Chapitre Huitième

Antebellum


« Quand les Dirigeants se battront entre eux pour dominer,

Le peuple devra se défendre pour gagner contre les ténèbres,

Et croire en l'arrivée du Sauveur, le Roi de la Lumière.

C'est ainsi que commencera le début de la fin de l'Ancien Monde, créant une toute nouvelle ère où la paix et l'amour règneront, après des décennies de noir et de souffrance.

Divine, gardez en paix les pauvres âmes innocentes,

Tandis qu'elles ne sont qu'impuissantes devant le Vilain, la Calamité a scellée.

La guerre entre humains se terminera l'année de l'éveil du Prince,

Dix ans s'écouleront dans le noir, le soleil n'illuminera plus le cœur de l'Innocent,

Mais n'ayez crainte jeunes gens,

Car le Roi de la Lumière reviendra bientôt. »Carnet Céleste, page 463.


Devant le portail, Hara fixait l'immense demeure qui se présentait à elle. Le portail était fermé, mais elle savait qu'en posant sa main sur les barres de fer, elle n'aurait aucun mal à le traverser. Bien caché, ce domaine plongé dans les profondeurs de Duscae, s'étendant jusqu'au bord de la falaise, lui disait de s'aventurer entre les murs d'Antebellum.

Il fallait dire que, ce qu'on lui avait demandé de rapporter, avait une importance capitale.

Bien dissimulé derrière son imposante forêt, Antebellum se montrait maîtresse. Quatre étage, une tour, et une ambiance forteresse impénétrable. Quelque chose se dégageait de cet endroit. Au-delà des natures et du bruit des vagues qu'on entendait légèrement frapper contre la roche en contre-bas, Hara se disait qu'elle ne serait pas étonnée de voir une personne la scrutée.

Bien heureusement pour elle, ce ne fut pas le cas. Antebellum était aussi silencieux et vide qu'un cimetière. Poussant de toutes ses forces la grille, un grincement lui fit mal à la tête, mais elle ne s'en occupa guère. Ses pieds trainèrent sur le chemin de pierre, et un sentiment étrangement familier, la traversa.

Elle s'y sentait la bienvenue, et à la fois pas.

La pierre n'avait pas bougée, et les lierres sur les murs cassaient le côté gris et monotone, les jardins n'étaient plus très bien entretenus, mais les regards ne tombaient pas immédiatement sur les tas de feuilles mortes. Honnêtement, c'était bien la dernière chose dont quelqu'un s'occuperait s'il devait investir l'immense manoir.

C'était bien trop grand pour elle, bien trop riche. Cela ne ressemblait pas à cette vie de sang et de chasse à laquelle elle était habituée. Loin de là. La lumière du porche était encore allumée, et clignotait deux fois toutes les deux secondes, signe qu'une présence avait habité les lieux il n'y a pas longtemps.

Sur ses réserves, Izunia tourna la poignet en pensant d'abord qu'elle ne s'ouvrirait pas, mais étrangement, ce ne fut pas le cas. Le hall d'entrée était sombre, et une ambiance macabre investissait les lieux d'une force incomparable à ce qu'elle avait toujours connu. Si elle n'était pas seule, elle aurait jurer entendre un son provenant d'un piano dans une pièce au loin, et la propreté de la bâtisse n'avait rien à envier à d'autres bâtiments.

Tout était blanc comme un sou neuf, pas une poussière. Comment ? C'était bien la question qu'elle se posait. On lui avait toujours dit que les Impavidus étaient figés dans le temps, mais était-ce également le cas de leur domaine ? Hara se plaisait à se dire que oui, c'était le cas. Mais était-ce peut-être parce qu'elle ne trouvait pas d'autres explications à ses découvertes. Un sentiment familier l'envahi encore une fois, et des vagues flashs de son enfance lui revinrent. Oui, elle avait connu cet endroit. Pendant peu de temps, mais cela avait été le cas.

Bienvenue, fille des Damnés…

Ici gît l'histoire de ta famille,

Seulement, tu n'es point là pour instaurer la Juste paix.

– Qui es-là ? Montrez-vous, dit-elle en sortant une de ses armes.

Ne t'attarde point sur moi,

Je suis là, mais je suis partout,

Autour de vous tous,

Que cela soit à votre droite, à votre gauche ; derrière; dessous; devant; ou encore au-dessus de vous.

