaient toujours connus. Eos elle-même l'avait imaginé d'une façon très précise.

Mais Reah tiqua, Nyra ne semblait pas aller bien. Et si Nyra n'allait pas bien, alors elle non plus. Et cela influencerait tout le Domaine d'Antebellum.

– Tu as l'air fatiguée, continua la musicienne.

– Je pourrai te dire la même chose mon enfant, que se passe-t-il ? Ton teint est pâle, tes joues ont perdu de leur roseur.

– Le sujet n'est pas à moi, maman.

– Quelle mère veut que toute l'intention soit braquée sur elle ?

Ta tante Filith, ne pus-t-elle s'empêcher de penser.

Père ne fait que de marmonner qu'il est tombé chez des démons. Il a changé depuis qu'il est revenu de chez les morts, elle soupira. Pour dire vrai, j'ai quelques peu des regrets concernant son retour parmi nous, maman. Si je dois être honnête avec toi.

– Ella m'as dit ça aussi, mais elle n'a pas eu ton tact.

Nyra baissa la tête, ses mèches rebelles tombant sur son front blanc.

– Ella n'a jamais de tact.

Reah pris sa petite Lyra dans ses bras, avant de s'allonger sur son lit, admirant ses joues rondes et d'une couleur aubépine. Elle aussi, elle allait être belle. Elle le sentait. Dans ses tripes. Cependant, la Matriarche ne pouvait pas s'empêcher de se sentir triste face à l'expression détendue de sa troisième fille. Elle ne se doutait de rien, dans son paisible sommeil. Armée de pas de loup, Nyra s'approcha, resserrant sa robe de chambre autour de sa taille fine. S'asseyant à côté de sa mère, elle observa le poupon qui tenait l'index de sa mère avec ferveur. La Première trouvait ça cruelle, et elle voulait s'en aller. Partir loin de tout ce malheur qui l'encerclait. Elle n'était pas en Enfer, elle n'était pas chez les Démons, mais son chez elle devenait noir. Elle se sentait dépendante, et si l'on connaissait bien Nyra, on savait parfaitement qu'elle n'aimait pas être rattachée à quelque chose où elle serait totalement impuissante. La femme ne voulait pas être coincée ici jusqu'à sa mort, non. Elle ne voulait pas de ce destin que l'on avait dessiné pour elle.

– Pourquoi tu l'as appelée Lyra ?

Reah sourit.

– Parce qu'il s'agit de mon instrument préféré, mon enfant. Quand j'étais petite, quand ma mère ne sous enseignait pas l'art de l'épée, ou bien les littératures, elle jouait de la lyre. Je m'endormais toujours dans les bras de ton grand-père, quand il était là. Les jours où il revenait des champs de bataille, c'était toujours une soirée consacrée à la lyre, au coin du feu. Ryna était encore une petite fille, Filith était encore plus jeune, et Katherine respirait ses toutes premières inspirations. Je n'avais que cinq ans, mais j'étais si heureuse. Je m'en souviens comme si c'était hier.

– Grand-mère jouais de la Lyre, oui. Elle m'avait promis qu'elle m'apprendrait à en jouer, un jour. Mais vous m'avez offert un piano avant. J'avais sept ans.

Sa mère ricana de nouveau.

– Elle m'avait disputé pour ça, elle voulait t'offrir une de ses lyres.

Se relevant au son d'une calèche, Nyra se précipita silencieusement vers la fenêtre. Son expression changea du tout au tout, en posant ses doigts sur la vitre. Le portail s'ouvrit, et la Première sut que sa nuit allait être mouvementée…

– Ne dis rien mon enfant, je sais, dit tristement Reah.

Vint ceux qui manipulent la Mort.

« Mortem Obire »


Présent

La chambre était désormais vide, mais les couloirs de ce sombre antre caché dans les îles de Galahad, restaient remplis par des sons de pas diverses. Des pas d'hommes, un avec une longue chevelure auburn, et trois autres, noirs comme le vide. Personne ne connaissait la localisation de cet endroit, personne. Les Royaux n'avaient jamais réussis à les débusquer, parce que personne n'avait jamais pensé au fait que cette demeure était une passerelle entre le monde des morts et le monde des vivants. Il n'était pas visible de ces derniers, hormis par un mariage, car un contrat se trouvait scellé. C'était ainsi qu'il avait toujours pu se cacher. Pas uniquement lui, mais aussi son père, sa mère avant, et toute sa Maison. Il n'y aurait que la nuit du Combat Final, que ce manoir se montrerait. Cette horrible prison qui cachait bien des mœurs, bien des péchés et des erreurs. Ce qui meurt ne signifiait pas parti, ici. Tout revenait. Il entendait des âmes hurler, supplier, certaines voulaient se venger, et lui… Lui il était la passerelle vers une des portes de l'Apocalypse. Il la contrôlait, mais s'il était désireux de se venger du Lucis… Il ne voulait pas la fin de cette allégeance, de cette admiration que lui offrait les humains les plus perfides. Les plus égoïstes.

