Dans le chapitre précédent : Les paladins ne faisaient aucune avancée malgré leurs efforts pour comprendre le fonctionnement de la prothèse de Shiro, alors ils sont allés sur Olkarion, une planète de technopathes connus pour mêler machine et nature. Ils y ont rencontré Ryner, qui leur a offert volontiers son aide, mais un robeast a interrompu leurs recherches et le lion vert a été endommagé. Ryner et Pidge l'ont réparé ensemble et l'ont copiloté, se servant de la forêt elle-même pour abattre le robeast.
Chapitre 15
Aperçus
Notes de recherche du Projet Robeast
Entrée #1.3
Deux ans avant le retour de Voltron
CŒUR a été fondé en l'an impérial 9870 pour étudier les effets de la privation de quintessence et de la quintessence synthétique. Depuis, l'équipe CŒUR a fait des progrès notables dans leurs études de la privation prolongée, mais très peu dans le domaine de la synthèse quintessencielle. C'est pourquoi nous sommes là.
L'objectif du projet Robeast est d'identifier les effets de la Q-synthétique et d'explorer ses recours potentiels dans la Guerre de Conquête. Des améliorations cybernétiques et technopathiques pourraient faire de meilleurs soldats, mais seulement si nous comprenons les effets secondaires et trouvons un moyen de les contrôler.
Nous agissons avec l'aval et sous les directives de Dame Haggar, Grand Prince de l'Empereur, Druide en chef, bras droit de notre Seigneur Zarkon.
Vrepit sa.
Coran sursauta quand le minuteur de son poste de travail se déclencha. Cela faisait déjà deux heures ?
Secouant la tête, il s'adossa contre sa chaise et ferma les yeux. Il avait l'impression qu'à peine dix minutes s'étaient écoulées depuis qu'il avait repris son incursion des schémas du bras de Shiro. C'était peut-être parce qu'il n'avait fait quasiment aucun progrès. Hunk, Matt, Pidge et Ryner lui avaient envoyé leurs notes (contenant toujours plus de questions que de réponses) et Coran avait mis du temps de côté pour les passer en revue.
Il semblait avoir besoin de mettre du temps de côté pour tout ces derniers jours, même pour dormir. Il y avait simplement trop à faire. Effectuer la maintenance et des réparations du château, faire le ménage, entraîner les paladins, enseigner à Tev et Zelka toutes les nuances des vaisseaux de guerre altéens, et bien sûr, étudier le bras de Shiro.
Il aurait facilement pu passer la journée sur ce dernier problème, mais cela laisserait le château à l'abandon. Dix mille ans de négligence avaient laissé derrière eux bon nombre de soucis et même après deux mois, Coran n'avait pas tout à fait rattrapé son retard.
Il se forçait donc à se cantonner à son planning. Quatre heures de maintenance le matin, deux heures à regarder ce que les paladins lui avaient envoyé sur le bras de Shiro la nuit précédente, et c'était désormais l'heure d'aller voir ses nouveaux apprentis.
Tev était de repos ce jour-là, ce qui voulait dire qu'il se trouvait certainement au cinquième étage à nettoyer les quartiers des réfugiés. Il avait beau être jeune, Coran devait bien lui reconnaître son éthique professionnelle.
Zelka était dans la salle des armes, détartrant la crasse accumulée lors de leur dernière bataille. Coran lui avait appris tout ce qu'il pouvait au sujet du château-vaisseau et elle l'avait relayé peu à peu aux autres Galras qui voulaient prêter un coup de main.
Tout ce système de délégation mettait du temps à démarrer, mais Coran et les paladins s'étaient déjà délestés de la plupart des tâches ménagères, sauf autour de leurs propres quartiers, de la salle d'entraînement et du hangar des lions. Zelka et ses deux meilleurs élèves commençaient même à reprendre les tâches les plus simples sur la liste de maintenance hebdomadaire de Coran.
Il était quasiment certain que c'était la seule raison pour laquelle il n'avait pas encore terminé dans une capsule de soin.
Terminant à la hâte ses notes sur le bras de Shiro, Coran éteignit son poste de travail et se dirigea vers les ascenseurs. Il faisait confiance à Zelka pour lui faire signe au moindre problème, mais il aimait aller voir ses assistants de temps en temps. Ils l'aidaient tellement qu'il se sentait redevable envers eux.
Il les entendait travailler depuis le couloir, des rires et des éclats de voix se mêlant aux bruits de métal et aux jets d'eau occasionnels.
Coran s'arrêta dans le sas, observant le dôme de maintenance qui fournissait gravité et atmosphère à l'équipe de Zelka, qui travaillait sur l'arsenal d'armes extérieur du château. Zelka avait une sacrée présence quand elle ne s'adressait pas à Coran ou aux paladins. Nettoyer l'artillerie était l'une des tâches les plus laborieuses de la liste de Coran, simple, mais chronophage. Cela lui prenait généralement une bonne partie de la journée pour racler toute la saleté qui s'accumulait dans les pholothènes, polir et réaligner les cristaux, tenir compte et aplatir tout bord déformé qui pourrait poser problème avec le dispositif de visée et donner au tout un lavage en profondeur.
Cette équipe travaillait bien plus vite que lui, ce qui ne s'expliquait pas que par le fait qu'ils étaient plus nombreux à se partager le travail.
La première assistante de Zelka était assise sur une plate-forme flottante devant la rangée de pholothènes (des cavités octogonales dans la coque du vaisseau où la quintessence était condensée pour servir d'arme), y passant une grosse pelle de métal pour en retirer les résidus. Son compagnon se tenait derrière elle avec une lance à eau, nettoyant les impuretés.
Zelka passait en dernier, inspectant chaque pholothène et vérifiant leur axe à travers une lentille.
Ils papotaient en travaillant, parlant des enfants et des mésaventures des autres adultes dans le château-vaisseau, de leur propre jeunesse et d'un million d'autres sujets. Leur côté décontracté tranchait avec l'efficacité militaire de leurs gestes, ce qui rappela à Coran l'ancienne Garde de Voltron.
Il se rendait compte que certaines choses ne s'étaient pas perdues dans l'histoire comme il l'avait craint. Les paladins étaient de retour, Voltron était plus fort que jamais et le Château des Lions amassait lentement les alliés nécessaires pour défier Zarkon.
Et puis, il y avait ces rumeurs d'une Nouvelle Altéa.
Cela faisait un moment que Matt et Keith avaient rapporté les derniers mots de Jost, mais Coran n'avait pas réussi à se les sortir complètement de la tête. La Nouvelle Altéa. Il mourait d'envie d'y aller, de voir si la rébellion altéenne dont avait parlé Anamuri était réelle, si une partie de son peuple avait échappé aux radars de Zarkon et avait réussi à se reconstruire.
Il était fort possible que la Nouvelle Altéa ne soit pas aussi impressionnante qu'il ne l'imaginait. C'était certainement le quartier général de l'Entente, la rébellion Galra, qui ne faisait que faire honneur aux anciennes pratiques. Il était même probable qu'il n'y ait pas le moindre Altéen sur la Nouvelle Altéa et aucune trace de la culture qu'ils avaient emportée dans la tombe. Keith pouvait dire tout ce qu'il voulait, il y avait une grande différence entre quelques réfugiés au sang altéen et la civilisation que le nom « Nouvelle Altéa » impliquait.
C'était ces peurs qui empêchaient Coran d'en parler avec Allura. Elle s'intégrait bien à sa nouvelle équipe, souriant plus qu'au début de cette guerre. Coran ne voulait pas gâcher ça avec des promesses en l'air.
