Je me suis aperçu il y a peu que j'avais zappé la correction des derniers chapitres (merci à toi Karozthor pour me l'avoir souligné !). Du coup j'ai pris cette matinée de dimanche pour finir les corrections. A très vite :)
La Sénatrice
Shaak Ti déglutit une première fois. Avait-elle bien entendu ? Quelques petits regards en coin indiquèrent qu'elle n'était la seule à posséder des problèmes d'audition. Elle avait cru entendre le mot « mari » tout droit sorti de la bouche de la Sénatrice.
Et puis le silence s'étira, des fesses remuèrent sur leur siège, des gorges se raclèrent, des têtes se tournèrent légèrement…
« Pouvez-vous répéter Sénatrice ? »
Elle ne leur accorda qu'un silence de plomb. Et son silence est déjà une réponse.
Skywalker était marié à la Sénatrice Padmé Amidala. Soit. Et encore mieux : futur père.
Shaak Ti porta ses doigts orangés à sa tempe, tentant de retrouver son langage. Et pour être très honnête avec elle-même, elle avait envie de rire face à une telle situation et révélation. Elle bloqua sa respiration, coinça ses joues entre ses dents. Il en fallut de peu qu'elle explosa de rire. Vraiment très peu.
Anakin… petit génie. Au nez et à la barbe du Conseil. Il n'était déjà pas très bien perçu par ses paires, mais la révélation lâchée comme une bombe venait de tous les faire passer pour des aveugles.
Ses collègues semblaient cependant prendre avec beaucoup moins d'amusement la situation. Le ton dénué de chaleur de Mace confirma cette impression.
« Alors je pense qu'Anakin Skywalker pourra continuer à croupir encore quelqu- »
« Je ne vous ai pas demandé votre permission, Maître Windu. Par ailleurs, dois-je vous rappeler le fiasco qui a failli coûter la vie de mon mari ? Je ne vous demande pas votre consentement, j'exige, en échange du soutien de la Rébellion, la libération immédiate de mon mari. »
Mace avait pris une expression stoïque, remua inconfortablement sur son fauteuil tandis que ses yeux s'étaient sensiblement agrandis.
« Regardez en face, la République est morte, Palpatine est en train de prendre les pleins pouvoirs et vous êtes encore sur vos deux fesses à pâlir et prendre la poussière devant vos dogmes transgressés. Sans moi, le peuple ne vous suivra pas, et sans Anakin, je ne vous suivrai pas. »
Unanimement, les têtes se tournèrent vers le Grand Maître, attendant une réponse. Juste une réponse pour les délivrer des crocs de la Sénatrices.
S'en était trop pour la Maître Togruta qui porta sa main à ses lèvres dans un dernier espoir de retenir un rire sarcastique et nerveux, à défaut d'applaudir.
Brillant. C'était brillant.
.oXOXo.
Padmé s'était inclinée avec révérence avant de sortir de la salle du Conseil, son masque implacable de Sénatrice sur le visage qui ne laissait place à la moindre péremptoire réplique. Elle était plutôt satisfaite du placement de ses mots, quoi d'exigeant. Qu'importe, elle allait retrouver Anakin et avait acquis le soutien des Jedi. Ou leur coopération tout du moins. Le futur de la République allait s'orchestrer au cours de ces prochaines heures, ainsi que le monde dans lequel grandirait son enfant. Elle porta discrètement sa main sur son ventre.
Son enfant…
Cet enfant qui allait changer leurs vies. Elle s'était tant imaginée, partir loin de Coruscant et l'élever avec son mari sur Naboo. Retrouver ces jours de paix après une si longue guerre, qui aujourd'hui toucherait à sa fin. Elle ne put retenir un léger sourire à ces pensées si douces.
« Sénatrice ? »
Obi-Wan la dévisageait, l'anxiété rongeant son visage.
« Anakin va être relâché. » lui sourit-elle, rayonnante.
Ils marchèrent d'un pas aussi rapide que possible en direction des profondeurs du Temple, hâté par la pensée de retrouver un mari pour l'une et un frère pour l'autre, discutant de la prouesse de la Sénatrice à convaincre le Conseil grâce à sa main mise sur le mouvement de la Rébellion, ce qui avait assombri le visage de ce premier.
