Disclaimer : Hiro Mashima


Raiting : M


S'embraser - Partie I


3 JUILLET – 9:06

La matinée vient de commencer et tout le monde finit de prendre son petit déjeuner, traditionnellement composé de viennoiseries et d'un café trop amer ; peut-être finiront-ils par la changer, cette fichue cafetière. Ceux qui n'ont pas la bouche remplie par un croissant sont en train de jouer aux cartes ou de lire, voire même de regarder la télévision depuis le canapé troué, installés à côté de Lily, le chat mascotte de la caserne 54. Ils en profitent, de cette petite paix qui reste étonnante durant l'été. Selon la première garde, tout est calme depuis hier soir. Aucun appel durant la soirée et la nuit. Malgré tout, le Capitaine Draer, un soldat du feu qui approche à grands pas de la retraite, leur a vite rappelé que ça n'avait aucune signification ; chaque jour est différent. Et, brusquement, comme pour appuyer son propos, l'alarme s'est mise à sonner.

Les deux ambulancières ont arrêté de noter l'état du matériel pour se précipiter vers leur ambulance, suivie par les pompiers qui se sont rués vers leurs propres équipements. Le temps compte toujours pour les interventions alors ils sont rapides, efficaces. Tous les camions de la caserne sont réquisitionnés pour un immeuble en feu, sur la côte ouest de Crocus. Une fois prêts et installés dans chaque véhicule, la troupe quitte le bâtiment, laissant le chat s'étirer tranquillement sur la couche après toute cette agitation.

La camionnette du Capitaine est à la tête du peloton, suivie de près par le camion-échelle, mais aussi celui de secours et enfin par l'engin-pompe, et l'ambulance. Le personnel paraît bien calme mais une certaine tension réside. La côte où ils se dirigent n'est pas le côté charmant de la ville. C'est un quartier pauvre, insalubre et sensible et ils ne comprennent pas pourquoi le Maire s'évertue à construire là-bas, parce que les cas de dégradations sont multiples. Les habitants, histoire de ne pas faciliter la tâche, se liguent contre les autorités locales ; pour eux, ces dernières dépensent l'argent publique non pas pour le bien-être de la population, mais pour leurs propres intérêts. Alors, pour montrer leur mécontentement, ils bloquent les rues pour empêcher l'accès aux services de la ville. Faire un travail correct devient soudainement plus compliqué.

Ce n'est pas l'incendie qu'ils redoutent, mais plutôt les habitants qui regardent d'un mauvais œil le convoi. Ils sont bien heureux qu'il fasse jour, les mauvaises surprises sont moins nombreuses dans ces moments. Ça ne les empêche pas de les huer quand ils descendent rapidement des véhicules. Le dispensaire devant eux est déjà bien touché par les flammes voraces, faisant plisser le front au Capitaine qui tient un talkie-walkie dans sa main gantée. Quelques personnes sont déjà sorties du bâtiment mais il peut très bien voir quelques silhouettes, au troisième, malgré la fumée qui commence à se faire épaisse.

« Dis-moi ce que tu as, demande prestement Makarov à l'agent de police.
— Plus personne au rez-de-chaussée ni au premier étage, l'informe-t-il en grattant son sourcil. Cinq employés sont encore bloqués dans le deuxième et troisième étage. Il y a un système d'aération qui se met en route automatiquement en cas d'incendie. Les vitres sont trop épaisses pour les casser et certains endroits se verrouillent durant les urgences. Le seule moyen pour y accéder, c'est avec cette carte, finit-il en la lui tendant. Par contre.. c'est la seule que j'ai pu récupérer. »

Le Capitaine hoche rapidement la tête et fait un signe à son équipe qui s'approche avec des de grandes foulées. Les instructions sont simples et rapides à donner ; Fullbuster, Conbolt et Redfox partent pour le deuxième étage, tandis que Fernandez, Clive et Strauss s'en vont pour le troisième. Pendant ce temps, les autres se chargeront de se mettre en place pour venir à bout de ce monstre fait de flammes. Casques et masques à oxygène, masse ou hache, et les voilà en train de pénétrer dans le bâtiment en signalant leur présence. Dehors les tuyaux se déroulent et les échelles s'élèvent.

C'est durant ces moments que son sang est en ébullition. Depuis plus d'une dizaine d'années, Gerald Fernandez n'a pas cessé de mettre en jeu sa vie pour en sauver d'autres. Le danger ne l'a jamais effrayé, au contraire, il a toujours agi comme une source de motivation. Ses pas sont vifs mais prudents alors qu'il s'élance dans les escaliers, suivis de près par son groupe.

« Je confirme que le rez-de-chaussée est désert, annonce Gray dans la radio reliée à leur casque respectif. J'avance au premier, Redfox au deuxième avec Conbolt.
— Reçu Fullbuster. »

Strauss fait un signe de la main pour signaler sa direction et Clive par vers l'opposé pour couvrir le périmètre ; le troisième étage semble être un cruel labyrinthes, surtout avec cette épaisse fumée et le feu qui s'accroche aux murs. La salle de repos vide, Gerald rebrousse chemin vers les salles verrouillées automatiquement. Il a de plus en plus chaud et ses sourcils sont froncés à mesure qu'il s'enfonce dans le couloir enflammé.

« J'ai trouvé trois salariés mais j'ai besoin d'un coup de mains, il y en a un blessé, avertit Strauss. Je les accompagne jusqu'à la sortie avec Clive. Ils disent qu'une collègue est enfermée dans une salle à risques au troisième et qu'un autre s'est réfugié dans les toilettes du deuxième.
— Je suis sur le coup du deuxième, déclare Gadjil.
— Je poursuis mes recherches au troisième, conclue Gerald. »

Le chemin devient de plus en plus délicat. Ce vieux dispensaire a encore du plancher et les flammes en sont avares. Le pompier sent son cœur pulser à toute vitesse quand il échappe de justesse à un effondrement, pas très loin de la première salle verrouillée. Ses muscles sont tendus et il regarde tout autour pour chercher un autre chemin ; la carte magnétique ne va peut-être pas fonctionner et, pire encore, il peut risquer de provoquer quelques étincelles malvenues. Sauf qu'il n'a pas le temps, parce que si quelqu'un est bel et bien dedans, cette personne ne va plus tarder à rôtir. Gerald décide de tenter. Il entend un clic et pousse mais la porte se bloque aussitôt. Essayant rapidement une deuxième fois, le même problème survient et, soudainement, quelqu'un frappe énergiquement à la porte.

« À l'aide ! S'il vous plaît !
— Je vais vous sortir de là !, s'exclame le pompier. Je vais trouver un moyen, ne paniquez pas, d'accord ? J'arrive ! »

Contourner est la meilleure solution pour lui ; ce ne devrait pas être difficile, du moins il l'espère, parce que ce bâtiment n'est pas aux normes. La fragilité des murs doit être de paire avec les moisissures.

« Allez vous mettre dans un coin opposé ! Je ne veux pas vous blesser avec des débris. »

La panique le guette, vicieuse, quand il tend l'oreille pour entendre une réponse de la part de l'inconnue. Elle tousse mais approuve après une longue minute. Rassuré, voilà qu'il s'écarte de la porte en lâchant la carte magnétique totalement inutile ; le contraire aurait été étonnant. La pièce voisine contient un vieux bureau et des étagères. Ses gestes sont pressés alors qu'il pousse les meubles aussi vite qu'il le peut. Quand la surface est dégagée, son poing s'abat contre le placo. Fernandez lève brièvement la tête pour inspecter le plafond, afin de s'assurer que rien ne lui tombera sur la tête quand il va s'afférer à démolir le mur non porteur à coups de masse.