Mais ces mêmes promesses imprégnaient ses rêves. Durant la nuit, il traversait des couloirs immaculés, passait devant des jardins où des enfants jouaient avec des viffères duveteux, devant des salles de bal où des seigneurs et dames dansaient le tellet au rythme de symphonies familières. Durant la nuit, il se tenait sur un balcon aux côtés du roi Alfor et de la reine Lealle, observant le monde en paix.
Ses rêves menaçaient d'envahir son esprit quand il était éveillé, le poussant à toujours rechercher le moindre signe de la Nouvelle Altéa et sa cachette dans sa base de données, bien qu'il savait déjà qu'il ne trouverait rien. Pas dans les cartes stellaires auxquelles il avait accès. Pas dans les transmissions qu'ils avaient interceptées. Si la Nouvelle Altéa existait bel et bien, il ne savait pas comment la trouver.
Zelka finit par remarquer Coran et lui fit un signe de la main. Elle aboya un dernier ordre à ses assistants, puis ramena sa plate-forme flottante au sol et se dépêcha de le rejoindre avec un salut. L'ancien salut altéen, deux doigts levés à la verticale devant sa tempe, ne lui venait toujours pas naturellement ; il voyait bien que son corps voulait s'incliner profondément, comme il était coutume dans l'armée de Zarkon, mais elle voulait faire les choses bien.
Coran joignit les mains derrière son dos et lui fit un signe de tête, se permettant un moment de formalisme avant de se détendre. Honnêtement, Zelka était plus à cheval sur le protocole que Coran ne le serait jamais, ce qui était certainement une bonne chose, puisque Tev n'y faisait aucunement attention. Coran avait essayé de trouver un équilibre. Tev et Zelka suivaient tous les deux les ordres aussi bien que n'importe quel soldat en pleine bataille et Coran pensait que c'était plutôt inutile de bâtir une hiérarchie pour une équipe de trois personnes.
Un jour peut-être, cela serait à nouveau nécessaire. En attendant, Coran traitait son tireur et sa mécanicienne comme des collègues et non des subordonnés.
— Comment ça se passe ? demanda Coran, se balançant sur place en levant les yeux juste à temps pour voir un autre jet s'échapper du tuyau de nettoyage.
De l'eau cascada au sol sous les pholothènes et une légère brume vint rafraîchir sa peau.
— Nous avons presque terminé. Je pensais ensuite aller vérifier les générateurs de barrière de secours avant la pause déjeuner.
Coran haussa les sourcils.
— Mais c'est que ça progresse.
Zelka sourit, inclinant la tête avec modestie.
— Grâce à vos enseignements, Capitaine.
Capitaine. Par les anciens ! Il devait vraiment raisonner Zelka au sujet de son protocole. Certes, Coran était officier il fut un temps. Quand Alfor était capitaine du Château des Lions, le rôle de conseiller de Coran lui avait donné le rang de lieutenant en chef, mais c'était en grande partie à titre honorifique. Capitaine.
Coran leva les yeux et secoua la tête. Il avait déjà dit à Zelka que ce titre n'était pas nécessaire, mais cela semblait toujours en vain.
— Très bien, dit-il en claquant des mains. Dans ce cas, je vais vous laisser. Faites-moi signe si vous avez besoin de quoi que ce soit.
— Bien sûr, monsieur.
Zelka fit un nouveau salut et Coran quitta la pièce à la recherche d'une nouvelle distraction. Son esprit lui criait de retourner au pléthore de problèmes qui l'attendait sur la passerelle, mais il se força à appuyer sur le bouton du septième étage quand il parvint à l'ascenseur. Il devait prendre encore quelques minutes pour se rafraîchir les idées. Un peu plus de temps pour délier ses jambes tendues. Il serait plus utile à tout le monde avec un esprit clair.
Ses pas finirent par le mener à la salle commune et il s'arrêta à l'entrée, surpris de la trouver occupée. Shiro et Allura prenaient garde à donner aux paladins assez de temps libre chaque jour, bien conscients que le surmenage était tout aussi dangereux que le manque de préparation.
Néanmoins, la plupart des paladins avaient cette tendance alarmante à ne jamais de prendre de pause. Ou de repas. Ou de repos, d'ailleurs. S'ils n'étaient pas occupés à étudier le bras de Shiro, à affronter le gladiateur ou à méditer avec leurs lions, ils aidaient les réfugiés galras à s'installer, nettoyaient le château ou allaient chercher conseil auprès des anciens paladins dans la salle du noyau.
Coran était tout aussi fier de leur dévouement qu'il s'inquiétait de leur santé. Il fut donc agréablement surpris de trouver Keith et Lance dans la salle commune, déchaussés, assis les jambes allongées de chaque côté d'un canapé, se faisant face. Ils avaient chacun une tablette sur les genoux, un écran holographique projeté devant eux. Coran reconnut aussitôt le jeu, l'eshet. Lance y était devenu accro, bien que les obligations de Coran l'aient empêché de jouer récemment. Il avait montré au paladin bleu comment affronter l'IA du château tout en lui présentant d'autres modes de jeu, mais rien ne pouvait se comparer à un match contre un autre être doué de conscience.
Keith fronçait les sourcils, faisant tourner une demi-douzaine de fenêtres sur son écran. Il se prit la lèvre entre les dents et gronda de frustration, puis leva la main vers le menu principal et entra une série de commandes d'une griffe.
Un sourire étira les lèvres de Lance et il se pencha en avant avant même que Keith ne signale la fin de son tour. Ses doigts survolèrent son écran, invoquant plusieurs fichiers de données en donnant des ordres. Le jeu fit un bruit quand il abattit une unité de Keith et l'écran de ce dernier vira au rouge. Un autre ordre, un autre bruit, un autre éclair rouge.
Keith grimaça à chaque coup porté à son armée et, quand le tour de Lance se termina enfin, il n'observait plus qu'à travers ses mains. Il regarda son écran à la recherche d'un moyen de se sauver, soupira, puis rendit les armes.
— Mec, dit Lance en rigolant. C'est un jeu de stratégie.
— L'attaque de front est une stratégie, dit Keith en se redressant d'un air indigné.
Mais ses lèvres tremblaient et quand Lance s'affala contre le dossier du canapé, riant toujours, il dut plisser la bouche pour garder une expression furieuse.
— Oh, comme si tu t'en sortais mieux quand tu as débuté.
Lance essuya une larme, regardant Keith d'un air prétentieux.
— J'ai jamais martyrisé six de mes torroups parce que je, et je te cite, n'aime pas la tête de cet harricaravelle.
— Mais ça a marché, pas vrai ?
— Et ça t'a exposé aux représailles du flanc nord, dit Lance. (Il marqua une pause, se tapotant le menton.) Je veux bien admettre que le coup du sabotage, c'était cool.
Le sourire que lui offrit Keith en retour était si suffisant que Lance grogna et lui couvrit la bouche des mains avant qu'il ne puisse répondre.
— Ruine pas le moment à jubiler. Je le fais assez bien pour deux.
Keith rit, repoussant les mains de Lance.
— Ok, ben, c'était sympa, mais… (Il grimaça, jetant sa tablette sur le coussin à côté de lui.) …trois défaites cuisantes m'ont suffi pour la journée.
— Attends ! s'exclama Lance, s'accrochant aux poignets de Keith alors qu'il se levait, le regardant avec de grands yeux ronds. Encore une partie ?
— Tu peux pas jouer contre l'ordinateur ?
— Mais c'est nul. (Lance agita les sourcils.) Si on fait une Révolution, je te laisserai jouer le rôle de l'État militaire à renverser. Tu pourrais même me battre, Keith, les rebelles ont presque rien.
