Chapitre 19

Un instant plus tard Jemma était à côté de lui.

- Ça va Leo ? Tu es tout pâle.

- …C'est … du sang ? balbutia le garçon obnubilé par cette mare de sang

- Oui, Grant s'est cogné contre la porte de la salle de bain.

- … il … voulut demander Leo avant de s'arrêter. Ce n'est pas possible de mourir parce qu'on s'est cogné à une porte hein ? se demanda-t-il. Quoique … avec une vitesse suffisante ça doit être possible. Non ? après tout ça marche bien pour les voitures. Mais les voitures ont des airbags. Pas les humains parce qu'on n'est pas sensé aller assez vite. Mais et avec un vélo ? Toujours pas ? Et puis il y a un casque. Mais il n'est pas intégral. Et si on a une piste de lancement assez longue on peut prendre un vélo lourd pour bénéficier du poids une fois lancé. Est-ce qu'un casque pourrait être suffisant ? peut-être avec une matière plus adaptée ?

Il se tourna vers Jemma mais celle-ci avait disparu et tenait à présent des compresses stériles que Mme Smith tamponnait sur le visage de Grant trempé de sang et de larmes pendant que Mr Smith lui tenait la tête et lui caressait les cheveux.

Ce n'est qu'après une éternité que toute cette agitation prit fin au plus grand soulagement de Leo. May ramassa les trois petites compresses qu'elle avait utilisé pour soigner Grant et nettoyer les quelques gouttes de sang tombées au sol et les jeta.

- Qu'est-ce qui s'est passé demanda le jeune garçon ?

- Grant s'est fait mal en courant sur le palier. Il a juste saigné un peu du nez et de la lèvre, répondit Coulson pour rassurer l'enfant qui était encore un peu pâle. Ça va ?

- … En quoi sont faites les combinaisons des astronautes ?

- … je ne sais pas Leo, ne put que répondre l'agent, surpris par la question hors sujet.

Grant qui s'était calmé jusque-là recommença soudain à sangloter.

- Ma dent elle bouge ! Je veux pas perdre mes dents, continua-t-il au bord de l'hystérie.

- Grant ! claqua la voix de Coulson pour l'arrêter tout de suite avant qu'il ne reparte pour un cinq nouvelles minutes de larmes. Grant regarde-moi ! Tu ne vas pas te retrouver sans dents. D'accord ?

Le petit garçon hocha la tête en reniflant.

- C'est normal que ta dent bouge. Tu as 6 ans, tu es grand donc tes dents de lait vont être remplacées par des dents d'adulte.

L'enfant le regarda, complètement perdu. Il prit donc cinq minutes, non pas pour consoler Grant mais cette fois-ci pour lui expliquer et le rassurer. Finalement, Grant redescendit pour prendre le petit déjeuner avec tout le monde plus aussi attristé, et cela n'avait ABSOLUMENT RIEN à voir avec cette histoire de petite souris qui donne de l'argent aux enfants contre les dents de lait.

En fin de matinée, les deux agents décidèrent qu'il était temps d'avoir une petite discussion avec Grant sur l'usage de la violence dans les relations humaines. Lorsque les deux adultes lui demandèrent de venir dans le bureau de Coulson, Grant déglutit en réalisant quel allait être le thème de la discussion. Conscient du malaise présent chez l'enfant, les deux adultes s'assurèrent de ne pas l'augmenter plus encore et prirent place sur les fauteuils rembourrés un peu à l'écart du bureau. Une fois tout le monde assis, Grant semblait déjà sur le point de pleurer. Coulson soupira.

- Grant, comme tu dois t'en douter, nous sommes là pour discuter de ce qui s'est passé mercredi. J'ai déjà tout raconté à May. Il fit une pause pour s'assurer que l'enfant ait bien tout compris. Nous savons que ces garçons ont embêté ton ami et qu'ils ont dit des choses … méchantes. Nous comprenons que tu te sois mis en colère. Nous le comprenons. Mais cela ne justifie pas un recours à la violence. Il faut que ces comportements cessent. Tu ne peux pas à chaque fois que quelqu'un dit quelque chose de méchant lui taper dessus. La violence n'engendre que la violence. Si tu tapes quelqu'un, il voudra te taper, ses copains voudront te taper et quand ils le feront tu voudras encore les taper. C'est un cercle vicieux, ça ne s'arrêtera jamais. Tu comprends.

