Dans le chapitre précédent : Alors que tout le monde pensait que les secrets du bras de Shiro seraient peut-être à jamais impénétrables, Hunk et le lion jaune ont trouvé comment Haggar traquait le paladin noir : elle se servait de sa propre quintessence, qui alimentait le bras de Shiro. Remplacer cette quintessence par de la Q-synthétique semblant avoir résolu le problème, les paladins ont pu rejoindre le secteur de Kera pour aider Anamuri, Jeya et les autres rebelles à repousser l'armée galra s'amassant dans la zone.

La bataille a bien commencé, mais les Galras ont forcé les paladins à se séparer en attaquant sur plusieurs fronts. Red et Yellow sont occupées à défendre une des planètes peuplées du système, Pidge a infiltré le vaisseau-mère pour essayer de détraquer le programme des sentinelles et Lance s'est vu affublé la mission de distraire les renforts galras le temps que Shiro puisse lui venir en aide.


Chapitre 17

La bataille de Kera (Partie 2)

Notes de recherche du Projet Robeast

Entrée #130

Un an et demi avant le retour de Voltron

Les prisonniers 013-9872, 014-9872 et 015-9872, désignés collectivement sous le nom de « Zivas », font partie des sujets test du projet Robeast depuis un mi-standard, mais ils s'avèrent peu prometteurs. Les améliorations Qs fonctionnent pourtant comme prévu :

- les bras robotiques de 013 sont à pleine capacité motrice, mais ils continuent à perdre en dextérité et la santé physique du sujet se dégrade

- les yeux cybernétiques de 014 tombent de temps à autre, sûrement à cause d'une atrophie du tissu nerveux (un symptôme rare d'intoxication à la Q-synthétique)

- le réseau neuro-dermique de 015 semble avoir complètement éclipsé le système nerveux du sujet, si bien qu'il n'a plus aucune réaction à la douleur.

Contrairement aux autres sujets, une introduction plus douce à la Q-synthétique ne semble pas avoir renforcé les capacités technopathiques des Zivas au-delà de la moyenne. La nécrose s'est répandue au point que des tests supplémentaires pourraient mettre les sujets hors d'usage. Leur intensification n'est pas recommandée.


Allura étendit son esprit sur le champ de bataille. Hunk et Shay servaient de bouclier à la planète Bérylis, prêts à bondir. Matt et Keith étaient avec eux, descendant des vaisseaux avec une efficacité froide et implacable. Ryner se débrouillait seule, à grand peine, au cœur du combat, essayant de rester près du vaisseau-mère pour en extraire Pidge quand iel aurait fini. Plus loin, elle vit Lance se lancer dans une autre partie de la bataille, tirant sur la passerelle du vaisseau de guerre qui venait d'arriver. La barrière empêcha l'attaque de toucher sa cible, mais Blue frappa avec tant de férocité qu'elle frémit sous l'assaut.

Mais l'esprit d'Allura était principalement tourné vers Pidge. Iel avait atteint les étages inférieurs du vaisseau-mère, mais iel n'avait pas encore trouvé l'ordinateur central et des gardes l'avaient repéré∙e. Apparemment, les Galras s'étaient habitués aux infiltrations des paladins et avaient mis en place les protocoles de sécurité adéquats.

Shiro abattit la dernière ligne de chasseurs et creusa un trou dans les entrailles du vaisseau-mère. Allura mémorisa l'emplacement de Pidge, puis s'éloigna des contrôles. Sa connexion avec son équipe s'évanouit et l'espace d'un moment, elle se sentit aveugle.

Puis le lion noir s'approcha du vaisseau et Shiro passa sa gueule dans le trou qu'il avait créé. Allura dévala la rampe et en bondit, activant son jet-pack pour se porter jusqu'au sas intact le plus proche.

— Je suis à bord du vaisseau-mère, Pidge, dit-elle. Je te rejoins dans un tick.

Pidge grogna. Allura pouvait entendre des lasers non loin.

— Génial, dit-iel. Je t'attends. J'essayerai de rester en vie.

Allura trouva une demi-douzaine de sentinelles qui l'attendaient de l'autre côté du sas et elle s'en occupa avec un plaisir farouche. Rien ni personne ne la séparerait de Pidge. Pas maintenant.

Bâton en main, elle abattit tous les soldats ennemis se tenant sur sa route, ne prenant même pas le temps d'achever ceux qui ne tombaient pas au premier coup. Elle avait juste besoin d'une voie dégagée, rien de plus. Pidge continuait son babillage incessant en arrière-plan : des insultes et des railleries lancées à ses attaquants, des blagues peu convaincantes adressées aux autres paladins.

Moins d'une minute après sa montée à bord du vaisseau, le son des lasers lui parvint plus distinctement. Elle tourna au coin du prochain couloir et analysa la situation d'un simple regard. Pidge était acculé∙e dans une niche dans le mur à côté de ce qui semblait être une fontaine à eau, blotti∙e derrière son bouclier que huit Galras bombardaient de lasers. Le bouclier était en mauvais état, criblé de petites fissures, l'un de ses quatre panels principaux sur le point de céder.

Allura rugit de défi et mis à part deux Galras, tous oublièrent Pidge, se concentrant sur elle. Elle invoqua son bouclier, prit sa forme balmérane et chargea, écrasant une sentinelle contre le mur et déchaînant son bâton. Elle frappa un garde à la tête et il s'écroula, son arme lui glissant des mains. Allura ne chercha pas à savoir où elle atterrit. Elle porta un coup aux jambes de deux autres gardes avant de devoir se replier derrière son bouclier alors que trois des quatre Galras restants ouvraient le feu.

Pidge profita de la distraction pour enrouler son bayard autour de deux soldats, parcourant leur corps d'électricité verte jusqu'à ce qu'ils s'immobilisent. Allura prit les deux dernières sentinelles et cogna la tête de l'une avec celle de l'autre.

Le silence tomba dans le couloir et Allura se tourna vers Pidge, s'essuyant le front en reprenant sa forme normale.

— Eh bien, c'était palpitant.

Pidge leva les yeux au ciel.

— Tais-toi et aide-moi à trouver la salle de contrôle.


Keith grimaça quand le lion jaune se prit un nouveau coup.

— Est-ce que ça va, là-dedans ?

Hunk grogna, mais Shay lui offrit un sourire.

— Notre lion est fort et Hunk s'en sort très bien. Ça ira.

— Même si, plus tôt on en finit, mieux ce sera, ajouta Hunk.

Il y avait un drôle d'écho dans sa voix et Keith présuma qu'il se trouvait dans les profondeurs de Yellow, essayant de la maintenir en l'air pendant que Shay interceptait les tirs que la flotte galra lançait sur la planète.

À travers les yeux de Matt, Keith repéra une frégate qui tentait de surprendre le lion rouge et ils pivotèrent, relâchant une vague de feu qui ne laissa derrière elle qu'un morceau de métal difforme à la place du vaisseau.

— Tenez bon, dit Matt. Vous vous débrouillez bien.

Lui et Keith, par contre, avaient un peu de mal. Red était forte et rapide, mais elle avait ses limites. Des douzaines de vaisseaux s'étaient éloignés de la flotte principale pour attaquer cette planète, Bérylis.

Enfin, il serait plus exact de dire que les Galras avaient pris Bérylis en otage. Ils étaient assez nombreux pour pouvoir s'étaler et détruire la planète sans que les deux lions puissent les en empêcher. Mais ils n'avaient rien fait. La flotte restait groupée, les frégates tirant sur la planète juste assez régulièrement pour empêcher le lion jaune de rejoindre le combat, les chasseurs formant des escouades de temps à autre pour pousser Red à les attaquer.

L'armée ne se souciait pas des civils, mais ses feintes à l'encontre de Bérylis forçaient les paladins à rester sur la défensive, s'ouvrant à des attaques du gros de la flotte qui ignorait complètement la cible facile.

Ils jouent avec nous, pensa Keith, et il sentit le dégoût de Matt en réponse.

— Va falloir passer aux choses sérieuses, dit Matt.

Keith sourit, ajustant sa prise sur les contrôles de Red. Elle rugit quand ses paladins l'incitèrent à accélérer, se faufilant entre les vaisseaux. Sa lame maxillaire était sortie, coupant en deux les ennemis sur son chemin tandis que Matt dirigeait le canon au bout de sa queue pour en abattre d'autres. Une escouade de chasseurs chercha à rejoindre l'atmosphère et Keith partit à leur poursuite, les submergeant d'un jet de flammes tout en esquivant et en roulant sous les tirs, Matt s'attaquant au vaisseau de guerre au cœur de l'assaut grâce aux deux lasers principaux de Red.

Le vaisseau chancela et ses défenses, qui tenaient le coup jusque-là, commencèrent à vaciller. Encore un ou deux tirs de la même ampleur et il aurait son compte.

Le reste de la flotte avait resserré les rangs, s'agglutinant autour du lion rouge pour laisser au vaisseau de guerre le temps de s'en remettre. Ça n'avait pas d'importance, car Keith et Matt comptaient tous les dévaster. C'était leur rôle de paladin, après tout. Ils étaient intouchables.


Lance faisait diversion.

Il détestait ça, détestait devoir le faire, mais il y avait trop d'ennemis autour de Trenvila et Blue ne pouvait pas subir autant de dégâts. Alors il fuyait, se cachait, abattait chasseurs et frégates dès qu'il le pouvait, s'arrêtait de temps à autre pour marteler les défenses des navires d'assaut et observait le champ de bataille principal du coin de l'œil, espérant que Shiro pourrait le rejoindre bientôt.

Les chasseurs rebelles l'imitaient, leur nombre déclinant peu à peu au fil du combat. Certains d'entre eux se défendaient mieux que d'autres, armés de ce que Pidge avait appelé « générateur d'impulsion », ou un truc dans le genre. Ces vaisseaux menaient la charge, abattant des chasseurs galras par poignées, mais Lance était le seul capable de descendre une frégate d'un seul coup et le seul qui pouvait faire le moindre dégât aux navires d'assaut.

Mais le vaisseau-mère était leur plus gros problème : Lance n'avait pas la puissance de feu nécessaire pour endommager les réacteurs, l'artillerie ou la passerelle. Il pouvait toujours effriter le ventre du vaisseau, mais ce n'était pas très utile, surtout tant qu'il serait entouré de navires de soutien.

Blue fit alors apparaître le panel de contrôles des capteurs GPT, attirant son attention.

— Qu'est-ce que tu essaies de me dire, ma belle ? demanda Lance, évitant l'attaque d'une frégate avant de se tourner vers le panel de contrôles.

Il appuya sur le bouton pour lancer un scan, puis parvint à exploser la barrière d'un navire d'assaut pendant l'analyse. Les chasseurs rebelles assaillirent alors le vaisseau blessé, déchiquetant ses propulseurs, ses armes et sa passerelle. Sans compter le vaisseau-mère, il ne restait plus que deux frégates, un navire d'assaut et une tonne de chasseurs.

Eh, c'était déjà ça.

Lance jeta un coup œil aux résultats du scan… puis un deuxième, fronçant les sourcils.

— Qu'est-ce que… ?

— Tout va bien ? demanda Shiro.

Lance secoua la tête.