« Padmé, je ne suis pas sûr qu'au vu de votre… 'état' ce soit une bonne chose d'aller au-devant de l'action. »
« C'est mon devoir, Obi-Wan. Un honneur ainsi qu'un devoir. Cet acte est une conclusion à tout ce que en quoi nous croyons. Ce en quoi je crois, tout du moins. Je ne peux me défiler. Mais vous pouvez toujours m'accompagner. » lui glissa-t-elle dans un regard en coin moqueur. « Et ne me sermonnez pas si vite, Anakin va littéralement faire un arrêt cardiaque lorsqu'il l'apprendra. »
Obi-Wan laissa échapper un rire franc.
« Après tout ça, si je ne suis pas le parrain de cet enfant… »
.oXOXo.
Dans les méandres de son esprit, dans la noirceur de son isolement, le feu léchait les moindres détails du Temple, il percevait la perfusion dans son bras, le collier autour de son cou. Et puis des bruits de pas. Qui était-ce ? Qu'importe, qu'il s'approche un peu plus et il l'étranglerait. Il sentait le sédatif perdre de son pouvoir, son corps s'y accommodait, pouvait remuer subtilement ses doigts.
On ôta la perfusion de son bras. On ôta le collier de son cou. Les idiots pensa-t-il. Paupières pressées, il maintient son corps précautionneusement de marbre.
« Il devrait se réveiller d'ici quelques heures. »
La porte se referma dans un chuintement.
Aussitôt Anakin plongea dans la Force, s'en abreuva, y noya sa présence. Ouvrant les yeux, la lumière le mordit une première fois. Il détourna son regard vers le sol qui étrangement se mouvait, fourmillait de centaines de particules noires. Les murs perdaient de leurs axes, les droites se courbaient. Des bulbes végétaux naissaient du plafond, éclosant d'entrelacs de câbles. Les souvenirs de Bo Vanda commençaient à se calquer aux siens. Il fallait faire vite. Sortir d'ici, trouver Sidious.
Un pas, un premier pas chancelant, un premier pas qui tangue et il se raccroche au rebord du lit avant de lever son regard sur une porte qui ondule face à lui.
Un deuxième pas, il s'enfonce dans le sol où grouillent des milliers d'insectes.
Un troisième pas, cette fois-ci il ne se laisse pas emporter dans les rouleaux du sol, il marche encore jusqu'à la porte qu'il ouvre d'une vague dans la Force. Il passe l'encadrement et sans daigner bouger plus qu'il ne pourrait le supporter, avant même que les gardes réalisent, il les projette contre le mur, les assommant d'un coup sec. Chanceux qu'ils étaient, Anakin aurait dû les étrangler s'il n'était pas si concentré à marcher droit.
Il avance et une à une des petites sources de lumière naissent. Il les sent, les discerne. Les vies de chaque être du Temple. À travers les murs, derrière chaque pilier. La Force vibre, grésille à ses oreilles, si fortes… il plaque ses mains sur ses tempes.
« Anakin ? »
Alors tout se fige. Les murs retrouvèrent de leur droiture, le sol fut plan à nouveau, les bulbes retournèrent s'enterrer dans le plafond, les insectes moururent sur les dalles.
Padmé et Obi-Wan le regardaient avec des yeux immensément grands.
Ils restèrent quelques secondes immobiles, figés dans leur élan. Il fallut attendre qu'il tende une main tremblante en sa direction avant que Padmé s'extirpe de sa torpeur et ne l'écrase entre son ventre rond, une flopée de tissu et ses bras parfumés.
Obi-Wan toujours derrière, fixait les deux gardes au sol, quelque peu ahuri.
Toujours coincé dans son mutisme Anakin fut prit par les épaules, le décollant de son embrassade, ancrant ses yeux océans dans ceux noisettes de sa femme.
« J'ai réussi à te faire libérer par le Conseil, et toi tu assommes des Jedi dès ta sortie ? »
Anakin ne broncha pas, son cerveau ne procédait pas toute les informations, si ce n'est que Padmé était au Temple, en vie, et en sécurité. Tout de moins, autant qu'un Temple remplit de Jedi pouvait l'être.
« Je ne voulais pas te perdre. »
Elle arqua un sourcil.
« En assommant des Jedi ? »
Il se retourna lentement, découvrant deux êtres autour desquels Obi-Wan s'affairait à asseoir contre le mur, s'inquiétant de leur état. Il les avait… assommés ?
Décidément, il ne procédait pas.
« Anakin ? »
« Ils étaient une menace. »
Padmé cligna des yeux quelques secondes avant de se reprendre, expédiant des mots précipitamment de sa bouche. Il ne comprenait pas tout, n'arrivait pas à se concentrer avec le bourdonnement de la Force à ses tympans. Elle l'avait libéré du Conseil – sa femme était brillante – il ne savait comment, et elle devait… quoi ?