Le ciel était sombre, le soleil était caché par des nuages de pluie, et peu appréciait ce temps. Lui, il s'agissait de son préféré. La négativité dégagée par cette race inférieure, lui donnait toujours plus de pouvoir. Pour dire vrai, il ne savait pas pourquoi les Dieux lui avaient donnés un aussi grand cadeau, pourquoi sa famille avait été bénie d'un tel don. Mais il s'y habituerait. En toute son existence d'immortel, le surhomme ne connaissait… Même pas le tiers de son réel potentiel.

– Vous connaissez votre mission, dit-il de sa voie grave. Un imposteur va monter sur le trône du Lucis. La famille à qui vous êtes liées corps et âmes. Nous devons l'éliminer pour que le véritable souverain puisse retourner à sa place.

Dubitative, celle plus à gauche se mit à scruter le dos large et imposant de leur hébergeur.

– Pour assurer le bien de cette mission, les Papillons du Premier Cercle vous surveillerons. Savez-vous d'où viennent ces insectes ?

Aucun son ne sorti de leurs bouches.

– Cela semble ne vous intéresser que très peu, gentes dames.

La deuxième plus âgée, agacée, le rattrapa avant de poser sa main sur son épaule. Elle était bien plus grande que la troisième, et plus petite que son aînée. Mais elle lui arrivait un peu plus haut que l'épaule. Son regard était strict, fermé, et Sine fut déçu de son agressivité silencieuse. La fourrure qui entourait ses épaules d'une talle parfaitement coordonnées à celles de ses hanches, encerclait son cou. Cela la réchauffait considérablement contre le froid constant de la demeure. Elle connaissait ces couloirs, et elle n'était pas naïve. Quelque chose la chiffonnait, et elle n'appréciait pas, ne pas savoir. Elle le savait menteur quand ça l'arrangeait, manipulateur, vexant, horripilant. Ni âme ni conscience, il ne faisait que ce qui lui chantait, quand ça le chantait. Le serrement dans son estomac n'était pas dû à de l'angoisse, mais bien une colère silencieuse qui ne se tarissait pas. Jamais elle ne s'était éteinte, même dans la mort. Elle en avait faite, des prières pour conjurer les Dieux de l'abattre, elle avait enlacé Regis pour le remercier, chose qu'elle n'avait jamais pu faire à cause de sa possessivité maladive. Cette jalousie qui piquait à chaque fois qu'elle s'approchait de quelqu'un d'autre que lui, ses propres sœurs étaient considérées comme des menaces.

Et elle avait pleuré, de tout son saoul. Elle avait pleuré avec les plus grandes plaintes de son âme, le désespoir qu'elle avait ressenti derrière un mur d'indifférence qui avait laissé penser qu'elle n'en avait plus grand-chose à faire. Des bêtises, elle était consternée, scandalisée, et elle ne comprenait pas Eos et sa volonté de laisser exister ces pourritures. Ils n'étaient que des monstres qui jouaient de leur éternité, d'horripilantes créatures derrière une apparence qui était similaire au mot « magnifique ». Mais leur âme, leur essence, tout était mort. Mort, mais vivant, car mort ne signifie pas parti. Pas ici. La deuxième plus âgée le savait, elle avait connu ça toute sa vie, et quand elle avait vu la mort… Elle n'avait pas ressenti quelconque libération. Non. Elle y voyait là une continuité dans la boucle constante de sa vie. Le malheur.

– Où es Nyra ?

– Nyra ? Oh…, il étendit ses bras. Pour être tout à fait honnête, je ne sais même pas comment elle va. Je l'ai laissé partir comme une biche dans la nature. Ce n'est pas celle qui m'importe le plus, tu sais.

– Répond à ma question. Sine.

– Je ne sais pas où se trouve Nyra, la dernière fois que j'ai connu sa position, ce fut dans son tombeau… Juste avant que je l'eusse ramenée.

La Stratège senti un rire sarcastique s'échapper d'entre ses lèvres.

– Je ne tuerais pas le Prince Noctis.