Le pompier commence à ressentir une fatigue dans ses membres durement sollicités. Les flammes le narguent, gagnent du terrain, tentent de l'angoisser. Il a l'impression d'avancer au ralenti mais, quand le trou est assez grand pour qu'il puisse passer, c'est comme une bouffée d'air frais. Sa masse est laissée à terre alors que Gerald d'avance dans la pièce bien plus grande que prévue. La fumée est trop épaisse ici mais pas assez pour lui dissimuler des produits qu'il sait dangereux, du type hautement inflammables et explosifs. Donc quand il met enfin la main sur la femme, une vague de soulagement s'emparer de lui. Elle est luisante de sueur et la poussière colle à sa peau ensanglantée. C'est difficile de discerner ses traits mais il parvient à plonger dans son regard aussi brûlant que les flammes.

« On doit partir très vite d'ici, lui dit-il. Je vais vous tenir, mais ne me lâchez pas non plus. »

Une grimace de douleur traverse son visage dès qu'il a posé une paume sur son bras. Ses lèvres se pincent en constatant les débris de verre profondément enfoncés dans sa peau. À la place de tenir cette partie là, il saisit sa main pour la guider. Elle ne cesse pas de tousser, malgré qu'elle avance tête baissée pour éviter d'inhaler trop de fumée. Gerald veille à ce qu'elle ne se cogne pas la tête en passant par le trou dans le mur puis la fait marcher jusqu'aux escaliers, aussi vite et prudemment que possible. Derrière eux, le feu gagne du terrain et part de faufiler dans la zone sensible ; il ne lui faut que quelques secondes pour confirmer la crainte du jeune homme. À peine arrivé au deuxième étage que le troisième est ravagé par une explosion plus forte que prévue. Faisant barrage entre la déflagration et la blessée, il serre les dents sous le débris qui s'abat contre son épaule.

« Fernandez, magne-toi de sortir de là !, rugit le Capitaine. L'immeuble risque de s'effondrer ! »

Encore un peu sonné, le concerné se relève en tenant contre lui sa protégée. Il signale sa position avant de reprendre le chemin. Sauf qu'il finit par s'arrêter net quand la femme s'écroule devant lui, à bout de souffle et exténuée. Gerald n'hésite pas un instant pour retirer son masque à oxygène, qu'il met aussitôt sur son visage. Il vérifie rapidement son état puis la soulève entre ses bras, se précipitant la seconde qui suit vers la sortie de cet étau de flammes. Le plafond commence à s'effondrer et une nouvelle explosion pulvérise le premier étage, faisant s'affaisser les murs alors qu'il est à quelques pas de la sortie. Le souffle est impressionnant, le frappant en plein dos et le faisant tituber puis chuter sous les regards horrifiés de ses collègues. Le soleil l'aveugle. Ses paupières se ferment longuement et s'ouvrent, pour s'habituer à cette luminosité si différente des derniers instants.

« Bon sang ! T'es vraiment un malade Fernandez ! »

L'acouphène dans ses oreilles est tellement forte qu'il a comme l'impression d'avoir un essaim d'abeilles en train de bourdonner dans sa tête. Un grognement lui échappe lorsque Gildarts l'aide à se relever ; il observe Gray s'occuper de l'inconsciente, accompagné de Lisanna, une des ambulancières. Une vive douleur remonte brusquement de son épaule et il serre les dents, durement, contractant sa mâchoire. Le pompier sent la sueur glisser de son front pendant qu'il marche vers le Capitaine qui hurle d'éteindre ce maudit incendie. Les valves s'ouvrent, libérant des puissants jets d'eau.

S'adossant contre le mur, Gerald observe le travail impressionnant tout en reprenant son souffle. Ses yeux verts se baladent puis se posent sur la civière, où la femme d'avant, blessée et évanouie, est allongée. Son état a l'air d'être stable, malgré ses blessures. Il incline la tête, un peu, captivé par sa chevelure encore éclatante malgré la saleté. Sa couleur retient beaucoup trop son attention, sans doute parce que cela lui rappelle celle du feu.

« Fernandez, ça va ? »

Il tourne la tête en se retenant de sursauter. Le Capitaine s'est approché de lui avec des yeux plissés ; il ne lui parait pas très content. Histoire de sauver les apparences de son comportement dangereux, le jeune homme s'apprête à répondre mais une quinte de toux l'en empêche, accentuant la douleur qui parcourt son échine.

« Lisanna !, aboie Makarov. Tu l'embarques aussi ! Il a respiré trop de fumée
— Capi-
— Si tu te mets à me contester aujourd'hui, je ne risque pas d'être concilient. »

Après avoir baissé la tête en signe d'approbation et d'obéissance, le voilà qu'il suit docilement sa collègue. Elle le fait s'installe à l'avant de l'ambulance, l'arrière étant occupée. La plus jeune des Strauss claque la portière, en lui offrant un sourire doux mais timide ; ses yeux bleus, si clairs, lui donne parfois envie de prendre des vacances. La mer est à côté mais il n'a jamais pris le temps d'y aller. Il la regarde passer ses doigts dans ses cheveux argentés, coupés courts, puis mettre le contact. Un coup d'œil dans le rétro et il remarque qu'il partage le même véhicule que la dernière personne sauvée.

« Elle va bien ?, demande-t-il à l'intention de sa deuxième collègue présente. »

Mcgarden, installée à côté, relève la tête. Ses boucles bleues caressent son visage concentré. Son sérieux a toujours eu le don de freiner les ardeurs de son camarade Redfox, lui qui est toujours désireux de foncer dans le tas pour raconter des histoires capables de faire jalouser un certain Dragneel.

« Je ne peux rien faire pour son bras, les morceaux de verres sont trop profonds, explique-t-elle doucement. Je risque de lui rompre une artère si j'essaye d'en enlever un. Quant à sa tête, une légère commotion. Elle ne devrait pas avoir des séquelles trop importantes. »

Il inspire lentement, discrètement, se sentant un brin rassuré concernant son état. L'odeur du brûlé, mélangée à sa sueur, lui rappelle la première épreuve qu'il vient de traverser aujourd'hui. Ses maux de tête s'accentuent, tout comme ces foutus sifflements qui lui vrillent les tympans. L'hôpital n'est plus très loin et, vu l'allure à laquelle ils roulent, ils devraient arriver d'ici dix minutes. Ce laps de temps sera suffisant pour apaiser cette musique qui résonne dans son crâne, presque douloureusement.

Juste dix minutes.

Pas plus.

9 JUILLET – 16h32

La roue de son cadi se coince toutes les cinq secondes et ça commence à le rendre irritable. Il a chaud, en plus de ça, parce que cette supérette n'a pas l'ombre d'un seul ventilateur ni même d'une climatisation. Ses pas se font trainants quand il longe l'allée des légumes. Gerald tient une liste de course, à moitié froissée, dans sa main calleuse qui pousse en même temps le chariot défectueux. Sa deuxième main tire un peu sur le col de son polo noir, qui porte l'insigne de la caserne. L'été n'est certainement pas sa saison préférée, loin de là.