— Ouais. Ouais, ça va, c'est juste que…

Il laissa sa phrase en suspens, fixant l'écran. On y voyait le vaisseau-mère, illuminé de centaines de petits points représentant les signes de vie à bord. Il s'agissait pour la majorité de Galras, mais…

Avant que Lance n'eut à faire quoi que ce soit, Blue filtra les signatures galras et la plupart des points disparurent.

La plupart.

Il restait un rassemblement de signes de vie à l'arrière du vaisseau, dans les profondeurs de ses entrailles, moins protégées que le reste. Il ne savait pas combien il y en avait, des douzaines peut-être : ils étaient tous placés les uns sur les autres, si bien qu'ils ne formaient qu'une grosse bulle bleue. L'écran glitcha et quelques points réapparurent quelques pièces plus bas, ou à l'étage du dessus, ou–

L'écran glitcha à nouveau et tous les points réapparurent au même endroit dans les entrailles du vaisseau.

— Lance ? fit Shiro, une pointe d'inquiétude dans la voix. Parle-moi, Lance. Qu'est-ce qui se passe ?

— Des prisonniers, dit Lance, engourdi. Il y a des prisonniers sur ce vaisseau.

Une nouvelle alerte apparut et Lance cessa de respirer.

Analyse d'espèces.

Une grande bannière clignotante lui indiqua que les résultats étaient peu probants, les signes vitaux étant trop nombreux et trop proches les uns des autres pour Blue, mais elle lui offrit sa meilleure hypothèse. Il ne reconnaissait pas la plupart des espèces de la liste, mais la toute première lui était définitivement familière.

Des Altéens.

Il y avait des Altéens à bord de ce vaisseau.

Mais c'est impossible, pensa Lance, transi. C'était forcément un bug. Un faux positif. Un–

— Lance, reste en position. Je te rejoins dès que je peux.

La voix de Shiro le sortit de ses pensées. Son ton brusque et inflexible le blessa. Reste en position. Distrais l'ennemi. Oh, bien sûr, Pidge pouvait infiltrer un vaisseau galra seul∙e sans problème. Mais Lance ? Hors de question. Il devait attendre. Il lui fallait des renforts.

Lance serra les contrôles de Blue si fort qu'il en eut mal aux doigts, cherchant à retrouver son calme. Shiro n'insinuait rien du tout. Allura était allée aider Pidge, pas vrai ? Et Yellow et Red s'entraidaient avec Bérylis, pas vrai ? Tout le monde avait besoin de renforts. Shiro aurait été aussi inquiet s'il s'agissait de Keith ou Matt.

Pas vrai ?

— D'accord, dit Lance, forçant une joie qu'il ne ressentait pas. Mais dépêche, tu veux ? Ils s'en sont pas encore pris à la planète, mais je veux tirer ces prisonniers de là avant d'avoir à détruire le vaisseau.

— Bien sûr. (Shiro rencontra le regard de Lance à l'écran, bien qu'il dut vite se reconcentrer sur la bataille autour de lui.) J'arrive.


— Zelka ! cria Coran. Il me faut plus d'énergie pour la barrière à particules !

— Bien reçu, monsieur, aboya Zelka, faisant aussitôt apparaître un écran à son poste, ses doigts pianotant sur les contrôles.

À quelques pas de là, Tev poussa un petit cri de joie et sautilla tout en bombardant l'ennemi de lasers.

Coran aurait voulu que la bataille se déroule aussi bien que les exclamations de Tev le suggéraient. Bien sûr, il éviscérait la flotte galra, abattant des frégates et frappant des barrières à particules avec un enthousiasme que Coran savait n'être qu'une façade. Sous celle-ci, il était morose, pleinement engagé dans ce combat contre l'armée qui l'avait emprisonné sur Revinor, mais pas plus assoiffé de violence que le reste d'entre eux.

Mais il avait déjà réussi à exploser les barrières de trois vaisseaux de guerre, les laissant vulnérables à l'assaut des lions et des vaisseaux les mieux armés d'Anamuri.

Si seulement le château-vaisseau n'avait pas subi tant de dégâts. Coran avait tenté de les éloigner du champ de tir au départ, mais c'était vite devenu impossible avec tous les vaisseaux qui continuaient d'affluer. Il surveillait désormais le cours de la bataille et se coordonnait avec Anamuri, indiquant les cibles à Tev, demandant à Zelka de s'occuper des dégâts les plus critiques et allant les aider de temps à autre.

— Zelka ? fit Coran alors qu'un autre laser secouait le vaisseau.

Les barrières se mirent à clignoter et Zelka pivota pour lui faire face, l'air sombre.

— Je crains qu'il n'y ait plus beaucoup d'énergie à rediriger, mon Commandant, dit-elle. Les mécanismes auxiliaires abreuvent déjà nos défenses. Sans compter nos systèmes vitaux, nos seules options sont de couper l'artillerie ou le moteur principal.

— Alors coupe le moteur. Ce n'est pas une bataille à laquelle nous pouvons échapper.

Zelka acquiesça, le visage neutre. Coran ne saurait dire si elle approuvait ses ordres, mais elle obéit et après un moment, la barrière se stabilisa, passant de principalement rouge à partiellement rouge.

Une icône sur l'écran de Coran lui indiqua l'arrivée d'un appel venant des quartiers résidentiels. Grimaçant, il y répondit.

— Comment ça se passe, Zuza ? demanda-t-il.

— Ça va. (La jeune femme hésita, jetant un œil à un enfant qui s'était mis à pleurer.) Plus ou moins.

Coran ferma brièvement les yeux, mais une alarme le força à prendre contrôle d'un drone de défense pour abattre une paire de chasseurs galras qui essayaient d'échapper à sa surveillance. Il avait oublié ce que c'était d'avoir des civils à bord du château-vaisseau. Quand il était seul, il pouvait prendre autant de risques qu'il le voulait avec la barrière à particules, mais plus maintenant. Les réfugiés rassemblés quinze étages plus bas étaient déjà assez effrayés Coran ne pouvait pas mettre leur vie en danger.

Zuza l'observait encore de ses grands yeux fixes et Coran fronça les sourcils.

— Y a-t-il une raison à ton appel ?

— Oh. Oui. (Zuza le pointa du doigt et plia le pouce, imitant le « doigt-pistolet » que Lance faisait tout le temps.) On dirait que… ça ne va pas fort pour vous.

— C'est le cas de le dire.

— Génial ! (Elle marqua une pause, courbant les épaules.) Enfin, non. Tout le contraire, en fait. Bref, je me demandais si tu pouvais me raccorder au visuel extérieur.

Coran ne savait pas pourquoi elle lui demandait ça, mais un des meilleurs vaisseaux d'Anamuri était persécuté par une frégate galra, Tev était occupé à pilonner quelques vaisseaux de guerre qui essayaient de prendre le château en tenaille et les paladins étaient trop loin pour leur venir en aide. Coran raccorda donc l'écran de Zuza à ceux de la passerelle et se précipita pour rediriger les drones défensifs vers la frégate.

Zuza claqua des mains dans un éclat de rire.

— Je le savais ! Je savais que Zarkon n'aurait pas pu rassembler une armée de cette taille-là sans bâcler les choses ! Coran. Certains de ces vaisseaux sont de la gamme 9200.

— De quoi ?

— C'est un ancien modèle de vaisseau de guerre, dit Zelka. Il est sorti quand j'étais encore à l'entraînement. Ils ne sont plus utilisés, ou alors qu'à des fins non militaires.

Zuza sourit.

— Mais est-ce que tu sais pourquoi ils ont été désaffectés ?

— J'imagine qu'un nouveau modèle plus performant a vu le jour, dit Coran, distrait. La flotte de Zarkon doit avoir connu de nombreux changements en dix mille ans.

Soufflant, Zuza croisa les bras sur le poste de communication qu'elle avait réquisitionné dans les quartiers résidentiels.

— Ok, vous voyez, c'est pour ça que Zarkon est stupide de sceller les dossiers de toutes ses défaites militaires. Comment les gens sont censés apprendre de leurs erreurs si on prétend que tout a toujours été parfait ? Je veux dire, de quoi Zarkon a peur ? Que ces commandants jettent un coup d'œil au passé et se disent « oh, il a peut-être conquis la moitié de l'univers, mais ses ingénieurs ont fait une erreur une fois. Et si on désertait ? »

Coran échangea un bref regard avec Zelka, qui semblait se retenir de soupirer.

— Pas que je veuille te presser, Zuza, mais si tu veux en venir quelque part, j'apprécierais que tu fasses court.

— Oh. Bien sûr. (Zuza toussota dans sa main, puis couina quand le château prit un autre coup qui la fit tituber.) Les 9200, ceux avec les horribles bosses à l'avant ? Ouais, leurs SRA sont un tout petit peu, euh, trop enthousiastes.

Coran ne savait pas ce qu'était un SRA, mais il était visiblement le seul. Zelka se redressa brusquement, lançant un regard à Tev qui sautillait quasiment sur place, incrédule.

— Dis-moi que ça veut bien dire ce que je crois que ça veut dire, dit-il.

Coran fronça les sourcils.

— Excusez-moi, puis-je savoir de quoi vous parlez ?

— Les SRA sont les générateurs de trou de ver d'un vaisseau, expliqua Zelka.

— Ils font normalement en sorte que personne n'ouvre accidentellement de trou de ver à l'intérieur, compléta Tev. Zuza. On peut ouvrir des trous de ver à l'intérieur de ces vaisseaux ?

Zuza sourit de toutes ses dents.

— C'est ça le meilleur : y a pas besoin ! Dès que les SRA captent un flux assez important dans le champ gravitationnel local, ils ouvrent automatiquement un trou de ver.

Son enthousiasme était contagieux. Zelka s'était déjà retournée pour réactiver le teludav. Coran lui jeta un coup d'œil, puis se tourna à nouveau vers Zuza.

— Juste pour être clairs, tu es en train de dire qu'on peut forcer ces vaisseaux à se retirer.

— On peut forcer un morceau de ces vaisseaux à se retirer, le corrigea Zuza d'un air malicieux. Il s'avère que les décharges SRA automatiques ne sont pas assez grandes pour un vaisseau de guerre entier. La flotte envoyée pour conquérir le système Havlien l'a appris à ses dépens. L'un d'eux s'est trouvé sur le chemin du trou de ver d'un de ses potes et les gens ont vu ce qui s'était passé… En bref, c'était le pire désastre militaire des derniers millénaires et Zarkon a tout fait pour étouffer l'affaire. Mais il n'a pas beaucoup de vaisseaux militaires en rab' alors il devait bien trouver quelque chose pour rassembler une flotte de cette taille. De vieux vaisseaux avec une faiblesse secrète valent mieux que pas d'armée du tout, pas vrai ? Il a dû se dire que, vu que vous veniez d'entrer en guerre, vous ne deviez pas vous souvenir des SRA.

— Et tu es au courant parce que… ?

— Parce que mon oncle avait des autorisations d'accès très irresponsables sur son compte personnel et que frapper d'un « top secret » une archive historique la rend dix mille fois plus intéressante aux yeux d'une enfant de neuf ans qui s'ennuie ?

Coran poussa un petit rire.

— Eh bien, nous allons devoir nous assurer de remercier ton oncle. Zelka, qu'est-ce que ça donne ?

— Nous serons bientôt prêts, monsieur. Tev, je vais devoir tirer l'énergie de l'artillerie.

Tev leva le pouce et Coran fit un signe de tête à Zuza avant de se reconnecter au canal de communication central.