Le Nécromancien s'approcha d'elle, et posa sa main sur son épaule. La plus juvénile des trois, fit une expression de dégoût, tandis que la deuxième eut une qui représentait de l'agacement. Mais d'une façon bien plus discrète. La Beauté ne se cachait même pas, à défaut de l'Orgueilleuse. Les yeux d'or de Sine tombèrent dans la glace de Lyra, dans un combat mental qui tournait à l'orage. L'ambiance autour d'eux semblait irréelle, le feu des bougies qui donnait un air tamisé, dansa au rythme des mouvements de leurs pupilles. La Troisième n'était pas de celles qui luttaient toujours, contre le malheur, elle avait appris que le lâcher prise était par moment, le seul moyen de s'en sortir. Là où elle maudissait l'homme auquel elle faisait face, la noiraude commença lentement à considérer ces évènements comme une… Seconde chance. Sine sourit sardoniquement, elle avait toujours adoré l'agacer, réussir à susciter des mauvais sentiments en lui. Aller contre sa volonté.

Et Lyra vit refaire surface un désir qu'elle eut longtemps oublié.

Elle voulait qu'il disparaisse.

– N'oublie pas que c'est moi, le marionnettiste…

Vous ne tenez qu'à un fil…


Hammerhead était triste, le ciel pleurait, et Noctis était affalé par terre. Le garage avait été fermé pour l'occasion, et Cid se sentait désemparé. Il avait eu une dent contre Regis, mais jamais il n'avait voulu sa mort. Et dans son cœur d'homme vieux, il était abattu. Jamais il n'aurait pensé se retrouver dans cette situation-là. Il avait essayé de s'habituer à la guerre, il avait tenté d'accepter l'éventualité que son ami pouvait mourir, mais jamais il n'avait songé à ce qu'il ne s'en aille ainsi. Maintenant, il devait s'occuper de son fils endeuillé, et Cid avouait volontiers qu'il n'aimait pas cette expression sur son visage. Les joues de Noctis étaient gonflées, légèrement marquées par les traces des larmes silencieuses que le Prince eut versé sur le trajet. Ses cheveux noirs étaient ébouriffés, et il avait perdu cette bonne humeur que son teint laissait tout de même dégager. Il fixait le vide. Qu'est-ce qu'il pouvait bien penser ? Contre lui, le vieil homme se sentait coupable de n'avoir pas été là. Aurait-il pu sauver Regis ? Serait-il mort avec lui ? Cid secoua la tête, non. Il n'aurait pas eu le droit de mourir, et son ami ne l'aurait jamais laisser mourir.

Le gris se mit à regretter de n'être pas venu enterrer sa hache de guerre avec le Souverain. Est-ce qu'il lui en avait voulu ? Cid ne savait pas, il ne le saurait jamais. Lui, il continuerait de vivre avec ses regrets. Regis… Oh, il ne savait pas. Il ne savait plus.

– Ton père était un grand homme.

– Il est mort, Cid.

Noctis baissa la tête.

– IL EST MORT, CID ! Mon père est mort…

Pris de court, le mécanicien jeta un regard au Bouclier, mais ce dernier ne sut quoi faire également.

– Je sais, Noctis. Je sais. Mais il n'est pas mort en vain.

– Plus de Crystal, mon père est mort, Luna aussi…

C'est là que le grand-père de Cindy comprit.

Le Prince avait besoin d'hurler sa rage, il avait besoin de l'exprimer. Il était anéanti, le cœur du prince était vide. Il avait l'impression d'avoir tout perdu dans un monde où la Lune se levait de plus en plus vite. Toutes les calomnies, les catastrophes, les malheurs… Noctis était parti. Loin. Et pour une des premières fois de sa vie, il ne voulait pas qu'on vienne le chercher. Il voulait se perdre dans les méandres du noir, et s'il osait le penser, rejoindre sa famille et Lunafreya. Les mains sur ses genoux, fléchis, il ne voyait pas les regards inquiets de ses amis.

Il sembla réfléchir quelques secondes.

– J'veux voir, annonça-t-il.

– Voir quoi, Noct ? demanda Ignis.

– Insomnia. Je veux savoir combien je vais devoir faire souffrir Niflheim pour que ça puisse compenser ne serait-ce qu'un tier de ce qu'ils ont infligés à mon peuple…

Prompto regarda Ignis, avant de se tourner vers Gladio, qui lui pivota vers Cindy, qui finit le tour en fixant son grand-père. Personne n'était dupe. Le prince était tombé de haut, et dans son égo et son deuil, il ne laisserait pas passer ça. Plutôt mourir que de s'avouer vaincu face à ceux qui avaient détruit tout ce qu'il avait toujours connu. Ils avaient tué Sylva, Regis, Lunafreya, Clarus, Alphonse, Monica… Et tant d'autres. Comment les Dieux ont-ils pu laisser faire ça. Mais le Caelum n'obtint aucune réponse, les Dieux avaient pour habitude de faire perdurer un silence sans fin. Dans un macabre orchestre. Cid sembla se diriger vers une boite, qu'il posa au pied du noiraud aux yeux océans, ouvrant ce dernier devant lui. Il tendit un cadre vers le jeune homme en pointant deux compagnons d'arme sur ce dernier. Noctis le regarda, interloqué.

