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Oui, à une heure improbable, j'ai réussi à poster un chapitre moins d'une semaine après mon retour sur Entre Orage et Tourbillon (mon autre fic). Je sais, j'ai encore disparu... vous êtes courageux mes chers lecteurs, je vous remercie vraiment. Mais j'ai une bonne nouvelle, le chapitre 31 est déjà écrit, il doit juste être corrigé, donc vous le verrez dans pas trop longtemps.

Allez, bonne lecture !

Réponses reviews :

Akari - Merci (et plus j'écris, plus je me rends compte que j'aime écrire les disputes, sous toutes leur forme). Encore désolée de t'avoir fait attendre, mais la voici, la suite !

Julie - Salut ! Bienvenue, je suis très contente de découvrir une nouvelle lectrice. Je pense que je l'ai précisé dans les premiers chapitres, mais oui, je me suis clairement inspirée de Fated to Love You. Le début est même une réécriture de ce Kdrama, et à partir de je ne sais plus quel chapitre, je reprends les rênes et ne suis absolument plus la trame du Drama. Je suis contente de trouver quelqu'un qui a su retrouver les références ! J'espère que ça va continuer à te plaire en tout cas !


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30. DÉBORDEMENT

Sasuke rentrait d'une folle journée, soulagé et requinqué malgré l'embouteillage dans lequel il était depuis une vingtaine de minutes. La berline d'un rouge criard se reflétait toujours dans son rétroviseur et la tête blonde qui la conduisait était certainement en train de chanter à tue-tête. Sacré Naruto.

Il ne l'avouerait jamais à haute voix, mais Naruto était son meilleur ami et un associé essentiel à la réussite du groupe Amaterasu. Sasuke était avare de compliments, il ferait toutefois une exception ce soir et célébrerait comme il se doit la gloire que Naruto méritait aujourd'hui. La plupart des actionnaires avaient ignorer Naruto parce que ce dernier s'était montré facétieux et d'humeur hyperactive au cours d'une réunion interminable, mais ce qu'ils prenaient certainement pour des enfantillages furent les armes qui les abattirent l'un après l'autre.

Sasuke n'avouerait pas qu'il avait réellement vu une lumière divine émanée de son ami quand ce dernier, en une seule phrase, était parvenu à convaincre chacun des actionnaires récalcitrants qui risquaient de mettre en péril la prospérité sur le long-terme du groupe pour simplement augmenter les prochains dividendes.

Les voitures qui l'entouraient démarrèrent enfin. Un bref coup de klaxon sonna à sa droite, c'était Naruto qui venait de changer de file et le doublait sans effort. L'incitation à la course était tentante, mais l'engorgement des routes laissa Sasuke de marbre. Ils avaient beau se presser, ils risquaient probablement d'arriver en même temps. La suite lui donna tort, la petite avance qu'avait pris Naruto lui permit d'éviter une deuxième perturbation routière. Sasuke alluma sa radio, il en avait encore pour une bonne demi-heure de route.

Un véritable festin s'offrait à leurs yeux lorsque Sasuke passa dans la salle-à-manger. Konan avait apparemment fait le bon choix de traiteur. Si le repas était aussi bon que beau, il complimenterait peut-être sa belle-sœur aussi. Elle était de toute façon dans le salon, occupée à discuter avec Naruto et Itachi, attendant son arrivée.

Après être passé dans son bureau, dans sa chambre et d'autres pièces sans avoir vu ou entendu Sakura, Sasuke se questionnait.

— Sakura n'est pas là ? demanda-t-il en rejoignant le trio dans le salon.

Son frère lui apprit qu'elle était partie en trombe en fin d'après-midi, sans précision, promettant seulement qu'elle serait de retour pour dîner. La nuit depuis longtemps tombée, Sasuke s'inquiétait de ne pas avoir de messages de sa part. Elle le tenait toujours aux courants de ses sorties imprévues. Il lui envoya un message alors que Naruto expliquait savoir probablement où Sakura pouvait se trouver. Selon lui, elle était avec son manager, ce que Sasuke jugeait peu probable, ou bien avec de vieilles connaissances qu'elle avait croisées grâce au yoga.

— Elle ne serait pas encore en train de discuter avec elles, intervint Sasuke.
— Peut-être qu'elles vont dîner ensemble ?

Sasuke savait que Sakura l'aurait prévenu si tel était le cas. À ce même instant, son portable sonna, c'était Sakura. Elle s'excusa de ne pas l'avoir prévenu plus tôt, elle n'avait pas vu l'heure passée avec la « prof de yoga » et se mettait en route. Elle serait là d'ici une vingtaine de minutes. Sasuke transmit le message, dissimulant sa jubilation d'avoir raison par rapport à Naruto.

En attendant que sa belle arrive, ils parlaient affaires.

Les exploits du jour de Naruto furent exposés et célébrés chaleureusement par les Uchiwa. Ils listaient les « bénéfices » qu'ils pourraient à présent considérer grâce à lui. Leur estomac et particulièrement celui de Naruto se faisaient toutefois exigeant et plus d'une fois Sasuke empêcha son ami de commencer les assortiments sur la table et de se contenter des rares apéritifs. Sakura arriva, apparut comme une héroïne pour les estomacs de chacun et Sasuke pouvait voir qu'elle en était consciente. En moins de deux, elle fut prête et ils purent tous passe à table et déguster les plats succulents.

