Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour le calendrier du mois des fiertés de Kinai. Aujourd'hui c'était "lesbienne". Merci à Angie qui m'a donné le couple et Kinai le mot (j'ai donc écrit sur la combinaison Alice/Robyn et Rose)


Contexte : UA durant la malédiction de la s7

Personnages : Alice, Robyn + une incruste de Margaery de GOT parce que j'avais besoin d'une fleuriste.

Merci à Angelica, Merlin, Slyth et Jess pour leurs reviews sur le chapitre précédent.


Les yeux rivés sur la boutique, Tilly n'arrivait pas à détacher son regard des fleurs qui y étaient présentées. Elle ne savait pas pourquoi elle était autant attirée par l'étal devant elle – après tout, elle n'avait jamais particulièrement aimé les fleurs. Et puis, elle était passée des dizaines de fois devant la boutique, celle-ci étant sur son chemin, et elle n'y avait jamais prêté attention. Mais ce jour là, elle ne parvenait pas à détacher ses yeux du présentoir. Tant et si bien qu'au bout d'un moment, la fleuriste sortie de sa boutique, la mine soucieuse.

- Je peux vous aider ? Demanda-t-elle poliment.

Tilly leva alors les yeux vers la brune qui se tenais face à elle. Elle était très jolie, nota distraitement Tilly. Mais à où d'ordinaire elle y aurait d'avantage prêté attention, voire où elle aurait essayé de séduire la fleuriste que son badge désignait comme Margaery. Mais à cet instant précis, ses idées restaient tournées vers le bouquet qui l'avait interpellé.

- Non, merci, finit-elle par répondre. Je... Je regardais simplement vos roses. Elles sont très belles.

- Je vous remercie. N'hésitez pas à m'appeler si vous avez besoin de moi.

Et sur un sourire aussi joli que ses fleurs, la brune s'en alla. Dehors, Tilly regardait toujours à travers la baie vitrée le bouquet de roses.

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Il était encore là lorsqu'elle repassa le lendemain. Ou peut-être était-ce un autre, remplacé par d'autres roses, plus belles et plus fraîches. Mais quoi qu'il en était, un bouquet s'offrait devant elle. Comme la veille, elle ne put détacher ses yeux de celui-ci. Mais cette fois-ci, elle s'éclipsa avant que la fleuriste ne revienne lui poser des questions.

Tilly pressentait qu'elle n'aurait pas su y répondre.

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Elle n'avait pu s'enfuir avant que Margaery ne s'approche d'elle.

- Cela fait une semaine que vous regardez le même bouquet, fit-elle remarquer d'une voix neutre. Vous aimez les roses ?

- Non. Pas vraiment. Pas du tout, même. À vrai dire... je n'aime pas les fleurs, finit par répondre Tilly comme un aveu.

Margaery se contenta de sourire.

- Pour quelqu'un qui n'aime pas les fleurs, vous passez beaucoup de temps à les observer. Je me demande pourquoi.

- Honnêtement... moi aussi.

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- Je crois que j'ai trouvé la réponse, déclara brusquement Tilly.

Deux semaines étaient passées depuis son premier arrêt devant la boutique. Margaery était sortie arroser les plantes exposées à l'extérieur et n'avait pas cherché à faire bouger la blonde. Jour après jours, elles avaient finit par développer une sorte d'amitié faire de silences.

- La réponse à quoi ? Demanda la fleuriste.

- Pourquoi je passe beaucoup de temps à regarder vos bouquets de roses alors que je n'aime pas les fleurs.

- Ah. Et alors, qu'elle est la réponse ?

- Je crois que... je crois que j'aimais une personne qui les aimait.

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Les fleurs sont futiles. Toi qui est une aussi grande archère et débrouillarde, tu devrais le savoir.

La rudesse et la douceur ne sont pas forcément incompatibles. Regarde nous.

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Margaery était assise à côté d'une Tilly au visage très pâle.

- Tu te sens mieux ? Demanda-t-elle doucement.

- Je... je oui. J'ai eu... une sorte de flash.

- Un flash ?

