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Joyeux Noël ! Je n'ai pas grand chose à vous offrir, mais j'espère que ce chapitre pourra au moins vous faire sourire.
Bonne lecture !
Réponse review :
Akari : Hello ! Oui, je suis absolument inconstante, mais je n'abandonne presque jamais. Et pour répondre à ta question, certains couples seront les mêmes qu'au départ, et d'autres changeront. Je ne sais pas si ça t'aide vraiment...
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31. ROUGE
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Les heures qui défilaient le poussait à terminer les dossiers conséquents pour entamer la semaine prochaine avec un coup d'avance. Il était installé dans une grande salle de réunion avec son équipe de choc réduite : le CFO, le directeur marketing, les deux de la RH, deux avocats et Naruto. Sasuke avait privilégié la salle la plus confortable. Ses sièges étaient duveteux et à cette heure, son exposition permettait de voir la course raccourcie du soleil. Malgré ses conditions idéales pour une longue réunion, il voyait clairement les traits tirés de ses partenaires qui n'avaient qu'une envie : partir.
À dire vrai, son équipe était résiliente et très bonne actrice à l'exception de Naruto qui, à peine après une heure de réunion, remettait en question la nécessité de clore ce dossier si tôt. Il venait d'être rejoint par Temari dont le front se plissait davantage à mesure que l'aiguille passait les minutes. Tant qu'ils restaient professionnels, Sasuke pouvait se contenter de subir leur mécontentement plus ou moins visible. Il leur permettait ces frustrations passagères. Ils seront en définitive tous heureux et satisfaits de ne pas avoir à se trimballer cet énorme dossier plus longtemps.
— À trop se précipiter, on risque de commettre des erreurs.
Naruto fermait l'un de ses classeurs pour passer sur son ordinateur. Sa main derrière l'écran hésitait manifestement à le fermer aussi. Sasuke soupirait en prévoyant ce qui allait se passer dans les quelques secondes à venir. La tendre révolte ne rata pas.
Le CFO suivit immédiatement Naruto, avec juste un peu plus de zèle envers lui. Les calculs et raisonnements de son département étaient irréprochables, comme toujours, mais une réflexion plus poussée et parfaitement opportune requérait généralement plus de temps de réflexion. Notamment des nuits de sommeil précisa Temari dans un affront que seul Naruto se permettait ici habituellement. La blonde avait beau avoir fait ses preuves, c'était le genre de remarques qu'il ne permettait pas.
— Nous avons eu plus de soixante nuits déjà. Pas question d'en dépenser une de plus. Les décisions finales seront prises au plus tard ce soir. Je vous revois dans une heure.
D'un même geste, ils se levèrent, quittant l'un après l'autre la salle de réunion. Restait Naruto qui ne démordait pas et l'attendait à la porte.
— Toi aussi tu vas prendre l'air j'espère.
— Même aéré, mon cerveau ne sera pas d'accord avec le tien et tous les autres. On finit ça aujourd'hui.
Le torse bombé de Naruto à l'allure fière provoqua Sasuke qui releva la tête et plongea son regard dans les turquoises féroces de Naruto. Il n'y avait heureusement personne car Sasuke ne comptait pas perdre ce duel, aussi enfantin pouvait-il être.
Il pimenta lui-même le tout.
— Tu me remercieras lundi quand tu n'auras plus à penser à ce dossier.
— C'est toi qui me remercieras quand tu te rendras compte que je t'ai encore une fois sauvé le popotin Sasuke.
S'il faisait référence au dernier conseil d'administration, Naruto pouvait effectivement se permettre d'être vantard, mais il n'y avait aucune ressemblance avec leur actuel problème : la procrastination gangrénant son équipe pourtant restreinte.
— Si tu étais aussi motivé que ce jour-là, Naruto et que les autres arrêtaient de suivre comme des moutons de panurge, on aurait déjà fini.
Mais non, Sasuke avait déclaré une pause à la place pour ménager leur tempérament abusivement récalcitrant. Naruto aborda un sourire bien trop railleur, rare.
— Ça n'a rien à voir, Sasuke. T'es à l'ouest ma parole.