Keith tira faiblement sur la prise de Lance sur ses poignets.
— C'est pas drôle de battre quelqu'un de visiblement plus faible que toi.
— Je sais pas, Keith, j'ai eu beaucoup de plaisir à te battre, toi.
Keith le fusilla du regard.
Coran en profita pour entrer dans la pièce.
— Je vais faire une partie contre toi, Lance, dit-il joyeusement.
— Oh. (Lance tenta un sourire, mais ne put réprimer complètement son frisson.) Génial. Hé, Keith. Tu devrais rester, je vais me faire laminer.
Keith haussa un sourcil, mais ne dit rien en prenant place sur le dossier du sofa à côté de Lance, appuyant son coude sur l'épaule de ce dernier pour mieux voir son écran. Lance se figea un instant, regardant Keith du coin de l'œil, puis s'éclaircit la gorge et sélectionna le mode Révolution.
Souriant, Coran choisit une des équipes de défense de pré-sélection, créées par le château en se basant sur les missions accomplies par la génération de Voltron qui existait avant que Coran ne rejoigne la Garde. Une armée avait envahi une planète voisine moins avancée et avait commencé à exterminer ses habitants. Une petite rébellion avait réussi à résister assez longtemps pour reprendre le centre de communication et appeler Voltron à l'aide.
Ce n'était pas la première fois que Coran défiait Lance dans une bataille inégale. Ce garçon semblait aimer la Révolution (où il devait assassiner une cible particulière ou remplir d'autres objectifs très spécifiques, plutôt que de décimer toutes les forces de Coran) plus que le Siège (où il devait survivre un certain temps pendant que Coran essayait de traverser ses défenses), mais il ne se facilitait pas la tâche en refusant de sacrifier le moindre de ses rebelles. (« Ils ont des noms, Coran ! Des familles ! Je peux pas les condamner à mort ! »)
Quelques minutes plus tard, ils étaient prêts à commencer, et Lance grimaça en entamant son tour, s'attendant visiblement à s'engager dans un combat très inégal.
Coran remporta effectivement la partie, mais il s'en était fallu de peu.
— Je ne peux plus y aller mollo avec toi, hein ? dit-il quand le match prit fin.
À en juger le sourire de Lance, il savait exactement à quel point il avait été à deux doigts de gagner.
— Princesse Allura ? Vous avez quel âge ? demanda Dagmar avec de grands yeux brillants.
Edi se claqua le front et marcha sur le pied de Dagmar.
— Tu ne peux pas demander ça, lui siffla-t-elle. C'est une princesse, vrekt.
Dagmar se couvrit la bouche et regarda Edi d'un air horrifié, un frisson traversant ses oreilles alors que la princesse Allura jetait le robot d'entraînement de l'autre côté de la pièce avant de se tourner vers ses élèves.
— Edi, couina Dagmar. T'as pas le droit de dire ce mot ! Hava Zelka a dit–
— Hava Zelka n'est pas là.
Edi renifla, prétendant ne pas remarquer que ses oreilles remuaient alors qu'Allura tapait le sol de son bâton.
Les deux filles joignirent les pieds et se tournèrent vers la princesse, qui haussa un sourcil.
— Excusez-moi. Vous ai-je dit que c'était l'heure de la pause sans m'en rendre compte ?
— Non, Princesse Allura, dit Dagmar.
Elle serra son bâton contre elle, comme un enfant avec une peluche. Edi se dit que ça n'avait rien d'étonnant : Dagmar n'avait que onze standards, après tout. C'était toujours une enfant. Qu'elle soit là à apprendre à se défendre auprès de la princesse altéenne était déjà assez impressionnant en soi.
Edi n'était pas une enfant. Elle avait douze standards et demi et pouvait encaisser tout ce qu'Allura lui avait préparé.
— Pardon, madame, dit Edi, plaçant son bâton sous son aisselle dans la position de départ qu'Allura leur avait montrée le premier jour.
Elle résista à l'envie de tirer la langue à Dagmar et de lui dire « Je t'avais dit de ne pas poser de questions bêtes à la princesse ».
Un sourire étira les lèvres d'Allura.
— Bien, dit-elle, prenant une posture plus détendue.
Edi relaxa sa prise sur son bâton et Dagmar se redressa, clignant des yeux. Edi se demanda si Dagmar se souvenait des instructeurs de la Faucheuse. Probablement pas, puisqu'elle avait été envoyée sur Revinor au milieu de sa première année d'entraînement tandis qu'Edi avait abandonné juste avant ce qui aurait été sa première mise à mort au cours de sa quatrième année.
Allura n'était pas comme les instructeurs des souvenirs d'Edi, qui criaient, fustigeaient et punissaient sévèrement le simple fait de parler sans y être invité. Allura était gentille, patiente et ne la faisait jamais se sentir inutile, même quand elle échouait à l'entraînement.
Près de la moitié des Galras du château s'entraînait auprès d'Allura, au moins de temps en temps. Personne n'y était forcé, mais les adultes prétendaient apprécier l'exercice (Edi pensait qu'ils voulaient juste voir la princesse de plus près). Quant aux enfants, la plupart restaient à l'écart. Seuls Dagmar et Tik venaient avec Edi quand elle prenait des leçons et encore, pas à chaque fois. Dagmar l'accompagnait toujours, mais elle restait parfois assise contre le mur et observait ce qu'Allura donnait à faire à Edi, que ce soit des exercices ou un affrontement contre le super gladiateur.
Tik ne se montrait que lorsqu'il le voulait, généralement au milieu de la leçon, et repartait avant qu'elle ne soit terminée. Plus d'une fois, il s'était laissé tomber des conduits d'aération pour atterrir sur Edi ; juste pour l'embêter, elle en était persuadée.
Heureusement, il n'était pas là cette fois-ci et Dagmar était plus ou moins attentive, ce qui voulait dire qu'Edi pouvait se concentrer sur la leçon. Elle préférait quand elle était seule avec Allura, quand elle pouvait vraiment apprendre à se battre. À protéger.
Allura fit la démonstration d'une série de coups avec son bâton, une danse avec un partenaire imaginaire, puis indiqua aux deux filles de l'imiter. Dagmar perdit le fil en plein milieu, mais Edi avait prêté attention. Son bâton se mouva comme une part d'elle-même, glissant sans peine dans ses mains alors qu'elle pivotait, frappait et bloquait, les gestes lui venant plus facilement que les violentes taillades qu'on lui avait apprises sur la Faucheuse.
Quand elle eut terminé, Edi se tourna vers Allura, retenant son souffle.
Allura sourit.
— Excellent travail, Edita. Pourquoi ne recommencerais-tu pas pendant que j'aide Dagmar avec la partie difficile ?
— Je peux me battre contre le gladiateur, après ? demanda Edi, essayant de ne pas avoir l'air trop impatiente.
Après un moment d'hésitation, Allura acquiesça.
— Un match, dit-elle.
Edi fit un grand sourire, recommençant la séquence avec encore plus d'enthousiasme.
C'était drôle. Elle ne voulait pas être soldate quand c'était ce que son oncle exigeait d'elle. C'était un homme méchant et grincheux qui n'avait souri qu'une fois, quand il l'avait envoyée sur la Faucheuse pour son apprentissage, et hors de sa vue.
Mais à voir ce que faisaient les paladins, à voir ce que faisait la princesse, Edi avait décidé que se battre n'était pas le problème. Elle ne serait jamais un soldat, contrairement aux souhaits de son oncle.
Elle deviendrait paladin.
Il y avait des étrangers à bord de l'Espoir de Kera.
