Disclaimer : Tout appartient à JKR, sauf mes OCs.

Epoques traitées : 1993/1994 (tome 3) & 1977/1978 (époque des Maraudeurs), avec un chapitre sur deux par époque

ATTENTION, avis aux nouvelles et nouveaux : l'histoire est en cours de réécriture et une importante partie a pour l'instant été retirée du site pour être corrigée. Les chapitres seront remis au fur et à mesure de leur correction. Toutes mes excuses pour ce désagrément temporaire !


Merci à Marijuane, pour avoir relu avec patience le début de cette histoire.

Et à Orlane Sayan de m'avoir suivie dans la folle entreprise de correction de mon monstre et d'être toujours motivante :)

Bonne lecture !


LA COURSE AU CHIEN SAUVAGE

PROLOGUE

Miracle canin à Hartlepool


En vingt ans de pratique de la pêche, James « Cook » Hoober avait amassé bien des « trésors » – si l'on osait nommer ainsi ce qui atterrissait dans son filet troué par endroits et que ses finances ne lui permettaient pas de remplacer par un neuf, tout du moins.

Dans un coin de son embarcation s'entassaient une bonne centaine de chaussures esseulées et rongées par la moisissure, un nombre plus affligeant encore de sacs en plastique déchiquetés, et même un grille-pain rouillé et à moitié démembré que Hoober s'était promis de réparer sans jamais s'y tenir. Les bouteilles représentaient cependant, et de loin, l'essentiel de ses récoltes quotidiennes. De bière ou de vin bon marché, il n'était pas rare de voir les jeunes de Hartlepool se défier de les balancer le plus loin possible, quand ils venaient finir leurs soirées trop arrosées sur le ponton du petit port.

Des poissons, Cook n'en pêchait finalement que très peu.

Devait-il blâmer son filet défectueux ou son éternel infortune ? Il n'en savait fichtrement rien.

Près de quinze ans après avoir acheté un bateau flambant neuf, qui paraissait quelque peu décrépi aujourd'hui, le vieil homme au crâne dégarni et au nez proéminent avait fini par admettre que la pêche, activité ô combien amusante, était aussi une activité assez peu lucrative. Pour une raison qui échappait à tous ceux qui avaient un jour jeté l'ancre près du vieux port auquel Hoober était si attaché, les poissons étaient, sinon inexistants, du moins excessivement fuyants. Quand un marin chanceux réussissait à mettre la main sur une poignée de gros bars aux nageoires élimées, ces derniers s'avéraient généralement, sinon morts, du moins dégoûtants. Les yeux vides, ils se débattaient à peine lorsque leurs petits corps secoués de soubresauts touchaient le sol en bois de l'embarcation et étaient, la plupart du temps, immangeables.

Hoober, pourtant, n'avait jamais voulu quitter cet emploi qui ne lui rapportait presque plus rien. Sa femme, Iona, ne cessait de lui rabattre les oreilles avec ces histoires de crise, d'enfants, d'argent, mais rien à faire, Cook n'en démordait pas. Chaque jour, il prenait son bateau et presque chaque soir, il rentrait bredouille, prêt à affronter les réprimandes de sa moitié.

Ce soir-là cependant, les choses tournèrent mal. Plus mal, du reste, que les fois précédentes.

Il y eut des mots durs, des bouts de verre cassés et Cook, excédé, avait repris le chemin du port, prêt à naviguer plus loin encore que d'habitude, dans l'espoir de trouver ne serait-ce qu'un poisson. Peureux, il ne s'aventura cependant pas trop près de ce que l'on appelait ici le « cercle d'Hartlepool ». D'après la légende, quiconque s'approchait de ce sillon de brume lointain et glacial était appelé à périr, de tristesse et de désespoir, avalé par les créatures féroces qui y nageaient. Cook laissait généralement ce genre d'affabulations aux bonnes femmes mais dans le doute...

Il vogua toute la nuit et somnola quelques heures, flottant au beau milieu d'une traînée d'eau rendue noire par le reflet du ciel faiblement étoilé. Ce fut le bruit grinçant de la corde frottant la poulie, alors que le teint rosé de l'aube naissante commençait à poindre, qui le réveilla en sursaut. Quelque chose de lourd, de plus lourd qu'une chaussure en tous cas, avait touché le fond de son filet qui, peu habitué à fonctionner, faisait bruyamment état de sa présence à son propriétaire. Un instant déconcerté, ce dernier ne tarda pas à sauter sur ses jambes fatiguées avec la vigueur d'un jeune matelot faisant ses premières armes, grisé à l'idée d'avoir enfin pêché une poignée de poissons susceptibles de donner tort à sa femme et de lui faire entendre raison.

Il fut presque plus déçu qu'étonné lorsque, tirant avec toute la force de ses soixante ans sur la corde, il découvrit, la patte empêtrée dans l'un des accrocs du filet, ce qui ressemblait à un chien.

Noir, le poil long mais flétri et manifestement sous-alimenté.

Lorsque son corps sec heurta le sol, Cook crût sincèrement qu'il était mort. Après tout, à cette distance-là du port et dans un tel état, il aurait dû l'être. Foncièrement dépité par cette trouvaille pourtant peu commune, le pêcheur décida d'aller libérer la patte du pauvre animal, qui rejoindrait le cimetière improvisé que ses enfants, des tueurs d'animaux de compagnie en puissance, avaient improvisé dans l'arrière-cour de leur jardin.

En avançant vers lui pour s'acquitter de sa basse besogne, il perçut cependant comme un sifflement provenant de sa truffe. Les quatre pattes en l'air, l'animal semblait respirer ; il semblait même tenter de reprendre sa respiration. Intrigué, Cook s'approcha plus près. Assez près pour discerner les efforts faits par le chien. Trop près de toute évidence, puisque ce dernier, flairant probablement sa présence, ouvrit brusquement de grands yeux dorés et montra ses crocs, dans un grognement.

— Tout doux le chien ! s'écria le vieil homme en reculant précipitamment. Tout doux !

L'animal n'eut pas l'air de l'entendre – ou peut-être ne le comprit-il tout simplement pas – et parût même prêt à lui bondir dessus, mais les mailles du filet qui emprisonnaient toujours son corps l'empêchaient de bouger. De réguliers sifflements s'échappaient désormais de sa gueule grande ouverte, comme s'il était enrhumé.

Bon Dieu, ce chien avait dû passer la nuit dans l'eau !

La bave aux lèvres, il ne cessait de grogner toujours plus hargneusement. Peut-être avait-il la rage et son propriétaire, apeuré, l'avait jeté à l'eau pour s'en débarrasser ? Cette pensée arracha une grimace à Cook qui, après un instant d'hésitation à observer le chien se débattre, consentit à réduire de nouveau la distance qui les séparait.

— Je te libère si tu promets de ne pas me mordre, d'accord ? marchanda-t-il bêtement, allant jusqu'à mimer des gestes pour illustrer son propos.

Peut-être était-il meilleur acteur qu'il ne l'imaginait – ou la bête plus intelligente qu'il ne l'avait estimé – puisque cette dernière se calma immédiatement et tendit même une patte décharnée dans sa direction pour montrer sa bonne volonté. A force de se débattre, elle n'avait fait que s'enrouler encore davantage dans les mailles, si bien que le pêcheur mit quelques minutes à l'en extraire. Chaque os de l'animal que les doigts du vieil homme touchaient semblait saillant et, sous son pelage clairsemé par endroits, de drôles d'ecchymoses balayaient la peau de son abdomen.

