I. 30% de changement

Karin

La jeune femme s'assit posément. Elle regarda autour d'elle avec curiosité, elle se sentait un peu comme une étudiante étrangère, une petite touriste dans un univers bien sérieux.

La conseillère socio-économique se pencha sur le dossier qu'elle avait pré-rempli en arrivant à la structure. Le regard de Karin s'arrêta sur le col simple qui enjolivait le cou svelte de la jeune femme devant elle. Sans doute était-elle encore plus jeune qu'elle, c'était cocasse puisque l'une devait trouver un emploi à l'autre.

— Je m'appelle Tenten et je serais votre référente pour votre projet d'emploi. Je vois que vous avez précisé ne pas avoir financièrement besoin d'un travail, remarqua-t-elle en la regardant pour confirmation.

— Oui, je suis en ménage et nous ne manquons de rien.

— Est-ce que vous envisager une séparation avec votre conjoint ? s'enquit Tenten avec détachement.

— Quoi ?! Non, pas du tout ! J'ai simplement besoin de m'occuper, je tourne en rond en ce moment.

Karin était vraiment choquée d'une telle proposition. Il lui était douloureux d'imaginer sa vie sans Sasuke. Il était le partenaire de vie idéal.

— Je comprends. Je récapitule rapidement votre parcours. Vous avez étudier l'histoire du design et la littérature. Je vois que vous avez travaillé chez Yakumo Doublure. Et par la suite c'est plus décousu, une formation impressionnante en électricité suivie d'une en plomberie. Ce sont des secteurs qui vous intéresse encore ?

— Euh, non. Pas vraiment.

— Entendu, répondit Tenten avec douceur. Alors avez-vous eu des activités autres pendant cette période ?

Karin observa sa vis-à-vis prête à exploser au moindre sentiment de jugement. Elle savait parfaitement de quoi cela avait l'air. Son niveau de vie l'avait autorisée à renoncer à son travail mais si elle n'avait pas été mariée, sans doute n'aurait-elle pas envisagé cette option de la même façon.

— J'ai participé à la communication de l'Open Event bénévolement, je l'ai fait cinq années de suite. Et sinon j'ai beaucoup rénové d'appartements ainsi que des maisons.

— D'où vos formations annexes, comprit facilement la conseillère. Bon, je vous propose le poste de professeur de français au collège du quartier Rôen. Je sais, personne n'a envie d'être prof au collège. Cependant le poste est à 50%, bien payé et surtout provisoire. Quand vous aurez un nouveau projet parce que vous semblez avoir la bougeotte, nous pourrons le mettre en place notamment en réduisant votre charge.

Karin pensa que le gouvernement allait vraiment mal pour vouloir lui confier des gosses. Bien sûr, elle n'avait pas loupé l'avalanche de publicités qui enjoignait jeunes et vieux à venir se confronter aux nombreux élèves. Mais il lui avait semblé hautement improbable qu'on lui fasse ce genre de proposition.

Elle savait, pour jouer fréquemment dessus, qu'elle n'avait pas l'allure d'une femme modèle. Son chemisier dénudait son nombril, son short soulignait ses fesse et ses bottes épaisses contrebalançait férocement le côté excessivement féminin de l'ensemble. Elle portait des boucles d'oreille dépareillées et ses cheveux n'en faisaient qu'à leur tête comme toujours.

— Je ne suis pas vraiment du type professeure, fit-elle remarquer à sa conseillère.

— Détrompez-vous, les élèves ne sont pas si regardants. Il suffit de se rappeler que malgré leur jeune âge ce sont des êtres humains et qu'ils ont leur soucis comme les autres. C'est même une chance d'avoir des profs d'horizons différents pour eux. Réfléchissez-y et si vous ne voulez pas essayer, nous chercherons autre chose.

Karin se força à remercier son interlocutrice avant de se diriger vers la porte. Elle préférait presque rester chez elle et continuer de mater ses séries déco sans vergogne. Elle n'avait vraiment rien à apprendre à des gosses. Rien.