Jeya n'était techniquement pas censée faire partie du comité d'accueil, mais la commandante Anamuri n'avait pas posté de gardes aux portes du hangar et Jeya était mécanicienne, après tout. Ce n'était pas de sa faute si elle avait besoin de prendre un atténuateur sur l'épave du vieux vaisseau de Wela. (Et personne n'avait besoin de savoir qu'elle l'avait laissé là exprès quand elle avait entendu dire que le Fourrier arrivait.)
L'équipage débarquait juste au moment où Jeya se glissa par la porte latérale. Elle était déjà cachée derrière un chasseur en réparation quand l'un des officiers d'Anamuri se tourna vers le son de la porte qui se refermait. Puisque aucun cri de colère ne retentit, Jeya se dit qu'elle était hors de cause.
Elle se rapprocha discrètement des discussions étouffées, prenant garde à ne pas se faire remarquer. Tout le monde savait que Voltron avait envoyé un nouvel allié au Kera, mais ce que Jeya ne comprenait pas, c'était pourquoi la rencontre se faisait ici. Tout allié de Voltron devrait être accueilli en grande pompe. Peut-être même avec un festin ! Pas en cachette comme ça.
— On compte pas rester longtemps, m'dame, fit une voix rauque. On voulait juste se présenter histoire de pas s'faire tirer dessus à la prochaine livraison.
Se faire tirer dessus ? Jeya fronça les sourcils, résistant de justesse à l'envie de frapper sa queue contre le sol sous le coup de la frustration. De quel genre d'alliés s'agissait-il ?
Le chasseur d'à côté, récupéré il y a peu et attendant qu'on examine ses dispositifs de sécurité potentiels avant d'être allumé, était surélevé sur une plate-forme magnétique, laissant un petit espace en dessous. Jeya s'allongea par terre, sa crête à plumes caressant le ventre du vaisseau, et s'y glissa.
En apercevant le Fourrier, elle eut un hoquet surpris. Elle se claqua le museau d'une main, regardant avec inquiétude le groupe de personnes près de la rampe, mais elle était encore trop loin pour qu'on l'ait entendue. Ça tombait à pic, parce qu'elle ne put retenir un trille excité.
C'était un vaisseau galra, lourdement modifié et presque méconnaissable sous l'usure, mais définitivement galra. Même à cette distance, Jeya pouvait voir les pièces rajoutées des défenses améliorées, un nouveau dispositif de communication… Il y avait sûrement des dispositifs de camouflage et des brouilleurs à bord, parce qu'il n'y avait pas que les modifications que Jeya reconnut.
Sur la coque, sous l'inscription galrane qui devait signifier Fourrier, se trouvait un symbole que Jeya connaissait. La langue utilisée était morte depuis longtemps, une centaine de milliers d'années si ce n'est plus, et seule une poignée de glyphes avait survécu jusqu'aux temps modernes. Jeya ne se souvenait pas de la traduction exacte de celui-là. Liberté, peut-être, ou quelque chose du genre.
Ce que cela voulait dire, cependant, était indubitable.
— Vous êtes des rebelles ?
Jeya n'avait pas voulu parler à voix haute, mais il était trop tard pour reculer. Anamuri, ses officiers et les nouveaux alliés (les rebelles, les contrebandiers) s'étaient tous retournés et, le visage rouge, Jeya se cacha davantage sous le vaisseau.
— Jeya ! cria Anamuri. Sors de là.
Jeya fit la moue, mais obéit. Elle hésita un moment près de sa cachette, puis s'avança, aplatissant le tissu taché et froissé de sa blouse de travail.
— On est des rebelles, dit le même étranger, l'air amusé. On a ça en commun, j'crois.
Ok, c'était de bonne guerre. De toutes les choses qu'elle aurait pu dire pour se faire repérer, elle n'avait pas exactement choisi la plus intelligente. Soufflant, elle se tourna vers le nouvel arrivant, mais sa voix la quitta en découvrant la nuance violette de sa peau, ses cheveux blancs et les petites griffes au bout de ses doigts.
Eh bien, cela expliquait pourquoi cette réunion était si discrète. La rébellion de Kera se plaisait à dire que c'était un refuge pour les victimes de l'Empire Galra, mais Jeya savait que tout le monde ne pensait pas que cette hospitalité devrait s'étendre aux individus d'héritage galra.
Jeya s'arrêta à quelques pas du comité d'accueil et croisa les bras sur une caisse de condensateurs, souriant aux nouveaux venus le Galra (mi-Galra ?), une Rylossienne aux yeux violets et leur petit robot.
— Un 2KT, hein ? fit-elle avec un grand sourire.
L'homme jeta un œil à son vaisseau par-dessus son épaule et le joli visage de la jeune femme se plissa d'un air irrité.
— Je t'ai dit de ne pas remettre ce foutu truc sur notre coque, marmonna-t-elle.
L'homme rit doucement, se frottant la nuque.
— Heh. La nostalgie l'a emporté sur ma raison.
Les yeux de Jeya se posèrent sur la coque du vaisseau. La peinture du glyphe 2KT semblait en effet un peu plus fraîche qu'ailleurs, maintenant qu'elle y prêtait attention. Bon, peut-être pas fraîche, mais un peu moins abîmée que le reste du Fourrier. Elle sourit.
— Vous sortez de la retraite, hein ?
— Un truc du genre, fit sèchement la jeune femme, et le robot piailla ce qui semblait être un rire.
La femme fit la moue et lui donna un petit coup de poing.
— Mes parents avaient un 2KT, dit Jeya, son sourire se flétrissant. Il y a longtemps.
Un éclair de compréhension traversa le regard des étrangers, ce qui confirma les doutes de Jeya. Leur équipage était plus grand avant, mais quelque chose leur était arrivé et ces deux-là avaient pris leur retraite. Elle se demanda ce que les paladins de Voltron avaient fait pour les convaincre de reprendre part au combat.
— Moi, c'est Jeya, dit-elle en leur tendant sa petite main griffue.
L'homme s'avança pour la serrer et sourit quand elle en fit de même avec vigueur.
— Rolo, dit-il. Voici Beezer et la grincheuse, c'est Nyma.
L'air renfrogné de Nyma se renforça, mais quand Rolo l'indiqua d'un geste du menton, elle leva les yeux au ciel et s'approcha pour serrer brièvement la main de Jeya.
Anamuri s'éclaircit la gorge.
Les plumes de Jeya se hérissèrent en haut de son crâne, se raplatissant quand elle poussa un soupir.
— Oui, oui. Je suis désolée, Commandante.
Elle lança un sourire à Rolo et Nyma, puis recula jusqu'à l'endroit où elle avait laissé l'atténuateur.
— Je vais juste. Prendre ça. Et… y aller.
Le visage déjà ridé d'Anamuri se plissa davantage alors qu'elle haussait un sourcil et les plumes de Jeya frémirent sous l'embarras. Ouais, donc personne n'allait gober son prétexte. Elle aurait dû s'en douter.
— On devrait se parler avant que vous partiez ! lança Jeya aux contrebandiers, puis elle pivota et s'échappa du hangar.
Au final, elle n'eut pas l'occasion de revoir Rolo et Nyma avant leur départ. Anamuri avait dit que c'était parce que la rébellion avait besoin de composants difficiles à trouver le plus vite possible et leurs nouveaux fournisseurs avaient voulu se mettre à chercher aussitôt.
Jeya s'était dit que leur départ précipité devait résulter d'une combinaison de la personnalité intimidante d'Anamuri et de leurs mauvaises expériences face aux réactions des rebelles devant un contrebandier galra. Ce n'était qu'un ramassis de chyleries, si vous vouliez son avis, mais peu importe. Jeya n'allait pas leur en vouloir.