« Bon... il faut des poivrons... »

Le pompier pose son regard sur les produits, avec un air dubitatif peint sur son visage. Pourquoi lui avoir dit d'aller directement ici alors que les aliments n'ont pas l'air d'être en forme ? Ses collègues l'étonnent vraiment parfois. Et pas toujours en bien. Il tire sur un sachet plastique pour y fourrer les deux poivrons rouges, puis continue sa route pour trouver les prochains condiments. Quand il a tout ce qu'il faut, Fernandez passe en caisse en offrant un sourire poli au garçon qui tient la boutique.

La réelle libération arrive une fois qu'il est dehors. C'est avec un panier bien chargé qu'il ouvre le coffre de sa voiture en pestant ; la prochaine fois, ce sera Redfox qui fera les courses, parce que ça fait bien trop longtemps qu'il subit ça ! Surtout que c'est à lui de cuisiner aujourd'hui. Les règles ont pris un drôle de tournant depuis l'incendie du dispensaire. C'est une façon de le punir ou quoi ? Il s'est pourtant excusé. En plus, ils devraient avoir l'habitude ! Même lors de son premier jour, il n'a pas reculé devant le danger. Il est toujours en un seul morceau, juste quelques cicatrices ici et là, rien de bien dramatique. Mais voilà qu'ils en font tout un foin pour cette fois-là. Ou alors, c'est tout simplement lui qui est trop irritable parce qu'il a passé une mauvaise nuit et qu'il n'aime vraiment pas l'été. Oui, il insiste sur ce détail. L'été, c'est toujours compliqué. Autant au boulot que dans d'autres domaines. Il préfère l'automne. Les couleurs sont les plus extraordinaires.

Ses pneus écrasent les gravillons du parking de la caserne. D'habitude, quelques têtes font une apparition en entendant ce bruit mais là, personne. Intrigué par ce changement plus qu'inhabituel, Gerald détache sa ceinture et sort de son véhicule utilitaire. C'est quand il fait le tour, après avoir pris son panier, qu'il comprend la cause ; une voiture inconnue au bataillon est garée près de celle de Clive. Quelqu'un est venu rendre une visite ? Sa fille peut-être. Ça fait longtemps que ce fou ne l'a pas vue. Bien décidé à conclure ce mystère, il s'en va en direction de la porte arrière du bâtiment, donnant sur la cuisine. La panier finit sur le comptoir puis il rejoint la pièce centrale, rapidement.

Il est accueilli par le bras monstrueusement musclé d'Elfman, vite réprimandé par sa sœur qui lui ordonne de le lâcher. Bien plus douce que ce dernier, elle lui donne un léger coup de coude dans le bras puis fait un signe du menton, en direction de deux personnes. Ses sourcils se haussent quand il aperçoit un éclat rouge. Du moins.

Écarlate.

Sa bouche s'entrouvre sous l'étonnement. Est-ce qu'il s'agit vraiment de la même femme qu'il a sauvé, il n'y a même pas une semaine de ça ? Comme ensorcelé, Fernandez s'approche de Gray, qui papote avec elle. Il aperçoit un petit sac donc la sangle est tenue par son collègue. Remarquant sa présence, le brun lui sourit et met la puce à l'oreille de leur visiteuse, qui se retourne presqu'immédiatement.

« Tu tombes bien, s'amuse Fullbuster. Cette demoiselle te cherchait. »

Et quelle belle surprise. Son ventre est tordu par une sorte d'excitation ; il est heureux. Parce qu'il n'a pas osé penser, même pas durant une seule seconde, qu'il tomberait à nouveau sur elle. Le souvenir d'un petit merci de sa part, alors qu'elle était encore à moitié assommée par les médicaments, flatte ses pensées. Ça et son sourire. Un sourire qui lui parait bien fade face à celui qu'elle lui offre aujourd'hui, maintenant pleinement rétablie.

« Bonjour Lieutenant Fernandez !
— Comment est-ce que vous savez que... ? »

Elle s'empourpre et c'est comme recevoir un coup de poing dans l'estomac. Le souffle lui manque durant un moment.

« J'ai... demandé à l'hôpital. C'est aussi comme ça que j'ai trouvé la caserne. »

Il la fixe alors qu'elle écarquille les yeux. Sa paume finit devant sa bouche, après une inspiration bruyante par celle-ci.

« Je ne me suis même pas présentée ! »

Sa bouche s'entrouvre ; c'est ça, qui la met dans cet état ? C'est assez drôle.

« Je suis Erza Scarlett. »

Sa main est douce et chaude. Il la serre délicatement, sans forcer. La poigne qu'elle a est surprenante. Quand il la lâche, il regrette presque la perte de ce contact.

« Vous avez l'air en forme, lui glisse Gerald en fourrant ses mains ses poches. Ça va, votre bras ?
— Comme neuf ! »

Pour confirmer ses dires, Erza lève pour qu'il puisse l'inspecter de ses propres yeux. Son attention est alors attirée par sa robe blanche au décolleté prononcé. Sa gorge est sèche quand il décide de changer l'itinéraire que son regard a pris ; ce n'est absolument pas poli et il risque de se faire taper sur les doigts si quelqu'un le surprend.

« Les points de suture ne vous dérange pas trop ?, s'enquiert-il en observant Gray s'éclipser.
— C'est un peu gênant mais je m'y fais.
— Tant mieux. Tant mieux... »

Et là, qu'est-ce qu'il est censé dire ? Parler de la météo ? Ou juste l'admirer comme maintenant ? Ses pensées ont fondu et sont devenues un tas gluant, dans un coin de sa petite tête. Elle occupe tout l'espace. Vraiment. Et elle le fait si bien qu'il a complètement oublié les autres. Son petit nez se retrousse légèrement quand elle sourit avec toutes ses dents. Il ne parle pas encore de ses fossettes, parce qu'il est trop scotché à contempler ses taches de rousseur parsemant son joli minois, si élégamment dessiné. L'ambre de ses yeux lui parait toujours aussi brûlant.

Alors il se consume sur place, sans un mot.

« Hum... je... je tenais à vous voir pour... vous remercier correctement.
— Mais vous m'avez déjà remercié. À l'hôpital.
— J'étais encore assez... amorphe. Ça ne compte pas vraiment. »

Elle enroule ses mèches autour de ses doigts. Cette demoiselle lui parait bien gênée. Un peu tendue. Timide peut-être ? Gerald sort une main pour se frotter la nuque ; la mettre dans l'inconfort n'est pas son but.

« Donc... merci pour votre aide, finit-elle par dire.
— Je n'ai fait que mon travail. »

Ah, qu'est-ce qu'il n'est pas doué pour ce type d'interaction social.

« J'insiste. Vous êtes extraordinaire. Ce n'est pas grand-chose comparé à ce que vous faites mais j'ai un peu pâtissé. J'ai préparé quelques muffins.
— Des muffins ?, répète-t-il sans comprendre.
— Je suis plutôt douée dans ce domaine. D'ailleurs je pense que cet incendie est un peu... un signe.
— Comment ça ?
— Je compte travailler avec une amie dans sa boulangerie, dès demain. »

Il sourit un peu. Légèrement. Son cœur palpite plus vite que d'habitude et il a l'impression de respirer bruyamment. Il espère vraiment qu'il s'agit bien d'une impression et pas de la réalité.