– Je vais remplir ma mission si vous me laissez passer, je n'ai pas le temps de jouer avec vous, continua-t-elle. Personne ne jouit d'un tel pouvoir, sauf un Dieu.

Qui a dit que je t'en empêcherais, fille des Damnés ?

Continue, ce n'est que ta destinée.


Un peu plus tard

– Où est mon enfant ?

– Je ne sais pas.

– Je répète Haut-Commandant, où est mon enfant ?

Il était désemparé.

Ravus ne savait pas quoi faire. Cela faisait déjà une bonne quinzaine de minute que Nyra Impavidus tentait désespérément de savoir où se trouvait sa tant aimée petite fille, et pour autant, le Nox Fleuret se sentait coupable de ne pas pouvoir accéder à sa requête.
Il ne vendrait pas la mèche, il avait promis à Hara qu'il ne dirait rien à personne. Peu importe que ladite personne sois sa mère ou encore son père. Il n'avait pas vu Ardyn depuis des jours, et pourtant, Ravus se demandait si c'était une bonne ou une mauvaise nouvelle.

– Et moi, Dame Impavidus, je vous répète que j'en sais rien. Avec tout le respect que je vous dois, l'Empereur Aldercapt ne me garde pas au courant des faits et gestes de tout le monde. Bien au contraire.

– Bien, je vois que vous n'êtes pas prêt à coopérer.

– Mad-…

Elle leva les yeux au ciel en les roulant.

– Arrêtez, je n'ai peut-être plus mes pouvoirs, mais je sais encore reconnaître un menteur quand j'en vois un. En plus de vous mentir à vous-même, vous mentez envers le monde qui vous entoure. Vous n'avez aucune morale.

Good mooorning ! Alors, qui n'a pas de moral ? entendirent-ils.

Ravus se mordit la joue : c'était le bouquet. De sa démarche si théâtrale, Ardyn s'approchait lentement mais sûrement d'eux. Comme un félin. Ravus n'avait aucune idée de ce qu'était réellement leur relation, il fallait dire qu'il ne visualisait pas Ardyn en train d'aimer quelqu'un, et encore moins une Impavidus, si proche de la famille royale du Lucis.

Cet homme s'entourait de mystère, décidément.

Izunia, en revanche, ne voyait pas ça comme une situation de crise. Non. En réalité, ça l'amusait. Il y avait fort longtemps qu'il n'avait pas vu Nyra aussi émoustillée, et il ne se demandait pas réellement où se trouvait Hara. Oui, il avait totalement entendu le contenu de la conversation. Toutefois, il se demandait si oui ou non on lui dirait la vérité.

Il ne serait pas étonné qu'on ne le fasse pas.

Il avait pour habitude que l'on lui mente. S'approchant jusqu'à atteindre leur position, il se cala juste derrière Nyra, la surplombant d'une tête voir quasiment deux. Il appréciait de faire cela, car les gens se rendaient vraiment compte de combien il était… Grand. Très grand.

– Le Haut-Commandant Ravus Nox Fleuret, qui supervise la faction d'Hara, ne sait pas où se trouverait-elle, expliqua Nyra. Est-ce que tu sais quelque chose ?

– Ca ne m'étonnerait pas qu'elle fasse dodo sagement dans un coin, elle a tendance à disparaître quand il y a trop de… Nuisance.

Ravus leva discrètement les yeux au ciel, ce que Nyra ne manqua pas de remarquer.

– Par la Déesse Nyx, Ardyn ! s'exclama Nyra. Qu'est-ce que ça te coûterait de t'inquiéter une minute pour ta fille ?

– Euh… Mon poste, répondit-il en arquant un sourcil en mimant une expression dramatique. Je ne sais pas si tu n'en est rendu compte en plus de deux cents ans que tu existes, mais c'est la guerre.

Plus de 200 ans, Nyra était donc si vieille… ? Nox Fleuret secoua la tête mentalement, il avait autre chose à penser.

Tournant les talons d'un geste de frustration, Nyra s'aventura dans les couloirs sans jeter un regard aux hommes derrière-elle. Si Ravus disait la vérité (elle était sûre du contraire), elle ne savait pas où chercher. Une fois éloignée, elle se posa au bord d'une fenêtre en se mettant à penser. Où pouvait-elle bien être ? Jusqu'à nouvel ordre, elle n'était pas allé à Insomnia (et elle doutait fortement qu'elle avait hérité de la capacité de dédoublement de son père), et encore moins partie lutter contre les groupes de résistants.

