Bonne année et bonne santé à toutes et tous. :)

Chapitre 26

Quand Skye les vit arriver, elle fronça les sourcils en voyant que Madame Smith avait encore Ellie dans ses bras et lui frottait le dos. Elle regarda son dessin qu'elle avait fait pour le lui donner. Il n'était pas très beau. Les feutres n'avaient pas arrêté de cesser de fonctionner alors qu'elle essayait de colorier le ciel ce qui en avait fait un étrange patchwork en teintes de bleus, et ses pommes qui s'étaient superposées au vert de l'arbre donnaient l'impression de fruits pourris.

- Skye elle a fait un dessin pour toi, sourit Gabrielle en voyant la maman de son amie s'approcher.

Skye jura intérieurement comme seul un enfant de 4 ans normalement constitué peut le faire.

- Vraiment ? demanda May en s'accroupissant sans pour autant lâcher la benjamine qui semblait tout à fait satisfaite de sa situation.

- Moui, marmonna Skye en tendant son œuvre à la femme.

- C'est très joli Skye.

Le visage de la fillette s'éclaira.

- Et c'est quoi ça ? demanda-t-elle en montrant un gribouillis sur le côté du dessin. Le portique ?

- Oui, sautilla-t-elle sur place.

Madame Smith avait reconnu !

L'agent se releva et alla ranger le dessin dans le petit sac à dos licorne avant de saluer la maîtresse et prendre la main de Skye pour retourner à la voiture. Et bien qu'elle mourrait d'envie de lui demander de la porter elle aussi, cette dernière savait se contenter de petites victoires. Ce qui n'était plutôt pas mal puisqu'elle n'aurait jamais eu le courage de prendre le risque que la femme la repousse.

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Une fois de plus en rentrant au 616 Oaks Street, Coulson eu le déplaisir de voir au regard de May qu'ils allaient devoir discuter. L'inconvénient d'avoir cinq enfants, était sans aucun doutes que les problèmes en étaient démultipliés. La seule question était donc : « Qui a fait quoi ? »

- C'est vraiment une bande de bras cassés, conclut l'homme après le compte rendu de sa partenaire. Ou esprit dans leurs cas.

Elle hocha silencieusement la tête.

- Et c'est pour cela que le SHIELD les recrute.

La femme persista dans son silence.

- Bon, au moins la schizophrénie s'éloigne du coup, fit-il dans une tentative d'humour.

- Ce n'est pas beaucoup mieux.

- C'est-à-dire ?

- Si elle est vraiment hypersensible, haut potentiel et … tous ces noms … pour devenir ce qu'elle était … C'était plus compréhensible et …acceptable avec ce spectre.

- L'esprit est une chose fragile, dit précautionneusement l'agent.

D'un commun accord, ils décidèrent de se rendre aussi accessibles que possible et de pousser les enfants à s'exprimer sur leurs sentiments par le biais de jeux ou d'histoire. Mais les mauvaises habitudes sont dures à perdre et ils n'eurent pas un franc succès. Chaque enfant avait sa tactique.

Jemma et Leo restaient vague, Ellie se taisait ou fuyait. Les plus intéressants restaient Grant et Skye qui devenaient de vrais moulins à parole et essayaient de noyer le poisson plus ou moins consciemment. Et ça marchait puisque les agents avaient tendance à finir avec une migraine infernale après chaque tentative.

oOoOo

La semaine suivante s'écoula doucement entre la nouvelle amitié du duo avec la petite Jordan, les délires de Grant et Jake, de Skye et Gabrielle et Ellie que les deux adultes surveillaient plus attentivement.