— On t'a battu, pas vrai ? marmonna l'homme en sentant sa peur s'envoler et la colère la remplacer. Battu et lâchement balancé à l'eau !

Pour toute réponse, le chien gémit en se laissant tomber sur le sol, tremblant, et, mû d'une soudaine sollicitude, Cook l'attrapa dans ses bras avec autant de douceur que possible pour le descendre dans la minuscule cabine qui l'accueillait quand la tempête se déchaînait et qu'il avait pris le large. La pièce était froide et inhospitalière mais, dans un coin, un lit de fortune était dressé, recouvert d'un drap rêche et pelucheux. James déposa délicatement l'animal sur le matelas fin et rugueux avant d'enrouler son corps frêle dans la maigre couverture. Il ne pesait presque rien et semblait lutter contre quelque chose, les muscles crispées et les mâchoires serrées.

— Les enfants seront bien contents d'avoir un nouvel animal de compagnie, commenta-t-il en caressant tendrement le museau de la bête, qui roula sur le côté dans un geignement.

Il monta ensuite rapidement l'escalier pour rediriger son embarcation vers les côtes toutes proches, laissant son nouvel invité seul.

Ce qui se passa par la suite dans la cabine, il n'en sut jamais rien.

Trop occupé à manœuvrer son bateau à l'étage, il n'assista pas aux transformations répétées, incontrôlables, de Sirius Black qui, épuisé par cette traversée, avait fait un effort considérable pour ne pas reprendre forme humaine jusqu'ici. Pendant de longues minutes, il fut incapable de contrôler les flux magiques qui bouillonnaient dans ses veines et qui lui procuraient cette drôle de sensation de vie qu'il croyait avoir perdu bien des années auparavant. Il passa ainsi de chien à homme puis d'homme à chien plus d'une quarantaine de fois, jusqu'à reprendre le contrôle.

Tremblant, mais parfaitement éveillé, il profita un instant du plaisir de ne pas voir de barreaux l'entourer et de ne pas sentir, persistant, le froid glaçant et caractéristique d'Azkaban. Il était hors de question, pourtant, de s'endormir. Conscient du danger qu'il courait et de la nécessité de ne pas montrer son véritable visage à ce vieux bougre qui l'avait sauvé d'une noyade certaine, l'homme reprit forme animale et se pelotonna, quelques instants encore, contre cette couverture râpeuse. Lorsque le bateau eut un soubresaut, signe qu'il venait d'arriver à bon port, il sauta sur ses pattes avec une souplesse nouvelle, plus que jamais prêt à reprendre la route.

Cook fut étonné de le trouver ainsi, jappant vigoureusement depuis sa couche.

Comment cet animal, vulnérable et titubant encore dix minutes plus tôt, lui échappa ? Il n'en avait pas la moindre idée. Il était prêt à parier, cependant, que la bête ne survivrait pas plus de trois jours dans un tel état.

Ce sur quoi il se trompait bien évidemment lourdement.


CHAPITRE 1

Une évasion pionnière


Il y a des jours comme ça où, à peine levé, on regrette déjà de s'être réveillé.

La météo est maussade, les rêves de la nuit qui vient de s'achever ont été mauvais et la journée qui se profile ne semble pas offrir de meilleures perspectives.

Comme tout le monde, j'avais eu, au cours de ma vie, mon lot de ces jours sans.

Peut-être en avais-je même eu bien plus que la plupart des gens, me plaisais-je parfois à penser avec un soupçon d'auto-commisération, lorsque les souvenirs de la guerre et des années qui l'avaient suivie m'effleuraient furtivement l'esprit.

La plupart du temps toutefois, ces journées n'avaient rien de très dramatiques et étaient même d'une banalité affligeante.

Si ce n'était pas mon gros orteil qui heurtait douloureusement le coin de ma commode à peine le pied posé au sol, c'était mon crâne qui, sans crier gare, rencontrait la porte ouverte d'une étagère de la cuisine alors que je préparais mon café. Lorsque ce n'était pas un suspect insultant, qui me prenait de haut parce que j'étais petite – ou parce que j'étais une femme –, c'était un collègue irritant qui m'étalait sa science parce que je me montrais trop gentille – ou bien, une fois encore, parce que j'étais une femme.

Ce matin-là, en sortant de mon lit, rien n'aurait pu m'indiquer qu'une mauvaise journée m'attendait.

Le temps avait l'air clément – pour un mois de juillet londonien, en tous cas –, mes meubles n'avaient pas décidé de bouger pendant mon sommeil pour être sûrs que je les heurte en me traînant jusqu'à la salle de bains et je ne travaillais qu'à partir de quatorze heures, ce qui était assez rare pour être souligné.

Tout bascula cependant lorsque Clide, mon assistant depuis un peu plus d'un an, se matérialisa devant moi.

Ou lorsque sa tête blonde, plus exactement, fit une brusque apparition au beau milieu de l'âtre qui me faisait face, dans un crépitement irritant qui me fit sursauter. Mon pied jusqu'ici appuyé contre le bord de la table basse alla heurter la tasse de café encore pleine que j'avais posée dessus, laquelle explosa par terre dans un bruit assourdissant et en une dizaine d'éclats qui auraient sans doute été interprétés par ma grand-mère paternelle comme le signe précurseur d'une catastrophe imminente.

Je n'y vis pourtant qu'une nouvelle preuve de l'étourderie presque sans borne de mon assistant.

— Chambers ! le tançai-je d'ailleurs immédiatement, en retenant de justesse le juron coloré que je mourrais d'envie de lui adresser. Je n'ai pas pris soin de te préciser que frapper à la porte de mon bureau avant d'y entrer était la première règle à respecter quand je t'ai engagé pour que tu débarques chez moi comme ça !

— Je sais, je sais, je suis désolé ! s'empressa-t-il de s'excuser d'une voix contrite. Je ne voulais pas te déranger et encore moins te faire peur !

— Et tu t'es dit que le meilleur moyen d'atteindre ces deux objectifs était d'apparaître dans ma cheminée privée et réservée aux seuls cas d'urgence, en ruinant au passage mon intérieur ? ironisai-je avec acidité.

Il eut le mérite de paraître embarrassé, grimaçant même en apercevant la tâche sombre qui s'étalait désormais sur le tapis que m'avait apporté mon oncle Sam de Turquie à mon déménagement.

— Mais c'est une urgence ! se justifia-t-il quand même. Une vraie urgence, y compris selon ta définition, j'en suis sûr ! précisa-t-il d'un ton catégorique, lorsque je ne pus retenir un haussement de sourcils sceptique.

Sans doute se souvenait-il comme moi du temps où la phrase « c'est uneurgence » lui échappait plus de dix fois par jour, pour des problèmes aussi futiles que le nombre de parchemins qu'il devait préparer pour que je puisse prendre des notes au cours d'une réunion avec Bones ou l'étage auquel il devait se rendre pour consulter les archives et que je lui avais déjà indiqué trop de fois.

Face à sa mine inhabituellement sérieuse – et peut-être même un peu grave, si j'y regardais de plus près –, je décidai cependant de lui accorder le bénéfice du doute, saisissant de ma main droite les conclusions que j'étais en train d'étudier avant son arrivée, avant d'attraper, de la gauche, ma baguette magique posée sur le canapé où j'étais installée.