Elle aurait quand même souhaité avoir l'occasion d'examiner de plus près les améliorations apportées au Fourrier. Il était en bon état pour le nombre de combats qu'il avait visiblement traversés et Jeya avait espéré en tirer quelques leçons. Elle avait rencontré assez d'ingénieurs et d'inventeurs dans sa vie pour se débrouiller dans le cockpit d'un chasseur de série, mais elle n'avait pas assez de savoir-faire technique pour le modifier elle-même.
Jeya n'eut que quelques jours pour se morfondre, cependant. Il ne s'était rien passé de spécial depuis quelques temps ils n'avaient aucune nouvelle, si ce n'est quelques vieilles rumeurs d'agitation chez les Galras.
Quand vinrent les premiers rapports d'une flotte ennemie se rassemblant non loin, la nervosité monta. Des éclaireurs furent envoyés, des agents secrets redirigés pour trouver la cible. La flotte était bien trop grande pour que Kera puisse s'en occuper seule, mais s'ils pouvaient envoyer Voltron…
Dix jours après la première visite de Rolo et Nyma à l'Espoir de Kera, Anamuri eut sa réponse : la flotte galra visait le cœur même du secteur Kera et comptait attaquer d'ici quelques jours.
La troisième fois que Tik se cogna la tête contre le haut du conduit d'aération, il se demanda s'il n'aurait pas dû aller s'entraîner avec Edi et Dagmar, après tout.
Ce n'était pas si horrible, vraiment. Il pouvait courir partout et taper des trucs avec un gros bâton sans que personne ne lui dise de se taire, de se calmer ou de faire attention. (Sauf pour la fois où il avait frappé Dagmar dans le nez sans le faire exprès et l'avait fait pleurer. Mais c'était un accident et Tik s'était déjà excusé avant qu'Allura ne lui dise de le faire, alors ça ne comptait pas vraiment.)
Mais l'entraînement lui faisait toujours mal aux bras le jour d'après. Ce n'est pas un jeu, disait toujours Allura, et Tik avait vite compris qu'entraînement était synonyme de travail.
Les enfants de huit ans n'étaient pas censés travailler.
S'arrêtant au niveau d'une grille, Tik s'allongea sur le ventre et inspecta la pièce en contrebas. Il y avait une petite table avec une chaise, des boîtes dans un coin, un lit…
Un lit ?
Tik fronça les sourcils, se pressant davantage contre la grille jusqu'à ce que le métal commence à lui irriter la peau, malgré sa fourrure. Yep. C'était une chambre. Depuis quand était-il revenu près des chambres ?
Avec un soupir, il se tortilla en avant. Les conduits étaient peut-être des portails magiques. C'était possible, dans un château altéen. Après tout, Voltron y vivait alors qu'il n'était censé exister que dans les contes de fées. À côté de ça, des conduits d'aération qui vous transportaient aléatoirement d'un coin à l'autre du château au moindre clin d'œil, ça ne semblait pas si étrange que ça.
Il ne savait pas combien de temps exactement il avait passé à se faufiler dans ces conduits à la recherche de Pip. Assez longtemps pour avoir mal aux genoux et pour que son dos soit dans un pire état que s'il avait passé la journée à laisser Allura le forcer à faire de l'exercice. Il aurait dû rester avec Azra et Maka à écouter les histoires de Zuza.
Tik plissa le nez rien qu'à l'idée. Zuza pouvait faire autant de voix qu'elle le voulait, ses histoires étaient nulles. Il préférait largement se briser le dos à ramper dans la poussière que de s'endormir en écoutant des histoires pour bébé.
Les conduits magiques du château finirent par comprendre où il voulait aller et il s'affala avec soulagement en apercevant la grande salle familière où reposait le lion vert. La seule aération de la pièce était sur le mur au-dessus de la porte, où Tik avait une bonne vue sur le hangar.
Ça avait changé maintenant que Ryner s'y était installée.
— Qu'est-ce que c'est que ça ?
La voix de Pip se déformait dans le conduit, mais Tik sourit. Il savait qu'iel serait là, quand il ne l'avait pas trouvé∙e dans la Salle de jeu, ni dans la Salle de sieste ni dans l'Endroit calme. Iel aurait pu se trouver dans la Cachette de Pip, la seule planque que Tik n'avait pas le droit de voir, mais il savait que ce n'était pas le cas. Iel n'y allait que quand iel voulait éviter les autres paladins et ce jour-là, le frère de Pip montrait à Bee comment fabriquer des trucs qui explosent (ce qui aurait été cool si Matt avait bien voulu laisser Tik jouer avec les explosifs) et tous les autres adultes étaient occupés à faire des trucs d'adultes.
Pip devait se trouver juste en dessous de Tik, car iel n'était pas visible de là où il se trouvait, mais iel avait la même voix aiguë et ennuyée qu'Edi quand Tik se montrait aux leçons de la princesse et n'était pas attentif.
— Ça ? répéta Ryner. C'est un jardin.
— Ok, mais qu'est-ce que ça fait là ?
— Ça pousse, je l'espère.
Pip bafouilla quelques mots inintelligibles avant que Tik ne se lasse de rester allongé dans le conduit poussiéreux et ne pousse la grille. Il en sortit la tête, aperçut la tête ébouriffée de Pip en dessous de lui et sourit.
— Pip ! cria-t-il en se laissant tomber de la bouche d'aération quand iel leva la tête.
Pip glapit comme un fahloiseau à crête verte, mais le rattrapa sans trop de peine. Enfin, peut-être pas sans peine, puisqu'iel s'écroula sous son poids dans un grognement et gémit quand il se dégagea d'iel, mais il ne pensait pas qu'iel soit blessé∙e.
— J'aurais jamais dû te montrer comment entrer dans le système de ventilation, marmonna-t-iel, toujours étalé∙e au sol, tandis que Tik se levait et dépoussiérait sa fourrure.
— Debout, dit Tik, tirant la main de Pip. Allez ! Je veux te montrer quelque chose.
Pip s'assit, mais ne se leva pas, regardant Tik avec des yeux plissés.
— Ok, nouvelle règle : si tu veux que je fasse quelque chose, te jette pas sur moi d'un trou dans le plafond.
Tik leva les yeux au ciel.
— Comment attirer ton attention, sinon ? Voyons.
Pip croisa les bras et Tik recula, seule la main de Pip dans la sienne l'empêchant de tomber sur les fesses.
— Je l'ai fait parce que j'étais déjà là-haut, de toute manière, dit-il. Et j'ai trouvé une nouvelle pièce !
Les yeux de Pip s'élargirent, brillant d'intérêt. (Bien évidemment, iel adorait trouver de nouvelles pièces sans portes, auxquelles on ne pouvait accéder que par les conduits d'aération.)
Pip se releva d'un bond et ne s'arrêta que le temps de pointer un doigt sur Ryner.
— On a pas fini de parler de ce jardin.
Ryner sourit et reboucha quelques trous de son jardin avec une main couverte de terre.
— Bien entendu, dit-elle. Amusez-vous bien. Ne rentrez pas trop tard.
— Oui, Maman, marmonna Pip.
Iel baissa les yeux vers Tik (pas de beaucoup, Pip ne faisait que quelques centimètres de plus que lui), sourit et prit une pose dramatique.
— C'est parti, mister T. Je te suis !
L'univers, se dit Nyma, avait un très mauvais sens de l'humour.