Sasuke se le répéta à chaque fois, mais il ne s'habituerait jamais à l'appétit de Naruto qui, bien que n'ayant plus grandi depuis des années, était la somme de celui d'adolescents affamés.

— Tu vas prendre des cours de yoga, Sakura ?

Sasuke fusilla du regard Konan. Le yoga était un prétexte pour parler de quelqu'un dont il ne souhaitait aborder le sujet. Ce soir, bien que de bonne humeur et particulièrement conciliant, il n'avait pas envie de parler d'une réalité de son futur encore si flou, changeant et mouvant et il pouvait parier que Sakura non plus, enfin c'est ce qu'il pensait puisqu'elle répondit sans attente à Konan et sans le consulter du regard. Il serra des poings autour de ses baguettes dès que ses cheveux virevoltèrent vers Konan.

— Peut-être, ce n'est pas encore sûr, c'est plutôt pour quelqu'un que je m'y mets.

Le soulagement était presque visible sur ses traits. Sakura ne prenait pas les devants et n'évoquait pas Hinata ce soir, il l'en remerciait.

Le dîner se termina sur les plans d'architecture intérieure de l'école de danse de Sakura. Sasuke était certes son époux, mais il la laissait gérer son projet en toute autonomie. Naruto lui fit remarquer qu'il pourrait peut-être lui faire part de plus de conseils et d'expertises, mais Sasuke lui répondit qu'il s'agissait des affaires de Sakura et que si elle avait besoin d'aide, il lui en fournirait, à sa demande seulement. Il n'était de toute façon pas un expert ni en immobilier, ni en danse, et encore moins en enseignement.

Comme lors de nombreux désaccords qu'il pouvait avoir avec Naruto, Sasuke sentait la tension monter entre eux, de façon bégnines, mais irritantes. Sakura jouait à la médiatrice, n'hésitant pas à se servir de l'argument de l'un pour contrer l'autre sans se soucier de leur sensibilité personnelle. Sasuke aurait apprécié que la carte du mariage lui serve au moins à être défendue bec-et-ongles face à Naruto mais il aurait fallu oublier le plaisir que sa femme prenait en se faisant l'arbitre de leur débat.

Sasuke commençait à être à court d'arguments et il pensait qu'il en était de même pour Naruto mais tout comme lui, il n'abandonnerait pas tant qu'un perdant ne soit déclaré par l'audience. Le maigre public se manifesta soudainement dans un bruit effrayant qui mit fin à tout combat vain précipitamment.

Itachi fut saisi d'une toux d'une rare violence, projetant ses cheveux attachés en tous sens, le sang montant dans ses veines gonflées sur sa peau qui souffrait de la contraction brutale de son corps qui voulait à tout prix se débarrasser d'un ennemi invisible. La longueur de la toux terrifia Sasuke qui, comme tout le monde, s'était tétanisé après avoir rejoint son frère, les bras ballants. Il était impuissant comme toujours devant ce mal injuste qui le rongeait. Konan maintenait le torse de son mari et lui parlait continuellement alors que Sasuke, Sakura et Naruto n'osaient rien faire, rien dire.

— Sasuke, va chercher la trousse rouge dans le salon. Prend le sac gris aussi, ordonna Konan.

Aussitôt demander, aussitôt fait. Sasuke s'empressa de prendre les sacs toujours gardés à proximité par Konan et Itachi. Leur poids aggravait le ressentiment inutile de Sasuke.

La toux d'Itachi se calmait déjà quand il revint dans la salle à manger et c'est avec horreur qu'il constata que son frère ressemblait à un poisson hors de l'eau, respirant un air qui restait inefficace.

Naruto et Sakura n'étaient plus dans la pièce, ils appelaient les secours lui appris Konan. Sasuke se pressa vers elle qui, malgré son calme olympien, n'arrivait plus à manipuler les boîtes et tout autre appareil dans ces grandes trousses. Son long visage pâlissait autant que celui de son grand frère violaçait. Toute paralysie disparut dans son corps et Sasuke aida Konan à déployer le contenu de secours des sacs.

Quand les secours arrivèrent, Sasuke émergea petit à petit tu temps suspendu où le moindre geste, la moindre vision ou autre sensation occupait sa perception entière et empêchait toute réflexion ou enchaînement de pensées. Il n'avait été que réflexes, puis un spectateur terrifié devant son frère dont la tête reposait maintenant sur la table. Avec Konan, ils avaient veillé à ce que ses deux pieds soient fermement ancrés dans le sol, avait installé un coussin sur la table, avait posé ses coudes autour et penché sa poitrine en avant, jusqu'à ce que sa tête repose sur le coussin.

Progressivement, il ne cherchait plus l'air et sa respiration se fit régulière. Il oscillait à présent entre état second et conscience.

Tous ces souvenirs récents revenaient en flash dans sa mémoire qui tournait à nouveau quand les pompiers installèrent Itachi en chaise roulante et l'équipait d'un respirateur. Ça allait, ils n'avaient pas à s'inquiéter dans l'immédiat leur dit-on alors qu'ils emmenaient Itachi à l'hôpital. Konan monta dans le camion, Sasuke et Sakura les rejoindraient à l'hôpital après avoir préparé des vêtements pour lui.

— Sasuke.

La main large et ferme de Naruto était posée sur son épaule juste avant qu'ils ne montent dans la chambre. Il avait oublié qu'il était là.

