Un Pacte
La sueur roulait sur ses tempes, l'obscurité ne parvenait pas à lui masquer la moindre menace. Il n'était pas assez fort, jamais assez fort et pourtant les droïdes d'entraînements finirent irrévocablement en amas de métal grésillant. Fut un temps où sa Padawan avait fini à genoux dans cette pièce. Où il l'avait laissé sans un mot. Pensant la rendre plus forte. Qu'avait-elle ressenti, elle ? Un Maître froid et implacable. Au final, il avait échoué. L'avait abandonné. Avait causé sa mort.
Un écho dans le dernier lien qui lui restait le tira de ses réflexions. Il sortit de la salle tout en recomposant sa façade de marbre à la recherche d'Obi-Wan qui paraissait passablement agité.
Sa trace énergétique se déplaçait en direction des hangars. Anakin ne réfléchit pas plus, il s'y précipita pour le rattraper.
Il courra sur le lien comme il courut dans les couloirs, tambourinant à l'orée de ses boucliers. Obi-Wan avait fermé son esprit. Il savait qu'il l'ignorait volontairement. Ce qui était encore moins bon signe.
« Reste en dehors de ça. »
Oh que non. Ce simple ordre mental lui donnait la confirmation de ce qu'il attendait depuis trop longtemps. Il poursuivit sa course effrénée manquant de percuter quelques êtres sur son chemin. Il était hors de question qu'il parte sans lui.
Il arriva en trombe dans l'immense hangar, apercevant Obi-Wan qui marchait d'un pas vif en sa direction.
« Tu ne dois pas t'en mêler. »
« Je pars avec toi. »
« Hors de question, tu es assigné au Temple, soit encore heureux de pouvoir en sortir pour aller pérégriner au Sénat- »
« Je ne suis plus un enfant Obi-Wan, plus ton Padawan, plus un Chevalier Jedi. Accord du Conseil ou non, je pars. »
Il ignora royalement Obi-Wan pour rejoindre Rex et Codi qui le fixaient d'un air anxieux pour l'un et ravi pour l'autre.
« Qu'elle est la situation Rex ? »
« Ravi de vous revoir Général, des habitants d'Utapau ont envoyé un signal de détresse. Le Général Grivous s'y trouverait. »
« Tu ne peux pas faire ça ! »
Il se retourna d'un seul mouvement vif.
« Tu es avec moi ou contre moi ? »
Obi-Wan s'immobilisa, devenu proie d'un regard aussi assassin que l'était la question. Avec lui ? Le Conseil ne leur pardonnerait pas cette défection.
Anakin, indifférent aux réflexions d'Obi-Wan, préparait déjà son vaisseau, prenant le chaperon des troupes, épicentre de leurs regards remplient d'admiration.
Contre lui ? Et à nouveau rapporter ses moindres faits et gestes devant le Conseil ? Le trahir avec un micro accroché à son poignet ? L'abandonner une nouvelle fois à l'obscurité…
« Blast. »
Il monta dans le transporteur de justesse, la porte se refermant dans un claquement sec dans son dos. Nez à nez avec son frère d'armes, Anakin étirait un rictus amusé quand Obi-Wan levait les yeux au ciel.
« Si le Conseil appelle, tu es chez la Sénatrice. »
« Oui, et nous passions sur Utapau en lune de miel quand nous sommes tombés totalement par hasard sur le Général Grivous ! »
Obi-Wan grimaça, une pointe d'amusement dans le coin de ses lèvres le trahissait.
« D'accord, disons que tu te promenais dans le périmètre, c'est encore plus plausible. »
« Nos hommes sont prêts à jurer sur leur honneur ne jamais avoir vu le Général Skywalker parmi nous lors de cette mission, » intervient Rex, « pas vrai Cody ? »
« Certainement. »
Le ton désabusé de ce dernier arracha un rire grinçant au Maître qui fini par pincer l'arrête de son nez.
« Rejoignons au plus vite le Vigilance pour passer en hyper-espace, avec un peu de chance, personne ne remarquera ta disparition Anakin. »
Il ne lui offrit qu'un demi-sourire. Il savait pertinemment être passé devant les grands yeux vigilants des caméras du Temple.
.oXOXo.
Des clones, de la ferraille, des tirs, des cris… et quatre bras armés d'une même machine tournoyant au centre de cette cohue. Enfin les sabres s'entrechoquèrent dans des crépitements et vrombissements frénétiques, les kata s'enchainant dans une chorégraphie millimétrée. De rocher en rocher, sautant d'une tourelle à une autre, descendant toujours plus bas dans le gigantesque puis de rocaille.
