Chapitre Vingt-et-Un
« S'il était malin, il resterait à l'abri à Winterfell.
- Ce n'est pas son genre. Il sait que le Nord l'observe. S'il montre la moindre faiblesse, ses vassaux ne le craindront plus. Il inspire la peur, c'est sa force. »
Elle était là, entre Ser Robar et Lord Cley. Le regard rivé sur le sol, personne ne lui demandait son avis, ni sur la bataille, ni sur Ramsay. Ils tiraient des conclusions hâtives, mais personne ne se donnait la peine de l'écouter. Elle fut sa femme, elle fut la première à percer à jour l'homme qui se cachait sous cette carapace d'égocentrisme et de sadisme. Mais l'avis des hommes étaient plus important que celui d'une femme. Et elle écoutait Jon et Ser Davos débattre d'un homme qu'ils ne connaissaient pas.
« Et sa faiblesse. Ses hommes se battent par obligation. S'ils pensent qu'il perd…
- …C'est pas ses hommes qui m'inquiètent, mais ses chevaux. »
Ce fut Tormund qui fit la première remarque pertinente, ce qui fit relever le regard de Sansa vers le sauvageon roux.
« La cavalerie peut nous anéantir. Stannis nous avait taillés en pièces en un éclair.
- On creuse des tranchées. Ils n'attaqueront pas comme Stannis, par enveloppement. »
Le sauvageon se redressa, l'air perdu devant les termes techniques de Jon qui rectifia :
« En tenaille. »
Mais cela n'eut l'air d'aider plus le sauvageon, ce fut à ce moment que Cley intervint, s'avançant autour de la table ronde.
« Ils n'attaqueront pas sur les côtés, Tormund. »
Celui-ci hocha alors la tête et murmura « Tant mieux », avant de s'asseoir sur une chaise de bois et de boire ce qui se trouvait dans sa choppe de bois. Certains traits de caractères du sauvageon, rappelait à Sansa, Le Limier…
La voix de Cley reprit alors de plus belle, intéressant Sansa.
« Il est crucial de les laisser charger. Ils sont nombreux, nous devons être patients. »
Sansa les fixait toujours, attendant que l'un d'eux lui demande son avis, où la laisse entrer dans la conversation, d'une quelconque manière que ce soit. Mais personne ne la laissait s'exprimer. Elle reprenait sa place de colombe dans sa cage, attendant que quelqu'un daigne lui donner des graines et de l'eau.
Or, Ramsay avait brisé le cou de la colombe qu'elle fut, lui offrant l'opportunité de devenir une louve, et elle ne laisserait plus personnes exterminer la louve qu'elle était.
Ser Davos reprit alors derrière Cley, ne laissant toujours pas sa place à Lady Stark.
« Si on le laisse affaiblir le centre, il avancera. On pourra l'encercler. »
Elle avait établi chaque stratégie de bataille avec Ramsay durant ces derniers mois. Elle avait participé à chaque bataille fictive qu'il lui avait donné. Tel un jeu d'échec, elle avait manié les soldats sur le plateau avec brio. Et tandis que sa rage la rendait hermétique aux stratégies se construisant sous ses yeux, son oreille fut titillée pourtant par la voix grondante de Tormund qui murmurait quelque chose à Jon. Malheureusement pour le sauvageon, la jeune rousse avait l'ouï fine.
« Tu pensais vraiment que ce connard allait t'affronter seul ?
- Non. Je voulais l'énerver. Je veux qu'il nous fonce dessus. »
Tous jaugèrent Jon du regard, celui-ci avait haussé le ton tout en plantant son regard dans celui de sa sœur qui semblait bouillir de rage. Davos calma alors la haine qui commençait à monter dans la tente en murmurant :
« Nous devrions tous dormir un peu. »
Tormund donna une tape dans le dos de son frère d'arme et quitta la tente tout en lançant au bâtard d'Eddard Stark :
« Repose-toi, Jon Snow. On aura besoin de toi. »
Tous quittèrent la tente, un à un, sans même un regard ou une parole envers Sansa qui se tenait toujours assise là.
« J'ai une armée.