— Je m'occupe de tes réunions demains, ne t'inquiète pas.

Sa poigne et sa voix ne laissaient la place ni aux doutes, ni aux contredis.

— Merci Naruto.

Quand ils furent à l'hôpital, l'attente du diagnostic leur parut bien trop longue, mais elle ne l'était pas. Le docteur, un quarantenaire aux traits tirés par la fatigue mais dont l'allure générale inspirait confiance, leur expliqua qu'ils ne garderaient Itachi que trois jours pour observation. Ils avaient dès lors la possibilité de passer en coup de vents dans la chambre du patient. Sakura restait assez éloignée, par pudeur, tandis que Konan se tenait assise à côté d'Itachi, ses mains précieusement posées sur son bras perfusé. Elle lui souriait, veillait à conserver un visage dénué de la moindre inquiétude. C'était raté, même Sasuke était capable de voir à travers son masque, alors son mari... Mais comment lui en vouloir.

Itachi, pourtant câblé et adossé contre de hauts oreillers dans son lit d'hôpital, arborait un visage paisible, au sourire léger que présente un parent à son enfant qui cherche à être rassuré. Ses mots étaient prononcés dans le même but.

— Je ne reste que trois jours, ce n'est rien de bien grave. Ça devait arriver un jour, et c'est arriver plus tard que prévu.

Peu importait, Sasuke ne voyait qu'une chose : le flou souvenir de son père en fauteuil, une énorme machine pleine de tubes qu'il baladait avec lui en permanence. Quand est-ce que cela toucherait son frère ? Serait-ce aussi foudroyant que ce soir, mais avec des conséquences bien plus dramatiques ? Sasuke exécrait les faux-semblants.

— Itachi, tu n'en sais rien. On te garde en observation, ne nous vend pas d'illusions.
— Ce ne sont pas des illusions, Sasuke. Ce sont des possibilités, de l'espoir, se ramena Konan, énervée de son réalisme tranchant.
— La vente de contrefaçons est illégales, Itachi. Ne nous fais pas de fausses promesses, tu ne berneras personne. Et même si tout le monde se prête au jeu, ce ne sera pas mon cas.

Les mains graciles de Sakura encerclèrent son bras. Elle lui adressait un visage compatissant, mais ses mots ne l'étaient pas.

— Sasuke, ton frère est bien loin de passer l'arme à gauche. Ne l'enterre pas alors que les médecins se montrent positifs.
— C'est un peu cru, mais oui, Sakura a raison « frangin », reprit Itachi, son expression dénuée de la moindre souffrance ou de ressentiment.

La superposition de son antique souvenir avec son frère cessa, il respira profondément et regarda Sakura. Elle le connaissait bien, elle savait quel degré de férocité il avait besoin pour sortir de ces moments de panique qui, chez lui, revêtaient une logique froide et pessimiste.

— Vous devriez aller dormir, la fête du Travail n'est qu'après-demain.

La logique de ce jour férié échappait à Sasuke mais il était dans l'obligation de la respecter pour ses employés.

— Tu nous précises gentiment de te laisser dormir et d'aller nous coucher, Itachi ? la voix de Konan couvrait une menace silencieuse.
— Je suis en observation Konan, je ne risque rien.

Itachi tourna la tête avec une rapidité effrayante quand on considérait son faible état. Mis à part ces problèmes respiratoires, il allait peut-être toujours bien.

— Mon petit-frère va avoir besoin de soutien demain en plus.
— Naruto s'apprêtait déjà à prendre en main mes rendez-vous, mais puisque tu insistes, je ne vois pas pourquoi j'aurais besoin d'une quelconque aide.

Sakura qui avait lâché son bras depuis se tendit sur sa gauche.

— Sasuke, on sait bien que tu es empoté dès qu'il s'agit de ta fille.

Effectivement, il se trouva démuni. Que venait faire sa fille dans la conversation ? Il accusa très vite du regard Sakura qui se défendait en feignant l'ignorance. Son cerveau qui avait été lent ou trop occupé par la santé fragile de son fouineur de grand frère s'activait enfin à plein régime sur d'autres sujets. Il se rappela qu'au cours de la semaine, Hinata lui avait parlé de la seconde échographie qu'elle ferait le lendemain.

— Sakura et Hinata ont bien discuté au téléphone hier, pourquoi tu ne l'inviterais pas à la maison après-demain ?

La journée du travail… fichu jour férié. Et pourquoi n'était-il pas au courant de la conversation entre Sakura et Hinata ?

— Sakura ?

Sa question, sortant d'outre-tombe, déclencha l'effet inverse de ce qu'il recherchait. Elle était joueuse. Il ne put rien dire ou contredire puisqu'ils se firent jeter de la chambre plus ou moins poliment par une infirmière, son grand frère méritait du repos.

À l'arrière de la voiture, Konan ne disait rien, elle semblait penser à Itachi uniquement. Mais Sasuke était certain que comme son frère, Konan serait capable de lui prodiguer des « conseils » pour Hinata et sa fille. Elle lui avait quand même tapoté l'épaule avant de lui dire qu'elle comprenait son impatience et ses sentiments confus. Mais depuis qu'ils étaient rentrés, Konan s'était évaporée dans ses quartiers.

— Sakura, c'est quoi cette histoire de téléphone avec Hinata ?