Son air fier et sa confiance l'agacèrent.
— Je te rappelle que ce n'est pas le premier samedi pendant lequel tu bosses comme un malade, en plus de la semaine.
Et ses propos le faisaient presque bouillir. Il rompit l'échange visuel et ouvrit la deuxième porte pour sortir, laissant derrière lui Naruto qui, il espérait, ne reviendrait pas à la charge. Il commençait à ne plus supporter sa tendance à le conseiller, voire à vouloir améliorer sa vie de couple. Ce n'étaient pas ses affaires ! Mais les pas de Naruto étaient déjà dans l'ombre des siens.
— Sakura se plaint, Sasuke. Et ce ne sont pas des complaintes ou des geignardises. Elle souffre de voir tes absences augmenter, de ne presque rien partager avec toi ces derniers temps.
— J'en ai déjà parler avec elle, et ce n'est pas nouveau. Ça a toujours été le cas, Naruto.
Dieu merci, ils étaient les seuls dans les couloirs, week-end oblige. Sasuke pourrait peut-être se permettre une petite claque pour lui fermer le caquet. À la place, il appuya un peu fortement pour appeler l'ascenseur.
— Le contexte a changé, Sasuke.
Sasuke risquait vraiment de ne plus se contenir. Heureusement, les portes de l'ascenseur s'ouvrirent. Une tête blonde aux yeux perçants verts sapins se tenaient derrière elle. Il devait respirer très fortement, son aura destructrice croissait trop. Naruto continuait de parler, il n'avait apparemment pas remarqué Temari.
— Vous êtes mariés, mais…
— Naruto, la ferme.
— Y a la gamine imprévue, tu n'imagines pas ce que Sakura…
Il ne termina sa phrase puisqu'il prit enfin conscience de la présence de Temari qui passa entre eux-deux, au ralenti, à moins que ce ne soit que l'impression de Sasuke.
Un silence de plomb les encercla et Sasuke, qui connaissait le lien fort qui unissait la blonde et Hinata, essayait de deviner ce qui se passait dans son esprit. Elle était avocate, il l'avait embauchée pour son œil sagace et son impartialité. Il devait se préparer à tout retour de foudre.
— Occupe-toi de tes affaires, Naruto.
— Vous savez que nous pouvons parler de tout pendant nos si rares pauses, s'incrusta Temari.
— Temari, c'est quelque chose que je souhaite éviter, nous sommes toujours au travail.
— Et c'est le seul moment où je vous vois. Evitez donc d'en parler si vous ne souhaitez pas que je m'en mêle.
Qu'avaient-ils tous contre lui aujourd'hui ? Ils étaient les meilleurs, les plus qualifiés d'Amaterasu pour les problématiques actuelles de l'entreprise et ils étaient incapables de se concentrer un demi week-end de plus ? Leur incapacité partielle prenait une ampleur qui ne serait plus tolérable à ses yeux. Sasuke n'alimenterait pas cette tendance du jour. Sa vie de couple, sa paternité imprévue en préparation ou tout autre sujet ne concernant pas directement leur dossier serait ignoré, voire réprimandé d'une façon ou d'une autre.
Il ne prononça aucun mot, son silence était suffisamment significateur quand il s'avança dans l'ascenseur et appuya sur la touche du rez-de-chaussée. À sa grande surprise, Naruto n'insista pas et le regarda disparaître derrière les portes, un visage perplexe mais muet. Au fond, Sasuke aurait peut-être apprécié, du moins supporté ses réflexions comme musique d'ambiance. Mais il ne se plaignit pas du calme seulement perturbé par le son brillant de ses talonnettes. Il regarda sa montre, il restait trois quarts d'heure avant la reprise. Tout juste le temps pour se balader dans le quartier et regarder avec indolence tous ces couples qui se laissaient séduire par le marketing dévastateur de la période des fêtes. Il espérait bien qu'une grande partie d'entre eux succomberaient devant les multiples marques de son groupe. Chacun souhaitait prendre soin de soi pour célébrer un moment romantique.
