*Ahem.* Bonjour ? Ou bonsoir, peut-être ? Vous allez bien ?
Non, je n'ai pas disparue (j'ai l'impression de répéter ça à chaque début de chapitre, c'est fou xD), juste... Euh... Si je devais vous donner une explication simple et concise, et qui résume bien ma situation, je dirais qu'une santé fragile couplée à une masse conséquente de travail à abattre ne m'a pas vraiment réussi. Mais soit ! Je vais doucement mais surement mieux, je prends du repos et c'est tout ce qui compte ! Je ne m'attarderai donc pas sur le sujet car je ne pense pas que ce soit nécessaire.
Pour le dernier chapitre de cette fiction (qui n'a pas encore été béta malgré ma relecture personnelle, pardon d'avance pour les éventuelles fautes qui y demeurent), je terminerai cette fois ma note d'auteur à la fin du chapitre ! Donc on se retrouve en bas de page ? En vous souhaitant une bonne lecture :) !
- Dernière partie -
Son casque sur les oreilles et les mains fourrées dans le fond de ses poches, Kaminari observait sans trop vraiment les apercevoir les allées et venues des personnes qui le dépassaient sans lui accorder le moindre soupçon d'attention.
La douce et agréable brise du printemps soulevait doucement, dès qu'elle soufflait, les pans de sa chemise à longues manches. Dans les parcs, les boutons de fleurs de cerisier s'ouvraient un à un. L'embrun d'un parfum fleuri dansait dans l'air ambiant. La scène qui s'offrait à lui était identique ; la gare de Saitama était aussi animée qu'à l'accoutumée, aussi grande et digne d'une gare de grande ville du Japon. Cependant, si l'endroit n'avait pas changé, la raison pour laquelle il y était, quant à elle, si.
Un sourire s'esquissa sur les coins de ses lèvres.
Le visage campé dans l'ombre de sa casquette, cela faisait d'ores et déjà une bonne quinzaine de minutes qu'il patientait sur le quai de la gare de Saitama en écoutant sa musique. Il savait qu'il était arrivé trop tôt, que son train n'allait pas, comme par miracle, arriver avant l'heure prévue, néanmoins Denki était beaucoup trop impatient pour se contenir.
Après avoir rendu les clés de son appartement au propriétaire de son immeuble et avoir récupéré ses derniers effets personnels, ses pas rapides l'avaient mené ici sans qu'il ne puisse atténuer l'excitation qui bouillonnait dans son ventre. Depuis lors, il se retenait de bondir d'une jambe à l'autre devant tout le monde.
Il détailla sans mot dire ce quai presque vide, occupé par uniquement quelques silhouettes de personnes. Cinq ans auparavant, à environ la même période, il y débarquait du train pour venir s'installer dans cette ville où il avait grandi. Aujourd'hui, après cinq années à y avoir habité seul, durant lesquelles il avait fait ses preuves à lui comme aux autres, il vivait l'inverse. Cette gare, à l'instar de cette ville, il les regardait l'une comme l'autre sous l'œil impatient de quelqu'un qui les quittait pour s'en aller vivre ailleurs, pour poursuivre un bout de chemin en partie différent de celui qu'il avait abattu au long de son parcours personnel.
L'heure qu'il regardait régulièrement, presque compulsivement, sur son téléphone portable paraissait tirer en longueur, s'étaler plus qu'elle n'aurait dû. Les minutes s'égrenaient au compte goutte, seconde après seconde, et lui, de son côté, les comptait une à une sans réussir à tenir en place plus de cinq secondes.
Il releva le nez de l'écran de son cellulaire, qu'il avait une énième fois, sans trop le réaliser lui-même, tiré de la poche de son jean pour en inspecter l'heure, en espérant que cette dernière ne daigne se décider à passer plus vite. Ses yeux mordorés atterrirent pour probablement la troisième fois déjà, en glissant sur sa droite, vers le haut, sur l'écran géant qui annonçait les arrivées des trains en gare. Autour de lui, de-ci de-là, les silhouettes longiformes des passants filaient pour les uns en direction des quais d'embarcation, se contentaient pour les autres d'attendre en silence que leur moyen de locomotion n'arrive à bon port, immobiles et silencieux.