Dans la salle de bain en train de se laver le visage, Sakura répondit avec flegmatisme.

— Tu lui avais dit de m'appeler la dernière fois, quand tu l'as vue au parc. C'est ce qu'elle a fait, et on a parlé.

C'était effectivement lui qui avait suggéré une telle action après avoir subi la colère d'une Hinata sur la défensive qui lui l'avait presque menacé sur ses futurs droits de visite. Et tout cela à cause d'un comportement maladroit de sa femme et de lui-même.

— Comment ça se fait que mon frère et Konan soient au courant et pas moi ?

La voix aigüe de Sakura communiquait sa légère culpabilité.

— Ils ne devaient pas se trouver trop loin du salon, quand on s'est parlé au téléphone.

Il leva les yeux au ciel. Le faisait-elle exprès ? Pas besoin de lui demander puisqu'elle se justifia immédiatement, avec un agaçant ton de reproche.

— Écoute Sasuke, je n'allais pas continuer à préserver le secret alors que tu nous as tous fait clairement comprendre que ta fille ferait partie de ta vie, et par conséquent, des nôtres.
— Je te demande seulement de penser à l'intimité d'Hinata. Tu sais très bien dans quelle posture elle se trouve et à quel point cela peut la mettre mal à l'aise.
— Itachi et Konan sont des anges, arrête de faire ton ronchon.

Elle sortit de la salle de bain et le rejoignit sous les draps tandis qu'il contestait encore.

— Il n'y a pas eu de scène si c'est ce que tu crains, je ne suis pas une sauvage Sasuke. Et je le pense vraiment quand je dis que je souhaite m'entendre avec elle.

Il ne remettait pas en doute les dires de sa femme qui lui tournait le dos actuellement. Il savait seulement à quel point sa position à elle pouvait être difficile et il connaissait très bien sa jalousie.

— Je te crois, Sakura.
— Elle m'a dit ne pas apprécier ma tendance à inclure Naruto.

La vérité sortait finalement. Sakura se retourna pour lui faire face, son visage gonflé par la contrariété.

— C'est vrai que je l'ai fait pour… nous protéger. Mais je pensais sincèrement que Naruto et elle pourraient se plaire.
— Hm, dans un autre contexte peut-être.

La franchise et l'honnêteté de Sakura pouvaient être malmenées par ses craintes et sa jalousie. Sasuke essayait de ne pas se laisser dépasser par la situation et il avait souvent envie de reprocher les comportements de sa femme. À ses yeux, ses façons pouvaient être nocives et contraires à l'établissement de relations saines. Mais rapidement, il sortait de son propre prisme de vision et adoptait un avis ressemblant plutôt à celui de Sakura. Il la trouvait alors compréhensive, résiliente et innovatrice, même si cela s'exprimait avec maladresse et manigances.

Finalement, quand elle se glissa dans ses bras et le serra tendrement, il eut presque envie de la laisser gérer tout ce qui se mélangeait et n'avait plus de sens.

Sasuke repensa brutalement à son frère qui était à l'hôpital.

— Itachi ne va pas disparaître, il a encore de longs jours devant lui, murmura-t-elle, comme si elle pouvait lire ses pensées.

La douceur de sa voix et la prudence de ses mots étaient des invitations à céder et abandonner tout le réalisme pessimiste qu'il entretenait. Sasuke ne voulait pas être rempli d'espoir alors qu'il connaissait les faits indéniables : la dégénérescence ne s'arrêtait pas. Il se laissait caresser les cheveux, mais ne cédait pas. Il ne céderait jamais. Plutôt que se nourrir de faux espoirs, il préférait penser à un problème qui, jour après jour, apparaissait plus comme une issue.

— De quoi d'autres vous avez parlé avec Hinata ? demanda-t-il sans se soucier d'une transition.

Sakura cessa ses caresses, surprise et décontenancée. Il espérait qu'elle arrête de le forcer à voir le monde en rose en répondant à sa question. Il se demandait si elle était vraiment contrariée quand, après un silencieux soupir, elle lui résuma en quelques phrases une conversation qui avait semblé plutôt apaisée. Elle conclut sur une séance de yoga qu'elle partagerait avec Hinata la semaine prochaine. Impressionnant. Il revoyait la colère qu'Hinata couvait la dernière fois en parallèle.

— Elle a confirmé nous contacter ce week-end pour t'informer de… cette deuxième échographie. Tu sais, voir s'il y avait des malformations.

La voix de Sakura se réduisait progressivement. Il ouvrit les yeux pour ne voir que la pénombre. Une soudaine culpabilité lui tenait la gorge.

— Tu n'es pas obligé de faire tout ça, Sakura.

Tant de tolérance, c'était l'idéal pour tous, la bonne base sur laquelle construire une structure, mais ce n'était absolument pas aisé, ni naturel.

— Faudrait savoir ce que tu veux, dit-elle, sa voix s'éteignant.

Elle rejoignait le monde des rêves, le laissant pensif. Il ne tarda pas non plus à s'échapper dans le sommeil, laissant un temps la réalité à la fois joueuse et inquiétante.

Trois jours passèrent. Le travail se déroulait sans accroc. Naruto était plus présent et efficace que jamais, la fête du Travail fut célébrée en partie à l'hôpital. Ils furent divertis par les anecdotes d'Itachi, en apprirent plus sur le projet immobilier de Sakura. Cette dernière s'absenta au milieu de la journée pour visiter l'orphelinat. Puis Sasuke reçut un message bref mais chaleureux d'Hinata qui confirmait la parfaite santé de l'enfant à venir.

