Salut ! Je viens de me rendre compte que j'avais ce chapitre écrit il y a... fort fort longtemps en fait. Et que, je l'avais oublié. J'étais persuadée de l'avoir posté mais passons. Bon, du coup, j'avoue ne pas l'avoir relu depuis... 8 mois ? xD Et pour mon bien-être, je préfère ne pas le relire, au risque de faire une attaque. Bonne lecture (pour les survivants !) o/
Chapitre XLIX - Le Cookie de la Fortune
Lorsque la nuit tombait sur Fódlan et l'ensemble du continent, son manteau d'obscurité et son voile étoilé faisaient s'élever dans l'air une étrange atmosphère. Souvent curieuse, et parfois mystérieuse, la nuit pouvait également prendre des allures ténébreuses.
Et ces ténèbres, pendant longtemps, avaient été mon quotidien, dans l'obscurité elles avaient tracé mon chemin. Une route sur laquelle je marchais depuis bien trop d'années maintenant, dans le passé, dans le présent, et vers ce futur qui leur ressemblerait fatalement.
C'était étrange, je n'avais presque pas réussi à fermer l'œil de la nuit, mais me sentais plus reposée que jamais, ou du moins, comme je ne l'avais pas une seule fois été depuis des jours. La Déesse ne vint pas envahir mes rêves, ni les flammes mes cauchemars et pour une fois j'avais seulement trouvé l'obscurité lorsque mes paupières se fermèrent sur la plus belle chose sur terre. Peut-être était-ce l'odeur d'agrume flottant agréablement dans l'air, ou bien la lueur de la chandelle qui diffusait doucement sa lumière. Tout semblait plus apaisant ici que ça ne l'était partout ailleurs. Cette pièce était peut-être faite de quatre murs, la sérénité berçait mon esprit de doux murmures.
Mes yeux s'aventurèrent sur les nombreux objets qui occupaient les étagères, des parchemins, des vieux bouquins, dont beaucoup prenaient certainement la poussière. Plusieurs enveloppes aux cachets encore intacts, d'autres déjà ouvertes dont j'imaginais aisément la syntaxe. Pas encore impératrice mais déjà nombre de devoirs à remplir. Au milieu de ce désordre de livres et de papiers se trouvaient également plusieurs bouquets très colorés, j'esquissai un sourire en pensant que derrière ses traits durs et détachés, mon Aigle de Jais pouvait aussi paraitre raffinée. Ma main glissa sur le bois comme pour me souvenir de sa quelconque présence avant que je ne me fige devant son bureau où j'eus l'impression d'encore plus déceler sa fragrance. Quelques feuilles de papier attirèrent mon attention, certaines, particulières, bien plus que de raison. Je tirai cette découverte du bout des doigts et mes yeux s'agrandirent sur ce portrait de moi. Jamais je n'avais imaginé qu'Edelgard avait une telle passion, qui pendant une minute fit s'enflammer mes émotions.
Je replaçai le papier sans le froisser quand j'entendis le petit aigle s'agiter. A pas de loup je m'approchai du lit, passai de l'autre côté d'elle pour me glisser sous les draps sans faire un bruit. Aussitôt, ma fragile souveraine se blottit tout contre moi, ses bras m'entourèrent et son souffle me chatouilla. Mes mains se resserrèrent dans son dos, je la rapprochai et sentis sa chaleur réchauffer ma peau. Je caressai doucement ses cheveux, rassurai tendrement ce petit oiseau orgueilleux. Son visage se recula, sa respiration me murmura, et ses lèvres s'approchèrent pour effleurer les miennes.
« - A quoi dois-je cela ? chuchotai-je tout bas.
