Dans le chapitre précédent : En cherchant à s'échapper du centre de recherche sur les robeasts de la planète Maorel, Shiro et Allura ont découvert que les pilotes des créatures avaient de fortes capacités technopathiques. Malheureusement, ils ne semblaient pas conscients de ce qu'ils faisaient ni d'où ils se trouvaient et les paladins noirs furent obligés de les abandonner. En orbite, Hunk et Shay se sont synchronisés, Shay prenant les contrôles du cockpit pour permettre à Hunk de s'enfoncer dans les entrailles de Yellow et renforcer ses défenses contre l'arme la plus puissante du robeast qu'ils affrontaient. Après avoir vaincu la créature grâce à Voltron, les paladins reçurent plusieurs signaux de détresse de leurs alliés, attaqués par quatre robeasts différents.

Shiro et Allura n'ayant pas le choix, ils renvoyèrent les autres paladins au château-vaisseau et détruisirent le laboratoire, ainsi que les pilotes qui y résidaient.

Note de la traductrice : Pechat (seamarmot sur Tumblr) a fait un super dessin de Lealle. Vous pouvez aller le voir sur mon Tumblr :) (lien dans mon profil).


Chapitre 14

Les mécanismes de la nature

Notes de recherche du Projet Robeast

Entrée #1.2

Deux ans avant le retour de Voltron

Il est de notoriété publique que les Olkaris sont d'extraordinaires technopathes. Selon les rumeurs, ils seraient capables de construire un vaisseau en quelques minutes avec une douzaine d'artisans et un morceau de ferraille. C'est grandement exagéré, bien entendu, mais leurs capacités sont indéniablement remarquables.

Il est donc tout naturel que nous établissions un laboratoire sur Olkarion pour étudier les facultés naturelles de ses habitants. Peut-être pourrons-nous ainsi déterminer comment doter nos ingénieurs de compétences similaires.


Le monde était un brouillard coloré, fait d'ombres dansant devant le soleil. Tout autour de lui tourbillonnait comme un kaléidoscope, l'enveloppait et le tiraillait, le mettant en pièces.

Il ne ressentait aucune douleur, cependant. C'était nouveau.

« Vous êtes sûrs que sa condition est assez stable ? »

Des yeux jaunes brillaient au milieu des ombres mouvantes, incroyablement clairs pour ce monde qui ne semblait exister qu'à moitié.

« Les gars du secteur Hovent n'ont pas besoin de l'avoir en vie. Du moment que son corps s'en sort, on a fait notre boulot. »

Un rire essaya de s'échapper de lui, mais les larmes vinrent en premier, chaudes et piquantes alors qu'elles se glissaient du coin de ses yeux pour aller se coincer dans ses oreilles. C'était donc la fin. Il mourait.

Il tenta de se dire qu'il allait se battre, qu'il trouverait un moyen de s'échapper, de vivre, de trouver son père, de venger l'homme qui était mort pour lui.

Mais il ne pouvait pas se voiler la face.

Personne ne pouvait échapper à l'Empire Galra.

Il ferma les yeux et l'univers s'écroula autour de lui.


Matt se réveilla dans son lit, presque aussi fatigué que quand il s'était finalement endormi vers trois heures du matin. Il n'avait pas voulu veiller aussi tard, mais un coin de son esprit surmené avait appris à associer la main de Shiro dans son dos à l'heure de se coucher.

Shiro ne s'était pas montré la nuit dernière alors Matt n'avait pas vu l'heure passer avant d'être sur le point de s'écrouler sur Pidge.

Quand iel avait fini par le mettre à la porte, il avait traîné des pieds jusqu'au couloir où se trouvaient les quartiers des paladins et s'était retrouvé devant la porte de la chambre de Shiro avant de reprendre ses esprits. Il était resté dans le couloir pendant un long moment, puis s'était traîné jusqu'à son propre lit pour y perdre connaissance pendant… Matt regarda le réveil à côté de son lit et grogna. Trois heures.

Tant pis, il était désormais réveillé et ses cauchemars l'empêcheraient de retrouver le sommeil. Il valait mieux aller chercher de quoi manger et se remettre au travail.

L'heure matinale ne signifiait rien de plus pour lui qu'un simple désagrément, jusqu'à ce qu'il ouvre la porte de la cuisine et fonce droit dans le torse de Shiro. Shiro se figea, sa cuillère-fourchette se fracassant par terre, mais ils étaient trop occupés à se fixer d'un air horrifié pour se soucier de la nouvelle tache verte sur le sol.

— Matt, souffla Shiro.

Matt eut l'impression de se prendre une gifle et les pensées qui le tenaillaient depuis la nuit dernière lui revinrent. Maorel. La bataille. Les prisonniers. Matt se souvint avoir crié, supplié, hurlé à l'univers d'arrêter de punir les innocents pour une fois.

Il aurait voulu se rappeler ce qu'il avait dit, exactement, pour blesser Shiro autant.

— Je suis désolé.

La seule chose qui le surprit plus que d'avoir réussi à prononcer ces mots fut de les entendre de la bouche de Shiro un dixième de seconde plus tôt. Fronçant les sourcils, Matt leva les yeux, rencontrant le regard écarquillé de Shiro.

— Pourquoi tu t'excuses ? demanda Matt.

Shiro ouvrit et referma la bouche, puis il commença à agiter ses mains avant de se rappeler qu'il tenait un bol de bouillie verte. Il le reposa, les épaules courbées et crispées.

— Hier– les prisonniers. Je suis désolé, je n'ai pas pu… Je n'ai pas pu…

Les jambes de Matt menacèrent de le lâcher et il tituba en avant, prenant Shiro par les poignets.

— Tu penses que je t'en veux ?

— Je… commença Shiro en fronçant les sourcils, rencontrant le regard de Matt. Oui. C'est moi qui les ai tués.

— Pour sauver des vies, Shiro, je– Tu n'avais pas le choix !

Matt se pencha en avant, n'hésitant que jusqu'à ce que Shiro se détende avant d'enrouler ses bras autour de sa taille.

— Je suis désolé, Takashi, dit-il. Cette situation m'a mis en rogne. J'étais en colère contre Haggar, contre Zarkon, pour t'avoir forcé à prendre cette décision. (Il leva la tête, voulant – ayant besoin de – regarder Shiro dans les yeux.) Je n'étais pas en colère contre toi. Personne ne t'en veut.

La douleur crispa le visage de Shiro, mais il sourit, serrant Matt contre lui.

— Je suis quand même désolé.

— Je sais, dit Matt. (Il ferma les yeux et enfouit son visage dans le creux du cou de Shiro.) Je sais.


Pidge enleva ses lunettes pour se frotter les yeux et poussa un grognement.

— Déjà fatigué∙e ? railla Matt. Ça ne fait que quatre heures qu'on est là.

Pidge lui jeta un sale regard, reposant ses lunettes sur son nez avant de tendre le bras vers son ordinateur. Affalé∙e qu'iel était dans son siège, iel ne pouvait pas l'atteindre, mais iel s'entêta un moment avant d'abandonner et de laisser retomber son bras. Iel aurait pu se redresser, bien sûr, mais ça lui demandait trop d'énergie pour le moment.

— Y a rien, dit Pidge. (Cela faisait cinq jours qu'ils avaient quitté Maorel, cinq jours de pure frustration.) J'ai passé ce code au crible un million de fois et je trouve aucune référence à un programme de traçage, un commutateur d'override, rien.

Hunk, qui s'était recroquevillé par terre à côté de Matt pour parcourir les schémas du bras de Shiro, lui offrit une grimace compatissante.

— C'est compliqué, hein ?

Non. (Iel marqua une pause et souffla.) Un peu.

Pidge se refusa à bouder, mais iel croisa les bras et fusilla son ordinateur du regard.

— Je veux dire, ouais, c'est compliqué. Pas surprenant, vu qu'on parle d'un bras alien qui bouge exactement comme un vrai bras et, oh c'est vrai ! Il peut également servir d'arme violette de la mort qui tue. (Iel abattit sa main comme la lame d'une hache, soupira et tourna la tête vers Matt et Hunk.) Mais il y a pas que ça.

Matt appuya sur un bouton de son projecteur portable, passant de l'exosquelette du bras à un réseau de petits canaux et de sacs bulbeux qui ressemblaient à l'intérieur d'un poumon ou à une fourmilière.

— Comment ça ?

Pidge pencha la tête en arrière, regardant le plafond de l'atelier de Matt et Hunk. C'était bizarre de ne pas travailler dans le hangar de Green, mais Pidge y avait passé près de deux semaines à se tirer les cheveux devant le code galra du bras de Shiro et, plus récemment, à tenter de décrypter les notes de recherche qu'iel avait ramenées du laboratoire de Maorel. Le cryptage des dossiers se servait d'une clé que Keith ne connaissait pas, alors il lui avait fallu plus de temps pour le déchiffrer. Pidge s'était servi∙e de la première entrée comme référence, testant divers programmes de décryptage jusqu'à en trouver un qui produisait de vrais mots.

Le programme était désormais en cours d'exécution, décodant le reste des entrées, et Pidge avait plusieurs heures à tuer en attendant qu'il termine.

Iel aurait presque préféré se retrouver devant des registres de recherche galrans à moitié décryptés. Iel aurait moins de mal à les comprendre que ça.

— Je peux faire dans le compliqué, dit-iel d'un ton plus hargneux qu'iel ne le devrait ; mais iel était fatigué∙e, Shiro était distant et distrait depuis la bataille de Maorel et Pidge voulait faire de vrais progrès pour une fois. Je comprends peut-être pas tous les détails de ce code, mais ça avance et ça me dit qu'il y a des pièces qui manquent.

Matt reposa les plans.

— Qui manquent ?