En sortant, elle croisa le regard blanc d'une plantureuse jeune femme qui baissa immédiatement les yeux. Si quelqu'un avait encore moins l'étoffe d'une prof de collège, c'était elle.

Karin fit un bout de chemin à vélo avant de rentrer chez elle. Elle soupira devant l'aspect aseptisé de leur appartement. Pourquoi autant de tons crème ? Elle se souvenait qu'à l'époque ils avaient un mur entier rouge criard.

Elle enleva ses chaussures et dut obligatoirement mettre des chaussons face à la froideur de son logement. C'était vraiment stupide, comment il pouvait faire si froid quand dehors tout le monde suait à grosses gouttes.

De désespoir, elle s'entortilla dans son plaid et trouva un programme TV pour s'occuper un tant soit peu. C'était difficile de ne pas s'ennuyer quand on restait seule si longtemps. Ils avaient bien des amis mais personne ne restait au foyer sans avoir des marmots à charge. Donc Karin n'avait personne avec qui faire des folies.

Au bout de quatre heures de ce régime, elle reconnut que prof, ce n'était pas si mal après tout. Elle pourrait se moquer des élèves, leur faire lire des scènes de cul tellement abstraites qu'ils ne les comprendraient qu'au supérieur, et avoir des collègues qui auraient sans doute envie de sortir. Avant la fin de la journée, elle rappela Tenten pour convenir des modalités.

Hinata

Rien ne parviendrait jamais à cacher ses formes gigantesques. Rien. Et c'était bien dommage. Dans sa chambre d'auberge, Hinata observait désespérément son reflet.

Pour son premier jour au collège, en tant que professeur étrangement, elle avait mis un pantacourt ajusté aux mollets et une chemise presque blanche avec un joli nœud au col. Jamais un étudiant ne la trouverait cool mais en même temps elle ne l'était franchement pas.

Elle sortit de la minuscule chambre puis de l'immeuble. Elle avait préparé quelques exercices simples pour voir d'où ils partaient, elle ne voulait pas faire de redites.

La bâtisse était plus grande que ce qu'elle aurait cru de prime abord. Elle se présenta au bureau du principal qui la redirigea vers son adjoint. Celui-ci la conduisit jusqu'à la salle des professeurs. En chemin, ils croisèrent une joli rousse aux lèvres noires qui posait partout un regard curieux.

— Nouvelle prof ? Suivez-vous.

C'était la femme de l'agence Occupé ! Elles échangèrent un pauvre sourire comprenant qu'elles étaient dans le même bateau.

La salle des prof était excentrée disposant d'un balcon et de grands fenêtres qui donnaient sur la ville et les forêts au loin. Le balcon était assez petit mais les bancs en bois avaient leur charme.

— Iruka, voici vos nouveaux enseignants. Indiquez-leur la marche à suivre.

Une homme d'une cinquantaine d'années s'approcha en souriant, il leur serra la main et proposa un café. Hinata fut ravie d'accepter ; tout était payant à l'auberge et ça finissait par revenir cher.

— Tout d'abord bienvenues, grâce à vous nos effectifs sont presque complets.

Hinata s'enthousiasma devant un tel sourire, c'était plus fort qu'elle. Elle avait grandi dans un monde surveillé, chapeauté à l'extrême, et cette bienveillance, cette joie de vivre affichées lui plaisaient plus que de raison.

— Je vous ai imprimé un dossier sur vos classes et je crois qu'on vous a déjà communiqué le programme scolaire. Voici un plan du collège, vous n'aurez pas vraiment à changer de classe normalement.

Au fur et à mesure qu'il parlait, il leur tendait des documents et cela ne semblait jamais s'arrêter. Il enchaîna avec le calendrier scolaire, les habitudes hebdomadaires, les réunions parents-prof, les conseils trimestriels, les semaines de découverte et-

— Putain Iruka tu vas les faire démissionner avant leur premier cours, coupa gracieusement un de leurs nouveaux collègues.

Il n'était pas spécialement grand et plutôt négligé. Surtout pas droit et son sourire tordu n'engageait rien.