La raison ? Elle l'avait entre-aperçue hier, et elle s'était évaporée si vite, qu'elle n'avait même pas eu le temps de lui parler.

Sursautant à la sensation d'une main dans son dos, Nyra se retourna soudainement, une traînée de plasma noire commençant à couler de ses doigts.

– Chère Nyra, si elle n'est pas là et que ni lui ni moi ne peuvent connaître sa position, alors c'est qu'elle a reçu un ordre de quelqu'un de bien plus haut que nous.

Elle croisa ses bras sous sa poitrine, l'ectoplasma noir s'effaçant de ses mains rapidement. Ardyn ne dit rien en voyant cela, si c'était arrivé, c'était purement et simplement à cause de lui. Il l'avait pourrit de l'intérieur en se liant à elle, et encore plus depuis qu'elle avait porté Hara.

Même si c'était mince, Nyra était devenu ce croisement entre un humain et un daemon. Elle ne se transformait pas, mais cette capacité qu'elle avait gagné, ne laissait plané aucun doute. C'était un de leur nombreux petit secret.

– Tu ne vas pas chercher, si j'ai bien compris ? demanda Nyra. Tu décides encore de poignarder les seules personnes qui t'apprécient et t'aiment pour ce que tu es, encore une fois ? Tu n'en a pas marre de toujours répéter le même schéma ?

Le regard d'Ardyn changea, Nyra s'était aventurer un peu trop loin dans ses paroles, mais cette façon qu'elle avait de soutenir son regard. Elle le défiait, elle ne résignait pas. C'était en ça, qu'elle avait gagné son respect. Nyra n'abdiquais devant rien ni personne.

– Tais-toi…

– C'est bien toi, toujours à vouloir taire des vérités quand elles ne vont pas dans ton sens. Grandit un peu, tu n'as plus vingt-ans.

L'odeur de pourriture cadavérique dégagée par Ardyn se faisait plus forte, signe que son apparence initiale se dégradait petit à petit, mais la femme ne cligna pas des yeux. Non, elle avait l'habitude. Quitte à repartir dans l'autre monde, elle en avait trop vu et vécu pour en avoir peur. L'ambiance dans l'air était électrique, et l'orage menaçait de gronder sur toute la base.

Il était rare qu'ils se prennent la tête, surtout parce que les deux n'avaient ni l'énergie, ni le temps de perdre du temps à se concentrer sur des broutilles. Mais là, la valeur du sujet de discussion était sans limite.

Nyra commençait à émettre des doutes.

Est-ce qu'il les aimait vraiment ? Ou n'était-ce là qu'une couverture ? Feu l'époque où son père se comportait encore comme tel, il aurait traversé tout Eos pour retrouver Nyra et Ella. Tout comme Mors s'était battu pour Régis, ou bien le dernier Roi pour son petit garçon.

Comme s'il lisait dans ses pensées, Ardyn eut un sourire en coin, un rictus qu'elle ne connaissait que trop bien. Son mètre quatre-vingt-dix créait une ombre au-dessus d'eux, exagérée par le contrejour de la pièce. La femme était étonnée que personne n'ait encore entendu leur discussion. Ou encore, que nul ne soit intervenu.

– Toi aussi, tu m'abandonnes ? demanda-t-il. Tu doutes de moi ? C'est un trait chez vous, les gens liés aux Lucis ? Vous tournez le dos quand on devient une nuisance ?

– Non. Arrête-toi immédiatement.

– Tu me ressembles beaucoup, de trop, même.

C'était ce qu'il lui avait dit, quand ils s'étaient rencontrés.

Mon frère, regarde, tu n'es que seul. Tu es né et mourra seul.

Tu as condamné une pauvre femme et jeune fille à la rédemption éternelle, à la malédiction.

Combien devront périr avant que tu ne sois satisfait ?

– Tais-toi ! dit-il en se tenant la tête. Tais-toi, tais-toi, tais-toi ! Je te détruirais même dans l'alter-monde, je réduirais chacun d'entre vous en cendre, je vous réduirais en poussière toi et ta lignée !