- Celle de votre frère. »
Baelish, une fois de plus, avait-il eut raison ? Sansa était obligée de reconnaître que oui. Cette armée n'était pas la sienne, mais celle de son frère. Même si, elle avait ramené des soldats à leurs causes, ces mêmes hommes ne se battraient pas en son nom, mais en celui de son frère. N'était-ce pas normal dans le fond ? Qu'ils se battent pour celui qui risquait sa vie sur le champ de bataille avec eux ?
Jon se laissa tomber sur une chaise en face d'elle, amenant sa main à sa tempe avec difficulté, la fatigue le rongeait, et Sansa s'en rendait de plus en plus compte. Ses boucles brunes qui étaient retenues dans un catogan lui donnaient cet air strict, abandonnant l'air juvénile et niais qu'il avait toujours eut, pour cet air froid et juste qui remémorait à Sansa le visage de Eddard Stark.
S'il y avait bien une chose dont Sansa ne douterait jamais, c'était bel et bien le fait que le même sang coulait dans ses veines et celles de Jon. Il était un Stark, cela était indéniable. Et même si elle chérissait son frère comme le plus beau trésor que la vie lui avait rendue, une rancœur tenace rongeait son cœur.
« Tu as rencontré l'ennemi. Tu as fait tes plans de bataille. »
Elle s'était levée, fixant désormais l'échiquier de la bataille, illuminé par les bougies dont les flammes dansaient tels les corps nues de femmes. Ramsay aimait lui verser la cire de bougie brûlante sur son ventre pâle, elle haïssait cette sensation qui lui foudroyait la peau. Les brûlures étaient des douleurs lancinantes et douloureuses qui rendaient fou.
« Oui. Pour ce qu'ils valent. »
Il esquissa un sourire tendre, et Sansa rejeta cette envie de le prendre dans ses bras. Elle devait se montrer plus forte que ses sentiments, plus forte que ses faiblesses. Elle devait devenir Lady de Winterfell. La Reine du Nord. Alors, de sa voix froide elle continua.
« Vous ne l'avez vu, que l'espace d'une conversation, tes conseillers et toi. Vous formez des plans pour vaincre un homme que vous ne connaissez pas. J'ai vécu avec lui. J'ai tenté de le manipuler. Je sais comment il aime faire souffrir les autres. »
Jon commença à se renfermer sur lui-même, abandonnant son visage enjoué pour planter son regard ténébreux dans celui, si clair, de sa sœur.
« Ne t'es-tu jamais dit que je pouvais peut-être, être utile ? »
Il baissa les yeux au sol l'espace d'un instant, abandonnant presque immédiatement la lutte. Tel Eddard, il savait reconnaître ses torts quand il y en avait. A contrario de Robb qui n'avait jamais sut se remettre en question, faisant passer ses envies, avant son devoir…
Elle secoua légèrement la tête, honteuse de ses pensées.
« Tu as raison. »
Elle se sentit enfin écoutée, son cœur s'allégeant d'un poids, elle s'assit en face de lui, posant ses mains sur les siennes en un geste doux.
« Il ne tombera pas dans ton piège. Il t'en tendra un.
- Il est trop confiant ! »
Elle eut envie de rire devant cette affirmation, combien de fois par le passé, avait-elle fit à Ramsay : « Soit moins confiant, ne sous-estime pas ton ennemi. » Mais jamais il ne changea, car pour lui, son sadisme était au-dessus de chaque homme. Mais dans le fond, Ramsay avait raison, son sadisme et son intelligence aurait put faire perdre son sang froid à n'importe quel homme, même le plus calme. Et il essayera de briser Jon, comme il brisa Theon, comme il l'eut brisée elle.
« Il manipule les gens, et mieux que toi. Il l'a fait toute sa vie. Il m'a même fait croire que je menais la danse alors qu'à aucun moment, il ne s'était pris dans mon piège.
- Et je n'ai fait que jouer avec des bâtons ?! »
Jon s'était levé, se tournant vers l'extérieur, fixant un instant la lune avant de replanter son regard obscur dans celui si beau de sa sœur. Une détermination sans faille brillait dans son regard, une rage que Sansa ne lui connaissait pas. Sous-estimait-elle son frère ?