Il parcourut des centaines de mètres de rues en ressassant toutes les stratégies de fin d'années qui amorceraient le lancement de la nouvelle gamme premium de produits de soin de la peau pour homme ainsi que le rachat d'une marque de luxe qu'ils allaient devoir redorer assez rapidement pour qu'Akatsuki ne capture pas tout le marché. C'est pour cela qu'il avait besoin au plus vite de soumettre une décision finale à la marque de rachat et donc, de conclure le dossier qui faisait grogner son équipe. Il ne leur restait pourtant qu'à conclure les détails de la gouvernance et de l'intégration des équipes à celle d'Amaterasu.
Une gamine qui agaçait ses parents par ses pleurs capricieux lui tapa sur les nerfs, il était déconcentré. Les installations lumineuses ne plaisaient pas à la demoiselle. Sasuke prit une rue perpendiculaire pour rentrer. Sa pause d'une heure était trop longue. Il allait préparer le dernier coup de booster pour le retour de l'équipe. En chemin, il reçut un message de Sakura, elle souhaitait savoir quand il rentrerait. Malgré la petite pointe de culpabilité qu'il ressentait à cause de Naruto, fouineur sans pareil, il répondit comme il avait pris l'habitude de le faire : « Dès que j'ai conclu le dossier ».
En rejoignant la salle de réunion plus tôt que prévu, Sasuke ne pensait pas passer les vingt dernières minutes de pause en compagnie de l'avocate. Elle lui adressa à peine un regard quand il entra, focalisée sur son ordinateur et ses feuilles. Elle était apparemment déterminée à conclure cette journée de travail supplémentaire au plus vite et au mieux. Il reçut un regard presque haineux quand il s'installa et déverrouilla son écran. Si sa hargne la motivait à donner son maximum, Sasuke était prêt à subir n'importe quelle attaque visuelle avec plaisir.
Son portable vibra. « OK. ». La réponse tardive de Sakura annonçait déjà la couleur de sa soirée.
— On a revérifié à nouveau et peu importe l'option qu'on proposera, ce ne sera pas assez.
L'intervention de Temari arrivait à point nommé. Il avait l'excuse parfaite pour réfléchir à ses manquements plus tard. Il se préparait toutefois à faire comprendre à cette tête dure qu'il n'accorderait pas de délai supplémentaire.
— Dans ce cas, on trouve autre chose aujourd'hui.
— Même monter une autre option se révélerait inutile.
— Je ne veux pas de délai supplémentaire.
— Mais si on leur propose nos meilleures options, toutes en même temps, ils choisiront celle qu'on voudra.
C'est exactement ce qu'il voulait entendre. Il ne pouvait être plus satisfait de l'avocate.
— Nous allons composer ce menu et vous aurez enfin votre liberté, commenta-t-il, volontairement narquois.
— Si je peux me permettre.
Il n'avait pas à lui donner la permission et elle le savait pertinemment. Mais jouer l'impertinente l'amusait à en juger par la mise en scène à laquelle elle se prêta.
— Vous frôler la tyrannie ces dernières semaines.
— C'est la fin de l'année, une année de restructuration avant une expansion, à quoi vous attendiez-vous en signant le contrat ?
Il n'obtint pas une réponse directe mais presque des yeux levés au ciel. Ils tombèrent sur son écran alors qu'elle se mettait à taper en silence.
— C'est vrai que je ne comptais pas mes heures supplémentaires dans mon dernier cabinet à cette période de l'année.
Le sourire qu'elle abordait et ses yeux qui, bien que dirigés vers l'écran, semblaient voyager loin dans ses souvenirs étaient parfaitement nostalgiques.
— Vous regrettez d'être venue ici ?
Sa réponse fut sans appel : elle trouvait au contraire que c'était sa meilleure décision. Elle était même convaincue que progressivement, elle n'aurait plus à subir des journées supplémentaires les prochaines années. Cette certitude n'affecterait pas les futures décisions de Sasuke qui ne laisserait pas Amaterasu se faire devancer.
Il se doutait que l'avocate en était consciente et qu'elle ne se laisserait pas faire. Tant que les objectifs étaient maintenus, Sasuke pourrait potentiellement réfléchir.