Le vendredi 22 novembre, le couple découvrit que Skye pourrait faire un fantastique agent dans la catégorie « torture ». Deux jours auparavant était sorti le dernier Disney et il faisait visiblement un carton. La moitié de la classe de la fillette semblait l'avoir déjà vu et même eux ne doutaient plus à présent de savoir par cœur les paroles la chanson phare puisque la jeune fille n'ouvrait plus la bouche que pour entonner un irritant « libérééééééeee, délivrééééeeeee ». Mais les deux agents ne s'avouaient pas vaincus. Pas comme le duo barricadé dans leur chambre, pas comme Grant qui chantait des « lalalalala » en se bouchant ostensiblement les oreilles dès qu'il l'entendait commencer à chanter, ni comme Ellie qui se roulait en boule dans un coin, les mains sur les oreilles en la regardant d'un air ahuri. Au début. Puisqu'après c'était plus de la panique, Skye ayant décidé qu'elle faisait une partenaire de danse idéale.

Ils ne céderaient pas. C'est pourquoi ils continuaient à intervalles réguliers de lui demander de se taire tout en envisageant de plus en plus de lui faire goûter à sa propre médecine, à savoir l'enfermer dans une pièce avec la chanson en boucle sans possibilité de l'arrêter.

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Il est couché sur une table de massage, une serviette pliée en guise d'oreiller, une autre serviette blanche sous son corps. Le tissu est doux et moelleux, comme s'il n'a jamais été utilisé. Ce qui n'est pas impossible. Une plage de sable absurdement blanc s'étend à perte de vue, perturbée uniquement par les rouleaux d'écume venant s'y fracasser et les arbres exotiques qui l'ombragent par endroit ondulant leur longues palmes à chaque souffle de vent. L'odeur des embruns est omniprésente et emplit ses poumons à chaque respiration, une odeur iodée teintée toutefois de parfums floraux lui laissant un goût sucré en fin de bouche.

« C'est vraiment trop beau pour être vrai » soupire-t-il d'aise sans vraiment s'adresser à quelqu'un en particulier.

« Je sais » répond la jeune femme qui lui masse soigneusement le dos depuis un moment déjà. « C'est un petit coin de paradis ».

Et elle a bien raison. C'est exactement ce qu'il pense.

Coulson le sait. C'est un rêve. Un qu'il fait presque toutes les nuits bien que cela ne le dérange pas vraiment. Après tout, c'est vraiment un petit coin de paradis et quel mal y-a-t-il à rêver de bons souvenirs ? Des souvenirs où il n'a aucune responsabilité, où il profite simplement de la vie, sur une plage de Tahiti.

Comme à chaque fois qu'il revit ce rêve, un serveur arrive sous leur cahute et lui propose une boisson qu'il décline poliment. Dans son état de relaxation, il serait probablement incapable de se saisir d'un verre et encore moins de boire sans s'étouffer.

Mais quelque chose dans ce décor pourtant familier ne va pas. Il le sent au plus profond de lui-même sans pouvoir pour autant mettre le doigt sur ce qui le gène.

C'est ridicule, il n'y a aucune raison de se faire du souci. Il est tranquille sur une plage se morigène-t-il. Il profite d'un massage sur une île paradisiaque et tout va bien. Sa vie de travail au S.H.I.E.L.D. semble l'avoir rendu un peu paranoïaque. C'est une bonne chose de faire une pause.

La sensation d'inconfort ne le quitte cependant pas. N'a-t-il pas déjà rêvé de cela ? Cette étrange variante ne lui semble pas étrangère et son malaise ne fait qu'augmenter. Impossible de savoir comment cela s'était terminé. Prendre le contrôle de son rêve ? C'est un agent, il devrait pouvoir gérer même s'il s'agit d'une production de son esprit, non ? Mais ses pensées restent confuses et les brumes qui entourent son cerveau ne semblent pas décidées à se dissiper pour le laisser penser à autre chose que la beauté de ce petit coin de paradis.

Il tente de ramener son bras sous son oreiller pour se reposer au lieu de creuser la question. Mais son bras ne bouge pas. Il réessaie. Il a peut-être rêvé l'avoir bougé ou du moins avoir tenté. Le membre n'esquisse pas le moindre mouvement.

