Chapitre Dixième
Réunion
Des années auparavant
Assise dans sa salle de lecture, Reah lisait la Cosmogonie. Bien qu'elle connaissait ces histoires par cœur, cela ne l'empêchait pas de les relire en boucle et en boucle. Après tout, était-ce là ce genre de mythologie que sa mère, Abbie, lui racontait à l'époque de sa petite enfance. Même si elle n'avait jamais connu son grand-père, bien qu'elle en avait l'impression, grâce à ces histoires.
– Tu ne t'en lasses jamais ?
– De ?
– De lire ces histoires.
Elle secoua la tête négativement, non, jamais ce n'était arrivée. Elle l'avait même étudié, et avec la plus grande des passions. C'était un honneur que l'une de ses filles retranscrivait les prophéties d'Eos et ses plus grands Commandements.
Régis sirota de son thé, avant de regarder dehors. Les jardins étaient entretenues par la jardinière, et elle observait Haerys qui jouait avec Umbra à l'extérieur. Noctis l'avait laissé avec lui, et il s'était dit que c'était une bonne idée de l'emmener. Le Messager, incarné en un canidé au pelage sombre, semblait ravi de voir la Sixième si heureuse.
– Haerys à l'air heureuse.
– Oui. Elle est un peu triste de ne pas voir Cor, ces derniers temps. Elle me demande tous le temps si tu peux l'envoyer ici, mais je ne pense pas que cela soit une excellente idée.
– Pourquoi donc ?
– Christopher.
Régis soupira, c'était tous le temps par sa faute.
– Cet imbécile.
– Ne dit pas ça…
– Arrête de le défendre, je ne comprends toujours pas pourquoi tu ne le chasses pas de ton manoir.
Elle soupira, oui, ce n'était pas une bonne idée de le garder ici, mais que pouvait-elle bien faire d'autres ? C'était trop dangereux de le virer, les risques étaient trop grands, et elle ne pouvait pas se permettre de mettre en danger sa famille et le Lucis.
Régis sembla regretter ses paroles quelques minutes, en vérité, cela le frustrait juste. Il savait bien que Reah n'était pas celle à blâmer, mais bien cette horrible famille dont la localisation était… Introuvable. Il avait essayé, pourtant. Mais rien ne fonctionnait.
– Excuse-moi, je ne voulais pas…
– Je sais, ne t'en fais pas.
– Je sais que ça mettrait en danger tes enfants, et tu ne le supporterais pas.
Elle hocha la tête.
– Tu sais, quand je suis tombée enceinte de Nyra, je ne savais pas que ma vie prendrait de tels tournants.
– Les enfants, on ne s'imagine pas avec eux, puis quand ils sont là… On ne s'imagine pas sans.
Elle sourit, il avait raison.
– Je suis désolé pour Cor, je ne pensais pas qu'Haerys serait si… Blessée par son comportement. J'ai bien essayé de lui parler, mais il a dit que seule sa mission l'importunait.
– Hae' est une petite âme sensible, Cor n'as rien fait de mal en étant loyal et en gardant les yeux sur son objectif : rester une lame royale.
– Et Cor est peut-être trop sérieux.
Voyant l'heure, il sursauta légèrement. Il fallait dire qu'il était ici depuis environ quatre heures, et il en avait, des choses à faire. Reah redoutait ce moment, malgré elle. La Matriarche se leva et ferma son livre en prenant soin de mettre son marque-page. Elle n'était pas petite par rapport à Régis, son visage lui arrivait juste un peu plus bas. Il fallait dire qu'elle était grande.
– J'imagine que je te raccompagne.
– Si tu le veux bien, oui.
Un hochement de tête suffit, et leur trajet commença. Ce n'était pas long de rejoindre l'entrée, il ne suffisait que de traverser le couloir, et le salon du hall se dessinait sous leurs yeux. Régis n'avait, pour une fois, pas tant envie de rentrer chez lui que cela. Il fallait dire que deux mois avaient séparés ces deux visites, et il était explicable que l'envie de rejoindre son palais, ne se faisait pas sentir.
Reah était anxieuse. Elle n'appréciait pas le silence assourdissant d'Antebellum. Elle en aurait la migraine.
– Je n'ai pas envie d'être seule.
– Et je n'en pense pas moins ! Hélas, je n'ai pas le choix.