Ce silence, qui n'était perturbé que de rares murmures, ne perdura pas davantage. Dans les haut-parleurs de la gare, la voix monocorde d'une femme grésilla, se mettant à énumérer les arrivées et les départs prévus dans les minutes suivantes. L'électrique enleva les écouteurs de ses oreilles, éteignant sa musique au passage, et les plaça dans l'une des proches de sa valise, pour prêter une oreille attentive à ce qu'il se disait. L'annonce proclama que son train était supposé entrer en gare dans les prochains instants.
Content que l'attente arrive enfin à son terme, Denki rangea son téléphone là où celui-ci se situait un peu plus tôt, et, d'un geste fluide de la main, se saisit de la manche de sa valise jaune décorée d'éclairs noirs qui gisait depuis tout à l'heure à ses côtés.
Cette guerre musclée contre le rangement de la marrée d'objets de son appartement avait touché à sa fin la veille. La voiture de Hanta, qui avait servie à déplacer les cartons, était partie pour combler le dernier trajet dans la soirée, avec à l'intérieur les dernières affaires qui s'étaient jusqu'à lors trouvées dans un coin ou un autre de son appartement. Cette valise jaune et noire était tout ce que Kaminari avait gardé en stock comme strict minimum pour tenir jusqu'au lendemain matin.
Le déménagement avait pris un certain temps, surtout parce que - et ça lui coûtait d'avoir à l'avouer - Denki n'avait pour ainsi dire pas la fibre du rangement. Suite à plusieurs journées entières de confrontation acharnée, il avait enfin consenti, en rangeant son ego froissé de côté, à demander à sa bande d'amis de venir le sauver avant qu'il ne sombre pour de bon en dépression nerveuse.
L'aide de tout le monde avait été la bienvenue, rendant le rangement bien plus efficace et rapide. Et... Vu comment les choses avaient tourné, s'il avait pu, Denki aurait filmé les situations grotesques qui en avaient découlé.
Il repensait encore avec un certain amusement à ce pauvre Hanta, qui, malgré sa bonne foi à vouloir l'aider à en finir au plus vite, une fois qu'il était rentré dans sa chambre, avait frôlé la syncope en découvrant ses deux étagères remplies de figurines Pokémon et de héros, de CD de musique et d'autres éléments tous aussi fragiles, et qu'il allait, à regrets, devoir ranger précautionneusement pour ne pas que les objets qui y siégeaient ne succombent aux aléas du transport.
Il avait aussi, encore maintenant, une pensée pour Bakugou, qui avait manqué, au moment où les premiers cartons stockés dans le nouvel appartement avaient été ouverts, de le faire valser par la fenêtre quand il avait découvert des peluches - des peluches - rangées dans le carton où se trouvaient déjà les assiettes et les couverts. Pris en flagrant délit, l'électrique avait bien tenté de lui expliquer qu'il avait pensé que ça ferait un bon amortisseur de choc, mais la bombe sur pattes qu'était son ancien camarade de lycée n'avait rien souhaité entendre. Denki se souviendrait toujours d'avoir pensé, sur le coup, en se faisant traîner par le col de la chemise par le blond cendré d'un bout à l'autre de son nouveau chez lui, que Mina avait fait du bon boulot en nettoyant les fenêtres. Car d'aussi près qu'il avait pu en voir une, elle resplendissait sans un gramme de poussière.
Un rictus amusé se croqua davantage sur les recoins de ses lèvres à ce souvenir insolite. Sourire un peu bête qu'il s'empressa bien vite de ravaler pour s'éviter des regards consternés de la foule qui l'entourait.