— Suigestu, biologie et géologie, se présenta-t-il levant un main burinée.

Hinata resta figée devant ses dents pointues si incongrues laissant Karin répondre pour elles deux. Iruka leur donna rendez-vous pour les mener au self à l'heure du déjeuner et les laissa se préparer à la découverte de leur classe.

En voyant sa comparse ramasser ses affaires, Hinata se força à parler, désireuse de briser la glace avec sa collègue :

— Bon courage.

— Ouais, tout pareil.

Ce n'était pas vraiment une réussite.

Quinze minutes avant le début des cours, elle rejoignit la classe qui lui était attribuée et se fit une note de son plan de cours. Elle devait simplement se présenter, leur demander leur point de vue sur le cours d'histoire et mettre en place une première activité.

Classe de 5e, dix-sept élèves, se répétait-elle pour se donner du courage. Rien de sorcier. Pourtant, elle s'imaginait déjà bégayer devant leurs mines moqueuses. Ne pouvait-elle pas une fois considérer que la vie lui serait bienveillante ?

Les élèves entrèrent peu après la sonnerie dans un formidable boucan. Ils s'installèrent sans cesser de parler la dévisageant sans pudeur. Beaucoup trop de regards, se dit nerveusement Hinata. Elle se leva néanmoins pour leur faire face.

— Bonjour à tous, je m'appelle Hinata Hyuga. Je suis une nouvelle prof de musique et d'histoire. J'espère que vous serez indulgents, vous êtes ma toute première classe.

La plupart était globalement intéressé mais ça ne les empêchait de la regarder curieusement ou de continuer à chuchoter. Est-ce qu'ils savaient qu'elle les voyait distinctement ?

Le cœur battant la chamade, Hinata leur demanda de faire un tour de classe pour se présenter. Elle ne se sentait vraiment pas à sa place.

Karin

Iruka les conduisit au réfectoire en s'enquérant de leur état. Elles n'avaient eu que deux cours mais c'était déjà un bon début. C'était suffisant pour se rendre compte que les collégiens étaient des espèces à part, et de vrais petits monstres pour certains.

Karin savait déjà que les punitions allaient pleuvoir, elle n'avait aucun problème avec le fait d'être détestée ou maudite par une bande de mioches. Au contraire.

Ce n'était visiblement pas le cas de sa jeune collègue qui était de toute évidence pétrie de doutes en tout genre. Elle racontait comme elle se sentait démunie face à certaines remarques.

— Essaie de ne pas te laisser affecter, conseillait Iruka. La plupart du temps, les gosses cherchent à te blesser pour saper ton autorité donc il ne faut laisser aucune porte d'entrée.

Karin hocha la tête doctement. Elle avait presque de la peine pour Madame Hyuga tellement elle paraissait paumée.

Les jours passèrent et lui donnèrent raison. Hinata accumulait fatigue, stress et un bon lot de mauvaises pensées. Karin apprit après quelques jours que la jeune femme résidait en auberge pour l'instant. La nouvelle était surprenante puisque son nom de famille était le nom d'un clan très réputé dans le pays. Habituellement, faire partie d'un clan offrait un lot d'avantages autant au niveau des logements, que des opportunités d'emploi ou du régime fiscal. Plus le clan était important, plus ses avantages étaient juteux.

— C'est toujours le cas, accorda Hinata devant son air perplexe. Mais j'ai été bannie il y a quelques mois et j'ai un peu de mal à sortir la tête de l'eau. C'était une bonne sécurité tout de même.

Karin avait grimacé devant l'air triste et résigné de sa jeune collègue. C'était difficile de voir quelqu'un d'aussi effacé, ne pouvait-elle pas être en colère ? Sa famille l'avait reniée et elle enchaînait les difficultés sans avoir aucun recours possible. La colère aurait été légitime aux yeux de n'importe qui d'autre. Elle chercha vainement une idée pour l'aider mais pour l'instant, rien de glorieux ne lui venait. Elle en discuterait avec Sasuke, peut-être qu'il pourrait l'aider. En étant garant ou autre chose.