Elle s'approcha de lui pour l'enlacer avant qu'il ne quitte sa demeure, et le regarda dans les yeux quelques secondes. En cet instant précis, où le temps sembla s'arrêter, Reah ne réagissait plus de rien. Restant ainsi une poignée du temps qu'elle perdait, la Matriarche déposa ses lèvres doucement sur celle du Souverain, les lâchant environ cinq secondes après.
Les deux ne prononcèrent mots suivant cet acte, sachant parfaitement qu'il était inutile d'en parler. Perdu, Régis ne savait que faire, que dire, ou quoi penser. Quelque part, il avait senti que cela arriverait un jour à l'autre, mais d'un côté, s'y était-il véritablement préparé ? Non. Nullement.
Avait-il répondu à ce baiser ? Oui. Peut-être était-ce la première et dernière fois que cela se produirait, il ne pouvait pas manqué cette douce occasion. L'aura douce de Reah se métamorphosa en un mur de glace, juste après. Cela ne l'étonnait guère. Elle avait toujours eu tendance à se protéger derrière la froideur pour réchapper à ce qui lui faisait peur.
– Fais bon voyage vers ta cité royale, dit-elle. Mes excuses pour ce geste déplacé.
Il n'eut pas le temps de dire que ce n'était pas grave, qu'elle s'était volatilisée dans les couloirs de son labyrinthe meublé. Tandis que lui, quitta les murs d'Antebellum, la peine au cœur. Il avait enlacé Haerys, de son air si paternel et rejoignit Insomnia, sans plus tarder.
Mais ce que nul des deux ne savaient, c'était que l'Orgueilleuse n'avait pas manqué une seule seconde de la scène.
De nos jours
Elle s'attendait réellement à la mort.
Est-ce qu'il y aurait une autre issue ? Certainement pas.
Cela faisait maintenant quelques minutes qu'Aldercapt était complètement silencieux, et elle ne savait pas ce qu'elle devait redouté. La mort ? Non, son père lui avait toujours dit qu'elle y passerait un jour. L'exclusion ? Si ce n'était que ça, encore… Ce n'était pas le mieux, mais pas le pire.
Une punition physique ? Peut-être, et là, nul ne pourrait s'y opposer. Est-ce qu'elle en avait peur ? Oui. Même pas partiellement, mais entièrement.
– Vous me dites, Izunia, que vous vous êtes retrouvé devant Antebellum, après vous être évanouie ?
– Je suis sûre d'avoir été rejeter par le manoir lui-même, votre Honneur.
– Ce n'est qu'un mur en briques grises et un portail de fer ! Comment pouvez-vous m'affirmer avoir été rejeté d'une maison ?!
– Votre honneur, si je peux me permettre… dit Ardyn en levant le doigt.
Hara et Ravus avalèrent la boule présente dans leur gorge. Nul des deux ne s'attendaient à ce que le géniteur de la jeune femme, ne prenne la parole. D'un geste assuré, comme à son habitude, Ardyn continua ses mouvements de mains théâtraux qui n'eurent fini de blaser Loqi, Caligo et Ravus.
– La Demeure d'Antebellum est imprégné du pouvoir du Lucis depuis le Mystique, soit, sa création. Or, cela veut dire que les âmes des Rois protègent le bâtiment depuis plus de 2000 années désormais. Deux millénaires, ce n'est pas quelque chose que nous devrions prendre à la légère.
– Que voulez-vous dire par « prendre à la légère » ?
– Je pense que nous devrions considéré un assaut, uniquement quand nous aurons récupéré l'anneau des Lucii, en possession de la disparue et en cavale, Dame Lunafreya de la maison Nox Fleuret.
Ravus mordit de nouveau l'intérieur de sa joue, enfoiré… pensa-t-il.
– Mais votre enfant n'est-elle pas censé être une Impavidus, elle aussi ? Auriez-vous mentit ?
– Oh non ! Jamais n'oserais-je mentir à l'Empire ! Voyez-vous Empereur et chers collègues ici présents, Antebellum ressent les intentions de ceux qui la pénètre, et il n'existe qu'un moyen extrêmement concret, de pouvoir y passer : être autorisé par une Impavidus, être lié ou être du Lucis, ou encore posséder les pouvoirs des Dieux…
Hara tiqua. Oui, ça faisait sens.
– Bien, mais comment expliquez-vous que je n'ai aucun souvenir, Chancelier ? demanda l'Izunia.