« Dans le coin ? »

Ses yeux pétillent. C'est mignon. Malicieux. Doux. Son corps se penche un peu vers lui et son parfum l'attaque. Ses narines sont remplies d'une odeur de fleurs et ça le rend dingue ; pourquoi doit-elle sentir bon, en plus de ça ? Non pas qu'il préfère qu'elle sente mauvais, non, du tout. Juste. De la neutralité. Voilà. Parce que là, ça ajoute bien trop de puissance à son charme.

« Vous comptez venir ?, sourit-elle.
— Je pourrais faire une inspection des lieux, si besoin. »

Le ton de sa voix a pris une intonation plus rauque et basse. Presque un murmure, sur les derniers mots, parce qu'elle est suffisamment proche de lui pour l'entendre. Draguer n'a jamais été sa spécialité mais, étrangement, il se laisse juste porter avec elle. Ça lui parait naturel. Pas forcé.

« Ce serait avec plaisir. »

Erza lui a volé son souffle en se hissant sur la pointe des pieds, une main appuyée sur son épaule, pour embrasser lentement sa joue. Juste après, avec une série de gestes maladroits, il lui a donné son téléphone pour avoir son numéro. Figé, il la regarde partir, le corps peu à peu gagné par les flammes d'une passion naissante.

C'est bien la première fois qu'il n'a pas envie d'éteindre un incendie.

11 JUILLET – 19h23

Même si Gerald ne porte pas l'été dans son cœur, il y a bien une chose positive qu'il lui accorde ; ses orages, mêlés à sa pluie. Il ne sait pas pourquoi mais ça le détend, ça l'apaise. L'odeur qui se dégage du goudron chaud lui rappelle la longue journée d'efforts qu'il vient de passer, et ça le rend fier. C'est souvent dans ces moments qu'il se rend au petit restaurant que tient son Abuela, avec un sourire aux lèvres. Son SUV gris garé pas très loin de la porte, il en sort en profitant de l'eau qui s'abat sur sa peau encore chaude de ses dernières activités.

Le carillon à l'entrée lui rappelle son enfance. Gamin, il a souvent traîné ici en rentrant de l'école, faisant ses devoirs dans un coin pour ne pas déranger les clients. Après ça, la possibilité d'aider sa grand-mère s'offrait toujours à lui ; une activité qu'il adorait. C'est comme ça qu'il a appris ses premiers plats et un savoir unique. Malgré l'heure, l'intérieur n'est pas bondé. C'est toujours comme ça en été. Les habitants partent en vacances et la grosse partie des clients, durant cette période, se compose de routiers ou de motards. Abuela n'a jamais eu de mauvaises pubs, ici. Sa cuisine est qualifiée d'authentique et réjouit toutes les papilles, même les plus difficiles. Gerald salut donc respectueusement les personnes présentes, puis s'installe au comptoir, loin des banquettes occupées, pour papoter avec la seule femme capable de travailler avec son infernale grand-mère.

« Je bénis la pluie dans ces moments mais tu vas te faire gronder pour ne pas avoir porté une veste. »

Un rictus moqueur étire le coin des lèvres de Kana qui se penche vers lui, après avoir déposé un verre d'eau avec quelques glaçons dedans. Les gouttes glissent et s'écrasent sur la serviette, posée à côté.

« Profite du spectacle, alors, réplique-t-il en frottant son torse.
— Quel petit diable tu fais. »

Le pompier hausse les épaules et décolle doucement le t-shirt gris de sa peau. Installé sur un tabouret, il observe quelques secondes les palmes du ventilateur accroché au plafond. Ses paupières se ferment tandis qu'il profite de cette petite brise. Son corps est lourd et ses muscles réclament le confort de son lit au plus vite.

« Au fait, marmonne-t-il à l'égard de la brune. Tu sais que ton père te réclame ?
— Paraît-il. Pourtant il ne vient pas me voir pour autant.
— Hum... »

Les rapports entre Gildarts et Kana se sont cruellement détériorés au fil des années. Jusqu'à ce que le lien soit définitivement rompu lors d'un incendie qui a privé la demoiselle de sa mère pour l'éternité. Le pompier, lui, s'en est voulu. Incapable d'avoir sauvé sa femme alors que jusque là, chacune de ses interventions ont été des réussites, s'est retrouvé face à sa plus triste et douloureuse défaite. Pour son amie, la perte est alors devenue double ; son père, rongé par le chagrin, s'est plongé dans le travail pour combattre son incapacité à sauver sa bien-aimée, négligeant sa fille.

« Mi pequeño ! »

Le concerné sursaute, arraché de ses pensées, puis saute sur ses pieds pour accueillir dignement sa grand-mère entre ses bras. Elle le serre fermement et Gerald inspire son odeur faite d'épices. C'est agréable, vraiment. C'est comme être à la maison. Quand elle se recule d'un pas, la vieille femme prend son visage entre ses mains ridées.

« Ne me dis pas que ta caserne s'est aussi occupée de cette incendie qui a duré toute la nuit et aujourd'hui encore. »

Il sourit un peu. Affectueusement.

« Désolé Abuela. Il y avait trois casernes sur le coup. L'agriculteur a pratiquement tout perdu mais... il est en vie, au moins.
— Et toi aussi, gracias as Dios !
— Je fais attention tu sais. Tu n'as pas à autant t'inquiéter. »

Elle caresse sa mâchoire avec ses pouces. Une légère barbe commence à pousser ; il devra prendre du temps pour lui, une fois rentré dans son appartement. Ça et enfin trouver quoi répondre à une certaine rouquine, qui lui trotte beaucoup dans la tête. Fernandez sait bien que le mieux, c'est de se lancer sans hésiter. Après tout, elle a tout l'air du type de fille que les hommes veulent à leurs côtés et, pour être honnête, ça l'embêterais de louper une occasion de vivre quelque chose en sa compagnie.

« Tu as mangé ? J'ai l'impression que tu maigris à chaque fois. »

Un rire lui échappe et il se penche pour embrasser avec tendresse le front de la femme qui l'a élevé comme son propre fils. Son cœur est gonflé d'amour pour elle.

« Je vais rentrer, je suis exténué. La prochaine fois, je passerais avec mes collègues. Ils seront contents de te voir ! »

Ça et aussi de s'en mettre plein l'estomac, tant ils deviennent de véritables ventres sur pattes quand il s'agit de manger sa cuisine. C'est à se demander où ils stockent tout ça. D'ailleurs, généralement, après s'être gavés au point qu'ils développent la faculté de rouler sur eux-mêmes, une lourde sieste s'en suit. Avachis sur les banquettes à ronfler, profitant de leur journée de repos amplement méritée. Même s'il ne le dit pas, Gerald affectionne ces instants ; la sensation d'avoir une grande famille, comme il en a toujours rêvé, se fait ressentir. Des fois ça lui parait fou mais c'est pourtant bien réel.

« Fais attention en rentrant. Les routes sont dangereuses avec toute cette pluie.
— Promis Abuela. Et toi, ne travaille pas trop. Tu dois te ménager un peu, tu te souviens de ce que le docteur a dit ? »

Il tourne la tête vers Kana qui essuie distraitement le comptoir. Un simple signe avec sa main inoccupée lui signale un au revoir rapide, qu'il lui rend sans hésiter. Ses jambes sont devenues tout comme des parpaings en béton pour cette fin de journée. Marcher sans traîner des pieds relève du miracle. Sa portière grince un peu et il la claque sans se méninger ; l'habitude du camion. Clé dans le contact, le moteur ronronne et les essuies glace couinent sur la vitre poussiéreuse. Il est bien heureux de la faible circulation, parce qu'il peut rentrer bien plus vite chez lui. Et quelle sacrée satisfaction ! Il gare son véhicule sur une place prévue à cet effet, devant l'immeuble. Avec un sourire comblé, rien qu'en pensant à la merveilleuse sensation de confort que son matelas lui prodigue, le pompier sort de la voiture et trottine jusqu'au hall d'entrée dont une lueur lui indique une présence.