— Ouais. (Pidge montra son ordinateur d'un geste de la main, grimaçant alors que la migraine qu'iel avait repoussée toute la journée refaisait connaître sa présence.) Ce code fait référence à d'autres processus qui sont juste… absents. C'est comme si c'était relié à un serveur quelque part, sauf que le château ne détecte aucune transmission, on a déjà vérifié.

— Et si ce n'était pas un serveur ? demanda Hunk.

Il fronçait les sourcils, mais il semblait songeur : il avait davantage l'air d'une personne qui essayait de résoudre un problème difficile que de quelqu'un sur le point de planter son bayard dans son ordinateur pour ne plus avoir à regarder le gruyère qui servait de code au bras de Shiro.

— Et s'il y avait une autre couche de code dans le bras lui-même ?

Pidge lui lança un regard blasé.

— Une autre couche de code.

Hunk acquiesça, puis sembla se rendre compte que les deux Holt le regardaient fixement. Il rougit.

— Regarde les schémas, dit-il en poussant son projecteur vers Pidge.

Il était désormais appuyé sur un coude, même s'il avait l'air d'avoir très envie de dormir.

Qui avait assez dormi parmi eux, récemment ? Pidge avait arrêté de compter les heures de sommeil qu'iel gagnait parce que le total était absolument déprimant et iel semblait toujours pouvoir trouver Matt, Hunk, voire les deux en train de bûcher, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit.

Hunk bâilla, mais continua d'agiter le mini-projecteur.

— Il y a beaucoup de matière organique pour un bras mécanique super sophistiqué.

— Sans blague, dit Matt, le projecteur sur ses genoux faisant défiler plusieurs images. Il y a des nerfs synthétiques, une sorte de système circulatoire pour la quintessence et ces trucs. (Il indiqua vivement l'espèce de fourmilière.) Si j'en savais plus en matière de biologie intergalactique, j'y comprendrais peut-être quelque chose.

— Mais c'est ça le problème : il y a toute une couche d'informations là-dedans qu'on n'arrive pas à traduire.

Hunk se releva et tituba jusqu'à la chaise de Pidge. Il avait à peine bougé depuis qu'ils avaient commencé leur cellule de réflexion et il se secoua les jambes comme si elles s'étaient endormies sans lui.

— Et si des morceaux de code manquent parce qu'ils sont contenus dans la quintessence ?

Pidge fronça les sourcils, puis se tourna vers l'écran.

— La quintessence est juste la source d'énergie, non ? C'est une version un peu plus magique de l'électricité. Elle peut transmettre des données, mais en elle-même, ce n'est pas un moyen de stockage.

— T'en es sûr∙e ? demanda Hunk, levant les mains quand Pidge pivota pour le fusiller du regard. Réfléchis-y. La quintessence est partout. C'est une source d'énergie, oui, mais c'est aussi une étrange sorte de force vitale, une arme et elle peut enregistrer des souvenirs pour les profils mémoriels. Elle remplit le même rôle que l'électricité, mais elle fonctionne pas de la même façon. Je dirais bien que c'est de la magie, mais je pense que c'est juste qu'on comprend pas la science qui se cache derrière.

Pidge poussa un grognement exaspéré.

— Je vais pas m'occuper d'un code magique, Hunk. Un code, c'est un code. Si c'est de la magie, c'est pas du code. Pourquoi on laisse pas Coran s'occuper de ces conneries mystiques ?

Matt fit un bruit songeur.

— Peut-être que ce n'est pas de l'électricité. Peut-être que c'est du sang.

— Du sang ? répéta Pidge, pivotant pour le regarder. Ok, là ça devient glauque.

— Je suis sérieux.

Matt se leva, affichant une autre image sur son projecteur avant de le poser sur la table à côté de l'ordinateur de Pidge.

— Il y a un système circulatoire ici, comme des artères et des veines, mais tout ce qu'il transporte, c'est de la quintessence. Le sang contient toutes sortes de choses, pas vrai ? Et si ce bras était contrôlé en partie par un code, en partie par une sorte de… système hormonal quintessenciel ?

— J'ai pour principe de ne pas prêter attention aux hormones, dit Pidge. Et puis, elles sont pas connues pour être difficiles à comprendre ? Du genre, si on demandait au monde entier de bosser dessus, il nous faudrait quand même au moins dix ans pour comprendre comment ça marche ?

Matt grogna.

— Je n'ai pas dit que ça faciliterait les choses.

— En plus, si Haggar a construit ce truc, ça doit être bien plus simple que le système endocrinien humain, fit remarquer Hunk. Non ? Je veux dire, elle a dû élaborer chaque mécanisme un à un, y incorporer des récepteurs et… C'est pas comme si elle avait bossé dessus toute sa vie. Elle doit pas avoir tant de temps libre que ça.

— À moins qu'elle ne se soit inspirée d'un autre organisme, débattit Matt. Purée, pour ce qu'on en sait, ce bras pourrait utiliser une sorte de récepteur psychique qu'elle a arraché à un autre prisonnier.

Pidge passa une main sur son visage.

— Donc en gros, on sait rien et ça fonctionnera jamais.

Hunk hésita, tapant du pied.

— Eh bien, Matt et moi avons trouvé l'interrupteur principal. On pourrait simplement le désactiver.

Pour ce que ça va nous servir, pensa Pidge. Iel ne prit pas la peine de le dire tout haut ; Hunk savait visiblement que ce n'était qu'une solution temporaire. Pidge avait trouvé quelques morceaux de code qu'iel pouvait bidouiller pour tout désactiver, iel aussi, mais ça ne laisserait Shiro qu'avec un bras opérationnel. Il s'y habituerait, avec le temps, mais Zarkon n'allait pas attendre qu'il s'en remette.

Et puis, comment savoir si désactiver le bras, même en coupant le courant, désactiverait le traceur ou l'override ? Ils étaient partis du principe qu'ils faisaient partie de l'ensemble des circuits, mais Hunk avait peut-être raison. C'était peut-être de la magie.

Ils plongèrent dans le silence, le projecteur de Matt faisant doucement tourner l'image du système circulatoire, l'écran de l'ordinateur de Pidge s'éteignant pour passer en mode d'économie d'énergie.

Des voix dans le couloir tirèrent Pidge de ses réflexions sur le problème insoluble du bras de Shiro.

— Il n'y a pas grand-chose dans le coin. Surtout des ateliers de travail. Je crois que Matt s'y est installé, mais tu peux te trouver un coin pour en faire une salle de lecture.

— C'est Keith ? demanda Hunk en se dirigeant vers la porte.

Il passa la tête dans le couloir alors qu'une voix de fille s'élevait :

— Je suis sûre que Bee va adorer cet endroit. On dirait un bunker plein de ferraille.

Keith grogna.

— Bee… La fille maigrichonne avec une tache foncée entre les oreilles ? Oh, salut, Hunk.

Hunk sourit, indiquant à Keith de le rejoindre.

— Salut. Tu nous présentes ton amie ?

— Zuza, dit la fille. Keith et moi avons grandi ensemble.

Keith ricana et fit la moue en entrant. Il fit un signe de tête à Matt, haussa un sourcil en voyant Pidge, puis se tourna vers la grande Galra derrière lui.

— On s'est rencontrés quand on avait huit ans. Tu t'es fait exiler, quoi ? Deux ans après ? Je te connaissais à peine.

— C'est parce que tu étais un sale mioche antisocial et que j'étais trop occupée à lire des histoires interdites pour faire ami-ami, sourit Zuza, dansant d'un pied sur l'autre. Admets-le, Kiki, tu m'aimes bien.

— Kiki ? demanda Pidge, retentant un sourire.

Keith plissa les yeux, comme s'il se demandait si se plaindre inciterait Pidge à adopter ce surnom (qu'iel trouvait hilarant, soit dit en passant).

— Zuza cherche un surnom depuis tout à l'heure. Ne l'encourage pas.

Boudant, Zuza s'appuya sur les épaules de Keith. Vu qu'elle faisait vingt centimètres et certainement une dizaine de kilos de plus que lui, elle donnait l'impression d'un dragon de Komodo violet s'affalant sur un petit canard touffu.

Pidge ne pensait pas que Keith apprécierait cette comparaison.

— Alors, vous faites quoi, vous ? demanda Zuza, leur souriant alors que Keith essayait de se dégager d'en dessous d'elle. Ooh, vous êtes les geeks dont K-chou m'a parlé ?

Matt croisa les bras et fusilla Keith du regard, même si l'effet fut diminué par le rire qui tenta de s'échapper en réaction au K-chou.

— Geeks ? demanda-t-il. Sérieusement, Keith ?

Keith se renfrogna un peu et Zuza s'appuya plus lourdement sur sa tête. Il leva les yeux au ciel et lui donna un coup de coude dans les côtes. Elle glapit et s'éloigna, et Keith raplatit ses cheveux en lui rendant son regard noir.

— Elle voulait lire les archives. Pour le fun. Je lui ai dit qu'elle s'entendrait bien avec vous.

— Et il a dit que vous étiez des geeks.

Ce qui était la vérité, Pidge devait bien l'admettre. Enfin, ça n'allait pas l'empêcher de taquiner Keith en retour :

— Hé, Zuza, tu as déjà rencontré Lance ?

— Ouais. Il m'aide avec les petites boules de poils de temps en temps. Pourquoi ?

Pidge fit un grand sourire à Keith en disant :

— Tu sembles être le genre de personne qui apprécierait sa liste interminable de surnoms pour Keith.

— Pidge ! s'écria Keith, jetant un regard méfiant à Zuza. Je t'ai dit de ne pas l'encourager.

— Ouais, ben, dit Matt en s'appuyant sur l'épaule de Zuza (ce qui s'avéra difficile, car il n'était pas plus grand que Keith) et lui souriant. Entre geeks, on se sert les coudes.

Zuza poussa un petit rire, Keith grogna et Hunk lui tapota le dos en retournant à la montagne d'oreillers dans le coin de la salle.

Keith soupira, se laissant tomber dans la chaise en face de Pidge.