– Car la présence de la Mère Divine règne sur le manoir, Eos. Vous vous doutez bien qu'elle avait planifié la naissance d'une Prophétesse depuis le début de la lignée royale des Éternelles. Ce qui explique pourquoi Hara n'a aucun souvenir de ce qu'elle a vu, ou entendu. Eos les a tout bonnement effacés.
Finalement, les pièces du puzzle s'assemblaient.
– Essayez-vous de l'excuser, car elle est votre enfant, ou est-ce la vérité ?
– La vérité. En tant que père, je me dois d'être le premier pour l'éduquer à ne pas mentir. Comment serais-je un bon exemple, en ne suivant pas ce précepte moi-même ?
De la comédie, et encore de la comédie… pensa Ravus.
Aldercapt se releva, tandis qu'Hara s'imaginerait déjà le pire dans sa tête. Ardyn se renfrogna dans son siège, il n'était pas en mesure de savoir ce qu'allait faire l'Empereur, et il n'aimait pas ça.
– Séance levée. Hara Izunia, vous passez entre les mailles du filet pour cette fois. Partez immédiatement jusqu'à ce que je vous rappelle. Nous mènerons l'assaut contre Antebellum afin de récupérer les Carnets Divins de la Prophétesse, une fois l'anneau des Lucii en notre possession.
Hara se repositionna sur ses jambes, partant immédiatement, la tête basse.
Ardyn quitta la pièce à nouveau, suivi de Ravus. Ils attendirent gentiment que tout ce beau monde s'en aille pour commencer à parler. Foutu Antebellum… Bien évidemment que ça n'allait pas être si facile. Il n'en attendait pas moins de la demeure des Impavidus et du côté mythologique qu'il y avait derrière.
Craquant ses doigts et sa nuque, Nox Fleuret, en fond, n'aimait toujours pas l'idée d'être aussi proche d'Ardyn ces derniers temps. Il irradiait la pourriture et cette odeur de moisie qui se cachait derrière le citron… Lui donnait profondément envie de vomir. Il n'avait jamais compris pourquoi et comment pouvait-il transporter une telle « fragrance » et il fallait dire qu'il ne lui avait jamais demander.
Loin de lui cette idée.
– Je vais finir par croire que nous avons rendez-vous quotidiennement devant ses portes, Chancelier, ironisa Ravus.
– Cela vous dérangerait-il ? plaisanta Ardyn. Quoiqu'il en soit : je n'ai pas menti sur la nature d'Antebellum. Cette vieille bicoque est une relique du Lucis depuis sa création et est spirituellement protégée depuis deux millénaires.
Il ricana.
– Ce qui veut dire que, même si les troupes de l'Empereur désireraient s'aventurer entre ses murs, la maison n'aurait qu'à les propulser en dehors et ils n'auraient guère de souvenir de ce qui s'y trouve.
Hara, qui n'avait pas lever la voix depuis son audience, haussa un sourcil. Ravus, quant à lui, n'en attendait pas moins. Pour dire vrai, ils étaient tous les trois heureux que l'Empereur n'ait pas pensé à convoquer Nyra à cette réunion, qui aurait pu prédire ce qu'il aurait été capable de faire, ou de lui poser comme question ? Autant le Chancelier était parfaitement au courant du point de vue de la Première sur le Lucis, autant elle restait loyale à son patrimoine familiale.
Au même titre qu'Antebellum était sacrée à ses yeux.
– Exactement comme je l'ai été, conclut Hara qui avait eu le temps de glisser contre le mur, désormais assise au sol.
– Oui, mais je ne pense pas qu'il s'arrêtera là. Il pourrait faire travailler ta mère à son compte pour pénétrer dans le manoir, ou encore te renvoyer toi. Mais Antebellum peut devenir féroce. Si elle t'as repousser une fois, elle peut demander un peu du pouvoir des Dieux pour faire en sorte que tu n'y reviennes plus…
Le Bordeaux marqua un temps de pause.
– … Le problème étant que tu n'iras plus nulle part, puisque tu seras morte.
Elle releva la tête, et Ravus lâcha presque un hoquet de stupeur. Comment une maison faite de pierre pouvait être capable de telle chose ? Hara était si jeune, elle ne voulait pas mourir maintenant. Ardyn non plus, aussi surprenant que cela puisse être. Et malgré tout, si Aldercapt ne lui faisait plus confiance… Alors il ne pourrait pas arriver à ses fins.