Il ne restait que cinq minutes, le reste de l'équipe ne devrait pas tarder à arriver, Naruto franchirait les portes certainement dans la minute à venir.
— Avec toute a charge de travail, je pense bien rejoindre les séances de yoga d'Hinata.
Elle l'empêcha de lui demander le silence. Elle tenait vraiment à parler ici de sa vie privée ? Bien qu'enrouler dans des couches, c'était un sujet sensible, trop sensible. Bien sûr, Naruto arriva à cet instant précis. Sasuke devait avoir trop joué avec le karma.
— Ses séances sont géniales apparemment, peu importe la raison de stress.
Naruto venait tout juste de s'incruster dans une conversation comme si c'était une simple banalité.
— Sasuke, je pense vraiment que les inviter dans ce restaurant en même temps que leur remettre notre dossier nous avantagera.
Naruto se glissa à côté de lui, ordinateur à la main avec des photos dudit restaurant. Sasuke acquiesça et fit part de ses conclusions avec Temari, espérant enterrer les sujets déviants. Peine perdue.
— Monsieur Uchiwa veut favoriser la première option, il faudra en revanche retravailler sa présentation, poursuivait Temari. J'avais oublié que tu avais ramené Hinata la dernière fois. Tu as pu assister au cours ?
Et les dernières minutes furent consacrées aux descriptions des séances de yoga que partageaient à présent sa femme et la mère de sa future fille. Sasuke les laissa jacasser, ça lui permettait d'avoir la paix en un sens.
— Tu devrais peut-être faire des séances de couple avec Sakura. Elle m'a dit que l'institut où elle se rendait en proposait.
— Vous serez moins stressé, plus paisible monsieur.
La voix de Temari persifflait, il était prêt à le jurer. Elle était en tout cas moins désagréable que le regard qu'il adressa à Naruto. Comment, pourquoi était-il toujours au courant de ce qui l'agacerait le plus ?
— Naruto, tu as quelque chose de prévu ce soir ?
— Ah oui, désolé, mais je vais voir mes vieux parents. Si on pouvait boucler tout ça vite, j'ai de la route.
Il lui parlerait donc de façon concise et stricte à la fin de la réunion. Les deux marketeux entrèrent, suivis du reste de l'équipe. Ils pouvaient reprendre.
Après avoir exposé les conclusions sur lesquelles ils étaient plus tôt tombés avec Temari, l'équipe réfléchissait avec fluidité et, ayant tous en tête l'objectif précis final, la proposition définitive fut écrite en moins de deux heures. La table débarrassée en un temps record, ils disparurent pour un week-end bien mérité. Sasuke dû retenir Naruto, lui promettant que ce serait court. Il n'avait pas prévu que Temari traine autant. Lui aussi souhaitait rentrer malgré les apparences. Naruto comprit que l'avocate voulait lui parler en privé et sortit de la salle, non sans souffler son agacement.
La posture fière et confiante dont elle était toujours équipée ne la quitta pas. Sasuke y vit une volonté d'intimidation dès ses premiers mots. Elle ressemblait à une louve qui défendait son territoire, et ce dernier était le bien-être d'Hinata. Ses mots pouvaient être enrobés, certainement parce qu'ils se trouvaient dans les bureaux où son autorité régnait contrairement à la sienne qui ne tenait qu'à un contrat, Sasuke ne mélangeait jamais le personnel et le professionnel. Temari l'avait parfaitement compris pour se permettre de proférer des menaces à son encontre.
— Vous semblez avoir un train de retard, Temari. L'entente entre Hinata, mon équipe et Sakura s'améliore pour qu'une coparentalité saine s'instaure dès les premiers instants de la naissance de notre fille.
— C'est bien ce que j'espère. Mais je ne croirai que ce que je constate en tout cas. Enfin, ce n'est pas tout ça, je dois aussi y aller. Merci, monsieur Uchiwa.