Pour l'heure, seule une infime quantité d'effets personnels attendait encore de trouver sa place entre les murs de sa nouvelle demeure ; des vêtements en grande partie, que Denki repoussait de ranger dans sa garde-robe car ces "quelques vêtements" en question s'étaient inéluctablement accumulés en un tas non négligeable de tissu. Les ranger correctement dans une garde-robe était un labeur bien trop long et surtout coûteux en énergie, qui l'épuisait au plus haut point au simple fait d'y songer.
Soudain, l'écho de la voix de femme vrombit de nouveau dans les haut-parleurs de la gare, le soutirant aussitôt de ses souvenirs. Denki y reconnut là l'annonce de son train qui prévenait de son arrivée en gare.
Le bruit crissant des roues freinant sur les rails de fer ne tarda pas à emplir l'espace. Le train qui pointait le bout de son nez non loin continua de ralentir sa course, puis le dépassa, faisant presque s'envoler sa casquette qu'il rattrapa avant qu'elle ne se perde, jusqu'à finalement s'arrêter. Dans les moments qui suivirent, c'est par dizaines qu'il vit les passagers s'extirper des wagons. Il attendit que l'accès se libère pour y entrer à son tour et y débusquer une place.
En un tour de main, à présent assis, il ressortit son téléphone de sa poche pour notifier à Eijirou qu'il prenait la route. Les passagers montés, le train ne mit pas beaucoup plus longtemps à se remettre en marche. L'excitation qui étreignait la poitrine du blond depuis la veille grimpait en flèche dans son ventre.
Aujourd'hui était le jour où il quittait Saitama pour la seconde fois, avec la certitude de revoir sa ville natale tous les jours pour le travail. Ce jour, le rouge et lui l'avaient attendu avec une impatience grandissante. Aujourd'hui, Eijirou et lui s'installeraient définitivement ensemble.
En deux ans, beaucoup d'événements s'étaient passés.
Premièrement, il y avait eu l'annonce de leur mise en couple, qui, à la grande surprise de l'électrique, n'avait pour ainsi dire étonné personne du groupe. Pas même Bakugou n'avait ne serait-ce que haussé un sourcil. Au contraire, il avait eu l'air d'être celui à le plus s'en foutre. Denki avait songé, sur le coup, un peu honteux d'avoir eu à lui imposer ça, que le blond cendré avait dû être le premier à s'y attendre parmi leur groupe d'amis, puisqu'il avait en grande partie été le coup de pouce qui avait aidé à leur réconciliation. Lors de cette soirée, Denki avait amassé tellement de courage pour leur dire. Certes, il... savait depuis ses années de collège qu'il n'était pas totalement indifférent aux pectoraux et aux abdominaux bien battis, et à la taille en "v" des hommes... Mais ce compagnon qui était le sien depuis deux ans maintenant avait eu le don de chambouler tout ce qu'il pensait acquis.
Mais aucun de ses amis n'avait eu mot à redire. À croire que Kaminari tombant des nues à l'annonce de l'orientation sexuelle de Kirishima n'était ni plus ni moins qu'une réaction que tout le monde attendait depuis longtemps.
Deuxièmement, quelques semaines seulement après leur mise en couple, Eijirou avait commencé sa carrière en tant que pro héros. Denki et lui avaient tous deux préféré, d'un commun accord, attendre que la carrière du rouge décolle véritablement pour se décider sur une ville où ils aimeraient habiter ensemble. La recherche d'appartement s'était ensuite faite au fur et à mesure, et le choix avait fini par se porter sur Katsushika, une ville gentillette, sans fanfreluches inutiles, qui leur convenait autant pour sa tranquillité que pour le fait qu'elle soit à mi chemin du lieu de travail de chacun. Un excellent compromis qu'ils avaient accepté sans se faire prier.