Bref, vous travaillez sur quoi ?

C'était certainement le changement de sujet le moins subtil de l'univers, mais cela cassa l'ambiance. Soupirant, Matt s'assit à côté de Keith et attrapa son mini-projecteur, revenant à la vue extérieure du bras.

Le visage de Keith s'assombrit.

— Je présume qu'il n'y a pas de bonnes nouvelles.

— Non, pas à moins que tu saches quoi que ce soit au sujet de codes et/ou d'hormones magiques, dit Matt avec un faible sourire.

Keith fronça les sourcils.

— Quoi ?

— Le code que j'ai est incomplet, expliqua Pidge. Je pensais à un serveur externe, mais Hunk a voté pour de la programmation magique et Matt pense qu'il y a des hormones dans la quintessence.

Keith secoua la tête.

— Je ne sais rien là-dessus. Les soldats n'ont pas à comprendre la magie druidique ou… les hormones quintessencielles.

Il se tourna vers Zuza, qui haussa les épaules.

— Ça me rappelle ces vieilles histoires au sujet des expériences folles des Olkaris.

— Les Olkaris ? répéta Pidge, croisant les bras sur la table en se demandant pourquoi ça lui semblait si familier.

Iel avait de plus en plus de mal à garder les yeux ouverts, mais iel se refusait à dormir. Pas avant d'en voir le bout.

— C'est une sorte de groupuscule de druides ? reprit-iel.

Zuza fit non de la tête.

— Les Olkaris font partie des meilleurs ingénieurs de l'univers. Même Zarkon sait qu'il ne vaut mieux pas se frotter à eux.

— Il l'a pourtant fait, dit Keith, haussant les épaules quand Zuza fronça les sourcils. Ils ont été envahis il y a quelques années. Olkarion est toujours plus ou moins indépendante, mais il y a assez de soldats dans le coin pour empêcher une rébellion. Zarkon leur fait construire des armes de temps en temps en échange de leur « liberté ».

C'était ça. Les registres de Maorel avaient mentionné les ingénieurs olkaris.

Zuza plissa le nez.

Aucune chance que ça se retourne contre lui, hein.

Keith sourit.

— Bref. (Zuza se tourna vers Pidge, croisant les bras et tapant ses griffes contre son bras.) Les Olkaris adorent mélanger la technologie et la matière organique. S'il y a quelqu'un qui s'y connaît en quintessence et technologie, c'est bien eux.

Hunk bâilla :

— Donc… on va rendre visite à une planète occupée par les Galras pour obtenir une consultation ?

Pidge jeta un œil à Matt, qui haussa les épaules.

— Avec nous, c'est dans l'ordre des choses, hein, dit-il. Allons voir Allura.


Et vous voulez vous y rendre. Sur une planète occupée par les Galras, habitée par des ingénieurs hautement qualifiés que Zarkon surveille certainement de très près.

Les mots de Shiro apparurent sur l'écran de la station de Hunk sur la passerelle. Son sarcasme aurait pu passer inaperçu, sauf que bien sûr, Shiro se tenait à son propre poste à quelques pas de là, le sourcil arqué. Allura était assise sur l'accoudoir de son siège, regardant le sol. Les autres paladins étaient éparpillés dans la pièce, la main de Shay sur l'épaule de Hunk, Keith drapé sur le dossier du siège de Matt, Coran près de Pidge. Zuza était avec Lance et ils discutaient à voix basse, laissant échapper quelques éclats de rire, ce qui ne manquait pas de leur attirer le regard noir de Keith.

Sur les ordres des paladins noirs, ils menaient cette conversation entièrement par texte. Ils n'avaient toujours pas compris comment les Galras avaient su qu'ils comptaient sauver Jost (ça ne pouvait pas être grâce au traceur, puisque Shiro n'était pas venu avec eux), mais Shiro était soudainement convaincu que Zarkon écoutait leurs conversations. On se trompe peut-être, avait-il dit, mais à ce stade, on ne peut écarter aucune possibilité.

Normalement, Hunk aimait faire preuve de prudence, mais là, c'était un peu exagéré. Ce n'était pas qu'il ne croyait pas à cette histoire de bras sur écoute… bon, ok, il n'y croyait pas, car les scans ne révélaient aucun micro et, d'accord, ça pouvait encore être de la magie, mais la question de comment une flaque d'énergie encastrée dans du métal pouvait écouter une conversation se posait toujours. Mais admettons. Il semblait que la prothèse d'Haggar était un puits sans fonds de pièges retords, alors Hunk pouvait accepter la possibilité d'une sorte de sortilège d'espionnage se mêlant aux systèmes moins ostentatoires.

Le problème, c'était que la solution trouvée par Shiro était de finir la guerre sans jamais parler de leurs plans de bataille plutôt que d'aller chercher de l'aide sur Olkarion.

Zarkon saura qu'on est là, écrivit Shiro, le mouvement de ses doigts ponctuant furieusement ses mots. Même si on se retire avant l'arrivée des renforts, on mettra les Olkaris en danger.

— Alors on se battra, rétorqua Keith.

Shiro lui lança un regard et il grogna, donnant un coup de coude à Matt.

Alors on se battra, écrivit obligeamment Matt. Si les Olkaris peuvent nous aider à trouver les portes dérobées (1) d'Haggar, ça en vaut largement la peine.

Ou, ajouta Hunk, on peut faire ça discrètement. Vous pouvez rester de l'autre côté d'un trou de ver pendant que moi, Pidge et Matt on va voir les Olkaris pour obtenir des réponses et peut-être en emmener un avec nous si on peut le faire sans alerter les Galras.

C'est trop risqué, dit Shiro.

Allura fit un son pensif et il leva les yeux, prêt à défendre ses positions. Elle secoua la tête, puis se dirigea vers les contrôles principaux de la passerelle pour afficher les scanners longue portée. De quelques gestes de la main, elle envoya les images aux stations des paladins.

Olkarion est envahie par les Galras. Les mots d'Allura apparurent à l'écran sans qu'elle n'ait besoin de les écrire et Hunk se demanda s'ils pouvaient tous faire la même chose. Cela aiderait sûrement Keith, qui s'était reçu un bon nombre de regards noirs de Shiro à chaque fois qu'il essayait de rejoindre la conversation. Matt lui avait proposé de changer de place, mais tout le monde savait qu'il ne ferait pas mieux que Keith. Ils avaient tous les deux protesté de façon véhémente l'appel à la prudence de Shiro.

Une nouvelle couche de glace entourait Shiro ces derniers jours, une barrière que personne mis à part Allura et Matt ne pouvait franchir, ce qui semblait mettre Keith sur les nerfs plus que d'habitude. Et bien sûr, tout ce qui mettait Keith sur les nerfs mettait Matt sur les nerfs. Chaque interaction entre Keith et Shiro était chargée… non pas de rancœur, pas vraiment, mais de gêne. De tension. Comme si Keith était le seul à voir quelque chose, quelque chose que Shiro ne reconnaissait pas ou ne voulait pas admettre et qui creusait un fossé entre eux. Personne ne voulait s'en mêler, alors ça s'envenimait peu à peu. C'était une évidence que tout le monde ignorait d'un accord tacite.

On peut les contourner, dit Pidge. Iel tapait à toute vitesse, passant au crible l'information reçue. Green et Red sont petites et rapides. Avec nos capes d'invisibilité, aucune chance que l'armée nous remarque. Et regardez, les scans GPT montrent des poches d'Olkaris en dehors de villes, avec très peu de Galras. Ça doit être une sorte de résistance.

Shiro et Allura se regardèrent un long moment. Jusque-là, Allura était restée en dehors de la conversation, mais Hunk voyait bien qu'elle n'était pas complètement d'accord avec les arguments de Shiro. Ils voulaient tous aider Shiro, mais lui-même ne voulait pas qu'on risque sa vie pour lui. Ce qu'il avait dit sur Maorel planait au-dessus de leur tête comme une tempête sur le point d'éclater.

Je souhaiterais que vous me tuiez.

C'était déjà terrible que ce soit ce qu'il pensait, mais il n'était pas obligé de les mettre dos à ce mur. S'ils pouvaient chasser Haggar avant qu'elle ne prenne le contrôle, ils n'auraient pas à prendre cette horrible décision. Pour Hunk, déjouer les plans d'Haggar le plus tôt possible valait tous les risques.

Shiro n'était pas d'accord. Il sembla cependant se rendre compte qu'il n'allait pas remporter le débat, car ses épaules s'affaissèrent.

Très bien, écrivit-il. Mais soyez prudents.


Akira ressentit une vague de peur inexplicable en faisant face à la caméra de Eli.

Il savait que c'était ridicule. Il s'était déjà retrouvé devant des classes pleines des douzaines de fois et même avant d'être devenu professeur, il avait toujours eu l'habitude de se donner en spectacle. (Il disait que comme Takashi était une étoile si radieuse, il devait lui-même se transformer en boule de disco pour attirer l'attention, mais en vérité, il aimait tout simplement surprendre les autres.)

De plus, Eli lui avait assuré qu'ils pourraient prendre autant de prises qu'ils le voulaient. Akira devait juste raconter son histoire, puis réenregistrer les morceaux qui ne lui plaisaient pas. Eli avait dit que le pouvoir du montage pouvait faire d'un bébé gazouillant un véritable poète. Akira n'avait pas à s'inquiéter.

Mais il était quand même nerveux.

C'était un sentiment étrange et il se tortilla sur son siège le temps qu'Eli ajuste les lumières et la caméra. Akira avait préparé son discours dans sa tête depuis qu'on lui avait tiré dessus, mais il n'avait rien trouvé de particulièrement touchant. Enfin bon, la phrase « Iverson a tué mon frère et a tenté de m'assassiner » était assez renversante en soi, quelle que soit sa formulation.

— Bon, c'est pour bientôt ou j'ai le temps de sortir nous acheter un truc à manger ? demanda Naomi, appuyée contre la porte de la cuisine.