À côté de cela, les deux femmes faisaient des premiers pas compliqués en tant que prof. Si leur effectif en classe n'était pas énorme, il leur était compliqué de prévoir des activités tenant bien dans la durée d'un cours d'une heure et demi. Elles passaient un temps fou à simplement tenter de se faire entendre et avait bien du mal à suivre le rythme nécessaire à la suivi du programme bien qu'il soit considéré comme léger.

Elles étaient occupées à lire les plans qu'avaient laissés leurs prédécesseurs pour construire leurs prochains cours mais elles avaient bien du mal à se rendre compte du temps nécessaire pour chaque exercice.

— Des élèves sérieuses, ça fait plaisir à voir, commenta Suigestu en se postant à gauche de Karin.

Le professeur passait de temps en temps, lâchait des commentaires cyniques d'une voix éraillée mais il était sympathique et de bons conseils dans cet environnement nouveau.

— On prépare nos cours. C'est de la merde.

Comme à chaque voix qu'une vulgarité passait ses lèvres, Karin vit sa jeune collègue lever un regard presque apeuré vers elle. À croire qu'elle supposait que quelqu'un allait la gronder. Ah, les gosses de bonnes familles.

— Faites voir, si ça se trouve vous êtes juste pas douées.

Il feuilleta leur plan de cours. La mise en place et la description des exercices, les objectifs de cours, les sujets sur lesquels il fallait insister. Le professeur partit dans diverses explications en particulier autour des exercices-types et des choses à prévoir pour leur mise en place. Savoir que les élèves ne faisaient pas forcément leur devoir et qu'il fallait avoir un plan B. Savoir que les travaux de groupe demandait beaucoup d'organisation et qu'il fallait vraiment les canaliser sur un objectif.

Elles apprirent aux détours de la conversation qu'il était professeur depuis déjà six ans, dans ce même collège.

— Et détendez-vous surtout, ça les tuera pas d'avoir un mauvais prof de temps en temps.

Il frappa joyeusement la table pour ponctuer sa phrase et partit sur ses derniers mots.

— Même pas un « au revoir », s'étonna Hinata.

— Apparemment.

Karin n'eut pas le temps de développer sa pensée car son téléphone l'interrompit. Elle décrocha surprise que son mari l'appelle.

— Bonjour, comment vas-tu ?

— Bien. Je suis surpris de ne pas te trouver à la maison, expliqua Sasuke. Je crois que je ne suis jamais rentré à la maison avant toi.

— N'importe quoi, soupira Karin. Je rentre bientôt, t'auras juste le temps de me faire à manger !

— Oui, cheffe. Et même plus encore.

Sur ses paroles mystérieuses, un appel sans conteste au sexe, il raccrocha. Il voulait certainement s'assurer qu'elle allait bien. Hinata en face d'elle était restée silencieuse. Elle continuait de préparer ses cours avec rigueur.

— Tu vas restée encore longtemps ?

— Oui, mais ne t'en fais pas pour moi. C'est juste que c'est plus simple de travailler ici que dans ma chambre de bonne.

Elles échangèrent un sourire poli avant de se séparer.

Hinata

Hinata sourit devant l'air joyeux de Karin au lendemain. Même si sa vie se délitait peu à peu, elle était ravie de voir des personnes heureuses autour d'elle. Elle n'avait jamais été très envieuse, facile lorsqu'elle faisait déjà partie des privilégiés mais même maintenant, elle se découvrait un goût de l'effort.

— Je finis à seize heures aujourd'hui, tu peux m'attendre ? demanda Karin au détour d'un couloir. J'aimerais t'inviter à boire un verre.

Hinata accepta sans très bien comprendre ce qui passait derrière la moue séductrice de sa collègue. Elle se s'attendait pas à ce qu'elles se fréquentent en dehors du collège. Elles ne se ressemblaient vraiment pas et, elle pouvait le reconnaître, Hinata n'était pas très douée pour forger des amitiés.