Le lendemain, Sasuke et Sakura visitèrent l'immeuble de deux étages. Il découvrait pour la première fois les grands espaces intéressants pour des salles de danse, mais aussi les nombreuses rénovations à faire. Sakura signa et l'achat fut conclu les jours suivants. Enfin, dimanche arriva et avec lui Itachi et son bilan furent délivrés.

Il serait opéré des poumons trois semaines plus tard afin de prévenir les troubles respiratoires qui risquaient de croître autrement. Sasuke pouvait enfin abandonner sa rancœur contre l'univers, mais seulement en partie. Il accueillait les railleries de son grand-frère faussement agacé, même quand ce dernier lui reprocha son ton de chef d'entreprise alors qu'il revenait d'une rapide conversation téléphonique avec Hinata. Sasuke se croyait loin de toute oreille dans le froid du jardin, et surtout loin de son frère qui n'avait pas le droit de rester au froid pour l'instant. Mais non, rien n'échappait à Itachi qui semblait trouver amusant de s'immiscer dans ses affaires.

La veille de l'opération de son frère, Sasuke avait eu une journée de travail plutôt mouvementé. Il avait laissé Naruto partir après deux heures supplémentaires et avait lui-même quitté ses bureaux une heure après son ami.

Il savait que Sakura sortirait du yoga peu après et en profita pour aller lui faire une surprise en allant la chercher.

Sa femme avait véritablement convaincu Hinata pour ces séances de yoga puisqu'elle n'en était pas à une, mais bien à cinq après-midis de yoga ensemble ce soir. Elles avaient apparemment trouvé un terrain d'entente. Sasuke avait également eu droit à des retour des deux côtés, uniquement de bons échos. Cela ne le surprenait pas de la part d'Hinata qui voulait une bonne entente, bien qu'elle souhaitât se tenir le plus loin possible de sa famille. Mais de la part de Sakura, Sasuke était tout de même étonné de son adaptation récente.

Il restait toutefois méfiant des sourires et autres nouvelles positives de son épouse. Sa surprise lui permettrait de constater s'il y avait véritablement une entente entre les deux femmes.

Il ne s'attendait toutefois pas à être surpris lui-même. En cherchant une place pour se garer, il repéra une voiture très familière et vit Naruto en sortir. Il le rejoignit dès que sa voiture fut garée, essaya de paraître aussi indifférent que possible alors que Naruto sursauta, bafouilla un instant avant de ricaner.

— Tu aurais dû me dire que tu viendrais la chercher, je ne serais pas venu.
— C'est ce que j'aurais fait si j'étais au courant.

Le seul rire de Naruto permit d'éviter qu'un silence bien gênant ne s'installe. Sasuke n'avait en tout cas aucune envie de fournir des efforts pour éviter un malaise. Il ne savait pas que Naruto venait chercher Sakura, peut-être depuis le début. Il ne comprenait pas pourquoi il n'était pas au courant et pourquoi Naruto le faisait. Il n'en avait pas envie non plus.

Naruto continuait de s'agiter, de raconter sa journée alors qu'ils avaient travaillé ensemble aujourd'hui et que Sasuke était au courant de la majorité des détails, sauf de ce dernier visiblement et bien heureusement pour Naruto, la grande porte vitrée s'ouvrit et des femmes en sortirent, toutes apprêtées d'un legging, d'un bandeau enserrant leur chevelure et d'un tapis sous le bras. Les cheveux roses de Sakura facilement reconnaissables firent rapidement leur apparition. Elle était accompagnée d'une brune à la silhouette arrondie : Hinata était aussi là. Sakura souriait largement à Hinata qui lui parlait, mais Sasuke remarqua le positionnement de ses sourcils. Son sourire n'était pas complètement sincère, mais elle s'entendait suffisamment avec Hinata pour faire du yoga avec elle.

— Sasuke ? Tu es venu me chercher ?

Sakura était surprise, son visage s'était illuminé d'un honnête sourire. Il avait réussi, mais il n'en ressentait finalement aucune joie.

— Oui, mais je n'avais pas besoin apparemment.

Sakura s'approcha à petits pas de chats, un sourire espiègle sur les lèvres avant de lui attraper le bras de sa main libre, laissant derrière elle Hinata qui n'osait pas les rejoindre et ne savait pas où se mettre.

— Jaloux que ce soit Naruto qui soit venu à chaque fois ?

Sasuke ne répondit rien alors que Naruto protesta avec vigueur.

— C'est la première fois que je viens Sakura, ne mens pas juste parce que ça t'amuse.
— Roh, ça va, si je ne peux plus rigoler un peu.

L'air de rien, Sasuke se sentit un peu soulagé d'apprendre que Naruto venait pour la première fois aussi. Il ne changea pas son comportement pour autant et conservait toujours une mine légèrement renfrognée, juste pour la forme.

— Pourquoi tu ne m'as pas demandé ?
— Je sais que tu es très occupé en ce moment, je ne voulais pas t'embêter.
— Mais moi aussi je suis occupé, Sakura ! s'indigna Naruto.