Troisièmement, au cours de ces deux dernières années, Kaminari avait pu combler ce manque d'affection qu'il avait ressenti pendant trois ans par des... choses et par d'autres. Inutile d'entrer dans les détails, il n'en revenait qu'à lui et à son compagnon de les connaître. Toujours était-il que l'écart qui s'était creusé entre les deux avait, d'une manière assez paradoxale, eu le don de faire tomber leurs barrières respectives. Ce manque eut ainsi vite été comblé par des marques de douceur, d'attention et d'affection en tout genre, qui l'avait ravi et revigoré. Le blond se questionnait encore, d'ailleurs, sur comment son cœur, ce traitre d'organe vital qui avait joué aux montagnes russes tout du long et qui continuait parfois à le trahir, pouvait encore tenir le coup.
Le train tangua soudain de gauche à droite à la prise d'un virage. Denki en fut sorti de ses pensées.
Son téléphone encore calé dans le creux de ses mains, ses prunelles mordorées finirent leur course sur la fenêtre du train, celle qui se dressait face à lui, qui lui renvoyait son vague reflet. Celle-ci lui donnait une vue assez globale de Saitama, que le train terminerait de traverser sous peu. Dehors, par-delà la vitre, le bleu azuré du ciel s'élançait à perte de vue, seulement piqueté de-ci delà par le blanc laiteux des nuages à la dérive et par les longues et fines traînées blanches oubliées par les avions.
Les changements de saisons, les couchers et levers de soleil, Kaminari les avait observé depuis le troisième étage de son immeuble depuis maintenant plusieurs années. à présent qu'il avait rendu les clés de son appartement, c'était un nouveau départ qui s'annonçait. Eijirou et lui auraient enfin tout ce qu'ils avaient désiré ; une indépendance complète au travail et un foyer où rentrer le soir, avec chacun l'un qui attendrait le retour de l'autre.
La distance ne les contraindrait désormais plus, pour leur plus grand bonheur.
Rabattant sa casquette sur ses cheveux pour cacher la mèche noire que l'on attribuait à son identité de héros Chargezuma, Denki se renfonça dans son siège, le cœur léger.
Ballotté sur ses criardes roues de fer, le train franchit les limites de Saitama dans les minutes qui suivirent, mais Denki savait qu'il y reviendrait de toute façon pour le travail dans les jours à venir. Alors, ce fut sans se sentir tiraillé entre deux mondes et sans la moindre once de regrets que, les bras croisés sur son torse, il laissa cette ville s'éloigner loin derrière lui.
Voilà deux ans, maintenant, qu'il avait assimilé le fait qu'il n'avait nullement besoin de renoncer à une partie de ce à quoi il tenait le plus pour espérer privilégier l'autre.
~ x.X.x ~
Le dos groggy, le blondin bailla, puis s'octroya quelques secondes pour s'étirer à la manière d'un chat quand il fut de nouveau debout sur ses jambes. Le trajet touchait à sa fin.
Par-delà la vitre, un panneau en lettres capitales révélait fièrement le mot "KATSUSHIKA", le nom qu'il attendait de voir passer parmi ses nombreux arrêts. Denki le suivit des yeux avant qu'il ne disparaisse derrière l'écran de taule du wagon. Arrivé à destination, son moyen de locomotion cessa tout mouvement. Lorsque les portes coulissantes automatisées s'ouvrirent, et que les passagers qui y étaient en descendirent, il leur emboîta le pas, sa valise dans son sillage, pressé bien plus qu'il ne le laissait paraître d'en sortir et d'aller à la rencontre de la personne qui l'attendait.
Un peu plus tôt, il avait prévenu Kirishima de son arrivée. La réponse de celui-ci, confirmant qu'il passerait le chercher, ne s'était pas faite attendre.