Comme deux concurrents obligés de collaborer, ils se saluèrent. Sasuke ne put s'empêcher de penser à Itachi qui se réjouissait et ne considérait que les bonnes nouvelles avec un optimisme aberrant. Sasuke commençait à penser que la philosophie de son frère pourrait stopper la méfiance exagérée de Temari, l'amie surprotectrice. Il avait encore quatre mois pour convaincre l'entourage maternel qu'il n'était pas le monstrueux patron Uchiwa. En même temps, il commençait à appréhender la simple venue au monde de sa fille.
— Bon j'ai pas tout l'aprèm, Sasuke, je te rappelle que j'ai quatre heure de routes.
Naruto le fit sursauter en débarquant dans la salle. Tout son corps et ses mouvements indiquaient qu'il était pressé. Sa main restait accrochée à la poignée de porte.
— Ne t'inquiète pas, ça tient en une phrase. Cesse de te mêler de ce qu'il se passe entre Sakura et moi.
Naruto lâcha la poignée en penchant la tête sur le côté. Il se rapprocha de Sasuke qui s'était lui-même avancé vers lui.
— Je sais ce que je fais et elle sait que je ne la néglige pas.
— Ça fait deux phrases. Apprend à compter, son sourire joueur ne cachait pas son sérieux. Et si je m'en mêle, c'est parce qu'elle se plaint auprès de moi, Sasuke.
Naruto aurait pu ponctuer sa phrase d'un « comme toujours » et ça ne l'aurait pas choqué, une vérité parfaitement désarmante. Mais son ami ne le fit pas.
— Ça n'explique pas que tu sois limite devenu mon conseiller matrimonial.
Et le confident de son épouse, mais il tut cela, trop fier. Naruto mit une main sur son épaule.
— Sasuke, laisse-moi t'aider, ce n'est pas la première fois. Tu le sais très bien, je ne peux pas rester sans agir quand je vois des proches et encore moins mes meilleurs amis patauger. Passe juste plus de temps avec Sakura.
— Naruto, enlève ta main, dit-il dans un soupir, taisant la victoire de Naruto.
— Sois pas comme ça, il lui donna une claque sur l'épaule avant de partir, le saluant à tour de bras.
Il ne devait pas considérer cela ainsi, mais c'était une défaite cuisante. Naruto avait raison sur tous les points. Sasuke se résigna seulement à ranger ses dossiers et à se rendre à l'ascenseur. Il était temps de rentrer et de réfléchir à Sakura.
Le temps d'arriver dans le parking souterrain, il avait chassé toutes ses questions angoissantes et sans réponses. Il s'apprêtait à prévenir Sakura de son retour mais les agaçantes remarques de Naruto se frayèrent un large chemin jusqu'à ne plus le lâcher, musique ou pas.
Sasuke était énervé contre son ami de toujours avoir raison concernant Sakura, mais surtout de presque apparaître systématiquement dans ses pensées dès qu'il s'agissait de ses problèmes conjugaux. Naruto était leur ami de longue date, pas un conseiller matrimonial.
Il ne le ressentait vraiment jamais auparavant, mais cette tendance qu'avait Naruto à se mêler, à finalement prouver qu'il avait parfois une meilleure connaissance des ressentis de Sakura que lui-même, son mari, l'effrayait même plus que ne l'agaçait. Il avait beau fournir des efforts, c'était arrivé plusieurs fois que Sakura passe plus de temps avec Naruto que lui-même. Jusqu'alors, il ne l'avait jamais perçu comme un problème. Dans ses plus lointains souvenirs d'enfance, Sakura étaient plus souvent avec Naruto qu'avec lui, même une fois que leur couple apparaisse et se consolide.
C'était une conséquence normale de son caractère pas très compatible avec la grande sociabilité de Sakura. Mais à force de refuser de l'accompagner partout, Sasuke prenait conscience que Sakura pouvait considérer cela comme de la négligence alors que ce n'était que son côté de paresseux social. Il avait beau se dire que Sakura les connaissait, lui et son apathie des nouvelles rencontres et autres évènement sociaux, il commençait à penser qu'il devrait faire des efforts et, bien que ça lui déplaise par principe, suivre les conseils de Naruto dont la sociabilité était un point fort depuis toujours.