— Paladins ! appela-t-il. Je vais avoir besoin de renforts. Nous allons couper notre artillerie un moment pour préparer une belle surprise à nos adversaires.

— J'aimerais bien pouvoir aider, dit Matt, la voix tendue, mais on est un peu occupés, là. Vaudrait mieux pas laisser cette planète aux mains des Galras.

— Idem pour moi, dit Lance.

Shiro fit un son mécontent.

— Ça ne laisse que moi et Ryner. Tu peux te débrouiller encore quelques minutes, Lance ?

— Pfft. Ouais, bien sûr. Pas de problème, Shiro, je gère.

— Parfait. Ryner.

— J'arrive, dit Ryner.

Shiro acquiesça.

— Pidge, Allura, tenez bon. On vous retrouve dès qu'on peut.

— T'inquiète, dit Pidge. On est pas encore arrivés au centre de commande, de toute façon. Prenez votre temps.

Coran attendit que Shiro et Ryner prennent position près du château-vaisseau, prêts à affronter tout Galra qui pensait pouvoir tirer parti de la distraction du château pendant qu'il activait son arme secrète, puis il signala à Zelka de redonner de l'énergie au teludav.

Il alla se placer au poste de commande, qui appartenait autrefois à Alfor et désormais à Allura. Il posa les mains sur les piédestaux et les écrans lui affichèrent un message clignotant : Patientez. Patientez. Patientez.

Prêt.

Coran ferma les yeux, rassemblant sa quintessence. Zuza avait dit qu'ils n'auraient pas besoin d'un gros trou de ver pour déclencher le défaut mécanique des 9200, alors il mit plutôt l'accent sur la précision, essayant de placer le portail au centre du vaisseau qu'il avait devant lui.

Il infusa sa quintessence dans le château-vaisseau pour activer la séquence du teludav, maintenant sa concentration sur sa cible jusqu'à sentir le château répondre, creusant jusqu'à une petite partie de l'espace où les Galras ne pourraient nuire à personne.

Le teludav n'avait même pas fini de charger que le ciel s'illumina de volutes rouges, un trou de ver instable fleurissant au milieu du vaisseau de guerre. Il disparut l'instant d'après, ne laissant que la proue et la poupe flottant au milieu de l'espace. Le centre du vaisseau, comprenant le générateur de barrière, le moteur et une bonne partie de l'artillerie, s'était évanoui.

— Qu'est-ce que– ? commença Shiro. Coran, c'était toi ?

Riant, Coran se tourna vers sa prochaine cible.

— En effet. Et je vais réduire le reste de cette flotte en miettes !

Ça allait être très satisfaisant.


Lance avait l'intention d'attendre Shiro. Vraiment. Il n'était pas à deux minutes et il valait mieux ne pas être seul pour une mission de sauvetage.

Mais Coran avait appelé des renforts et Shiro était parti l'assister, puis après quelques minutes, le système de communication s'était mis à grésiller, signalant des interférences, comme si Lance s'était éloigné de la portée des transmetteurs.

Il maintint sa position ce serait sûrement une mauvaise idée de se faire piéger quand il ne pouvait pas demander de l'aide. Mais il s'était débarrassé de toutes les frégates et d'une bonne partie des chasseurs, et le deuxième navire d'assaut était à deux doigts de perdre ses défenses. La seule menace restante était le vaisseau-mère, mais ils ne pouvaient pas s'en occuper tant que les prisonniers n'étaient pas sauvés.

Une escouade de vaisseaux rebelles les rejoignit depuis le cœur de la bataille, prenant un nœud de chasseurs désorganisés par surprise et ne laissant rien d'autre que des débris métalliques sur son passage. Blue rugit et Lance joignit sa voix à la sienne, détruisant les barrières du dernier navire d'assaut avec un tir laser qui résonna dans ses oreilles.

Avec les rebelles, ils ne firent qu'une bouchée du vaisseau et bientôt, il n'y eut plus qu'une chose à faire.

— Shiro ? appela Lance. Shiro, je vais chercher les prisonniers. Faudra que tu me rejoignes quand tu peux, d'accord ? …Shiro ?

Pas de réponse. Lance passa au canal local et essaya de contacter les vaisseaux rebelles l'aidant au combat.

— Hé, vous êtes en contact avec les autres ?

Rien.

L'effroi fit frissonner Lance et son regard se posa sur les résultats des scans GPT. Des Altéens. Allura et Coran seraient dévastés s'il ne leur venait pas en aide et sans moyen de communication, il ne pouvait pas savoir quand les gars d'Anamuri décideraient de s'en prendre au vaisseau-mère. Savaient-ils qu'il contenait des prisonniers ? Lance ne se souvenait pas s'il était sur le canal général quand il avait prévenu Shiro.

Il ne pouvait pas attendre.

Lance inspira profondément, puis activa le dispositif de camouflage de Blue avant de se diriger vers la source des signatures vitales des prisonniers.

Ils étaient vers le centre du vaisseau, à quelques étages au-dessus de la coque, ce qui voulait dire que Lance allait devoir se balader un peu, mais bon. Ce n'était pas comme s'il risquait de rencontrer beaucoup de gardes, vu qu'ils se trouvaient au milieu d'une bataille. Tout le monde était certainement occupé à manier les lasers ou les chasseurs. Ce serait du gâteau, tant qu'il repartait avant que le camouflage de Blue ne se dissipe. Et tant qu'il n'y avait pas trop de prisonniers pour tous les caser dans son lion.

Tout irait bien. Même tous rassemblés comme ça, il n'y avait sûrement pas tant de prisonniers que ça. Deux douzaines max. Ils pourraient tous tenir dans le cockpit de Blue, si besoin est. Ce ne sera pas confortable, mais ils pourraient supporter d'être les uns sur les autres le temps de retourner au château-vaisseau. C'était sûr.

Les nerfs de Lance étaient en alerte quand il débarqua dans une sorte de salle de stockage. Blue ayant fait un trou directement dans la coque, il n'y avait pas de sas, si bien que Lance dut passer la porte en courant pour la fermer derrière lui aussi vite qu'il le pouvait. Son armure mesurait toujours une baisse de pression significative dans le couloir dans lequel il arriva, donc Lance attendit d'avoir traversé trois autres portes avant d'ouvrir son casque.

— Ok, marmonna-t-il, levant son arme et observant la pièce dans laquelle il se trouvait, une sorte d'infirmerie désaffectée.

Des lits remplissaient le centre de la pièce et des machines inconnues étaient alignées contre le mur. Au fond se trouvait une poignée de capsules de soin, éteintes.

— Tu peux le faire, Lance. Tu dois juste… trouver les prisonniers, sortir et retourner au château. Facile.

Il afficha les scans GPT sur l'écran de sa visière, clignant plusieurs fois des paupières pour focaliser l'image. Le rassemblement de signes vitaux se trouvait toujours au même endroit, à l'étage du dessus et un peu plus loin.

Il sortit de l'infirmerie à la recherche d'un ascenseur, s'attendant à combattre à chaque tournant, mais rien ne lui fit obstacle. Étrange. Peut-être que cet étage n'était pas du tout utilisé.

Mais il n'y avait personne non plus à l'étage du dessus et plus Lance se rapprochait des prisonniers, plus il avait l'impression d'avoir manqué quelque chose.

Trouve les prisonniers, se répéta-t-il. Sors. Retourne au château.

Si les Galras se fichaient de garder leurs prisonniers, ce n'était pas son problème.

Il était presque arrivé à l'amas de signes vitaux, mais un mur se trouvait sur son chemin et Lance dut faire un sacré détour à la recherche d'une porte. Il tourna au coin du couloir et fut accueilli par un autre long corridor, le mur de gauche ne présentant toujours aucune ouverture. Au tournant d'après, Lance ne trouva toujours pas d'entrée. En moins de deux minutes, il finit un tour complet de la pièce et il était toujours coincé à l'extérieur.

— Quoi, ils jettent les prisonniers d'un trou au plafond ? marmonna-t-il, donnant un coup de pied au mur.

Il jeta un autre coup d'œil au scan et un point isolé non loin de là attira son regard. Il apparaissait et disparaissait sans cesse depuis la fin de l'analyse de Blue, mais contrairement aux autres bugs, il restait tout le temps au même endroit.

Tant qu'il était à cet étage, il pouvait tout aussi bien aller voir.

Il s'arrêta à mi-chemin, la nuque recouverte de chair de poule. Il avait entendu quelque chose, presque trop doux pour son ouïe, un bruissement, presque un couinement. On aurait dit…

Le bayard de Pidge.

Lance se plaqua contre le mur un instant avant qu'un éclair ne passe devant lui, si lumineux qu'il laissa un trait vert-argent le long de sa vision. Le pire fut le bruit qu'il produisit, un sifflement terrible qui lui fit grincer des dents, suivi d'un éclat de tonnerre assez fort pour lui vriller les tympans.

Il pivota, ouvrant le feu avant que ses yeux larmoyants n'aperçoivent l'ennemi, un rire crissant lui indiquant qu'il avait manqué sa cible.

— Le paladin bleu, fit une voix sèche et cassante comme de vieux os. Tellement prévisible.

Lance cligna furieusement des paupières, mais quand sa vision s'éclaircit, il aurait presque souhaité rester aveugle. Un druide se tenait devant lui, mais pas n'importe quel druide. Elle était maigre pour une Galra, sa peau indigo lisse et sans fourrure et ses longs cheveux blancs encadrant un visage en partie dissimulé par une grande capuche.

Lance ne l'avait jamais vue en personne, mais il avait passé assez de temps dans la tête des autres, que ce soit en pleine bataille avec Voltron ou à l'entraînement avec l'appareil de fusion de l'esprit, pour reconnaître cette sorcière.

— Haggar, dit-il.

Elle sourit.

— Tu sais déjà qui je suis. Bien. Je ne perdrai pas mon temps.

Elle le visa brusquement en prononçant ce dernier mot et un autre éclair fila sur lui. Lance jura, se jeta de côté, puis tourna les talons et s'enfuit avant qu'elle ne puisse retenter sa chance une troisième fois.


Pidge avait l'impression d'avoir passé une éternité à trouver le centre de commande, alors que cela ne devait pas avoir pris plus de vingt minutes. Le temps s'allongeait quand un Galra vous interrompait à chaque intersection. Heureusement qu'Allura était là. Pas que Pidge n'aurait pas pu s'occuper des gardes, parce qu'iel en était tout à fait capable.

C'était juste qu'iel était épuisé∙e et sans Allura, il lui aurait fallu plus de temps et d'effort, ce qui l'aurait peut-être obligé∙e à se blottir dans un coin de la salle informatique pour faire une petite sieste avant de pouvoir se concentrer sur le piratage.

— Encore combien de temps, Pi–

Allura se coupa dans un grognement et un craquement de bras métallique contre une imitation de mur de pierre retentit.

Ok, iel avait d'autres raisons d'apprécier la présence d'Allura. Comme le fait que l'extérieur de la pièce grouillait de Galras qui essayaient de tuer le paladin noir. Elle avait pris une nouvelle forme, une sorte d'énorme T-rex vert qui prenait tout le couloir. Cette espèce devait être plus robuste que les Galras ou les Balmérans, les deux formes de combat qu'Allura adoptait habituellement, car Pidge ne se faisait pas d'illusions quant au nombre de coups qu'Allura avait encaissé depuis qu'iel avait branché son ordi.