– Mais pourquoi Antebellum la supprimerait, c'est une Impavidus, non ? demanda Ravus.
– Seulement à moitié, Haut-Commandant Fleuret.
– Et qu'est-ce que cela change ?
– Le fait que même le Lucis lui-même a désormais des difficultés à pénétrer dans ce Manoir. La nuit du Massacre des Six, le Manoir a enclenché son Mur. Son Mur vieux de deux-mille ans, car personne n'était plus là pour le protéger, dit-il d'un ton presque amer. Seule la Prophétesse pouvait toucher aux Carnets Divins, alias ce que l'Empereur Aldercapt convoite.
– Je-… commença Hara. La Prophétesse ? Carnets Divins ? Je n'y comprend rien.
Évidemment, pensa-t-il. C'était évident qu'elle ne comprendrait pas tout, elle n'avait pas vraiment été plongée dans cet univers non plus… Ravus, quant à lui, semblait déjà un peu plus familiariser avec le sujet. En vingt-huit ans de vie, il avait bien dû rencontrer une fois cette famille, ou alors se renseigner assez pour savoir de quoi on parlait. Même de l'Empire.
– La petite sœur de ta chère maman, et si j'ose dire, la plus importante des sept filles de ta grand-mère. Elle rédigeait les Carnets Divins, qui contiennent toute l'histoire qui se déroule actuellement sous tes yeux. Elle savait tout sur tout, même quand sa mort allait se dérouler.
– Alors elle savait que maman allait… ?
– Oui, et pour toutes les autres aussi. Mais elle n'a pas le droit d'interférer. C'était la choisie des Dieux, la préférée. La Grande Eos elle-même à façonner ta tante pour qu'elle puisse retranscrire ses paroles à la perfection. Pas d'Enfer ni de Paradis pour elle : elle est encore plus haut que tout ça. Sur un trône, expliqua Ardyn.
Ravus tiqua.
– Il paraît que ces carnets ne sont pas ouvrables par qui que ce soit d'autre que les Impavidus, dit-il.
– Non, ils ne sont pas ouvrable par qui que ce soit d'autre que la Prophétesse, insista-t-il. Même si l'Empereur les récupéraient, ils lui seraient inutiles. Antebellum protège cette relique malgré tout, mais c'est de la précaution.
Hara se releva, bien qu'intimidée par la présence des deux hommes qui s'affrontaient du regard. Cela ne l'étonnait pas que son père en sache autant : après tout, l'identité de sa mère aidait. Le Chancelier se devait d'aviser, et vite. Atomisé la maison ne servirait à rien, si ce n'était de renvoyer tous les missiles à l'envoyeur, et de détruire des centaines de troupes. Il ne voulait pas non plus que l'on retrouve ces vieux bouquins sûrement vieillis par le temps.
Foutue Eos.
Saloperies de Dieux…
– Je pense que je vais devoir m'éclipser de vos présences, je dois rejoindre l'armurerie… L'épée s'est un peu émoussée dans la chute et…-
Ardyn claqua sa langue quelque fois dans sa bouche en signe de désapprobation. Ravus, quant à lui, se contenait dans le silence. Bien sûr que ça ne pouvait pas bien se dérouler, il y avait toujours quelque chose pour ruiner les plans. Nox Fleuret ne voulait pas de victoire par l'Empire, mais était prêt à tout donner pour mettre en cendre le Lucis, même par les grands moyens.
– Non non non jeune fille, tu vas venir avec moi à l'infirmerie, ordonna Ardyn. Nox Fleuret, à votre poste.
– Je n'ai pas besoin que vous me le disiez, Chancelier, grommela Ravus.
D'un sourire en coin, Ardyn s'extirpa de la présence du blanc, suivie d'Hara qui jeta un regard en coin à son amant. Nulle envie de le suivre, surtout qu'elle ne savait pas ce que voudrait son père cette-fois-ci. D'ailleurs, pourquoi boitait-il ? Elle n'avait jamais compris, mais elle n'avait jamais vraiment oser demander non plus.
Le chemin ne fut pas long, et il ferma la porte derrière eux en faisant attention à ce que personne ne les suivent de trop prêt. L'évidence était là : ils suscitaient tous les trois le mystère, et nuls ne pouvaient prédire ce qu'il adviendrait dans les jours à venir.
– J'ai quelques questions à te poser sur ta petite visite là-bas.
Elle leva la tête, s'asseyant sur un des lits tandis que son géniteur en fit de même, en face d'elle.