Bien qu'elle sut que ce n'était pas contre elle, Nyra recula d'un pas. La façon dont il s'était mis à attraper sa propre tête et à se boucher les oreilles, l'étonna. Son visage était noir, ses yeux tout autant et sa peau décolorée ne laissait aucun doute sur son état. Déglutissant, la femme calma sa colère en inspirant de la plus grande bouffée d'air dont elle pouvait faire preuve.

Regarde, tu lui fais peur.

Est-ce dont à cela que tu inspires ? Tu n'es pas mieux que mon descendant, indolent et freluquet. Tu reflètes tes défauts en les autres, car tu n'assumes plus qui tu es.

– Laisse-moi tranquille, retourne d'où tu viens… Somnus !

Soudain, elle compris.

Les hallucinations avaient reprises.

S'approchant à pas de loup de lui, Nyra posa sa main blanche sur son épaule et l'attira contre elle. Que lui disait-il ? Que disait Somnus ? Ne cherchant pas à comprendre plus que le nécessaire, Nyra releva son visage et le força à le regarder. L'air bestial qu'il arborait, il ne lui faisait pas peur non plus.

De sa part, rien ne l'effrayait. Bien que son cœur battait la chamade, Nyra resta ainsi, dans le silence. Une froide expression sur son visage. La Rose des Glaces ne tiqua pas.

– Oublions, dit-elle.

Le laissant s'affaler sur son épaule, Ardyn ne répondit pas. Est-ce que Somnus aurait raison une nouvelle fois ?

Nyra n'avait pas fuie, et jamais ne l'avait-elle fait en tant d'années qu'ils se connaissaient.


Galahd

– C'est bien trop drôle, ricana-t-il.

Bougeant ses doigts où une poupée de Somnus pendait, Sine posa son menton au creux de sa main, ça l'amusait profondément. Il fallait dire qu'Ardyn lui avait plus ou moins donner du fil à retordre durant ces années de préparation. De la machination, de la souffrance, des morts, et il y était enfin arrivé. Cela n'avait pas été de tout repos, et toute personne connaissant Sine à cette période, aurait été en mesure de confirmer.

– Moi, tu ne pourras pas me rouler, Adagium.

La vengeance se mangeait froide, et il ferait déguster chacune de ses victimes. Sine Mortis n'avait pas forcément quelque chose contre Nyra Impavidus, mais ce qu'il aimait, c'était faire payer le manque de respect de tiers envers sa personne. C'était une chose qu'il détestait au plus haut point. Mais s'il devait qualifier une autre qu'il haïssait, ce serait les gens qui avaient tout ce qu'ils voulaient, alors que lui, non.

Oh, il avait honoré son marché. Il ne comptait pas se désister, loin de lui cette idée.

– Tu te penses tout permit… Alors que tu n'es rien. Jusqu'où penseras-tu être intouchable ?

Ses yeux brillèrent d'un violet intense, avant de les refermer.


Antebellum

Elle avait cette sale sensation que les murs la scrutaient. Elle n'aimait pas ça. Les papiers peints et les moulures au plafond la mettaient légèrement mal à l'aise, mais ce qui la tuait e l'intérieur, c'était le raisonnement de ses pas dans la bâtisse. Si le son survenait à peine une seconde trop tard, à contrario Hara avait peur d'être suivie, si le son survenait tout de suite, alors elle se sentait affreusement seule.

C'était immense, y avait-elle réellement vécue ? Hara avait quelques vagues souvenirs, mais jamais rien de bien précis. S'il y avait bien une personne dont elle ne se souvenait pas, c'était bien son père.

– Ce que c'est… Sombre, pensa-t-elle.

Les vents hurlants tapaient contre les vitres, et le coup de tonnerre qu'elle venait d'entendre, ne rendait pas l'endroit plus amical. C'était même exactement l'inverse. Les éclairs qui passaient les vitres, éclairaient vaguement son chemin et la lampe qu'elle tenait dans sa main, ne faisait pas forcément un meilleur travail.

Elle s'était perdue dans les cuisines, la salle à manger, et une autre remplie de statues mythologique taillées dans le marbre. Hara s'était également attelée dans une salle qui ressemblait trait pour trait à un bureau. Celui de la Matriarche, si elle ne se trompait pas.

Dans cette pièce aux murs qu'elle devinait clairs, Hara y avait trouvé des documents ; contrats ; lettres, et plans de plusieurs structures typiquement Insomnienne, cachées en Eos et la capitale du Lucis. La bordeaux rajouterait de l'huile sur le feu, mais c'était son travail, et ce n'était pas facile. Au fond de ce même couloir, la salle de lecture dominait. Sombre, le papier peint d'une couleur aubergine qu'elle trouvait désuète, même si les légères touches dorées apportaient un air bien plus royal.