La rose l'ignora superbement, préférant s'agripper davantage à Sasuke en le remerciant de sa surprise. Naruto comprenant apparemment son message s'éloigna, faussement ronchon. Il se dirigea vers Hinata et était déjà tout sourire.

— Alors, comment ça va ? Pas trop dur avec un ballon à l'avant du corps et une danseuse expérimentée mais tyrannique comme partenaire ?

Hinata qui était encore très tendue se décontracta de façon visible tandis que Naruto venait discuter avec elle. Sasuke s'étonna de la familiarité qui se dégageait entre eux et fut apparemment accaparé par leur observation puisque Sakura lui pinça l'épaule pour le rappeler à l'ordre.

— Allô Sasuke, tu m'écoutes ?
— Tu disais ?

Elle roula des yeux et lui expliqua une nouvelle fois : puisqu'il était aussi venu, elle rentrerait avec lui et Naruto pourrait ramener Hinata chez elle directement. Sasuke eut un pressentiment et le communiqua à Sakura rien qu'avec son regard.

— Quoi ? demanda-t-elle déjà sur la défensive.
— C'est à ça que tu pensais quand tu as appelé Naruto, les laisser tous les deux seuls ?
— Mais non, enfin Sasuke, arrête de voir des manigances et des complots de partout. On n'est pas dans ton entreprise ici.

Son visage et particulièrement ses yeux disaient pourtant le contraire quand elle les regardait parler, satisfaite. Ça déplut à Sasuke. Il ne contredit pas Sakura toutefois, préférant laisser planer le doute. À la place, il rejoignit Hinata et Naruto, Sakura toujours à son bras.

Il sentait bien que la future mère se tendait à mesure qu'il approchait, mais elle n'était pas non plus rigide. Sasuke devait avouer qu'il n'était pas des plus à l'aise non plus. Jamais encore il n'avait parler avec elle entouré de sa femme et de Naruto. La situation n'était pas commune.

— Ces séances vous font du bien ? demanda-t-il juste après que Naruto termine sa phrase.

Hinata le fixa quelques secondes, légèrement confuse avant de tourner son regard vers Sakura. Demandait-elle confirmation ? Il n'en avait pas l'impression et sa réponse n'était pas celle qu'il attendait.

— Et bien pour moi, oui, et je pense que pour Sakura aussi, mais elle saura mieux te répondre que moi.
— Par vous, j'entendais toi et la petite.
— Ah.

Il la vit regarder à nouveau Sakura avant de lui répondre, mais son expression était différente cette fois, et il n'arrivait pas à lire ce qui se cachait derrière le froncement ténu de ses sourcils et la rondeur de ses lèvres entrouvertes.

— Je crois que ça lui fait définitivement du bien à elle aussi, répondit-elle en le regardant, les yeux attendris.

Elle retenait un sourire qui aurait été chaleureux, Sasuke en était presque certain. Il aurait aimé qu'elle s'exprime plus librement, comme la dernière fois, comme lorsqu'ils étaient au téléphone, mais il ne la questionna pas davantage, il voyait bien qu'elle n'était pas à l'aise entre eux trois. Il préféra passer le relais à Naruto, qui l'avait attrapé sans autre sollicitation que le silence.

Naruto avait un don pour parler de tout avec n'importe qui, même des sujets dont il n'avait aucune connaissance. Quand c'était lui qui évoquait sa fille, Hinata n'était pas aussi gênée, Sasuke pouvait en être sûr. Une fois de plus au cours de cette soirée, il fut piqué par ce que Sakura aurait aisément appelé de la jalousie.

C'était lui le père de sa fille et même si sa femme était accrochée à son bras, Hinata n'avait pas à ressentir plus d'embarras en lui parlant plutôt qu'à Naruto.

Est-ce qu'il était en train d'assister au début du succès du plan de Sakura ?

Sasuke tourna sa tête vers son épouse qui le dévisagea, se questionnant certainement sur la raison de son expression contrariée. Elle hocha des épaules, ne sachant pas de quoi il en retournait mais Sasuke prit cela comme une confirmation à sa question et en fut outré.

Il coupa la parole à tout le monde pour mettre fin à cette mascarade.

— Naruto, je te laisse raccompagner Hinata chez elle. Il est temps de rentrer.

Fidèle à son rôle d'impitoyable PDG, son ton était froid et sans émotion. Il salua Hinata rapidement, laissa à peine le temps à Sakura de faire de même et l'emporta vers sa berline, sans prêter attention à Naruto qui ne s'attendait pas à le voir partir si vite.

Ce qu'en pensa Hinata, il n'en sut rien. Silencieuse, il n'avait rien entendu de sa part et ne s'était pas retourné pour l'observer. Il écoutait à peine même Sakura, qui était pourtant entraînée par démarche rapide.

— Tu boudes, Sasuke ?

Le ton amusé de Sakura l'interpela. Il ne répondit rien et continua sa marche rapide. Il souhaitait seulement rentrer.

Sasuke ne sut jamais comment c'était terminé la soirée du côté de Naruto et Hinata. Il avait souhaité envoyer un message à la jeune mère, lui demander si elle était bien rentrée, mais juste après avoir écrit le point d'interrogation, une soudaine fierté mal placée se manifesta et il effaça tout le contenu du message.

Le lendemain au réveil, il y repensa mais n'en fit rien, c'était trop tard à présent. Son cerveau se focalisa rapidement sur l'opération à venir de son frère. C'était aujourd'hui, mais il devait aller travailler, le chaos règnerait sinon.