- Je ne sais pas vraiment. Je me suis entendu dire des mots que je ne me souviens pas avoir prononcé. Et... et quelqu'un m'a répondu.

- C'était la personne qui aimait les fleurs ?

- Je ne sais pas, répondit Tilly, désemparée. Peut-être. Elle... elle disait que les fleurs étaient comme nous.

- Comme vous ?

Tilly ne répondit pas à la question de Margaery. Elle ne savait pas bien quoi lui dire.

La fleuriste n'insista pas.

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Un mois était passé lorsque Tilly revint enfin au magasin de fleurs. En la voyant, Margaery se précipita dehors.

- Tilly ! J'ai cru ne jamais te revoir. Tu vas bien ?

- Oui, mentit la blonde.

En réalité, depuis qu'elle s'était évanouie, elle n'allait plus bien. Elle cogitait, entendait de nouveau cette voix inconnue, puis la sienne, mais une voix qu'elle ne reconnaissait pas. Elle n'avait pas osé retourner à la boutique depuis, espérant que ces flash disparaissent, mais elle avait bien été obligée de se rendre à l'évidence : ils ne partaient pas.

- Je voudrais acheter ce bouquet de rose, s'il te plaît.

- Vraiment ? S'étonna Margaery. Pourquoi aujourd'hui ?

D'ordinaire, la fleuriste avait plus de retenue. Mais elle avait vu Tilly regarder ce bouquet jour après jour pendant un mois, sans jamais manifester le moindre intérêt d'achat. La blonde ne sembla pas s'offusquer de sa curiosité puisqu'elle lui répondit d'un haussement d'épaule.

- La personne qui aimait les fleurs... Je me suis rappelée qu'elle m'avait promis de m'en offrir un, un jour. Quand nous aurions le temps, et moins de problèmes. Pour me les faire aimer. Et je... j'ai la sensation qu'elle n'est plus là pour le faire, comme si elle était bloquée dans une autre vie et que seule sa voix demeurer. Alors je veux m'acheter ce bouquet. Pour elle. Tu dois me prendre pour une folle...

- Pas du tout, répondit Margaery avec un grand sourire en lui tendant sa commande. Il devait s'agir d'un grand amour, pour s'en souvenir dans une autre vie.

Un grand amour ? Tilly n'en savait rien. Alors elle préféra se contenter d'hocher maladroitement la tête.

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Elle n'aimait toujours pas les fleurs. Peut-être que cette impulsion folle n'était destinée qu'à cette unique chose : qu'elle se rende compte que oui, Tilly n'aimait pas les fleurs. Son énorme bouquet en main, elle se sentait maintenant bien idiote. Elle était prête à le jeter dans la prochaine poubelle qui croiserait sa route lorsqu'elle entendit dire derrière elle :

- Madame ! Tenez, vous avez perdu cette fleur !

Tilly se retourna lentement. Devant elle se trouvait une jeune femme, aux cheveux châtains, une des roses de son bouquet dans les mains. En la voyant, Alice ne sut quoi dire. Cette femme, elle ne l'avait jamais vu, et pourtant, elle était sûre de la connaître. Son interlocutrice elle-même semblait être prise de stupeur et d'incompréhension. Elle finit par s'éclaircir la voix.

- Margot, se présenta-t-elle. Je... Je l'ai ramassée pour vous.

- Merci, répondit Tilly en prenant la fleur tendue. Après tout, tu me l'avais promis.

Tilly se fustigea mentalement en disant cela. Qui tutoyait une inconnue dans la rue ? Surtout pour parler d'une promesse qui n'existait nulle part ? Mais Margot se contenta de répondre :

- Oui, c'est vrai. Ce n'est pas un bouquet mais... c'est un début.

Ni l'une ni l'autre n'était sûre de comprendre de quoi elles parlaient exactement ; pourtant, au fond d'elles, elles le savaient, elles se rappelaient de cette promesse faite dans une vie lointaine, une vie d'avant la malédiction, d'une vie où elles étaient encore ensemble.

Mais même si elles ne comprenaient pas tout, elles avaient la sensation d'être enfin bien. Alors elles restèrent l'une à côté de l'autre, à se regarder en silence, avant de sourire en même temps.