– Lesquelles ?
– Tu ne te souviens vraiment de rien, ou as-tu menti ? Tu es à moitié Impavidus, je peine à croire que la maison t'ait éjecter malgré tes gènes.
– Je jure que je ne me souviens de rien si ce n'est de la porte d'entrée et des jardins.
Ardyn mordit sa joue de l'intérieur. C'était tout de même étonnant. Même s'il n'avait pas eu tort de sortir cette vieille raison à Aldercapt, finalement. Croisant ses mains et s'appuyant sur ses genoux, en la fixant droit dans ses yeux bleus qui ressemblaient tellement à ceux de sa mère.
– Par contre, j'ai entendu une voix. Féminine.
–… Une voix ?
Voilà qui était bien étrange.
– Oui, elle m'appelait « Damnée » sans cesse, et me disait du charabia… J'ai eu des migraines après ça, tout le long du chemin de retour, pour être précise.
Oh, alors c'était à cause de lui qu'elle avait été expulsée…
Mais alors,
Pourquoi Nyra ne l'avait pas été ?
– Seconde question : est-ce qu'il y avait des daemons dans les coins sombres ?
– Non… Aucun. Uniquement des oiseaux.
C'était encore une terre sacrée malgré le Génocide…
« Oh, comme c'est… Cocasse. »
Lei rejouait ces mots en boucle dans son esprit. Cocasse ? Pourquoi cocasse ? Certes, très peu de nom se trouvaient sur la liste des gens au courant de sa survie, mais elle s'attendait à ce que les chiens de l'Empire le savent mieux que quiconque. Rien que pour saboter le Lucis.
Quelque chose clochait, et elle n'aimait pas ça.
Elle avait fait le trajet avec Cor, suivi des garçons derrière. Elle les guidait à travers Duscae pour rejoindre Antebellum qui n'était pas à côté. Discrète, elle n'avait pas lever la voix une seule fois de tout le trajet. Il fallait dire que le Maréchal non plus, mais le reste du brouhaha était compensé par les quatre hommes quelques mètres plus loin qui se chamaillait pour connaître le dîner du soir.
– Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda Cor.
Lei baissa la tête.
– Ce qu'à dit le Général Loqi…
Cor acquiesça. Certes, elle avait bien raison de le mentionner.
– En effet, je me suis dit la même chose que toi. Après, il faut dire que le Génocide des Six est un événement connu, désormais. Ce n'est plus à présenter, que ce soit un conte pour faire peur aux enfants ou citer dans les livres d'Histoire, ta famille reste entre les lèvres des peuples d'Eos et même outre-mer.
Lei ferma les yeux.
– Tu as raison, oui…
La colline se montrait.
L'anxiété fit trembler ses mains et elle resserra la prise entre ses doigts. Quelle horreur, pourquoi cette bâtisse lui donnait la chair de poule à chaque fois ? Au secours, elle allait mourir ! Son cœur tambourinait dans sa poitrine et de la sueur commençait tout doucement à se former sur son front pâle.
Cor frissonna.
Il n'était pas retourner ici, depuis cette terrible nuit. La honte l'envahissait à chaque fois qu'une simple mention d'Antebellum était faite. Malgré lui, il avait décidé d'affronter ses peurs et de voir la tragédie en face.
Les garçons suivaient derrière, et s'arrêtèrent en même temps qu'eux. Cor descendit de la voiture, alors que les nuages commençaient lentement, mais sûrement, à emprisonner la région. Lei n'écoutait guère les discussions en arrière-plan, tout ce qu'elle scrutait, c'était cet immense portail et ces croissements d'oiseaux dont elle eut presque oublié le son, avec ces années passées. Cor, quant à lui, senti son repas lui remonter dans l'estomac. Les flashs, les images lui revenaient juste en scrutant cette façade aux aspects néo-gothique.
– Lei, appela Noctis. Je suis désolé de te-…
– Ne t'en fais pas, je sais… murmura-t-elle.
Sans qu'elle n'eut à exercer un seul geste, les grilles s'écartèrent, laissant le chemin se dévoiler. Ignis, en particulier, sembla intriguer par les lieux. Il fallait dire que l'une de ses cousines eut travailler en ces lieux, et que celle-ci avait été une victime collatérale du Génocide. Quand son père était revenu du manoir, il était blanc comme un linge et avait serré son fils tellement fort, qu'Ignis se souvenait avoir étouffé. C'était l'une des rares fois où son père l'avait serré dans ses bras et ouvertement dit qu'il l'aimait.