— Ça a intérêt à être vraiment important, le prévins-je toutefois, en secouant d'une main négligente le morceau de bois pour nettoyer le tapis. Ma plaidoirie pour l'audience Wildsmith de cet après-midi n'est pas encore tout à fait prête et j'aimerais éviter d'être en retard à cause de toi.

Il fronça les sourcils et me dévisagea comme si le nom de notre affaire du moment, qui voyait s'écharper depuis des mois les héritiers de l'inventrice de la poudre de Cheminette qui lui avait permis de s'introduire dans mon salon sans prévenir, ne lui disait rien.

J'aurais pourtant juré que l'étude de l'arbre généalogique de la famille, composée d'un trop grand nombre de noms suite aux mariages, séparations, remariages et décès qui avaient ponctués cette lignée, l'avait marqué pour un bon moment. Déchiffrer les runes moyenâgeuses inscrites sur le parchemin défraîchi sur lequel Ignitia Wildsmith était censée avoir posé son testament avant sa mort en 1320 était une tâche que je ne risquais pas d'oublier, pour ma part.

— Depuis quelle heure est-ce que tu es réveillée, exactement ? me demanda-t-il de son côté pour toute réponse, en détaillant désormais mon pyjama d'un air circonspect.

Il n'était pas particulièrement honteux – juste un bas de jogging délavé et un tee-shirt qui avait connu de meilleurs jours – mais je me sentis obligée de rabattre sur moi les pans de ma robe de chambre, en lui adressant une œillade glaciale.

— Depuis deux ou trois heures, je crois ? Si c'est ce que tu appelles une question urgente, Chambers, c'est que je ne t'ai vraiment rien appris ces derniers mois et je ne sais pas ce que ça dit de moi !

— Tu n'as reçu aucun hibou du Ministère ? continua-t-il sans relever. Aucun appel de cheminée avant le mien ?

Me désintéressant de mon travail, je baissai un œil désormais suspicieux vers lui.

Ce n'était pas son genre de ne pas se vexer de l'une de mes piques sarcastiques. C'était même exactement le contraire de son genre.

— Non, répondis-je lentement. Pourquoi ?

Je sus qu'il n'allait pas lâcher le morceau facilement quand les traits de son visage se teintèrent d'un mélange d'incrédulité et d'exaltation que je ne lui voyais que lorsqu'il se savait détenteur d'une information – un ragot, généralement – qui m'échappait.

— Je n'arrive pas à y croire, Atkinson ! Tu dois être la seule personne dans ce pays à ne pas être au courant !

— Au courant de quoi ? m'agaçai-je, sans réussir à déterminer s'il exagérait.

— Tu dois bien écouter la radio de temps en temps, quand même ? insista-t-il lourdement. Ou te faire livrer la Gazette, au moins ?

Je levai les yeux au ciel, irritée.

— Pas depuis l'époque où j'étais encore étudiante et que le hibou qui s'en chargeait a failli m'arracher l'index pour récupérer les quelques mornilles que je lui devais et qu'il me restait pour déjeuner, si tu veux tout savoir. Bizarrement, ça ne m'a jamais donné envie de me réabonner, même une fois certaine de ne pas mettre aux enchères mon pouce ou mon annulaire.

Il éclata évidemment de rire, si fort que les flammes autour de lui prirent de l'ampleur.

— Peut-être que je me trompe, Atkinson, mais tu risques de t'en mordre aujourd'hui les doigts, ironisa-t-il. La une du jour vaut vraiment son pesant de gallions !

— Si tu continues comme ça, Chambers, c'est toi qui vas te mordre les doigts car tu n'auras plus de quoi déjeuner, reniflai-je avec impatience, dans l'espoir de détourner son attention de mes lèvres qui se fendirent pendant une seconde – et bien malgré moi – d'un demi-sourire. Qu'est-ce qui se passe ?

Ma menace eut le mérite de le faire grimacer, chassant toute trace d'hilarité de ses traits juvéniles.

— Ton audience pourrait être reportée à une date ultérieure, consentit-il à me révéler. Pas que la tienne, d'ailleurs. Toutes les audiences de cette semaine, peut-être même de ce mois-ci.

C'était la dernière annonce à laquelle je m'attendais et l'indignation que j'en ressentis instantanément me fit lâcher ma pile de parchemins dans un mouvement si brusque que la plupart d'entre eux s'éparpillèrent par terre.

— C'est une plaisanterie, j'espère ?

Le souvenir des deux nuits blanches passées à bachoter sur la traduction des runes qui y étaient reproduits, pour déposer le dossier dans les temps, était marqué au fer rouge dans mon esprit et m'empêcha même de me demander pour quelle raison tout le calendrier judiciaire pouvait être ainsi bouleversé. Clide, tout à ses révélations, n'en fut même pas déçu. Ses yeux, même au milieu d'un âtre enflammé, brillaient d'une lueur étrangement excitée.

— Le Ministère est sens dessus-dessous, Mackenzie, tu n'as pas idée ! continua-t-il dans un débit soudain plus rapide. Et au vu du nombre de coups de cheminette que tu as reçu au bureau depuis ce matin, je m'étonne que tu sois encore en pyjama chez toi et que personne n'ait pensé à venir te déranger directement ici ! Notre département est complètement dépassé par les événements !

Je ne perdis pas de temps à lui expliquer que la cheminée du bureau depuis laquelle il m'appelait faisait partie des rares âtres auxquels mon réseau était encore raccordé, pas plus que de lui faire remarquer que la façon dont il s'était invité chez moi était une preuve de plus que les réseaux de cheminette méritaient une petite amélioration, question garantie de la vie privée.

— De quels événements est-ce que tu parles, à la fin ? grinçai-je plutôt, avec impatience. Arrête de tourner autour du pot !

— Tu ne me croirais même pas si je te le disais moi-même, soupira-t-il.

Et sans me laisser le temps de protester, il disparut de mon champ de vision, me laissant seule au milieu de la pièce, un tas de parchemins froissés abandonné à mes pieds. Il fut toutefois de retour moins d'une minute plus tard et s'étonna à peine de me trouver agenouillée devant ma cheminée, ma curiosité définitivement piquée.

— Cet événement-là, me dévoila-t-il avec un rictus crispé, en me tendant à travers les flammes un exemplaire de la Gazette du sorcier. Celui dont tout le pays parle depuis ce…

Je ne l'écoutai cependant déjà plus.

Les pupilles arrondies par la stupeur, le cœur battant soudainement si fort qu'il semblait sur le point de m'exploser dans les oreilles à chaque nouveau coup de boomerang contre ma poitrine et la bouche sèche, je ne pus en réalité que déglutir avec difficulté devant l'image qui s'étalait sur la quasi-totalité de la première page du journal que je venais de déplier.

Pâle et cadavérique, les os de son visage désormais saillants et ses yeux devenus globuleux tournoyant follement dans leurs orbites, Sirius Black – ou plutôt l'ombre du déchet qu'il était devenu après douze ans de vie en prison – semblait m'observer.

Plus encore que sur la photographie de cet homme méconnaissable, mon attention se focalisa sur les mots auxquels si peu de place avait pourtant été laissée. La lecture du titre, écrit en lettres capitales noires sur fond blanc, me fit l'effet d'un électrochoc, ajoutant au tremblement incontrôlable de mes mains devenues moites, un sentiment ressemblant vaguement à de l'effroi :

« QUAND SIRIUS BLACK REALISE L'IMPOSSIBLE

ET ECHAPPE A LA VIGILANCE DES DETRAQUEURS »

Fermant les yeux l'espace d'une seconde, sentant la tête me tourner sous le choc, j'ignorai le regard devenu inquiet que Clide faisait peser sur moi et tentai, vainement, de reprendre le contrôle de ma respiration irrégulière. Il n'en fallut pas plus pour qu'une vague de souvenirs que je croyais avoir oubliés ne me frappe, faisant se crisper mes doigts autour du parchemin que je tenais toujours.