- Je reprends seulement celui que vous m'avez volé tout à l'heure... »
Je sentis mon cœur tambouriner puis mes mains plus fermement se resserrer. Nos souffles ne firent bientôt qu'un et mon corps passa aussitôt au dessus du sien. Je capturai fougueusement ses lèvres, invitai sa langue à venir rencontrer la mienne pour entamer une danse qui tarderait je l'espère, jusqu'au petit matin. Je laissai mes mains glisser jusqu'à ses cuisses où mes doigts s'attardèrent, puis ils remontèrent sur le son de ses premiers soupirs. Cette nuit, la lueur de la lune ne verrai aucune de nous dormir.
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La lumière du soleil perçait difficilement l'encadrement des volets, dans sa lueur, je pouvais parfois voir se soulever quelques particules de poussière. Les chandelles venaient sans doute de s'éteindre puisque les flammes qui les habillaient avaient cesser de danser depuis un court moment maintenant. L'odeur des bougies flottait encore dans l'air, j'imaginais que le vent s'était introduit pour les souffler au travers des carreaux de verre restés légèrement entre-ouverts. Il me fallait me dépêcher de me lever, avant que le soleil ne soit trop haut perché, mais qu'il était agréable d'être aux côtés de ce petit Aigle de Jais.
« - Edelgard, soufflai-je à peine aux oreilles de ma Reine. Le jour se lève... »
Mais impossible de faire bouger l'oiseau. Au contraire, le visage de cette dernière ne vint que s'enfoncer un peu plus contre ma poitrine et ses cheveux chatouillaient maintenant mon visage. Je lui embrassai le dessus de la tête tout en passant mes doigts dans ses longueurs albâtres.
« - Edelgard... répétais-je. Je ne peux pas me lever si vous m'enlacer de la sorte. »
Mais là encore la future impératrice se fit très silencieuse. Ses paupières finirent par s'ouvrir sur ses magnifiques yeux parme qui me fixaient maintenant comme si elle me rencontrait pour la toute première fois. Ou comme si elle me redécouvrait, une nouvelle fois... Peut-être était-ce le cas ?
Je sentis sa jambe passer par dessus les miennes et son corps basculer avant que l'impératrice ne se retrouve perchée sur moi, ses bras de part et d'autre de ma tête. Les mèches de ses cheveux neigeux y retombaient et j'eus l'impression que l'hiver nous entourait de son éclat chaleureux.
« - Et maintenant, Professeure ? »
Mes joues s'empourprèrent sous son assurance, Seigneur, ce combat était perdu d'avance. Je vis son visage s'approcher, son expiration plus chaude que le souffle de l'été, et la laissai délicatement m'embrasser. Mon cœur me sommait de la repousser afin de me lever, et pourtant mes bras vinrent l'entourer. Je les resserrai autour de sa taille, remontai mes doigts sur sa nuque, rendais toutes les règles que je m'étais fixée caduques.
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Sans aucune surprise, Edelgard et moi-même fument les premières à pénétrer dans la salle de classe aux couleurs des Aigles de Jais. Il fût bien difficile de sortir de sa chambre, cette fois-ci, dans un premier temps car ses bras m'avaient enveloppées d'un voile de tendresse dont je n'avais eu envie de me libérer, et ensuite car nous avions tant tarder que le risque de me faire remarquer était devenu grand. Je ne savais d'ailleurs par quel miracle nous ne nous étions toujours pas faites prendre. Je prenais de plus en plus de risques, et surtout de plus en plus inconsidérés. Les battements de mon cœur en sa présence faisaient faire taire ma capacité à réfléchir. Certains disaient que l'amour rendait aveugle, d'autres stupide, et en toute sincérité, je ne pouvais leur donner tort. Non pas que je me sentais idiote à m'être éprise d'Edelgard, mais je devais me rendre à l'évidence, la force de mes sentiments mettait trop facilement ma prudence à terre.