« J'ai affronté pire que Ramsay Bolton au-delà du Mur. J'ai affronté pire que lui au Mur ! »
Qui pouvait-être pire que Ramsay ? Que cette créature dépourvue de sentiments qui l'avait tant faite souffrir ? Qui peut être pire que cet homme dépourvu de sentiment et d'envie qui l'avait brisée jusqu'à la moelle et plus encore. Son âme était meurtrie par sa faute, son innocence brisée, il s'était insinué au fond d'elle, et jamais il ne partirait. Jamais elle ne pourrait oublier. Ni son sourire goguenard, ni sa voix, ni ses bras… Ni son odeur. Jamais elle ne pourrait oublier ces doux moments de répits qu'elle avait réussi à obtenir à ses côtés.
Il l'avait marquée avec un fer rouge, tel le bétail, et désormais, elle se sentait en colère. En colère qu'on lui dise que ce qu'elle connaissait n'était rien comparé à d'autre. Il lui avait tout pris. Sa virginité, son intégrité, son cœur, son fils, sa confiance. Il avait tout brisé jusqu'à tout réduire en poussière, et Jon osait lui dire connaître pire. Mais qu'y avait-il de pire que de perdre son enfant ? Qu'est-ce qui pouvait-être pire que la torture jusqu'à se sentir tel une marionnette ? Elle avait tant de fois souhaitée mourir et rejoindre ceux qu'elle aimait, là-haut. Elle l'avait souhaité tant de fois, et désormais Jon lui disait que pire existait ?
« Tu ne le connais pas. »
Sa voix était pleine de rage, et d'un geste, Jon l'apaisa légèrement, posant sa main contre sa nuque si blanche et à la fois brûlante, il murmura :
« Alors, dis-moi… Comment allons-nous récupérer Rickon ? »
Sansa se crispa alors de plus belle, devenant aussi raide qu'un cadavre, son regard s'embua légèrement au souvenir de cet enfant de quatre ans à peine qu'elle avait laissé derrière elle en partant pour Port-Réal. Il était son frère. Son sang, plus encore que Jon. Et elle devait renoncer, c'était inutile de se battre pour une situation dont elle connaissait déjà l'issue.
« Rickon est perdu. »
Une larme roula le long de sa joue, fermant les yeux avec force, elle voulait chasser le souvenir de Ramsay dans son esprit. Oublier l'homme qu'il était. Mais elle savait le destin qui attendait Rickon, elle ne le savait que trop bien. Et devant le regard empli de colère et de questions de Jon, elle continua.
« Il est le fils légitime de Ned Stark. Il est une menace pour Ramsay, bien plus qu'un bâtard. »
Sa gorge se serra, elle avait la sensation de l'insulter, mais elle ne disait que la vérité.
« Ou qu'une fille, même si je suis sa femme, Rickon est plus légitime que moi au trône de Winterfell. Rickon peut contester la place de Ramsay, ce qui signifie… qu'il va mourir. »
Elle haïssait ce jeu des trônes, ce jeu de pouvoir qu'elle n'avait jamais compris. Elle haïssait se sentir ainsi, si faible, sans aucune échappatoire. Elle allait devoir affronter la vérité, affronter la mort de Rickon. Une vie, contre une vie. Tel était l'issu de cette guerre. Devait-elle se sacrifier pour sauver Rickon ? Devait-elle sacrifier son plus jeune frère pour vivre ? Elle n'avait jamais eu de réelles difficultés à être égoïste, et Baelish, Ramsay, Myranda ou même Edric, tous l'avaient incité à être égoïste. Mais voulait-elle réellement être égoïste jusqu'au point de sacrifier sa famille ? Catelyn, sa mère, n'avait-elle pas toujours inciter sur ce point dans leurs éducations à tous. Ne jamais abandonner sa famille.
« On ne peut pas abandonner Rickon. »
Et Jon avait parfaitement retenu la leçon. Que devait-elle faire ?
« Ecoute-moi. Je t'en prie ! Il veut te pousser à l'erreur.
- Oui, mais que devrais-je faire, Sansa ?
