Chapitre 22

De son côté May avait décroché pour se retrouver avec Mme Portman au bout du fil. Après quelques minutes à partager leur expérience d'un garçon surexcité à l'idée d'une sortie avec son meilleur ami, elles parlèrent plus sérieusement de ladite sortie avant de raccrocher une quinzaine de minutes plus tard.

- Alors ? demanda Coulson en rentrant dans la chambre, Skye et Ellie qu'il avait tenté d'occuper le temps de l'appel sur ses talons.

- C'est bon. Il y a une rediffusion d'un dessin animé samedi après-midi à 15h dans un cinéma. Mon voisin Totoro. C'est un des films que la médiathèque nous avait conseillé non ?

- Ah oui. Mais il était déjà emprunté. Ponyo était le deuxième choix.

- Dans ce cas on a eu de la chance. Visiblement, il n'y a pas beaucoup de film d'animation en ce moment comme le prochain Disney sort dans un mois.

- Tu viens jouer avec nous ? demanda Skye en voyant une ouverture.

May les regarda et jeta un coup d'œil à sa montre. Techniquement elle avait largement le temps. Et aucune excuse.

- D'accord, soupira-t-elle entrainant les deux fillettes dans son sillage.

Skye fouilla aussitôt le coffre pour en ressortir la dinette pendant qu'elle s'asseyait en tailleurs sur le tapis et Ellie sur le cheval à bascule avec bébé Siam devant elle.

Rapidement le thé fut servi avec poulet, carottes et tomates.

- Et regarde, elle c'est ma voiture que je préfère ! dit Skye en lui montrant le petit van turquoise.

- Vraiment ? lui demanda May avec curiosité.

Elle se souvenait très bien où vivait Skye avant que le S.H.I.E.L.D. ne la trouve : dans un van.

- Oui, sourit la fillette. Parce qu'il a des portes qui s'ouvrent, expliqua-t-elle en ouvrant le véhicule de métal.

- Ah … fit mine de s'étonner l'agent à présent incertaine de si la précédente déclaration était influencée ou non par sa précédente vie.

La petite fille s'amusa à faire voler la camionnette en faisant des bruits d'avions avant de la faire rouler sur la femme amusée de ses pitreries.

- Tu t'amuses bien Ellie ? demanda-elle à l'enfant qui se balançait toujours doucement sur le cheval en les regardant.

Elle hocha la tête avant de se balancer un peu plus fort.

- Moi aussi j'aime bien me balancer, sourit Skye en se levant. Regarde.

Elle s'approcha du jouet et incita la petite à en descendre mais cette-dernière lui fit non de la tête et continua à osciller. Skye fronça les sourcils.

- Mais c'est à mon tour maintenant, dit-elle sèchement avant de commencer à pousser Ellie du siège.

- Mais noooooon ! s'exclama la benjamine en s'agrippant de toutes ses forces à l'encolure de l'animal pour finir par tomber avec lui alors que May qui se levait précipitamment pour les séparer la rattrapait in extremis.

- Skye, je ne veux pas que tu pousses Ellie comme ça ! la gronda May. Elle aurait pu se faire mal !

- Mais je voulais le chevAAAïe ! cria la fillette quand un van turquoise se crasha dans son visage.

- Ellie ! s'exclama la femme en se penchant vers l'enfant encore dans ses bras. On ne lance pas des jouets sur les autres !

- Elle m'a poussé, énonça-t-elle avant de pincer ses lèvres.

Au même moment, Skye remise de sa surprise lui sauta dessus pour la taper et après quelques coups équitablement distribués par les deux parties en lice, May parvint finalement à séparer les deux petits monstres échevelés.

- Je ne suis pas d'accord ! asséna-t-elle sèchement. Je ne veux pas de violence dans cette maison. On ne pousse pas les gens, on ne les tape pas et on ne leur jette pas des choses dessus. Ellie, Skye allait être punie pour t'avoir poussé, tu l'as tapée, maintenant vous allez l'être toutes les deux, dit-elle en relevant les deux fillettes. Donc Skye, dans ce coin, Ellie, dans celui-ci. Je ne veux pas entendre un bruit, vous êtes punies.