— J'y travaille, Allura, dit Pidge, mais les pare-feux installés sont franchement excessifs.

Iel s'arrêta le temps de demander à Rover de relancer un tour de clé pour le moment, chaque couche alternait entre des chiffrements sécuritaires qu'iel pouvait contourner avec le bon code d'accès et des programmes de défense qui n'aimaient pas se retrouver face à un terminal inconnu.

— Enfin, j'imagine que c'est logique. C'est pas comme s'ils voulaient prendre le risque que quelqu'un réquisitionne les deux tiers de leur armée. Mais ça reste vachement chiant.

Allura grogna en réponse et la tête coupée d'une sentinelle vola dans la pièce, manquant de peu le gant de Pidge qui affichait le projecteur holographique et le clavier digital.

— Hé ! Attention, y a de l'équipement sensible, là ! protesta-t-iel.

Quelques secondes plus tard, une jambe sectionnée rebondit sur son casque.

Iel glapit, se frotta la tête et tira la langue à Allura.

Merci.

Rover émit un son confirmatif et Pidge se pencha sur la couche suivante. Iel devrait bientôt y être. Combien de programmes avait-iel déjà désactivés ? Douze ?

— Excessif, bougonna-t-iel. Complètement et absolument excessif.

Un éclat rouge attira son attention du coin de l'œil et iel grimaça, plissant les paupières. C'était juste assez lumineux pour diviser son attention, dont iel avait entièrement besoin pour détruire ce foutu système de sécurité, et ça bougeait de façon erratique, comme…

Pidge se figea, levant brusquement la tête, puis poussa un cri alarmé et plongea derrière une rangée d'ordinateurs au moment même où un laser surgit des conduits d'aération, creusant un trou dans le sol là où iel se trouvait l'instant d'avant.

— Qu'est-ce que c'était ? s'exclama Allura, essayant de repousser trois sentinelles dans le couloir.

Pidge invoqua son bayard.

— On a de la compagnie dans les conduits ! s'écria-t-iel. Je m'en occupe.

Iel fonça vers le conduit d'aération d'où le tir avait jailli. Il y en avait deux dans la pièce et Pidge était sûr∙e qu'ils étaient trop petits pour qu'un Galra s'y faufile. Un autre laser visa sa tête, mais iel s'y attendait et iel leva son bouclier pour intercepter le tir. Iel lança son bayard sur la grille métallique pour la dégommer et, quand iel tira sur la corde, la lame s'accrocha à ce qui restait du capot et le décrocha.

Pidge ramena la grille vers iel, puis bondit vers la bouche d'aération, qui était située à un bon mètre au-dessus de sa tête. Un petit coup de pouce de son jet-pack lui permit d'attraper le rebord d'une main et iel s'y haussa.

Un drone similaire à Rover dévalait le conduit. Pidge rembobina son bayard, puis tira une nouvelle fois, embrochant le drone en plein milieu de sa source d'énergie.

Le petit robot émit un ronronnement d'agonie, mais Pidge ne s'attarda pas pour en faire le deuil. Iel découpa trois côtés d'un carré sur le côté du conduit et le plia vers le bas pour former une barrière.

Ce n'était pas grand-chose, mais ça l'avertirait si un Galra envoyait un autre drone. Iel devrait, en théorie, faire pareil avec l'autre conduit, mais cela demandait un temps qu'iel n'avait pas. Iel alla s'installer dans un coin de la pièce où pas moins de trois rangées d'ordinateurs se trouvaient entre iel et la bouche d'aération dégagée et se concentra à nouveau sur son écran holographique.

Cette distraction lui avait fait perdre de précieuses secondes pendant lesquelles l'IA du vaisseau-mère avait tenté d'abreuver son ordinateur d'une sorte de malware alien. Pidge annula son téléchargement, balança le fichier temporaire dans un dossier en quarantaine et se remit au travail.

Après deux courses d'obstacles anti-hacker avec les IA, iel rejeta le dernier message d'erreur à connotation désespérée.

— J'y suis ! cria-t-iel. Donne-moi une seconde et– ha ha !

Quand Pidge appuya sur « Entrée », un vacarme retentit dans le couloir, des douzaines de sentinelles tombant comme des mouches, l'IA centrale les contrôlant s'effaçant de leur centre nerveux. Pas d'IA voulait dire pas d'instructions. Pas d'instructions voulait dire pas de contrôle. Et pas de contrôle voulait dire que toutes les sentinelles de la flotte n'étaient plus que des poids morts.

À l'intercom, Pidge entendit des cris de surprise et de joie, tandis que des exclamations décidément moins réjouies résonnaient dans le couloir. Avec un sourire, Pidge éteignit son écran et rejoignit Allura. Cette dernière avait repris son apparence altéenne, le visage baigné de sueur, mais toujours capable d'aller à la même vitesse alors qu'elle pourchassait une paire de soldats galras qui avait décidé de s'enfuir suite à la perte de leurs amis métalliques.

C'était sûrement la meilleure chose à faire, mais c'était sans compter sur Allura, qui avait repoussé la porte que l'un des gardes lui avait balancée à la figure. Pidge entendit deux cris jumeaux, puis le son de quelque chose de lourd qui tombait par terre.

Iel traversa le pas de la pièce bousillé juste au moment où Allura jetait la porte plus loin, regardant les gardes quelque peu écrabouillés et inconscients à ses pieds.

Pidge haussa un sourcil.

— Ça fait du bien ?

— Tellement, dit Allura. Allons-y. Shiro ! Ryner ! On ressort. Vous me recevez ?

— Cinq sur cinq, Princesse, dit Shiro. Nous rejoignons le point d'extraction. Rendez-vous dans trente secondes. Et, hé. Bien joué, Pidge.

Pidge rit en se mettant à courir, sautant par-dessus quelques sentinelles au passage. C'était une bonne journée.


— Les gars ? fit Lance, à bout de souffle à force de courir les couloirs sinueux et abandonnés des profondeurs du vaisseau d'Haggar.

Le vaisseau d'Haggar. Merde.

Les gars ! Shiro ? Keith ? Quelqu'un ? J'ai besoin d'aide, là. Allô ?

Pas de réponse. Comme ça, c'était réglé. Lui qui croisait les doigts pour que les interférences soient dues à de la poussière cosmique ou pour que le reste de son équipe soit simplement trop distrait par le feu de l'action pour répondre, il pouvait jeter par la fenêtre ce peu d'espoir et les autres excuses qu'il avait pu trouver.

Haggar avait vraiment bloqué toute communication. (Comme d'habitude, quoi.) Les geeks avaient tous été bien trop préoccupés par le bras de Shiro pour s'occuper de l'amélioration du système de communication, un projet déjà relégué en arrière-plan par l'apparition des pouvoirs pseudo-télépathiques de Shiro et Allura. Qui étaient d'ailleurs complètement inutiles si, par exemple, Allura quittait le lion noir pour aider Pidge à pirater toute une armée.

Une bouffée de fumée noire annonça l'arrivée d'Haggar, laissant à Lance le temps de crier, déraper et manquer de tomber la tête la première dans sa hâte de corriger son élan en direction d'un passage dénué de sorcière.

— Putain de téléportation druidique ! gueula-t-il.

Il était dans la merde. Dans la grosse, grosse merde. Il aurait dû écouter Shiro et attendre les renforts.

Sauf que, non, parce qu'ici, « renforts » voulait dire « Shiro » et que Shiro plus Haggar égal « pas bon du tout ». Qu'est-ce qu'Haggar foutait là, d'ailleurs ? Ils s'étaient débarrassés du traceur, non ? Elle s'était peut-être dit qu'elle les trouverait là, vu que c'était une bataille importante ? Ou alors elle s'attaquait simplement à la rébellion de Kera et c'était par chance qu'elle était tombée sur Lance ?

Non. C'était bien trop commode pour n'être qu'une coïncidence. Haggar était là pour Shiro et si Lance ne trouvait pas un moyen de passer le méchant alien Blink (1), il allait finir par servir d'appât.

Pour l'instant, il ne pouvait rien faire de mieux que de continuer à fuir en essayant d'atteindre un mur extérieur. Il était presque sûr que Blue pourrait venir le chercher tant qu'elle n'avait pas à détruire la moitié d'un vaisseau pour le trouver. Il espérait qu'il arriverait à l'appeler. Ça ne devrait pas poser de problème, si ? Leur lien était évidemment assez puissant et il avait vraiment besoin d'elle, là.

Le vrai souci, c'était qu'Haggar apparaissait sans cesse devant lui. C'était comme si elle savait où il allait (ce qui n'avait pas de sens, parce que Lance lui-même ne savait pas où il allait).

Non. Il devait réfléchir. Haggar utilisait de la magie, mais il devait y avoir des règles à suivre. Des limites. Elle n'était pas omnisciente, sinon ils seraient tous morts depuis longtemps. Elle savait où il allait, mais elle semblait se téléporter devant lui que lorsqu'il s'approchait trop de la coque. Donc soit elle n'essayait pas vraiment de le tuer, mais juste de le coincer, soit elle ne savait pas où il allait, sauf quand il passait une sorte de ligne invisible.

Dans tous les cas, s'il s'en tenait au centre du vaisseau, il pourrait profiter d'une minute pour souffler et réfléchir.

Lance ralentit, malgré son instinct lui hurlant que s'arrêter le tuerait. Il garda son arme en joue, prêt à tirer, mais Haggar ne se montra pas.

Ok. Ok, qu'est-ce que je peux en déduire ?

Rien qu'il ne savait pas déjà. Il n'était pas assez loin pour attirer Haggar, mais ça ne voulait pas dire qu'elle ne l'observait pas. Il lui fallait plus d'informations.

Un petit point bleu clignota sur la carte projetée sur sa visière. Enfin, « carte » était peut-être un peu généreux. Son armure avait enregistré une approximation des endroits par lesquels il était passé, grâce à une sorte de programme de cartographie alien vieillot, mais ça laissait un sacré nombre de trous. Il avait au moins une vague idée de sa position par rapport à la coque, raison pour laquelle il l'avait laissée activée quand Haggar avait montré le bout de son horrible nez.

Les relevés du scan GPT étaient toujours affichés et le signal qui apparaissait toujours au même endroit se trouvait droit devant.

Si Haggar l'observait, faire s'échapper un prisonnier altéen de sa prison personnelle devrait suffire à la faire sortir de sa cachette, pas vrai ? Enfin, ça dépendait de l'importance du prisonnier (s'il y avait bien un prisonnier) et de la volonté d'Haggar à garder secrète sa technique d'espionnage.

Peu importe. C'était un plan et il n'avait pas d'autres alternatives. Peut-être qu'il n'allait qu'entraîner le prisonnier dans la mort avec lui, mais au moins, il aurait fait de son mieux.

Il pivota et se dirigea vers le cœur du vaisseau d'Haggar, sa peau se couvrant de chair de poule à chaque porte qu'il dépassait. Il s'attendait à ce qu'elle émerge de chacune d'entre elles, qu'elle se jette sur lui depuis le plafond ou qu'elle téléporte un couteau droit dans son cœur. (Purée, il espérait que ce n'était pas dans ses cordes.)

Les couloirs restèrent plongés dans un silence sinistre entrecoupé par le seul bruit de ses pas et de sa respiration sifflante.