Les clefs de son appartement tournent entre ses doigts lorsqu'il gravit le petit escalier. Il souffle, frotte ses cheveux trempés en fixant un peu le sol carrelé, et se dirige machinalement vers les boîtes aux lettres.

« Lieutenant ? »

Gerald se fige, main suspendue en l'air ; cette voix il la connait. Il l'a même très bien mémorisée. Il n'hésite pas à tourner la tête. Être accueilli par l'ambre de son regard le fait passer à l'état liquide en un claquement de doigts.

« Mademoiselle Scarlett ? Qu'est-ce que vous... faites ici ?
— Et bien... j'habite ici depuis deux ans.
— Vous. Quoi ? »

Il n'est pas certain d'avoir bien entendu. Sa réaction la fait glousser et il se demande comment ce son peut être aussi diablement adorable.

« Je ne vous ai jamais vu.
— Nos horaires étaient assez spéciaux, avant. Ça aurait été difficile je pense.
— Ça se tient, approuve-t-il lentement en baissant enfin sa main.
— Mais... par contre... je n'aurais jamais pensé que nous habitions dans le même immeuble, avoue-t-elle avec des joues roses. Je regrette de ne pas vous avoir croisé plus tôt. »

Est-ce qu'elle vient directement d'enfoncer la porte "je te fais du charme pour que tu succombes entièrement" ou est-ce qu'il est en train de rêver ?

« C'est peut-être pas si mal que ça, dit-il avec un petit sourire. »

Erza incline la tête et il ne se retient pas de regarder avidement ses mèches écarlates glisser de son épaule.

« Au moins, on aura la chance de raconter une rencontre originale à nos proches. »

La voir rougir lui tord l'estomac. Durement. Et d'une façon si exquise que ça devrait être interdit. Sans rire, c'est forcément illégal ! Comment peut-il être aussi euphorique alors que rien de bien extraordinaire s'est produit ? Est-ce qu'il exagère trop ses réactions ? Peut-être qu'elle lui a jeté un sort, ou quelque chose comme ça, quand ils étaient dans le dispensaire en feu ? Non, pas possible. Elle est bien trop mignonne pour ça. Et de toute façon, il commence à divaguer et ça n'a plus du tout de sens, ce qu'il est en train de se dire. Il devient peut-être idiot. Ça doit être ça.

« Comment ça se passe à la boulangerie ? Je n'ai pas encore eu l'occasion d'y passer, avec tous les incendies qu'il y a en ce moment...
— J'ai vu ça, sourit-elle un peu. Vous devez être très occupé.
— Hum... si jamais... le tutoiement me convient, glisse-t-il presque timidement. Seulement si-
— Ça me va aussi, le coupe-t-elle en serrant légèrement le manche de son parapluie. C'est comme abattre un mur.
— Jolie comparaison. »

Vérifier s'il a du courrier lui sort par la tête une fois qu'il a décidé de s'approcher d'elle. La rouquine le regarde avec les mêmes yeux remplis de malice. Ça lui a manqué. Elle a cette bouille de renarde qui lui promet des moments doux mais également sauvages, une fois que le moment sera venu. Mais la comparer à un animal n'est sans doute pas la meilleure chose à faire pour les premiers jours...

« Je te raccompagne à ta porte ?, lui propose-t-il avec le cœur battant la chamade. Je ne voudrais pas que tu glisses dans les escaliers. »

Sa touche d'humour, qu'il qualifie de boiteuse, marche assez bien puisqu'elle sourit et qu'il voit ses fossettes. Sans même hésiter, il lui tend son bras pour qu'elle glisse sa main sur le creux de son coude. Ce qu'elle fait, elle aussi s'en ciller.

« Volontiers. »

Il est déstabilisé par cette spontanéité. Gerald n'a pas joué dans cette cours depuis des années, préférant la facilité ; les histoires d'un soir, éphémères, sans promesse de plus derrière, lui ont convenues durant tout ce temps. Bifurquer vers une voie différente est excitant et effrayant à la fois, parce qu'il n'a pas prévu que ça se produise aussi vite et aussi soudainement. Il est bien heureux d'être capable de s'adapter, son travail l'obligeant à souvent user de cette facette de sa personnalité.

« Tu te situes à quel étage ?, se renseigne-t-il en retenant un sourire satisfait. »

Sentir ses doigts jouer avec les muscles de son avant-bras rend ses pensées semblables à de la compote de pommes. Voilà qu'il louche maintenant sur le sommet de sa tête, lorgnant sans vergogne sur sa chevelure flamboyante qui semble si douce, si soyeuse ; est-ce que ce serait trop rapide de sa part d'y faufiler ses doigts ? Juste quelques secondes. Pas plus. Sauf si elle lui laisse l'occasion.

« Au troisième. J'ai hâte que l'ascenseur soit réparé, soupire la rouquine. C'est parfois un enfer de monter les courses. Et toi ?
— Un étage au dessus, répond-il en gravissant la marche qui mène au deuxième. C'est quand même surprenant de tomber sur toi de cette manière. Et de découvrir que tu habites aussi dans cette immeuble.
— Une coïncidence assez arrangeante. »

Qui est-il pour contredire ce point là ? Il n'a pas besoin de parcourir la ville pour la rejoindre, juste à descendre d'un pallier pour passer du temps avec elle. Si ça, ce n'est pas la belle vie, il ne voit pas que ça peut bien être. Le destin est parfois très favorable à son égard. Là, c'est un peu la cerise sur le gâteau.

« Cette porte, lui indique-t-elle avec son index. C'est là où je m'arrête. »

Un doux sourire s'esquisse sur ses lèvres quand elle lâche son bras pour lui faire face. Bon dieu, qu'est-ce qu'elle est belle ! Si les anges existent, il est prêt à parier qu'ils doivent lui ressembler. Tiens. Il a carrément oublié à quel point il est capable d'être niais quand une femme capture aisément son cœur.

« J'ai aussi beaucoup de choses à faire en ce moment mais... si ça te tente, on pourrait manger un morceau tous les deux un de ces jours ? »

Il observe ses doigts se tordre ensemble. Son geste nerveux lui fait louper un battement, parce que ça confirme parfaitement le fait qu'ils soient tous les deux sur la même longueur d'onde. Et comme la dernière fois qu'il l'a vue, Gerald s'embrase. Bon sang, ça fait si longtemps qu'il n'a pas ressenti autant de trucs en même temps !

« Ce serait vraiment... formidable.
— Dis-moi quand tu seras disponible. Mes horaires restent plus arrangeants que les tiens.
— Je t'envoie un message alors, murmure-t-il en plongeant dans l'océan mordoré de ses yeux. Si ça te convient comme ça.
— C'est parfait. »

Une étrange sensation d'empressement coule dans ses veines ; il a envie de la pousser contre la porte de son appartement, tout en l'embrassant avec ferveur, pendant que ses mains explorent son corps qu'il rêve de découvrir. Mais c'est peut-être trop tôt. Ça l'est sans doute. Ils auront le temps de franchir cette ligne plus tard, une fois qu'ils auront appris à se connaître davantage.