Je soupirai en m'asseyant devant mon bureau, comme prise d'un quelconque soulagement, sous le sourire d'une impératrice d'humeur à jouer avec mes émotions. La façon qu'elle avait de me regarder était certainement très indécente alors que mes yeux, à moi, jonglaient entre ses orbes parme et la porte de la pièce restée ouverte. J'aurais aimé que ce moment s'éternise, mais également que quelque chose vienne le briser, car la tension présente autour de nous était plus que palpable. Danger, excitation, ou culpabilité. Il y avait bien des mots pour venir nourrir cette passion qui ne trouverait aucune définition.
Fort heureusement pour moi, pour elle, pour nous, les bancs de l'académie se remplirent très rapidement lorsque qu'approcha l'heure annonçant le début des cours. Je repris mon rôle de professeur avec tout le sérieux dont j'avais toujours fait preuve, et certainement plus encore depuis que j'avais annoncé à cette nuée qu'ils auraient tous besoin de mon aval pour espérer passer leur second examen. Je ne doutais pas de leur capacité à réussir, mais bien de leurs facultés à survivre. Ma foi, quoiqu'il en fut, cette journée ne fut pas très différente d'un banal jour de cours. Il fut long, et presque ennuyeux, mais au moins, ce quotidien n'était pas fait de morts, de flammes et de sang. Avec les récents évènements, j'avais presque oublié que c'était ainsi que les choses devaient être, et non pas l'inverse.
Après la fin des cours, je terminai rapidement de lire les quelques chapitres que j'avais prévu d'aborder le lendemain matin. J'en profitai également pour griffonner quelques observations que j'avais fait sur mes petits aiglons durant l'entraînement de l'après-midi. Ils étaient tous si doués, ce qui me fit un instant sourire, alors que je repensai presque immédiatement aux premières impressions que j'eus à mon arrivée ici. Une part de moi aurait très fortement souhaité qu'ils n'aient aucun talent, de fait, aucun d'entre eux n'auraient eu à se battre un jour. Heureusement, tous ces oiseaux ne pensaient pas qu'à rejoindre l'armée, ou la garde d'Edelgard. Au contraire. Linhardt n'aspirait qu'un une vie très simple entre siestes et recherches. Beaucoup de siestes, d'ailleurs. Dorothea, elle, rêvait de réintégrer la compagnie d'Opéra qu'elle avait quitté pour venir étudier ici. Tous ne désiraient pas se battre, en fait. L'Académie des Officiers était peut-être spécialisée dans l'art de la guerre, elle octroyait surtout des diplômes très reconnus, et pas seulement d'un point de vue militaire.
Je fermai les bouquins, rangeai mes notes, et replaçai ma chaise sous mon bureau avant de sortir de la salle de classe au tapis rouge. La journée était loin d'être finie, et libre à moi de trouver comment l'occuper comme je le désirais. Un entraînement, peut-être, j'avais envie de faire parler mon épée, et pourtant, ce fut bien le bruit de mon estomac qui retenti en premier. Je du très rapidement me rentre à l'évidence, je ne pourrais pas me battre tant que mon ventre grognerait. Je pris ainsi le chemin du réfectoire, contrairement à certaines et certains, je ne cachais aucune victuaille dans la chambre des dortoirs.
Une fois les portes du mess franchies, je fus plus que surprise de trouver quelques élèves ici. Je repérai très rapidement l'archer ainsi que son délégué, mais aussi Petra et bientôt, juste après moi entrait Lysithea. La jeune biche avait les joues rougies, comme si elle avait couru pour venir jusqu'ici. Elle me dépassa sans même me saluer, force de constater que face à cette petite réunion il semblait que j'avais cessé d'exister. Alors, à mon tour, je m'approchai.
« - J'espère que vous m'en avez laissez, après m'en avoir tant parlé ! »
Je m'étonnais de voir Lysithea s'adresser si familièrement au lionceau argenté, mais depuis notre petite mésaventure nocturne ces deux là semblaient bien s'apprécier. Apparemment une même peur partagée tendait à rapprocher même des animaux que tout pouvait opposer.