« PARDON ? »
« Oui je sais Ani mais nous n'avons pas le choix, je n'ai pas le choix. Et j'irai jusqu'au bout de mon devoir. Il faut que je branche cet émetteur à la tour de contrôle radio, seul un haut gradé du Sénat peut y pénétrer. Il faut que je sois présente pour ordonner le point de ralliement de la Rébellion contre le Sénat. » Elle ajouta sur une note qui se voulait plus rassurante, « Il ne m'arrivera rien, je te le promets. Nous n'aurons sûrement pas à aller jusque là, Palpatine et le Sénat verront que le peuple est avec les Jedi et lèveront les lois de répression. Et puis, Obi-Wan m'accompagnera au cas ou... »
« C'est hors de question. »
« Il n'y a pas de question Anakin, j'irai, toi, tu dois rester ici en attendant que les choses se calment et... »
Il ne l'écoutait plus. Ce plan allait être un fiasco, Palpatine était un Sith, il n'écouterait jamais le Conseil Jedi. Il avait le Sénat avec lui. Il avait tout planifié depuis le début…
« Si le Conseil n'arrive pas à trouver un point de négociation avec le Sénat et le Chancelier Suprême, alors j'enclencherai le ralliement de la Rébellion. »
Parlait-elle sérieusement de faire un coup d'État ? Sa femme ?
« Padmé, ils n'y arriverons pas- »
« Le Pacte... »
Il se raidit.
« Palpatine fera en sorte de balayer la requête du Conseil en quelques mots. Obi-Wan. Je dois sortir d'ici. »
« Et si ça marche ?! » argua Padmé.
Pourquoi ne voyait-elle pas l'ampleur de la situation ? Peut-être parce qu'elle y croyait. Elle y avait toujours cru.
Obi-Wan soupira à ses côtés.
« Et pour aller où ? »
« Fais-moi confiance. »
« Je ne le peux plus. »
Sa réplique péremptoire installa un silence tendu entre les deux hommes
« Alors protège Padmé. »
Il n'avait plus rien à faire ici, il devait trouver Sidious avant que les Jedi n'interfèrent. Avant que sa femme ne soit en danger. S'apprêtant à les dépasser, Obi-Wan lui empoigna l'avant-bras.
« Tu auras besoin de ça. »
Obi-Wan lui tendit alors un objet qu'il aurait reconnu entre mille. Son sabre-laser parsemé de reliefs noirs l'appelait dans le creux de la main de l'homme. Anakin passa sa main dans la dragonne et l'accrocha à sa ceinture, sans un mot. Il se retourna une dernière fois vers sa femme.
Padmé le fixait. Immobile, le visage interdit.
Il eut un long silence entre eux.
« Je t'aime. »
« Fais-moi confiance, Anakin. Je t'en pris. »
Se pouvait-il que le plan de Padmé ait la moindre chance ? Anakin se retourna suivre son chemin aux murs distordus, fruit de son cerveau ébréché, se laissant guider par nulle autre que lui-même.
Les colonnes étiraient leurs ombres mauves sur son passage, si lentement. Il glana un regard en direction du Sénat. Sidious.
La guerre ne finirait-elle donc jamais ? Les Séparatistes défaits, le voici qui partait en croisade face à la liberté. Mais n'était-ce pas l'apanage de toute force ? De la Force elle-même. Sith, Jedi… Que fallait-il pour que la guerre cesse enfin ? Il s'arrêta dans les derniers rayons de lumière du soleil de Coruscant.
Il se souvient alors d'un peuple souterrain qui ne cessa leurs conflits que lorsque tous furent emportés la mort. Là, enfin, les roches de Sicra avaient connu le repos.
Qu'était-il prêt à sacrifier pour ceux qui habitaient son cœur ?
Il avait un jour sacrifié sa liberté, des camarades, corrompu son âme, causé la mort d'Ahsoka. Et pour quel résultat ? La vie ne se rendait pas.
« Salanka, » murmura-t-il, « que dois-je faire ? »
Mais aucun vent ne vint chuchoter des mots réconfortants pour illuminer son chemin. Il avancerait dans l'obscurité, cherchant la seule lumière qui comptait à présent pour lui. Les Jedi et Sith pouvaient bien s'entre-tuer. Seuls Padmé et son enfant à naître comptaient.
Il brûla ses rétines une dernière fois dans le soleil mourant.