Pendant un instant, je crus même revoir les traits d'un Sirius beaucoup plus jeune à la première page du même journal presque douze ans plus tôt, son visage excessivement grave qui me semblait déjà si étranger et les mots qui accompagnaient la photographie, que j'avais mis un temps infini à comprendre et, plus encore, à accepter.

La sensation d'une chute interminable avait été la même à l'époque mais je réussis à y couper court cette fois en rouvrant grand les yeux. Osant à peine sourciller, je reportai toute mon attention sur les quelques lignes faisant office de chapeau, sans pouvoir m'empêcher de lancer régulièrement un coup d'œil au visage aminci qui me faisait face.

« Jusqu'ici tristement célèbre pour avoir tué treize personnes – dont douze moldus – en plein cœur de Londres au lendemain de la chute de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, Sirius Black, bientôt trente-trois ans dont douze passés en cellule, a réalisé hier l'impossible en s'échappant de la forteresse d'Azkaban jusqu'ici inviolée. Né d'une lignée de sang-purs influents, adepte de magie noire et bras droit du sorcier le plus redouté du 20ème siècle, Black est considéré comme extrêmement dangereux, et son évasion, en phase de devenir l'événement le plus catastrophique des dix dernières années, interroge. »

D'un regard, j'avisai la liste des articles annoncés à la suite : en pages 3 et 4 semblait s'étaler un récit détaillé des événements survenus la nuit dernière, alors que la majorité des sorciers britanniques dormaient tranquillement, bercés par l'illusion d'être en sécurité. Les pages 5 et 6, « La question que tout le monde se pose : comment ? », faisaient concurrence aux pages 7 et 8, « Celle que personne n'ose réellement se poser : pourquoi ? ». Enfin, « Ce que vous avez toujours voulu savoir sur Sirius Black » laissait entendre que Skeeter s'était emparée de l'information, clôturant, en page 12, cette édition presque entièrement consacrée au sujet.

La nausée n'attendit pas plus longtemps pour me saisir l'estomac, faisant remonter le long de mon œsophage une bile amère et brûlante qui manqua de me faire vomir les restes de mon petit-déjeuner.

— Mackenzie ? m'appela Chambers, d'une voix suffisamment forte pour supplanter le bourdonnement sourd qui résonnait désormais dans mes oreilles. Est-ce que ça va ?

La note d'inquiétude dans son ton m'aurait arraché un sourire un autre jour mais sur le moment, ses paroles réussirent uniquement à me sortir brutalement de ce moment de léthargie. Arrachant difficilement mon regard toujours médusé de la première page, je secouai brutalement la tête et tentai de reprendre contenance dans un raclement de gorge.

— Quand est-ce que c'est arrivé ? l'interrogeai-je en contrôlant de façon particulièrement convaincante – expérience oblige – le tremblement de ma voix.

Le haussement de sourcils suspicieux qui avait déformé ses traits face à ma réaction disparut si rapidement que je crus l'avoir rêvé, laissant place à l'air excité qui animait ses traits chaque fois qu'il s'agissait de me livrer un potin.

— Dans la nuit probablement. Un des gardiens s'en est rendu compte en faisant un tour de garde, les Détraqueurs n'avaient pas semblé remarquer la disparition.

Je déglutis de nouveau.

— Ils sont aveugles, en profita-t-il pour préciser.

— Je suis au courant, Chambers.

La sécheresse de ma voix n'eut pas l'air de l'alarmer puisqu'il ajouta, les yeux brillants :

— Ce qui étonne le plus Heather, c'est qu'ils auraient dû sentir son absence. C'est à se demander s'ils sont vraiment les mieux placés pour garder nos plus dangereux criminels à l'écart.

Plutôt que de lui confirmer qu'ils étaient en tous cas censés l'être – je ne m'étais jamais sentie aussi faible et dénuée de toute énergie que lorsque j'avais dû faire face à de telles créatures –, je me contentai de demander :

— Heather Smith, du Secrétariat général du Département ?

Il confirma d'un signe de tête.

— Et moi qui pensais que c'était une urgence suffisamment importante pour t'empêcher d'aller partager tes théories sur le sujet avec ton dernier béguin, ne pus-je m'empêcher de persifler avec un rictus.

Ma réprimande – ou mon sous-entendu – le fit rougir, si j'en croyais en tous cas les nuances orangées du feu qui s'assombrirent.

— Bones voulait te voir ! bougonna-t-il avec un regard noir. Smith est simplement venue me prévenir.

Il n'en fallut pas plus pour que ma gorge se serre à nouveau d'appréhension.

D'aussi loin que je me souvienne, mes visites dans le bureau d'Amélia Bones avaient été rares, depuis mes débuts au Ministère près de dix ans plus tôt ; ou plus exactement, au cours de ces sept dernières années, lorsque, du statut d'assistante de la Directrice du Département de la justice magique, j'étais devenue substitut [1].

J'adressai donc mon regard le plus interrogatif à Clide qui en oublia immédiatement sa rancune.

— Je te l'ai dit, Atkinson, c'est le bordel au Ministère, expliqua-t-il en s'animant de nouveau. Le Bureau de l'Administration pénitentiaire a besoin d'un coup de main, les Aurors et la Brigade de police magique sont en ébullition et une réunion d'urgence est organisée incessamment sous peu. Tous les hauts responsables au sein du Département y sont attendus et devine quoi ? Tu fais partie des heureux gagnants !

L'excitation dont était teintée sa dernière phrase ne fit toutefois qu'accélérer les battements de mon cœur, qui cogna contre ma cage thoracique avec une force telle que je sentis la tête me tourner.

En tant qu'avocate générale au sein de la Cour de justice magique [1], chargée de représenter le Ministère dans les affaires pénales et de présenter mon avis dans les affaires civiles, ma participation à la chasse à l'homme qui allait se mettre en place avait quelque chose d'invraisemblable, de presque risible.

En tant qu'ancienne élève de Poudlard, relativement proche de Black du temps de sa scolarité qui plus est, la perspective prenait cependant un tout autre sens.

— Heather t'a dit pourquoi Bones tenait à me voir ? demandai-je, dans l'espoir qu'il me donne de quoi rejeter ces pensées au loin.

La façon dont il secoua la tête avec une grimace ne fit que les aggraver.

— Elle n'a pas dit grand-chose, à part que ta présence était obligatoire.

— Et à quelle heure est la réunion ? soupirai-je, un œil sur ma montre.

— Dix heures trente tapantes, dans la salle de réunion du deuxième étage.

— Quoi ?! Mais il est déjà presque vingt ! m'alarmai-je en sautant sur mes jambes, non sans lui adresser un regard meurtrier.

— Tu n'étais au courant de rien ! se justifia-t-il, en levant deux mains innocentes pour donner plus de force à son propos. Je ne pensais pas avoir à t'informer de l'évasion de Black !