Un long frisson parcourt son échine et il sent ses poils se hérisser tout le long de ses bras. Comme répondant au même frisson, son environnement semble brièvement trembloter puis carrément décaler avant de revenir à la normale. Un bref instant une image incompréhensible se superpose à sa vision et sans lui laisser le temps de comprendre, le décor change brusquement.

Tout est noir autour de lui. Mais dans cette obscurité immense, une lumière apparait, de plus en plus brillante jusqu'à lui bruler la rétine. Il ferme les yeux mais juste avant que ses paupières ne se closent, une image lui apparait. Une poche. Un liquide transparent. Un solvant bleu s'y mêlant en d'hypnotiques arabesques. Une vague de terreur pure le heurte alors.

oOoOo

- Phil !

Il ouvrit les yeux et se débattit come un beau diable pour libérer son bras d'une poigne de fer.

- Phil réveille-toi ! C'est moi !

Dans la pénombre, son cerveau mit un nom sur le visage qui le surplombait.

- Mel

- Oui, souffla-t-elle soulagée de le voir reprendre ses esprits. Tu as fait un cauchemar, énonça-t-elle en essayant de conserver un ton le plus neutre possible.

Surtout ne pas lui laisser voir à quel point sa violente réaction l'avait secouée à quel point elle avait eu peur.

- Tu veux en parler ?

- C'est juste un cauchemar. Ne t'inquiète pas, répondit-il en secouant la tête.

Incapable de se rendormir, May attendit immobile dans son lit que Coulson se soit rendormi avant de se lever et de se diriger silencieusement vers la cave.

- Agent Melinda May, commande vocale prioritaire protocole 2, journal de bord, jour 106.

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Lorsque May arriva à l'Houdini Preschool le lundi soir, elle ne comprit tout d'abord pas le regard que lui lança l'assistante qui accueillait les parents à l'entrée de l'école. Cet état de fait fut rapidement corrigé lorsqu'elle entra dans la classe des deuxièmes années et fut immédiatement abordée par la maîtresse.

- Bonjour Mme Smith, puis-je vous parler un instant ? demanda la femme.

- Oui, bien sûr accepta May en essayant de deviner ce que Skye avait bien pu faire pour que la maitresse qui la saluait habituellement de loin, trop accaparée par d'autres parents, décide de se libérer pour avoir une discussion.

- Il y a eu un incident avec Skye cet après-midi. Elle a jugé intéressant de grimper sur le toit de la tour de jeu avant de sauter par terre. C'était dangereux et votre fille dirigeant ma classe presque aussi bien que moi en récréation a failli envoyer ses petits camarades à l'hôpital. Elle a été punie donc ne vous étonnez pas si elle est moins volubile que d'habitude.

May hocha la tête en signe de compréhension avant de remercier l'institutrice, d'attraper Ellie par la main et de se diriger vers le coin de la salle où Skye, inhabituellement calme, semblait passionnée par un livre.

En arrivant devant elle, la femme se racla la gorge pour avoir son attention. La fillette releva lentement ses yeux, la tête rentrée dans les épaules pour regarder May d'un air apeuré. Depuis que la maitresse l'avait puni, elle n'avait fait qu'imaginer des scénarios tous plus horribles les uns que les autres de ce que l'adulte lui ferait. Elle déglutit bruyamment.

En la voyant comme ça, l'irritation de May se calma d'un cran. Elle tourna la tête vers l'extérieur en soupirant mais sa respiration se bloqua en voyant la tour de jeux dans la cour de récréation, la seule, et la hauteur de son toit. Retour à a case départ. Elle fixa de nouveau Skye avant de lui demander d'un ton plus sec qu'elle ne l'aurait voulu de se lever et d'aller chercher ses affaires. Arrivée à la voiture, May attacha Ellie puis tout en attachant Skye la sermonna.

- Skye, ce que tu as fait était très dangereux. Tu aurais pu te faire très mal. Les autres auraient pu se faire très mal en essayant de faire comme toi. Est-ce que tu as vu comme c'était haut ? Mais qu'est-ce qui t'est passé par la tête bon sang ?!

