Voici venu le temps de la fin. Je suis fatigué de cette fanfiction dans laquelle je ne me retrouve plus. Trop d'années (oui oui) sont passées depuis le jour où j'ai fini l'écriture de cette histoire, je m'en suis trop éloigné. Ceci étant dit, je viens donc de finir la correction (seulement orthographique et grammaticale) des chapitres 25 à 29. Je pense finir cette correction (plus que trois chapitres) dans la journée et tout poster d'une traite. En espérant que cette histoire vous plaise malgré tout, et ce, jusqu'au bout : )
Venin
Anakin n'aimait plus les couloirs du Temple. Il les exécrait. Il détestait les murmures sur son passage. Les Padawans accompagnés de leurs Maîtres se retournaient pour le dévisager. Décidément, les rumeurs allaient bon train au sein du Temple. Si ses yeux avaient pu tuer, il aurait laissé une trainée de corps sur son passage. Quoiqu'il pouvait toujours en étrangler un ou deux…
Il se rappela un temps où il avait sérieusement considéré l'idée de passer par les conduits d'aération pour se rendre à ses quartiers.
Il souffla d'irritation. Il avait grandement besoin de se défouler dans une salle sombre d'entraînement.
.oXOXo.
Sortant du plafond, il atterrit splendidement sur ses pieds devant la porte d'une salle qu'il savait déserte.
« Nous devons parler. »
Anakin se retourna avec des yeux ronds, les bras figés dans son élan pour remettre en place la trappe du conduit d'aération, constatant la Maître Togruta campée derrière lui, les bras croisés, et la mine perplexe.
Un moment de silence gêné passa avant qu'elle ne décide d'y mettre fin sur un ton duquel il aurait presque perçu une note d'ironie. Son cœur se pinça : en tout cas, c'est ce qu'Ahsoka aurait fait.
« Que diriez-vous d'un thé, Skywalker ? »
Anakin soupira, mais approuva la requête d'un hochement de la tête, retissant. Il avait vraiment besoin de se défouler, pas de boire un thé. Mais le regard désabusé que lui lança la Togruta lui fit cependant tenir sa langue.
.oXOXo.
Le thé infusait lentement sa couleur orangée dans l'eau chaude. Anakin la regardait agiter avec délicatesse la sphère percée contenant les feuilles et baies séchées, il ne voulait pas entamer le premier cette conversation. Et Shaak Ti le savait.
« Puisque tu es assigné au Temple, » Anakin eut un rictus moqueur, elle n'y prêta pas attention, « je sais que tu ne nous fais plus confiance. Que tu ne croîs plus même en l'Ordre. Et part ce fait, je voulais savoir quelles réponses, toi, tu avais trouvées, par rapport à notre dernière entrevue. »
Elle souleva enfin son regard sur Anakin qui ne l'avait pas quitté des yeux.
« Je sais que vous avez essayé de m'aider, Maître Shaak Ti. Mais je ne crois plus aux mensonges, aux illusions mielleuses sur cette Force qui guiderait nos pas et dans laquelle il faudrait relâcher nos émotions. Ahsoka est morte par ma faute. C'est un fait. Et jamais je ne l'oublierai. Je ne le veux pas. »
« Je ne te parle pas d'oublier, Anakin, mais de te pardonner. De lâcher prise. »
« Et je le refuse ! Vous ne vous êtes jamais remise de la mort de vos Padawans, pourtant vous vous efforcez de fermer les yeux sur votre culpabilité. Quelles leçons puis-je recevoir encore de vous, des Jedi ? »
Shaak Ti inspira lentement tandis qu'elle fermait les yeux. Elle les rouvrit, noyé d'une tendre tristesse.
« Ils me manquent aussi, c'est vrai. Et je m'en suis longtemps voulu, » elle prit une gorgée de thé, « et la Force m'avait alors semblé être injuste. Le monde entier l'était, les Jedi me disaient d'avancer. Je l'ai fait en me noyant dans ma fonction de Jedi, je suis devenue membre du Conseil, n'ai jamais repris d'apprenti… cela est vrai. Alors j'ai compris autre chose : le temps. Le temps seul peut nous permettre de soigner nos blessures. Elles vont se refermer, que tu le veuilles ou non. Mais leurs cicatrices seront toujours présentes. Et c'est une bonne chose. Car elles nous rappellent nos erreurs. Leurs présences aussi, » ses lèvres s'étirèrent en un doux sourire, « ils ne nous quittent jamais vraiment. »
Elle reposa sa tasse. Anakin n'avait toujours pas touché à la sienne.