- Je ne sais pas ! Je ne sais rien des batailles, du champ de bataille et de la mort ! Je ne sais pas me servir d'une épée ! Mais… Mais j'ai vécu avec cet homme durant trop de temps pour te laisser courir dans son piège sans t'en avertir. Ramsay n'a aucune pitié Jon. Il n'est pas humain, c'est une créature assoiffée de sang et de vengeance qui ne respire que dans l'attente de pouvoir assouvir son envie de voir souffrir les gens. De quelconque manière que ce soit, même de la plus cruelle, il arrive toujours à ses fins. Alors Jon, ne fais pas ce qu'il attend de toi.
- C'est un bon conseil.
- C'est évident ?
- Un peu, oui !
- Si tu avais demandé, je t'aurais dit de trouver davantage d'hommes. Est-ce évident ? »
Le ton augmentait, et Sansa savait que la conversation ne se finirait pas sur de bons termes. Mais en cet instant, la peur de se retrouver à nouveau sous la coupe de Ramsay, enfermée dans Winterfell, l'angoissait plus encore que tout le reste.
« Davantage d'hommes ?! On a fait le tour de nos bannerets. Le Silure ne viendra pas. On est déjà chanceux !
- Ça ne suffit pas.
- Non, mais nous n'avons pas le choix ! Les batailles se gagnent parfois avec moins que ça. »
Le regard froid de Jon était sans appel, et Sansa savait au fond de son cœur qu'il avait raison, et qu'elle ne pourrait rien n'y changer. Mais comment pouvait-elle se sentir sereine ? Comment pouvait-elle être en confiance ? Si elle retournait là-bas…
Des vagues souvenirs revinrent en sa mémoire, oppressant sa poitrine, lui tirant des larmes de doute. Elle s'appuya contre la table derrière elle, perdant pieds dans l'immensité de la tente autour d'elle. Les palpitations étaient plus fortes encore, des gouttes de sueurs froides coulèrent le long de sa nuque provoquant des frissons dans son dos humide. Une douleur sourde vint empoigner son cœur, lui provoquant un petit cri de détresse qui inquiéta Jon. Elle se sentait horriblement mal, portant sa main à sa poitrine, elle se sentit étouffer, prises de tremblements inquiétant. Elle se laissa doucement tomber au sol, les vertiges s'intensifiant pour venir lui donner l'envie de vomir, enserrant son estomac dans un étau horrible. Devenait-elle folle ? Elle perdait tout contrôle de son corps, elle n'arrivait plus à garder pieds. La seule chose qui tournait dans son esprit était Ramsay, Ramsay et sa folie, Ramsay et son sadisme, Ramsay en train de torturer Theon… Les cris de Myranda venant du chenil. Cette satisfaction qu'elle avait ressentie. Était-elle également un monstre ?
« Sansa… »
Jon releva d'une main tremblante le visage de sa sœur vers lui, caressant sa joue de son pouce avec douceur. Il voyait en elle toute l'angoisse qu'elle ressentait, et cela lui serra le cœur comme jamais auparavant.
Avec une voix nouée et pleine de désespoir, elle continua :
« Si Ramsay l'emporte, je n'y retournerai pas vivante. Tu entends ? »
Doucement, Jon serra la main de Sansa dans la sienne, la rapprochant ainsi de son corps brulant, chaleur qui rassurait Sansa, calmant peu à peu toute l'angoisse qui rongeait son cœur.
« Je ne le laisserai plus jamais poser la main sur toi. »
Doucement, ses lèvres gercées par le froid vinrent disparaitre dans la chevelure rousse de sa sœur. Murmurant avec certitude.
« Je te protégerai, je te le promets. »
Lentement, Sansa se releva, les yeux embués de larmes, elle quitta l'aura protectrice de Jon. Tout son corps lui implorait de rester, mais elle ne l'écouta pas, titubant jusqu'à la sortie de la tente. Elle jeta un dernier regard à Jon, empli de mille sentiments que son propre frère n'aurait su déchiffrer. Seul Ramsay connaissait ce regard, il y avait fait face tant de fois…
Elle était son propre danger, tiraillée entre la peur que lui inspirait le jeune Bolton, et l'amour qu'elle avait ressenti pour l'homme qu'il avait essayé d'être avec elle. Était-il réellement cette créature froide et sans sentiment ? Le pire ennemi de Sansa en cet instant était l'espoir qui maintenait l'amour toxique qu'elle éprouvait pour Ramsay solidement attaché en son cœur.