Obi-Wan fienta sur la gauche quand un sabre de Grivous fit battre en retraite de quelques pas Anakin. La machine de combat semblait imprenable d'où qu'elle les l'assaillait. Reprenant son souffle, Anakin analysa rapidement la situation, déploya des bras invisibles de Force pour soulever la roche alentour et la projeta sur le Général Séparatiste qui les trancha de deux de ses bras armés. Trop tard, Anakin s'était préparé à cette riposte et les roches n'avaient fait que masquer sa présence. Il asséna son sabre sur le premier bras de l'être mécanique qui alla disparaître en contre-bas pour se noyer dans le fond du puis. Le râle furieux ne se fit pas attendre et un autre sabre s'abattit sur celui bleuté d'Anakin quand les deux derniers membres valsèrent avec le vert d'Obi-Wan.
Ce dernier, aux prises avec les deux sabres de Grivous, entendit alors un écho déchirant à travers leur connexion. Il eut à peine le temps de croiser deux pupilles écarquillées de peur que déjà une main immatérielle le déséquilibrait. La morsure brûlante d'un sabre-laser le saisit à l'avant-bras. Le second sabre fendit l'air, mortel, quand une nouvelle main de Force l'envoya percuter la pierre pour l'y maintenir. Pris au dépourvu, il ne croisa que les yeux brûlants d'animosité d'Anakin.
Toujours plaqué contre la roche, il sentit alors le souffle de quelque chose qui explosait dans la Force. Cette sensation, le gel brûlant et mordant dans leur connexion lui serrant la gorge, Obi-Wan la reconnaissait. Le phénomène qui avait irradié d'Anakin face au Comte Dooku se répétait. Mais cette fois, dans une ampleur encore inégalée. La poussière du sol s'éleva, et la chaleur du désert se nappa du froid des nuits d'Hott.
Et, toujours plaqué contre la roche, Obi-Wan se mit à suffoquer, il entrevit un second bras mécanique tomber dans la poussière. Grivous paraissait complètement désemparé.
Il n'essaya pas même de s'extirper des griffes de la Force qui le clouaient à la paroi, elles étaient bien trop puissantes. Il devait atteindre Anakin dans leur lien. L'effort paraissait sur-humain, il remontait un torrent déchaîné.
« Anakin ! »
Un troisième bras s'écrasa au sol dans un râle furieux et épuisé. Le corps de Grivous sembla se ratatiner sous la pression jusqu'à ralentir pour s'immobiliser, crisper dans la douleur, tremblant de fureur. Ou de peur ?
C'est alors qu'il se produit une chose des plus étrange. Alors qu'Anakin s'appétait à occire d'un coup final l'être à ses pieds, le sabre s'arrêta net à quelques millimètres de sa proie. C'est ainsi qu'il entendit pour la première fois cette voix, venimeuse et ancienne, sifflante et empoisonnée.
« Un corps. »
Crispé sous la tension, Anakin forçait sur ses bras, luttait contre une chose inconnue, invisible. Dans un élan de rage il réussit à débloquer son bras pour trancher le quatrième et dernier de Grivous qui hoqueta et toussa.
« Tu auras Sidious, mais celui-ci ne mérite rien d'autre que le néant ! »
Il souleva sa main et le corps de Grivous s'éleva avec, gigotant de ses pattes restantes telle une punaise sur le dos. Les plaques d'acier de déformèrent et s'enfoncèrent sinistrement.
« Il est imprenable, il est beaucoup trop puissant, nous ne pouvons détruire son âme. »
« Ensemble tout est possible. »
Il s'élança dans les hautes strates de la Force, enroula des doigts décharnés et immatériels autour du cœur battant de Grivous qui hoqueta pour s'étrangler dans des râles apeurés insoutenables. Le néant de l'inconscience le prenait. Il ne voyait plus que le fin fil blanc du jour, entre inconscience et réalité, il lui semblait que de l'eau tombait du ciel, son esprit noyé était transpercé par une conscience ardente et virulente, forçait et grouillait, ramenant à la surface des images dont le sens lui échappait tant sa confusion était grande. Il sentait la frustration de l'être rôdant dans les méandres de sa conscience, à la recherche d'une information qu'il ne parvenait pas à trouver de manière évidente.
« Tu ne comprends pas… »
« Dis-moi qui il est et je t'offre Grivous. »
« Sans moi tu ne peux pas réduire au néant l'esprit de Gri- »
Qu'elle étrange sensation que de sentir s'effriter sa mémoire, les cendres de ses souvenirs s'envolaient dans un maestro de vent et de pluie sans bruit, sous souffle roque ratait quelques battements ci-et-là. Il ne sentait plus la douleur, n'entendait plus aucun son excepter celui de son cœur suppliant.
