Hey !
Et voilà un nouvel SO pondu pendant la Nuit du FoF, sur le thème Manger ! Cette fois c'est du canon divergeant. L'histoire reste la même que dans les jeux, si ce n'est que je pars de l'idée que les somebody et leurs similis ne sont pas la même personne (En gros, Axel n'est pas Lea, et inversement).
(TW en fin de page !)
Merci à Lae, Robotfan, Mijoqui et Aya pour leurs reviews sous les OS précédents !
Bonne lecture !
Résumé : A-X-E-L. Face à ces lettres, Roxas ramasse ce qu'il lui reste de cœur.
Rating : K+
Genre : Drama/Friendship
Univers : Canon divergeant Post-KHIII
Personnages : Roxas, Lea, Axel.
Pairing : X
Un autre rouge
.
Roxas relève la tête. C'était dur, et ça le sera sans doute encore, la prochaine fois. Mais aujourd'hui, il n'a pas pleuré.
Est-ce que ça veut dire qu'il est sur la bonne voie ?
– Tu viens ?
La voix de Xion caresse son oreille comme un grelot. Il se tourne, lui adresse un vague sourire. Secoue la tête.
– Je vous rejoins.
Elle n'insiste pas et s'éloigne. Ses pas font plier l'herbe et, bientôt, sa silhouette n'est plus qu'un souvenir. Une ombre qui disparaît, laisse place à la solitude.
Alors Roxas s'en retourne à la stèle qui attend à ses pieds. La pierre chaude que le soleil a nourrie toute la journée. Une surface lisse, percée de gravures qu'on a tracées pour lui. A cause de lui. Puisqu'il n'était pas capable de faire son deuil correctement.
Il revoit Lea, son couteau abîmé à la main. La mince coupure contre l'articulation de son index et le juron qu'il a lâché.
– Voilà. Axel, il est là. Donc maintenant, t'arrêtes de nous mélanger, c'est retenu ?
Il tapote sa tempe, son doigt agité comme le corps mou d'un asticot. Ce serait drôle, sans doute, si le blondin ne noyait par ses joues sous de chaudes larmes.
– Axel c'est fini. C'est pas moi, ça a jamais été moi, ce sera jamais moi. Faut que tu te rentres ça dans le crâne.
– Je sais.
– Non Roxas, je crois pas.
Ses mots crus, et pourtant sincères. Pas de méchanceté. Juste une vérité qu'il assène encore et encore, parce qu'elle lui glisse sur la peau sans jamais l'atteindre. Et à leur pied cette tombe de fortune affublé de quatre lettres. A-X-E-L.
Ce caveau sans corps, sans vers pour le ronger.
– Il est plus là.
Il voulait croire que c'était faux. Qu'il restait une trace de son ami sous ces yeux verts familiers, comme il restait un morceau de son propre cœur dans celui de Sora. Qu'Axel demeurait et qu'il suffisait, simplement, de le ramener. De trouver un moyen. Une réplique.
Il voulait croire qu'il existait un autre chemin, qui n'impliquait pas cette plaie béante à l'intérieur de lui. Parce qu'il ne voulait pas d'un futur qui se dessinait sans lui.
Depuis que Lea a planté ces noms dans la roche, il a arrêté de le suivre en douce. Presque. Il l'observe encore pendant les repas communs, à l'heure des entraînements. Mais il ne cale plus son pas sur le sien entre les rues de la cité du Crépuscule.
A la place, il vient ici. Il s'assoit, et il repense à ces mots.
Il est plus là.
Et il pleure.
Au début, Roxas ne voulait pas comprendre. Tant qu'il fermait les yeux, il existait un monde où Axel l'attendait, quelque part, une glace à l'eau de mer à la main. Un monde sans douleur - enfin, sans plus de douleur qu'ils n'en avaient déjà encaissée. Ses paupières serrées, il gardait Axel vivant. Il le maintenait là, dans cet univers de paix qui n'avait pas de place pour lui.
Maintenant, il essaie. Mais ses iris enfin dévoilés tombent toujours sur le même visage. Le même sourire.
Pourquoi faut-il que Lea lui ressemble tant ?
Il ne peut pas oublier Axel alors qu'il l'a constamment sous le nez. Pas quand sa voix résonne autour de la table.
Elle pénètre à l'intérieur de lui chaque fois qu'il ouvre la bouche, et c'est comme s'il l'entendait lui parler. Un appel à l'aide qu'il croit déchiffrer entre les mots de cet inconnu, un lien entre eux secoué par ce timbre maîtrisé, une secousse qui le traverse quand il croise son regard et qu'il a l'intime conviction qu'Axel est là, dans cet iris, et qu'il l'observe.