« - Bien sûr, sourit le garçon un peu gêné. Tenez, prenez-en un ! »
Il tendit une assiette dans laquelle reposaient des biscuits d'une forme et d'une couleur que je n'avais encore jamais vu jusque là, et j'aurais pu jurer apercevoir du chocolat.
« - Oh ! Professeure, en voulez-vous également ? »
Enfin, quelqu'un me remarquait puis tous un à un, vers moi se retournaient. Les lèvres de Petra étaient recouverte de miettes de ces étranges biscuits, quand le jeune homme à la crinière doré lui me dévisageait et attendait probablement une réaction de ma part. J'hochai la tête et attrapai un de ces mets que je portai à mes lèvres pour sentir l'odeur qui s'en dégageait. Je devais bien avouer qu'entre mon estomac qui hurlait, et cette douce et délicate effluve qui émanait, nul doute que cela allait ravir mes papilles.
Nombre de sensations parcoururent ma langue que je n'aurais su décrire, j'eus du mal à croire qu'un simple petit biscuit puisse provoquer une telle réaction qui semblait me parcourir des pieds jusqu'aux oreilles jusqu'à presque me faire frémir. Je n'avais jamais été particulièrement friande de tout ce qui était sucré, mais devais bien avouer que cette chose chocolatée était à en tomber. Les lèvres de Ashe s'étirèrent et Dimitri prit un étrange air satisfait. Quant à Lysithea et Petra, ces deux là étaient bien trop occupées à se remplir la panse pour ne serait-ce que faire attention à moi. Et puis, j'entendis de nouveau les porte du réfectoire claquer, et me tournai, la bouche pleine, pour savoir qui venait d'y entrer.
J'eus du mal à déglutir lorsque mes orbes bleuet trouvèrent les prunelles vertes, presque dorées, qui plus d'une fois, avaient creusé ma tombe. Et évidemment, aux cotés du garçon aux cheveux d'ébène se trouvaient l'aigle aux plumes couvertes de neige. Il aurait été surprenant de les trouver l'un sans l'autre, et je me demandais la raison de leur présence ici même si l'expression sur leur visage me laissait penser qu'ils avaient été invités. Au moins l'un des deux, c'était certain, le second n'étant probablement là que pour protéger sa souveraine.
« - Oh, Edelgard ! s'écria Lysithea. Vous devriez gouter avant qu'il n'en reste plus un seul ! »
Au rythme auquel la biche dévorait les biscuits, je ne prenais aucun risque à affirmer qu'en effet, d'ici quelques minutes, cette assiette serait vide. Enfin, je pouvais moi-même parler, j'avalais déjà mon quatrième alors que je n'étais ici que depuis quelques minutes.
« - M'avez-vous vraiment faite convier pour ceci ? »
Un masque revêtait son visage même si je ne manquai pas l'œillade qu'elle me jeta, elle était probablement tout autant surprise de me trouver ici que je ne l'étais moi-même. Son coup d'œil fut très bref, contrairement à Hubert qui lui, était plus insistant. J'essayai de me rappeler des paroles de sa maitresse quant au fait qu'il n'attenterait pas à ma vie, mais c'était bien difficile à croire tant son regard était glaçant. Peut-être était-il naturellement comme cela, après tout, ce qui, revenait à dire qu'il aurait probablement fait disparaitre n'importe qui s'approchant un peu trop près de la princesse héritière.
« - Personne ici n'ignore votre attrait pour le sucre, alors vous pourriez tout simplement dire merci. »
Je me retournai pour trouver un lion bien sûr de lui pour oser s'adresser ainsi à la souveraine de l'empire. Mais cela ne faisait que me rappeler la relation que les deux partageaient, et que je semblais incapable de comprendre. Je vis les sourcils de l'aigle froncer, son visage tenter de feindre l'indifférence alors que Dimitri n'avait fait qu'énoncer un fait. Encore un peu, et ses joues auraient viré au rouge.