« Je te vois aux alentours. »

Pris par une pulsion, le jeune homme se penche pour embrasser sa joue, comme elle l'a si bien fait la dernière fois, à la caserne. Sauf que ce n'est pas lui qui parvient à la déstabiliser, mais elle ; sa main se glisse sur sa nuque et ses lèvres se pressent contre la commissure des siennes, longuement. Une vague de chaleur le submerge, lui arrachant un frisson de plaisir.

« Ma porte t'est ouverte. »

16 JUILLET – 13:48

La pause repas est bercée par la rediffusion d'un match de rugby. C'est très souvent tranquille. Pas toujours, mais souvent. Et aujourd'hui, ça oscille sur le "pas toujours". Il le doit à Elfman qui, la bouche pleine de pâtisserie, lui adresse la parole.

« Tu te souviens de cette fille aux cheveux rouges ?
— Oui, répond-il prudemment.
— Elle travaille avec ma sœur à la nouvelle boulangerie tendance. Je savais même pas qu'elles se connaissaient !
— Pas même Lisanna ?
— Non plus. Elles font un travail d'enfer. Les gens s'arrachent leurs produits.
— Je comprends mieux pourquoi Erza est aussi fatiguée, soupire-t-il en s'appuyant contre le dossier du canapé. »

Ses lèvres se pincent aussitôt alors qu'il réalise ce qu'il vient de poser comme information. Il crispe ses doigts sur l'accoudoir en se préparant aux futurs commentaires de ses collègues.

« Tu l'as revue ?!, s'exclame Redfox après avoir difficilement avalé le morceau de son sandwich.
— Euh...
— Et tu en parles même pas à tes potes ?, s'indigne Gray en posant une main contre son torse.
— C'est pas un comportement d'homme, ça !, rugit Elfman. »

Il a envie de frapper sa tête contre un mur. N'importe lequel ferait l'affaire. Du moment que ça lui permet de perdre connaissance et de fuir cet instant gênant qu'il s'apprête à vivre ; ses collègues sont comme une Drama Queen, toujours à en faire des caisses pour pas grand-chose.

« Vous vous emballez pour rien, grommelle-t-il en grattant l'arrière de sa tête. Je l'aperçois parfois, comme on habite au même endroit. Et on a prévu un petit repas dimanche. »

Pas le temps pour Gadjil de répliquer un truc ; l'alarme sonne et les fait se redresser vivement. Leurs bottes crissent sur le sol lorsqu'ils courent et se préparent. Une fois dans le camion, Gerald vérifie les coordonnées GPS du lieu de l'incendie, pendant que Macao se met au volant. Penser qu'il puisse être tranquille parce qu'ils sont sur une intervention est ridicule ; maintenant qu'il est dans un véhicule pour faire son travail, il n'a pas d'échappatoire.

« Un petit repas où ça ?, demande Fullbuster en tapotant son épaule. Dans le resto de ta grand-mère ?
— Chez moi, répond-il rapidement.
— Attends, c'est un "repas" ou un "repaaaas" ?
— Oh pitié... »

Ces commères n'en auront jamais assez de le charrier et il n'a qu'une hâte ; sortir de ce fichu camion pour ne plus les entendre. Sauf qu'avoir la naïveté de croire qu'ils auront oublié cette histoire après l'intervention, c'est une grave erreur. C'est même ce qu'on appelle une erreur de débutant. Et pourtant, l'air de rien, il saute pieds joints dans ce gouffre. Autant dire que c'est sa fête une fois qu'ils sont de retour à la caserne.

Quel idiot il a fait, à parler sans réfléchir.

18 JUILLET – 20h23

Quand il est rentré du boulot, le pompier n'a pas songé tomber sur Erza, en train de l'attendre devant sa porte. Ses doigts ont frotté énergiquement ses paupières, juste histoire d'être bien sûr de ne pas rêver. Pour sa plus grande satisfaction, ce n'est pas un songe mais bien la réalité. Donc il s'approche. Ses pas sont un peu lourds à cause de la fatigue qui s'accroche un peu trop à lui en ce moment ; les journées deviennent de plus en plus longues et éreintantes, de quoi le mettre K.O pour la nuit, bien qu'il soit capable de se réveiller dans le cas d'une terrible urgence. En pensant à ça, il espère bien que ce ne sera pas le cas pour aujourd'hui, parce qu'il compte bien profiter allègrement de sa présence.

« Visite surprise ?, s'amuse-t-il en insérer la clef dans la serrure.
- Exactement. À ton tour de subir un état des lieux.
- Ouh, j'espère être dans les règles. »

Gerald pousse la porte de son appartement, pour qu'elle puisse entrer tranquillement. Elle sent toujours comme un champ de fleurs et c'est difficile de ne pas prendre une longue inspiration. Lorsqu'il ferme derrière lui, la demoiselle inspecte minutieusement le salon. Son sourire amusé appelle le sien et il la regarde passer le bout des ses doigts sur le dossier du canapé, délicatement.

« Qu'est-ce qui t'amènes ?, demande-t-il. D'habitude tu es déjà enfoncée dans ton lit à cette heure-ci. »

Le ton moqueur qu'il a employé fait rougir le bout des oreilles de son invitée. Satisfait de constater cette réaction, qu'il trouve vraiment adorable, le pompier marche vers sa cuisine pour ouvrir le frigo. Deux bouteilles d'eau fraîche en mains, il se retourne et pose directement ses yeux sur Erza, qui tient un cadre.

« Tu étais très mignon, lui fait-elle remarquer en relevant la tête.
— Tu veux dire que je ne le suis plus ?
— Disons plutôt que tu as bien grandi depuis. »

Il rit un peu. La maladresse de leurs premières rencontres a disparu, remplacée par une floppée de taquineries. Et quoi de mieux pour le titiller, que passer au peigne fin toutes les photos qui traînent sur l'étagère ?

« Un pro du judo ? Je devrais faire attention à mes agissements en ta présence.
— Tu as peur que je te fasse une prise ?, sourit-il en s'approchant d'elle.
— Ça dépend de la prise, réplique-t-elle après avoir mordillé sa lèvre. »

Son ventre se contracte de désir. Le sous-entendu est assez flagrant. Très flagrant. Et ce n'est pas le premier ; voilà deux soirées qu'ils passent en compagnie de l'autre. Forcément, Gerald a commencé à songer à quelques petites activités qui ne consistent pas à faire un puzzle toute la nuit. Il a juste mis ces idées dans un coin de sa tête, histoire d'être certain qu'elle pense aussi à ça, parfois. Et là, c'est peut-être le moment de lever le pied par-dessus la ligne "rencontre aux alentours du couloir" pour accéder à celle qui signifie "reste ce soir".

« Est-ce que tu as besoin d'inspecter d'autres pièces ?, s'enquiert le jeune homme avec un demi sourire.
— Tu aimerais que j'en visite une autre ?
— Je ne voudrais pas abuser de ton temps. »

Un pas vers lui et Erza le regarde avec une intensité qui rompt le premier fil de sa retenue. Un autre suit de près quand elle lève une main ; son index remonte de ses côtes vers son torse, jusqu'à son cou.