Depuis ce jour, il n'avait plus jamais laissé Régis envoyé l'un des membres de sa famille, hors d'Insomnia. Et le Roi n'avait jamais contredis cette demande. Ignis avait rarement assisté aux discussions de Régis et de son père, mais celle-ci… Toute la citadelle y avait été convié, personne n'y avait réchappé. Quand Lei poussa les grandes portes, ce fut au tour de Gladiolus de se souvenir.
Son père n'y avait pas été, puisqu'on l'avait mis en charge de surveiller le château, mais il se souvenait encore parfaitement avoir entendu les pleurs du Roi au-dessus du corps éteint de la Matriarche dont il eusse pour toujours enterrer le nom. Nul ne prononçait ces deux syllabes, si l'un daignait, il se faisait instantanément réprimandé pour avoir raviver le souvenir des Mortes. Pourtant, à cet âge-ci, Gladiolus ne comprenait pas l'entièreté du concept de la plus grande et magistrale des Fins. Celle où le rideau se fermait une bonne fois pour toutes.
Le hall d'entrée fascina Prompto. Ses couleurs, ses tableaux, son salon… Tout semblait figer dans le temps. Rien n'avait bouger depuis la Fin. Pourtant, tout semblait encore vivant. Cette maison possédait une âme, il en était certain. Sa vigne encore vive, ses plantes encore toute verdoyante et cette mystique aura qu'elle transportait…
– Non, non, non… murmura Lei à la grande figure féminine qui lui faisait dos.
– C'est une façon bien étrange de dire bonjour, petite rose, dit Lyra en se retournant.
Un tendre sourire orna les lèvres de la troisième plus âgée.
– Je savais que ça ne se terminerait pas là.
Il y a fort longtemps
– Eh, appela-t-elle. Eh, eeeeeh, continua la noiraude. Tu pourrais un peu plus parler quand même.
L'homme aux cheveux coupés courts posa son livre sur son visage, dans l'espoir de la faire abandonner. La jeune femme au-dessus de lui, lui gâchait la chaleur du soleil et son joli minois préoccupé ne l'aidait pas à se concentrer.
– Voyez-vous, je suis en mission.
– Vous ? Allons, ça fait quand même un moment que l'on se connais ! On peut se tutoyer, non ?
– Me crois-tu mal-élevé, mademoiselle ?
Haerys ria de bon cœur avant de s'asseoir à côté de lui, protégeant la moitié de son visage avec sa main en clignant un œil. Le ciel était bleu, et nul n'aurait pu prédire les évènements prochains. Aucun ne le voudrait de toute façon. Cor eut un sourire en coin. Il l'avait toujours trouvé belle, ce n'était pas une surprise qu'elle le soit encore plus sous les rayons du soleil.
Mais il se gardait bien de lui dire.
Il fallait dire qu'il s'était juré de ne jamais la mettre au courant une seconde de ses ressentis envers elle, pour le bien de la mission. Bien sûr, il savait que son souverain ne lui en voudrait pas la moindre seconde, mais ce n'était pas une raison pour foutre en l'air absolument tout ce qu'il avait réussi à mettre en place depuis qu'il était en garde afin de protéger la Sixième Sœur.
– Pour combien de temps penses-tu que nous en aurons ?
– Je ne sais pas, peut-être une semaine comme deux mois… Tout dépend de nos actions…
– Comme un effet papillon… murmura Haerys.
Elle s'allongea à ses côtés cette fois-ci, se tournant instantanément sur son flanc gauche et de reposer son menton dans sa paume. Ses yeux bleus percèrent ceux de Cor qui ne put s'empêcher de continuer de s'y perdre. Il n'avait pas peur de perdre l'esprit, que la protection de Régis s'en aille. Après tout, ce n'était pas la faute de l'Impavidus d'être née avec de tel pouvoir, une telle malédiction. En était-ce réellement une ? En vérité, cela dépendait de la perception du peuple. La vue de chacun changeait et finalement, ce n'était pas quelque chose de figer.
Pourtant, en cet instant précis, la guerre qui faisait rage entre le Lucis et le Niflheim, lui importait peu. La distance qui se raccourcissait entre ses lèvres et celle de l'Impavidus, faisait battre son cœur la chamade. Tellement, qu'il crut voir des étoiles en pleine après-midi et se mit sérieusement à douter des capacités de ses jambes à le maintenir debout, si jamais il se relevait.