Le blondinet resserra sa main moite sur la manche en plastique de sa valise, peinant à réprimer ce sourire complètement idiot qui forçait les bordure de ses lèvres à se lever toutes seules sans son consentement. La foule de passagers se dispersait vers les marches d'escalier. Il les suivit encore sur quelques pas, s'éloignant du train qui se renflouait de nouveaux passagers, et ne s'arrêta de marcher que pour chercher du regard son compagnon aux cheveux rouges.
Les lieux n'étaient pas bien grands. La gare étant assez minimaliste, Kirishima serait facile à dénicher. D'ailleurs, en parlant de celui-ci, il se démarqua dans le paysage au bout d'une autre seconde, debout près des sièges du quai.
Habillé de l'un de ses habituels sweats à capuche, dont il avait remonté les manches jusqu'aux coudes, et coiffé, pour ne pas changer, de ses cheveux en pics, il le cherchait clairement du regard.
Un sourire s'allongea sur les lèvres du blond, qui sentait sa poitrine enfler d'une vague d'émotion qui le frappait aussi fort que la première fois, même après tous ces mois qu'il avait partagé à ses côtés. Cette chaleur étrange, tenace, pourtant loin d'être désagréable, lui était devenue si familière avec le temps, si normale. Presque comme s'il s'était privé trop longtemps, involontairement, d'un élément qu'il aurait dû considérer depuis des lustres, d'un point important de son univers, et qu'en prendre conscience avait comblé un pan incomplet de son être.
Denki se remit à marcher, ses enjambées bien plus rapides qu'avant et les roues de sa valise grognant sur les dalles du sol.
Sous cette gare couverte, parmi les quelques personnes qui y subsistaient encore, Eijirou finit par le trouver. Denki dut ralentir son allure, parce que l'immense sourire que le rouge lui renvoya, dès qu'il le happa de ses yeux de la couleur du crépuscule, décocha une flèche en plein dans son point sensible qu'il pensait avoir suffisamment fortifié depuis le premier jour.
- Denki !
Ouais... Denki l'admettait. Beaucoup d'événements s'étaient déroulés, en deux ans. Pourtant, un détail en particulier était resté le même. Même après deux années à être ensemble, à s'être accoutumé à la présence de l'autre, à se supporter mutuellement et à s'épauler l'un l'autre dans les moments difficiles, à chaque fois qu'Eijirou lui souriait et qu'il prononçait son prénom, Denki se sentait pousser des ailes.
Dit comme ça, il était le premier à s'estimer un poil trop niais. Mais grand romantique dans l'âme, il ne s'en souciait guère. Grand bien lui en fasse, il aimait plus que de raison sa précieuse arme de destruction massive qui n'appartenait qu'à lui.
Arrivé à la hauteur du rouge, le blondin ne prit pas la peine de le saluer, puisqu'ils s'étaient déjà parlé au téléphone une bonne partie de la matinée. Au lieu de quoi, d'un geste théâtrale, il planta un poing sur la hanche avec une expression décidée.
- Qu'on soit bien clairs, s'exclama-t-il, en pointant un doigt accusateur en direction de l'homme qui l'éblouissait toujours de son sourire mille watts aux jolies dents bien pointues. Si je suis là maintenant, ça signifie que je ne repars plus.
Il ne s'arrêta de parler que pour évaluer la réaction du jeune homme à la chevelure de feu, qui, un sourire heureux encore scotché au visage, ne disait mot, se contentant d'opiner avec entrain.
- Et évidemment ! reprit le blond, qui s'était entre-temps raclé la gorge pour garder contenance. Avec tout ce que ça implique, tu dois bien comprendre que je ne compte plus te lâcher de sitôt non plus ! Alors c'est à prendre ou à laisser !
Cette fois, incapable de se retenir, Kirishima pouffa. Et une pointe de tendresse et d'allégresse se logea, comme à chaque fois que ce son titillait ses oreilles, dans la poitrine de Kaminari. Ce rire... Ce côté faible de lui-même, qu'il avait tenté de dompter sans succès, l'aimait plus que de raison. Mais après tout, il lui était destiné. Alors Denki ne se priverait pas de l'apprécier à sa façon.