Grant hocha la tête, les larmes dévalant silencieusement sur son visage.

- Le surveillant t'a prévenu, reprit Coulson. Si tu recommences, tu seras puni. Et tu ne le veux pas, n'est-ce pas ?

Grant fit rapidement un signe de dénégation en étouffant un sanglot et en séchant ses larmes du dos de sa main.

- Il existe d'autres solutions Grant, parla May en prenant le relai de son coéquipier. Tu n'es pas obligé de taper les gens. A ton avis, qu'est-ce que tu aurais pu faire ?

- Le dire … à la maitresse ? hoqueta le petit garçon.

- Tout à fait Grant. A la maitresse, au surveillant, à un adulte. Ils sont là pour ça. Pour t'aider. S'il y a un problème, c'est à eux qu'il faut en parler.

- Tu peux aussi nous en parler à nous si des enfants t'embêtent, rajouta Coulson.

- Qu'est-ce que tu aurais pu faire d'autre ?

Cette fois-ci, Grant n'avait pas la réponse.

- Tu aurais pu ne pas l'écouter, proposa la femme. Ce qu'il te disait c'était pour t'embêter, n'est-ce pas ?

- Oui, baragouina l'enfant.

- Alors quand quelqu'un te dit des choses méchantes, il faut l'ignorer. Si tu réponds ça veut dire qu'il a réussi à te faire mal. Si tu l'ignores, que tu fais comme si tu n'entends pas ou que tu t'en moques, il va finir par s'ennuyer et il va arrêter. Tu comprends ?

Grant hocha vaguement la tête mais son regard disait tout autre chose.

- Tu as déjà vu un poisson dans un aquarium ? demanda May après quelques secondes de réflexion.

Cette fois-ci, le mouvement de tête était beaucoup plus confiant.

- Quand on veut le faire bouger, on tapote sur la vitre tu es d'accord ?

Il ne pleurait plus et sourit face à cette vérité.

- Et s'il ne bouge pas, qu'est-ce que tu fais ?

- Bah je tape encore sur la vitre. Doucement, précisa-t-il.

- Et s'il ne bouge toujours pas ? May laissa un instant de flottement. Tu arrêtes parce que tu t'ennuies. C'est pareil avec ces garçons. Si tu les ignores, ils s'arrêteront et partiront faire autre chose.

- Par contre, nuança Coulson, il faut quand même le dire à un adulte, sinon ils vont aller embêter quelqu'un d'autre. Et ce serait triste. Surtout si la personne ne sait pas faire le poisson.

Grant sourit plus largement aux derniers mots tout en hochant vigoureusement la tête.

- Parfois c'est dur de faire le poisson parce qu'il faut être vraiment concentré, reprit Coulson. Alors avec Melinda, on s'est dit qu'elle pourrait te montrer un peu de son travail. Parce que certes, elle apprend aux gens se battre mais aussi à ne pas se battre, à rester calme. Ça te dit ?

- D'accord, répondit Grant et Coulson lui ébouriffa les cheveux en souriant.

Il était prêt à tout pour ne pas se retrouver à nouveau dans cette situation où il se faisait gronder et surtout où il se sentait terriblement coupable. C'est vrai quoi, avant il se faisait gronder pour rien et là on était gentil mais il faisait des bêtises. Il fallait se ressaisir. Il serait sage désormais et Mr et Mme Smith seraient fier de lui.

Satisfait de sa résolution, Grant que les adultes avaient autorisés à partir se leva et sortit de la pièce avant de monter dans sa chambre et de décider de la ranger parce qu'elle était quand même un peu en désordre.

De leur côté May et Coulson firent le bilan de la discussion et en conclurent que ça s'était plutôt bien passé pour une première réprimande. Il n'y avait plus qu'à espérer qu'ils n'auraient pas à faire cela trop fréquemment.