Il ne prévint pas Sakura de son départ, lui demanda de se préparer un sac de randonnée et démarra, direction le centre commercial pour acheter du matériel pour le lendemain.
Sasuke savait exactement ce dont il avait besoin et ne perdit pas de temps à contempler les attrapes-clients déployés dans toute leur beauté au sein des allées. Il reconnaissait que les décorations étaient particulièrement belles cette année. Peut-être qu'ils devraient accompagner Sakura à une virée shopping. Elle serait ravie par l'esprit de Noël et sa présence, ça devrait lui suffire pour contrebalancer l'ennui profond du parcours des boutiques qu'elle lui imposerait.
Il était bientôt arrivé quand une peluche géante attira son attention par ses mouvements qui fascinaient les enfants. Le propriétaire de la boutique avait réussi son coup. Tous les enfants forçaient leurs parents à entrer et il en revoyait sortir avec des sacs larges, remplis de jouets. Sasuke eut envie d'y faire un tour, après-tout, il devrait bientôt réfléchir aux jouets avec lesquels il voudrait que sa fille s'amuse. Son attention fut toutefois détournée par la boutique qui se trouvait juste à côté. Elle dénotait par sa sobriété, c'était une boutique qui vendait du matériel d'art. Un coffret attira particulièrement son regard : entièrement verni d'un noir obsidienne, deux caractères y était gravé dans un bleu élégant. Il s'agissait de 綺麗, beauté.
Itachi, outre sa passion croissante pour l'aménagement du jardin, développait un certain goût pour la calligraphie traditionnelle. Avant de quitter la ville pour rejoindre leur maison de campagne avec Sakura, Sasuke passerait à l'hôpital lui apporter le coffret. Il était certain que son frère aurait commencé avant de quitter sa chambre.
En entrant dans la boutique, il découvrit un monde inconnu avec quantité d'éléments de calligraphie qui attirait l'œil, mais pas sa compréhension. Des conseils ne seraient pas de refus. Il se mit à la recherche d'un conseiller de vente puisqu'apparemment, il n'avait pas été repéré par leurs radars.
— Sasuke ?
La voix aigüe de surprise commençait à être familière à ses oreilles. Il se retourna et vit effectivement Hinata. Son long manteau bleu marine était ouvert et laissait voir un ventre encore plus gros que deux semaines auparavant, quand il était allé chercher Sakura à la séance de yoga. La longue robe en laine qu'elle portait n'y changeait rien. Ce n'était pas prévu, mais il s'approcha pour la saluer. Elle disait aller bien, ne pas avoir de problèmes particuliers, sa grossesse continuait de se passer sans accroc. Elle venait tout juste d'avoir six mois.
— Plus que trois mois avant que la petite ne pointe le bout de son nez.
— C'est bientôt.
Alors qu'elle lui paraissait parfaitement serein, lui sentait un poids immense sur ses épaules. Il n'était pas encore prêt, peu importaient ses lectures et la garde qui ne serait pourtant pas fréquente au début. Il remarqua qu'elle avait les joues particulièrement rouges malgré un sourire détendu.
— Tu es sûre que ça va bien ?
Il se rappela ses lectures. Le poids du bébé causait toujours plus de douleurs au dos, causaient des jambes lourdes et d'autres désagréments plus intimes.
— Oui, oui, elle se toucha les joues, plus rondes qu'auparavant, j'ai juste chaud.
Il se rappela qu'effectivement, des bouffées de chaleur faisaient aussi partie des dits désagréments.
— Tu es venue seule ?
Elle sembla s'arrêter d'un seul coup, les mains sur son ventre. Sasuke usa de tout son sang-froid pour ne pas céder à la panique, bien qu'il ne sût pas ce qu'il se passait.
— Qu'est-ce qu'elle peut être active, ria Hinata, le laissant un peu pantois. Et non, j'accompagne un ami qui avait besoin de matériel. Je ne savais pas que tu… tu peins ? Ou dessine ? le questionna-t-elle finalement.
— Je suis venu pour un cadeau.