Elle effectua son cours dans un état tellement second qu'elle ne remarqua même pas les remarques mesquines des quelques uns qui cherchaient encore à se jouer d'elle. Elle rangea ses affaires dans son casier et prit du travail pour ce soir. Elle patienta près du local à vélo que Karin ait le temps de sortir après son dernier cours puis elles partirent ensemble chez la rousse.

Karin vivait dans un appartement de haut standing dans un quartier calme et très résidentiel. L'ascenseur était spacieux et Karin entretenait la conversation en parlant de films pour changer. Devant les réponses laconiques de sa collègue, elle essaya plutôt les livres et elle fut servie. Arrivées dans le superbe salon du couple, Karin lui proposa une bière mais Hinata déclina. Elle buvait très très peu d'alcool, principalement parce qu'elle n'aimait pas ça.

— Vraiment ? s'étonna Karin. Aucune boisson alcoolisée du tout ?

— J'aime bien le cidre et le mousseux, si ça compte, accorda la brune avec un faible sourire. De temps en temps le champagne.

— Je vais te prendre ça.

Ignorant les cris de protestations de la jeune femme qui ne voulait pas qu'on ouvre une bouteille rien que pour elle, Karin servit deux verres généreux. Si on ignorait sa tendance aux gros mots et aux phrases crues, Karin était une femme très classe. Elle n'avait pas un comportement séducteur malgré ce que ses vêtements pouvaient laisser présager.

Quelques temps plus tard, elles furent rejointes par Sasuke Uchiha. La petite brune avait déjà entendu parler du chef de clan et PDG de l'entreprise de bio-chimie. Mais elle ne savait pas qu'il était marié ni que sa femme avait choisi d'être prof.

— Choisi ? C'est beaucoup dire, contredit Karin quand elle exprima sa surprise à voix haute. Disons que j'avais besoin d'une occupation et la conseillère m'a proposé ça dans un premier temps.

— J'ai refusé au début, confia Hinata, mais c'était le seul emploi qui m'offrait assez de stabilité pour bientôt louer un appartement.

Sasuke vint s'asseoir à côté de sa femme, serra très formellement la main de son invitée et se servit un verre alors que Karin enchaînait :

— En parlant de ça, je me disais que je pourrais peut-être te dépanner pour cette histoire de logement. Nous avons un appartement, un trois pièces, disponible. Le principalement problème c'est qu'il est non meublé et en rénovation mais au moins tu aurais l'eau, l'électricité et internet en peu de temps.

— Je suis pas sûre de pouvoir me permettre de louer un T3, prévint Hinata déjà mal à l'aise. Je ne pourrais pas non plus offrir de loyers d'avance, je n'ai aucune épargne et-

— Ne t'inquiètes pas, interrompit Sasuke d'une voix tranquille. Si tu tiens à participer aux frais, nous mettrons un loyer à 24Kþ mais ça n'ira pas au-delà. Les travaux de plomberies et d'électricité sont faits. Nous avons programmé le montage de la salle de bain et ensuite viendra les parties communes et la cuisine. Ça ressemblera à du camping dans un premier temps mais ce ne sera que pour quelques semaines.

— Tu vas avoir du mal à refuser cette offre, sourit Karin qui avait profité des talents d'orateur de son mari.

— Pourquoi faire ça pour moi ? articula lentement la réprouvée.

— Et bien ça t'aide et ça ne nous coûte rien, répondit simplement Karin. Bon tu acceptes qu'on puisse t'aider à déménager ?

Hinata hocha la tête avec reconnaissance. Néanmoins elle leur assura qu'elle n'avait pas besoin d'aide pour bouger ses affaires ; elle en avait très peu.

Le couple lui fournit les informations nécessaires et Sasuke la poussa à prendre la voiture avec chauffeur qu'il avait appelé pour elle.

Hinata sortit en les remerciant un millier de fois. C'était une opportunité dont elle n'aurait osé rêver. L'appartement était presque entièrement nu et elle ouvrit les fenêtres sans tarder. Heureusement qu'elle n'avait pas débarqué ici en hiver.