A l'heure de passer à table, May monta pour dire aux enfants qu'ils devaient cesser leurs jeux et descendre manger. Elle ouvrit la porte de Grant, croisa les bras, se passa la main dans les cheveux et soupira.

- Grant, peux-tu m'expliquer ce que ça signifie ?

Le garçon en question regarda autours de lui, aussi surpris qu'elle. La chambre qu'il avait décidé de ranger étaient encore plus en désordre qu'avant ! Il regarda May comme si elle détenait la réponse.

- Je… je voulais ranger, balbutia l'enfant toujours sous le choc face à l'état de sa chambre.

May plaça nonchalamment sa main devant sa bouche afin que Grant ne voie pas son sourire qui menaçait.

- Hmmmh, fit-elle en hochant la tête, sourcils relevés.

- Je… il y avait les personnages …et, essaya-t-il de se justifier, des larmes menaçant une fois de plus de couler

- Pour l'amour du ciel, Grant ! Arrête de pleurer ! Je ne suis pas fâchée ! s'exclama la femme. Ce n'est pas grave. Je ne vais pas te gronder. Ça veut juste dire qu'après manger tu devras ranger ta chambre et que si ce soir ce n'est pas fait, là, tu auras des problèmes. D'accord ?

Grant hocha la tête en essayant bravement de retenir ses larmes.

May leva les yeux au ciel et lui offrit une brève étreinte avant de le pousser vers la sortie.

- Et on n'oublie pas de se laver les mains, lança-t-elle en voyant les enfants descendre les escaliers.

Le repas terminé, les deux agents annoncèrent un temps calme avant un départ pour aller à la médiathèque de leur secteur. Il va sans dire que Grant rangea sa chambre avec diligence peu attiré par l'idée d'une nouvelle réprimande. A 15h, la petite famille entra dans la bibliothèque et n'en sortit qu'une heure et demie plus tard en trainant presque les deux ainés dehors. Petite consolation, en plus des quelques livres d'histoires que les adultes avaient empruntés avec l'assentiment des enfants, Jemma et Leo avaient pu prendre un livre supplémentaire chacun sur les grandes inventions et les animaux. Et surtout, ils y retourneraient peut-être la semaine prochaine.

En arrivant à la maison, Skye demanda que l'histoire du soir soit le livre qu'elle avait choisi : My no, no, no day. A sa grande déception les adultes répondirent par la négative. Avant de la rendre extatique puisque ce soir, ils regarderaient un film comme le week-end dernier. Ayant suffisamment fait durer le suspense, Coulson sortit le DVD du sac.

- Po-ny-o, lut Grant, sur la fa-lai-se. Ponyo sur la falaise !

- C'est très bien Grant, le félicitèrent les adultes pendant que l'enfant rayonnait sous le compliment.

- Ça parle de quoi ? demanda Jemma

- Alors… commença Coulson, je ne sais pas, mais il doit être bien parce qu'il est bien noté sur Rottentomatoe.

Les enfants le regardèrent, perplexe.

- C'est un site internet qui note les films. Comme ça on peut savoir s'il est bien.

- Et lui il l'est, devina Leo.

- Exactement. Il parait que c'est même très bien.

Après quoi les enfants s'éparpillèrent dans la maison pour jouer et faire leurs devoirs jusqu'au souper.

Phil et Melinda en profitèrent pour passer voir Jemma et lui demander si ça allait mieux à l'école. Elle leur répondit joyeusement que oui et finit par reconnaitre que le début de semaine n'avait pas été le meilleur sans toutefois leur donner une réponse autre qu'un haussement d'épaules quant à la raison de ces difficultés. La situation n'étant pas préoccupante, les adultes acceptèrent de lui laisser conserver ce secret.