Lance s'arrêta devant une porte tout à fait ordinaire. Il y avait un scanner à main juste à côté, comme pour la plupart des portes devant lesquelles il était passé. Rien ne démarquait celle-ci des autres, mais le point bleu clignotant sur la visière de Lance se trouvait juste devant lui.

Lance retint son souffle et appuya prudemment sur le scanner à main. Évidemment, rien ne se produisit. Il ne devait réagir qu'aux signes vitaux d'un Galra, comme tout autre verrou sur tout autre vaisseau Galra de l'univers.

Et puis merde. Lance leva son pistolet, visa le scanner et appuya sur la détente.

Le scanner explosa dans une cascade d'étincelles et de morceaux de métal fondu qui tombèrent sur les bottes de Lance. Il ne s'attendait pas vraiment à ce que cela change quelque chose, mais son pistolet tirait quand même des lasers d'énergie. Il s'était dit que surmener le circuit le ferait peut-être réagir.

Il avait raison. En partie. La porte s'ouvrit de quinze centimètres avant de se bloquer, ses circuits cessant de fonctionner. Mais quinze centimètres, c'était suffisant pour avoir un aperçu de la pièce.

Elle était petite, avec une couchette étroite au mur du fond et le coin de ce qui devait être un bureau à côté. Du peu que Lance pouvait voir, il aurait pu traverser la pièce en trois enjambées. Ce n'était pas nécessairement une cellule, certainement pas du genre des cages métalliques froides qu'on trouvait dans la plupart des prisons galras, mais ce n'était pas non plus une chambre royale. Il ne semblait y avoir personne à l'intérieur.

Lance entendit un reniflement et du mouvement du côté droit de la pièce, où se trouvait le bureau. Il ne pouvait pas voir ce qui se trouvait dans le coin avec la porte entrouverte, mais il aurait pu jurer–

Là, encore !

— Hé, souffla Lance. Psst. Y a quelqu'un ? Hé ho ?

Le prisonnier ne répondit pas, mais il entendit clairement une inspiration brusque.

— Je t'entends, tu sais. Tout va bien. Je fais partie des gentils. Je viens te sauver, d'accord ?

Lance marqua une pause, mais la personne à l'intérieur ne répondit toujours pas. Elle n'en était peut-être pas capable. Elle était peut-être bâillonnée ou muette ou elle n'avait pas de traducteur. Si elle ne pouvait pas comprendre ce que disait Lance, elle ne voulait peut-être pas prendre le risque de lui répondre.

Ce n'était rien. Il allait juste devoir… entrer. D'une manière ou d'une autre. Jetant un œil par-dessus son épaule pour s'assurer qu'il n'avait pas de compagnie (il était seul on aurait dit qu'il n'y avait que lui, Haggar et les prisonniers sur ce vaisseau), Lance s'appuya contre la porte entrouverte et la poussa de toutes ses forces. Ses pieds glissaient, mais lentement (très lentement), la porte commença à s'ouvrir davantage.

Dès que le passage fut assez large pour s'y faufiler, Lance entra, les mains levées dans un geste qu'il espérait vouloir dire « Je ne te veux aucun mal » en langage universel. Il se tourna vers la source des reniflements.

Et se figea.

Un garçon était blotti sous le petit bureau, vêtu des haillons violets des prisonniers galras. Ses yeux ambre étaient écarquillés par la peur sur son visage osseux, les mains enroulées autour de ses genoux. Il avait la peau sombre, plus foncée que celle d'Allura, ainsi qu'un amas de boucles noires emmêlées qui ne recouvraient pas totalement le réseau de blessures et de brûlures qui parsemaient son crâne et son cou. Lance ne saurait déterminer son âge, mais il avait l'air jeune. Plus jeune que lui. Peut-être plus jeune que Pidge.

Et c'était un Altéen.

— Les scanners avaient raison, marmonna Lance, clignant des yeux au cas où les oreilles pointues et les glaes dorés décidaient de disparaître.

Ils restèrent bien en place.

Il voulait balancer Haggar dans une supernova.

Le dégoût de Lance devait s'être montré autant que son choc, car le garçon recula, se blottissant davantage sous la table, et l'estomac de Lance se retourna à la terreur profonde qui marquait ses traits. Avec lenteur pour ne pas l'effrayer plus, Lance posa un genou à terre, offrant une main qu'il espérait invitante et non menaçante. Il se força à ravaler sa colère et afficha un sourire. Le tremblement de ses doigts était incontrôlable, par contre.

Pourquoi tant de prisonniers galras n'étaient que des enfants ?

— Tout va bien, chuchota Lance. Tout va bien, je vais te sortir de là.

Ouais, bien sûr. Déjà qu'il ne savait pas comment se sortir de là. (Mais ça n'avait pas d'importance, pas vrai ? Lance n'allait pas abandonner cet enfant.)

— Je m'appelle Lance.

Le garçon ne répondit pas, se contentant de fixer Lance, les yeux écarquillés. Il reconnaissait peut-être l'armure de paladin de Lance. Peut-être qu'il savait juste que Lance n'était pas un Galra et, par extension, pas un ennemi.

En tout cas, il finit par sortir de sa cachette et tendit une main vers celle de Lance.

Lance sourit, restant immobile. Cet enfant avait visiblement eu la vie dure et Lance ne comptait pas l'effrayer davantage.

— C'est ça, dit-il, se donnant l'air le plus confiant qu'il le pouvait. On va sortir de là. Je t'emmène loin de ces enfoirés.

Il pouvait déjà entendre Shiro le réprimander pour dire des gros mots devant un enfant (alors que Pidge était bien plus vulgaire que les autres paladins), mais ce dernier ne tiqua même pas. Il hésita un moment juste à quelques centimètres, puis prit la main de Lance et se laissa remettre debout.

— Génial ! dit Lance. C'est très bien. Maintenant, euh, suis-moi.

Lance se dirigea vers la porte, regardant de chaque côté du couloir avant de sortir et de tirer l'enfant derrière lui.

— Tu as un nom ?

Le garçon ne fit que le regarder, serrant la main de Lance si fort qu'il allait certainement en avoir des bleus.

— C'est rien, dit Lance. On peut faire les présentations plus tard. Ça te va, bonhomme ? C'est comme ça que j'appelais mon frère, tu sais. Bonhomme. (Il attendit une contestation, mais rien ne vint.) Ok. Viens, bonhomme. Sortons d'ici.


Shiro et Ryner se tournèrent vers l'un des derniers vaisseaux de guerre, leurs rayons lasers d'un bleu néon parés à le descendre. Le coup des trous de ver de Coran (que Shiro trouvait toujours quelque peu angoissant, même après que Coran lui ait assuré que les défenses anti-trou de ver du château étaient plus compétentes) avait neutralisé un bon tiers de la flotte et Zelka avait rétabli l'artillerie pour détruire les barrières des vaisseaux de guerre restants.

La flotte battait déjà de l'aile avant que Pidge ne désactive les sentinelles et maintenant, avec quasiment tous les navires de support immobilisés et les vaisseaux de guerre qui tombaient les uns après les autres sous l'assaut du château-vaisseau, de l'Espoir de Kera et des deux lions, la victoire était inéluctable.

Shiro découpa les propulseurs du vaisseau ennemi avec sa lame maxillaire tandis que Ryner plongeait les griffes de Green dans sa coque, fermant les yeux.

— Tu devrais te tenir à l'écart, dit-elle à Shiro.

Le calme dans sa voix lui aurait fait froid dans le dos s'il ne savait pas qu'elle cherchait juste à se concentrer. Bon, ça restait un peu flippant, mais Shiro suivit le conseil de Ryner et s'éloigna.

Il avait bien fait. Quelques secondes après l'avertissement de Ryner, la lueur violette de la quintessence du vaisseau de guerre commença à s'échapper de ses plaques blindées, clignotant comme des éclairs au milieu d'un nuage d'orage. Le lion vert se retira et le vaisseau se déchira silencieusement.

Shiro resta stupéfait devant l'épave d'où s'échappaient encore quelques volutes de quintessence.

— Ai-je envie de savoir ce que tu viens de faire ?

Ryner sourit et Shiro se souvint qu'il s'agissait de la femme qui avait mené son peuple à la rébellion pendant des années, faisant de son environnement une forteresse vivante contre les assauts des Galras. Elle, comme Pidge, était plus coriace qu'elle n'en avait l'air et inébranlable dans ses attaques.

— Le lion vert et moi avons excité la quintessence pour créer une réaction en chaîne qui a saturé leurs systèmes.

— Oooh, attends une minute, dit Hunk, l'intérêt clair dans sa voix malgré la fatigue qui s'y mêlait. La quintessence a un état excité ? Comme un atome ? Ça veut dire qu'on peut ioniser la quintessence ? Ryner. Ryner. Je veux tout savoir.

Shiro leva les yeux au ciel, souriant faiblement.

— Plus tard, Hunk.

Cette bataille était longue et particulière. Entre les trous de ver de Coran et la quintessence excitée de Ryner, c'était plus flashy que Shiro ne l'escomptait. Et certainement plus que les Galras ne s'y attendaient.

Il jeta un œil aux scanners, ne relevant que deux vaisseaux de guerre à proximité immédiate, sans compter le vaisseau-mère. Laissant ces rescapés aux mains de Coran et Anamuri, Shiro fit pivoter Black en direction du vaisseau-mère.

— Très bien, Ryner. Allons chercher Pidge et Allura.

Ils se chargèrent de la poignée de tourelles restantes sur leur passage, arrivant par le dessous du bouclier principal. Personne n'avait voulu prendre le risque de tirer sur le vaisseau-mère tant que des alliés s'y trouvaient toujours, mais Shiro ne pensait pas que cela durerait encore longtemps. Il laissa Black le guider jusqu'à Allura, faisant confiance au lien qu'ils partageaient plutôt que d'essayer de raccorder les scans GPT à la signature de l'Altéenne. Comme une corde attachée à son nombril, leur connexion les appelait l'un à l'autre et Shiro fit un trou dans la porte du hangar à l'arrière du vaisseau.

Une poignée de chasseurs et une montagne de sentinelles désactivées en tombèrent, percutant les défenses de Black tandis qu'elle s'y frayait un passage, Green juste derrière elle. Elles se posèrent côte à côte dans le hangar et le sas intérieur s'ouvrit, aspirant Pidge et Allura dans le vide de l'espace. Ils activèrent leurs jet-packs, fonçant droit dans la gueule grande ouverte de leurs lions et Shiro n'attendit pas qu'Allura le rejoigne dans le cockpit avant de tourner les talons et de ressortir.

— On les a, dit-il tandis que Pidge et Ryner le suivaient. Tu peux les abattre, Coran.

Des lasers plus puissants que ceux d'un lion lui passèrent devant, s'écrasant contre la barrière à particule dans un torrent de lumière fondue. Mais Shiro le remarqua à peine : Allura venait de mettre les mains sur les piédestaux au centre du cockpit du lion noir et l'esprit de Shiro s'envola à la rencontre des autres.

Il trouva Keith et Matt en premier, slalomant à travers la flotte décimée au-dessus de Bérylis. Seul un vaisseau de guerre semblait encore en état de se battre, mais il n'y avait aucun doute dans l'esprit des paladins rouges que ce serait bientôt fini. Ils pivotèrent, activant leurs réacteurs pour couper leur élan, puis préparèrent le canon ionique sur le dos de Red.