Son portable vibra suite à la réception d'un message. Elle lut les mots de Karin : « J'envoie mon cousin t'apporter les meubles qui te manquent, si besoin je suis là. »

La jeune femme avait fait une toilette rapide avant de se mettre en pyjama. Elle n'avait pas envie de commander à manger mais elle n'avait pas non plus envie de sortir pour acheter quoi que ce soit.

Elle corrigeait les écrits de ses élèves quand elle dut prendre un appel.

— Bonjour, vous êtes bien Hinata Hyuga ?

La jeune fille fronça les sourcils en entendant cette voix. Comment une simple voix d'homme pouvait-elle l'attirer à ce point ? C'était complètement inhabituel chez elle.

Elle acquiesça.

— Je suis Naruto Uzumaki, Karin m'a demandé de passer monter quelques meubles pour votre installation. Je suis en route si ça vous convient.

— Oui, bien sûr. Je vous remercie de ce que vous faites.

— C'est tout naturel.

Il était tellement poli avec sa voix grave, son timbre chaud et vibrant, elle avait envie qu'il se penche à son oreille et pose une main sur sa hanche.

— Je comptais prendre à manger en passant, ça vous intéresse ?

Hinata sourit encore plus fort. Elle allait croire qu'on avait créé cet homme pour elle si ça continuait. Elle accepta joyeusement et remit nerveusement une mèche derrière son oreille.

Ne sois pas sotte, se dit-elle avec sévérité. S'il s'agissait bien de Naruto Uzumaki, le Hokage de Konoha alors elle n'avait strictement aucune chance. C'était le plus beau parti du pays, blond aux yeux bleus, l'air espiègle, le sourire chaleureux et communicatif. Il passait souvent dans des spots publicitaires en soutien aux dons du sang ou pour enjoindre la population à participer à un sondage ou un débat. Elle avait déjà l'impression de connaître son visage par cœur.

Elle se trompait naturellement.

Quand elle ouvrit la porte, elle fut surprise par sa taille, par son regard perçant sans compter sa tenue passe-partout qui la laissait sans voix.

— J'ai monté les meubles dans le couloir, rentrons-les.

Hinata était mortifiée qu'il ait monté les meubles jusqu'ici sans lui demander son aide. Il eut beau lui assurer qu'il n'avait pris que deux fois l'ascenseur et que rien n'était bien lourd, il ne parvint pas à la convaincre.

Ils installèrent une table avec le strict nécessaire pour cuisiner, manger et conserver les aliments, un bureau ainsi qu'un écran (il avait même pensé au câble HDMI), une assise moelleuse qui pourrait faire office de canapé d'appoint, un futon pour dormir et trois chaises. Il avait même amené un cabas avec du linge de maison, Hinata ne savait plus où se mettre, aucun remerciement ne pourrait suffire à ses yeux.

Naruto ne réussit à la faire taire qu'en l'enjoignant à manger. Ils décidèrent de regarder Kaamelott pour égayer le tout. Hinata fut surprise de constater que tout brillant et jeune homme politique qu'il était, Naruto était d'une très bonne compagnie. Il était attentif à tout ce qu'elle disait et ses légers flirt la ravissaient même si elle n'en ferait rien.

— Maintenant, on sait que j'ai oublié les sacs poubelle, fit remarquer Naruto qui ne savait où jeter les emballages en carton.

— Tant mieux, sourit la jeune femme en lui prenant le déchet des main.

Hinata rangea rapidement, mettant les restes dans le petit frigo.

— Je ne savais pas que vous aviez une cousine, lâcha Hinata.

— C'est plus un titre qu'une réalité familiale, accorda l'homme en haussant les épaules. Nous nous sommes rencontrés tardivement, quand elle a commencer à côtoyer Sasuke. La bonne vieille époque comme on dit.