A ces mots, les pulsations qui semblaient tirailler chacun de mes nerfs repartirent de plus belle mais j'abandonnai l'idée de le réprimander, pour mieux le congédier et rejoindre ma salle de bains. Attendue dans quelques minutes à peine à l'autre bout de Londres, je ne pus m'attarder trop longtemps sur la pâleur du reflet que me renvoya mon miroir et m'empressai de me glisser dans une robe propre, les pensées s'entremêlant sournoisement dans mon esprit.

-O-

Une dizaine de minutes plus tard, je sautai dans ma cheminée, après y avoir préalablement jeté une poignée de poudre verte, atterrissant en quelques secondes dans l'un des âtres du Ministère de la magie.

Rien ne m'avait préparé, pas même mon imagination débordante, à la foule dense et bruyante qui me happa à la seconde où je posais un pied sur la terre ferme.

Composée de personnes de tout âge qui se bousculaient en criant des phrases et des mots qui se mêlaient les uns aux autres dans une cacophonie qui les rendaient inintelligibles, elle semblait occuper le moindre mètre carré de l'Atrium, à tel point que je fus incapable de distinguer ne serait-ce que les visages les plus proches.

Habituée à arriver tranquillement par l'entrée des fonctionnaires, à une heure suffisamment matinale pour que le trafic humain en soit proportionnellement affecté, je ne me souvenais pas avoir un jour vu tant de personnes réunies dans cet espace, qui me parût soudain bien trop étroit.

Même le gala à laquelle mon père m'avait traînée l'année de mes douze ans, à l'époque où il avait été nommé Langue-de-Plomb au département des Mystères, ne m'avait pas semblé brasser une foule aussi compacte – et pourtant, j'avais trouvé le moyen de m'y perdre et avais passé une partie de la soirée sous l'une des tables du buffet, à essayer de repérer les escarpins rouges de ma mère parmi les milliers d'autres chaussures qui piétinaient le sol, ce jour-là.

Alors que je me surprenais à repenser à la personne que j'avais aperçu se glisser à son tour sous les tables, juste avant que mon grand frère Adrian ne m'y retrouve, un homme visiblement aussi perdu que je ne l'étais me bouscula brutalement, m'arrachant à mon souvenir.

Le soulagement me dénoua la gorge.

— Vous travaillez ici ? s'enquit-il aussitôt, en fixant ma poitrine avec curiosité.

J'aurais certainement pu y voir un intérêt potentiel de sa part – ou un pervers peu discret, plus vraisemblablement – mais seul le blason du Ministère le motivait sans doute à reluquer mes seins.

Je resserrai quand même ma cape machinalement, pour l'empêcher de trop s'y attarder.

— Oui. Vous cherchez quelque chose ?

— Pour quel département ? me demanda-t-il encore, en tirant subitement de sa poche un carnet et ce qui ressemblait à une plume ayant malencontreusement voyagé dans une poche trop étroite. Et comment vous appelez-vous ?

Comprenant qu'il s'agissait d'un journaliste et que la meute autour de moi était composée de beaucoup de ses confrères à la recherche d'un scoop sur l'affaire Sirius Black, je le fusillai du regard.

La communication avec la presse n'avait jamais fait partie de mes attributions – et encore moins de mes compétences – mais je savais pour l'avoir déjà vécu une fois que révéler à cet homme mon nom et mon poste au sein du Ministère équivalait à signer mon arrêt de mort. Pour peu que le journal pour lequel travaillait mon interlocuteur soit l'un de ces chiffons susceptibles de retracer tous les faits marquants de ma vie avant la fin de la journée, c'était un nouveau scandale que je risquais de provoquer, sans parler des dommages sur ma réputation.

Sans un mot de plus, à peine une œillade mauvaise, j'abandonnai le sorcier pour me frayer un chemin parmi les autres journalistes, employés et simples curieux venus s'informer à la source sur l'événement qui venait de faire exploser la tranquillité de notre monde magique.

En jouant des coudes, évitant tant bien que mal d'être arrêtée de nouveau, je réussis à atteindre les ascenseurs. J'eus toutefois tout juste le temps de mettre un pied dans l'un d'eux avant qu'un colosse que je n'avais encore jamais vu dans les parages surgisse devant moi pour me barrer le passage.

Sa mâchoire serrée et ses yeux plissés témoignaient à eux seuls de sa colère.

— Vous ne pouvez pas passer, grogna-t-il en usant de sa tête de plus de moi pour tenter de m'effrayer du regard.

— Je travaille ici, répliquai-je, d'un ton pareillement agressif. Et j'ai une réunion à laquelle je suis déjà en retard.

Visiblement mieux préparé que je ne l'avais imaginé, il sortit de la poche de sa robe un morceau de parchemin qu'il déroula d'un simple geste du poignet.

— Nom et département ? aboya-t-il.

— Mackenzie Atkinson, soufflai-je, déjà lasse. Département de la Justice magique, bureau administratif et judiciaire de la Cour de justice et du Magenmagot.

Il scruta un instant la feuille et je devinai, en voyant son expression s'adoucir, qu'il venait de tomber sur mon nom en tête de liste. S'excusant du bout des lèvres, il s'écarta et tendit une main presque galante vers l'élévateur qui nous faisait face. La montée des deux étages, trop rapide, me permit tout juste de me composer une mine moins crispée, mais à peine la machine se fût-elle arrêtée et la porte ouverte, qu'un nombre impressionnant de notes de service violettes me foncèrent dessus. Dans un réflexe que les années n'avaient fait qu'aiguiser, je me baissai pour éviter celle qui s'avançait droit vers mon œil et me dirigeai, d'un pas rapide et décidé, vers le bout du couloir.

Ma progression fut cependant ralentie par le nombre de personnes qui circulaient, de façon inhabituelle, entre les différentes pièces. L'entrée de chaque bureau était anormalement ouverte, des conversations animées se tenaient dans tous les coins et l'ébullition que m'avait décrite Clide était clairement perceptible.

Avant même que je n'atteigne mon bureau, ce dernier apparut d'ailleurs brusquement devant moi, l'air agité, une pile de parchemins sous le bras. Après me les avoir fourrés entre les mains, il me saisit par le poignet et s'engagea sans plus attendre dans la direction opposée.

— Ce sont les circulaires qui ont été prises au sujet de Black au cours des trois dernières heures, m'indiqua-t-il fiévreusement, en désignant les rouleaux désormais en ma possession. Je t'ai surligné les passages qui me semblaient les plus importants, histoire que tu ne sois pas perdue.

Je le remerciai d'un sourire, tout en dénouant la cape que j'avais jeté sur mes épaules pour la lui confier.

— Tu as une idée de qui est présent à cette réunion, par hasard ? m'enquis-je ensuite, en slalomant derrière lui à travers le couloir bondé.

— Fudge, Bones, sans doute Scrimgeour et Quince, peut-être Savage, énuméra-t-il avec un haussement d'épaules. Pour le reste, c'est une surprise dont je veux tous les détails à la sortie !

Et sans un mot de plus, à peine un geste esquissé pour épousseter ma tenue d'un coup de baguette, il me poussa vers la porte de la salle de réunion, que je savais suffisamment grande pour accueillir la moitié des fonctionnaires du Département.

En entrant cependant, je constatai qu'une quinzaine de personnes seulement avaient pris place autour d'une table ronde, et tous, sans exception, tournèrent un visage grave vers moi en m'entendant tourner la poignée. D'un regard navré, je m'excusai et me glissai à la place qui m'était probablement réservée entre Bones, l'air excessivement sévère, et Rufus Scrimgeour, le regard aigu comme à son habitude.