Hunk et Shay n'étaient pas très loin et Allura avait déjà analysé leurs blessures et niveaux de stress. Le lion jaune était bien amoché et Hunk se trouvait toujours dans ses entrailles, réparant les derniers systèmes qui s'étaient coupés pendant le combat. Shay était à la place du pilote, secouée mais se détendant lentement grâce au bavardage incessant de Hunk.

Shiro sourit. Quatre lions qui répondaient présents. Quatre paires de pilotes en bonne santé. Il ne restait plus que–

Lance.

L'esprit de Shiro se tourna brusquement vers Trenvila. Il y sentait le lion bleu, entouré d'une certaine agitation.

Lance n'était pas dans le cockpit.

Le choc et la peur se mêlèrent dans l'esprit partagé de Shiro et Allura, et Shiro fouilla les alentours, essayant de se rappeler la dernière fois qu'il avait eu des nouvelles de Lance. Il avait mentionné les prisonniers qui se trouvaient à bord de l'autre vaisseau-mère. Il comptait attendre que Shiro vienne lui prêter main-forte. Combien de temps s'était écoulé depuis ? Dix minutes ? Vingt ? Lance n'avait plus rien dit depuis.

Allura étendit son esprit, mais sembla se heurter à un mur. Shiro aperçut quelques images fugaces : Lance braquant son arme Lance se tortillant pour regarder par-dessus son épaule, baigné dans la lumière violette de cristaux galras Lance et une autre silhouette, petite et effrayée, descendant un couloir vide.

Une vague impression de terreur ressortait de ces images, mais Shiro ne savait pas si cela venait de Lance ou de lui-même.

— Les chasseurs de ce vaisseau sont toujours opérationnels, chuchota Allura, mais cela suffit à faire taire les autres paladins.

— Comment ça ? demanda Hunk, un tremblement dans la voix. Quel vaisseau ?

Shiro déglutit, transformant ses inquiétudes en détermination. Lance était en danger, Shiro ne pouvait pas perdre de temps à s'angoisser.

— Celui que Lance affrontait aux alentours de Trenvila. Ce doit être un autre vaisseau-mère.

— Attends, dit Pidge. Affrontait ? Il est arrivé quelque chose à Lance ?

— Je ne sais pas, répondit Shiro, fonçant en direction du lion bleu aussi vite que Black le pouvait. Mais je n'aime pas ça.


Lance et le jeune altéen s'étaient mis en mouvement rapidement, prenant juste le temps de faire un aller-retour de dernière minute dans la pièce où le garçon était retenu pour que Lance puisse récupérer l'oreiller et la couverture de la couchette. Il avait placé la couverture sur les épaules de l'enfant qui frissonnait (ce ne pouvait pas être que de la peur) et cela sembla l'aider d'avoir autre chose à quoi se raccrocher en plus du bras de Lance.

Ce n'était pas que ça dérangeait Lance qu'il s'accroche à lui, mais il avait besoin de ses deux mains pour utiliser son arme et il ne voulait pas perdre une fraction de seconde face à Haggar alors qu'elle avait déjà l'avantage.

Enfin, son bayard était désactivé pour le moment et il tenait à la place le coussin devant lui comme un bouclier. Le jeune altéen semblait trouver cela amusant, ce qui comptait comme un bonus pour Lance.

Ils n'étaient plus très loin.

Lance regardait les portes devant lesquelles ils passaient, en cherchant une sans scanner à main. (Il s'était dit qu'un seul loquet pété suffisait pour une infiltration.) Il en trouva une pas loin et quand il l'ouvrit, il découvrit un petit placard aux étagères poussiéreuses recouvertes de seaux, de vaporisateurs et d'outils à l'air étrange.

— Parfait, dit-il avant de pivoter pour s'agenouiller devant l'enfant.

Il n'était pas si petit comparé à Lance (il faisait certainement deux-trois centimètres de plus que Pidge) et s'agenouiller le mettait à hauteur de son menton, mais Lance avait la vague impression que ce gamin avait fait face à de nombreux grands Galras en colère ces derniers temps.

— Comment ça va, bonhomme ? lui demanda-t-il gentiment.

Le garçon serra sa couverture et détourna le regard.

Lance soupira.

— Je sais. On va bientôt sortir d'ici, je te le promets. Mais écoute. Tu vois la vieille peau en charge de cet endroit ?

Le frisson du garçon lui indiqua que oui, il savait exactement qui était Haggar. Lance grimaça.

— Je dois m'assurer qu'elle va pas nous empêcher de sortir, alors il faut que tu te caches un moment, d'accord ? Je reviens dans quelques minutes et je te sortirai de là. D'accord, bonhomme ?

Pendant une seconde, il crut que l'enfant allait paniquer. Il avait les yeux écarquillés, la respiration courte et superficielle. Mais il hocha la tête et Lance lui serra le poignet pour le rassurer avant de ressortir. Le garçon se blottit dans un coin du placard et s'accroupit, regardant Lance avec terreur.

La bouche de Lance s'assécha.

— Je reviens tout de suite, promit-il avant de fermer la porte.

Eh bien, maintenant il n'avait plus qu'à tenter son plan bidon. Le vaisseau s'était transformé en carte d'eshet dans sa tête et il avait beau se dire que la vraie vie n'était pas un jeu, il était à court d'idées. Eshet était peut-être un jeu, mais c'était un jeu de stratégie, fait pour préparer les joueurs à ce genre de situation. Lance n'avait qu'à découvrir le plan d'Haggar et le contourner.

Il visualisa le plateau en se dirigeant vers les couloirs extérieurs. C'était un jeu en un contre un jusque-là et bien que Lance ne comptait pas sur Haggar pour la jouer fair-play, il pouvait pour le moment s'estimer heureux de n'avoir à anticiper les mouvements que d'une personne. De plus, ce match était configuré comme une partie de Rébellion : Haggar avait tous les avantages, mais Lance n'avait pas besoin de la tuer pour gagner.

Objectif : sortir l'enfant du vaisseau.

Objectif : trouver les autres prisonniers et les aider à s'évader.

Bonus : rester en vie.

Lance ralentit en approchant du dernier lieu où il avait vu Haggar. Il avait un plan, une feinte qui pourrait l'attirer sans se faire tuer, mais il ne savait pas jusqu'où il pouvait aller sans activer le piège de la sorcière. S'il était intelligent, il aurait remarqué où elle se téléportait, mais il était trop pris par la panique à ce moment-là pour tester sa théorie une fois qu'il y avait pensé.

Au moins, il était désormais à peu près sûr qu'Haggar était attirée par un endroit particulier et non par un appareil ou un sort qui traquait la position de Lance. Elle ne l'aurait jamais laissé récupérer l'Altéen si elle savait où il se trouvait.

Il allait devoir réessayer sa feinte encore et encore jusqu'à ce qui se passe quelque chose.

Activant son bayard, il le tint d'une main et tapota de l'autre l'oreiller volé contre sa cuisse. Son plan pouvait échouer de mille façons (par exemple, Haggar ne repérait pas les mouvements, mais les signes vitaux), mais il n'avait pas beaucoup d'options sous la main pour tester l'attrape-paladin d'Haggar.

Secouant la tête, Lance se prépara, les jambes bien campées au sol, l'oreiller prêt à voler. Il expira, puis balança le coussin et leva aussitôt son arme, prêt à tirer au moindre signe de fumée noire.

Le couloir resta vide.

Il avança en cercles lents au cas où Haggar apparaissait derrière lui, mais il rejoignit son oreiller sans incident. Pivotant à nouveau au cas où, Lance s'accroupit, prit le coussin, puis se retourna, le jeta et braqua à nouveau son fusil.

Il refit la même chose à trois reprises, ce qui ne lui apporta rien de plus que de la nervosité et une remise en question. Quel plan stupide. Comment avait-il pu croire que cela fonctionnerait ?

Il balança l'oreiller aussi fort qu'il le pouvait et cette fois-ci, une brume noire apparut sur son sillage. Lance cligna des yeux, puis se rappela à lui. Il leva son arme, attendit que la brume se solidifie, puis–

Il eut l'impression que son tir laser était plus brillant que d'habitude. Lance parcourait ces couloirs sombres depuis si longtemps que sa vision avait commencé à s'y faire. La luminosité soudaine lui brûla les yeux, mais il ne se permit pas de les fermer. Il plissa les paupières et tira une nouvelle fois avant qu'Haggar n'ait le temps de réagir à son attaque.

Elle pivota, rugit et disparut dans un nuage de fumée, réapparaissant à moins de trente centimètres de lui, les griffes sorties, prêtes à le déchiqueter.

Lance glapit, moulinant à reculons avant de finir éviscéré. Bon plan, Mendoza ! se morigéna-t-il. Fais chier la sorcière meurtrière ! Mais quel génie !

Il n'eut pas le temps de se fustiger plus longtemps. Haggar le poursuivait toujours, des éclairs s'échappant de ses doigts. Un de ses sorts l'effleura, lui donnant la vague sensation d'avoir mordu du papier alu : étrange et repoussant, mais pas vraiment douloureux.

C'était sûrement l'adrénaline.

Il continua de courir, à l'affût de la fumée noire qui précédait les téléportations d'Haggar. Cela lui laissait peu de temps pour réagir, mais cela suffisait pour viser (plus ou moins) et tirer, la forçant à se retéléporter la plupart du temps.

Elle décida alors de pimenter les choses, si bien qu'à la place d'un nuage de fumée, sa prochaine réapparition fut accompagnée d'une douzaine de copies d'elle-même dans le couloir devant lui. Lance s'arrêta brusquement, tirant sur trois Haggar avant de se rendre compte que ce n'était qu'une illusion. (Il espérait qu'il s'agissait d'une illusion. Une Haggar suffisait pour le tuer.)

Les trois Haggar qu'il toucha frémirent au passage des lasers, mais se reformèrent, indemnes.

Les neuf autres clones foncèrent droit sur lui et Lance savait qu'il n'allait pas pouvoir leur tirer tous dessus durant la seconde et demie qu'il leur faudrait pour l'atteindre. Il pouvait prier sa bonne étoile d'arriver à toucher la vraie Haggar du premier coup ou…

Lance pivota et s'enfuit par le dernier couloir qu'il avait croisé, fonçant droit à travers une illusion d'Haggar qui avait une boule d'électricité dans la main. Sa peau se couvrit de chair de poule à l'idée qu'il aurait pu s'agir de la vraie et qu'il aurait pu en mourir.

Allez, reste positif. Il faut juste… que tu trouves un plan…

Eshet n'avait pas de mécanisme d'illusion, ou alors Lance n'était pas au courant. Ce n'était visiblement pas une capacité très commune, même parmi les aliens.

Les jeux vidéo, par contre, adoraient vous confronter à des clones. Parfois, les clones s'attardaient, parfois ils disparaissaient dès qu'ils étaient touchés, mais dans tous les cas, la stratégie de Lance était souvent la même : une AOE (2). Certes, la classe IRL de paladin de Lance ne lui donnait pas accès à des sorts de zone, mais il avait une arme magique qui pouvait devenir n'importe quoi.

Purée, il croisait les doigts pour que cela fonctionne.

Lance désactiva son bayard et se concentra sur des armes qui pourraient subvenir à ses besoins. Une sorte de mitraillette, peut-être, ou un lance-flamme. Non, pas un lance-flamme. C'était plutôt le genre de Red. (Oh, purée. Il s'imagina Matt avec un lance-flamme. Non, Keith avec un lance-flamme. Il valait mieux ne pas leur souffler l'idée.)