Sa vie avait toujours été comme un pendule, se balançant vivement entre des périodes d'imprudence, remplies de pertes, de douleur et de mauvaises décisions, et des périodes de stabilité relative. Pas de bonheur (elle n'avait été vraiment heureuse que lorsqu'elle n'était qu'une enfant qui croyait que la guerre n'existait que dans les livres), mais de contentement, à tout le moins. Elle aimait ce qu'elle faisait avec Rolo et Beezer. Une petite pincée de danger, une bonne grosse paie à la fin de chaque mission, un compte en banque qui s'engrossait peu à peu, la portant vers une retraite sur une planète bien loin de l'Empire.
Fallait que Voltron bouleverse ce semblant d'ordre. Ils avaient détruit son vaisseau, la laissant fauchée, elle comme Rolo, après avoir cherché des pièces de rechange sur une petite lune isolée dans un système paumé. Le contretemps leur avait coûté leur dernier boulot, un gros coup qui aurait compensé leurs pertes s'ils avaient réussi à redécoller un peu plus tôt.
Mais ce ne fut pas le cas et leur client n'était pas du genre à accepter l'excuse d'un « paladin de Voltron qui a détruit les réacteurs » pour leur livraison manquée.
Ils avaient presque repris le rythme de leur vie quand ils rencontrèrent Voltron une deuxième fois et Rolo, ce fichu altruiste qui cherchait toujours l'occasion de jouer au héros, les avait enrôlé pour un job ingrat qui consistait à fournir une rébellion qui allait se faire massacrer de toute façon.
Nyma avait déjà joué les rebelles. Elle savait comment cela se terminait.
Mais Rolo était une force de la nature, son exubérance rare mais puissante, et Nyma était incapable de l'arrêter une fois qu'il avait emprunté la voie du martyr. Quelqu'un doit bien les affronter, lui disait-il toujours. Et puisque je n'aurai pas ma place dans cet univers tant qu'il ne sera pas libéré de l'ombre de Zarkon, autant que ce soit moi.
Il lui avait proposé de couper les ponts, bien sûr. Il le faisait toujours et Nyma, comme toujours, lui frappa la tête avec une clé à molette en allant réparer le centre de gravité qui déconnait ces derniers jours.
— Comme si tu pouvais me payer ma part du vaisseau, dit-elle. Je ne vais nulle part sans mon argent.
Beezer émit un rire et quand Nyma se retourna pour lui jeter un regard noir, elle vit que Rolo lui souriait.
— Merci, Nyma.
Elle pouffa et alla s'occuper du centre de gravité.
Approvisionner la rébellion de Kera n'aurait pas été le pire boulot de l'univers si c'était mieux payé. C'était le même travail qu'ils faisaient d'habitude, mais avec un client qui se battait activement contre l'Empire. Cela haussait le niveau de risque que courait le Fourrier, mais juste un peu. Si les rebelles se faisaient attraper, il était peu probable que ceux qui avaient vu le visage de Nyma vivent assez longtemps pour les vendre.
Même s'ils étaient vendus, tant que le Fourrier n'était pas à bord au début de la bataille, ils n'auraient pas plus de problèmes que d'habitude. Ce n'était pas comme si leurs têtes n'avaient jamais été mises à prix.
Mais les rebelles étaient des rebelles, après tout, ce qui voulait dire que l'argent ne coulait pas à flots. La plupart de leurs membres avaient quitté leur ancienne vie pour se battre et peu d'entre eux étaient riches pour commencer. Si Kera était comme la dernière rébellion que Nyma avait rejoint, ils devaient avoir une poignée de mécènes fortunés les gardant la tête hors de l'eau depuis leur place bien au-dessus du hachoir que constituait l'économie de l'Empire.
Anamuri n'était pas idéaliste au point de penser que Rolo et Nyma s'étaient engagés dans le seul but de faire chier l'Empereur (bien qu'en toute honnêteté, Rolo aurait pu s'être pris dans l'idée et en rester là), mais le chiffre qu'elle leur avait annoncé était si bas que c'en était vexant.
Heureusement, Nyma avait réagi plus vite que Rolo (qui aurait sûrement accepté) et leur avait négocié une paie plus décente, sans être particulièrement élevée.
Ils revinrent de leur première mission après deux jours et Anamuri sembla très impressionnée par tout ce qu'ils avaient réussi à récupérer : des générateurs de barrière, des canons laser à monter sur la coque, des stabilisateurs, des systèmes de navigation et même une grande partie d'un générateur de trou de ver et toute une flopée de cristaux. La majorité du lot allait avoir besoin de réparations pour fonctionner ou allait devoir être recyclée pour retaper quelque chose d'un peu moins usé, mais Anamuri avait tout ce qu'elle avait demandé.
Apparemment, elle ne se rendait pas compte du nombre de rébellions tuées dans l'œuf par les armées de Zarkon et du nombre de cimetières d'épaves qui se trouvaient dans l'immensité de l'espace.
La petite reptile à plumes était présente quand ils retournèrent pour la deuxième fois à l'Espoir de Kera, mieux cachée qu'à sa première tentative, observant depuis les ombres tandis que Rolo et Nyma livraient une clé USB pleine de plans volés.
— Ça fait longtemps qu'on a pas fait ce genre de choses, dit Rolo avec un petit rire dissimulant la nervosité qui avait commencé à se montrer la nuit dernière, alors qu'il était penché sur un ordinateur d'un avant-poste peu utilisé par l'Empire, aidant Beezer à trouver les registres de déploiement pendant que Nyma montait la garde, s'attendant à voir une patrouille arriver à tout moment.
À quand remontait la dernière fois qu'ils avaient organisé une diversion ? Attendre que l'ennemi abandonne l'épave avant d'agir était plus dans leur style.
Rolo avait gagné une brûlure sur le bras lors de leur fuite, mais il était fier de lui en quittant la base, Beezer faisant écho à sa joie.
(Nyma avait soupiré et porté la main à son arme laser, se demandant encore combien de fois elle allait devoir les tirer du danger.)
Les jours passèrent et le Fourrier fournissait à la rébellion le matériel et les informations qu'elle voulait. Plus de matériels que d'informations, d'ailleurs, mais Nyma ne pensait pas que leur chance allait durer sur ce point, à en juger par l'éclat dans le regard d'Anamuri quand ils lui avaient apporté la clé USB.
Après quelques boulots, Anamuri leur avait laissé piocher de meilleurs boucliers et armes dans les stocks de la rébellion. Rolo en avait été ravi Nyma avait réprimé un grognement. Elle savait ce qui allait venir. Des contrebandiers mieux armés allaient de pair avec des boulots plus compliqués (et moins bien payés, puisque Anamuri leur avait si généreusement donné de quoi faire).
Si Anamuri commençait à leur suggérer de prendre quelques rebelles avec eux, Nyma arrêtait tout.
Pour le moment, ils en étaient après des armes. Des générateurs d'impulsion, pour être exact. Ce n'était pas qu'ils étaient rares, mais ils étaient fabriqués spécialement pour la guerre : forte cadence de tir, longue portée, grande étendue. Dans une bataille de grande échelle, un générateur d'impulsion pouvait briser les cockpits d'une douzaine de chasseurs simultanément.
Et bien sûr, l'Empire en détenait les seules usines. On pouvait en acheter un ou deux à la fois sur le marché noir, mais Anamuri voulait tout un contingent de vaisseaux à impulsion pour affaiblir l'ennemi lors des prochains combats, ce qui voulait dire qu'il fallait remonter à la source.
Ils prirent leur temps cette fois-ci, observant attentivement le dépôt d'armes vers lequel Anamuri les avait dirigés. Le Fourrier était doté des meilleurs dispositifs de camouflage sur le marché, bien plus performants que ceux dont l'Empire avait l'habitude, surtout après que Rolo et Beezer y avaient rajouté leur touche personnelle. Ils purent donc s'attarder en orbite autour de la lune où se trouvait le dépôt, observant le trafic aérien et prenant note des défenses.