May s'arrêta de peur que ses mots dépassent sa pensée.

- Quand on rentre, tu goûtes et tu vas dans ta chambre. On en rediscutera quand Phil sera rentré.

Puis elle sortit un mouchoir qu'elle donna à Skye qui commença à pleurer plus fort.

May soupira encore en fermant les yeux.

- Ecoutes Skye, commença-t-elle, choisissant ses mots avec soin. Je ne suis pas fâchée. Mais ce que tu as fait était grave. Et … J'ai eu peur admit-elle. Tu m'as fait peur… Bon, on en reparlera avec Phil, termina-t-elle peu à l'aise avec cette situation inédite qui impliquait un peu trop de sentiments personnels à son goût.

En s'asseyant dans la voiture, elle secoua la tête en regardant dans le rétroviseur intérieur. Pourquoi alors qu'elle avait grondé Skye, Ellie était-elle au bord des larmes ? Il y a des choses qui étaient vraiment au-delà de son domaine de compréhension.

Sur le chemin du retour, la tension était palpable et seul Grant ne semblait pas l'avoir remarquée et babillait sur sa journée avec Jake et sur leur rendez-vous du lendemain puisque, son grand-père revenant de Patagonie, son ami l'avait invité pour voir les trésors qu'il avait rapporté.

Le goûter fut tout aussi tendu et Skye, la gorge nouée par l'appréhension l'avala difficilement. Peut-être était-ce son dernier repas avec eux. Elle avala la dernière bouchée d'un cookie comme une cuillerée de sable avant de silencieusement glisser de sa chaise pour monter à l'étage.

May la regarda s'enfuir de table et soupira. Qu'était-elle censée faire ? Elle était incapable de se contrôler. C'était contraire à la procédure. Elle ne pouvait s'impliquer émotionnellement dans la mission. Comment faire comprendre à la fillette que ce qu'elle avait fait était dangereux et que si elle la grondait c'est pour son bien, pour sa sécurité, pour qu'elle ne recommence pas ? Mais son enfance n'avait pas été facile et il ne faisait aucun doute que cela allait leur compliquer la tâche à elle et Coulson.

Encore une belle soirée en perspective.

oOoOo

Lorsque Skye arriva à la table du petit déjeuner le lendemain matin, son premier réflexe fut de s'excuser encore pour la veille.

- Je suis désolée.

- L'incident est clos Skye, la rassura May en souriant avant de lui servir sa gaufre au chocolat.

Tout en mangeant sa propre gaufre, Ellie se fit la réflexion que May devait vraiment aimer Skye. Mais l'aimait-elle, elle ?

La question la turlupina toute la journée, tout comme le moyen pour obtenir sa réponse.

La solution se présenta à elle en sortant des courses où May les avaient emmenés Skye, Jemma, Leo et Elle, lorsqu'elle vit une voiture arriver à une vitesse peu modérée. Immédiatement, un souvenir se superposa à la réalité et Ellie sut ce qu'elle devait faire.

En quatre bonds elle avait atteint la route.

Derrière elle May qui s'était détourné de Skye qui lui parlait au son du vrombissement de moteur lâcha le chariot.

En deux bonds de plus la fillette était bien engagée sur la route.

Skye fronça les sourcils en voyant que May ne l'écoutait plus.

May s'élança, les yeux agrandis d'horreur, avec la furieuse impression que le temps se ralentissait et que ses jambes pesaient à présent une tonne.

Le conducteur cliqua sur envoyer le sms avant de ramener ses yeux sur la route et de lâcher son portable.

Du coin de l'œil, May vit la voiture se rapprocher rapidement mais elle ne pouvait pas détacher ses yeux d'Ellie qui n'était plus qu'à un pas.

Trop surpris, le conducteur oublia de freiner.

May se jeta sur Ellie, son corps entre l'enfant et le bolide.

(Je sais que ça devrait être interdit de couper ici mais par le plus grand des hasards (si si, la vérité vraie), la longueur moyenne des chapitres fait s'arrêter le texte ici.)