Lance activa son bayard et pendant un instant, il crut qu'il avait échoué. C'était toujours un pistolet, plus petit et légèrement plus gros que son fusil habituel, mais cela restait une arme à feu. Enfin, il avait quelque chose de différent et Lance se dit que son bayard n'allait pas soudainement décider de se transformer en un truc moins utile, pas vrai ?

Ok. Lance tourna les talons, leva son bayard et appuya sur la détente en visant le centre de la meute d'Haggar.

Une boule d'énergie de la taille d'une balle de tennis s'échappa de son pistolet et descendit en arc lent. Elle se posa avec un petit son visqueux à deux pas derrière la Haggar qui menait le groupe, frémit, puis resta coincée sur place. Lance n'eut pas le temps de se sentir déçu de la nullité de son arme que la boule se mit à briller d'un bleu éclatant avant d'exploser dans une vague de plasma.

Lance glapit, invoquant son bouclier juste avant qu'un éclat bleu gluant ne le frappe. Quand ses oreilles cessèrent de sonner, il leva les yeux et vit que le couloir avait brûlé à des endroits variés autour d'un trou de 60 centimètres dans le sol. Il n'y avait plus qu'une seule Haggar qui hurla de rage en appuyant sa main contre une brûlure conséquente au niveau de ses côtes.

— Yes ! s'écria Lance, levant le poing en l'air. Des bombes collantes !

Haggar releva brusquement la tête et Lance était certain de n'avoir jamais vu de regard aussi meurtrier que le sien.

Il ravala sa joie et partit en courant avant qu'Haggar ne puisse l'électrocuter.

Elle devait souffrir horriblement parce qu'elle ne se téléporta pas devant lui au prochain couloir. Ni au suivant. Après trente secondes, Lance ralentit, hors d'haleine, et attendit la prochaine attaque.

Rien ne se passa.

Ok, son plan avait plus ou moins fonctionné. L'oreiller avait joué son rôle avec succès, prouvant qu'Haggar avait une sorte de système qui l'alertait dès qu'il arrivait… Il jeta un œil à la carte de son armure. À un demi-lion de la coque extérieure. Blue ne pouvait pas le rejoindre d'ici, alors il allait devoir trouver un autre moyen de s'échapper.

Il se demanda si le même périmètre était appliqué aux autres étages.

La première chose à faire était de récupérer l'Altéen. Cinq minutes devaient s'être écoulées et Lance ne voulait pas que l'enfant panique. Et puis, il pouvait toujours trouver une autre cachette un peu plus bas avant de retenter une approche vers la coque.

Pas en bas, décida Lance. En haut. La porte de sortie la plus proche était certes en bas, mais il était plus probable qu'Haggar y ait placé des pièges. Si Lance montait, il finirait par tomber sur les autres Galras stationnés sur ce vaisseau. Il devait y avoir d'autres Galras il avait bien vu combien de PNJ étaient nécessaires pour piloter un vaisseau de guerre lors des simulations d'eshet en plein espace. Haggar avait besoin d'aide pour parvenir jusqu'ici. Beaucoup d'aide.

Beaucoup d'aide voulait dire beaucoup d'activité, ce qui voulait dire que le détecteur de mouvements d'Haggar ne pouvait pas être installé aux étages en service. Si Lance parvenait à monter, il pourrait peut-être atteindre le mur extérieur pour s'échapper.

C'était un plan.

Lance reprit le chemin du placard où il avait laissé l'enfant et quand il en ouvrit la porte, il fut accueilli par deux secondes d'immobilité. Juste le temps que l'enfant reconnaisse Lance, avant qu'il ne se propulse en avant, l'entraînant dans une étreinte qui manqua de le faire tomber.

— Wow ! (Lance fit disparaître son bayard pour enlacer le jeune garçon à deux mains.) Tout va bien, bonhomme. Je suis là. Je suis là.

Il attendit que l'enfant lève les yeux pour lui sourire.

— T'es prêt à t'en aller ?

Le garçon hocha la tête, reculant un peu. Lance lui offrit sa main, puis regarda le plafond. La nouvelle forme de son bayard pourrait sûrement créer un trou dans le revêtement métallique, mais l'explosion des bombes collantes attirerait certainement l'attention d'Haggar.

Enfin bon, il y avait de fortes chances qu'elle ait piégé tous les ascenseurs de l'étage, de toute façon.

— Va y avoir du bruit, bonhomme, dit Lance, lâchant temporairement la main de l'enfant pour invoquer son bayard et viser le plafond. Et va falloir aller vite. T'es prêt ?

Des mains s'agrippèrent à l'armure de Lance et il le sentit acquiescer dans son dos.

— Ok, c'est parti.

Lance se plaça au centre d'une intersection, tira une grenade collante au plafond à une bonne demi-douzaine de mètres dans le couloir de gauche, échangea son bayard pour son bouclier et attira le garçon au coin du couloir, les protégeant de son mieux quand l'explosion retentit.

Le garçon se crispa, mais quand Lance le remit d'aplomb, il le suivit sans hésiter jusqu'au nouveau passage dans le couloir. Lance souleva l'enfant et activa son jet-pack, les transportant à l'étage du dessus. Sans ralentir, il partit en courant dans le couloir qu'il trouva, le jeune altéen toujours dans ses bras, essayant de mettre le plus de distance que possible entre lui et le trou compromettant dans le sol.

Il ne s'arrêta qu'à l'apparition d'un long mur lisse. Un air de déjà-vu le frappa et il afficha sa carte. En effet, il était de retour devant la masse centrale de signatures vitales. Curieux, il fit un rapide tour de la pièce qui, à l'étage du dessous, n'avait pas d'entrée. Il n'y en avait pas non plus à cet étage, ce qui le préoccupa grandement.

Heureusement pour lui, il avait un fabricateur de passage portable désormais.

Lance laissa le garçon au coin du couloir, s'éloigna un peu et tira sur le mur. Il tourna les talons et courut se mettre à l'abri, glissant à côté de l'enfant juste au moment de l'explosion.

Il se tourna vers le garçon en souriant.

— Ça te dit de m'aider à délivrer plus de prisonniers ? demanda-t-il.

L'enfant hésita, mais finit par s'accrocher au coude de Lance en hochant la tête, l'expression déterminée. La peur qui le recouvrait comme une seconde peau quand Lance l'avait trouvé était toujours là, mais elle s'effaçait. Quoi qu'Haggar ait fait à ce garçon, elle ne l'avait pas brisé. Pas complètement. Lance espérait qu'il s'en remettrait, que les brûlures sur son crâne et sa silhouette osseuse ne seraient pas les seules à disparaître.

Serrant le garçon contre lui, Lance se dirigea vers le trou dans le mur et y jeta un œil. Il s'attendait à voir des cellules honnêtement, il s'attendait presque à tomber sur des gardes mutilés par l'explosion.

Au lieu de ça, il se retrouva en haut d'un hangar : un espace ouvert de vingt étages ou plus avec une paire de baies vitrées visibles tout en bas. Il n'y avait pas de gardes à l'intérieur. Cet endroit avait peut-être déjà été déserté, peut-être qu'ils s'étaient enfuis quand Lance avait fait un trou dans le mur. Ça n'avait pas d'importance.

Ce qui l'inquiétait plus, c'était l'énorme… créature… qui se tenait bien droite et immobile au centre de la pièce.

C'était un robeast, grand et vaguement humanoïde, avec de longues griffes, des canons dans les paumes et des veines de quintessence luisant sous sa peau cuirassée. Des marquages jaunes brillants se trouvaient sur le masque de fer servant de visage, juste en dessous des yeux. Des marques qui ressemblaient bien trop à des glaes.

Les mains du garçon resserrèrent leur prise sur Lance, mais il était trop occupé à garder le contenu de son estomac pour s'en plaindre.

C'était un robeast. Et l'enfant que Lance avait secouru était son pilote.

— Merde, marmonna Lance.

Tenant fermement l'enfant, il sauta dans le trou qu'il avait créé, utilisant son jet-pack pour contrôler sa descente. Il y avait une cabine de contrôle le long d'un mur et il s'y dirigea, espérant y trouver les commandes du robeast. Ce fut bien le cas, mais Lance se rappela qu'il ne savait pas comment fonctionnaient les ordinateurs galras.

Au moins, l'ancien occupant de la pièce avait laissé l'ordinateur allumé. L'explosion avait dû lui ficher une sacrée frousse. Enfin, Lance n'allait pas s'en plaindre, vu qu'il pouvait se mettre aux contrôles sans besoin d'autorisation particulière.

Grondant, il fixa le robeast à travers la vitre renforcée, le jeune altéen refusant de suivre son regard. Comme s'il existait encore le moindre doute sur ce qu'Haggar faisait là. Lance n'avait qu'une envie, celle de détruire cette horreur, mais il ne le pouvait pas. Pilotes et robeasts étaient connectés d'une manière ou d'une autre tuer le pilote tuait le robeast, ce que Shiro et Allura avaient démontré sur Maorel. Lance ne pouvait pas prendre le risque de tester si l'inverse était vrai.

Mais il ne comptait pas laisser Haggar faire ce qu'elle voulait. Elle pourrait détruire le robot elle-même une fois que Lance se serait échappé avec l'enfant, ce qui conduirait à sa mort de toute manière.

Le regard de Lance se posa sur un bouton à l'écran. Le traducteur de Pidge avait encore un peu de mal à déchiffrer les écrits, mais l'inscription était assez courte et facile à comprendre.

OUVERTURE DES PORTES

Lance fit un grand sourire.

Il hésita juste avant d'appuyer dessus. Non seulement il s'agissait d'un moyen de se débarrasser du robeast, mais c'était aussi une porte de sortie.

Sauf que le garçon était toujours vêtu de sa tenue de prison toute fine. Tout irait bien tant qu'ils restaient dans la cabine et laissaient les portes fermées, mais il mourrait aussitôt dans l'espace. Lance observa la pièce, espérant qu'une combinaison spatiale apparaîtrait de nulle part, mais sa chance avait tourné.

Le sortir de là est la priorité, se rappela Lance, avant de retirer son armure.

L'enfant sursauta et Lance agita les mains.

— Tout va bien. C'est rien. Il faut juste que t'enfiles ça. T'inquiète, c'est de la technologie altéenne. Ça s'ajuste. Je connais quelqu'un, Pidge, qui fait à peu près ta taille et cette armure lui va comme un gant. Enfin, l'armure verte, mais c'est pareil. Bref… quoi ?

Le garçon secoua la tête, les yeux écarquillés, fixés sur les bouts d'armure jonchant le sol. Lance retira la dernière pièce, son plastron, puis s'affaira à habiller l'enfant. Fidèle à sa réputation, l'armure s'ajusta automatiquement, prenant forme autour du corps du garçon comme si elle avait été faite pour lui.

Il ne resta bientôt plus que le casque. Lance jeta un regard aux brûlures visibles sous les cheveux de l'enfant et grimaça.

— Qui es-tu ?

La voix du garçon était douce et un peu plus grave que Lance ne s'y attendait. Enfin, il ne savait pas vraiment à quoi il s'attendait. Il avait commencé à croire que l'enfant ne pouvait pas parler.

Mais il le fixait du regard et Lance avait une tâche à accomplir, bon sang.

— Je m'appelle Lance, dit-il, secouant la main du gamin. Je suis un paladin de Voltron.