La question fit rire Eli, même si Akira ne la trouvait pas particulièrement drôle. Il ne savait même pas ce que Naomi faisait là, à part pour commenter sur le temps qu'Eli mettait à se préparer. Karen savait-elle qu'elle était là ? Sûrement pas, vu qu'Akira et Eli avaient été tous les deux surpris de la voir passer la porte d'entrée l'air de rien, comme si elle était chez elle.

— Tu peux y aller, dit Akira, s'efforçant de garder un ton neutre.

Il était reconnaissant envers Naomi de lui avoir sauvé la vie, vraiment. Mais il ne la connaissait pas, ne lui faisait pas confiance et ne pouvait pas retenir l'élan d'irritation qui le prenait dès qu'il pensait au mystérieux vaisseau bleu qui aurait été aperçu dans le désert.

— Prends ton temps.

Naomi lui tira la langue, comme si elle avait quinze ans et non trente et quelques.

— Comme si j'allais rater ta tentative de te montrer inspirant.

Akira soupira.

— Ne t'occupe pas d'elle, Akira, dit Eli à voix basse. Tu sais qu'elle veut simplement t'aider.

— Je sais ça, moi ? demanda Akira. Depuis quand ?

Eli rit doucement, bougea le truc qui ressemblait à un parapluie blanc censé aider avec la lumière et se plaça derrière la caméra.

— Arrête de bouder.

C'était quelque chose que Takashi aurait pu lui dire et Akira faillit rétorquer par automatisme « Occupe-toi de tes fesses » avant de se souvenir que ce n'était pas son frère. Il ferma les yeux, ignorant Naomi qui disait « Je crois en toi, Kira ! », et essaya de se rappeler ce qu'il voulait dire.

— Prêt ? demanda Eli.

Akira prit une profonde inspiration, ouvrit les yeux et hocha la tête. Eli lança l'enregistrement, attendit trois secondes, puis indiqua à Akira de commencer.

— Je m'appelle Akira Shirogane, dit Akira, parvenant à conserver une voix normale, bien qu'il dut aplatir ses mains sur ses genoux pour les empêcher de trembler. Vous connaissez peut-être mon frère, Takashi Shirogane, le pilote de la mission Kerberos. Jusqu'à encore quelques jours, j'étais instructeur de vol à la Garnison. Je suis sûr qu'on vous a déjà raconté la raison officielle de mon départ soudain : violation du contrat, irrespect des normes de la Garnison…

Il marqua une pause et offrit un sourire en coin à la caméra.

— On ne vous a certainement pas dit qu'Iverson a essayé de me faire assassiner.

Le sourire de Naomi était plus grand qu'il ne le devrait, vu le sujet de la conversation, mais elle lui fit un pouce approbateur et malgré lui, Akira se détendit. Il tira sur le col de son haut pour montrer ses points de suture (apparemment, Naomi avait étudié la médecine sur le terrain et avait un très bon coup de main). Akira venait de nettoyer la plaie, mais il n'avait pas remis de bandages pour pouvoir la montrer à la caméra.

— Je travaille avec Karen Holt et j'essayais de découvrir ce qui était arrivé à son enfant. Peut-être que ça fait de moi un traître, je ne sais pas. Le commandant Iverson le pense certainement. Quant à moi, je voulais juste savoir pourquoi trois élèves officiers sont morts dans le désert au milieu de la nuit. Iverson peut s'égosiller tant qu'il veut à dire que ce n'était qu'un accident à l'entraînement, mais j'ai bossé à la Garnison et je sais pertinemment qu'aucun autre élève officier n'a eu le droit à ces soi-disant exercices.

» Vous savez ce qui est le plus ironique ? Avant la disparition de Val, je n'avais quasiment rien d'utile contre la Garnison. C'était elle qui savait comment poser les questions et chercher les réponses. Moi, je ne faisais qu'écouter les rumeurs. Indiquer la direction à prendre aux familles des élèves officiers. Un jour, Val est allée voir Iverson et elle a disparu. Elle avait toujours un magnétophone numérique sur elle ; c'était son outil de travail. Elle voulait enregistrer mot pour mot leur interview au cas où elle devait revenir dessus. Je l'ai retrouvé. Le magnéto. On l'avait fracassé et quelqu'un avait essayé de nettoyer les traces, mais un morceau a été oublié.

» C'était il y a un mois.

Akira marqua une pause, sa voix lui faisant défaut. Cela faisait un mois que Val avait disparu. Un mois sans nouvelles, sans indices sur ce qui lui était arrivé. Eli le regardait avec compassion, soulevant des émotions qu'Akira essayait de tenir en laisse.

Il préféra se tourner vers Naomi, qui fronçait les sourcils, le regard concentré. Était-elle déjà au courant de toute l'histoire ? Elle avait dit qu'elle l'avait observé et avait écouté les rumeurs qui circulaient dans le cercle restreint d'Iverson. (Comment elle avait eu connaissance de ce cercle restreint restait bien évidemment un mystère.) Mais elle tournait autour du pot dès qu'il posait trop de questions. Était-elle au courant pour Val ? Savait-elle ce qu'Iverson lui avait fait ?

En tout cas, elle n'en montrait rien.

Akira se tourna à nouveau vers la caméra.

— J'ai passé ce dernier mois à tenter de trouver ce qui était vraiment arrivé à Val, mais les secrets d'Iverson sont bien gardés. Il savait que Karen avait une taupe à la Garnison. Ce n'est pas surprenant qu'il ait découvert que c'était moi, je présume. Karen et moi nous sommes rencontrés après la mission Kerberos. Elle a perdu son mari et son fils, j'ai perdu mon frère… On s'est serré les coudes.

» Je suppose qu'Iverson essayait de trouver la preuve que j'avais brisé une règle quelconque, poursuivit-il.

Naomi lui avait demandé de ne pas parler d'elle dans cette vidéo ou d'insinuer qu'il avait un ami dans l'entourage d'Iverson. Akira n'avait pas prévu de dire quoi que ce soit, de toute façon. Il savait ce qu'Iverson faisait aux taupes de la Garnison.

Akira haussa les épaules.

— Iverson voulait que je lui lâche la grappe et, n'ayant pas trouvé de raison légitime de me virer, il a essayé de me faire taire à jamais. Deux soldats en tenue furtive sont arrivés dans ma chambre à trois heures du matin le quatre octobre. Heureusement, j'étais déjà réveillé et j'ai pu m'échapper.

» Mais le fait que j'ai fait assez peur à quelqu'un pour qu'on veule ma mort montre qu'il y a plus d'un cadavre dans leur placard.

Akira n'avait pas prévu d'en dire plus, mais il eut soudainement une vision de ses élèves prenant sur eux pour continuer la mission d'infiltration d'Akira.

Il se pencha vers la caméra avant qu'Eli ne puisse mettre fin à l'enregistrement.

— Une dernière chose, dit-il. Je connais mes élèves et je sais que certains vont voir ça et se dire qu'ils doivent m'aider en fouillant dans les affaires d'Iverson.

Il marqua une pause, prenant son air de professeur sévère.

— Hors de question.

Naomi laissa échapper un petit rire surpris. Eli lui jeta un regard et elle se couvrit la bouche en se retirant à la cuisine.

Akira, heureusement, s'était beaucoup entraîné à garder un visage de marbre.

— Vos camarades ont peut-être été tués pour avoir découvert quelque chose qu'ils n'auraient pas dû. Je vous en prie. Ne vous mettez pas dans cette position. N'allez pas chercher des réponses. Laissez-nous nous en charger.


Au départ, Pidge avait très hâte d'aller sur Olkarion, occupation galra ou non. C'était une planète remplie de génies de la technologie, des gens qui pouvaient prétendument construire n'importe quelle machine d'un geste de la main. Quel genre de génie de l'informatique qui se respecte ne voudrait pas voir ça ?

Puis iel s'était souvenu∙e qu'ils allaient au beau milieu d'une forêt de l'autre côté d'une chaîne de montagnes derrière laquelle se trouvait la capitale, une cité qui constituait un bon cinquième du globe, toute en gratte-ciels majestueux, technologie épurée et ordinateurs à perte de vue.

Mais non, au lieu de ça, Pidge se dirigeait vers une jungle boueuse et infestée de moustiques pour parler affaires avec les locaux tout en espérant ne pas tomber dans des orties.

— Au moins, il y a des arbres, pas vrai ? fit remarquer Hunk. On risque pas de se prendre des coups de soleil.

Pidge le fusilla du regard et il leva les mains en signe de reddition. Hunk était avec Pidge à l'intérieur de Green, tandis que Matt et Keith descendaient avec Red. Shiro avait insisté pour qu'il y ait au moins deux lions présents, même si les choses n'étaient pas censées mal tourner. Les renforts étaient trop loin en cas d'urgence, alors Keith s'était retrouvé dans un voyage de geeks au village des geeks.

Paradoxalement, Keith était le seul qui semblait vraiment heureux de se retrouver au milieu de nulle part au lieu d'aller dans la magnifique cité moderne visible à l'horizon.

— J'ai grandi sur des tas de ferraille, entouré de tant de soldats que je ne m'entendais pas penser, expliqua Keith quand Pidge l'accusa d'être de trop bonne humeur. Passer un peu de temps dans un endroit aussi calme ne me déplaît pas.

Pidge plissa les lèvres et scanna le terrain à la recherche des Olkaris. Les capteurs GPT indiquaient un concentré de signes vitaux dans la zone, mais il y avait tellement de vie dans les alentours que cela manquait de précision et le feuillage était trop dense pour y voir à travers.

Évidemment, ce fut à ce moment-là que des flèches s'élevèrent des arbres, sifflant autour du lion vert. Pidge ne savait pas ce qui était le plus vexant : le fait que les archers s'en fichaient apparemment du camouflage parfaitement en place autour des lions ou le fait qu'il s'agissait de foutus archers.