Il déteste Lea parce qu'il n'est rien d'autre que Lea. Et parfois, il lui en veut de ne pas jouer le jeu. De ne pas faire semblant, ne serait-ce qu'un peu, pour soulager la brûlure qui l'étreint. Il a déjà tout, le ton, les mimiques, le rire qui roule et le corps maigre qui s'agite. Il pourrait juste faire semblant, un moment, se glisser dans le rôle et...
Merde.
Il sait, il sait qu'il n'a pas le droit de lui demander ça. Qu'il ne peut pas. Mais c'est tellement dur.
Et aujourd'hui il n'a pas pleuré, mais qui sait s'il ne s'effondrera pas à nouveau demain ? Qui sait, oui, quand tout ça finira ?
Est-ce qu'il veut que ça finisse ?
La douleur, c'est une part d'Axel qui reste présente. Un morceau de lui.
Il pose sa main sur la stèle. Chaude.
Au début, il était persuadé que ça ne s'arrêterait jamais. Aujourd'hui, il commence à comprendre. Il a honte chaque fois qu'il réalise qu'il fixe ce corps si proche de celui qu'il a connu. Mais il ne peut pas chasser cette colère qui le prend quand Lea mord à pleine dents dans un sandwich qu'Axel ne goûtera plus jamais.
Il espère secrètement qu'il va s'étouffer en avalant. Comme si, de ses cendres, son premier ami allait renaître.
Il le pense fort, et il n'arrive pas à s'en vouloir.
Il est plus là.
Est-ce qu'un jour, il arrivera à y croire ?
C'est tellement dur. Il a cette douleur au fond de lui, et il ne peut pas demander à Axel comment l'apaiser. Il ne pourra plus jamais lui poser de question.
Ses réponses, il devra les découvrir par lui-même. Les fabriquer.
Ses doigts retracent les lettres qui abiment la roche.
Pourquoi ne peut-y pas y avoir un monde où Axel et Lea existent tous les deux ? Au moins, un monde où Axel est celui qui gagne le droit de vivre ?
Pourquoi ces quatre lettres inscrites lui tirent-elles le cœur ?
Et ce cœur, justement, pourquoi doit-il lui faire aussi mal ?
Comment est-ce qu'on guérit ça ?
Aqua lui parle du temps. Mais Aqua le met mal à l'aise, il n'ose pas toujours l'approcher. Sora lui fait des sourires qui n'apaisent rien, et Riku détourne les yeux chaque fois qu'il le croise. Xion partage son ignorance. Tout savant qu'il soit, Ienzo ignore la langue des sentiments.
Et les autres... Les autres partagent tous le même défaut. Celui de ne pas être Axel.
Alors les questions tournent. Et personne ne viendra y répondre autour d'une glace au goût de mer.
Il est plus là.
Ces mots dérisoires sont sa seule réponse. La solution n'a jamais été aussi décevante.
Les mains dans l'herbe, Roxas déplie ses jambes pleines de fourmis. Il sait qu'on l'attend. Que cette journée, comme toutes les autres, sera bercée par le rythme des coups et des feintes. Il doit s'entrainer encore. Et c'est bien sa seule consolation. Frapper, contre une autre épée, dans le vide, sur un corps. Cogner et cogner encore et esquiver la lame qu'il ne craint plus. Se perdre entre les chocs et les douleurs passagères qui s'effacent le soir venu. Ne pas penser.
Ne pas retenir ses coups, quand Lea entre sur le terrain.
– Bah purée, t'y vas pas de main morte. J'ai cru que j'allais y passer.
Il l'aurait voulu, si fort.
Il déglutit. Xion et les autres l'attendent. Son ventre lui rappelle que le soir approche, et le repas avec. Que sous cette tombe de fortune, il n'y a pas de corps. Alors il faut s'en aller. S'en aller sans pleurer, pour la première fois. Il ne se sent pas mieux pour autant - et il n'arrive pas à croire qu'un jour il y arrivera. A se lever le matin sans ce poids qui écrase son torse. Mais il faut essayer. Puisqu'il n'a plus que ça à faire.
Il se redresse. Essuie son pantalon.
Encore un regard pour ces lettres absurdes.
Encore une question, à laquelle l'autre ne répondra jamais.
Cesser d'avoir mal un jour, n'est-ce pas trahir Axel ?
Il ne sait pas.
Peut-être qu'il ne saura jamais.
C'est comme ça. Et le pire, c'est qu'il n'y peut rien.
Non. Le pire, c'est qu'un jour, il ira mieux.
Il ira mieux sans Axel.
Et ce n'est pas ce qu'il veut.
(TW : mort, deuil)
Et voilà. C'est un peu triste, mais ça fait un moment que je voulais écrire là-dessus. Mais bon, va falloir que je relève le niveau fluff de ce recueil.