- Mais elle m'a fait mal, pleura Skye.

On voyait effectivement une large marque rouge laissée par le jouet de métal qui pesait quand même son poids.

May soupira en remettant Skye dans son coin.

- Je vais chercher quelque chose et je reviens.

Devant les escaliers elle croisa Coulson qui avait commencé à monter, Grant sur les talons.

- Juste une petite bagarre.

Il hocha la tête avant de ramener Grant au salon pendant que sa coéquipière récupérait un gant humide pour aller tamponner doucement le visage d'une Skye toujours en larme avant de réajuster ses vêtements froissés par la bagarre.

- Tu as mal Ellie demanda-t-elle finalement en s'approchant d'Ellie qui était restée silencieuse malgré sa lèvre fendue.

Elle secoua la tête en guise de négation et May la regarda un instant puis s'agenouilla pour essuyer le sang qui avait perlé et la retourner face au coin avant d'aller ranger le gant.

oOoOo

La situation entre les deux resta tendue jusqu'au soir et seule la menace de May de ne pas avoir d'histoire les empêcha d'en venir aux mains pour être sur ses genoux. Mais comme Skye continuait de jeter des regards mauvais à Ellie qui les lui rendait bien, elle proposa la place à Grant qui en fut évidemment enchanté.

- Ouah, s'exclama May irritée en redescendant, elles commencent à me courir les filles à toujours se battre.

- C'est effectivement assez fatiguant. Je ne sais pas ce qu'elles ont en ce moment …

- Et on les prévient, et elles recommencent.

- Par contre, c'est moi ou j'ai l'impression que c'est toujours Skye qui commence, reprit-il après un silence.

- C'est aussi le sentiment j'ai, approuva la femme. Mais de là à savoir pourquoi …

- Il faut vraiment qu'on trouve parce que ça devient insupportable.

oOoOo

Ce mercredi matin, Leo et Jemma faisaient leur deuxième rentrée, ou du moins on espérait que le changement de classe pourrait se faire dans la journée afin qu'ils n'aient pas à passer une nouvelle journée avec des enfants qui ne semblaient pas leur vouloir du bien d'après les propos du maître. Grant, fidèle à lui-même pétait le feu et se dandinait sur sa chaise en chantant la comptine de l'histoire de la veille, I love my white shoes, vite accompagné par Skye et May du les rappeler à l'ordre en voyant les céréales retomber des cuillères toujours plus près de la table.

Les ainés arrivèrent à l'école sous les murmures et quolibets de leurs camarades de classe. Sans trainer, ils se dirigèrent vers leur salle de classe où ils remirent le mot d'acceptation du couple Smith pour le changement de classe au maître. Il l'ouvrit et son regard s'illumina au fil de sa lecture.

- Fantastique ! Venez avec moi. Je vais tout de suite voir avec l'administration pour faire e changement. Avec un peu de chance, vous pourrez commencer dès ce matin dans votre nouvelle classe.

Et il sortit de la pièce d'un pas enjoué en faisant signe au duo de le suivre.

- Ne vous méprenez pas, leur dit-il en se retournant sans cesser de marcher, je vous aime beaucoup, vous êtes des élèves fantastiques… mais je sais reconnaitre quand des enfants ne sont pas fait pour être dans ma classe. Les autres n'ont pas votre niveau et je ne peux pas me mettre au vôtre sans tous les perdre. Vous serez bien mieux avec Madame King, votre future maitresse... J'en suis le premier désolé, termina-t-il en leur adressant un sourire piteux avant de toquer à la porte du directeur.

Dix minutes plus tard, Jemma et Leo se retrouvèrent devant la porte de leur nouvelle classe. Ouverte.

Lentement ils en franchirent le seuil. La maitresse, une grande brune assise sur un coin de bureau et faisait l'appel.