Finalement, elle lui parla plus en détail. Malgré les appels téléphoniques, il appréciait qu'elle lui redise tout de vive-voix et lui montre qu'elle le considérait vraiment comme parent de sa fille, malgré un statut particulier. Elle lui rapportait à quel point leur fille bougeait ses derniers temps, mais elle peinait à dissimuler sa fatigue croissante. Bientôt, il ne voyait plus que ses joues rougies par la chaleur, ses gencives particulièrement rouges et son dandinement durant lequel elle passait d'un appui à un autre.
Elle faisait peut-être du yoga, mais il l'obligea presque à aller s'asseoir, s'installant à côté sur un banc, et lui demanda, peut-être sévère, si elle était venue seule. Elle le rassura en lui répétant qu'elle était venue avec cet ami qui ne tarderait pas à revenir.
— Je pense qu'elle peut parfaitement m'entendre maintenant.
Son visage reflétait un bonheur pur.
— Elle entend aussi l'extérieur, je suis sûr qu'elle t'entend.
Sasuke se pensa quand même comme un inconnu, sa fille n'aurait pas souvent l'occasion de l'entendre pour l'instant. Il resterait peut-être à la prochaine séance de yoga. Autant que possible, il voulait se rapprocher de la petite.
— Tu as déjà réfléchi à un prénom ?
Le calme qui les entourait l'invitait à poser toutes ses questions. Hinata passa une main dans ses cheveux avant de la reposer sur son ventre qu'elle fixa.
— J'ai des idées, mais rien de définitive.
Elle se mordait la lèvre inférieure tout en serrant un poing puis elle leva la tête et le fixa avec des yeux dont la bonté l'empêchait de bouger.
— Si tu as des idées, tu peux aussi me les soumettre.
Sans mot, il ressentit une vague chaleureuse le remplir. Il n'avait jamais osé y penser.
— Merci, Hinata, je te tiens au courant.
Oui, tout s'arrangerait depuis son explosion au parc, depuis que, naturellement, ils en étaient venus à se tutoyer.
— Hinata.
Elle tourna la tête en se redressant légèrement et il suivit son regard, dirigé vers un homme aux cheveux rouge et à l'allure qui criait : je suis artiste, je ne suis pas conventionnel et encore moins corporate.
— Je te présente Gaara, Sasuke, dit-elle avant de se lever.
L'homme se plaça à ses côtés et semblait le dévisager avec ses yeux verts. Il n'avait pas de sourcil… un fantasque ?
— Gaara, voici Sasuke.
Aucun moyen de savoir si l'homme, peu commode d'apparence, connaissait son lien avec Hinata. Son instinct lui disait qu'il s'en doutait a minima. Hinata se trouvant entre eux deux faisait les présentations avec efficacité. Gaara était peintre et préparait une exposition et lui était le PDG d'Amaterasu. Pas un mot sur leur lien, mais aucun malaise chez Hinata qui faisait soit preuve d'un grand sang froid, soit n'avait aucune raison de le préciser.
Sasuke se demandait s'il allait aussi devoir un jour convaincre ce Gaara de sa bonne volonté, comme pour Temari. Il ne pouvait pas vraiment jauger de cela puisqu'Hinata lui indiqua qu'elle devait y aller, Gaara avait fini ses achats.
— Je te verrai après-demain, dit-il soudain, ce qui arrêta un instant Hinata.
Elle mit du temps à comprendre ce qu'il suggérait.
— Au yoga ?
Il acquiesça. Elle sourit brillamment, plaçant au stade de mirage les semaines difficiles entre lui, elle et Sakura. Sasuke avait lui-même du mal à croire à tant de simplicité.
— Tu pourrais peut-être y participer. À mardi alors.
Elle s'en alla, Gaara se voyant refuser le droit de porter son sac.
Sasuke prit une petite minute pour se rappeler qu'il cherchait un conseiller de vente. Il acheta finalement le coffret vu en vitrine, se souvint du matériel de randonnée qu'il était à la base venue cherché, partit l'acheter et en route pour rentrer, il s'arrêta pour acheter un tapi de yoga, puis un coussin et une crème pour soulager les jambes lourdes.
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