« Et je sais que mes mots te paraissent creux et vides de sens, pour l'instant. Alors, fais ce que je n'ai pu faire, ce que je n'ai voulu faire : crache ta colère envers le ciel, envers toi-même, maudit l'univers entier. Et pleure toutes les larmes de ton corps. Tu dis être habité des émotions et ne souhaites t'en débarrasser. Seulement, n'oublie pas, comme tu sembles l'avoir compris déjà, qu'à travers les émotions, il faut savoir garder son but. Garde précieusement tous les souvenirs d'elle. Sa lumière, sa chaleur. Ne t'en débarrasse pas comme je l'ai fait, ne les fuis pas. Ses fragments dans ton esprit sont tout à ton honneur. Et je te souhaite de ne jamais les oublier pour qu'un jour tu puisses trouver la sérénité. C'est, je suis sûre, sans pour autant l'avoir connue, ce qu'Ahsoka aurait voulu. »
Anakin déglutit tandis qu'il pressait étroitement ses paupières. Mais aucune foutue larme ne s'enfuit de ses yeux. Il ne savait même pas s'il en avait vraiment envie. Elles avaient déjà noyé son cœur au fur et à mesure que Shaak Ti avait parlé. Anakin porta sa tasse à ses lèvres. Il avait encore un goût trop amer.
Ce qu'Ahsoka aurait voulu, c'était de vivre.
Elle pressa une main sur son épaule avant de se lever.
« Je sais que le moment est malvenu, mais quitte à continuer dans la sincérité, sache que j'ai rapporté les débris de l'Holocron au Maître Jocasta Nu. Quand tu seras prêt, nous devrons en savoir plus sur… »
Anakin, qui avait sensiblement blêmi à ces derniers mots, ne l'écoutait plus. Il se releva précipitamment à son tour et fonça en direction des Archives.
« Sales pattes de Jedi qui touchent à tout… aucune jugeote… foutue Jedi qui touchait à ce qui ne les regardait pas… » maugréa-t-il en son for intérieur.
.oXOXo.
Ses bordures étaient toujours finement ornementées d'or, mais son cœur autrefois rougeoyant était terne. Jocasta avait été formelle sur le sujet : l'Holocron était irrécupérable, ses données, perdues. Fort heureusement, pensa Anakin, bien que la Maître était plutôt d'humeur renfrognée sur le sujet.
Il prit les deux pièces entre ses mains. Les morceaux dégageaient un froid inhabituel entre ses doigts. Ou plutôt, un froid que trop familier. Il fit couler la Force entre ses doigts et la fit circuler de manière à en effleurer l'ancien Holocron.
« Traître. »
Anakin se figea.
Il se retourna vers la Maître qui l'observait dans un stoïcisme parfait.
« Vous êtes sûre de n'avoir rien trouvé d'anormal, Maître ? »
Elle plissa des yeux, comme insultée par la remarque.
« Si vous voulez dire par : « rien d'anormal, " autre chose qu'un Holocron Sith fracturé et inutilisable, oui. »
« Très bien. Il est donc bon à jeter. »
Elle leva un sourcil outragé.
« Certainement pas, il sera mis sous scellé. C'est un ancien Holocron Sith. Inoffensif, certes. Mais un Artéfact sur mal. »
Il roula presque des yeux. Presque.
« Pouvez-vous me laisser seul avec quelques instants ? »
« Vous êtes sous surveillance dans ce Temple, Skywalker. »
« Et cet Holocron est inoffensif comme vous l'avez si bien dit. J'aimerais juste… faire une sorte de deuil du passé. Seul, » il pria pour que jeu d'acteur cherchant la rédemption émeuve cette statue de froideur inébranlable.
« Traître. »
Anakin perdit un peu plus de ses couleurs, ne sachant pas si la voix provenait de sa tête ou de la Maître, il garda ses yeux ardemment rivés sur l'objet.
« Très bien, Skywalker, » renifla la Jedi, « mais je le veux dans le même état à votre retour. »
Anakin n'en attendit pas plus et quitta promptement la salle des archives, les fragments étroitement serrés entre ses phalanges blanchies.
.oXOXo.
La Force circulait de ses doigts aux fragments. Il ferma ses yeux sous la concentration. Il se rappelait d'un œil arraché au cadavre d'un Amar. Il lui fallait trouver l'envie, l'avarice, ce désir ardent de posséder ce qui ne le devait pas.
« Traître. »
Anakin ricanait en son for intérieur. Il serait sien de force ou de gré. Ses doigts tremblèrent et ses jointures blanchirent.
Il continua dans sa méditation, crispé. S'élevant dans une volonté toujours plus ferme, dans le désir de faire sien l'objet, de le soumettre.
L'avidité criait famine, se faisait monstre dévorant, traquant la présence dans la Force.