« - Je suis surprise de vous voir vous-même avaler ce genre de met alors que vous êtes certainement incapable de discerner le gout du sucre de celui du sel. »
Que de répondant, Edelgard ne prenait vraiment pas de gants lorsqu'elle se sentait acculée. Elle avait beau souhaiter être traitée comme tous les autres élèves ici, force de constater que lorsque certains osaient la considérer autrement que comme l'héritière de l'empire, elle ne savait absolument pas gérer son embarra. La traiter comme tous les autres, hein ? Je compris que cela ne voulait pas dire de la traiter comme celle qu'elle était réellement. Au fond, l'Adrestienne ne faisait que laisser tomber un masque pour en porter un autre. Mais avec Dimitri, c'était très différent. Lui, semblait la connaitre au delà de ce qu'elle montrait en permanence. C'était son demi-frère, après tout, qu'avais-je imaginer, que seule moi, aurais ce luxe ?
« - Je dois moi-même avouer que ces biscuits sont vraiment excellents, tentai-je pour détendre l'atmosphère. »
Elle leva un œil vers moi, se demandant probablement encore ce que je faisais là. J'avais vraiment ce don, celui pour me retrouver dans d'étranges situations, entourée de mes élèves. Mais que pouvais-je y faire, après tout ? Et je n'allais certainement pas m'en plaindre alors que mon estomac appréciait grandement cet instant.
« - Si vous me le permettez, votre Altesse, je souhaiterais goûter l'une de ces choses en premier.
- Qu'imaginez vous, Hubert ? s'indigna le fauve. Que l'on cherche à empoisonner l'héritière de l'empire d'Adrestia ?
- Je ne peux me permettre de prendre de risques pour tout ce qui concerne Dame Edelgard. En tant que souverain du Royaume de Faerghus, vous devriez me comprendre.
- Vous devriez le laissez faire, signala la jeune biche à peine le contenu de sa bouche avalé. Peut-être que ces gâteaux auront le pouvoir d'adoucir ses traits, quoique... j'en doute. »
Et bien, je ne savais pas Lysithea aussi irrévérencieuse, quoique, cela ne me surprenait guère, en fait. Elle n'avait de la biche que la classe à laquelle elle appartenait, et peut-être le visage, car son caractère était plutôt celui d'un fauve. Une chose était certaine, elle n'en manquait pas, et personne n'aurait osé répondre à Hubert de la sorte en dehors de certains aigles. Mais le plus choquant, dans tout cela, fut qu'un sourire fleurit sur les lèvres du mage, avant qu'il n'avale l'un des petits biscuits chocolatés.
La tension dans l'assemblée était palpable, tous les regards étaient braqués sur l'individu sombre, tous attendaient, une quelconque réaction de sa part, ou son aval. Plus que quiconque, l'impératrice elle-même attendait, sa patience mise à mal devant des sucreries qu'elle ne pouvait gouter, et puis... J'écarquillai les yeux.
La main gantée d'Hubert vint soudain s'agripper sur sa poitrine. Ses doigts se resserrèrent sur le tissu de son uniforme tandis que son visage se contracta comme s'il était prit de spasmes. Tout se passa en une fraction de seconde, je l'entendis tousser, et lorsque ses genoux s'écrasèrent sur le sol, je me précipitai vers lui. Ses cheveux noirs retombant de part et d'autres de son visage m'empêchaient de voir son expression, et tout ce que je pu faire fut de lui attraper les épaules pour tenter de le relever. Autour de nous, tous semblaient figés, et personne ne comprenait ce qui était en train de se passer. Très vite, la panique vint remplacer l'allégresse de partager un simple goûté, et je pus affirmer sans prendre de risque que chacun d'entre nous se demandait s'il allait nous arriver la même chose après avoir également mangé des biscuits. J'entendis Ashe prononcer le nom de Manuela avant qu'Hubert ne cesse définitivement de bouger, et puis, il murmura :
« - Ces biscuits sont effectivement d'une qualité qu'on ne trouve que rarement, votre Altesse, je vous invite à y gouter à votre tour. »
Par tous les Saints, avait-il vraiment osé ? Je n'arrivais pas à y croire, et je cru même que mon cœur avait raté un battement. Nous eûmes tous besoin d'une minute pour de nouveau pouvoir respirer normalement, et se remettre de ces étranges émotions.