Ce matin lui sembla alors irréaliste. Rien dans leur routine ne semblait avoir changé.

Itachi, habillé élégamment comme s'il rencontrait de nouveaux investisseurs, attendait sereinement avec Konan l'heure pour se rendre à l'hôpital. Sakura revenait de son jogging matinal et se préparait pour la journée, un smoothie en main quand il vint vers elle.

— Sasuke, tu penseras à saluer M. Hasebi de ma part, requis Itachi alors qu'il lisait des news sur tablette.

Son frère allait se faire opérer mais il avait trouvé le temps de s'informer sur le programme de sa journée, cela dépassait Sasuke. Il ne put que répondre par l'affirmative et continuer d'observer son petit monde continuer à se comporter comme si tout était normal, dans une routine qu'ils allaient poursuivre. Leur vie ballotée entre des imprévues continueraient de s'adapter sans être chamboulée.

À son tour de s'extraire de ses pensées et de retourner dans cette mécanique bien huilée. Il devait partir au travail avant qu'il ne soit dépassé par les évènements.

Dans sa voiture, il se répétait néanmoins qu'avec son équipe d'experts et Naruto, ils allaient pouvoir gérer tous les rendez-vous et les scénarios de crise qui allaient certainement traverser leurs bureaux ce matin. Sakura et Konan le tiendraient au courant du déroulement de l'opération d'Itachi, effectuée par les meilleurs chirurgiens de la ville. Il recevrait donc dans l'après-midi un message rempli de bonnes nouvelles. Il passerait enfin à l'hôpital en soirée pour voir son frère, on le renverrait certainement chez lui sans qu'il n'ait pu à cause de la convalescence d'Itachi mais il serait rassuré.

Oui, sa journée serait mouvementée, mais tout se passerait bien.

Aux alentours de seize heures, alors qu'il était en train d'essayer de gérer les tensions entre le département marketing et la production sans succès, il reçut un message bref et concis de la part de Konan : « Opération sans complication, parfaite. Itachi devra juste rester une semaine à l'hôpital ensuite. »

Tout allait bien, son grand-frère sortirait de l'hôpital après une petite semaine de rétablissement. Ce fut avec une énergie nouvelle que Sasuke se chargea d'effrayer ses collaborateurs pour qu'ils trouvent rapidement un terrain d'entente.

Sasuke venait tout juste de terminer sa réunion avec M. Hasebi, un investisseur au grand flair dans la cinquantaine qui ne voulait apparemment pas le lâcher : après de nombreuses questions sur Itachi, il avait poursuivi sur des projets certes intéressants, mais chronophages en description. Sasuke appréciait ses idées, mais il mourrait de faim et avait l'impression qu'il se transformerait bientôt en un Naruto affamé, ce qui serait très inquiétant.

La discussion s'éternisant et la nuit ne pouvant être plus sombre à présent, Sasuke se résigna et proposa à l'investisseur de continuer leurs discussions autour d'un bon dîner, une proposition qui fut chaleureusement acceptée. Le cinquantenaire lui proposa alors de le rejoindre au restaurant d'ici une heure, il devait régler quelques soucis auparavant. Sasuke fut contraint d'accepter, oubliant toute idée de visites à l'hôpital.

Tandis que M. Hasebi s'éloignait, il reçut un appel de Sakura : elle l'attendait dans le hall d'entrée pour qu'ils puissent rentrer ensemble. Sasuke voyait déjà les problèmes arriver. Il ne dit rien et se contenta d'aller la rejoindre.

Elle était rayonnante dans son manteau noir aux détails argentés, le tout accordé à son sac à main. Il la serra dans ses bras légèrement après un baiser rapide pour l'accueillir.

— Heureuse que je sois venue te chercher ?

Il acquiesça, ce qui la fit sourire.

— T'es venue en voiture ?
— Non, mais tu vas me laisser conduire la tienne pour que tu puisses te reposer, n'est-ce pas ?

Elle rigola quand tout sur son corps, de sa gestuelle à son expression faciale, exprima le rejet de sa proposition. Ils allèrent néanmoins à sa voiture, dont il prit le volant, discutant du succès de l'opération d'Itachi et de leur journée respective. Sakura avait rencontré des personnes intéressées pour rejoindre le personnel de son école non loin de l'entreprise, ce qui expliquait en partie sa présence ici. L'humeur de Sakura était définitivement trop positive pour que Sasuke ose la ternir en lui annonçant qu'il ne la suivrait pas à la maison.

Mais il aurait peut-être dû puisque quand Sakura ne le vit pas détacher sa ceinture une fois qu'ils furent arrivés à leur propriété, la colère qui montait en elle était visible : ses narines se dilataient, son buste se gonflait à cause de ses profondes inspirations et ses gestes étaient empreints d'une retenue qui ne signifiait rien d'agréable.

— Tu me déposes seulement, c'est ça ?

Il hocha juste de la tête, n'osant même pas affirmer à haute voix. Sakura poussa un très long soupir de frustration et ouvrit la portière assez brutalement. Elle ne sortit pas encore de la voiture et le fusilla de ses deux émeraudes.