« Ça dépend si tu comptes parler toute la soirée ou... si tu préfères simplement ne plus parler. »

Son chuchotement fait s'hérisser les poils de ses bras. L'instant qui suit, Fernandez se penche pour capturer la bouche pulpeuse dans un baiser passionné. Un gémissement satisfait s'échappe d'elle, juste avant qu'elle enlace son cou avec ses bras. Sa prise est plus ferme qu'au premier abord. Il oublie qu'ils se connaissent depuis à peine quelques semaines quand sa langue joue avec la sienne. Son cerveau est complètement déconnecté. Un traître ; les balbutiements ne sont plus très loin. Ça et aussi le fait que ses collègues vont le charier demain, s'ils ont vent de ce qui est en train de se dérouler. Il ne devrait pas s'attarder sur ce détail, pas alors qu'elle défait d'elle-même les premiers boutons de sa robe d'été.

Électrifié et déjà terriblement excité à l'idée de la découvrir différemment, il ôte maladroitement son polo qui s'écrase par terre. Leurs souffles se mélangent encore une fois quand leurs lèvres se retrouvent pour des baisers langoureux. Erza recule, guidée par ses soins, pour atterrir sur le canapé. Il n'a pas le temps de la rejoindre ; la langue de la demoiselle remonte entre ses abdominaux, lui arrachant un bruyant soupir. Ses doigts se faufilent enfin dans les cheveux écarlates pour les agripper. C'est soyeux, comme prévu. Doux. Ses ongles effleurent sa tête et il l'entend presque ronronner de contentement, alors que sa bouche épouse les muscles de son ventre. Elle caresse soigneusement son V avant de déboucler sa ceinture. Ce geste hardi le met en confiance et lui intime de ne pas avoir peur, surtout pas alors qu'elle mène déjà cette danse.

Gerald déplace ses pieds pour s'extirper de son jean, puis fait se relever sa partenaire. Elle lui sourit en le dévorant du regard. Pendant une fraction de seconde, il lui est impossible de se noyer dans l'ambre ; ses mains lèvent sa robe par-dessus sa tête, histoire qu'elle finisse dans un coin, comme le reste de ses vêtements. Sa paume se cale alors derrière sa tête pour l'empêcher de se soustraire au baiser brûlant qui suit. Son parfum lui fait tourner la tête pendant que ses doigts découvrent sa peau pâle. Elle gémit d'impatience contre sa bouche, ses ongles s'enfonçant durement dans ses épaules. En réponse, ses dents mordillent sa lèvre inférieure.

« Dans ta chambre, souffle-t-elle. Maintenant. »

Pas besoin de lui demander ça deux fois. La soulever est un jeu d'enfant mais, par contre, rejoindre la destination est plus compliqué. Son dos heurte le mur par moment, le désir de sentir l'autre se faisant plus pressant. Pire encore quand son érection s'est appuyée tout contre son sexe, fermement, bien que brièvement. Une explosion de chaleur se propage dans tous ses muscles et il veut déchirer ses maudits sous-vêtements, dès qu'elle est étendue sous lui, sur son matelas. L'éclat de la lune s'infiltre entre les stries de son rideau, lui permettant de l'observer avec une envie croissante. Il sent ses mains, bien plus petites que les siennes, naviguer sur sa peau devenue si sensible pour elle. Ses touches sont magiques.

Sa bouche atterrit lentement sur la courbe de son cou. Une saveur salée tape sa langue et l'enivre, alors que ses doigts jouent avec les bretelles de son soutien-gorge. Elle halète quand il suçote goulûment son pouls, tout en ondulant son bassin contre le sien. Son corps se cambre sensuellement une fois qu'il descend ses baisers sur la naissance de sa généreuse poitrine. Son index dessine la dentelle et il la regarde se mordiller la lèvre, dans l'attente de ses prochaines actions.

« Tu m'as attendu pour ça ?, la questionne-t-il avec un petit sourire.
— J'avais dans l'idée de regarder un film et de tenter une approche mais... c'est mieux que le plan initial. »

Elle l'embrasse lentement. Longuement. Sa langue revient s'enrouler autour de la sienne et c'est si bon, comme sensation. La rouquine tire légèrement sur ses cheveux pour accentuer la pression entre eux. Ses hanches rondes remplissent divinement ses mains et il serre ses doigts. Sa prise est ferme et elle l'encourage à continuer, en poussant des soupirs trop aguicheurs pour sa santé mentale. Il cède à la tentation, condamné à la désirer entièrement. Sa tête est remplie d'elle. De rouge. De son odeur. De ses bruits qui le tentent à être plus rude, pour qu'ils montent d'une octave.

Ses yeux verts dérapent sur sa culotte, brièvement, qu'il retire sans aucune hâte. Il aime voir la chair de poule apparaître sur son épiderme, quand son souffle vient le cajoler. Et lorsqu'elle murmure son prénom quand il explore la peau entre ses cuisses... c'est grisant. Une saveur unique inonde sa bouche et son bas-ventre se tord d'excitation. Sa verge est déjà tendue et dure mais il veut d'abord lui plaire avant de passer à quoique ce soit d'autre. Alors il poursuit son exploration avec faim, avec empressement, avec un besoin de plus ; plus d'elle, plus de sa chaleur, plus de ses gémissements. Il aime la manière qu'elle a de réagir. Parce que pour son plus grand plaisir, elle est incroyablement réceptive.

Il tient ses cuisses pendant que sa langue remonte de ses fesses à son clitoris, plusieurs fois. Elle tremble, pousse des soupirs étranglés, ondule son bassin contre son visage. C'est avec une poigne de fer qu'elle tire ses cheveux, pour le maintenir tout contre son intimité en train de pulser à mesure de ses langoureuses caresses, là, tout autour de son clitoris puis sur lui.

« Ha... juste ici, oui... continue je t'en prie... »

Ses encouragements lui arrachent un grognement de contentement et il s'active, envieux qu'elle se torde sous sa bouche et ses mains. Ses doigts se mêlent alors à ce jeu, s'enfonçant en elle avec facilité. Les bruits humides, accompagnés des jurons et des gémissements bruyants qui remontent de sa gorge, abattent sa dernière once de patience. Pire encore quand Erza le tire vers elle, impatiente, les joues rouges. Une fine pellicule de sueur sur sa peau de porcelaine attire sa langue, juste entre ses seins. Il la remonte sur sa gorge puis ses lèvres se plaquent contre les siennes.

Elle est bien trop addictive. Gerald vient à peine de la goûter qu'il sait déjà pertinemment qu'il ne veut pas d'une seule fois. Ça, mais aussi qu'il désire plus que des moments intimes, à partager la couche de l'autre. Ce ne sera jamais suffisant. Mais à quoi bon y penser maintenant ? Il a autre chose sur le feu et s'égarer dans ses sentiments, alors qu'une dame sous lui réclame l'étape suivante, est assez déplacé. D'un mouvement souple, le pompier ouvre assez brutalement le tiroir de sa table de nuit pour en sortir un préservatif. Le dernier à priori ; heureusement que les préliminaires existent.

Quand il déchire l'emballage, il a du mal à se concentrer. Erza embrasse son cou et son torse tout en caressant son dos, jusqu'à la chute de ses reins. Ses doigts viennent agripper ses fesses qu'elle pétrit, dès qu'elle a baissé son caleçon à la hâte. Un rire lui échappe et il lui vole un baiser, puis un autre, et il finit par embrasser tout son visage avec tendresse alors que la protection glisse sur son sexe érigé. Elle l'effleure avec sa paume avant de le caresser tortueusement. Un râle, rauque, poussé contre l'alléchante courbe de son cou, la fait sourire. Il le sait parce que la pulpe de son pouce caresse sa joue.