- Alors il en va de même pour moi ! déclara le rouquin, son sourire dévorant la moitié inférieure de son visage. Je prends sans hésiter !
- Mais tu as tout intérêt ! renchérit Kaminari, très satisfait de cette réponse.
- J'y comptais bien de toute façon, expliqua le carmin, en présentant sa main en direction de son compagnon blond.
Cette main présentée à lui, et lui ne sachant pas trop ce qu'il devait en faire, Denki eut pour seul réflexe d'y déposer la sienne. Il comprit cependant bien vite que ce n'était de toute évidence pas ce que le roux attendait, puisqu'il parut parfaitement interloqué par cette main posée sur la sienne.
- Je comptais te proposer de porter ta valise, lui avoua-t-il dans un autre éclat de rire, mais ça fonctionne aussi !
- Même après deux ans, se défendit le blondinet, dont les joues s'étaient teintées d'un voile rose d'embarras, j'ai toujours autant besoin d'affection. Que tu le veuilles ou non.
- Ah mais t'es clairement pas le seul dans le cas, rétorqua Kirishima, avec une vigueur qui ourla les bords de la bouche de son petit-ami.
Ce dernier enlaça ses doigts aux siens, avec l'agilité et la fluidité d'un mouvement qu'il avait réitéré tant de fois déjà, mais dont il ne se lassait pas.
Personne n'était là pour les voir, la gare était pratiquement déserte si on omettait les quelques personnes qui occupaient les autres quais et qui étaient beaucoup trop loin pour entendre ce qu'ils se disaient, ou pour distinguer assez clairement ce qu'ils faisaient. Et puis, honnêtement, même si quelqu'un les observait, Denki s'en fichait pas mal. Il ne se priverait pas de faire ce qu'il avait envie de faire pour des regards mal placés. Il avait dépassé le stade du trouillard depuis des lustres.
Les mains liées et les yeux brillants, les deux jeunes adultes s'échangèrent un nouveau sourire, complices et impatients d'arriver à leur nouvel appartement, où leur groupe d'amis les attendait avec une impatience non dissimulée. Pendant qu'ils se dirigeaient d'un pas commun vers l'entrée de la gare, Eijirou fut le premier des deux à reprendre la parole dans le silence confortable et apaisant qui s'était mis à planer sur eux.
- Les autres m'ont chargé de te dire qu'il vaudrait mieux qu'on se dépêche sinon ils commenceront la fête sans nous.
- Sans les principaux concernés ? s'indigna Kaminari. Sérieusement ?
- J'ai posé la même question, fit Kirishima, en fronçant le nez, mais ils m'ont répondu que cette pendaison de crémaillère était leur compensation pour nous avoir autant aidé dans le déménagement.
- C'est sûr que c'était pas de tout repos ! rit Denki. J'aurais jamais cru qu'un déménagement prenne autant de temps et demande autant d'énergie ! J'ai dormi comme un bébé hier soir tellement j'étais sur les rotules !
- Pareil ! acquiesça son voisin, sur le même ton amusé.
- Mais quand même ! marmonna l'électrique, outré que leurs amis envisagent de fêter leur pendaison de crémaillère sans eux. Ces fourbes ! Oser envisager de commencer à fêter notre emménagement ensemble sans nous ! Pour leur peine, j'en laisserai aucun gagner aux jeux vidéos ce soir !
- Ouais, acquiesça le rougeâtre, avec un hochement de tête solennel. Meilleure revanche que tu peux avoir sur eux, en effet. Trop viril !
Denki buta son épaule contre la sienne, tentant, malgré le sourire qui le trahissait, de paraître vexé.