« Personne ne peut me protéger. Personne ne protège personne. »
Lentement, elle se retourna et disparu dans l'immensité neigeuse. Laissant Jon à sa réflexion.
Avait-elle dit cela pour Jon ? Non. Pas le moins du monde. Mais chaque personne ayant décidé de la protéger était mort, ou disparu… Ou l'avait simplement trahi.
Son père était mort, y laissant sa tête. Robb aussi était mort. Le limier… Il l'avait abandonnée pour ensuite disparaitre, le remord de ne pas l'avoir suivi tenaillant son ventre encore à ce jour.
Baelish, elle lui avait fait confiance aveuglément, n'hésitant jamais à le suivre ou à mentir pour lui. Finalement il l'avait vendue au premier offrant, lui assurant une place de choix dans le Nord, offrant à Sansa une place assurée dans la mort.
Theon était également porté disparu. Était-il mort ? Avait-il réussi à regagner les îles de fer ? Elle n'en savait rien.
Edric était du côté de Ramsay, qu'il le veuille ou non, son serment envers les Bolton était plus fort pour lui que son amitié avec Sansa.
Brienne avait promit de la protéger au péril de sa vie. Mais Sansa ne savait pas jusqu'où elle serait capable d'aller. Donnerait-elle vraiment sa vie pour une femme qu'elle ne connait pas. Même si Brienne avait protégé sa mère. Aujourd'hui Catelyn Stark était morte.
Et Jon… Jon était l'homme en qui elle pouvait avoir confiance sans même douter un instant. Mais Jon ne devait pas mourir pour elle. Elle ne se le pardonnerait jamais.
Resserrant un peu plus les pans de sa cape autour de ses épaules, elle rentra dans le bois au loup sans se retourner vers le camp. Elle avait besoin de solitude, loin de l'ambiance de la bataille prochaine qui lui étouffait le cœur.
[…]
« L'espoir est permis ? »
Tormund tourna légèrement son visage vers celui de Ser Davos. Ce vieillard était sage et plein de ressources, et le sauvageon devait reconnaitre qu'il l'aimait bien, alors il se donna la peine de répondre.
« J'ai jamais vu ces connards combattre. Ils nous ont jamais vus combattre. Alors oui, l'espoir est permis. »
Marchant toujours dans la neige, sentant leur poids faire craquer celle-ci, le sauvageon continua :
« Vous voulez venger votre roi, pas vrai ? »
Les yeux mi-clos dut à la neige qui tombait contre son visage blanc, Davos regardait droit devant lui, les mains liées dans son dos.
« Les Bolton n'ont pas vaincu Stannis. Il a perdu tout seul, il s'est vaincu lui-même. »
Tormund se mit à fixer devant lui, réfléchissant à ce que venait de dire son compagnon de route. Et Davos continua, perdu dans ses pensées.
« Je l'aimais. Il a fait de moi, quelqu'un. Mais il s'est laissé guider par ses démons.
- Vous avez vu ces démons ? »
Davos se stoppa au coin d'un feu, troublé par les propos du sauvageon.
« Quoi ? »
Tormund semblait des plus sérieux, et fixait Davos avec interrogation.
« Non, c'est une façon de parler ! Ce n'étaient pas de vrais démons.
- Oh… Vous aimiez ce salaud de Stannis, et j'aimais l'homme qu'il a brûlé. Mance n'écoutait pas de démons. Il ne cramait personne, il ne suivait pas de sorcière. Je croyais en lui. Il devait nous faire traverser la Longue Nuit. Mais je me suis trompé. Comme vous.
- On a peut-être eu le tort de croire en des rois. »
Tormund qui partait déjà, se retourna et lança :
« Jon Snow est pas roi.
- Non, il ne l'est pas. »
Les deux hommes échangèrent alors un regard entendu, et Tormund reprit, un sourire nouveau aux lèvres.
« J'ai besoin de boire pour dormir avant une bataille. Ça vous dit ? J'ai du lait fermenté bien plus costaud que l'eau de vigne que vous sirotez dans le sud.