Hinata aurait bien ri doucement mais son regard sur elle l'en empêchait. Elle eut brutalement la sensation de ne pas porter ce qu'il fallait. Son pyjama n'était qu'un gigantesque tee-shirt blanc sans manches avec un vieux short de sport. Elle ne s'était jamais demandé de quoi elle avait l'air dedans, jusqu'à ce qu'elle ouvre à Naruto.

— Vous êtes tout bonnement magnifique, fit-il remarquer sur le ton de la discussion.

Hinata n'arrivait toujours pas à parler, même un poli « merci » aurait semblé vaniteux à ses yeux. Elle n'était même pas capable de hocher la tête alors draguer était tout bonnement hors de portée.

Mais elle savait que Naruto interpréterait cette réserve comme les autres. Hinata se fit violence pour poser sa main audacieuse sur son avant-bras bronzé. C'était Naruto, un homme politique sur-occupé, il n'y aurait aucune suite.

Ce serait sa première folie depuis son bannissement. Une bonne façon de fêter sa liberté nouvelle ; il ne pouvait pas y avoir que des désavantages.

Naruto semblait aussi hésitant qu'elle maintenant. Elle déteignait sur les autres, quelle horreur.

— Je crois qu'on est en train de bien se mettre la pression, rigola doucement Naruto en se rapprochant d'elle.

Elle rit aussi mais arrêta rapidement en le voyant retirer son tee-shirt. En dessous, elle voyait sa peau bronzée, sculptée, marquée de petites cicatrices. Incroyablement attirant, elle s'échauffait devant cette vision.

— Te brides pas, quémanda Naruto avec cette même voix grave qu'il avait eu au téléphone.

Un gémissement échappa à la jeune femme, elle était à peine parvenue à toucher son torse immense. Elle mourrait d'envie de coucher avec lui mais était incapable de lui dire. Ou même de lui montrer.

Hinata savoura les bras qui l'entourèrent et les baisers dans son cou.

— Il y a quelque chose qui t'aiderait à être plus à l'aise ? demanda Naruto qui sentait son corps encore tendu dans ses bras.

— Tu pourrais... me vouvoyer, proposa Hinata dans un murmure.

Elle n'eut même pas le temps de se dire que sa demande était trop étrange et tenter de rebrousser chemin.

— À vos ordres, répondit Naruto de sa voix profonde. Madame ou mademoiselle ? demanda-t-il alors que ses mains glissaient sur ses hanches.

— Mademoiselle. Embrassez-moi, réussit-elle à exiger et vu le sourire de son partenaire, c'était tout ce qu'il attendait.

Et c'était le meilleur baiser de sa vie. Elle s'assit sur la table dans son dos, agacée d'avoir les jambes flageolantes et les cuisses bouillantes.

Naruto lui enleva son haut doucement.

— Vous êtes bien trop sexy, grogna-t-il contre son imposante poitrine.

— Monsieur Uzumaki, souffla une Hinata aux joues rouges.

Naruto chercha son regard, il caressait ses cuisses nues grimpant doucement sous son short.

— Que voulez-vous mademoiselle ? Le silence ne joue pas en votre faveur.

Son clitoris était prêt d'exploser, elle adorait sa voix et cette phrase et son ton pressant comme s'il était son patron, qu'il avait un quelconque ascendant sur elle.

— Je sais que je devrais pas, accorda doucement Hinata. Je me répète que vous êtes mon patron (il fronça ses sourcils à cette mention mais l'écouta attentivement) et que je dois faire attention...

— Je vois, la voix de Naruto était plus incertaine devant la tournure des évènements. C'était écrit depuis que vous avez débarqué dans mon bureau dans cette jupe droite. Je l'aurais découpée pour accéder à vos lèvres.

Hinata grogna en entendant ces mots. Elle mordilla la peau tendue de son cou, impatiente et excitée comme elle ne l'avait jamais été.

— J'ai l'habitude de travailler dur pour vous, vous pouvez...

Hinata perdit ses mots. Le vouvoiement l'aidait à se cacher derrière une fausse distance sociale mais elle ne savait pas désigner le sexe autrement que par grivoiseries et vulgarité. Et ce n'était pas des mots qu'elle était capable de prononcer.