- Bonjour Madame King, je vous amène deux nouveaux élèves de la classe de Mr Norbert.

- Oh… oui effectivement, il m'en avait parlé. Léopold et Jemma c'est ça ? demanda-t-elle tout sourire.

Ils hochèrent la tête, Leo marmonnant son diminutif à l'énonciation de son prénom complet.

- Super ! Entrez donc. Soyez les bienvenus dans notre classe. Il y a de la place donc vous pouvez vous installer où vous le souhaitez.

Soulagés de ne pas être une fois de plus séparés, ils se dépêchèrent de s'installer à une table où une jeune fille était déjà, occupée à rebondir sur la balle de gymnastique qui lui tenait lieu de siège.

- Salut, j'm'appelle Jordan. Jordan Murphy. Bienvenue à ma table, leur sourit-elle, les perles dans ses nattes s'entrechoquant au rythme de ses bonds.

Fascinant ! pensa Leo.

- Si vous voulez, vous pouvez aussi avoir une balle. Il suffit de demander à Mme King.

Ils hochèrent la tête en signe de compréhension.

- Vous avez quel âge ?

- 7 ans, répondirent-ils d'une même voix.

- C'est génial, s'écria-t-elle. Moi aussi !

La maitresse s'interrompit et la fixa du regard.

- Désolé M'dame King, s'excusa la jeune afro-américaine. Les autres sont tous plus vieux à part Jane, Jennifer et Erwin, reprit-elle plus discrètement.

Rapidement, la maitresse distribua du travail et vint leur expliquer qu'ici ils pouvaient travailler sur le sujet qu'ils voulaient puisqu'il n'y avait pas de programme réel. Une partie de la matinée seulement était dédiée à la validation des acquis de la tranche d'âge et éventuellement de niveaux supérieurs et le reste du temps aux projets personnels. La seule contrainte était un passage toutes les deux semaines pour présenter ce sur quoi ils avaient travaillé. Jordan leur montra le projet sur lequel elle travaillait : le système judiciaire aux Etats-Unis.

- C'est parce que plus tard je veux être procureur, ou juge. Ou policier !

- Jordan, moins fort s'il-te-plait l'interrompit la maitresse alors que la fillette s'était levée de sa balle et avait presque crié ses derniers mots.

oOoOo

Un peu surpris au départ, le duo s'acclimata rapidement au climat de la classe et bientôt ils se retrouvèrent à une table un peu excentrée de la cantine avec toute leur classe.

- On mange toujours tous ensemble ? demanda Jemma en ouvrant sa lunch box.

- Yep. Niveau intégration c'est pas la panacée mais ça permet aux surveillants de s'assurer qu'aucun des primitifs ne nous attaque.

- Primitifs ?

- Les autres. Ils pensent que comme on est une minorité, ils peuvent s'en prendre à nous, fit-elle en abattant son poing sur la table, attirant par là-même l'attention de leurs camarades. Après tout, ils ont l'avantage du nombre, singea-t-elle avant de s'écrier : Primitif !

- Oh.

- De notre côté, reprit-elle plus calmement, nous avons l'avantage d'être plus intelligents et surtout …

Elle s'arrêta pour créer un suspens.

- Nous sommes reconnus par le personnel de l'école ! Notre parole a beaucoup plus de valeur que la leur. Après tout, nous sommes intelligents. Pourquoi irions-nous nous nous abaisser à nous battre dans la fange avec ces gueux ? Nous valons beaucoup mieux que cela !

Tout en disant cela, elle n'avait cessé de faire de grands gestes tout en prenant à parti son auditoire. Inévitablement, une moitié de son sandwich finit par faire sécession de l'autre avant de décrire une parabole et de s'écraser au sol. Face garnie contre le linoleum de la cantine bien-sûr.

Mais Jordan le prit avec philosophie.

- Comme je dis, tout ce qui peut arriver va arriver, dit-elle en haussant les épaules.