Lors du repas, Grant qui avait bien réfléchi à son problème demanda, après avoir fait remarquer que sa chambre était aussi bien rangée que celle de Leo qui pouvait servir de référence dans le domaine du rangement, si son copain Jake pourrait venir à la maison. Après tout, Coulson lui avait dit qu'il pourrait l'inviter et Grant voulait vraiment montrer sa chambre et le portique à son ami. Les deux agents se regardèrent. Ils n'avaient rien eu à redire sur le comportement de Grant à l'exception de la bagarre de mercredi et le problème avait été réglé.

- D'accord Grant, accepta Coulson. Mais je ne pense pas qu'il pourra venir dans l'immédiat.

- Mais pourquoi ? demanda le garçon dépité sous les yeux des quatre autres enfants qui ne perdaient pas une miette de la conversation.

- Parce qu'on ne se connait pas avec ses parents et que je doute qu'ils laissent leur fils se rendre chez des parfaits inconnus, répondit May.

Grant soupira. Au moins il avait essayé.

Coulson se pencha vers May pour murmurer à son oreille. Elle hocha la tête.

- Il y a peut-être une solution, reprit-il. On pourrait faire une sortie avec Jake et ses parents pour apprendre à se connaitre comme ça ton ami pourra venir.

- Vraiment ? s'exclama Grant le regard plein d'espoir.

Les deux adultes lui sourirent.

- On peut les rencontrer demain, demanda-t-il avec impatience.

- Non Grant, rit l'homme, nous n'avons même pas leur téléphone pour les contacter.

C'est vrai qu'il n'avait pas pensé à ça remarqua l'enfant.

- Mais on va leur écrire une petite invitation que tu donneras à ton copain lundi. Comme ça peut-être qu'on pourra se rencontrer le week-end prochain. Ça te va ?

- Oui merci, les remercia Grant en sautillant sur sa chaise.

- Et moi, je pourrais inviter Gaby, demanda Skye en voyant le succès qu'avait eu le garçon.

- On verra Skye, sourit Coulson.

- Maintenant on mange sinon il sera trop tard pour le film, annonça May.

Immédiatement tous les enfants se jetèrent sur leur soupe qu'ils avaient abandonnée.

Et les agents ne s'étaient pas trompés en choisissant le film puisque les enfants adorèrent. Ils avaient également mieux géré l'horaire par rapport au week-end précédent et les enfants bien que fatigués ne tombaient pas de sommeil. Ils purent donc avoir un feedback de chaque enfant encore un fois révélateur de leur personnalité et de leurs centres d'intérêts.

- Ce serait trop bien que ça arrive pour de vrai ! s'extasia Jemma une fois le film terminé. On pourrait voir des dinosaures !

- Ah bah non alors ! s'exclama Leo. La lune a failli s'écraser sur la terre !

Puis ils montèrent les escaliers tout en débattant de l'intérêt d'un tel évènement. Bien évidemment, aucun ne prit en considération le fait que cela impliquait une inondation, des destructions et potentiellement des blessés.

- C'était trop bien, rit Skye en se tournant vers eux. Elle est trop bien Ponyo ! Elle est super forte, ajouta-t-elle en écartant ses bras.

Et Grant ne pouvait qu'approuver.

Les deux adultes sourirent plus largement avant de pousser tout ce petit monde vers l'étage pour aller se coucher.

- Pourquoi Ponyo elle part de sa maison ? demanda Ellie à Coulson qui la bordait.

- Eh bien pour aller avec Suske.

- Oui mais elle va laisser son papa tout seul ?

- Hmm… il ne sera pas tout seul. Il y a les sœurs de Ponyo et sa maman.

- Mais alors Ponyo elle va être toute seule ?

- Non, elle est avec Suske. Ne t'en fait pas, je suis sûre que tout le monde va être heureux. D'accord ? Allez, fais de beaux rêves.

Et il quitta la pièce. C'est vrai qu'en y réfléchissant bien, il n'aurait pas aimé être à la place de Fujimoto. Il sentit ses tripes se tordre à l'idée qu'on lui enlève un des enfants. Il savait qu'il était un peu possessif avec ses agents, d'où sa colère quand Skye les avait trahis, mais cela ne semblait pas s'être arrangé avec le rajeunissement de son équipe.