« Obi-Wan. Protège-la. »
Puis il ferma son esprit, replaçant ses boucliers mentaux, il sortit du Temple dans l'indifférence du monde.
.oXOXo.
« Nous ne participerons pas à cette croisade. »
Mace s'élevait, entouré des membres du Conseil dans une coupole flottante du Sénat.
« Cette guerre est finie, il est temps maintenant d'en finir avec l'austérité appliquée sur les peuples de la République Galactique. Sénateurs, Sénatrices, ne le voyez-vous pas, la liberté qui se meurt chaque jour un peu plus, agonisante à vos pieds par vos décisions ? Ne l'entendez-vous pas, les cris de cette foule rageuse qui se tient aux portes du Sénat Galactique, fruit de ces derniers mois d'austérité ? »
« Nous avons rapporté la paix dans cette galaxie, Jedi ! »
« Vous ? » fait vivement Maître Ki-Adi-Mundi. « Les Jedi ont combattu et sont morts aux côtés de l'armée des clones, pour le bien de la paix. Auriez-vous déjà oublié notre contribution et notre place au sein de cette guerre ainsi que notre rôle dans cette République ? »
« Et peut-on savoir pourquoi daignez-vous impliquer votre présence au Sénat seulement maintenant ? Où étiez-vous, si ce n'était pour guerroyer sur les champs ? »
La guerre des mots avait commencé au sein du Sénat, et Jedi comme Sénateurs et Sénatrices n'en finissaient de se quereller sous les yeux jubilants de Sidious. C'était trop tard, les Jedi ne gagneraient pas. Et ils venaient de sceller leur sort en s'interposant aussi ouvertement au Sénat, à lui.
« Maîtres, pardonnez-moi cette question, mais qu'êtes-vous venu chercher ici en proférant vos ordres au Sénat, n'êtes-vous pas sensé, comme vous l'avez si justement souligné, servir l'armée de la République Galactique ? »
« Nous ne sommes pas des soldats Chancelier, mais avant tout des Jedi. Nous n'appartenons à personne d'autre qu'à l'Ordre Jedi. » répondit posément Mace, qui de toute évidence, n'aimait pas la comparaison soulignée par le Chancelier.
« Ainsi donc… vous assumez être un corps de guerriers indépendants au Sénat et à la République Galactique, venu ici pour ordonner… ordonner quoi donc ? La fin de l'ordre dans la République si durement acquit ? »
Le sang avait quitté le visage sombre de Mace. Il n'aimait pas ça, il n'aimait pas du tout où le Chancelier voulait en venir, ni le soutien évident du Sénat en ses paroles, religieusement bues par l'assemblée.
Avant même qu'il ne puisse argumenter, le Chancelier reprit la parole.
« Êtes-vous aussi en train d'insinuer que vous êtes à l'origine de la discorde qui se bouscule devant le Sénat et sème la peur dans les rues des villes de la République depuis l'attaque Séparatiste ? »
« Le peuple répond de lui-même face à la répression, Chancelier. Et la répression actuelle n'est pas digne d'une démocratie. »
Une rumeur désobligée parcourra l'assemblée. Une rumeur qui murmurait l'indignation, mais aussi la honte, et par endroit, suintait la peur. Mace comme les autres membres du Conseil présents le sentirent. Ils le sentirent comme ils l'avaient tous redouté.
Et en son for intérieur, Mace sut qu'ils étaient arrivés trop tard. La peur était déjà là. La colère, l'avidité.
Leur coupole s'abaissa lentement dans le grondement de plus en plus sourd du Sénat, clamant leur échec. Ils n'attendirent pas plus, sachant déjà qu'il leur faudrait retourner au Temple au plus vite. Car déjà, le Chancelier s'était lancé dans un discours qui ficha dans leur cœur et les esprits, durement et profondément.
Palpatine ordonnait que les Jedi comparaissent devant le Sénat, où seraient arrêtés pour trahison envers la République.
.oXOXo.
Padmé avait atteint la grande tour de contrôle des émissions longues portées, passée les portails de sécurité grâce à son badge et un soupçon de Force manipulatrice pour faire oublier leur passage aux gardes et autres agents de maintenance. Ils avaient forcé un plafond du bâtiment pour atteindre la coupole géante et ses milliers de câbles et de panneaux holographiques. Au centre, une immense colonne d'ingénieries et de processeurs clignotait de toute part, grésillait subtilement.