Parce que, à ce moment, il n'avait pas envie d'être ailleurs.
Mais la réalité le rattrapa.
Posant une main délicate sur son épaule fine, Cor repoussa la jeune femme avec une douceur dont lui-même ne soupçonnait point l'existence, il vit le regard de la jeune femme changer. Soudainement, l'eau calme devint des vagues de tristesse, et il ne put s'empêcher de ressentir le même pincement au cœur.
– Je suis désolé, dit-il.
Elle se releva, et lui tourna le dos en commençant à marcher vers l'horizon.
– Moi aussi.
Ce fut de ceci dont Cor se souvint en premier quand il vit Haerys Impavidus devant-lui. Si Gladiolus n'était pas à côté, il se servirait du mur comme appuis pour se tenir convenablement debout. Soudainement, toute la rancœur, la tristesse, les remords, les regrets et le deuil remontèrent à la surface. Les grandes portes d'Antebellum se fermèrent au bruit de la pluie désormais battante à l'extérieur. Tout soudainement, la Guerre n'existait plus, les autres n'existait plus, c'était eux. Juste eux.
Lui, elle, leurs souvenirs, ses souvenirs…
Quand la dernière heure avait frappé cette demeure dont l'âme enjôlait à l'idée simple d'accomplir son devoir. Pour autant, Cor ne put scruter l'enveloppe charnel de la Sixième de la même manière que les autres personnes dans la pièce. Ensanglantée, blessée, nue, déchirer par les armes blanches qui avaient servies à l'assassiner… Cor déglutit, pourquoi avait-il refuser tant de fois de la voir ? Pourquoi n'avait-il pas su mettre sa fierté de côté pour profiter du temps qu'il aurait pu avoir avec elle ?
Il aurait dû.
S'il avait su.
Nul ne parlait dans la pièce. Les trois sœurs restantes savaient les rapports compliqués des deux gens qui ne pouvaient détacher leurs yeux l'un de l'autre. Lyra avait posé sa main sur celle de Lei, intimant gentiment de ne rien dire. Les garçons avaient observés, et compris rapidement que la demande s'étendait à eux.
Haerys se leva, oh, elle était si petite comparer à lui. Il avait oublié. Pourtant, elle était toujours aussi gracieuse.
Le sourire qui ornait ses lèvres, le faisait fondre. Pourquoi ne lui en voulait-elle pas ? Pourquoi. Après tout, il n'avait pas été là pour la protéger à temps, il l'avait même abandonner. Elle aurait tous les droits de lui en vouloir, de le gifler de toute sa force.
– Cor…
Elle posa ses deux petites mains sur ses joues, et sembla scruter chaque parcelles de son visage.
– Tu as vieilli… Je suis partie si longtemps ? demanda-t-elle.
Il ne put répondre.
Il fut incapable de bouger.
Encore plus quand elle passa ses bras fins autour de son large torse, où elle y déposa sa tête. Tout ce qu'il fut capable de faire après quelques minutes de réalisation, fut de déposer sa paume derrière son crâne, caressant ses cheveux. Où était le piège ? C'était trop beau pour être vrai. Pourquoi lui accorder une telle rédemption ?
Pourquoi une telle chance, à lui ?
Pour lui ?
– Je suis tellement désolé, dit-il entre deux souffles, comme si ça lui avait pris tous les efforts du monde.
– Moi aussi.
Non,
Par pitié, ne sois pas désolée.
Elle se décolla de lui, faisant quelques pas en arrière. D'un tour rapide d'assemblée, elle se rapprocha de Noctis qui pencha légèrement la tête sur le côté. La dernière fois qu'elle l'avait vu, ce n'était qu'un petit bébé. Maintenant, c'était un jeune Roi plongé dans une quête bien trop grande pour lui. Se retournant d'un coup, elle fit un geste rapide de la main à Ella, lui intimant de se rapprocher. Presque à reculons, la Deuxième se posta à côté d'elle, la surplombant de bien des centimètres.
– Et vous, vous avez beaucoup grandis, Noctis.
– Hm…, il toussota. Tutoyez-moi, s'il-vous-plait.
Elle ricana avec la plus grande des douceurs.
– Alors tutoie-nous aussi.
Cor étira en coin ses commissures,
Elle avait toujours été si gentille.