- C'est la loi de Murphy ça, non ? s'étonna Jemma.

- Yep, comme mon nom.

Elle descendit du banc où elle était montée pendant sa tirade et nettoya sa tartine avant de la recoller sur son sandwich. La tablée eut un recul à ce geste d'autant plus qu'elle s'apprêtait engouffrer le résultat dans sa bouche. Elle s'arrêta juste avant.

- Bah quoi ?

- Le sol est sale. Tu ne sais pas ce qui a pu y traîner. Tu pourrais attraper des parasites ou la salmonellose ou…

Jordan interrompit l'enfant d'un geste de la main.

- J'entraine mon système immunitaire.

- Ça reste des maladies dangereuses Jordan, s'inquiéta Jemma.

- Jemma, répondit calmement la fillette, le sol est nettoyé tous les jours, nous sommes dans le coin le plus éloigné de la porte donc celui où il y a le moins de passage et les surveillants veillent à ce que personne ne vienne nous embêter. En sommes, s'il y a des micro-organismes au sol, c'est nous qui les avons rapportés. Elle baissa d'un ton. Et je suspecte au moins la moitié de la classe de nettoyer quotidiennement ses semelles. Bref, reprit-elle à un volume plus habituel chez elle, d'un point de vue probabiliste, il y a peu de chances.

- Tu as dit que tout ce qui peut arriver va arriver, releva intelligemment Leo.

- Oui bien sûr, mais sur un très long terme. Si je te dis que l'humanité va s'éteindre tu es d'accord non ?

- Bah …

- Je ne dis pas qu'elle va s'éteindre demain, mais qu'un jour, l'humanité telle qu'on la connait n'existera plus … dans le meilleur des cas.

- Et le pire ? demanda une première année les yeux écarquillés.

- Et bien ni l'humanité telle qu'on la connait, ni les évolutions possibles ne survivront.

Il y eut un silence.

- Et l'un n'empêche pas l'autre ! finit-elle en souriant.

Sur ces lugubres prédictions, le sandwich de la discorde fut englouti, chacun termina son repas et retourna en classe.

La cloche allait sonner dans moins de dix minutes quand, à la surprise du duo, la classe rangea ses affaires.

- Mais il reste 10 minutes, murmura Leo à Jordan qui semblait déjà dans les starting-blocks.

- Oui mais on a des bus à prendre. En partant en avance, on peut s'assoir à l'avant où c'est moins risqué pour nous. Et puis moi j'habites loin donc je ne dois pas le rater.

- Ce n'est pas ton école de secteur ?

- Nope. Dans mon école il n'y a pas de classe spécialisée. Mon père était scotché quand ma précédente maitresse lui a dit que je devais sauter deux ou trois classes ou venir ici. Alors il était enchanté comme chez moi c'est un peu la zone.

- Tu habites où ?

- Vers le centre.

Et cela voulait tout dire.

- Bon bah bonne fin d'après-midi.

- Merci Jemma, vous aussi. Et à demain ! s'exclama-t-elle en filant au moment où l'aiguille de l'horloge s'ébranla pour se poser sur le 25.

La classe se vida efficacement et une minute plus tard, ils n'étaient plus que quatre. Eux deux, un grand qui rangeait méthodiquement ses affaires et la maitresse.

- Vous pouvez y aller aussi, leur sourit Mme King en rangeant un feuillet dans son sac.

Et c'est ce qu'ils firent.

oOoOo

- Alors cette journée ? leur demanda Coulson dès qu'ils furent attachés.

Grant qui pensait que la question lui était destinée commença à raconter tout ce qu'il avait fait avec Jake. Son résumé plutôt développé termine, ils étaient arrivés à la maison. C'est donc autours de la table du goûter que l'agent eu enfin une réponse à sa question.

- Intéressants, répondirent les deux enfants d'une même voix après une brève concertation visuelle.

Et Coulson en fut enchanté. Quoi de mieux avec des enfants comme eux d'avoir une telle réponse.