Padmé avait alors attendu, Obi-Wan à ses côtés, écoutant le débat chargé de colère se déroulant au Sénat. Et puis la sueur froide s'était infiltrée le long de son échine. Elle avait pressé ses yeux, écoutant dans son obscurité ce qu'elle savait déjà. Elle avait alors introduit la minuscule clé d'une main tremblante dans la machinerie sous les yeux interdits d'Obi-Wan.
« Que la Force soit avec nous. » avait-elle simplement dit, espérant que sa voix ne vacille pas.
.oXOXo.
Un petit bip de communication. Il ne provenait pas de son poignet, mais du communicateur enfoui sous les replis de sa toge. Lentement, comme pour confirmer ce qu'elle savait déjà, elle fixa le petit clignotant lumineux du boîtier. Elle n'aimait pas ce son. Il lui rappelait trop ceux s'élevant de manière disparate sous une chape de poussière alors que le ciel s'effondrait.
Ainsi le temps était venu ?
Elle ajusta son foulard sur le bas de son visage, couvrit sa tête d'un chaperon. Et autour d'elle, elle vit de ses semblables l'imiter, captant des regards fugaces chargés d'appréhension.
Ensemble ils marchèrent vers le même point, remontant la foule à contre-courant. Certains emportant avec eux des fleurs, ces mêmes qui avaient jonchées les quartiers brisés par l'attaque Séparatiste.
Ce fut bientôt une procession qui avança d'un pas unanime, marchant sur les sentiers de la révolution, les fleurs à la main, les armes sous les manteaux.
Lorsqu'elle arriva devant le Temple Jedi, une foule compacte s'était déjà formée. Certains s'abaissant pour déposer sur les marches quelques tiges fleuries de blancs. Certains repartaient, d'autres encore montaient les marches où se tenaient quelques Jedi interloqués. On entendit bientôt quelques cris sauvages, des élans de courages clamés, des applaudissements, des huées… la foule compacte bougeait, se secouait, se bousculait dans des mouvements désordonnés.
Piétinant hasardeusement, elle commença à être emportée malgré elle vers le haut des marches, tout devient chaos, puis elle entendit les premiers cris.
« L'armée est là ! »
On ne sut d'où les premières alertes furent lancées, ce qui fut sûr, c'est qu'elles provoquèrent le premier vent de panique.
Continuant à gravir les marches, elle fut assez haute pour apercevoir au-delà de la foule une longue ligne blanche. L'armé les encerclaient, piétinant les premières fleures. Les cris se firent plus sauvages et viscéraux. Des cris de paniques ? De douleurs ? De fin du monde se rappela-t-elle.
Elle remonta encore les marches, croisa des Jedi qui tentaient de se frayer un chemin dans la cohue, renvoyant les rebelles dans le Temple.
« À l'abri ! » qu'ils criaient.
À l'abri de quoi ? Puis son esprit englué de panique céda, se remplissant d'un vide immense. Tout devient limpide, tout devint simple.
Campée sur les dernières marches de l'escalier de pierre, elle riva son regard sur l'évidence de la situation.
La ligne blanche des clones les encerclait, les Jedi, arme au poing leur faisait face, derrière se tenait les plus téméraires des résistants. Lentement, elle redescendit quelques marches, l'esprit impavide. Elle ne reculerait plus. Il était trop tard pour cela, de toute façon.
Alors le silence la frappa. Étrange comme il s'était répandu telle une chape de plomb sur les êtres qui se faisaient face. Les larmes de sueurs coulaient sur les tempes, des mains tremblaient, des cœurs tambourinaient. D'autres s'étaient fait statues, rigides derrière leurs masques de tissu.
Elle fit tomber son pied sur une dernière marche, comme scellant son destin. Elle le sentit. Ce souffle qui murmure la fin.
La fin de quoi ?
Lâche se dit-elle. Elle avait déjà perdu tout espoir alors que le silence ne faisait que s'étendre dans une insoutenable attente. Ils allaient faire front, ensemble. Ne reculeraient pas. Attendraient. Mais ils ne cèderaient pas.
Quelque part au fond elle, la première bataille faisait rage. Entre l'espoir et la réalité. Était-ce possible ? Était-ce en train d'arriver ?
La fin de leur liberté. De la République, de la Démocratie ? Quelque part, peut-être fut-ce en face de cette ligne d'armures blanches qu'elle le réalisait enfin.
.oXOXo.
Une ombre glissait, parcourait les murs du Sénat, s'engouffrait dans les ascenseurs, ouvrait des portes qui se refermaient sans laisser le moindre indice de son passage. Rien ne pouvait trahir sa présence.