« Je sais que tu es là… montre-toi. Sale petite poussière rougeoyante que tu es, une braise insignifiante que j'éteindrai à jamais. »
« Ôte tes sales pattes de Jedi de mon Holocron. »
Anakin jubila dans la Force, il l'avait trouvé. Il assaillit les chaînons brûlants. Effrités, craquelés, mais toujours manifestes. Ainsi son ancien Maître était encore vivant et avec elle, leur lien avait perduré.
S'y cramponnant avec une brutalité démente, il perçut alors la présence familière. Ses yeux jaunes craqués de vermeil, ses pupilles fendues et fielleuses. Pourtant, s'il la repérait dans la Force, étrangement, les pulsations provenaient de lui.
Il entendit alors le ricanement coutumier de la Sith.
Quelque chose lui échappait.
Qu'il reste une trace de son esprit dans l'Holocron n'était pas impossible : la vermine était tenace. Qu'il en reste une en lui était beaucoup plus inquiétant.
Il rouvrit soudainement les yeux et laissa s'écraser sur le sol l'Holocron mort. Oui, l'Holocron était bien mort. Mais Bo Vanda était toujours vivante. S'il l'avait radié de la vie avec le cristal, il n'avait pas complètement détruit toute trace de son misérable souvenir. Tous ses souvenirs. Toute son âme.
« Tes yeux sont toujours aussi aveugles. »
Anakin resta impavide.
« Tu n'es qu'un parasite que je vais prendre plaisir à écraser. »
« J'ai une proposition qui pourrait nous convenir à chacun. »
Anakin l'invita en silence à poursuivre.
« Un corps. »
Il éclata de rire.
« C'est hors de question. »
« Sidious vous tuera tous. »
Anakin rassembla ses esprits, se préparant à affronter l'esprit tenace de la Sith.
« Et quel est le rapport ? »
« Tu le cherches, je l'ai trouvé. »
Pour la première fois de la joute verbale, l'attention d'Anakin fut portée à son paroxysme.
Bo Vanda su qu'elle avait touché juste.
« Je l'ai marqué dans la Force, je sais qui il est. »
Un rictus mauvais étira ses lèvres. Anakin était face à un mur. Une information qui pourrait mettre fin à la guerre, qui pourrait tous les sauver, contre un nouveau sacrifice.
« Je te l'ai dit, j'ai une proposition qui profiterait à chacun de nos désirs. Je peux t'offrir la vengeance sur un plateau d'argent. Je veux le corps de l'apprenti de Dooku, Grivous. »
Anakin réfléchissait à toute allure. Était-il capable de détruire une âme contre la volonté de celle-ci ? Arkrak'R lui avait cédé de sa volonté propre. Grivous serait beaucoup plus dur à détruire. Et son échec évident avec l'âme de Bo Vanda ne le rassurait que moyennement sur ses chances d'y parvenir… Et un autre souci se posait : il fallait le trouver. Or, Anakin était sous étroite surveillance au Temple.
D'un autre côté, était-ce vraiment un problème ? Il suffisait de quitter le Temple, avec ou sans accord des Jedi. Le Conseil était le cadet de ses soucis. Surtout face à l'opportunité d'enterrer une bonne fois pour toutes cette maudite guerre et détruire les Sith… Détruire les Sith. Détruire ceux qui lui avaient pris Ahsoka.
Une vague de haine pure crispa ses doigts.
Son ancien Maître lui offrait la vengeance. Et quoi de pire que l'annihilation pure et simple de l'âme d'un être ? Le rendre à l'état de coquille vide, effacer toute trace de son existence dans la Force, le rendre au néant.
Lorsqu'il ramena les restes de l'Holocron sous l'œil suspicieux et scrutateur de Jocasta Nu, il était résolu. Rien ne l'arrêterait, Jedi, Sith, Conseil...
Il plierait l'esprit de Grivous comme on ballait d'un souffle une misérable poussière. Il briserait sa foi, ses rêves, sa volonté. Le soumettrait à l'état de larve pour l'écraser d'une pichenette et offrirait son corps à la Sith parasitaire.
.oXOXo.
« SÉNAT CORROMPU, RÉPUBLIQUE ABATTUE »
Les lettres en capitales couraient sur les murs des rues. Les signes couvraient les affiches, les panneaux publicitaires, mais surtout, s'étaient installés jusque sur le sol de l'entrée principale du Sénat.
Un exploit hors norme qui était l'origine d'un fourmillement d'ordres furieux. Tandis qu'une équipe s'affairait avec un très relatif succès à effacer l'immense marquage au sol, dans le Sénat, une tempête s'était déchainée.
Le Chancelier avait convié tous les Sénatrices et Sénateurs.
Immobile dans le fond de son siège, il bouillonnait intérieurement, et les rouages de son esprit implacable s'engrainaient avec frénésie.