Les flèches étaient trop petites et légères pour que Pidge sache si elles avaient atteint leur cible, mais la seconde suivante, un frisson parcourut l'esprit de Green. Elle poussa un grognement confus, puis se figea. Pendant un instant, Pidge crut entendre des voix venir d'un peu plus loin.

Puis Green vira, ignorant les indications de Pidge, et se dirigea vers la forêt.

— Qu'est-ce que– ?

Dans un grondement, Green envoya des images d'aliens pastels aux yeux d'insecte et aux antennes charnues dans l'esprit de Pidge.

Pidge se tut.

— Je crois qu'on a trouvé les Olkaris, marmonna-t-iel.

Hunk, penché sur son siège, rencontra son regard.

— Ouais, sûrement. C'est pas comme si les Galras se servaient de flèches.

Il ne semblait pas convaincu.

— Restez sur vos gardes, dit Matt d'une voix tendue.

Pidge dut encore une fois réprimer l'instant de confusion qui venait toujours quand iel se rappelait que Matt était le leader du jour. Ce n'était pas qu'iel ne lui faisait pas confiance ; c'était juste qu'il avait toujours évité consciencieusement tout rôle de meneur, si bien qu'à chaque fois que Shiro et Allura le mettaient aux commandes, Pidge se demandait pourquoi il ne refusait pas.

L'amour faisait faire des choses stupides, parfois. Ça, ou Matt ne savait tout simplement pas dire non.

Les lions se posèrent doucement dans une petite clairière. Le feuillage sembla se refermer derrière eux et Pidge crut voir le scintillement iridescent d'une barrière à particules entre les feuilles. Mais où cachaient-ils le générateur ?

Le chef des Olkaris s'avança, ses yeux bleu-vert écarquillés. Cela rendait son expression très impressionnante, puisque ses yeux prenaient déjà le tiers de son visage, entourés de rides et d'ombres profondes. Elle pencha la tête en arrière pendant que les lions abaissaient leurs barrières ; ce n'était pas du fait de Pidge et, à en juger par le glapissement indigné de Matt, il n'avait rien fait non plus.

Mais Green ronronna calmement, puis posa la tête par terre.

Pidge fronça les sourcils, puis jeta un œil à Hunk.

— Je… suppose que c'est l'heure de sortir.

Ils émergèrent dans l'étrange pénombre verte de la forêt dense. Il faisait frais à l'ombre, mais l'air était d'une humidité qui alourdissait l'atmosphère. Les feuilles crissaient sous leurs pieds et Pidge dut résister à l'envie de chasser des moustiques et moucherons imaginaires.

Purée, ce qu'iel détestait la nature.

— C'est vous ? demanda le chef des Olkaris, la voix émerveillée.

Elle avait le même genre de voix rêche que la grand-mère de Pidge, ce qu'iel associait toujours à des cookies sortis tous frais du four, à de vieilles histoires, de vieilles émissions radio et à du blabla sur les valeurs familiales.

Matt s'approcha de l'Olkari en fronçant les sourcils.

— De quoi vous parlez ?

— De vous, les paladins de Voltron. Nous avons entendu dire que les lions étaient de retour. (Elle se tourna vers Green et Red.) Ils sont bien plus impressionnants que je ne le pensais.

Matt se frotta la nuque en haussant les épaules.

— C'est bien nous. C'est… vous qui commandez, ici ?

— Oui, pour le moment. Je m'appelle Ryner. Je suis la doyenne de cette alvéole. J'agis au nom du roi Lubos.

Matt hocha la tête.

— Matt Holt.

Il tendit la main et Ryner la serra, quelque peu perplexe devant ce geste.

— Pouvons-nous aller quelque part pour discuter ? Ça risque de prendre un moment.

— Bien sûr, dit Ryner. Par ici.


— Fascinant, dit Ryner en se penchant pour regarder les schémas plus grands que nature.

Matt avait apporté son projecteur de poche, mais Ryner avait enfilé un casque en bois et quand elle était allée se placer sous les branches déployées d'un arbre couvert de vigne, ses doigts effleurant les feuilles, une reproduction plus large du projecteur altéen s'était mis à pendre de l'arbre comme une pomme qu'elle n'eut qu'à tendre le bras pour cueillir.

Matt était attablé en face de Ryner ; si on pouvait appeler ce qui se trouvait entre eux une table. Pidge avait l'impression qu'un morceau de roche était simplement tombé pile dans le bon sens, complètement par accident. Matt tenait l'étrange casque de Ryner et l'observait sans comprendre, passant les mains sur ses veines luisantes.

— Qu'est-ce qui est fascinant ? demanda-t-il distraitement.

Ryner indiqua la projection.

— Cette technologie. Ce n'est pas la nôtre, mais elle suit des principes similaires, comme si la personne l'ayant construite essayait de reproduire nos techniques.

— C'est possible ? demanda Pidge. On peut apprendre à faire des trucs comme vous ?

Pidge savait qu'ils étaient là pour Shiro, bien sûr. C'était la priorité. Mais iel ne pouvait pas s'empêcher de se laisser distraire par le village olkari. Partout autour d'iel, les Olkaris utilisaient des casques en bois et des gants en métal brillant pour construire des armes, des boucliers d'énergie, des véhicules et un tas d'autres choses. D'après ce qu'iel voyait, la plupart des machines sortaient de capsules qui pendouillaient des arbres et d'autres plantes, comme une sorte de kit laser prêt-à-pousser.

Quelques personnes, comme Ryner, semblaient capables d'obtenir tout ce qu'ils voulaient, même sans capsule. Et si tout cela était possible au beau milieu de nulle part avec des matériaux si vulgaires… qu'est-ce que cela devait être en pleine cité ?

Ryner sourit à la question de Pidge.

— Nos casques amplifient nos dons, nous permettant de donner des ordres plus compliqués. Ils peuvent vous accorder un minimum de contrôle, bien que cela demande de l'entraînement pour déployer plus qu'une simple capsule.

— Déployer une… Vous voulez parler de ces choses toutes faites dans les arbres ?

— Ça ne peut pas attendre, Pidge ? intervint Keith.

Il était le seul à ne pas être attablé et il semblait jusque-là perdu dans ses pensées, adossé à un arbre, les yeux posés sur la forêt environnante. Il fronçait désormais les sourcils.

— On est là pour Shiro.

— Je sais, dit Pidge en croisant les bras et s'affalant sur la table de pierre.

Les grands yeux de Ryner se plissèrent dans un sourire et elle se pencha vers Pidge pour lui chuchoter :

— Je vous montrerai ça plus tard.

Pidge sourit.

— Ok, donc… reprit Hunk, indiquant les schémas. Vous avez dit que c'était comme si quelqu'un cherchait à vous copier. Ça veut dire que vous pouvez comprendre comment ça marche ?

— Ce n'est pas aussi simple, je le crains.

Ryner se leva et alla au buisson le plus proche. Elle caressa une branche et deux coques y poussèrent, l'une après l'autre. Elle les cueillit, puis retourna vers la table pour les poser.

— Voici des jouets que nous faisons pousser pour nos enfants, expliqua-t-elle.

Ryner tapota l'œuf de gauche, y faisant germer des jambes, et il se mit à tituber sur la pierre comme une araignée saoule. Une autre tape sur le deuxième lui fit pousser des ailes et il s'envola, tel un bourdon en bois.

— J'ai usé des mêmes principes de base pour les construire tous les deux. Ils se ressemblent même au premier coup d'œil. Cependant, leurs mécanismes sont complètement différents. C'est la même chose pour ce bras. (Elle fit un geste de la tête en direction des plans.) Celui qui l'a construit s'est inspiré de notre travail, l'a peut-être même étudié. Mais le design lui est propre. Je vais avoir besoin de temps pour l'examiner si je veux trouver quelque chose d'utile.

— Combien de temps ? demanda Keith. On est un peu pressés, là.

— Ce qu'il veut dire, dit Hunk en faisant les gros yeux à Keith, qui souffla et détourna le regard, c'est que plus longtemps on reste, plus y a de chance que les Galras nous remarquent. On veut pas mettre votre peuple en danger.

Mais Ryner ne fit qu'agiter la main.

— Les Galras pensent que nous ne sommes qu'une poignée à s'être enfuis de la ville et qu'on passe chaque heure de la journée à fourrager la forêt pour ne pas mourir de faim. Ne vous inquiétez pas, ils ne remarqueront pas vos lions.

Elle coupa la projection, puis fit un signe de tête au garde olkari se trouvant à l'orée de la petite clairière. Il fit un salut et s'en alla, son pistolet de feuille accroché à la taille. (Sérieusement, comment faisaient-ils ? Quel genre d'arbre produisait des feuilles capables de supporter les tirs de ces armes sans se réduire en poussière ?)

— Venez, dit Ryner en se levant. Vu le temps que je vais passer à étudier cet appareil, autant vous montrer notre Bosquet.


Le Bosquet, découvrit Pidge, était le truc le plus cool que la nature ait jamais produit. C'était bien sûr parce que ce n'était pas entièrement naturel. Il était composé d'arbres, de buissons et de fleurs, bien entendu, mais tout était artificiel.

Ryner expliqua que tous les Olkaris étaient technopathes, mais qu'ils n'étaient pas tous aussi talentueux les uns que les autres, surtout depuis que les Galras les avaient envahis quelques années plus tôt, forçant les réfugiés à s'adapter à la vie dans la nature. C'était difficile de construire des machines à partir de matière organique (ce que Pidge trouvait évident), mais certains de leurs ingénieurs y étaient parvenus.

C'était de là que venaient les casques. Ils aidaient à traduire le langage technopathique des Olkaris en « langage des arbres », ce que Pidge trouvait bidon mais qui tombait apparemment sous le sens pour les Olkaris. Ce qui était en théorie possible sans les casques était infiniment plus facile en les ayant, si bien que les Olkaris s'en servaient pour le gros du travail.