– Il était tête brûlée, ton père. Mais il voulait s'entourer de gens abruptes, parce qu'il savait qu'il avait besoin d'être redressé. Lui non plus, il ne savait pas comment faire. Mais il essayait. Il voulait être un bon roi qui protègerais son peuple contre tout. Il n'avait peur de rien, et il était effronté. Quand Cor et moi étions en désaccord avec lui…, il marqua un temps de pause. On ne se parlait pas pendant des jours, et au final, c'était lui qui revenait toujours nous voir. Il s'excusait. Et un jour, parce que je n'ai pas pu supporter l'une de ses décisions, alors que c'était la meilleure… Je suis parti. C'était les attaques de Leide, et j'étais endeuillé parce que j'avais perdu mon fils et ma belle-fille. J'ai récupéré Cindy, et je n'ai plus jamais reparlé à ton père. Pourtant, il continuait de financer une partie du garage, quand j'étais pauvre, endetté, et avec une petite-fille à élever.

Le vieil homme souffla.

– C'était un homme bon. Et je suis certain que de là où il est, il est fier de toi, Noctis. Alors sois à la hauteur, et lève la tête ! Pour lui. Pas pour ton titre, pas pour les autres, mais pour ton père. Parce que c'est lui et ta mère qui ont cru en toi dès ta naissance. Ils ont placé tout leur amour, leur espoir, leur envie de persévérer, en un seul p'tit gars.

Cindy s'avança timidement, réunissant ses forces pour élever sa voix.

– J'vais aller remplir la Regalia.

– Tu veux combien ? demanda Prompto en commençant à fouiller sa sacoche de gils.

– Arrête, je ne vais pas vous faire payer en plus…

Noctis prit la photo entre ses mains, et ne put que rester fixer que sur le visage de son paternel.

Je vais te venger.


Au même moment

– On ne va pas le faire, hein ? Dites-moi qu'on ne va pas le faire, ce serait tout ruiner des années millénaires depuis la guerre menée par Sir Gilgamesh et le Mystiq-…

– Tais-toi, Haerys, ordonna Ella.

– Non je ne me tairais pas ! Je refuse de faire du mal à la Famille Royale et son entourage. Je suis Haerys Impavidus, pas un imposteur, Ella !

La Deuxième se tourna vers elle, d'un geste vif. Les yeux d'Ella ne faisaient pas peur à Haerys, malgré leur manque d'iris. On l'appelait « l'Aveugle » pour ça. Mais Ella était très loin de cela, c'était même une des seules qui apercevait bien mieux les choses.

– Ce n'est pas pour ça que je le dis. Abrutie. Tais-toi juste, et fais-nous un cadeau, veux-tu.

– Vous vous taisez, toutes les deux. Je ne veux pas entendre un mot de vos bouches, et encore moins si on doit rester ensemble. Suis-je claire ?

– Pour qui tu te prends, Lyra ? C'est moi la plus âgée.

– Non. La plus âgée, c'est Nyra. Alors tu restes à ta place. On est égales. Sinon rien. Tu t'en vas si ça ne te convient pas.

Vexée, l'Orgueilleuse ne sut quoi dire. Personne n'était dans la tête d'Ella pour savoir ce qu'elle pensait. Mais peut-être était-ce parce qu'elle n'autorisait personne à le faire. Elle s'avança. Elle ne savait pas vraiment quoi faire. Sa tête tournait encore, et elle aurait pu jurer qu'elle ressentait toujours la pression de l'oreiller contre l'arrière de son crâne. C'était une douleur sourde que l'Impavidus ne saurait pas taire. Lyra pivota sa tête vers plusieurs directions en regardant les papillons volés autour d'elles. Ceux-là n'étaient pas vraiment des monstres morbides, malgré leurs noms, mais bien des insectes assez « normaux ». Malgré leur luminescence qui les distinguaient bien, elle se savait sur écoute, et par extension… Dans l'incapacité d'exprimer ce qu'elle ne disait pas.

« A year like this passes so strangely

Somewhere between sorrow and bliss. »