Ce n'était qu'un accident sur sa route, mais un napalm qui s'accrochait à sa peau. Et il n'aimait pas ça. Il eut écho de ce virus qui s'était répandu discrètement sur Coruscant, des clones des brigades de maintiens de l'ordre avait disparu progressivement, mais il avait balayé l'information d'un revers de la main.
Ces lettres apparues dans la nuit étaient la preuve irréfutable qu'une résistance s'était formée.
Il avait été trop négligent. Beaucoup trop. Pourtant...
Il se renfonça dans siège, tapotant du doigt sur le bord de son bureau tel un métronome.
Pourtant, il pouvait peut-être tirer profit de cette discorde. Après tout, c'était des insultes envers la République. Et ces nantis du Sénat, selon l'angle abordé sur ce phénomène, pouvaient n'y voir qu'une attaque de plus. Comme le reste du peuple. Tout n'était question que de point de vue.
Il croisa ses mains sous son menton et le coin de ses lèvres frémi dans ce que l'on aurait pu croire être un semblant de sourire. Il était tant d'aller clamer les valeurs de la République galactique au Sénat.
Il se leva et sortit de son bureau entouré de ses gardes ainsi que de ses conseillers qui étaient restés devant dans la porte. Tous se redressèrent à son approche et les chuchotements laissèrent place à un silence de marbre.
Un tintement dans la Force. Discret. Seuls ses sens aiguisés à l'extrême lui permirent de le repérer malgré ses pérégrinations mentales. Les Jedi s'en mêlaient-ils ? Ça n'aurait pas été étonnant, une situation inconfortable qu'il faudrait gérer avec plus de délicatesse que ces moutons du Sénat.
Se préparant à croiser quelques membres du Conseil au détour d'un couloir, il fut surpris de ne croiser que l'agaçante Sénatrice Amidala accompagnée d'autres Sénateurs de son même bord politique irritant.
Mais d'où venait alors ce tintement ? Il étendit ses sens tout en maintenant ses boucliers aussi épais que possible. Cette quasi imperceptible présence dans la Force provenait de la Sénatrice.
Si son visage ne laissa rien paraître, une joie sordide illumina son esprit.
Ainsi donc Amidala était enceinte.
Il se rappela alors qu'Anakin était revenu au Temple. Il n'avait compris véritablement la raison, avait pensé à une tentative de Bo Vanda d'aller détruire de l'intérieur le Temple, mais non, c'était tout autre. Il était revenu à cause de cette nouvelle.
« Bonjour Sénatrices, Sénateurs »
« Chancelier Palpatine, vous êtes plus qu'attendu à cette conférence, » lui répondit Organa sur un ton qui ne faisait aucun doute sur la nature de son opinion concernant l'incident.
« C'est une affaire de la plus haute importance, je le confirme, » et il étira un sourire tendre avant de continuer sa route entouré de ses laquais.
Que de merveilleuses nouvelles. Si la mort de la misérable Padawan d'Anakin avait bien failli le faire plonger dans le Côté Obscur, maintenant il avait le moyen de l'y renvoyer définitivement.
Il faudrait qu'il s'entretienne avec le jeune Skywalker au plus vite après son discours.
.oXOXo.
« Après les attaques Séparatistes, voici leur venin qui se répand dans la plaie qu'ils ont ouverte dans notre chère Capitale, dans notre République même. Ce poison a pris la forme d'agitateurs politiques qui veulent nous faire peur. Ils sont une insulte aux morts de ceux tombés pour cette guerre... »
Amidala replia ses mains sous son menton, une ride soucieuse s'était dessinée au fur et à mesure que le Chancelier rappelait les valeurs de la République avec une passion palpable pour ensuite énoncer les sacrifices nécessaires pour la guerre avec émotions. On aurait presque pu croire que les mots lui arrachaient une larme à chaque syllabe.
Mais Padmé ne s'y laissait pas prendre, sous chaque phrase elle lisait un sens tout autre. Des mots qui prônaient la liberté pour mieux asservir.
Elle ne savait que penser de ces inscriptions, mais les clameurs impitoyables à l'encontre de ce mouvement de révolte politique ne faisaient que lui nouer un peu plus le ventre.
Elle se recula, elle en avait assez entendu. Assez de ses discours qui réclamaient toujours plus d'ordre, plus de contraintes et de véhémence dans cette guerre. Et surtout, elle exécrait l'emprise du Chancelier sur le Sénat, toujours plus grande, toujours plus forte.
« La démocratie se meurt… »
Elle se retourna vers le Sénateur Organa, qui poursuivit :
« Les cœurs de nos élites se fanent, mais le peuple brisera ses chaînes de lui-même. »
Ils se fixèrent dans un long regard lourd de tension alors qu'une clameur sauvage s'élevait autour d'eux, portant les derniers échos de mots acres et venimeux de Palpatine.
« VIVE LE CHANCELIER, ET VIVE LA RÉPUBLIQUE »