Une fois les amplificateurs inventés, certains de leurs spécialistes (des botanistes, l'assumait Pidge, bien que Matt ait murmuré « ingénieurs biomécaniques » avec un air de pure délectation) s'étaient mis à modifier des plantes pour qu'elles contiennent les instructions nécessaires à la construction de machines spécifiques, avant de les rassembler dans le Bosquet. Il n'y avait désormais plus qu'à donner une simple commande aux plantes pour lancer le processus de construction. C'était si facile que la plupart des Olkaris n'avaient même pas besoin du casque pour « déployer une capsule ».

— Nous pouvons toujours nous servir de plantes ordinaires pour nos constructions, bien sûr, dit Ryner en souriant au garde olkari qui leur avait apporté quatre casques en bois, mais c'est plus difficile.

— C'est sûr, dit Pidge, enfilant le casque dès que Ryner le lui passa. Après avoir travaillé avec de la vraie technologie pendant si longtemps, ça doit être compliqué de passer à un truc pareil.

Ryner rit doucement.

— C'est tout l'inverse, en fait. Le métal est très difficile à travailler. Ces arbres sont bien plus accommodants.

Pidge plissa le nez.

— Mouais, peut-être, mais c'est juste parce que le bois est plus… mou.

— Le métal est inerte, dit Ryner. Le travailler demande une dose considérable d'improvisation. Par contre, quand nous utilisons des plantes…

Elle posa une main sur le tronc d'un petit arbre fin à côté d'eux. Une brindille se déroula de la branche principale, se tordit, puis s'envola sous la forme d'une libellule.

— La nature est déjà une machine et c'est toujours plus facile de modifier une machine qui existe déjà que d'en créer une de toutes pièces.

— Plus facile ne veut pas dire mieux, marmonna Pidge, ce qui fit rire Ryner.

Pidge ne comprenait pas. D'accord, c'était plus simple de faire un arc et des flèches qu'un pistolet, mais un arc n'aurait jamais la puissance d'un pistolet, modifié ou non. D'un point de vue objectif, le métal et le plastique étaient des matériaux supérieurs.

C'était peut-être une sorte d'optimiste culturel. Nous n'avons plus de métal, mais voyez le bon côté des choses ! Nous pouvons prendre des raccourcis !

Pidge n'eut pas le temps de se pencher plus longtemps sur les idées étranges de Ryner en matière de construction. Une fois que tout le monde fut doté d'un casque, Ryner leur fit un cours accéléré sur le modding de la nature et les laissa faire des essais dans le Bosquet pendant qu'elle repartait examiner le bras de Shiro.

Malheureusement, les instructions de Ryner n'avaient pas beaucoup de sens. Trop de « parlez aux arbres » et « concentrez-vous sur leur croissance » et d'autres conneries du même genre. Matt s'était assis en tailleur devant le plus grand arbre et marmonnait quelque chose au sujet de la température, de la lumière du jour et d'indicateurs. (« Pidge, si jamais on revient un jour dix ans en arrière, rappelle-moi de prêter plus d'attention aux cours de botanique. »)

Hunk avait posé une oreille contre le tronc d'un autre arbre et le palpait doucement, comme s'il essayait de trouver un creux.

À quelques pas de là, Keith se tapotait le menton d'une griffe en essayant apparemment de soumettre son arbrisseau du regard. Après un moment, il tendit la main et toucha une feuille avec précaution. Rien ne se passa.

Pidge recula, observant les capsules visibles dans certains arbres. Elles variaient de la taille d'un ongle à celle d'un ours, formant des douzaines de machines qui n'attendaient qu'à être déployées. Ryner avait dit que le but du Bosquet était de faciliter les choses, alors logiquement, iel n'avait qu'à activer un levier quelconque, non ?

Prudemment, iel posa la main sur le tronc d'un arbre aux capsules de taille moyenne. Iel aurait pu entrer dans l'une d'entre elles en se serrant un peu, mais iel n'aurait pas beaucoup d'espace. Iel ne savait pas du tout à quoi elles servaient.

Ce n'était rien. La science, ça passait par des expériences.

Iel ferma les yeux et fit semblant d'encoder quelque chose. Les Olkaris étaient des génies de la technologie, après tout. C'était logique de penser qu'ils avaient incorporé un petit programme dans leurs créations.

Exécute le programme, pensa Pidge, se sentant bête. Déploie une capsule. Euh… allume-toi ? Iel ouvrit un œil et leva la tête, mais rien n'avait changé.

Avec une moue, iel referma les yeux. C'est comme de la programmation. Sauf qu'iel ne savait pas quel langage les Olkaris utilisaient, ni ce que le programme était censé faire, ni comment entrer une commande. Mais bon, la programmation se faisait au moins à moitié par tâtonnements.

Alors qu'iel essayait de superposer du MS-DOS sur l'écorce en frappant violemment les touches de son clavier mental, Pidge trouva ce qu'iel cherchait. C'était comme un dossier exécutable tapi dans la résine de l'arbre, juste un petit quelque chose attendant une impulsion et, quand Pidge la lui donna, l'arbre prit soin du reste.

Avec un crac foudroyant, la capsule se sépara de la branche, se dépliant en plein air pour devenir une sorte d'hoverbike, juste assez grand pour accueillir deux personnes. La coquille vide tomba par terre, mais le véhicule flottait à quelques centimètres du sol, brillant doucement. Il était complètement silencieux.

Keith se retourna, les yeux écarquillés, et Pidge caqueta en se jetant sur le siège conducteur. À la place d'un guidon, la moto était dotée de deux cavités assez profondes pour avaler les bras de Pidge presque jusqu'aux coudes. Il y avait quelques boutons et une sorte de manette au fond et, après un peu de recherche, iel trouva l'accélérateur, les freins et ce qui permettait de tourner, soit tout ce dont un véhicule avait vraiment besoin.

Iel se tourna vers Keith en souriant de toutes ses dents.

— Bon alors, feignasse, tu viens ? On va faire un tour (2).


Pidge et Keith étaient partis depuis moins de cinq minutes (ce qui n'avait pas vraiment suffi à Pidge pour apprendre à piloter sa nouvelle moto en bois) quand une alarme s'éleva. Au début, on aurait dit de simples cris d'oiseaux, mais les arbres autour d'eux se mirent soudainement à s'agiter.

La seconde d'après, la voix de Matt crépita dans l'intercom :

— Rejoignez vos lions tout de suite !

— Qu'est-ce qui se passe ? demanda Keith.

— Robeast en approche.

Pidge crut que son cœur allait s'arrêter. Son corps se figea ; iel ne put que lever la tête pour regarder le ciel à l'affût d'une catastrophe imminente.

Keith, heureusement, se ressaisit plus rapidement. Il se leva à l'arrière de la moto, éloigna Pidge des contrôles et échangea leurs places d'un bond. Enfonçant les mains dans les cavités de contrôle, il tourna l'accélérateur, testa son équilibre, puis fit un demi-tour serré qui fit crier Pidge et s'accrocher à son armure.

— T'es malade ? cria-t-iel à travers le hurlement du vent. Tu sais même pas comment conduire ce truc !

— Suffit d'improviser, dit Keith, et c'est qu'il souriait, cet abruti.

Il se pencha sur les contrôles et les fit aller encore plus vite. Pidge grimaça, mais se blottit dans la petite poche d'immobilité relative juste derrière Keith.

— Si tu nous tues, Keith, je te jure…

Il rigola.

À mi-chemin du Bosquet, le ciel s'illumina de lasers semblant provenir du sol. Les Olkaris devaient avoir des défenses cachées parmi les arbres. Pas que Pidge pouvait voir grand-chose de la bataille avec toute cette nature dans son champ de vision.

De retour dans la clairière où ils avaient posé leurs lions, Keith fit déraper l'hoverbike, s'arrêtant juste devant Green. Le lion rouge était nulle part en vue, mais cela n'arrêta pas Keith. Dès que Pidge fut à terre, il fit à nouveau foncer la moto.

— Matt, j'arrive, dit-il alors que Pidge escaladait la rampe de Green à toute vitesse.

Soudain, Keith était dans les airs, montant de plus en plus haut jusqu'à ce que l'hoverbike cale. Pidge, ébahi∙e, se laissa tomber sur son siège de pilote alors que Keith sautait de la moto. Il resta suspendu en l'air un instant, à trente mètres du sol.

Red surgit juste avant qu'il ne commence à tomber.

Bordel, c'était quoi, ça ? s'écria Pidge.

Keith poussa un rire grisé et Matt dit :

— Pas de gros mots.

— Pas de gros mots ? (Iel se reprit assez pour élever Green du sol et suivit la vague de lasers.) Te plains pas de mon vocabulaire quand tu viens d'attraper Keith en plein vol comme un chien se jetant après une fichue balle de tennis.

— Avoue, fit Keith, apparaissant dans le signal vidéo du cockpit de Red et s'attachant au siège derrière celui de Matt. C'était trop classe.

Pidge n'avouerait rien de tel.

— Où est Hunk ?

— Dans une tourelle, dit Hunk. Je te gênerais si je reste derrière toi.

Matt fit claquer sa langue.

— Les autres arrivent, mais pas dans la minute. Va falloir occuper cette chose en attendant.

Ce fut à ce moment-là que Pidge aperçut le robeast. Pour une fois, il était au sol, mais Pidge ne savait pas si c'était parce qu'il ne pouvait pas voler ou s'il préférait simplement rester dans la forêt. La verdure limitait en effet les défenses olkaris. Quelques-unes de leurs armes ressemblaient plus à des catapultes qu'à des lasers, lançant des orbes brillants qui formaient un arc lent en direction de la bête. Le reste volait sans but au-dessus de sa tête ou s'éteignait parmi les feuilles.