— Je peux donc vous prendre sur ce bureau jusqu'à ce que vous ne puissiez plus vous lever.

— Enlevez-moi ce short.

L'impatience l'avait bel et bien gagnée, Hinata souleva les hanches et s'avança pour profiter de l'immense chaleur de son partenaire. Naruto baissa son pantalon non sans récupérer un préservatif dans son portefeuille.

Il le plaça sur son sexe en érection et caressa doucement les cuisses blanches d'Hinata.

— Monsieur Uzumaki, venez par ici.

D'un geste nerveux, Hinata conduisit le membre tendu vers ses lèvres luisantes. Elle était plus que prête. Elle sentit Naruto poser une main réconfortante sur sa hanche l'aidant alors qu'il se glissait en elle.

Hinata dut poser les mains sur la table pour se maintenir, elle n'avait jamais eu de telles sensations auparavant. Naruto l'enjoignit à s'allonger, il se précipita sur ses seins léchant et mordillant les deux tétons rosés. Son phallus prit possession de son vagin dans une ampleur inconnue jusque là, il frotta ses parois détrempées la remmenant aux désirs majeurs de son corps.

— Attendez, interrompit Hinata qui ne pouvait tenir plus longtemps ainsi. Changeons de position.

Naruto se retira la laissant choisir pour la suite. Hinata se mit difficilement debout et se tourna. Elle se sentit stupidement à présenter ainsi son postérieur mais s'apaisa lorsqu'elle sentit une main chaude sur ses fesses. Il pressa la forme arrondie comme s'il s'agrippait à elle, elle se sentit encore plus humide si possible.

— Penchez-vous Mademoiselle Hyuga.

Et elle écouta immédiatement, parce qu'elle sentait qu'elle n'aurait que du plaisir. Effectivement un long gémissement lui échappa devant ce nouvel angle qui l'émoustillait encore davantage.

Ils parvinrent à trouver leur rythme et Hinata était plus heureuse que jamais d'avoir du mobilier. Si elle ne s'accrochait pas à la table, elle n'aurait pu tenir la cadence. Naruto ne pouvait voir son visage mais il entendait ses gémissements et sa main se resserrait convulsivement sur son sein.

Ses coups de hanches s'accentuèrent alors que la main sur sa hanche glissait jusqu'à son clitoris. Hinata sourit en entendant le grognement final de son partenaire, il garda une main sur sa hanche alors qu'elle se redressait lentement.

Elle vit Naruto se résigner à laisser la capote usagée dans un emballage vide avant de s'assurer qu'elle allait bien.

— J'ai le bas du corps en coton, avoua la demoiselle appuyée contre la table.

— Attends ici, demanda Naruto avant d'attraper une serviette et de disparaître dans la salle de bain.

Il en revient avec la serviette humide. Il l'aida à s'asseoir et lui demanda poliment d'écarter les jambes. Il passa doucement le linge humide sur ses lèvres gonflées. Hinata devait reconnaître que ça lui faisait un bien fou. En fait les gestes doux et concernés de Naruto l'allumaient complètement.

Elle chercha ses lèvres et l'embrassa langoureusement.

— J'aurais du mal à enchaîner aussi rapidement, la repoussa-t-il avec tendresse. Mais j'ai très envie de te revoir. (Il vit qu'elle commençait déjà à se refermer comme lorsqu'il lui avait fait des avances plus tôt. ) Tu as mon numéro de téléphone, envoie-moi juste un « ok » ou « oui » et on s'organisera un petit truc.

La nervosité prit le dessus et elle se contenta de hocher la tête.

— Bon, je dois y aller. Et je suis sincère, j'ai adoré le temps passé avec toi.


Bonjour, voici donc une nouvelle fanfic UA total sur Naruto. Je suis ravie de pouvoir la publier, elle me trotte dans la tête depuis de longs mois maintenant. J'espère qu'elle vous plaira et j'ai hâte d'avoir vos premiers retours. Prenez soin de vous et à la semaine prochaine !