- Ne te moque pas de moi ! Je suis encore en train de me remettre psychologiquement de mes trois défaites consécutives contre Bakugou de la dernière fois. Je tiens à mon titre de champion des jeux vidéos du groupe ! Ce mec sait tout faire et il a remis en question mon palmarès de victoires. Évidemment que je dois élaborer des stratégies de défense, il en va de ma fierté personnelle !
- Oh mais je te crois, répondit Kirishima, en se retenant tant bien que mal de se moquer ouvertement de lui. Au fait, reprit-il ensuite en lui jetant un regard interrogatif, espérant détourner la conversation pour ne pas que Denki finisse la route en râlant. Tu m'expliques pourquoi tu as voulu venir en train ? Tu m'aurais demandé, je serais venu te chercher en voiture. Je ne me suis carrément pas senti viril de te laisser faire la route en train.
Touché par son attention, le blondinet fit mine de réfléchir.
- Car en faisant ça, finit-il enfin par consentir à expliquer avec un clin d'œil, la boucle est bouclée. Je t'ai quitté sur le quai d'une gare, je te retrouve sur le quai d'une gare. Question de principes.
Tandis qu'Eijirou lui retournait l'expression d'une personne qui après longtemps mettait le doigt sur une réponse qu'il avait en vain cherchée, Denki compléta :
- Et puis, tu ne penses pas que c'est romantique comme scène ? Moi, cet homme parti en quête de lui-même dans une autre ville, loin des siens, qui retrouve l'homme de sa vie dans la même situation qu'au moment où il l'a quitté avec ses grosses valises sous le bras.
- T'as raison, admit enfin le carmin, à la suite de quelques moments de réflexion, un sourire tendre flottant sur ses lèvres et une belle couleur rouge colorant ses pommettes. J'adore l'idée moi aussi.
- Tu vois ! J'ai toujours de bonnes idées. Hors de question que cela se passe autrement. Là aussi ma fierté est en jeu.
- T'es vraiment le roi du drama.
- Avoue que c'est aussi pour ça que tu m'aimes.
- Ouais, ça c'est pas faux.
N'y trouvant plus rien à rajouter, ce genre de boutade étant devenue monnaie courante entre eux, Denki coula ses iris ambrées sur le profil à couper au couteau d'Eijirou, qui avait gagné en muscles et en maturité au cours de ces deux dernières années. Et ce, sans que la douceur qu'il lui témoignait au quotidien, elle, n'ait changé le moins du monde.
- Dis, Ei.
- Hm ?
L'interpellé lui rendit un regard en coin, attendant qu'il poursuive. Denki s'arrêta de marcher lorsque leurs yeux se connectèrent. Eijirou lui souriait, ne cessait jamais de lui sourire. Ce sourire que Denki aimait vraiment beaucoup trop pour son propre bien, qui allait si bien à son compagnon, et que le blondin aimait embrasser du bout des lèvres dès que l'occasion se présentait à lui. Ce sourire, rassurant, sincère, Eijirou le lui avait déjà offert le jour où Denki était parti pour Saitama, et il l'avait encore, il lui offrait le même sourire en ce jour, celui où il en revenait.
Kaminari détacha ses prunelles de celles si rouges qui le regardaient, puis les porta sur leurs mains liées. Sur cette main, en particulier, qui tenait la sienne sans la lâcher. Cette main qu'il avait tant eu besoin de tenir auparavant, et qui dorénavant s'insérait si facilement à la sienne, sans qu'il n'ait à le demander.
- Tu sais, Ei...
S'étant assuré qu'il n'y ait personne autour d'eux pour les déranger, Denki se dévêtit de sa casquette pour s'avancer vers lui et combler l'espace qui séparait leurs lèvres. Un baiser volé, chaste, qui ne dura qu'un battement de cil à peine. Caché par cette casquette, personne ne pouvait les voir.
Lorsque le blond s'écarta enfin, le rouge lui renvoyait un air hébété. Et Denki profita de son silence pour dire les mots qu'il avait depuis longtemps voulu lui dire de vive voix.