Cornelius Fudge, le Ministre de la Magie, était lui-même assis à l'extrémité de la table, sur ma droite, tandis qu'à l'autre bout, et juste en face de lui, se tenait Albus Dumbledore, la lueur pétillante qui brillait habituellement dans son regard bleu clair légèrement tarie.

Entre eux, quelques autres visages m'étaient familiers, parmi lesquels ceux de Newton Quince, récemment nommé à la tête de la Brigade de Police magique, Sturgis Podmore, l'un de ses meilleurs tireurs de baguette magique d'élite et Terrence Savage, qui supervisait la division des enquêtes techniques et magiques.

De l'autre côté, je reconnus Arnold Peasegood, un des Oubliators du service des catastrophes magiques du troisième étage, quelques membres du Magenmagot, dont les robes prunes étaient difficiles à manquer, ainsi que Bartémius Croupton, l'actuel directeur de la Coopération magique internationale, connu pour avoir envoyé Sirius tout droit à Azkaban, le jour de sa capture, sans se préoccuper de lui organiser un procès.

Harvey Oddpick, le directeur de la prison, était évidemment présent, le teint excessivement verdâtre, et Dolores Ombrage, qui occupait le poste de première sous-secrétaire d'État auprès du Ministre, venait parfaire le tableau, plus pâle et silencieuse qu'elle ne l'avait jamais été.

Ma présence ici, au milieu de ces figures dont l'utilité ne pouvait être remise en cause, était finalement aussi étrange que celle d'Arthur Weasley. Raidi par l'inquiétude qui se lisait clairement sur ses traits, il était assis juste en face de moi et même son bronzage, qui m'indiquait qu'il était revenu en catastrophe – et peut-être même seulement temporairement – de ses vacances en Égypte, semblait terni.

Dumbledore, que j'avais visiblement interrompu en entrant, ne sembla toutefois pas gêné, ni même surpris, par mon apparition.

— Comme j'étais sur le point de vous en faire part avant l'arrivée de Miss Atkinson, reprit-il en m'adressant un sourire succinct, nous avons des raisons de penser que Sirius Black cherche à s'introduire à Poudlard et que la raison même de son évasion a toutes les chances de se trouver au château.

La surprise, plus encore que le choc, me fit évidemment déglutir, m'attirant un froncement de sourcils réprobateur de Croupton et un regard agacé de Bones. Dumbledore, lui, ne commenta pas, se contentant de poser sur moi un regard perçant qui, tout en s'attardant une seconde à peine, me sembla pourtant durer une éternité.

J'en fus d'autant plus gênée que je ne pouvais qu'imaginer l'étendue de ce qui devait lui passer par la tête en me voyant assise à cette table.

— Et quelles sont ces « raisons » qui pousseraient Black à agir de la sorte ? interrogea Scrimgeour, un de ses sourcils broussailleux haussé sur son visage fatigué.

Weasley s'agita soudain sur sa chaise, l'air aussi mal à l'aise que moi.

Dumbledore, de son côté, resta encore une fois parfaitement impassible.

— Il n'y en probablement qu'une seule, en réalité, répondit-il d'un ton presque léger, en caressant distraitement sa longue barbe blanche. Le jeune Harry Potter y débutera sa troisième année dès le premier septembre.

Cette fois-ci, tout le monde réprouva du regard ma soudaine, bruyante et incontrôlable quinte de toux.

Elle ne s'en calma pas pour autant, l'entente du nom du défunt meilleur ami de Sirius m'empêchant de respirer de façon tout à fait normale. Plus encore, c'était le prénom de Harry, que je n'avais plus entendu depuis quelques années, qui me surprit le plus. J'eus presque l'impression d'entendre Black lui-même me le crier aux oreilles, comme au jour de sa naissance lorsque, excité comme un gosse le jour de Noël à l'idée d'avoir un filleul, il avait informé qui voulait bien l'écouter du prénom du nouveau-né.

Le souvenir me fit l'effet d'un coup de poing dans l'estomac et, sentant mes yeux me piquer, je baissai la tête, en mordillant avec acharnement ma lèvre inférieure.

Les parchemins que m'avait donné Clide à mon arrivée constituèrent une distraction bienvenue et je fis mine de les feuilleter distraitement, tandis qu'Oddprick prenait la parole pour expliquer ce qui leur laissait à penser que Black avait l'intention de tuer Harry. Le mot utilisé résonna plusieurs fois en écho contre mes tympans et je n'entendis que très partiellement ce qu'il raconta sur les dernières nuits agitées du prisonnier et ses rêves à propos de Poudlard.

Le rôle des Aurors, de la Brigade de la Police magique et la présence envisagée de Détraqueurs autour de l'école de sorcellerie furent ensuite âprement débattus entre Fudge et Dumbledore. Personne n'osa se mêler de cet échange musclé et seul Oddpick, pour des raisons de logistique évidentes, eut à intervenir. Le débat, qui dura trente longues minutes au moins, se révéla difficile, presque intarissable, mais Fudge n'abandonna la partie que lorsqu'il obtint, de la part du directeur de Poudlard, un « accord de principe ».

Je ne retrouvai de l'intérêt pour la conversation que lorsque les discussions tournèrent autour du traitement de l'affaire par la presse, qui risquait de nous échapper si les choses n'étaient pas prises en main rapidement.

Autrement dit, si un correspondant exclusif – et de préférence docile, indiqua Ombrage d'une voix doucereuse – n'était pas choisi dans chacune des rares salles de rédaction du pays.

— Dans ce cas, il faudrait commencer par faire le ménage dans l'Atrium, fis-je remarquer, encore agacée de m'être fait hameçonnée par un journaliste dès mon arrivée.

Bones me lança un regard d'avertissement, du calibre de ceux dont elle m'avait abreuvée pendant mes premières années au Ministère, lorsque j'avais tendance à oublier d'user de diplomatie dans certaines de mes plaidoiries. J'avais tout intérêt à bien choisir mes mots si je ne voulais pas attirer une attention dont je ne voulais pas, semblait-elle vouloir me dire et, la suite lui donna raison puisque Fudge posa bientôt ses yeux inquisiteurs et inquiets sur moi.

— Qui va s'occuper de tous les journalistes entassés en bas ? consentis-je à reformuler, après m'être raclée la gorge. Ils gênent la circulation.

Un sourcil se haussa sur le visage du Ministre.

— Pourquoi pas vous ? proposa-t-il.

J'étais trop peu familière avec les hautes sphères du pouvoir pour déceler dans son ton l'ironie ou le sarcasme qu'il y avait sans doute mis, d'autant que ses traits tirés par la gravité du moment donnaient à son visage une expression extrêmement sérieuse.

Hésitant une seconde à lui rétorquer une bêtise du même acabit, je me rétractai en constatant que rien de suffisamment sarcastique ne me venait.

— Ce n'est pas dans mes compétences, lui répondis-je donc, de mon ton le plus poli. Hier encore, je m'occupais uniquement de la Justice magique.

Bones leva les yeux au ciel, pile au moment où Fudge pinça les lèvres.

Je n'avais pourtant fait qu'énoncer la vérité.

— Vous avez raison, m'approuva d'ailleurs le Ministre avec fatalisme. Je me chargerai des journalistes, et vous vous occuperez du reste.

Pour la deuxième fois en moins d'une heure, je faillis m'étouffer avec ma propre salive.

— De quel reste est-ce que vous parlez au juste ? réussis-je néanmoins à demander, d'une voix rauque.