Plus haut, au première étage, l'agencement des pièces était encore différent. Elle devina très rapidement que les espaces personnels commençaient à se dessiner. Elle était tombée sur la chambre de la douce Haerys ; la brutale Ella ; et la malheureuse Narya. Des chambres aristocrates, tout ce qu'il y avait de plus… Riche.

Hara n'avait trouvé aucun document intéressant, si ce n'est quelques échanges entre un employé du Lucis, et Haerys. Comparé au rez-de-chaussée, elle témoigna de l'absence de portes sur certaines cloisons, pourtant pas assez épaisse pour déclarer qu'il n'y avait pas de pièce derrière. Ce fut fort étrange, pour autant, on lui avait dit de ne rien détruire.

Puis elle avait monté d'encore un étage. L'escalier n'était pas positionné au même endroit, comparé au premier qui se trouvait au plus bas, dans la pièce centrale, celui-ci se trouvait dans l'aile droite. Là, elle avait trouvé la chambre de Lei, encore un bébé à l'époque du Génocide des Six. Aucune ne lui était attribuée à elle, et il fallait dire que ça la vexait.

Dans l'aile gauche, la chambre de sa mère. Cela avait provoqué un étrange sentiment à Hara. Peut-être était-ce la présence de son berceau qui semblait figé dans le temps, ou encore le fait que, comparé aux autres pièces, il y avait eu du mouvement ici. Izunia ne demanda pas son reste, elle assumait plus ou moins qu'Ardyn était passé par ici avec sa mère. Les teintes bleue royale ressortaient affreusement mal dans la pénombre d'Antebellum, et l'orage n'arrangeait rien.

Il y avait quelque chose de mystique ici. Quelque chose de perturbant. Elle ne doutait nullement de sa spécialité.

Pourtant, dans cette chambre, elle y trouva une lettre. Un échange dont la typographie lui rappelait quelqu'un. Son père. Vu comment le papier était jauni, nul besoin de prouver son ancienneté. Pour autant, la fille d'Ardyn ne saurait le dater. Ce fut le seul bout de papier avec de la valeur qu'elle trouva ici. Outre sa perturbation émotionnelle, rien n'était remarquablement différent dans la chambre de Nyra Impavidus.

Elle s'était aventurée dans la chambre de Lyra, et là, ce fut l'hécatombe. Des lettres entières de supplications ; des documents relatant de l'existence des Mortis, et enfin, la conception d'une arme Lucisienne façonnée par l'Intelligente. De quoi ravir Aldercapt, pensa-t-elle.

– Quelque chose ne tourne pas rond, ici.

Ou peut-être es-tu juste paranoïaque, Hara.

Dans son ascension dans l'allée opposer, elle tomba sur des chambres vides de toute présence. Des chambres relativement bien meublées, mais très impersonnelle : c'était sûrement les chambres des domestiques. Celles-ci étaient ornées de blanc et de bleu cyan, sûrement pour se démarquer du reste des Impavidus. Dans cette aile, elle tomba sur une immense double porte, une double porte aux ornements bien différents. Cela coulait de source que c'était l'emplacement d'un endroit important.

Puis Hara s'arrêta deux secondes.

Elle n'avait pas croiser la chambre d'Erys durant son trajet.

– Ce doit être là.

Et, si elle était honnête, c'était son trajet initial. Posant sa main sur la poignée, Hara tenta quelques secondes de pousser la planche de bois massif, mais sans succès. Serrant la mâchoire, la jeune femme refit une tentative qui fut inutile. Projetée en arrière par ce qui semblait être un champ d'énergie, la jeune femme se rattrapa sur son épaule avant de gémir de douleur.

Quelque chose de mystique régnait ici, c'était plus qu'évident.

– Laissez-moi passer, je dois récupérer les Carnets Divins de dame Erys !

Non, damnée, nul n'entre ni de sors de la chambre des Prophéties, seuls les Élus s'y aventurent.

– Arrêtez de m'appeler « damnée » ! Je suis en mission d'un ordre Impérial provenant de l'Empereur Aldercapt lui-même !

Parce que tu crois que l'Homme lutte contre la volonté des Dieux ?