- Même si ça avait pris des années, même si tu en étais venu à me rayer de ta vie... Toi, depuis le début, tu as fait, tu fais et feras toujours partie intégrante de la mienne. Alors sache-le, mon chéri, j'aurais tout fait pour que nos routes se recroisent.
Kirishima Eijirou était l'épaule sur laquelle Denki voulait reposer sa tête le soir en s'endormant, et il était aussi le premier sourire qu'il voulait découvrir le matin en ouvrant les paupières. Il était la première personne que le blond souhaitait saluer le soir en rentrant de son travail, et la dernière personne à qui il voulait souhaiter bonne nuit lorsque la fatigue l'emporterait au pays des songes.
Oui, Kirishima Eijirou était tout ça à la fois.
Mais par-dessus tout, il était la personne que Denki aimait sincèrement, et la seule personne auprès de qui il se sentait chez lui, à sa place, sans avoir besoin qu'un toit ne recouvre sa tête.
Après trois ans passés à vivre seul et à remuer ciel et terre pour se prouver à lui-même qu'il pouvait autant se démarquer que les autres, Denki avait appris à s'accepter avec ses forces et ses faiblesses au cours des deux années suivantes. À présent, il en était convaincu. Peu importe que cette ville ne soit pas Saitama, il y trouverait sa maison tant qu'il s'y sentirait libre de faire ses propres choix et qu'il aurait des personnes auprès de lui pour l'accepter tel qu'il était. Des personnes, des amis, des gens sur qui il pouvait compter sans condition, qui seraient là pour éponger ses craintes souvent infondées, qui pourraient rire à sa maladresse et à ses blagues les plus nulles, qui sauraient comprendre ses défauts et qui apprécieraient ses qualités à leur juste valeur.
Les oiseaux avaient beau voler dans différentes directions, ils finissaient toujours par revenir à l'endroit où ils appartenaient.
Et c'était à l'image de ces oiseaux qui entreprenaient un long et éprouvant voyage vers d'autres horizons pour réapparaître à la venue des beaux jours que Kaminari Denki avait trouvé cet endroit où il pouvait revenir, où on l'accueillerait à bras ouverts et où, désormais il le savait, il avait sa place.
Un endroit qu'il pouvait appeler son chez lui.
FIN.
Recoucou ? Vous êtes toujours là ? Si vous lisez ces mots, c'est que vous devez toujours l'être et que vous avez fièrement affronté ce pavé de près de 40 000 mots ! (Supposé être un One Shot au départ, je précise car j'en ris encore)
Je ne sais trop quoi dire dans cette note de bas de page, honnêtement, si ce n'est vous dire un grand merci ? Même si elle n'est pas la fiction la plus recherchée que j'ai pu écrire, merci de l'avoir lue, d'avoir peut-être laissé une trace de votre passage en commentaires (ce qui est une énorme source de motivation pour les auteurs et que vous n'estimez peut-être même pas) ou en favoris/follows.
J'ai du mal à me remettre à l'écriture car dernièrement ça n'a pas été une période évidente, mais j'ai réussi à finir cette fiction et à me replonger dans mes autres écrits en cours. Doucement, un pas à la fois, mais j'y arrive.
Alors, si vous êtes encore présents pour lire ces mots et que vous appréciez ce ship autant que moi, sachez que je n'abandonne pas mes autres fictions sur le KiriKami. La suite de "A l'ombre de tes yeux", l'histoire dans laquelle je mets une partie de mon âme, est en cours d'écriture. "La Vida Loca" est une fiction que j'écris pour me vider la tête et qui me fait du bien. Et j'ai même encore une idée de fiction à chapitres en stock qui me titille depuis longtemps et qui attend patiemment dans mon carnet avec mes autres idées de One Shot que je lui donne vie.
Bref ! J'abrège cette note d'auteur ici ^^. Encore merci ! A tout bientôt.
Molly.