L'appréhension dont elle était teintée était évidente et Fudge, fidèle à cette réputation qui voulait qu'il délègue toute mauvaise nouvelle à ses subordonnés, ne répondit rien. Avec horreur, je le vis tourner un regard sans appel vers Amelia qui, en tant que ma supérieure hiérarchique, était la plus à même de jouer ce rôle d'intermédiaire entre lui et moi.

— Les audiences du jour sont reportées à lundi, Miss Atkinson, me fit savoir cette dernière, du bout des lèvres. L'ensemble du calendrier judiciaire sera décalé en conséquence.

— Ça ne répond pas à ma question, fis-je remarquer, bien qu'avec un hochement de tête.

Ma supérieure papillonna des paupières derrière son monocle, visiblement réticente à poursuivre, et je me raidis encore davantage sur mon siège.

En dix ans, j'avais trop rarement vu Bones hésiter à agir ou à parler pour ne pas m'en inquiéter.

— Après la première audience de l'affaire Wildsmith, vous transmettrez vos dossiers en cours à Davis et Wiggleswade, finit-elle cependant par m'indiquer, d'un ton ferme. Vous ne gérerez par ailleurs plus aucun dossier jusqu'à nouvel ordre.

Ma mâchoire qui se décrocha dénotait à elle seule de mon étonnement : Allen Davis et Dempter Wiggleswade, qui travaillaient pour le même service que moi, n'avaient jusqu'ici été que mes substituts.

— Aucun dossier ? me fis-je confirmer, d'une voix étrangement sourde.

Elle acquiesça, laconique, et l'enclume qui venait de me tomber dessus sembla peser encore plus lourd sur mon estomac.

— Mais pourquoi ? Je ne comprends pas.

— Croyez-moi, Miss Atkinson, vous n'êtes pas la seule, intervint Scrimgeour, d'une voix où perçait une aigreur évidente.

Fudge le fusilla d'une œillade polaire et me lança moi-même un regard si âpre que je ne pus m'empêcher de rougir, en reculant malgré toutes mes convictions le dos sur ma chaise.

Il prit cette réaction pour ce qu'elle était – un mouvement de repli – et esquissa un sourire satisfait.

— Le dossier Black sera votre unique priorité jusqu'à ce que je décide du contraire, m'annonça-t-il alors avec assurance, et d'un ton sans appel. Vous coordonnerez l'action commune de tous les services concernés ainsi que de Dumbledore ici présent.

Le regard entendu qu'il échangea avec ce dernier ne m'échappa pas mais je m'en souciais moins, à vrai dire, que de l'annonce qui commençait à prendre de l'ampleur dans mon esprit et qui venait de faire de Black ma nouvelle priorité.

Mon unique priorité, même.

Dans ces conditions, mon silence fut interprété comme un acquiescement et bientôt, la conversation reprit comme si de rien n'était. Quelques mots furent échangés à propos du traitement public de l'affaire – faire profil bas, ne jamais parler de Harry –, du nombre de personnes susceptibles d'être déployées à travers le pays pour entreprendre les investigations – une importante partie des effectifs du Ministère – et de la nécessité de prévenir le Premier Ministre moldu et les chefs de gouvernements magiques étrangers.

Je ne participai plus, trop occupée à m'interroger sur les raisons qui avaient pu pousser le Ministre de la magie lui-même à me désigner comme l'une des responsables de cette affaire. Leur inexistence et tout ce que cette mascarade pouvait signifier m'occupa en réalité si bien l'esprit durant les vingt dernières minutes de discussion que je ne sortis de ma léthargie que lorsque le bruit des chaises se fit entendre, raclant le sol autour de moi. Me levant machinalement à mon tour, j'échangeai une poignée de mains avec toutes les personnes se trouvant sur mon passage, m'avançai délibérément vers Dumbledore pour serrer la sienne et échanger quelques banalités de rigueur avec mon ancien directeur avant de sortir d'un pas mal assuré.

Dehors, je fus étonnée de ne pas trouver Clide, et peut-être plus étonnée encore de le trouver sagement assis dans son bureau, qui servait d'antichambre au mien. Cette attitude de retrait qui ne lui ressemblait pas ne dura pas bien longtemps, cependant, puisqu'il me rejoignit au moment même où je me laissais tomber sur mon fauteuil avec lourdeur, soit littéralement trois secondes après que je sois passée devant lui.

— Alors ? me lança-t-il, les yeux brillants, en prenant place sur l'un des sièges qui accueillaient habituellement mes visiteurs. Pourquoi est-ce que tu étais convoquée à cette réunion ?

J'haussai les épaules avec lassitude, prenant soudainement conscience que les dossiers qui s'entassaient un peu partout autour de moi, par terre et sur mon bureau, sur les étagères et même sur l'un des fauteuils, n'étaient déjà plus les miens.

Celui qui avait été posé juste devant moi pendant mon absence, et qui portait le nom de Black, m'indiqua que Clide n'était pas aussi ingénu qu'il essayait de me le faire croire.

— Transfert des dossiers en cours à Davis et à Wiggleswade, lui résumai-je quand même d'une voix traînante, en me massant les tempes. Black est notre nouvelle priorité.

Il accueillit la nouvelle avec un sourire euphorique quelque peu inadéquat dans ces circonstances, comme si je n'avais pas prononcé le dernier mot avec suffisamment de dépit, et je ne pus m'empêcher de le fusiller du regard.

— Quoi ? se défendit-il, en se levant pour commencer à déblayer mon bureau du trop-plein de classeurs inutiles qui l'encombrait désormais. C'est l'équivalent d'une promotion, Mackenzie ! N'importe qui tuerait pour prendre part à cette affaire. Le type s'est évadé d'Azkaban et risque de zigouiller le Survivant à mains nues !

Je me sentis pâlir face à cette synthèse et l'invitai d'une œillade meurtrière à se taire.

Chambers était sans aucun doute excellent dans son métier mais, pour des raisons évidentes, son ressenti sur ce genre d'affaires sordides était de trop, aujourd'hui tout du moins.

Bien sûr, il était encore jeune, et n'avait connu le monde magique qu'après la guerre, ses souvenirs les plus marquants se limitant donc à une période de calme relativement reposante. Ses parents étaient en plus tous les deux d'origine moldue et aucun membre de sa famille, proche ou lointaine, n'avait subi les conséquences de la guerre et n'aurait pu lui raconter avec quantité de détails lugubres les années les plus sombres qui avaient précédé l'arrestation de Black.

Surtout, et contrairement à moi, Clide n'avait jamais connu Sirius, en tant que camarade et ami.

Et c'était sans doute la raison qui m'empêchait, plus encore que la perspective de ce travail harassant qui m'attendait, de me réjouir avec lui de cette « promotion ».

-O-

Les deux heures qui suivirent me donnèrent un premier aperçu de ce que serait mon travail au quotidien pendant Merlin seul savait combien de temps et je réalisai très vite – et sans surprise, je devais l'admettre – que ce serait loin d'être une partie de plaisir.

Après avoir rédigé un courrier à l'attention de toutes les parties dans l'affaire Wildsmith les informant du report de l'audience et avoir chargé Clide de dupliquer la missive en modifiant le nom du destinataire, pour en envoyer un exemplaire à chaque personne concernée par ce changement de calendrier, je fus forcée de me plonger dans le dossier qui venait de m'être arbitrairement attribué.