— Il y a bien trop d'entrepôts, siffla Nyma, épluchant distraitement les résultats de la dernière série de scans. Même si on arriverait sans problème à descendre, à voler les générateurs d'impulsion et à repartir sans se faire remarquer, on ne sait même pas par où commencer.
L'expression de Rolo promettait des ennuis.
— On va devoir faire du r'pérage.
— T'as pas intérêt, l'avertit-elle.
Mais Rolo s'était déjà levé, se dirigeant vers l'arrière du cockpit. Nyma ordonna à Beezer de garder l'œil ouvert, puis le suivit. Derrière le cockpit se trouvait les petits quartiers de l'équipage, constitués d'une salle de bain avec deux petites couchettes et des trappes le long du mur en guise de stockage. L'étage supérieur était occupé principalement par le moteur, auquel on accédait par une porte au fond des quartiers, mais Rolo prit la direction de l'ascenseur au coin de la pièce.
Nyma se glissa à l'intérieur juste avant que les portes ne se ferment et croisa les bras en s'y adossant. Elle fusilla Rolo du regard le temps que l'ascenseur descende à la soute et quand il s'arrêta, Rolo lui sourit, la soulevant pour l'enlever de son chemin, puis s'approcha d'une boîte de stockage accrochée au mur.
Au fil de leur carrière à la légalité ambiguë, Rolo et Nyma avaient amassé une vaste panoplie de déguisements : armures, uniformes militaires, tabliers de ménage, vêtements locaux d'un certain nombre de planètes galras. Nyma ne fut pas surprise de voir Rolo se diriger vers l'armure qu'ils avaient prise à un soldat galra.
— Hors de question que t'y ailles seul.
Rolo lui sourit en retirant sa veste et ses bottes. Il se débarrassa de son pantalon sans hésiter (c'était difficile de se raccrocher à sa modestie quand on partageait une pièce de la taille d'un placard avec une autre personne) et se tortilla pour rentrer dans le justaucorps noir.
— Toi et Beezer, vous s'rez repérés tout de suite, dit-il, grognant un peu en se battant avec le plastron.
Nyma poussa un soupir, mais eut pitié de lui, l'aidant également avec le reste de l'armure. Une fois le casque en place, elle dut bien admettre qu'il avait la tête de l'emploi.
— Je laisserai le micro allumé, dit-il, et une fois que j'ai trouvé le bon hangar, t'amènes le vaisseau et on le charge. Facile.
— C'est du suicide, rétorqua Nyma.
Rolo lui répondit par un autre sourire.
Rien ne pourrait l'arrêter, alors Nyma se tint près du sas tandis qu'il se penchait sur le planeur monoplace. Ce dernier était petit et rapide, mais Nyma ne l'aurait jamais emmené en territoire ennemi, même pour un million de GAC. Il n'avait qu'un dispositif de guidage basique, un bouclier pour éviter de brûler en pénétrant l'atmosphère et des propulseurs d'atterrissage pour ne pas finir en bouillie sur le sol.
Mais bien sûr, un vaisseau, même une capsule de sauvetage, aurait trop attiré l'attention.
Nyma le regarda partir, fermant les yeux alors qu'il devenait un grain de poussière au loin.
— T'as pas intérêt à te faire tuer, enfoiré, marmonna-t-elle, frappant la porte du sas avant de retourner dans le cockpit.
Rolo resta silencieux durant sa descente, mais Beezer suivit sa position, l'affichant à l'écran. Nyma retint son souffle quand il approcha du sol, une vieille partie d'elle s'attendant à ce qu'il soit abattu à tout moment. Elle pensait avoir enterré cette part d'elle avec Tella et les autres. Apparemment non.
Mais Rolo atterrit tout près du périmètre du dépôt d'armes sans incident, tirant son planeur dans une allée entre deux entrepôts pour le cacher derrière quelques caisses en métal poussiéreuses avant de lui faire son rapport.
— C'est plutôt calme, dit-il.
Nyma ricana.
— J'espère bien. C'est le milieu de la nuit, ici. S'il y avait des soldats partout à cette heure-là, je donnerais ma lettre de démission à Anamuri.
Rolo rit doucement, son signal traversant la carte de la zone, s'arrêtant près du premier entrepôt.
— Oh, allez Nyma, dit-il, l'air un peu condescendant. Tu veux pas être un héros ?
— Je préférerais rester en vie, fit-elle sèchement.
La voix de Rolo se fit mélancolique.
— Tout l'monde meurt un jour.
Nyma fit la grimace, passant en revue les systèmes de camouflage du vaisseau pour occuper ses mains nerveuses.
— Pas nous, dit-elle. Pas aujourd'hui.
Rolo ne lui répondit pas, s'approchant de la porte de l'entrepôt. Un petit bip se fit entendre dans l'intercom, suivi du sifflement d'une porte qui s'ouvre. Rolo fit un son pensif, puis se dirigea vers l'entrepôt suivant.
— Des armes lasers, dit-il à son troisième arrêt. Encore et encore. Ça doit être la zone des forces terrestres. Je change de bloc.
Beezer lui suggéra d'aller voir du côté nord, où il avait aperçu plus de terrains d'atterrissage qu'ailleurs, peut-être pour l'installation d'armes plus massives, comme les générateurs d'impulsion.
— Sois prudent, dit Nyma.
Pas qu'elle pensait que Rolo ne le serait pas. Pas tant que ce n'était pas une question de vie ou de mort, en tout cas. C'était un foutu martyr, mais il n'était pas stupide. Il se battait depuis plus longtemps que Nyma. Il lui avait même appris quelques techniques de survie.
Mais elle ne pouvait pas s'empêcher de s'inquiéter.
Cela prit quelques minutes (de longues, douloureuses minutes) avant que Rolo ne pousse un soupir de soulagement.
— Enfin, marmonna-t-il. J'les ai trouvés.
Il devait avoir invoqué l'image qu'Anamuri leur avait fournie, parce qu'elle apparut à l'écran de Nyma : un petit canon à la grande gueule et la base large.
Nyma ferma les yeux une seconde, adressant une pensée reconnaissante au cosmos.
— Parfait. J'arrive.
— C'est quand vous voulez, très chère.
Levant les yeux au ciel, Nyma jeta un œil à l'état du camouflage, du brouilleur et du suppresseur, soit les trois systèmes plus ou moins redondants qui triplaient toute garantie.
— Quel charme, fit-elle avec sarcasme. Prépare-toi, ok ?
— T'inquiète.
Nyma venait à peine de faire tourner le vaisseau quand Rolo inspira brusquement. Elle se crispa, jetant un œil à Beezer, qui augmenta le volume du micro de Rolo. Nyma pouvait tout juste percevoir le son de quelque chose qui changeait de place, presque inaudible sous le souffle de Rolo.
— Qu'est-ce qui se passe ? demanda Nyma. Rolo ?
— Chut, fit-il, pas plus haut qu'une respiration, mais de façon assez tranchante pour la faire taire.
Elle entendit quelque chose, des pas, et fit accélérer le Fourrier. L'écran croula sous les avertissements, l'alertant qu'une hausse de la consommation d'énergie lui faisait courir le risque de surmener les capacités de camouflage du vaisseau.
Elle l'écarta d'un geste du poignet et mit le cap sur le signal de Rolo.
Les pas s'arrêtèrent et une voix étrangère se fit entendre :
— Qu'est-ce que– ?