Le monstre ressemblait à une sorte de cerf mutant à cinq yeux. Sa tête et ses épaules dépassaient du feuillage et il était d'autant plus grand du fait de ses ramures menaçantes de cinq mètres de haut. Des canons couraient le long de son dos et une sorte de vague scintillante émanait de sa bouche à chaque fois qu'il hurlait (un bêlement digne d'une chèvre démoniaque).

— Je croyais qu'on s'était débarrassés de tous les robeast sur Maorel, se plaignit Pidge, lâchant un tir de test en restant en retrait, bien hors de portée.

Iel ne savait pas à quoi servait cette vague scintillante et iel n'avait pas hâte de le découvrir. Son laser toucha sa cible, mais ne laissa aucune marque visible. Bien sûr que non. Ce serait trop facile.

— Il doit y avoir un autre labo quelque part, dit Keith. Ou d'autres pilotes détenus dans des vaisseaux de guerre ou autre.

Pidge grimaça.

— Magnifique.

Le fait que la première pensée de Pidge face à un alien cyborg à forme de cerf de trente mètres de haut fut « Oh. Ce n'est pas si terrible. » en disait long sur le déroulement de cette guerre.

Iel fut bien obligé∙e de revoir son jugement quand iel se lança dans la bataille. Le cerf était coriace et rendait bien les coups sous la forme de lasers aussi gros que des balles de volley qui faisaient crier les lions rien qu'en les effleurant et de sabots qui écrasaient tout sur leur passage. Il n'était pas particulièrement rapide avec tous ces arbres lui bloquant la route, mais il continuait d'avancer, traversant la forêt comme s'il nageait dans de l'eau à la couleur étrange. Le village olkari se dressait sur son chemin.

Que ce soit une coïncidence ou que la bête ait l'intention de détruire les rebelles, Pidge n'en avait aucune idée. Iel savait juste qu'il fallait l'arrêter.

Ce fut alors que les ennuis commencèrent. Entre les lasers et la vague scintillante, il était impossible de s'en approcher par le haut et les arbres formaient un bouclier naturel autour du robeast, le protégeant des attaques venues du sol. Si cette chose avait la moindre faiblesse, elle ne le montrait pas.

— On va devoir prendre des risques tôt ou tard, marmonna Matt, comme s'il avait l'intention de se laisser toucher par la vague mystérieuse pour voir ce que cela faisait.

— Flanquons-le, dit Keith. Si on reste à basse altitude, les canons sur son dos ne devraient pas pouvoir nous atteindre–

— Et il ne peut pas regarder partout à la fois, finit Matt. Parfait. Pidge ?

Pidge se creusa la tête à la recherche d'un meilleur plan, de n'importe quel plan, mais iel ne trouva rien. Les renforts étaient trop loin et dans une minute, le village se ferait piétiner.

Avec un long soupir, Pidge fit demi-tour.

— D'accord. N'allez pas vous faire tuer.

Ils filèrent à toute vitesse, Red devançant Green même sur la courte distance les séparant du robeast. Et Pidge se forçait à aller plus vite qu'iel ne le devrait. Ce n'était pas comme s'iel était du genre à raser la cime des arbres à plein régime ; Matt et Keith étaient ceux qui étaient toujours à la recherche de sensations fortes et les autres paladins étaient bien contents de ne pas s'en mêler.

Mais Pidge se donna de toutes ses forces, relâchant un barrage de lasers sur le robeast. Iel n'avait pas eu l'occasion de charger le bouclier de Green, donc iel ne pouvait pas se servir de THOR. Bien évidemment. Ce robeast était un vrai cafard : il n'était pas aussi dangereux que les autres, mais il était bien plus pénible parce qu'il était impossible à tuer.

Le laser de Pidge le toucha en plein dans l'œil et il se dressa sur ses pattes arrières, poussant un cri qui lui vrilla les tympans. Iel eut à peine le temps de s'en remettre avant qu'il ne se laisse retomber au sol, se tournant vers le lion vert.

— Oh oh, marmonna-t-iel.

La vague scintillante s'écrasa sur iel dans un bruit ressemblant au cri de mille oiseaux et Pidge grinça des dents. Iel perdit son sens de l'orientation et du temps qui s'écoulait, rentrant la tête dans les épaules dans une vaine tentative d'échapper à cette cacophonie.

L'instant d'après, Green était au sol, étendue là où elle était tombée, la voix empâtée dans l'esprit de Pidge.

Matt criait son nom.

— J'vais bien, marmonna-t-iel, se débattant avec ses sangles jusqu'à ce que les boucles se détachent. Votre plan a fonctionné, au moins ?

Matt resta silencieux un moment et Pidge l'imagina en train d'échanger un regard avec Keith.

— …Non.

Pidge ricana, rampant en direction des ordinateurs centraux de Green. Elle avait encore du courant, mais Pidge savait sans y toucher qu'iel n'allait pas pouvoir la faire bouger dans son état actuel. Tout semblait bizarre, détraqué, brouillant le monde alentour.

— Bah, on dirait bien que vous allez devoir vous occuper de celui-là tous seuls jusqu'à ce que les autres arrivent. Je suis complètement à terre, là.

Matt jura et Keith grogna.

— On trouvera quelque chose, dit Keith. Le château sera bientôt là de toute façon.

— Cool.

Pidge n'écoutait plus qu'à moitié, pianotant sur son clavier pour obtenir un diagnostic de ses ordinateurs peu coopératifs.

Quelque chose s'était définitivement brouillé après cette attaque.

— Pidge !

Pidge se redressa, fronçant les sourcils. Cette voix ne venait pas de l'intercom, mais de l'extérieur du lion vert. Iel jeta un dernier regard à l'écran, puis se leva et sortit rapidement par la trappe en haut du crâne de Green.

Ryner se tenait près de la patte du lion vert, une main posée sur le métal. Pidge sentit un picotement tandis que quelque chose remuait au fond de son lion, et iel fut plié∙e en deux par une vague de nausée.

— Stop ! cria-t-iel, glissant de la tête de Green et atterrissant sans grâce à côté de Ryner. Je sais pas ce que vous faites, mais arrêtez.

Ryner retira sa main de la coque et l'univers de Pidge cessa de tourner. Iel leva la tête et vit Ryner en train l'observer avec de grands yeux.

— Je suis navrée. Je ne savais pas que vous et votre lion étiez des symbiotes.

— Des symbiotes ? répéta Pidge en haussant un sourcil. J'aurais pas dit ça comme ça, mais… ouais, pourquoi pas. Du moment que vous arrêtez de faire je ne sais quoi, là.

— J'essayais simplement d'aider avec les réparations.

Pidge ouvrit la bouche pour protester, puis la referma. Les Olkaris étaient technopathes, ce qui voulait dire que, en théorie, Ryner pouvait certainement réparer Green plus vite que n'importe qui… tant qu'elle savait ce qu'elle faisait.

Ryner sembla sentir la direction des pensées de Pidge. Elle tendit la main, paume vers le ciel, en direction de Pidge.

— Dites-moi quoi faire.

Dans l'intercom, Keith jura à nouveau. Shiro leur dit de tenir bon, que les autres lions étaient en chemin, mais quelle différence cela ferait-il ? Qu'il y ait deux ou quatre lions, le robeast n'avait pas l'intention de s'arrêter. Il devait être près du village désormais. Pidge espérait que les Olkaris avaient réussi à s'enfuir, mais même si c'était le cas, les paladins allaient devoir être prudents. Toute attaque pourrait toucher aussi bien les Olkaris que le robeast.

Pidge ne pouvait pas se permettre de rester sur la touche.

— Très bien, dit-iel, s'approchant de Ryner pour placer ses mains sur les siennes sur la coque de Green. Voilà le plan…


Les minutes qui suivirent défilèrent à toute vitesse, Pidge dessinant rapidement un schéma de Green et des dégâts requérant leur attention. Green lui fournissait l'information, Pidge la relayait et après quelques loupés, Ryner pouvait désormais suivre ses instructions comme si elle avait réparé des chats de l'espace toute sa vie. Après quelques minutes, Pidge n'essaya plus de comprendre ce qui se passait et laissa Green se servir d'iel comme porte-parole.

Iel arrêta de parler à un moment, l'esprit tourné vers les circuits internes de Green, un diagnostic affiché sous ses paupières.

Il lui fallut quelques minutes pour se rendre compte que Ryner suivait toujours son rythme. Cela ne prit qu'un instant supplémentaire à Ryner pour remarquer la surprise de Pidge.

Ils se fixèrent l'un l'autre un moment avant que Pidge ne secoue la tête. Ce n'était pas le moment de se poser des questions. Le robeast n'était pas encore vaincu. Les amis de Pidge avaient besoin d'iel.

Et soudain, c'était fini.

Iel recula, souriant en voyant Green se lever. Ses cristaux avaient été réalignés, ses fils et conduits à quintessence raccordés là où ils avaient été rompus lors de la chute. L'attaque (une sorte de tir infrasonore, de ce que Pidge avait compris) avait brisé quelques cristaux et causé un court-circuit du système de défense, ce qui avait fait fondre quelques appuis alentours.

Sans métal à portée de main, Ryner avait dû improviser, tissant des plantes entre les plaques cuirassées et les transformant en substitut passable des systèmes endommagés.

— Cela ne tiendra pas longtemps, l'avertit Ryner.

Pidge secoua la tête.

— Pas grave.

En plus, Green ne semblait pas dérangée par les réparations rudimentaires. Au contraire, elle semblait ravie.

Une explosion retentit et Pidge pivota, fronçant les sourcils. Les autres discutaient toujours dans l'intercom, mais Pidge avait décroché. Le robeast n'allait pas être abattu de sitôt et à en juger par les cris de plus en plus affolés qui vrillaient ses oreilles, les autres ne semblaient pas avoir trouvé de stratégie viable.

— Comment ça se passe ? demanda-t-iel.

— Eh bien, y a une bonne et une mauvaise nouvelle, dit Lance.

Hunk s'esclaffa.