Les tenants et aboutissants de mes nouvelles fonctions étant encore quelque peu obscurs à mes yeux, je m'attelai d'abord à ce que mon expérience juridique m'avait appris de plus basique : lire les circulaires « Black » que mon assistant m'avait transmises dès mon arrivée au Ministère.

Il ne me fallut que quelques lignes pour réaliser qu'il s'agissait d'une mauvaise idée.

N'ayant guère d'autre choix, je me forçai pourtant à continuer, ignorant mon sang qui se glaçait encore davantage à chaque nouveau mot autant que la sensation de suffoquer qui me prenait à la gorge chaque fois que le sens de toutes ces phrases mises bout à bout me frappait à nouveau.

En assistant dévoué, et probablement mortellement curieux, Chambers avait insisté pour s'installer en face de moi, guettant mes traits tirés, simulant une prise de notes qui ne trompait personne. Il cherchait sans doute uniquement de quoi impressionner Heather et le reste de ses amis, mais sa présence eut l'avantage de me distraire des atrocités notées sur chaque morceau de parchemin. La grande tasse de thé qu'il m'avait apporté avant de s'asseoir me permit par ailleurs de cacher plus ou moins maladroitement mes réactions, mais les longues gorgées du liquide que j'avalais à chaque nouvelle (re)découverte me brûlèrent sévèrement la langue et l'œsophage à plusieurs reprises.

S'il en avait appris plus sur la nature de mes relations passées avec le prisonnier au cours des nombreux allers-retours à travers le département que je lui fis faire, Clide ne fit aucun commentaire. Ma paranoïa me conduisit à l'envisager à chacune de ses questions cependant, et plus particulièrement lorsque, revenant d'une halte rapide pour le déjeuner, il fit irruption dans le bureau tel un boulet de canon et lança :

— Black était ami avec Potter ?!

Le ton clairement outré de sa voix me fit tressaillir et je dus prendre une profonde inspiration pour juguler la panique qui commençait déjà à monter de mon estomac à ma gorge et lever lentement la tête.

— Oui, répondis-je, jugeant inutile de passer par quatre chemins pour délivrer cette information que je n'aurais pas pu lui cacher bien longtemps, de toute façon. Qui t'a dit ça ?

Tout le monde en parle, Atkinson ! grinça-t-il, indigné. Tu aurais pu me le dire !

Je haussai les sourcils, perplexe, devant ce ton clairement récriminant.

— Et pour quelle raison est-ce que j'aurais fait ça, au juste ? Ce n'est absolument pas pertinent dans le cadre de ce qu'on me demande de faire.

Il répliqua par un ricanement incrédule, qui hérissa les poils de mes avant-bras.

— Je ne sais pas si on te l'a déjà dit, Mackenzie, mais tu es beaucoup trop sérieuse, soupira-t-il, en se rasseyant à sa place. Cette histoire n'est pas seulement l'un de ces dossiers bidons où une famille s'étalant sur quinze générations décide de contester la paternité d'un ancêtre ayant vécu au treizième siècle ! C'est de la vie d'Harry Potter dont on parle !

Sur ce point au moins, Clide ne paraissait pas différent des autres sorciers de sa génération. Élevé dans le mythe du Survivant depuis ses onze ans, il prenait avec un sérieux excessif tout ce qui le concernait de près ou de moins – depuis ces deux dernières heures, tout du moins. Les sentiments qui me serraient le cœur et l'estomac à l'évocation de ce prénom étaient, de mon côté, si différents des siens, que je me demandai une nouvelle fois si Fudge n'avait pas perdu la tête en décidant de me nommer à ce poste.

— Ce malade cherche à tuer le fils de son meilleur ami ! ajouta-t-il d'une voix indignée, face à mon silence pensif. Son filleul, par Merlin !

Il me fallut inspirer profondément pour faire face, cette fois, à la nouvelle vague de battements affolés qui bourdonnèrent jusque dans mes oreilles. Les mots malade, tuer, filleul, avaient encore parfois du mal à acquérir à mes yeux le sens que tout le monde voulait bien leur donner lorsqu'il était question de Sirius. Les douze années que j'avais passé à tenter d'éradiquer les souvenirs de ma mémoire, pour les remplacer par ces faits cliniques, n'avaient finalement été que trop courtes.

— Je sais tout ça, Chambers, finis-je cependant par répondre, en tentant d'en avoir l'air certaine. Je le sais même mieux que tu ne le crois.

Je réalisai une seconde trop tard que j'en avais trop dit, lorsque ses yeux se plissèrent avec suspicion avant de s'arrondir brusquement de stupeur.

— Tu le connaissais ? demanda-t-il en se redressant tout d'un coup, d'une voix bien plus aiguë qu'elle ne l'était habituellement.

Prise de court pendant une misérable seconde, je fus incapable de ne pas déglutir bruyamment, sans parler de soutenir son regard éberlué. Je me repris rapidement mais ma réaction fut suffisante pour que sa bouche s'arrondisse à son tour.

— Tu le connaissais ! affirma-t-il cette fois dans un claquement de langue choqué. Tu connaissais Sirius Black !

L'accusation dans sa voix m'était tellement familière, avait été si blessante, que je ne pus m'empêcher de me crisper, aussi humiliée et écorchée que du temps où elle revenait fréquemment polluer les paroles et les regards que l'on m'adressait.

— Nous étions ensemble à Poudlard, avouai-je néanmoins, bien qu'avec réticence. Il était en deuxième année à Gryffondor quand je suis entrée en première année à Serdaigle. C'était un simple camarade.

Sceptique, il fit peser son regard sur moi et je n'eus d'autre choix que de l'affronter, tentant de ne pas sourciller. Heureusement, des années à confronter des témoins hésitants m'avaient appris à contrôler un tant soit peu mes émotions et il finit par soupirer.

— Et tu connaissais James et Lily Potter aussi ? m'interrogea-t-il encore.

— Au même titre que Black, mentis-je avec un aplomb que je ne me connaissais pas. Lily Evans, devenue Potter, était préfète-en-chef quand j'étais en sixième année. Elle m'a accompagnée à l'infirmerie, une fois, si tu veux tout savoir.

Je craignis pendant quelques secondes qu'il exige des détails sur cet épisode ou qu'il ne veuille savoir si j'avais connu Harry avant le décès de ses parents et l'emprisonnement de son parrain. Plus rationnel que je ne l'aurais cru, et visiblement prêt à me croire sur parole, il s'en abstint et demanda seulement, d'un ton de nouveau curieux :

— Ils étaient donc vraiment inséparables ? Black et les Potter, je veux dire ?

Je me forçai à garder les yeux ouverts pour ne laisser aucune occasion aux images que je sentis refluer presque immédiatement de me perturber.

— James Potter était son meilleur ami depuis leur première année, lui confirmai-je amèrement. Je crois qu'il a eu quelques différends avec Lily mais que les choses ont fini par s'arranger avec le temps…

Les choses ont fini par s'arranger avec le temps ? répéta-t-il avec un reniflement écœuré, en me tendant le sandwich qu'il m'avait ramené de sa pause déjeuner. Pas suffisamment, apparemment.

La gorge nouée, je ne sus quoi répondre et attrapai l'encas, tout en me sachant pourtant incapable d'avaler quoique ce soit après un tel constat.


[1] Dans cette histoire, un avocat général est l'équivalent d'un Procureur et représente le Ministère qui défend les intérêts de la société dans les procès ; un substitut est une espèce d'assistant du Procureur.


Le chapitre 3 – qui vient directement après celui-ci – s'appellera :

« Les vingt-quatre premières heures ».

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