- Merci, ça l'air délicieux, mais je dois garder l'esprit clair. Je ne dors jamais avant une bataille.
- Vous faites quoi alors ?
- Je marche. Je réfléchis. Jusqu'à ce que je sois assez loin pour qu'on ne m'entende pas chier. »
Tormund éclata de rire devant la nouvelle familiarité de son compagnon d'arme. Oui, cette fois il en était sûr, il aimait bien cet homme.
« Bonne chiasse. »
Et le sauvageon disparu dans la neige, laissant Ser Davos seul avec ses pensées.
[…]
Elle marchait encore et encore dans le bois qu'elle connaissait si bien. Elle l'avait tant parcouru avec Ramsay. Son cœur se serrait au fur et à mesure que ses pas s'enfonçaient dans les ténèbres de la nuit. Elle ne se sentait étrangement, nullement menacée, elle se sentait même presque bien au milieu de la végétation, comme protégé par les anciens Dieux. La rivière la berçait de son doux murmure, et tandis qu'elle réfléchissait, ses mains glissaient le long de l'écorce des arbres vieillissant.
Qui était réellement cet homme qu'elle aimait à en perdre toute morale ? Qui était réellement Ramsay Bolton ? Une créature sans pitié ? Ou un homme torturé par son propre passé. Il chassait et tuait ses ennemis comme un gibier quelconque. Lui ferait-il subir pareil supplice ? Non, il voulait un héritier. Peut-être y avait une chance qu'elle s'immisce à nouveau dans son cœur ? Non.
« Ce n'était qu'un jeu pour lui. Un jeu où tu as perdu, Sansa. »
Elle se sentit se crisper devant ses propres paroles. Elle voulait s'échapper et disparaitre, elle voulait enfin quitter cette toile qu'elle avait elle-même tissé. Mais elle ne pouvait pas, elle était dans ce labyrinthe dont elle ne connaissait l'issu. Luttant contre elle-même pour sa propre survie. Ramsay était là, et il serait toujours là, logé au fond de son esprit, et jamais il ne la quitterait. Elle le savait.
Elle avait quitté son enveloppe de jeune fille polie et sans saveur pour gagner la nuit qui enveloppait Ramsay depuis l'enfance. Abandonnant la lumière, elle avait gagné l'ombre pour le gagner lui. Était-ce réellement pour sa survie ? ou juste par pure curiosité ? Voulait-elle réellement jouer avec lui pour se sauver elle ? Ou voulait-elle le sauver lui également ? Elle ne savait plus. Elle était perdue.
Elle se souvenait encore, cette torture qui régnait dans son regard à chaque instant, tel un chien fou qui vacillait constamment entre rage et amour. Elle avait vu un simple filament du vrai visage de Ramsay, de cet enfant torturé qui n'avait pas eu l'éducation qu'il méritait, bercé par la rancœur d'une mère et la folie d'un serviteur. Et le déni de son propre père. Saurait-elle un jour effacer de son cœur, de sa mémoire, ce visage si doux et apaisé ? Jamais elle ne pourrait.
Ramsay n'était ni le mal à l'état pur, ni le bien du tout. Était-ce réellement sa faute ?
Doucement, Sansa se laissa tomber sur un rocher, les souvenirs s'imprégnant dans son cœur tandis qu'elle fixait l'eau qui coulait dans son lit.
Rentrant dans la chambre, elle tomba nez à nez avec son époux, il semblait torturé. Serrant la mâchoire devant ce comportement qui l'apeurait. Sansa s'approcha doucement de lui, s'asseyant dans son fauteuil à côté de la cheminée, lui faisant ainsi face.
Il resta stoïque sur sa chaise devant la coiffeuse de son épouse. Fixant les flammes dans l'âtre de la cheminée, il ne disait rien, seulement son regard parlait pour lui.
« Ramsay ? »
Il tourna ses iris de givre vers elle qui se sentit immédiatement happé par ce regard si transperçant.