— Shay et Shiro sont arrivés juste à temps pour éloigner cette chose du village d'un coup de boule, mais c'est la seule victoire qu'on a eue.

Lance poussa un petit grognement déçu.

— T'as gâché mon annonce dramatique.

— Désolé ?

— Laisse tomber, geignit Lance. En bref, on a réussi à l'occuper pour le moment, mais il essaie encore de rejoindre le village et je sais pas combien de temps on va tenir avant que quelqu'un d'autre soit touché par ce rayon de la mort.

— Rayon infrasonore, corrigea distraitement Pidge.

Lance dit quelque chose en retour, mais l'esprit de Pidge s'attaquait déjà au problème suivant.

— Ce robeast doit bien avoir une faiblesse.

Keith ricana.

— Si c'est le cas, il le cache bien.

Voilà qui donnait matière à réfléchir. Pidge s'était dit que le robeast restait dans la forêt parce qu'il ne savait pas voler, mais et s'il s'agissait d'un mécanisme de défense ? Et si le meilleur moyen de le battre était de le prendre par-dessous ? De faire de la forêt un piège et non plus un bouclier ?

Iel se tourna vers Ryner.

— Vous pouvez construire un casque technopathique pour le lion vert ?

— Comment ?

— Votre casque, dit Pidge en agitant la main vers la couronne en bois sur la tête de Ryner. Vous pouvez en faire un pour Green ? Nous donner un moyen de faire bouger les arbres ?

— Je dois pouvoir créer un conduit jusqu'au cockpit… dit lentement Ryner. Mais il faudra que vous me guidiez et ce sera bien plus compliqué à faire loin des arbres du Bosquet.

— Alors c'est vous qui l'utiliserez.

Ryner cligna des yeux.

— Moi ?

Pidge la poussa vers Green.

— Pendant que je vole, vous transformez cette forêt en instrument de torture qui sent le sapin. Vous en dites quoi ?

Ryner hésita un moment, puis poussa un petit rire.

— Ça vaut le coup d'essayer, je suppose.

— Génial. Rejoignez-moi à l'intérieur quand vous êtes prête.

Pidge tapota la patte de Green, puis se précipita dans sa gueule, montant la rampe à toute vitesse.

Iel ralentit légèrement en découvrant le cockpit, quasiment inchangé si ce n'était pour la présence d'un second siège à côté du sien. Pidge observa une paire de prises en bois s'élever du tableau de bord, poussant vers l'avant jusqu'à ressembler aux contrôles de l'hoverbike que Keith avait détruit.

Pas le temps de se poser de questions. Pidge s'assit aux commandes et prépara Green au combat. Quelques secondes plus tard, Ryner apparut, hésita, puis s'assit à côté de Pidge.

Ils échangèrent un regard, Pidge sourit et Ryner enfonça les mains dans ses contrôles en bois.

Le lion vert poussa un rugissement qui secoua les os de Pidge et effraya les oiseaux de leur perchoir dans les arbres environnants. Pidge eut un cri de joie alors qu'ils s'élançaient dans une course bondissante. Ils esquivèrent les arbres, leur queue volant derrière eux, leurs griffes creusant la terre meuble sous leurs pattes.

Une douce lueur bleue s'échappa des mains de Ryner, courant le long du tableau de bord et s'insinuant dans l'esprit de Pidge comme une lignée de cierges magiques allumés à Noël. C'était nouveau. C'était différent. Autour d'eux, le bois répondait. Les arbres grognaient et s'inclinaient devant eux, créant un chemin et s'entrelaçant au-dessus de leur tête, formant une bulle d'espace dégagé qui les suivait à travers la forêt.

Ce n'était pas comme ça que fonctionnait le don olkari.

Pas que Ryner (ni Pidge) s'en plaignait.

Les sabots du robeast entrèrent dans leur champ de vision et Pidge fit déraper Green dans un bruit sourd et le claquement des branches contre sa coque. L'antenne de Ryner tressauta. Ils s'arrêtèrent entre les deux pattes avant.

Soudain, ils se retrouvèrent au centre d'une tornade de vert, de branches et de lianes qui virevoltaient autour d'eux, frappant le robeast de toute part. Green rugit et la tempête s'étendit, incitant des plantes plus lointaines à se joindre à la danse. Pidge et Ryner étaient pris dans la même danse, deux esprits– un esprit– des millions d'esprits mêlés les uns aux autres au sein du lion vert et portés entièrement sur leur ennemi commun.

— C'est quoi ce quiznak ? s'exclama Lance.

Pidge sourit alors que le robeast se débattait, tapant violemment des sabots. Des arbres furent déracinés, mais les racines prirent vie et se mêlèrent à leurs voisines, davantage de plantes se joignant à l'assaut.

Quand le robeast commença à faiblir, Pidge dégagea Green du fourré qu'ils avaient créé. Iel s'envola et vit que le robeast était complètement immobilisé. Des petits taillis avaient germés sur les canons dans son dos et des liens en feuillage maintenaient sa tête en place.

— Wow, ça s'est mieux passé que prévu, dit-iel avant de lever la main vers Ryner, qui lui tapa dedans comme si elle l'avait déjà fait des millions de fois.

Une fois qu'elle le fit, elle marqua une pause, la tête penchée de côté avec confusion. Pidge sourit.

— Et je crois que j'ai trouvé mon copilote.

— Toujours à en faire plus, marmonna Matt.

Keith secoua la tête.

— Dépêchons-nous d'en finir avec ce truc.

— Ouais, dit Shiro.

Black et Red fondirent sur leur proie à l'unisson, lames sorties, et coupèrent la nuque du robeast entre le premier et le deuxième canon. La bête fut prise de spasmes, poussa un dernier beuglement affaibli, puis s'affaissa dans ses liens.


— Tu es sûre que ça ne posera de problème à personne si tu viens avec nous ? demanda Pidge.

Iel essaya de ne pas montrer à quel point iel voulait que Ryner les accompagne, mais c'était sans doute inutile. Après tout, ils avaient plus ou moins partagé un même esprit, comme l'avait décrit Matt en parlant de se synchroniser. Ryner avait glané toutes les informations utiles des souvenirs de Pidge et s'était proposée de rejoindre Voltron avant que Pidge ne puisse trouver une bonne façon de lui poser la question.

Ryner sourit, posant une main sur la tête de Pidge.

— Nous autres Olkaris savons nous adapter facilement. Ils se débrouilleront très bien sans moi.

— Mais vous êtes sûre qu'ils ne risquent rien ? demanda Shiro. Les Galras savent que nous sommes là.

— Olkarion subsiste dans un cessez-le-feu précaire, dit Ryner. Notre planète est sous occupation, notre peuple en danger constant. Mais nous sommes au bord de la révolte. Si Zarkon tente de nous prendre d'assaut, il perdra le peu d'emprise qu'il détient sur notre planète.

Pidge fronça les sourcils.

— Les rebelles d'ici sont quand même en danger.

— Ils quitteront ce Bosquet, dit Ryner avec un sourire mystérieux. Nous pouvons être très difficiles à trouver quand nous le voulons, tu sais.

— Et puis, dit Lance en agitant la main. Ils ont le truc de communication, non ? S'il leur arrive quelque chose, on reviendra les aider.

Shay fit un son renfrogné et cueillit un pétale de fleur avec plus de force que nécessaire.

— Nous devrions chasser les Galras d'ici tant que nous en avons l'occasion. Si les Olkaris sont vraiment au bord de la révolte, pourquoi ne pas se rallier à eux maintenant ?

— Parce qu'Haggar en sait trop sur nos intentions, dit Shiro d'un ton sec. L'idée de partir comme ça me déplaît autant que vous, mais on n'a pas le choix. On ajoute précaution sur précaution et ça ne change rien. Haggar sait toujours où on va et ce qu'on a prévu. Si on veut libérer cette planète, on aura besoin d'un plan qui réduira au maximum les pertes, ce qui veut dire au minimum que Zarkon ne doit pas en être informé au préalable.

— Nous reviendrons, dit Ryner en hochant la tête. Olkarion survivra quelques semaines de plus.

— J'espère bien, marmonna Hunk.

Pidge sourit et lui donna un coup de coude.

— Ça ira ! Avec Ryner dans l'équipe on trouvera la porte dérobée d'Haggar en un rien de temps, on l'éjectera de la tête de Shiro et on sera en train de botter des culs galras avant le prochain Cercle des Ents.

Matt ricana, coinçant la tête de Pidge dans le creux de son bras.

— D'accord, Pippin (3). Dis au revoir à tes amis les arbres et retournons au château.

Enfin, marmonna Pidge.

Iel dit au revoir aux Olkaris qui étaient venus assister au départ de Ryner, plissa le nez en direction de la forêt environnante (qui lui paraissait moins terrible maintenant qu'iel l'avait vue étrangler un robeast, mais toujours humide et répugnante), puis pivota pour remonter la rampe du lion vert, Ryner à sa suite.


Note de la traductrice :

(1) Portes dérobées : de l'anglais « backdoors », c'est un terme de piratage informatique qui désigne un programme qui donne au hacker un accès secret au logiciel dans lequel il est caché.

(2) Ai-je reregardé Mean Girls pour traduire cette phrase-là ? Peut-être. Est-ce que je le regrette ? Ça reste à voir.

(3) Heureusement qu'en plus de Mean Girls, je me suis refait un marathon du Seigneur des Anneaux avec le reste de la famille (vive le confinement). Bon, pas que ça m'ait vraiment servi, vu que j'ai cherché sur Internet pour la traduction plus récente de « Cercle des Ents » qui me plaisait mieux que la version initiale de « Chambre des Ents », mais bref.

A suivre, un chapitre un peu plus "détente" du point de vue de plusieurs personnages secondaires, connus (comme Jeya, Rolo et Nyma) ou encore à découvrir (notamment plusieurs enfants Galras). J'espère que ça vous plaira :)