Lorsque Hubert eut fini de se relevé, le visage de la future impératrice ne s'était toujours pas décrispé. De nous tous, ce fut bien elle qui fut le plus choquée, peut-être restait-il certaines parts d'ombre qu'elle ignorait encore à ce jeune homme bien sombre.
« - Hubert, avez-vous vraiment tenté de faire une plaisanterie ? demanda Lysithea qui en avait écrasé un biscuit entre ses doigts.
- Force de constater qu'il demeure des domaines pour lesquels j'ai encore bien des progrès à faire.
- Et ce n'est pas peu dire... ajouta Edelgard avant de tendre une main hésitante vers l'assiette. »
Elle prit quelques secondes pour observer le petit gâteau de forme ronde et aplatie, recouvert de pépites sombres. Et puis, ses lèvres s'entre-ouvrirent juste assez pour qu'elle puisse en croquer un bout. L'avaler tout entier n'aurait probablement pas été digne de la noble qu'elle était, même si aucun de ceux présents ici ne s'étaient embarrassés de tant de manière. J'observai attentivement sa réaction, comme tout le monde, avant de la voir ouvrir un peu plus grand les yeux, comme si elle découvrait quelque chose pour la toute première fois. Quelque chose d'étonnant, et de vraiment plaisant. En tant qu'amatrice de sucreries, au même titre que la petite Cerf-d'Or, son avis était très attendu.
« - C'est... laissa-t-elle échapper. Comment nommez-vous ceci ? continua-t-elle en s'adressant aux deux habitants du royaume.
- On appelle ça des Cookies, répondit l'archer qui ne cachait pas sa joie. Il s'agit de la dernière création d'un très grand boulanger, à Firdhiad !
- A Firdhiad, dites-vous ?
- Qu'en dites-vous, Edelgard ? demanda le blond d'un ton un peu trop triomphal. C'est tout autre chose que les biscuits que vous recevez d'Enbarr, n'est-ce pas ?
- Je vous signale que j'aime ces biscuits d'Enbarr, moi... se vexa presque la biche.
- Même à Brigid où nous ne mangeons que peu de gâteaux, rares sont les guerriers qui osent gouter ces choses. »
C'était la première fois que Petra ouvrait la bouche depuis mon arrivée au mess, mais elle aurait sans doute du se taire, car elle ne vexa non pas une, mais bien deux personnes ici présentes. Je me demandai à quoi pensait Lysithea qui avait l'air d'être la seule à apprécier les douceurs de Enbarr, qui, pour moi-même en avoir gouté une fois, étaient presque immangeables. Et puis, il y avait Edelgard, qui avait pris cette expression grave qui apparaissait sur son visage chaque fois que quelqu'un tentait d'attenter à sa fierté.
« - Bien, souffla la future impératrice, si rien ne requiert plus longtemps ma présence ici, je vais me retirer. »
Elle n'attendit pas une réponse, que déjà, les portes se refermèrent derrière elle, et je dus avouer n'aimer guère la voir réagir ainsi, comme si quelque chose la perturbait. Peut-être que la plaisanterie du fils Vestra lui avait retourné assez l'estomac pour qu'elle ne soit pas capable d'avaler une victuaille de plus. Je décidai alors de la suivre avant même que son ombre ne puisse le faire, et franchissais à mon tour les portes du réfectoire à la recherche de mon aigle.