« Arrête ! »
Obi-Wan, qui tambourinait toujours aux portes de l'esprit d'Anakin, sentit l'étau de Force se désintégrer. Aussitôt, il se leva comme un dératé, couru vers son frère. Il devait l'arrêter. Cette fois-ci, il ne l'abandonnerait pas à la haine.
Une silhouette humanoïde apparue soudainement sur son chemin.
« Ne t'emmêles pas, Jedi. »
Cette voix, cette même voix qu'il avait entendue dans leur connexion mentale. Une humanoïde verdâtre de peau, décharnée et avilie par le temps se tenait devant lui. Une ombre d'où deux orbites caverneuses abritaient deux globes jaunis aux iris flamboyants, semblant provenir du fond des âges, bloquait sa route, menaçante.
Il y avait danger, tous ses sens étaient en alerte. Anakin semblait avoir perdu le contrôle de ses émotions, déchargeait un flot de haine sur le pauvre machine. Et il y avait cette ombre surgie… du néant ? Entendant ses sens dans la Force, et fut frappé par l'horreur. Une Sith. Une Sith se tenait face à lui, reliée dans la Force – et il ne savait ni le pourquoi du comment – à Anakin.
« Anakin, qu'est-ce qui se passe, qu'est-ce que c'est que ça ?! »
Anakin s'amusait toujours à écraser l'insecte entre ses mains meurtrières, effaçait souvenir après souvenir, jouait avec le cœur agonisant dont la vie ne tenait plus qu'à un fil.
« Ensemble nous pouvons détruire Sidious, Vanda, je t'offrirai son corps. »
« Traître. Le pacte était conclu. »
« Tu m'as demandé un corps, j'ai accepté, en revanche, j'ai décidé de modifier les termes du contrat. Le corps de Sidious. Il sait que tu existes, n'est-ce pas ? Et je suis sûr que tu as passé un pacte avec lui aussi. Je me fiche des termes, tu as sûrement dû vouloir sauver ta peau, le contraire me décevrait venant de toi. Alors, Vanda, crois-tu seulement qu'il te laissera vivre lorsqu'il règnera sur la galaxie et saura que tu as pris un corps ? Soit réaliste : où tu deviens son esclave et apprenti, où tu il te traquera. Tu ne resteras pas cachée indéfiniment sur Salanka. Moi seul peux t'offrir ce que tu recherches réellement.
Moi qui ne suis, ni de la lumière, ni de l'obscurité, moi qui ai appris des Jedi autant que de toi, je te connais mieux que personne. Tu m'as réclamé ma liberté pour gagner la tienne. Moi seul peux te l'offrir. »
Obi-Wan assistait impuissant à leur échange, n'en saisissait le sens quand bien même qu'il collecterait la moindre information à laquelle se raccrocher pour rassembler les pièces du puzzle.
« Tu as dit m'apprendre un moyen de sauver ceux que j'aime. Je t'ai offert ma servitude pour ce savoir. Il était faux. Tu le savais dès le départ, tu es la plus méprisable d'entre nous. Le cristal de vie ne peut offrir que la vie, pas l'âme. Et tu te prétends être l'Alchimiste… Il est temps pour toi de payer ta dette. »
« Distiller la vie, arracher l'âme, enfermer la mort. Je te l'ai appris, c'est toi qui étais aveugle, je ne t'ai pas menti. »
« Mais tu m'as bercé d'illusions, tu savais que je ne comprendrais pas. Maintenant, il est temps de payer la dette. »
L'écho sinistre de métal qui se plie et se froisse contre son gré ricocha dans le puis caverneux. D'un geste de la main, Anakin envoya le corps informe et sans vie de Grivous rejoindre son premier bras dans l'eau. Il se retourna vers Bo Vanda, les yeux mordorés.
Obi-Wan ne sut ce qu'il lui murmura dans un langage ancien, une longue mélopée au rythme saccadée, mais le mirage de la Sith, lui, disparu. Il la sentit retourner à son ôte qui s'effondra au sol.
.oXOXo.
« Anakin… qu'as-tu fait ? »
Qui venait souffler à son oreille, lui qui était perdu si loin dans l'espace, voguant entre les comètes et les galaxies ? Il sentit une douce ondée s'enrouler autour de ses membres, des mains immenses le couvrirent et irradièrent de leur chaleur.
Où était-il ? Pourquoi faisait-il si sombre ? Et qu'avait-il fait ? Aucune image ne venait à son esprit, seuls quelques bruits confus. Et puis la peur, il avait eu peur, si peur… Pourquoi ?