« Qui a-t-il mon Amour ? »
Il esquissa un sourire avant de se replonger dans ses pensées. Cela dura un moment, un moment trop long pour Sansa qui se sentait suffoquée d'angoisse. À tout moment, celui-ci pouvait se lever et la battre, comme l'embrasser, ou simplement partir vaquer à ses occupations. Et ce fut au bout d'un long moment qu'il se laissa aller sur la chaise et planta à nouveau son regard dans les yeux de saphir de sa femme.
« Toute mon enfance j'ai bercé dans des illusions de pouvoirs et des mensonges sur mes origines. Mon père était Lord Bolton. Ma mère me berçait dans cette idée, cette idée que c'était moi le prochain dirigeant de Fort Terreur. Et lorsque ma belle-mère m'a vu, elle ne m'a jamais accepté. J'ai essayé d'être le bon gamin. Mais elle n'a jamais voulu de moi. Mon père non plus, il n'y avait qu'à voir la façon dont il me regardait. Je n'étais pour lui qu'un boulet dont il ne voulait pas. »
Elle se leva alors, s'agenouillant devant son époux comme par tant de fois elle l'avait fait auparavant, et avait sourit à son époux avec tendresse.
« Et aujourd'hui, vous êtes Roi du Nord mon Lord. Tu es un Roi, ton père est mort et tu les diriges tous. Alors chasse ce passé qui te hante mon Amour, et soit Roi avec moi.
- Le passé a fait de moi la personne que je suis aujourd'hui. Et j'en suis ici grâce à ma cruauté, non pas mon courage. Les gens du peuple ne m'aime pas, ils me craignent.
- Mais à tes côtés, tu m'as moi, et je suis une Stark. Et notre bébé Ramsay. »
Elle appuya ses propos en posant la main de son époux sur son ventre.
« Notre bébé sera une partie de toi et une de moi. Le peuple l'aimera, et il sera Roi. »
Doucement, il vint l'embrasser, avant de se lever et de partir sans un mot, la laissant seule dans la chambre, un sourire désormais calme gisant sur ses lèvres fines.
Oui, Ramsay avait grandi dans une enfance bercée de mensonges et de faux souvenirs. On lui avait volé son innocence dès son plus son jeune âge, crachant à la figure de l'enfant qu'il était pour le transformé plus vite en une créature assoiffée de sang et de pouvoir. Sa mère ne l'avait qu'endurcis dans sa propre rancœur, sa haine et son mépris. Sa mère lui avait mit des œillères, et l'avait conforté dans le fait qu'elle désirait seulement son bonheur. Et son bonheur était Fort-Terreur. Et il devait se battre pour Fort-Terreur. Sans sentiment, sans amour, elle l'avait élevé, lui faisant croire que la haine qu'elle ressentait à l'égard de Roose Bolton, était de l'amour pour son fils. Mais en lui elle n'avait vu qu'un instrument de vengeance et rien d'autre.
Alors Ramsay avait grandi, sans connaître ni l'amour, ni l'innocence. Un monde si sombre pour un enfant. Toujours seul, toujours trop seul. Jamais une autre personne avec qui partager ses sentiments.
Alors était-ce réellement sa faute ? Après tout, c'étaient ses parents qui avaient fait de lui ce qu'il était, alors non, ce n'était nullement sa faute. Il n'était que la simple arme de vengeance de sa mère, et il lui avait obéis sans s'en rendre compte toute sa vie. Kiada était-elle vraiment une sainte comme la décrivait Ramsay ? Sansa n'en était nullement convaincue. Il était le fils de leur violence… Et désormais il n'avait plus le choix, que d'affirmer sa naissance et sa légitimité aux yeux de tous.
Une larme roula sur sa joue tandis que son cœur se serrait avec violence dans sa poitrine.
Elle était devenue quelqu'un d'autre à ses côtés, une personne plus forte et indépendante, et tandis qu'elle pensait à cet homme qui avait changé sa vie, un craquement derrière elle la fit se retourner tombant nez à nez avec ce regard empli d'un infini désespoir. Ample regard, qui menace et qui adore.
« Sansa. »
Je n'ai malheureusement plus de chapitres d'avances pour la suite de la fiction, donc je suis navrée, mais je vais attendre d'en avoir quelques uns d'avances avant de publier "régulièrement".
A bientôt :)