— Je sais que ton frère n'est ni à la maison, ni dans la capacité de recevoir des visites à cette heure-ci, mais… elle pesta. Tu ne peux pas te laisser plus que douze heures sans toucher à ton travail ? Tu pars tôt et tu rentres très tard tous les soirs depuis bientôt un mois maintenant !

Sakura n'avait pas tort, Sasuke était couvert de travail en cette fin d'année, mais il n'y pouvait rien.

— Je sais Sakura, et tu m'en vois désolé. Mais c'est normal, tous les ans, la charge de travail est bien plus importante à la fin de l'année. Tu ne t'en rendais pas compte quand tu étais à New-York, mais quand je t'appelais, il était très tard à Kyoto.
— Peut-être, mais tu vivais alors seul, je veux dire… on est marié Sasuke ! Comment tu expliques que je passe si peu de temps avec toi ? Tu te rends compte que je passe plus de temps avec Naruto alors que vous travaillez au même endroit ?

C'était une manœuvre vicieuse de sa part. Sasuke mit de côté presque toute volonté de conciliation.

— Il a plus de temps et ne te lâche pas la grappe, je n'y peux rien.
— Ne commence pas avec ça, Sasuke.
— C'est toi qui à commencer en ramenant Naruto sans raison.

Elle n'était pas du même avis, et son poing qui s'abattit sur son siège le manifesta parfaitement.

— Si je parle de Naruto, c'est que j'ai toutes les raisons du monde. Il a presque autant de responsabilités que toi, et pourtant il se rend disponible.
— Cette différence explique tout.
— Ne me crois pas ignare Sasuke. Avoue juste que tu préfères sacrifier des moments privées et familiales plutôt que des réunions professionnelles que tu pourrais très bien rattraper.
— Je n'aime pas remettre les choses au lendemain, tu le sais très bien.
— Et pourtant tu remets sans problème nos dîner, nos balades et même notre intimité au lendemain.

Cette fois, Sasuke commençait à manquer d'argumentations. Il mettait ça sur le compte de sa fatigue et l'énervement que lui inspirait le discours de Sakura, mais peut-être qu'il commençait à reconnaître qu'il était en partie responsable.

— Sakura, tu vas trop loin.
— Non, je ne vais pas trop loin, et je vais terminer même. J'ai un temps pensé que c'était à cause d'Hinata, de « votre » fille.

Sasuke se tendit alors qu'elle mimait des guillemets. Elle le provoquait.

— Mais non, ce n'est rien de tout ça. Je commence juste à me rendre compte que la distance doit te manquer.

Sasuke la dévisagea, lui demandant silencieusement si elle était sérieuse. Ses yeux verts semblaient plutôt confirmer ce qu'elle venait de dire. Il laissa planer un silence, lui laissant le loisir de l'interpréter comme elle le voulait dans un souhait de revanche. La mâchoire de sa danseuse se contracta plusieurs fois, elle semblait comprendre qu'elle avait peut-être frapper juste, et ça la faisait plus souffrir que lui-même.

Elle sortit alors agilement de la voiture mais avant qu'elle ne claque la porte brutalement, Sasuke s'était penché afin de lui attraper le bras.

— Sakura, tu sais bien que la distance ne peut pas me manquer.

Elle le regarda, suspicieuse, mais un brin optimiste.

— Tu ne m'as pourtant pas contredit.
— Je le fais maintenant… et je m'excuse.

Il tira sur son bras pour l'inciter à se rassoir, ce qu'elle fit.

— J'imagine que j'ai du mal à changer mes habitudes. J'essaierai d'améliorer ça.

Sakura semblait s'attendrir. Le vert de ses yeux n'étaient plus animés d'un feu dangereux.

— Promis ? lui demanda-t-elle d'une petite voix.
— Promis.

Elle lui fit un faible sourire, avant de se relever. Elle s'appuya contre la portière ouverte.

— OK. Bon, j'imagine que je te vois demain matin ?
— Je vais juste dîner avec un investisseur, le préféré d'Itachi, monsieur Hasebi. Je serai rentré pour 23h.
— Hm, ok, ne me fais pas trop attendre alors. Et, ah oui, j'oubliais, on peut aller voir ton frère dès demain.
— J'irai demain, avant le travail, avec toi si tu peux.

Elle lui sourit en répondant que oui, se pencha pour lui tendre ses lèvres roses qu'il embrassa tendrement et ils se séparèrent, elle rentrant chez eux et lui rejoignant le restaurant pour sa dernière rencontre professionnelle de la journée.

La dispute prévisible qu'il venait d'avoir avec Sakura avait trouvé une bonne issue, mais elle continuait de trotter dans sa tête. Sakura se sentait négligée. Était-il à ce point absent ? Il allait essayer d'y remédier si c'était le cas. Même s'il n'appréciait pas qu'on le compare à Naruto, même s'ils travaillaient tout deux bien différemment, Sasuke essaierait de trouver le secret de Naruto qui avait l'air si disponible.

Il était certain d'une chose, Naruto n'avait pas autant de problèmes à gérer que lui, ce qui devait faciliter le management de son temps.

Le temps était précieux. Sasuke avait peut-être bien besoin de quelque chose comme l'avait suggéré Sakura, mais la distance lui semblait être la mauvaise réponse. Toutefois, du temps, il en manquait cruellement. Dans trois mois, il deviendrait père.

Cette pensée lui avait percé le cerveau dans un moment de lucidité foudroyant.

— Merde.

Il commençait à flipper soudainement.

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