Fort heureusement pour moi, celle-ci n'avait pas eu le temps de s'envoler bien loin au cœur des jardins, et il aurait été désagréable de devoir courir le ventre uniquement rempli de sucre, ce n'était pas très sain. Je rattrapai rapidement la souveraine et passai devant elle pour enfin lui faire face.
« - Est-ce que tout va bien, Edelgard ? m'enquis-je devant son regard sombre.
- Oui, je retournais seulement aux dortoirs, de nombreuses choses dont il faut que je m'occupe réclament mon attention, je suis la future impératrice de l'empire.
- Vraiment ? fis-je en levant un sourcils, peu convaincue. Alors peut-être me laisserez-vous vous y accompagner.
- Si vous y tenez, accepta-t-elle. »
Nous marchâmes quelques minutes, silencieusement, alors que j'eus l'impression de faire de nouveau un pas en arrière. Qu'il était compliqué de communiquer avec cet oiseau lorsqu'elle se braquait de la sorte. Je n'étais pourtant pas la source de ses maux, pas cette fois, du moins. Nous arrivâmes devant les dortoirs bien trop vite à mon gout, puisque je n'avais aucune excuse pour rester davantage avec elle. Mais je refusais de la laisser partir de la sorte, pas après tout ce que elle et moi avions pu échanger la veille. En temps normal, je serais seulement repartie vaquer à mes occupations, sans me soucier de rien, mais je ne pouvais pas m'y résoudre cette fois.
« - Edelgard, seriez-vous à tout hasard vexée ? tentais-je alors. »
Mais mon aiglon détourna vivement la tête et ses mèches blanches se soulevèrent devant mes yeux. J'avais donc ainsi vu juste.
« - Je ne comprends pas, Professeure. L'empire détient le monopole des fèves de cacao, alors pourquoi diantre les seuls biscuits propres à Enbarr sont-ils toujours aussi mauvais ? »
J'entendis claquer ses talons alors qu'elle fit un pas en avant, puis se retourna avant de porter la main à son menton, comme prise d'une très intense réflexion qui me laissa dubitative.
« - Dimitri risque de me parler de cette victoire pendant bien des années... elle murmurait sans même s'en rendre compte.
- Est-ce donc là la simple raison de votre frustration ? fis-je étonnée mais également soulagée. Une histoire de biscuits, ou plutôt, de Cookies ?
- Vous ne comprenez pas, Professeure. L'empire a toujours été la plus grande puissance de Fódlan, je ne peux tolérer un tel échec. »
Les quatre Saints eux-mêmes ne mesuraient certainement pas l'importance de tout ceci, pas plus que moi-même, en fait. Edelgard me laissait l'impression d'avoir perdu une guerre, alors que la création de ces petites choses chocolatées aurait du être une excellente nouvelle pour tout le monde, particulièrement pour les amateurs de sucré. Mais l'Aigle de Jais était d'une telle fierté qu'il était impossible de la rassurer. De fait, je tentais une approche que jamais je n'aurais pensé oser.
« - El... je lui soufflai en attrapant ses épaules après avoir vérifié que personne ne nous observait. Laissez-donc ce Cookie de la victoire à Dimitri et au Royaume. L'Empire possède déjà la plus merveilleuse des créations. »
Je vis ses joues prendre une teinte rosée et ses lèvres presque trembler alors que son regard semblait s'être enraciné dans le mien. J'avais toute son attention, de part la façon dont je l'avais appelée, ou bien celle qu'avaient mes doigts de se serrer sur ses épaules, ou encore la façon dont mes yeux la dévoraient, à l'instant. Elle était toute à moi.
« - Et pourrais-je savoir à quoi vous faites allusion, Professeure ?
- Cela me parait évident. A vous. »
Ses orbes parme s'illuminèrent d'une toute nouvelle lueur, et mon cœur manqua un battement dans ma poitrine tant je la trouvais belle. Derrière sa fierté se cachait tant de fragilité...
Comment aurais-je pu vouloir autre chose que la protéger ?