« Souviens-toi, enfant égaré, de ce que tu as prononcé. De ce qu'elle t'a révélé. »
« Pourquoi la peur me ronge-t-elle encore, Salanka ? »
Comme à son habitude, Salanka lui offrit plus d'images plus que des mots. Alors il se souvient, Obi-Wan déséquilibré par la main perfide de Bo Vanda, la lame qui venait mortellement asséner sa sentence, et sa terreur qui projeta son ancien Maître loin du combat, l'écartant à l'étouffer contre la paroi… Vanda avait attenté à la vie d'Obi-Wan. Cette traîtresse qui n'avait fait que murmurer à son oreille tout au long du combat : « un corps » .
Et Obi-Wan, où était-il ? Il ne le sentait plus, leur connexion était à nouveau réduite aux limbes.
« Salanka, rends-le-moi… »
« Je ne le puis, car ce fait n'est pas de ma volonté. Autour de ton cou est placé un objet répugnant qui bloque l'accès à la Force. »
« Alors pourquoi puis-je te parler ? »
« Car je suis au-dessus de cet instrument. Rien ne peut empêcher Salanka la Mère de parler à ceux et celles qu'elle a décidé de bercer dans le creux de ses mains. »
Anakin tentait toujours de se remémorer, le vague et lointain écho du langage honnit des alchimistes Sith. Il lui sembla reconnaître un serment… Qu'avait-il encore proféré ?
Mais déjà la présence de Salanka le rendait au froid et Anakin se retrouva seul dans le noir, une fois de plus.
.oXOXo.
Un raclement de chaise. Un long soupire.
Qui était-ce ? Anakin baignait toujours dans un magma de noirceur. Quelque chose goudronnait son cerveau, rendait ses membres lourds, enserrait son cou. Il ne lui fut pas difficile de reconnaître la présence d'un collier inhibiteur. Comme de comprendre qu'il était sous sédatif. Une sensation qui lui rappelait trop celle des bâtons de la mort. Bien que moins puissant et exempte d'hallucinations.
« Je ne sais pas si tu m'entends, Anakin… »
Obi-Wan. Il était en vie. À quelques centimètres de lui, et il ne le sentait même pas dans la Force. Il tenta de se mouvoir, se débattit dans les profondeurs obscures de son océan. Il voulait l'atteindre, seulement l'effleurer, dans la Force, de sa main, qu'importe. Lui hurler à quel point il était désolé, il avait eu peur, peur de le perdre comme il perdu Ashoka. Par ses mêmes foutues émotions. N'avait-il pourtant pas appris à en faire fi ? Non, car seul son but comptait… Son but ?
Sidious.
Si Anakin avait pu ouvrir les paupières, elles auraient découvert des yeux ronds de terreur.
Il ne se remémorait que le sourire doux d'un vieil homme qui avait été si tendre avec lui, son mentor, une main réconfortante sur son épaule, une attention paternelle dans la solitude qui l'avait atteint à son arrivée au Temple de Coruscant.
Décidément, cet univers était pourri jusqu'à la moelle.
« … ramené d'Utapau, le Conseil est furieux, et tu seras placé dans une cellule du Temple... »
Il aurait voulu leur hurler dessus. Ces incapables, ces corrompus, ces aveugles. L'univers ne méritait que de brûler.
Obi-Wan continuait toujours son monologue, totalement ignorant du désespoir qui le bouffait.
« Pourquoi ? Qui était-ce ? Qu'as-tu fait ? Moi qui pensais t'avoir compris et retrouvé, me voici à nouveau relégué à l'impuissance face à tes actes dont je ne comprends pas le sens… Bon sang, mais qu'est-ce que tu as fait ?! »
Sa colère était palpable, il entendit un raclement furieux de chaise, sentait son mentor faire les cent pas près de lui, si près de lui.
« J'avais confiance en toi Anakin. Je t'ai défendu bec et ongle face au Conseil. Soutenu jusqu'au bout. » il renifla. « Mais à quoi bon. Si tu pouvais te voir, si tu pouvais ne serait-ce que m'entendre… mais tu as encore disparu de la Force, et cette fois-ci… et bien, il semblerait que ce soit la fois de trop. »
Prostré dans son immensité dénuée de lumière, Anakin n'entendit qu'une porte s'ouvrir pour se refermer sur le silence. À ce moment précis, il n'aurait souhaité qu'une chose : voir à nouveau le Temple brûler. Tout brûler, abandonner aux chiens et aux rampants les cadavres de cet univers incurable.