Il ne pensait pas que les yeux du garçon pouvaient s'agrandir davantage, mais il s'était trompé. Sa mâchoire se décrocha également. C'était presque comique, sauf que cela n'effaçait pas les traces de sa captivité. Lance se demanda si on lui avait raconté des histoires sur Voltron durant son enfance. Il se demanda si les Altéens survivants se souvenaient encore d'Allura et de Coran.

Des bruits de pas résonnèrent de l'autre côté de la porte qui menait en dehors du hangar, une piqûre de rappel qu'il s'agissait d'une évasion. Lance plaça le casque sur la tête de l'enfant, l'observa s'ajuster à sa taille, puis appuya sur le côté pour fermer la visière.

— On dirait bien que te voilà devenu paladin bleu, bonhomme, dit-il, souriant malgré la peur qui lui nouait l'estomac.

Avec un regard paniqué à la porte, il invoqua son bayard de manière à l'avoir sur lui quand l'enfant serait envoyé dans l'espace, puis le fit sortir de la cabine.

— T'inquiète pas. Blue va venir te chercher.

Il pouvait sentir sa présence, faisant des cercles inquiets autour du vaisseau, son camouflage sur le point de se dissiper. Elle se ragaillardit en sentant son esprit se tourner vers elle, mais elle recula en comprenant son plan.

Héhé. Désolé, Blue. C'est qu'une stratégie. C'est lui, l'important de la mission. Je suis juste… Je suis juste son escorte.

Il n'avait jamais aimé sacrifier ses unités, même quand les règles d'eshet lui rappelaient que certaines pertes étaient acceptables. Il aurait dû savoir qu'il allait apprendre cette leçon à la dure. Dommage qu'il n'aurait pas l'occasion de s'en servir contre Coran.

Lance retourna dans le kiosque et ferma la porte. Celle qui se trouvait de l'autre côté du hangar s'ouvrit brusquement sur une escouade de soldats galras qui s'écoulèrent dans la salle, les armes braquées sur le garçon. Lance abattit son poing sur le bouton avant que quelqu'un ne puisse le blesser.

Il ne connaissait même pas son nom.

Le sas du hangar s'ouvrit dans un grognement et l'air fut aspiré brutalement, entraînant avec lui tout ce qui n'était pas accroché au sol. Lance croisa brièvement le regard ambre effrayé du garçon avant qu'il ne sorte de son champ de vision.

La seconde d'après, Blue ronronna dans son esprit, lui assurant qu'elle avait bien récupéré son nouveau passager.

Il était sain et sauf.

Il était sain et sauf.

Lance, engourdi, observant les gardes (désormais morts) et le robeast (toujours en vie, pour autant que ces choses soient considérées vivantes) suivre le garçon en dehors du vaisseau.

Le cri d'Haggar lui vrilla les tympans, mais Lance accueillit la douleur, car elle l'avertit qu'il fallait esquiver avant que– ouep. Des éclairs illuminèrent la cabine, grillant les contrôles en passant de surface en surface. Tant mieux. Au moins, Lance n'aurait pas à les détruire lui-même.

La pièce était trop étroite pour éviter complètement l'attaque et Lance hurla quand un éclair violet ravagea son corps. Il ne savait pas si c'était dû à la fureur d'Haggar ou à l'absence de son armure, mais cette fois-ci, la sensation était bien pire que celle qu'il avait ressentie la dernière fois que sa magie l'avait effleuré. Il avait l'impression qu'on avait mis le feu à ses os, son corps était parcouru de crampes, ses mains patouillaient à la recherche d'un endroit où se raccrocher et ses jambes étaient clouées au sol.

Cela ne dura qu'une seconde avant que Lance ne s'écroule, vidé, comme s'il venait de faire un marathon après une nuit blanche.

Oh. C'est vrai. Ce truc draine la quintessence.

S'il se prenait un deuxième coup comme ça, il allait mourir, mais il n'avait plus la force de s'enfuir. Il n'avait plus son armure, presque plus d'énergie. Il ne lui restait plus que son bayard.

Haggar était désormais dans la cabine de contrôle, le fusillant du regard en montrant les dents, les tatouages rouges sur son visage luisant comme de petites rivières de sang. Lance se força à rire, même si son torse ne voulait pas bouger.

— Je crois que c'est échec et mat, murmura-t-il. Ou non, comment dit Coran ? Le château remporte la bataille… ? Eh, un truc du genre.

Haggar le regarda méchamment, l'œil tressautant. Furieuse qu'il ne soit toujours pas mort ? Ou peut-être qu'elle n'appréciait simplement pas son sens de l'humour. Il se demanda si elle pouvait se téléporter assez vite pour se sauver s'il détruisait toutes les fenêtres et laissait le vide de l'espace les aspirer.

Il n'eut pas l'occasion de le découvrir. Une ruée retentit dans le couloir et, jetant un regard paniqué à la porte, Haggar se téléporta.

Lance !

Lance connaissait cette voix. Il connaissait…

— Shiro ?


Le cœur de Shiro cessa de battre à la vue de Lance, étalé sur le sol de la cabine de contrôle dévastée, sans armure, son justaucorps brûlé, son visage pâle et ensanglanté. Les battements ne reprirent qu'au son de la voix de Lance. Aussi faible qu'elle soit, c'était la preuve que Lance était en vie. Que Shiro n'arrivait pas trop tard.

— Tout va bien, Lance, dit Shiro, jetant un œil à Allura qui s'agenouillait à côté de lui. (Elle regarda Lance, puis se retourna et appela Shay à l'aide.) On est là. Tu vas t'en sortir.

— Non.

Shiro se figea, retirant ses mains de Lance, craignant lui avoir fait mal.

Mais les yeux de Lance étaient désormais grand ouverts, les pupilles dilatées par la peur.

— Non, répéta-t-il avec un peu plus de force.

Il remua, essayant de se redresser, et cria de douleur. Dans le couloir, les autres s'impatientaient. Shiro savait qu'ils se seraient tous jetés aux côtés de Lance s'ils ne craignaient pas une embuscade. Ils n'avaient trouvé aucun signe de lutte sur le chemin menant à Lance. Rien jusqu'à cette salle de commande.

Que s'était-il passé, bon sang ?

Shay s'agenouilla près de Lance, les mains brillantes, cherchant à le stabiliser. Elle fronça les sourcils.

— Sa quintessence, commença-t-elle, mais Lance la repoussa.

— Shiro…

Shiro se pencha dans le champ de vision de Lance, espérant que ça le calmerait. Cela sembla avoir l'effet opposé.

— Tu dois partir, siffla-t-il.

Shiro fronça les sourcils.

— Quoi ?

— Va-t'en, répéta Lance, poussant Shiro d'une main sur le torse (il semblait regagner des forces, quoique lentement). Haggar est là.

Shiro n'eut que quelques instants pour sentir la peur lui glacer lentement les veines. Haggar.

Oh non.

Il la sentit arriver, les poils de sa nuque se dressant, quelque chose enfouit dans son bras cybernétique prenant vie. La faim qu'il avait ressentie tant de fois auparavant. La chaleur incendiaire. Le sentiment qu'autre chose résidait dans sa prothèse, daignant à peine laisser Shiro s'en servir.

Son bras s'activa de son propre chef, son cri furieux lui perçant l'esprit. Il frissonna et Allura tendit le bras, sa voix résonnant dans un coin de sa conscience. Il voulait lui dire de partir, de s'enfuir. Je ne veux pas vous faire de mal.

Il leva les yeux pour la regarder et vit à sa place un Nyxt, sans nom, impuissant, couvert de sang. La première victime de l'arme d'Haggar.

Puis ce fut le vide.


Allura n'eut pas le temps de réagir. Au nom d'Haggar, Shiro frissonna, sa prothèse s'activant dans la perspective d'un combat. Il se plia en deux et Allura tendit le bras, l'inquiétude lui vrillant l'estomac.

— Shiro ? Est-ce que– ?

Il se tourna vers elle, une fine pellicule jaune recouvrant ses yeux.

L'instant d'après, la main de Shiro lui enveloppait le cou, le métal brûlant lui déchirant la peau. Son cri de douleur fut coupé court quand il la souleva et la plaqua contre le mur, ses lèvres se tordant dans un sourire qui n'avait pas sa place sur son visage.

Il y avait de l'agitation derrière lui, des armes braquées, des cris de peur et de confusion.

Allura le remarqua à peine. Toute son attention était portée sur la brûlure à sa gorge, l'enserrant encore et toujours. Elle ne pouvait pas respirer.

Elle s'agrippa à la main de Shiro, négligeant la chaleur qui fit fondre ses gants et forma des cloques sur la chair en dessous.

Shiro la plaqua plus violemment contre le mur.

Un rai de lumière.

Shiro tituba.

Sa prise sur Allura se relâcha et elle glissa par terre. Lance se tenait derrière lui, chancelant, Shay accroupie à côté de lui, prête à le rattraper s'il s'effondrait. Il avait son fusil en main, tremblant, des larmes s'écoulant sur ses joues alors qu'il tirait une nouvelle fois dans le dos de Shiro. L'armure de ce dernier craqua, très légèrement, et Lance tressaillit.

— Lance, qu'est-ce que tu fous ? rugit Matt, tirant Lance par l'épaule, ce qui lui fit perdre l'équilibre et tomber contre le mur. Pourquoi tu attaques Shiro ?

Allura se redressa, frissonnant quand Shiro se tourna à nouveau vers elle.

— Ce n'est pas Shiro.

— Quoi ? siffla Matt. Comment ça, ce n'est pas– ?

Shiro rit et si le moindre doute persistait dans l'esprit d'Allura, ce son le fit disparaître. C'était un rire cruel et froid, trop aigu et saccadé pour appartenir à Shiro. Il la regarda de ses yeux jaunes. Ils n'étaient pas chatoyants comme ceux de Keith ou de Shay, mais brûlants, flamboyants, comme les vitres d'un four, et ils étaient dénués de vie.

Lance leva à nouveau son arme et dans un cri, Matt se jeta sur lui. Lance le repoussa en direction de Keith, les faisant tous les deux tomber, puis il se tourna encore vers Shiro. Il visa.

Allura ne pouvait pas respirer. Elle voulait arrêter Lance, mais elle était figée. Terrorisée.

Elle ne savait pas quoi faire.

Je souhaiterais que vous me tuiez.

L'expression de Lance vacilla, ses larmes redoublant. Il jura, serra les dents et plaça son doigt sur la détente.

Une fumée noire infiltra la pièce et pendant un instant, Allura ne put voir que Shiro, ou sa vaine imitation, Haggar se tenant derrière lui.

La fumée tournoya, se condensant dans l'air comme de la lumière qui s'engouffrait dans un trou noir.

Quand elle s'éclaircit, Haggar et Shiro avaient disparu.


Note de la traductrice :

(1) Ça fait sûrement référence au groupe Blink-182 dont le chanteur, Tom DeLonge, était tellement passionné par les aliens qu'il a fini par quitter le groupe pour devenir chercheur dans le domaine du paranormal.

(2) Du lexique des MMORPG, Area Of Effect, ou « zone d'effet » en français. En gros, c'est une attaque qui vise toute une zone et non un ennemi en particulier.

Bon, visiblement la parution se fera plutôt le samedi que le vendredi. Pardon si vous avez attendu le nouveau chapitre hier ^^'. A la semaine prochaine !