Rolo jura, mais la suite fut recouverte par du mouvement. Nyma avait l'entrepôt en vue et elle redirigea de l'énergie vers les lasers principaux, prête à éclater le toit. Elle s'en fichait que les gardes soient pris dans l'explosion, mais Rolo était toujours en bas. Rolo était tout ce qui comptait. Même si on la repérait, même si elle faisait foirer la mission, même si elle se faisait abattre…
Ils n'allaient pas lui prendre Rolo.
— Nyma ! cria soudainement Rolo. Attends !
L'habitude la fit s'arrêter aux mots de Rolo, faisant freiner le Fourrier juste au-dessus des toits de l'entrepôt, armes prêtes à l'emploi sans avoir tiré. Les systèmes de camouflage hurlaient tout autour d'elle, mais aucun n'avait lâché pas tout à fait.
— Qu'est-ce qui se passe ici ? demanda-t-elle, les mains rendues tremblantes par le besoin d'agir.
Rolo hésita, puis lâcha un petit rire.
— Viens voir par toi-même, dit-il alors que le toit se rétractait.
Nyma quitta le Fourrier avec méfiance, un pistolet en main pointé sur les deux Galras se tenant près des portes de l'entrepôt. Ils avaient gardé une marge de sécurité avec Rolo et Nyma le rejoignit aussitôt, le regardant de haut en bas. Aucune blessure apparente.
— Que se passe-t-il ? demanda-t-elle. C'est qui, eux ?
L'un des Galras, un homme élancé aux petites oreilles et aux rais blancs dans les cheveux, leva les mains.
— Du calme, dit-il. Nous ne vous voulons aucun mal.
Sa partenaire, une femme costaude d'une demi-tête de plus que lui, croisa les bras en ricanant.
— Votre ami a de la chance qu'on ne lui ait pas coupé la tête quand on l'a surpris en train de nous espionner.
— Vous espionner ?
Nyma haussa un sourcil, mais ne les corrigea pas. La mission était certainement fichue, mais elle n'allait pas tout leur raconter. Elle avait cependant vu leurs expressions surprises quand elle était descendue du vaisseau.
— Vous vous attendiez à des Galras, présuma-t-elle.
Ils ne bronchèrent pas, mais ça ne voulait rien dire. Ils avaient cru avoir affaire à des espions et non des voleurs. Au milieu d'un dépôt d'armes. Avec un vaisseau camouflé.
Elle sourit.
— Vous êtes là pour des armes, dit l'homme, les yeux plissés.
C'était étrange à voir sur un Galra on ne voyait plus qu'un éclat ambré au centre du regard, comme une étincelle prenant feu.
Nyma pencha la tête de côté.
— Et vous complotez une trahison. Quoi, vous vous êtes proposés pour une corvée d'inspection histoire de pouvoir parler en privé ?
— Un truc du genre, répondit l'homme avec un sourire en coin.
Sa partenaire fusilla Nyma du regard, qui lui répondit par son sourire le plus innocent.
— Vous parliez du projet Balméra, dit Rolo en faisant mine de nettoyer une tache de terre sur son armure volée, jetant à peine un œil au Galra en face de lui. Ça vous dit d'en faire profiter toute la classe ?
L'homme fronça les sourcils.
— Je pense qu'il vaut mieux prétendre ne s'être jamais rencontrés.
Rolo fit un son pensif, puis sortit un scanner de la taille d'un pouce de son gantelet.
— Voyons voir… Lieutenant en chef Thace drul Vesely et Lieutenant Nadezda ve Drevahl. (Rolo leva les yeux en souriant alors que la paire se raidissait.) Je suis sûr que les autres seront ravis de savoir ce que vous manigancez.
C'était exaltant d'acculer des soldats impériaux, bien qu'il s'agisse d'un pari risqué. L'adrénaline battait dans les veines de Nyma tandis qu'elle observait le choc, puis la peur apparaître dans leurs yeux vides.
La femme, Nadezda, éclata de rire.
— Oh, je les aime bien, ces deux-là. (Elle frappa Thace dans le dos, ce qui le fit tituber et grimacer en se frottant son épaule endolorie.) Dans ce cas, voilà de quoi vous ouvrir l'appétit. Le projet Balméra est un des joujoux de l'empereur. Même nous n'avons pas le droit d'en savoir plus. Si vous voulez des réponses, vous en trouverez au secteur Hovent.
— Au secteur Hovent ? (Rolo fronça les sourcils.) Jamais entendu parler.
Nadezda lui jeta un truc et Nyma se crispa, mais ce n'était qu'une puce de données, presque trop petite pour l'œil nu.
— Voici les coordonnées, dit-elle, ce qui lui valut un regard noir de Thace. Je ne sais pas ce que vous y trouverez, mais je mettrais ma main à couper que ce sera d'un grand intérêt pour les ennemis de Zarkon. Vous pourrez même vous faire un sacré profit, si vous la jouez fine.
Ils se regardèrent, partageant non pas leur confiance, mais un respect mutuel. Thace et Nadezda reculèrent vers la porte, les mains levées et bien loin de leurs armes pour montrer qu'ils n'étaient pas une menace.
Nyma ne se détendit que lorsqu'ils furent partis et même alors, elle ne rangea son pistolet que pour transporter les modules antigravité jusqu'au cargo. Elle et Rolo œuvrèrent en vitesse, la nuque de Nyma la picotant tout du long. Elle s'attendait à voir des soldats surgir dans l'entrepôt à tout moment.
Personne ne vint.
Ils sortirent du hangar en un temps record, camouflage toujours activé. Personne ne les arrêta quand ils quittèrent le dépôt.
Une fois qu'ils eurent traversé un trou de ver, Rolo sortit la puce de données que Nadezda leur avait donnée.
Nyma lui jeta un regard dur.
— J'espère que tu as l'intention de la brûler tout de suite.
— Tu veux pas voir c'qui y a dessus ?
— C'est sûrement un piège, dit-elle en haussant les épaules. Ça ne nous concerne pas.
Mais Rolo hésita, faisant tourner la puce entre ses doigts.
— Tu les as pas entendus, Nyma. Vu comment ils parlaient avant de me repérer, ce sont pas des alliés de Zarkon.
— Et ça veut dire qu'on peut leur faire confiance ? demanda Nyma.
Beezer bourdonna un juron pour montrer ce qu'il pensait de la paire.
Rolo soupira, glissant la puce dans l'ordinateur du Fourrier.
— On d'vrait au moins y jeter un–
Il se tut quand le contenu de la puce s'afficha à l'écran. C'était une simple carte holographique avec une petite liste de notes dans une fenêtre à côté. Le secteur Hovent y figurait en rouge, une poignée de systèmes inhabités avec une ou deux formes de vie primitives. L'un d'entre eux était apparemment la base d'opérations du projet Balméra, mais c'était la note qui se trouvait en dessous qui coupa le souffle de Nyma.
Elle leva lentement la tête, rencontrant le regard de Rolo.
— On dirait qu'on a une nouvelle mission, dit-il.
Et pour une fois, Nyma ne protesta pas.
Note de l'auteur : Bonjour à tous, merci encore une fois d'avoir lu jusque-là ! Je vous invite à jeter un œil à ce magnifique fanart de Keturah que Pechat a dessiné ! :D (NdT : cf mon Tumblr, voir mon profil.)
Note de la traductrice : J'espère que ce chapitre vous aura plu ! Je pars en vacances, donc le chapitre 16 sera publié début septembre, mais ensuite, j'adopte le rythme promis d'un chapitre par semaine (sûrement le samedi) ! Fini les longues attentes d'un mois entre chaque mise à jour... J'espère que vous êtes contents.
Dans le chapitre suivant : Les paladins se préparent à la bataille de Kera, Hunk a une illumination des plus délicieuses