S'il y a bien quelque chose qu'il a remarqué avec Erza, c'est qu'elle aime diriger. C'est une force de la nature qui sait ce qu'elle veut. Et maintenant, elle lui fait bien comprendre qu'elle veut qu'il la pénètre dans plus tarder. Elle le guide, frottant son gland contre son clitoris puis son entrée. Cette sensation accentue le feu en lui et il l'enlace en donnant un coup de reins, s'enfonçant jusqu'à la garde. Cette femme lui donne et il prend sans vergogne, avant de lui rendre la pareille avec fougue. Il aime la manière dont il peut saisir ses cuisses et sa taille. Il adore cette expression de pur plaisir sur son visage. Il succombe quand elle souffle son prénom entre deux gémissements.

Le soutien-gorge rejoint le reste des vêtements oubliés. Sa bouche se referme sur un mamelon rose et tendue. Leurs gestes en parfaite harmonie, cette danse qu'ils partagent continue de les transporter vers une cascade de sensations et d'émotions fulgurante. Leurs respirations sont bruyantes quand ils sautent tous les deux, brusquement. La chute est salvatrice et la piqûre qu'elle laisse le long de son dos sera un souvenir plus qu'agréable.

« Hum..., exhale-t-il en roulant à côté d'elle. »

La demoiselle mordille sa lèvre, doucement, et se tourne vers lui. Le poids de sa jambe repose sur ses hanches tandis qu'elle appuie son menton sur son torse. C'est instinctivement qu'il attrape une mèche rouge collée sur sa joue, pour la mettre derrière son oreille. Le voile de luxure a quitté ses yeux, remplacé par quelque chose de plus affectueux. Elle dessine de petits cercles sur sa peau avec ses doigts, tout en l'observant intensément.

« Est-ce que ça compte comme du sexe durant un premier rendez-vous ?
— Je ne pense pas, rit-il. Tu es venue me cueillir après le travail, je ne suis pas sûr que les conditions soient remplies.
— C'est honteux de ma part, s'amuse-t-elle à répondre. Quel culot.
— Et bien nous pouvons toujours rattraper ça demain. Je te ferais un bon repas et ensuite, nous aurons ce fameux sexe du premier rendez-vous. »

Elle glousse et il l'embrasse encore et encore, longuement, en la tenant contre lui. La chaleur qui a ravagé son corps plus tôt vient se loger ailleurs. Elle remplit désormais son cœur, complètement. Fernandez s'en fiche si c'est peut-être trop tôt pour ressentir ça, parce que oui, il ne la connait pas encore parfaitement. Mais quelle importance ? S'il se débrouille bien. S'il ne redevient pas cet abruti trop impulsif. S'il n'a pas peur de s'engager.

Alors qu'est-ce qui pourra l'empêcher de l'aimer inconditionnellement ? Il aura tout le temps de découvrir ses défauts et ses qualités, ce qu'elle aime plus que tout au monde et, au contraire, ce qui la rend exécrable et colérique. Et il hâte de tout ça.

Erza appuie son nez contre son cou. Elle inspire lentement, doucement, pendant qu'il faufile ses doigts dans ses longues mèches.

« Et si je te dis que je veux un petit-déjeuner au lit ?, marmonne-t-elle contre sa peau. »

Le pompier retient un sourire amusé. Il tourne un peu la tête pour embrasser le sommet de sa tête.

« Pressée, mademoiselle Scarlett ?
— Davantage si tu portes juste ton tablier. »

23 JUILLET – 10:11

Le silence règne dans le camion. Du coin de l'œil, Gerald voit Gray s'agiter. Même si physiquement, il ne montre rien, il est dans le même état que lui à l'intérieur ; après le terrible incendie du dispensaire, d'autres incidents ont commencé à avoir lieu dans ce coin de Crocus. Et là, pour la quatrième fois cette semaine, ils sont sollicités pour un énième feu. Ça commence à devenir louche mais ils s'y collent, s'en rechigner devant la tâche. Si son Abuela a vent de cette histoire, elle risque de faire un infarctus avant l'heure. Et Erza ? Erza n'aime pas ce côté du métier. Pénétrer dans des zones sous tension à cause d'une mauvaise gestion relationnelle entre les hauts placés et le peuple, c'est bien quelque chose qui lui échappe. Elle a la sensation qu'ils servent de chair à canon. Ni plus, ni moins. Quand il lui raconte les journées qu'il passe sur la côte ouest de Crocus, elle a toujours ce petit pli entre ses sourcils et elle épluche nerveusement le coin de son pouce. Après tout, elle a déjà fait les frais d'une mauvaise passe dans ce coin là.

Arrivés sur place, Conbolt tente en vain d'obtenir des informations de la part des voisins. Il y a de la fumée qui sort de toutes les fenêtres de la maison, y compris le sous-sol. Étant blanche, elle va permettre aux pompiers d'intervenir dans la structure pour retrouver de potentiels victimes. Le Capitaine Draer tapote l'herbe desséchée avec sa semelle puis il assigne des tâches rapidement et efficacement. Accompagné de Clive, Gerald est en charge du rez-de-chaussée et du sous-sol. Redfox et Strauss s'occupent du premier étage, pendant que Fullbuster doit gérer l'aérienne pour ventiler. Leurs pas sont prudents à mesure de leur exploration mais, très vite, ils remarquent quelque chose d'étrange.

« Ok les gars, commence Gadjil d'une voix plate. Aucun feu au premier.
— Aucun au rez-de-chaussée, surenchérit Gildarts.
— R.A.S pour moi aussi, finit Fernandez. »

S'il n'y a pas l'ombre d'une flamme, qu'est-ce qui provoque autant de fumée ?

« Continuez la recherche, intervient Makarov. Quelque chose cloche dans cette maison. Trouvez-moi ce que c'est. Avec prudence.
— Reçu Capitaine. »

Gerald inspire lentement et plisse les yeux. Son attention est attirée par une porte, dans un coin du sous-sol, à moitié cachée par un vieux matelas ; on dirait que c'est de là que la source du désagrément provient. Pris de curiosité, il s'approche tout en levant la main. Il retire ce qui entrave son passage sans difficile. Son instinct lui somme de reculer mais il refuse de l'écouter. C'est son boulot. La poignée se tourne facilement. D'une poussée assez délicate, il commence à ouvrir la porte mais se stoppe brusquement en entendant un bruit. Son sang se glace.

« Capitaine ? »

Une goutte de sueur roule sur sa tempe. Ses doigts sont encore crispés et il n'a pas bougé d'un centimètre.

« Je t'écoute Fernandez. »

Sa langue passe sur ses lèvres devenues sèches. Son cœur bat à tout rompre ; il n'a jamais ressenti ça. Cette peur lancinante. Elle engourdit douloureusement ses membres tendus au maximum.

« Je crois... que j'ai trouvé le problème. La fumée vient d'une pièce dissimulée au sous-sol. Pour être sûr j'ai... euhm, j'ai ouvert la porte et... un "clic" a résonné. »

Silence. Cacher le tremblement de sa voix devient compliqué mais il doit garder la tête froide ; s'il panique, il risque gros.

« Il y a une bombe dans la maison Capitaine. Et je suis le détonateur. »